Merci à Naheiah, Syana Argentina, selena jani lilianne, Vyk et à Nezumibook pour leurs reviews
Réponse à la review de Vyk :
merci pour ta review, il est vrai que le métier de magicien est assez mouvementé, et parfois apparenté à celui de touriste. bien sûr, sauver le Rohan ne devrait pas être trop difficile pour Frána – après tout, on ne lui demande pas d'escalader la Montagne du Destin non plus ^^ je suis sûre Éomer serait ravi de te payer une chope si tu le lui demandes ;p
Réponse à la review de Nezumibook:
merci pour ta review, contente que cette fic te plaise et désolée pour cette petite distorsion de la réalité à laquelle j'ai bien vite remédié ;)
Merci à selena jali lilianne, Shebang et Ginny Lightwood pour suivre ma fic et encore une fois, à selena jali liliane et Ginny Lightwood pour la suivre
Merci à mes lecteurs anonymes et à ce dont la langue maternelle n'est pas le français.
Un grand merci à YaNa31, bêta de son état
La Cavalière du Sud
(LOTR)
II.
le Soleil et le Vent
CHAPITRE DEUX
Tandis que l'ombre grandit...
Des mois passèrent et Mithrandir ne revint pas.
Frána ne s'en inquiéta nullement. Pour n'y être jamais allée, la cavalière était consciente que le nord était bien loin et, que tout ami des Elfes qu'il était, Gandalf y trouverait cet accueil chaleureux qui vous pousse à demeurer à un endroit. Elle savait également que, parce ce qu'il était un magicien, il ferait en sorte de respecter sa promesse et qu'il reviendrait bientôt à Edoras, répondre à ses questions. Et des questions, Frána en avait et leur nombre s'accrut avec le temps.
Mais, raisonnable fille de comte, elle les gardait pour elle, consciente que ni les habitants d'Edoras, ni les enfants, ni les membres de la Marche, ni Théodred, Háma ou Éomer, et encore moins le roi et surtout pas son conseiller, n'avait ni l'envie, ni le savoir pour s'attarder sur ses préoccupations. Et comme le Pèlerin Gris lui avait interdit tout doute, Frána obéit, ne douta pas, jamais, et ne s'inquiéta pas pour le magicien.
Un autre mage occupait sa pensée. Celui-ci n'était pas parti au nord. Il n'était même pas sorti de sa tour depuis près de deux ans, apprit-elle par Éomer qui, après une bonne chope, parlait un peu trop. Saroumane le Blanc restait muré à Orthanc et personne ne l'avait vu depuis des mois. Frána n'avait jamais eu l'honneur de rencontrer l'illustre gardien d'Orthanc. Pourtant, si les Rohirrims se montraient toujours hostiles à toutes formes de magie autre que celle de murmurer à l'oreille des chevaux, ils ne tarissaient pas d'éloges sur le Magicien Blanc, qui les avait protégés et conseillés depuis que l'Intendant Esgaroth lui avait donné les clés de la Tour de Fer au nord des Gués de l'Isen.
L'Anórienne ne doutait pas qu'il devait être un sage instruit et généreux. Et cette déduction sur sa personne, ne faisait qu'accroître l'inquiétude que causait son mutisme soudain en des heures si sombres. Personne ne savait ce qui poussait le magicien à se détourner du Rohan et de la lignée des fils d'Eorl, alors que le roi dépérissait et qu'une ombre inquiétante rôdait sur la Marche. Certains y voyaient le signe que le royaume était condamné. D'autre se rassuraient par les fréquentes visites que lui rendait le seul Rohir qui ait toujours été proche de lui : Grima.
Le conseiller quittait de moins en moins Méduseld, l'état du roi ne le lui permettant pas, sauf pour une raison et c'était une visite à Isengard. Un jour que Frána s'était rendue aux remparts pour voir Háma qui semblait y passer sa vie, elle l'avait vu quitter Edoras sur un cheval sellé précipitamment. Alors qu'il passait les portes avec une certaine maladresse comme s'il avait du mal à maîtriser sa monture, et détalait à travers la plaine pour disparaître derrière une colline, l'Anórienne avait demandé au huissier du roi ce qui amenait Grima à quitter si prestement le trône de Théoden. Háma avait répondu avec cet air de dégoût qui passait sur son visage à chaque fois qu'il parlait du conseiller, que ce dernier avait reçu un message de Saroumane qui l'avait prié de venir au plus vite. La surprise de Frána s'estompa lorsqu'elle se rappela que le magicien avait toujours témoigné un grand intérêt pour le Rohir aux cheveux noirs. De plus, Háma ajouta qu'il était le seul lien restant entre Edoras et Orthanc et qu'il rapportait souvent des nouvelles du mage, des nouvelles qui, si elles étaient évasives, rassuraient le peuple et le roi déjà fort perturbé.
Hochant la tête, Frána chassa Grima de son esprit en même temps que le vent dissipait la poussière de son passage et se concentra sur la tâche qui lui avait été confiée.
La chose parut d'abord délicate, car la cavalière se tenait éloignée de Méduseld. Non pas, qu'elle boudait son toit d'or et ses dalles ouvragées, mais elle avait bien senti que sa présence n'y était pas désirée. Cela ne la fâchait pas, pas plus que cela la blessait et le roi n'en baissait pas dans son estime – Frána en gardait un souvenir trop bon et trop vivace pour se laisser désabuser par les murmures sur sa sénilité. Elle s'était faite une raison. Dix-sept ans partie, elle revenait à l'heure où le Rohan s'affaiblissait. Et elle demeurait une étrangère. Mais peu importe, il lui restait Edoras.
Il était surprenant, même pour les Rohirrims qui se souciaient peu de l'extérieur ou de ce qui en venait, de voir une fille de seigneur se balader dans les rues de leur ville. Mais Frána ne s'y pavanait jamais avec cet air hautain que pouvait prendre les nobles qui se mêlent au peuple par amusement ou devoir. Il y avait chez l'Anórienne une curiosité évidente et pure. On lui avait refusé Méduseld, Edoras l'accueillait. Elle vit cette ville qui lui avait tant manquée comme jamais elle ne l'avait vue. Elle découvrit que le Rohan était différent selon qu'on l'observât du haut des marches du Château d'Or ou du perron d'une maison.
Elle continua à raconter ses histoires à la taverne d'Æthelmund dont les affaires ne s'en portaient que mieux. La bière coulait à flot, tandis que les mots de Frána sur le dragon Scatha et la bravoure de Fram Furmgarson ou sur les larmes du roi Brego pour son fils, Baldor, dansaient dans l'air. Et on écoutait. Les histoires de l'Anórienne avait le pouvoir rare, mais précieux en ces temps de guerre, de faire rêver les enfants et de redonner du courage aux cavaliers. Ses braves légendes étouffaient les obscures nouvelles qu'on rapportait de la Marche. Ainsi Frána främ Sunne apportait la lumière aux cœurs inquiets d'Edoras.
Du reste, l'Anórienne ne demeurait pas enfermée jour et nuit dans la taverne. Mancha était certes tout à fait sympathique, lorsqu'elle ne criait pas après son mari, mais le vent l'appelait. Ce vent qu'elle chérissait tant et qui prenait un malin plaisir à désordonner ses cheveux lorsqu'elle sortait flâner dans Edoras. Sur son chemin, Frána saluait les hommes, embrassait les femmes, serrait les enfants dans ses bras, guidait les vieillards, raccompagnait les bêtes qui s'étaient égarées, relevait les chariots renversés...
Ce n'était rien. Ou du moins, pas grand chose. Mais le cœur des Hommes est si étrangement fait qu'il réagit au moindre geste de bonté. C'est ce qui fait sa force et sa faiblesse, car la bonté est une chose qui parait si inhabituelle, que l'on est persuadé qu'elle attend toujours une faveur en retour. Mais la bonté de Frána était totalement désintéressée. Il n'y avait aucun effort là-dedans, rien qui ne justifie une réclamation de sa part. De plus, son réconfort se trouvait dans le sourire qu'elle voyait s'esquisser parfois au détour d'un visage, car il était le signe que le Rohan ne tomberait pas.
C'était une chose curieuse que cette pensée, cette certitude qu'elle avait, et plus d'un seigneur aurait souri s'il avait su cela. Car ce n'était pas des fermiers ou des commerçants qui gagnaient la guerre, encore moins leur femme ou leur enfant. C'étaient eux, les chevaliers, les nobles ce qui se battaient à en rougir leurs lames et tordre leur armure. Mais Frána savait, pour avoir grandi dans la richesse, fille de comte, et vécu dans la pauvreté, cavalière du Sud, que tous, même la plus petite personne, souffraient de la guerre. Et si le chevalier était le bras d'un royaume et le roi l'âme, le peuple était son cœur et un cœur a besoin de battre.
En préservant le sourire par sa bonté et le courage par ses histoires, Frána espérait sauver le Rohan. Cela eut son sucés et l'Anórienne vécut des mois heureux à Edoras, tandis qu'ailleurs l'ombre grandissait. Mais de l'ombre, elle entendait peu parler et si jamais ce fut le cas, cela ne l'eut pas arrêtée dans sa tâche, ni dans son envie de chevauchée.
Car l'Anórienne demeurait une cavalière et une cavalière rêve de chevauchée comme le soldat de bataille. Si on lui avait défendu l'accès à Méduseld, on n'aurait difficilement pu lui interdire les plaines de la Marche que Frána parcourait le plus souvent possible.
Ce qui n'ont jamais vu le Rohan ne peuvent comprendre comment se soulever le cœur de la cavalière lorsque, montée sur un fier et rapide coursier, elle voyait sous ses pieds l'herbe verte onduler telle une mer caressée par le vent, ni comment ce dernier chantait à ses oreilles. C'était quelque chose de beau, quelque chose qu'elle ne ressentait nulle part ailleurs. Et plus l'Anórienne parcourait les plaines du Rohan, plus elle voulait le sauver.
Son intérêt et ses efforts auprès des habitants d'Edoras, ne passèrent pas inaperçus. Beaucoup observaient l'Anórienne lorsque cette dernière descendait la route principale, s'arrêtant pour discuter avec le fermier des pluies à venir, avec le marchand de la clientèle jamais contente, avec les femmes de leur santé.
Éowyn était particulièrement intriguée par Frána. Elle et l'Anórienne n'avaient pas eu la chance de se revoir depuis que cette dernière s'était présenté à Méduseld, ce que, avec le temps, la Rohir regrettait. Car cette étrangère qui l'avait appelée par son nom sans qu'elle connaisse le sien, avait éveillé sa curiosité.
Parfois, lorsque la jeune femme sortait de la sombre prison qu'était devenu Méduseld pour elle depuis quelques temps, elle se tenait debout du haut de ses escaliers où son regard pouvait se porter sur tout Edoras. Et de là-haut, elle vit Frána marchait dans la ville comme si elle y avait toujours habité, saluant ce qu'elle croisait comme s'ils s'agissaient de vieux amis et on lui répondait comme si on la connaissait depuis toujours. Une fois, alors qu'elle était descendue en ville, Frána l'avait saluée elle, de la même façon, ce qui avait grandement surpris Éowyn qui n'avait su comment répondre.
C'était très étrange... Á leur première rencontre, elle l'avait prise pour une étrangère avant de se voir révéler qu'elles s'étaient connues il y a très longtemps, dans une autre vie. D'après ce qu'elle avait pu tirer de son frère, Éowyn avait six ans quand Frána avait quitté Edoras la dernière fois. À cette époque, son père et sa mère étaient tous les deux encore vivants...
Le souvenir de ses parents fut alors inconsciemment associé à celui qu'elle pouvait avoir de Frána. Éowyn se mit à la considérer comme une bonne personne, généreuse, bienveillante, puisqu'elle devait avoir connu Éomund et Théodwyn, ainsi que l'enfant qu'elle avait été et qu'elle avait oublié. Cette vision imaginée de l'Anórienne se renforçait lorsqu'elle la voyait du haut de Méduseld. La Rohir voulut alors connaître cette femme que tout le monde connaissait. Malheureusement, l'occasion ne se présenta jamais. Éowyn demeurait enfermée à Méduseld, préoccupée par l'état de son père, inquiète pour son frère et son cousin, hantée par l'ombre d'un serpent, tandis que Frána était entourée par les habitants d'Edoras, tellement occupée à les saluer qu'elle ne levait jamais les yeux vers la jeune femme qui l'attendait en haut des marches du Château d'Or.
Le peu qu'Éowyn apprit de Frána au cours de ses longs mois, elle l'apprit de son frère. Éomer gardait un souvenir plus fort de l'Anórienne, car plus âgé que sa sœur lorsqu'il l'avait vue pour la dernière fois. Et ce souvenir lui avait rendu le retour de la conteuse d'histoire plus que heureux. Retrouver la cavalière réveilla la mémoire d'une époque joyeuse en Éomer. Et, parce qu'il était Maréchal de la Marche et que la Marche allait mal, il avait besoin, de temps à autre, de cette joie qu'apportait Frána. Aussi, venait-il souvent à la taverne d'Æthelmund pour écouter ses histoires et discuter avec elle du temps passé et du temps perdu. Ainsi l'Anórienne fut-elle tenue au courant de tout ce qui était arrivé au Rohan depuis dix-sept ans et fut ravie de voir que la guerre n'avait pas trop marqué ce royaume.
Lorsqu'Éomer eut épuisé ses souvenirs, il entretint Frána des affaires actuelles du Rohan. Cela ne plut pas autant à l'Anórienne. D'abord parce que le troisième Maréchal se plaignait souvent de Grima Wormtogue, de son incapacité à gérer un royaume, ce que Frána n'aimait pas entendre, mais aussi, parce que les nouvelles n'étaient pas bonnes. Les villages s'éteignaient, les campagnes se vidaient sans que personne ne comprenne pourquoi. Une peur grondait au Rohan, une peur inconnue, une peur du noir. Car il semblait aux Rohirrims que la guerre n'était plus un écho lointain de l'Est, mais bien un battement inquiet de leur cœur. Frána n'aimait pas plus entendre cela, car elle se savait parfaitement impuissante. Tout ce que la conteuse d'histoires pouvait faire, c'était poser une main sur l'épaule de son ami et le réconforter. Mais Éomer était un esprit jeune et fougueux qui, le lendemain, reprenait ses rênes et son épée et retournait dans l'Estfolde, protéger ses gens. Il était le courage du Rohan.
Tout comme Théodred l'était. Mais une autre forme de courage, plus calme, moins impulsive. Frána le sentait. Alors qu'Éomer venait la voir à la taverne à chacune de ses visites à Edoras, Théodred était plus raisonnable et réservé, se contentant de la croiser de temps à autre au détour d'une rue. Ces rencontres étaient inopinées, dues à la chance et au hasard, mais l'Anórienne ignorait à quel point elles réchauffaient le cœur de l'héritier du Rohan. Lui que son propre père ne reconnaissait plus, trop faible, et dont le peuple tremblait sans qu'il puisse les rassurer, trouvait en la cavalière un réconfort. Et sans qu'il s'en aperçoive, quelque chose grandit en Théodred, un sentiment qu'il n'avait jamais eu pour personne d'autre et qui le poussa à rechercher la compagnie de Frána.
Ce sentiment est bien connu de la race humaine et c'est l'amour. Théodred finit par l'apprendre. Il finit par se rendre compte un jour, qu'il aimait Frána främ Sunlending. Cela s'était passé ainsi.
•••
Le prince proposait souvent à la cavalière de chevaucher avec lui. Autrefois, tous deux aimaient parcourir la Marche, galopant côte à côte et Théodred voulait retrouver cette complicité avec l'Anórienne. Aujourd'hui, la chose était plus compliquée, car il était Maréchal de la Marche.
Pourtant, il ne manquait pas, à chacune de ses visites à Edoras, d'inviter Frána à l'accompagner à Fort-le-Cor. L'Anórienne n'avait pas contemplé le Gouffre de Helm depuis des années et les étendues de l'Ouestfolde lui manquaient. Aussi finit-elle par accepter. Elle partit donc en compagnie de la cohorte de l'Ouest, le regard méfiant de Gríma, qui s'était opposé à ce départ, la suivant jusqu'aux portes de la ville.
Partis au crépuscule, ils arrivèrent le lendemain au refuge de Dunharrow. Sur les flancs des Montagnes Blanches, la forteresse paraissait une couronne de tours et de remparts. Son gigantesque mur se dressait fier et solide, ses bannières étaient agitées par les vents de l'ouest et, lorsque les cavaliers passèrent sa grille, le cor de Helm sonna leur arrivée.
Il y avait une atmosphère vibrante entre ces murs. Une puissance d'une magnificence telle qu'elle avait survécu au temps. Jamais Fort-le-Cor n'avait été pris, pas même lors du Long Hiver. Dans cette forteresse éternelle, Frána se sentait minuscule tout en ayant l'impression de faire partie de quelque chose de gigantesque. Entrer dans Fort-le-Cor, c'était entrer dans l'Histoire.
L'Anórienne suivit Théodred à travers le refuge. Maintenant qu'il était Maréchal, le prince avait accès à des endroits qui leur étaient interdits lorsque, adolescent, il était venu pour la première fois, accompagné de la cavalière. Ainsi Frána put admirer les Cavernes Scintillantes de la montagne, magnifique labyrinthe de souterrains. Pourtant, la beauté du lieu semblait empreinte de la terreur que ressentait ceux qui, lors d'une attaque, se réfugiaient ici, les échos des combats grondant au-dessus de leur tête.
Lorsqu'elle entra dans les cavernes, Frána y découvrit de nombreux femmes, enfants et vieillards, serrés les uns contre les autres, le vent devenant glacial en s'engouffrant sous terre.
– Ceux-ci viennent d'un village au nord, expliqua Théodred lorsqu'elle demanda comment ils étaient arrivés ici. Des Orcs probablement venus du Mordor ont brûlé leurs maisons, ravagé leurs cultures et tué les bêtes. Ceux qui sont là ont réussi à fuir, mais plusieurs hommes et jeunes garçons sont morts pour leur permettre de s'échapper. La plupart des enfants que tu vois là sont orphelins.
Il y avait une tristesse évidente dans sa voix. En tant que Maréchal, c'était ses plaines qu'on avait attaquées. En tant que prince, c'était ses sujets qu'on avait menacés. En tant que Rohir, c'était ses frères qui avaient été tués. Sans qu'il n'ait pu faire quelque chose pour les protéger.
Frána posa une main réconfortante sur son épaule.
– Ici, ils sont en sécurité, dit-elle. Grâce à vous.
Théodred lui lança un regard de gratitude. Il aurait voulu pouvoir serrer cette main sur son épaule.
Les deux jeunes gens quittèrent les Cavernes Scintillantes. Le prince amena l'Anórienne en haut de la tour Hornburg où se trouvait le cor de Helm Poing-de-Marteau. Puis le Maréchal écouta les rapports de ses éclaireurs et Frána chercha à se rendre la plus utile possible. Ainsi gagna-t-elle sa place à la table des cavaliers le soir.
Le repas, bien que frugal car il fallait pouvoir nourrir les réfugiés des Cavernes Scintillantes, fut bon et amical. L'on parla des légendes de Fort-le-Cor, l'on chanta la bravoure du roi Helm et l'on but à sa santé.
La nuit était déjà bien noire, lorsque les cavaliers allèrent se coucher, tandis que Frána formula le vœu de se rendre sur les remparts. Saisissant une torche, Théodred décida de l'accompagner.
Ils marchèrent le long du mur du Gouffre, avant de s'arrêter pour regarder l'Ouestfolde luire à la lumière argentée de la lune. Le rivière s'écoulant sous leurs pieds chantait dans l'obscurité que perçaient les étoiles et la torche de Théodred. Les flammes éclairaient Frána, dont les yeux chatoyants se portaient sur l'immensité de la nuit. Le Rohir l'observa un instant.
Le vent venait parfois soulever ses cheveux et les pans de sa robe, mais l'Anórienne demeurait immobile, le regard porté droit devant elle. On aurait cru qu'elle dormait. Théodred se souvenait que, la dernière fois qu'elle était venue à Fort-le-Cor, Frána était restée ainsi sur le haut du mur, de la même manière. Il en sourit.
– Quand tu les regardes ainsi, dit-il d'une voix douce comme s'il craignait de perturber le silence nocturne, j'ai l'impression que tu es maîtresse de ses terres et qu'elles t'ont toujours appartenu.
– J'aimerais qu'elles m'appartiennent, répondit Frána. Je n'expliquerai jamais pourquoi de telles étendues me paraissent si sublimes. J'ai songé une fois à vous déclarer la guerre, uniquement pour pouvoir librement les parcourir.
Elle jeta un regard au coin pour voir Théodred rire.
– Il n'aurait pas été nécessaire d'aller jusque–là, fit-il remarquer.
– C'est vrai. D'autant qu'elles sont si bien gardées et protégées que je n'aurais jamais su m'en emparer. Vous m'en aurez empêchée, Maréchal de la Marche.
Le Rohir haussa les sourcils. L'assurance avec laquelle l'Anórienne affirmait cela, le surprenait car elle surpassait la sienne. Soupirant, il baissa la tête.
– Je n'en suis pas si sûr.
– Ne dites pas cela, dit Frána en se tournant vers lui. Vous avez veillé sur le Rohan pendant des années. C'est grâce à vous si la Marche a été protégée des attaques du Mordor jusqu'à maintenant.
– Qu'en est-il aujourd'hui ? À travers l'Ouestfolde, les villages disparaissent sans que nous pussions rien y faire. Éomer affirme que cela est pire dans l'Est. Des Orcs parcourent nos terres, tuent, pillent, ravagent tandis que nous restons les bras croisés.
La détresse faisait vibrer sa voix. Des mois que cela durait. Le Rohan avait résisté dix-sept ans à la guerre. Maintenant qu'elle était à leurs portes, il s'effondrait sur lui-même. Théodred s'inquiétait autrefois de la santé de son père. Maintenant il avait peur pour la survie de son peuple. Et cette peur était engendrée par son sentiment d'impuissance et le doute qui l'habitait, lui, héritier du Rohan.
– J'ai l'impression, murmura-t-il, de ne plus être digne du rang qu'on me donne
Frána regarda ce visage que la lumière de la torche n'éclairait qu'à moitié. Elle y vit un cavalier attristé, un prince perdu et un fils délaissé. Elle vit que Théodred se croyait seul, son père s'enracinant dans son trône et dans son mal, son royaume s'assombrissant sans qu'il ne puisse rien y faire. Une lourde charge pesait sur ses épaules et il commençait à croire qu'il n'était pas capable de la porter.
– Redressez-vous fils d'Eorl, fit-elle doucement. Relevez la tête et regardez droit devant vous.
Théodred s'exécuta. La nuit était noire et il eut du mal à percevoir devant lui les collines qui environnaient le fort. C'était l'heure où rien ne bouge, où tout dort calmement, paisiblement, sans que rien ne semble pouvoir venir le perturber. Cette heure où le temps et l'univers s'arrêtent. L'héritier du Rohan contempla cette léthargie qui amena en lui un sentiment de paix presque agréable.
– Le rang dont vous parlez, poursuivit Frána qu'il sentait tout près de lui, vous n'en êtes pas devenu digne : vous en êtes né digne. Vous êtes l'héritier du Rohan, le prince de la Marche et le fils de Théoden. C'est ici, sur ce mur, votre regard bienfaiteur sur vos terres, qu'est votre place. C'est votre héritage et cela sera celui de vos fils et celui de leurs fils. Le Rohan perdura, parce qu'il y aura toujours des gens comme vous pour le protéger.
À la bouffée de chaleur et à la fierté qui lui nouèrent le cœur, Théodred sourit. Il sourit parce qu'il était étonné que l'Anórienne sache le réconforter ainsi, parce qu'elle avait cette manière de le regarder qui lui redonnait du courage. Parce que quand il chevauchait à côté d'elle et qu'il voyait son sourire et sa chevelure brune flotter dans son dos, il avait l'impression qu'il allait s'envoler.
Il se tourna vers Frána. Comme il l'avait senti, elle le regardait. Un frisson le parcourut. Il leva sa main pour la poser délicatement sur la joue de l'Anórienne. Sa peau, que le vent de la nuit rendait froide, se réchauffa au contact de sa paume et le cœur de Théodred s'accéléra. Et alors, il comprit.
La rivière du Gouffre continuait de fredonner un chant clair et la lune continuait de faire danser les iris noisette de Frána qui ne bougeaient pas. La flamme de la torche, toujours tenue entre elle et le Rohir, se plia légèrement à un nouveau souffle de vent et leur luminosité fut réduite ce qui donna à cet instant une brève intimité.
Ils restèrent ainsi à se fixer pendant quelques instants. Pourtant Théodred eut l'impression que des années venaient de s'écouler, lorsqu'il se décida enfin à se pencher vers l'Anórienne.
Mais un nouveau souffle du froid de la nuit la fit frissonner.
– Rentrons, dit-elle. J'ai froid et il est tard.
Théodred s'arrêta. Le visage de Frána était encore loin du sien et ses lèvres semblaient être une lumière qu'on fixe à l'horizon. Si loin…
Il s'écarta, laissant retomber sa main, et hocha la tête. Mais, à peine Frána eut-elle fait quelques pas devant lui, qu'il décrocha sa cape pour la poser sur ses épaules. Le remerciant, l'Anórienne serra le vêtement contre elle jusqu'à ce qu'ils aient regagné la forteresse.
•••
Ainsi Frána faisait l'admiration de beaucoup de Rohirrims, ce qui lui permettait de mener à bien la mission que lui avait donné Gandalf. Cela la réjouissait.
Elle mena une vie calme à Edoras, parfois perturbée par les sombres nouvelles de l'extérieur, toujours apaisée par le sourire de ce qu'elle fréquentait.
L'été mourut.
L'automne passa.
L'hiver arriva. Et avec lui, vint la jour où la paisible vie de l'Anórienne fut bousculée.
NdA : petit rappel historique.
Le 4 juillet 3018, Boromir quitte Minas Tirith pour le Nord. Frána est du voyage et arrive le 9 au matin à Edoras. Le 10, Gandalf est enfermé Orthanc, trahison de Saroumane.
Le 18 septembre 3018, Gandalf s'échappe d'Orthanc et se présente le 19 à Edoras. Le 20, il entre à Méduseld et rencontre Frána. Le 23, après avoir dompté Gripoil, il passe la Trouée du Rohan.
Nous venons de mentionner, dans cette fin de chapitre, la fin de l'été, le passage de l'automne et l'arrivée de l'hiver. Le 25 décembre 3018, la Communauté de l'Anneau quitte Fondcombe. Au prochain chapitre, nous serons en 3019, au début du mois de janvier.
Je viens donc de vous offrir une joyeuse ellipse d'un peu plus de trois mois - bon anniversaire ;)
Je vous avouerai que j'ai été un peu radine question action avec ce chapitre. Mais ne craignez rien et patientez – le chemin est long, mais la destination est en vue ^^
Le prochain chapitre devrait vous contenter ;) Sa rédaction est terminée et sa correction est en cours. Donc, à très vite.
J'espère que la scène avec Théodred vous a plu. C'est un personnage passionnant que j'aime beaucoup écrire, mais qui me donne néanmoins du fil à retordre, puisque Tolkien a donné très peu d'information sur lui.
Beaucoup d'entre vous s'inquiète de son sort. Vous révélez ce que je lui réserve étant un ÉNORME spoiler, je me contenterai de vous assurer que vous le saurez bien assez tôt ;) Mais je serai curieuse de lire vos théories ^^
Ferthü mine frèondas häl !
skya.
