COUCOU.
Hahahaha c'est dur à croire mais OUI, me revoilà, et sur Il y a ton sourire !
Même moi j'ai du mal à y croire mais pendant huit mois sans update sur cette fanfiction : je n'ai rien lâché, j'ai continué à écrire, réécrire, relire, éditer, même si ça n'a pas été facile du tout avec mon nouveau taff et l'énergie qu'il me prend.
Ce chapitre 6 a mis du temps à voir le jour. Et qu'est-ce que j'ai lutté durant l'écriture ! Je mentirais si je disais que je ne me suis pas mise la pression... mais j'ai pris mon temps, et ça m'a servie. En tout cas, cette fois, il n'y a plus rien de similaire avec l'ancien chapitre 6 alors ça a été un défi et j'ai eu beaucoup de mal à tout mettre en place.
En plus, j'ai l'impression que Draco et Hermione se rapprochent trop vite et en même temps non et en même temps c'est eux qui ont l'air de décider comme s'ils avaient envie de se rapprocher déjà alors que je leur hurle « MAIS NON MAIS QU'EST-CE QUE VOUS FAITEUH ». J'espère donc que ça vous plaira dans l'état, avec leur caprice !
Je vous souhaite tout de même une chouette lecture *keur*
IL Y A TON SOURIRE.
Chapitre 6 : Reste avec moi.
•
26 novembre 2005.
•
- Ginny, zen.
La rouquine s'arrête dans son élan pour se retourner vers son mari qui attend sagement dans le hall d'entrée, à peine perturbé par le dîner à venir et par ses inquiétudes à elle. Il est déjà prêt, emmitouflé dans son manteau d'hiver qui lui donne un air chic malgré lui.
- Je suis zen.
- C'est tout à fait ce que je constate, ironise-t-il.
Sa fierté l'empêche de piquer un fard.
C'est vrai qu'elle a tourné en rond toute l'après-midi et qu'il a pu le constater. Ginny a changé de robe au moins trois fois au cours des dernières heures, sans parler de sa coiffure qui a connu moult péripéties avant qu'elle ne décide de les laisser au naturel.
Elle rumine même à voix haute, des murmures dans sa barbe au fil de ses activités.
Quand elle est dans cette humeur, Harry évite toujours de l'interpeler, sachant qu'il n'est pas le bienvenu dans ses monologues.
- J'appréhende, soupire-t-elle.
En réponse, le jeune homme s'approche d'elle et porte les mains à ses épaules qu'il masse doucement. Sa proximité lui donne envie de fondre contre son corps, Ginny se relaxe aussitôt sous ses doigts. Contre lui, elle se laisse enfin aller, interrompant enfin ses cents pas incessants et inutiles.
Comme avec un animal effarouché, il prend confiance à mesure qu'il la sent se détendre. Ses massages deviennent plus justes, plus profonds, dénouant la tension de ses épaules et de sa nuque, il ajoute même peu à peu quelques baisers bien placés sur sa peau mise en évidence. Elle ne peut s'empêcher de frissonner quand ses mains descendent le long de ses bras pour venir embrasser ses hanches, et finalement rencontrer son ventre.
Malgré ses choix en matière de prénom, Ginny sait au plus profond d'elle-même qu'elle a hérité du meilleur père possible pour son enfant.
Calme, réservé, doux. Il a ce caractère sensible qui la fait sentir femme et aimée. Il sait quand venir vers elle, il sait quand il ne le faut pas. Et sa présence ferait presque disparaître toutes ses craintes vis-à-vis du dîner à venir et vis-à-vis d'Hermione surtout...
- Je n'arrive pas à croire qu'il s'agit de mon idée, à la base... murmure la rouquine, le tirant de ses pensées.
- Arrives-tu aussi à croire que tu m'as recruté dans la foulée ?
Ginny sent son sourire contre son cou et elle s'éloigne un instant pour lui envoyer quelques petites étincelles du regard. Il n'est pas aussi inquiet qu'elle, prenant les choses comme elles viennent, ne se basant que rarement sur ses intuitions mais plutôt sur les faits en eux-même.
Harry garde sa bonne humeur et elle lui en est reconnaissant. Il permet de la tempérer, de la réconforter, quelque soit l'issue de cette soirée et quelque soit ses convictions. Elle esquisse un léger sourire en retour en se rappelant qu'il a bien été envoyé chercher un si important dossier au département des mystères pour l'un de ses articles, un pur hasard, vraiment. Une vraie coïncidence qu'il ait également invité le directeur des lieux à dîner en passant. Cela-dit, jusqu'à il y a quelques jours son mari ne se doutait pas travailler sous le même toit que son ancien ennemi.
- Tout va bien se passer, tu verras, murmure-t-il d'un ton calme à son oreille.
- Harry, chéri...
Les caresses sur son ventre, auxquels répond instinctivement leur bébé chaudement à l'intérieur, pourraient presque la plonger dans un cocon agréable.
- Harry. J'ai vraiment ce drôle de pressentiment... Je n'aime pas ça du tout.
Il se décale pour détailler son visage inquiet. Sur le visage de Ginny, difficile de ne pas voir le spectre de l'angoisse incrusté dans ses traits habituellement souriants. Elle peut sentir son cœur pulser au bout de ses doigts et dans les veines de son cou tellement les pics de stress la prennent au dépourvu.
Le pire, ce n'est pas qu'il ne la prend pas au sérieux, c'est qu'elle voit qu'il n'a pas envie de le faire. Ce qui est totalement différent, et c'est ce qui la rend encore plus impuissante.
C'est une blague entre eux : Hermione, Ron, le reste de la famille Weasley ; Ginny est d'une perspicacité à toute épreuve. Ses intuitions sont fines et se révèlent beaucoup trop souvent justes, à la non-surprise de tout le monde depuis le temps. Il est rare qu'on réussisse à lui mentir ou à lui dissimuler quelque chose. Son flair est aussi aiguisé que celui d'un chien de chasse, qu'elle tient de son enfance à anticiper les deux jumeaux facétieux l'ayant prise pour cible principale.
Aujourd'hui, elle aimerait avoir tort. Au moins une fois. Et elle voit bien que c'est ce qu'aimerait Harry aussi.
Tout ce qu'ils veulent, c'est une soirée sans accroc, où tout se passe bien, où aucune mauvaise onde ne plâne ou s'immisce. Une soirée ordinaire, même si la présence des Malfoy n'est pas des plus communes à la table de leurs amis... Toutefois, si Draco et Hermione se parlent et se voient fréquemment alors pourquoi serait-ce si impossible ? Et en tant qu'amis, ne devraient-ils pas savoir à qui ils ont affaire ?
- Tout ce que tu as à faire, c'est de faire confiance à Hermione. Tu sais très bien qui est Rita Skeeter... Elle se fait toujours un plaisir de ruiner notre quotidien.
- Je crois Hermione !
- Alors que crains-tu exactement ?
- Harry, s'adoucit-elle, je ne suis pas sûre qu'Hermione se croie elle-même pour être honnête. J'ai... Je ne sais pas... Je t'ai dit, j'ai ce pressentiment. Je croyais que son attitude ces derniers temps venaient de sa douleur, mais maintenant... je ne sais plus... Peut-être est-ce la douleur, peut-être y a-t-il autre chose également. Tu n'as pas envie de l'entendre... Mais, il y a des faits que l'on est bien obligé d'admettre. Hermione n'est plus la même en ce moment et on ne sait pas comment les choses peuvent tourner.
Il l'enlace contre lui, ce qu'elle prend pour une réponse.
- J'ai peur d'admettre qu'il n'y a peut-être pas tout à fait du faux dans ce que croit Ron.
- Une chose après l'autre, non ? Si Hermione va mieux, on devrait peut-être s'en satisfaire pour le moment ? murmure-t-il.
- Et Ron ?
Harry dépose un baiser sur le sommet de son crâne, non sans inspirer longuement. Son cœur bat la chamade parce que sa femme a bien raison. Oui, il y a des faits qu'il n'a ni envie de voir ni envie d'analyser. Il se plonge donc dans l'odeur rassurante des cheveux de Ginny, l'odeur simple de son shampoing et de sa peau, sans parfum superflu.
- Une chose après l'autre. Ce dîner, tout d'abord.
Leurs chaleurs qui s'embrassent créent une intimité tendre qui leur servent de pilier pendant un instant, retardant le moment de transplaner. Ni l'un ni l'autre ne peut s'empêcher d'être tactile. Se toucher revient à se parler avec beaucoup plus de vocabulaire que de simples mots et Harry n'étant pas toujours très doué avec les phrases laisse ainsi mieux entrevoir ses sentiments et son soutien.
- Pourquoi serait-ce impossible que Malfoy et Hermione soient tout simplement amis aujourd'hui ? demande-t-il. Si de l'eau a coulé sous les ponts pour eux... Ce n'est pas à nous d'en décider autrement.
Elle lui rend son regard avec une teinte de tristesse. A cet instant, c'est elle qui lui donne l'impression de ne pas le prendre au sérieux, mais Harry ne s'en formalise pas. Lui-même a conscience de manquer d'assurance en disant ça. Il se contente de lui embrasser la tempe avant de se détourner pour attraper le manteau de sa femme.
- C'est l'heure. Pour l'instant, ne t'inquiète pas trop. S'il te plaît... Pense au bébé.
- M'oui.
Il pouffe légèrement face à sa moue contrite et adorable qu'elle affiche malgré elle, et Ginny sent un sourire se faufiler sur ses lèvres à son tour. Comment rester à s'apitoyer sur son sort ou celui de ses amis quand il lui sort ce rire aussi charmant ? Et puis ce regard... ?
Instinctivement, elle revient vers lui et passe les mains derrière sa nuque. Ses doigts se mêlent à ses cheveux un peu trop long depuis quelques semaines et elle semble s'apaiser immédiatement. Se levant sur la pointe des pieds, elle l'embrasse à la commissure des lèvres avec douceur.
- Merci de subir tous mes caprices, Harry. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
- C'est pour ça que je t'aime. J'ai presque de la peine pour les Malfoy... C'est plutôt eux qui ne savent pas du tout ce qu'ils ont accepté. Ne leur fais pas subir d'interrogatoire, par pitié, rit-il.
- J'essaierai d'être gentille, promis.
• • •
C'est une catastrophe.
Fourrée entre Hermione et Malfoy casé en bout de table, Ginny est aux premières loges de ce qu'elle redoutait. Ce dîner est presque une masquarade, une blague grotesque qu'elle aimerait bien interrompre pour se pelotonner dans son lit moelleux afin d'éviter la réalité qu'elle trouve de moins en moins sympathique tout d'un coup.
Elle doit cependant reconnaître que Malfoy est différent de ce qu'elle attendait. Sa distance des autres, cette politesse qui se dégage de lui, contraste presque violemment avec le souvenir qu'elle en a. Hermione l'avait prévenue, certes. Mais tout de même : où est parti son désir de s'occuper des affaires d'autrui sans qu'on lui demande son opinion ? et son penchant pour médire les autres ? et son dédain qui semblait si naturel autrefois ?
Entre ses deux voisins de tables, Ginny ne sait plus trop où se mettre. Elle a bien tenté de capter le regard de son mari plus d'une fois mais ce dernier est trop occupé avec Ron. L'entrée est à peine entamée et cette soirée lui semble interminable, maladroite, et plus déterminante que quiconque ne veut bien le penser autour de la table. A croire qu'elle seule a conscience de ce qu'il se passe sous leurs yeux.
Harry est dans son élément avec Ron. Même si ce dernier est toujours aussi maussade ces derniers temps, il retrouve des couleurs auprès de son ami. Ils finissent facilement par former une entité à deux têtes. Et heureusement qu'il y a au moins ce tandem, car l'animation et les discussions divertissantes viennent majoritairement d'eux.
Ce n'est pas Astoria, l'amère Astoria, située juste devant elle qui se serait permise de distraire la table. Celle-ci ne prend guère la parole, excepté lorsqu'elle se retrouve sollicitée –ce qui arrive peu souvent au vu de ses réponses toujours froides. Elle fait office de grande statue grecque imposante et silencieuse, le port altier, et ce regard qui paraît tout voir, tout discerner, tout observer. Une espèce d'Athéna intouchable qui n'a aucune envie d'être là.
Hermione n'aurait pas plus pris la parole que cette dernière. Depuis l'apéritif, sa meilleure amie est plongée dans son verre. Un verre de vin qu'elle ne cesse de remplir, au grand étonnement de Ginny, d'Harry, et de Ron. Il y a bien des années qu'Hermione Granger n'a pas touché à un seul alcool et ce soir, ses doigts sont scotchés sur le verre à pied probablement sorti pour la première fois du vaisselier.
Malfoy, quant à lui, a une attitude discrète et calme. Il parle quand il faut parler, il écoute quand il faut écouter, il sourit quand il faut sourire. Il reste à son rôle d'invité. Derrière son comportement, la rouquine devine une machine bien huilée qui a l'habitude des bonnes manières et de faire semblant. Il est beaucoup trop poli pour être totalement lui-même. Mais, pourquoi, alors qu'il n'a aucune envie lui non plus d'être là, est-il venu ?
La réponse n'a pas tardé à lui sauter aux yeux et c'est bien là que la catastrophe a commencé et a pris une ampleur inimaginable.
Il y a une bombe à la table et Ginny a l'impression d'être la seule personne au monde à s'en être rendue compte.
Ils se sont à peine adressés la parole, à part quelques mots par-ci par-là. Et si Harry a vite détourné les yeux de leur curieuse amitié, Ginny, elle, a continué de les observer. Encore et encore. Parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas, quelque chose qui cloche dans tout ce tableau.
Ce petit quelque chose se trouve dans les yeux d'Hermione qui reviennent en permanence vers le jeune homme blond et dans les yeux de ce dernier qui lui rendent systématiquement chacun de ses regards.
Ils se repèrent, ils se cherchent, ils parlent sans avoir besoin de s'adresser tout haut la parole. Et c'est un lien, une complicité, qui ne devrait pas exister. Enfin, pas entre eux. Pas comme ça. Pas aussi vite. Pas avec un passé comme le leur.
La raison de la venue de Malfoy est juste là, assise à ses côtés. Hermione.
A chacun de ces coups d'œil qui perturbent Ginny bien plus qu'elle ne le voudrait, elle voit l'homme distant et snob à ses côtés relever son masque histoire d'une demi-seconde. Et ce sont toutes ces demi-secondes qui l'inquiètent. Toutes ces demi-secondes finissent par former des minutes au fil de la soirée et lui donnent envie de déguerpir de sa place. Elle aimerait tout autant agiter un drapeau rouge en direction de son mari qui ne voit rien. Rien de rien.
Depuis quand, et comment, et pourquoi, ces deux-là sont devenus complices aussi vite ? C'est vraiment ce qui la turlupine. La jeune femme peine à superposer ce qu'elle voit ce soir à ses souvenirs violents d'autrefois. Malfoy a changé. Hermione vit une période difficile. Elle peut composer avec ça... Mais passer du tout au tout ? Des insultes et du mépris à cette trêve, cette paix ?
Ce détail de la taille d'une montagne la dépasse.
En revanche, elle n'a pas besoin d'agiter le moindre drapeau vers la statue grecque. La rouquine n'est pas si seule que ça à avoir conscience de la bombe à leur proximité.
Si Harry et Ron ne voient rien, ou ne veulent rien voir, Astoria observe tout autant si ce n'est plus que Ginny. Cette dernière est incapable de saisir le fond de ses pensées, rien ne traverse le visage ivoire et fermé de l'invitée. Pas la moindre colère, pas la moindre jalousie. Aucune émotion. Elle sait parfaitement jouer un rôle et son manque de réaction ne fait que confirmer l'énervement de Ginny à son égard.
Ginny a invité deux véritables Serpentards. Il y a deux Serpentards en bonne et due forme autour de la table et ils ont tout deux appris à se maîtriser –ce qui lui semblent bien plus dangereux que les habituels « m'as-tu-vu ».
Elle n'arrive pas à les cerner totalement, elle qui est pourtant douée pour sentir les gens. Il y a maintenant plus de questions que de réponses qui bouillonnent dans sa tête et elle est en train de se noyer dedans. Il n'est pas difficile de poser un mot qui lui fait peur sur la situation. Mais les pourquoi, les comment, les je ne comprends pas, et les que va-t-il se passer sont plus compliqués à appréhender. Ginny ne se sent pas très bien.
La goutte qui fait déborder le vase arrive finalement sans crier gare, au détour d'une conversation anodine où même Astoria participe avec plus d'entrain qu'auparavant. Il y a quelques rires et plaisanteries, et l'espace de quelques secondes, c'est l'image d'un dîner tout ce qu'il y a de plus ordinaire.
Seulement quand Ginny se retourne pour échanger une plaisanterie mutine avec sa meilleure amie, son malaise revient. Elle la retrouve en train d'avoir une discussion muette avec Malfoy à coup de regards qui se lèvent au ciel et de sourires discrètement esquissés. Son sang ne fait qu'un tour.
Hermione sourit, bordel. Hermione sourit à Malfoy, bordel. Hermione sourit avec Malfoy, bordel.
Si spontanément.
Ginny vient de se prendre comme une claque. Alors qu'elle a mis des jours, des semaines, à ne voir ne serait-ce qu'une ombre de ce sourire là, Malfoy, lui, la fait sourire avec tellement d'aisance. Il lui est impossible de se voiler la face plus longtemps, la rouquine a un haut-le-cœur et pose sa serviette sur la table.
- J'ai besoin d'un instant.
L'avantage d'être enceinte, c'est que personne ne trouve bizarre de se lever à toute vitesse, la nausée aux bords des lèvres. C'est cet avantage qu'elle s'approprie sans la moindre honte.
Quand Hermione lâche du regard Malfoy pour lui apporter tout naturellement son assistance, Ginny réalise que son amie ne se rend absolument pas compte de ce qu'il se passe, de ce qu'elle crée avec leur ennemi d'enfance. Et c'est cette innocence qui la fait hésiter un instant avant de repousser son aide pour rejoindre les toilettes à l'étage.
Ce n'est que quelques secondes après qu'elle ait régurgité ses dernières bouchées dans la cuvette que son mari apparaît à la porte, absolument agité.
- Ginny chérie, comment tu te sens ? C'est notre bébé ?
La bulle octroyant sa gorge éclate enfin et les sanglots arrivent en une brusque vague qui déboussole totalement Harry. Il reste muet dans l'encadrement de la porte, les bras ballants. Il a seize ans de nouveau et il ne sait pas quoi faire de ses larmes, lui qui n'a jamais été très habile avec ceux qui pleurent. Il pensait que c'était le bébé, mais il n'est plus sûr tout d'un coup.
Les hormones de la grossesse n'a jamais poussé sa femme à pleurer comme ça. Et si c'était leur enfant, elle se serait écriée, elle se serait affolée, l'aurait sommé d'envoyer un hibou à l'hôpital, mais elle n'aurait pas été aussi... résignée ? dépitée ? triste ?
Le jeune homme reprend constance quand elle l'appelle doucement entre deux hoquets, tendant ses bras vers lui comme une enfant apeurée. Il s'agenouille aux côtés de la rouquine en lui caressant soigneusement les cheveux et il retrouve sa voix.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Est-ce que tu veux rentrer ?
- C'est fini, Harry, bafouille-t-elle. C'est si clair.
- De quoi ? Le bébé ? Notre fils ? Autre chose ? Ginny, si tu ne précise pas tout de suite, je vais me mettre à flipper et on va se rendre à l'hôpital séance tenante.
- Mais non, pas le bébé..., sourit-elle malgré elle avant de se fâner un peu. C'est Hermione, Ron, Malfoy, mon pressentiment. Je crois que j'avais raison, j'ai raison.
Elle renifle avant d'esquisser le mouvement d'un nouveau haut-le-cœur qui finit miraculeusement par passer et ne pas finir au fond des toilettes cette fois-ci. Haletante, elle enfouit sa tête dans le torse rassurant de son mari.
- Tu crois.
- Non, je sais. Je l'ai vu, toute la soirée, petit à petit, c'est terminé.
- Ginny...
- Hermione est en train de tomber amoureuse. Bordel, Harry, tu ne te rends pas compte !
- Mais Hermione aime Ron. Elle aime Ron, répète-t-il comme pour s'en convaincre. On le sait tous. Tu ne peux pas dire des choses comme ça, d'un seul coup, aussi vite. On ne sait rien de cette situation et ils ne se voient que depuis si peu de temps, c'est impossible...
Il se décale pour prendre le visage de sa femme en coupe et essuyer ses larmes. Ginny est foutrement sérieuse et le fait que son pressentiment prenne une telle dimension commence sincèrement à le préoccuper aussi. Il lui fait confiance. Il a une foi implacable en la femme qu'il a épousé et qui pleure sans pouvoir s'arrêter. Harry aimerait pouvoir lui trouver les mots justes.
- Raconte-moi, dit-il seulement.
Ginny renifle et raconte alors tout ce qu'il a manqué de cette complicité, de ce respect qui lui échappe, de cette tendresse imperceptible, naissante, timide, mais bien présente. Elle raconte tout ce qu'elle a intercepté, toutes ces minutes qu'Hermione et Malfoy semblent avoir volé pendant que personne –ou presque– ne les regardait. Toutes ces secondes où sa meilleure amie l'a ignorée inconsciemment, car son attention était rivée sur une autre personne. Elle raconte la fréquence et tous ces moments où Ginny s'est sentie de trop.
Ginny raconte à quel point son pressentiment lui semble plus près d'une réalité que d'une imagination fertile.
Et plus elle raconte, plus cela semble lui faire sens aussi.
- C'est ma meilleure amie, je sais... Je sais à quoi ressemble son visage, ses expressions, ses... C'est comme si sa douleur, celle que l'on voit tous les jours, avait tout d'un coup disparu. Ses yeux s'illuminent, s'éclairent, et elle rougit. Merlin, Hermione rougit, Harry ! Jamais je ne l'ai vue rougir ou du moins la dernière fois remonte à cette histoire avec Krum. Qu'est-ce que ça pourrait signifie d'autre ?
- L'effet du vin ? Elle n'a rien bu depuis des années...
- Je ne peux même pas me convaincre de ça, elle ne rougit pas le reste du temps. Je la connais depuis presque quinze ans et je me rappelle comment elle était vis à vis des garçons à Poudlard... Je pense vraiment qu'Hermione est en train de tomber amoureuse et qu'elle n'en est même pas consciente en prime. C'est un foutu désastre.
Harry s'affale pleinement sur le carrelage des toilettes, laissant Ginny se placer tout contre lui, cherchant sa chaleur, sa présence, laissant échapper ses larmes dans son cou. Il est sonné. Il digère mal ses pensées, ne les digère même pas du tout. L'information est en replay dans sa tête.
- Qu'est-ce qu'on va faire ? Je ne sais pas comment on va pouvoir le dire à Ron. On ne peut pas ne pas lui dire, ou continuer de le rassurer en sachant que... Enfin, moi, je ne peux pas. C'est mon frère.
- Dans ton état, il vaut mieux que je m'en occupe... Il ne faut pas que tu te stresses d'avantage... Et puis on est sûrs de rien.
Elle a un rire étranglé, amer, qui résonne contre lui.
- Tu as autant de tact que lui, ce serait un carnage. Et d'un côté, je... je pense que ce n'est pas notre rôle... Nous devrions peut-être laisser à Hermione ses responsabilités et... Elle finira bien par s'en rendre compte, non ? Je pense. Et lui en parler. J'espère.
- Je m'occuperais de tout si besoin, affirme Harry.
Un raclement de gorge à peine audible les immobilisent tous les deux.
- C'est gentil... pas la peine de prendre des pincettes avec moi, vous le savez...
En entendant la voix de son frère à la porte des toilettes, les sanglots et les excuses de Ginny se confondent. La rouquine n'a plus autant pleuré depuis si longtemps. Quand elle redresse la tête pour apercevoir le visage décousu de Ron qu'elle redoutait, elle se lève à la hâte pour venir l'enlacer.
- Oh Ron...
- Je ne voulais pas entendre ça, je suis désolé... je pensais que tu allais mal, enfin tu vas mal, mais je veux dire : je croyais que c'était le bébé et pas... et pas...
Ron s'arrête immédiatement quand il réalise qu'il pleure lui aussi. Ce n'est pas comme si c'était une immense surprise ni comme s'il venait d'entendre une révélation. Mais entendre sa sœur poser des mots sur ses craintes les plus intimes lui donne l'impression de recevoir un énorme coup sur la tête. Si Ginny le sent mal, il n'a alors plus aucune raison d'espérer.
- Je suis désolée, dit-elle. Je suis désolée.
Quelque part, tout au fond de lui, quelque chose résiste. Quelque chose ne veut pas céder. C'est non, non, non, en boucle. Il ne veut pas y croire, il a envie de penser que Ginny se trompe sur toute la ligne et que les rougeurs sur les joues d'Hermione, qui ne le lui ont pas échappées non plus, n'est effectivement que l'effet du vin.
• • •
Astoria dévisage Granger. Elle semble véritablement surprise quand il ne reste plus qu'elle à table avec les Malfoy. Elle évite complètement son regard, mais n'hésite pas à en partager un avec son mari comme s'il n'y avait plus qu'eux. En prenant une gorgée d'eau, Astoria ravale son ennui. Pas un instant son hôte ne semble voir les choses telles qu'elles sont vraiment.
La chaise racle quand elle se lève.
- Je ferais peut-être mieux de voir si tout va bien moi aussi, dit-elle seulement.
- Je ne savais pas que délaisser ses invités étaient courant par chez vous...
- Astoria ! gronde Draco.
Évidemment qu'il prend sa défense, le contraire l'aurait vraiment étonnée. En vérité, tout se passe plus ou moins comme elle se l'était imaginée. Depuis que Draco lui a annoncé l'invitation à ce repas, mille et uns scénarios lui ont traversé l'esprit. Celui qui se déroule ce soir ne la surprend guère et fait même partie des plus calmes de son imagination. A son grand dam... Elle n'aurait pas dit non à quelques rebondissements digne de ce nom, elle qui aurait préféré être ailleurs.
La seule chose vraiment intéressante est bien Ginny Weasley.
Apparemment, elle n'a pas été la seule à s'imaginer quoi que ce soit. La rouquine a été attentive toute la soirée. Son manège n'a pas échappé un seul instant à Astoria et cette fabuleuse excuse pour sortir de table non plus. Elle a été si flagrante que Granger l'aurait forcément remarqué si elle ne vivait pas actuellement à des années lumières.
Astoria repousse son assiette tandis qu'elle observe ces deux-là discuter. Draco la rassure sur cette Ginny, dont la fraîcheur des émotions lui donne envie de tout briser autour d'elle et qui la conforte que, eux, les Sangs-Purs n'ont pas leur place ici. Et surtout, il lui adresse un sourire compréhensif dont la Gryffondore ignore la rareté.
- Si tu veux t'assurer qu'elle aille bien, vas-y. Elle est ton amie.
Draco retient un geste mais Astoria n'est pas née de la dernière pluie. Il a amorcé un geste pour lui prendre la main avant de se retenir in extremis.
C'est fou comme des choses aussi évidentes peuvent être absolument invisibles aux yeux des propres concernés. Ils ont beau se regarder, ils sont complètement aveugles. Elle a un rictus et une pensée amère : soudain, elle les déteste.
Ils se fichent des gens qui les entourent, ils se fichent des conséquences. Ils prennent ce qu'ils veulent et ce qu'ils ont besoin de prendre sur le moment même sans arrières pensées et sans se soucier de quoi que ce soit. C'est quelque chose qu'elle leur envie, c'est un égoïsme qu'elle aimerait bien pouvoir posséder aussi.
Et cette complicité naturelle et leurs conversations muettes l'énervent, la travaillent, c'est quelque chose qu'elle n'a jamais connu non plus. Avec personne. Pas même avec son amant. Elle aussi aimerait un peu de tendresse, d'insouciance, ce genre de codes qui se développent à mesure que l'on fréquente quelqu'un.
- Je préfère rester et préparer les desserts, s'excuse Granger, rouge comme une pivoine. Ce sera prêt quand ils redescendront.
Une fois seuls, Astoria prend le pari que Draco ne tiendra pas deux minutes en sa compagnie. Et effectivement, il lui lance un regard pour la première fois de toute la soirée. Un regard ni chaleureux ni froid et il n'y a rien de pire que ce regard-là, un regard neutre comme s'il ne la connaissait pas. Il n'y a rien de pire que celui-là car il y a une part de vérité : Se connaissent-ils vraiment ?
Il n'y a rien de pire que ces yeux-là car depuis son état d'ivresse de la dernière fois, Astoria a cessé de les combattre. Elle sait qu'elle pourrait lui imposer toutes ses peurs, tous ses ordres, et tout son comportement exécrable, l'homme qui est son époux ne reculera pas.
- Je vais prendre l'air.
Et ainsi quitte-t-il sa présence sans une hésitation.
Astoria se retrouve alors avec la table dressée pour six, les assiettes non débarrassées, et le souffle d'air frais que la porte de la véranda a laissé entrer quand Draco est sorti. Elle finit par se relâcher un peu et s'affaisser contre sa chaise, vidant son verre d'eau d'une traite.
En l'absence de tout le monde, Astoria ne peut que se retrouver face à la maison au décor chaleureux, à des lieux du Manoir froid et impersonnel qu'ils n'ont jamais pris le temps de décorer. Autour d'elles, des couleurs chatoyantes et des meubles confortables, moelleux, qui la narguent par leur familiarité simple et leur utilité. Il y a aussi beaucoup de portraits d'amis, de famille, de photos qui s'animent sur les murs.
Chez elle, ou plutôt chez Draco, il n'y a uniquement des portraits austères, bien trop souvent désertés par leurs hôtes. Astoria ne connaît même pas certains de ces derniers tellement ils apparaissent si peu dans leurs tableaux.
C'est une maison de famille comme elle a pu en voir dans ces téléfilms moldus à l'hôtel où elle retrouve son amant. Le genre de familles où tout va bien dans le meilleur des mondes, où les réconciliations suivent les disputes, où chacun s'aime, se le dit, se le montre, veille sur les uns les autres. Le genre de famille si éloignée de la sienne.
D'un geste désespéré, elle se lève à son tour et agite sa baguette pour entasser la vaisselle et rejoint l'ancienne Gryffondore penchée à la fenêtre de la cuisine. Si Astoria a bien découvert quelque chose ces dernières années, c'est bien sa répulsion à se retrouver seule avec elle-même. Un sentiment qui s'exacerbe de jour en jour et elle préfère s'approcher de Granger que d'attendre dans son coin.
Celle-ci sursaute et désigne l'évier en voyant la vaisselle arriver. Pas un mot, pas de discussion futile, heureusement. Elle revient à ses assiettes à dessert et le dressage qu'elle s'applique à ensorceler pour créer un effet de feux d'artifice.
Accoudée contre le comptoir, Astoria se contente de l'observer à défaut de lui proposer ouvertement de l'aide. La femme qu'elle suit des yeux avec curiosité n'a rien d'exceptionnel mais Astoria comprend pourquoi Draco se sent mieux en sa présence.
Habituellement, Astoria aurait déjà cherché une obscénité bien pensée parce qu'elle déteste que l'on marche sur ses plates bandes, mais ce soir rien ne lui vient. Il n'y a plus assez de venin en elle pour lancer à Granger la vraie raison de la sortie de table de son amie ou pour l'attaquer sur sa proximité avec son époux.
La jeune femme qui s'affaire à l'ignorer superbement respire une tristesse qui la contamine. Quand elle n'est plus si entourée, Granger est différente. Fini l'insouciance qu'Astoria a aperçu lors de ses regards échangés avec Draco, fini ses maigres tentatives de participer à la discussion. Une fois le dos tourné à son entourage, ce qu'elle a vécu se lit aisément sur son visage. Elle ne fait plus semblant.
Et Astoria se rappelle ce qu'elle a en commun avec cette femme que tout lui oppose. Elle grimace, partagée entre tourner les talons, retrouver son audace, ou se taire. Tout ce qu'elle finit par faire, c'est sentir ses propres doigts se crisper sur le tissu de sa robe, là où son ventre a perdu toutes les formes de sa grossesse.
Une seconde passe, une éternité dans son esprit, avant qu'Astoria n'amorce un geste.
- Tiens.
Sur un coup de tête, Astoria a invoqué les photos qu'elle gardait secrètement et dont le nombre a doublé depuis la dernière visite de Rita Skeeter. Jamais elle n'aurait dû faire ça. Jamais elle n'avait prévu de ressortir ces images, encore moins de les donner. Jamais, jamais, jamais. Mais... elles ne lui appartiennent pas. C'est l'évidence même en regardant son hôte. Elle a beau la mépriser entièrement, ces photos lui reviennent.
Le cœur d'Hermione loupe aussitôt un battement. Elle en lâche sa baguette qui rebondit sur le sol sans un bruit et en briserait même l'assiette qu'elle tient dans son autre main.
C'est comme si son cerveau s'embrouillait d'un seul coup. Elle ne voit plus qu'une chose, son reflet et celui de Draco sur les images qui la narguent. Des photographies qu'elle n'a jamais vu jusqu'à ce jour et qui pourtant datent de ces derniers semaines, prises lors de ses derniers déjeuners avec Malfoy.
Et durant la semaine qui vient de s'écouler, ils ont remis le couvert chaque midi, comme incapable de se défaire de la compagnie de l'autre et l'apaisement qui les submerge quand ils se retrouvent en tête à tête. Il y a une photo pour chaque jour.
Une boule d'angoisse se loge dans sa gorge et il lui faut un temps pour retrouver son calme afin de tenir tête à cette femme dont elle évite sciemment le regard depuis le début de la soirée.
- Comment ces images sont arrivées en ta possession ? Ce n'est pas parce que Malfoy est ton mari que tu te dois de l'espionner. C'est... C'est...
Elle bute sur les mots en faisait défiler les clichés. Merde, certains lui semblent pires que celui qui est sorti dans La Gazette du Sorcier alors qu'il n'y a rien, aucun rapprochement. Tout tient dans le sourire du jeune homme qui détonne. Qui détonne même à ses yeux à elle tant il l'arbore sur la majorité des photos.
A-t-il autant souri lors de leurs rendez-vous ou bien ces photos sont trafiquées ?
- Lui et moi... Il n'y a rien. Tu ne devrais pas utiliser ton argent dans un détective privé, achève-t-elle.
- Ne gâche pas ta salive pour des justifications bien vaines. Je ne suis pas à l'initiative de ces images.
Hermione se décide enfin à l'affronter du regard, montrant tout son scepticisme.
- Alors pourquoi sont-elles là ? demande-t-elle, un sourcil levé. Je n'en veux pas.
- Je ne te dois rien, mais tu devrais plutôt me remercier d'empêcher Skeeter de les mettre ailleurs qu'entre tes mains. Les veux-tu en première page ? Alors prends-les. Jamais je ne garderai ces horreurs, regarde comme vous êtes laids et mièvres. La mièvrerie, ça t'appartient, Granger.
- Je n'en veux pas !
C'est instinctif, elle ne veut même pas toucher ces photos qui lui donnent l'impression de commettre une erreur, presque un crime. Elle les relâche sur le comptoir, les doigts tremblants. La jeune femme n'arrive pas à aligner deux pensées cohérentes et ses yeux ne semblent pas vouloir lâcher les portraits ensorcelés qui s'animent entre ses assiettes.
- Range-les dans une cache magique. Si tu n'en veux pas d'autres, peut-être que vous devriez vous fréquenter ailleurs que dans les jupons de cette journaliste.
- Je ne fréquente pas ton mari !
- Bien sûr que si. Penses-tu me retourner le cerveau ? Penses-tu pouvoir me mentir aussi bien qu'à toi-même ?
- Sans vouloir te manquer de respect, Astoria, tu es complètement fêlée.
Malgré les éclairs que lui lancent les yeux de son interlocutrice, Hermione ne regrette pas un instant ces paroles. Et puis quoi encore ? Devrait-elle se laisser faire par elle ? La laisser dire n'importe quoi ? Astoria a beau être une jeune femme qui l'impressionne par sa prestance, ce n'est pas une raison pour acquiescer docilement.
Des pas se font entendre dans l'escalier et Hermione plaque sa main sur les clichés en un réflexe, ayant brusquement conscience que ce geste désespéré n'a rien d'anodin. Pourquoi cacherait-elle quelque chose qui ne signifie rien ? Pourquoi son cœur bat la mesure à un rythme endiablé à l'idée que quelqu'un de son entourage puisse voir ces clichés ?
Quand Harry apparaît, elle ne peut s'empêcher de ressentir un soulagement intense. Ce n'est pas Ron et ses yeux demandeurs. Ce n'est pas Ginny et son regard acéré. Deux personnes qu'elle n'aurait pas pu affronter tout de suite après la découverte de ces images. Ramassant adroitement sa baguette, elle écoute finalement le conseil d'Astoria et murmure du bout des lèvres un sort afin que les clichés disparaissent en lieux sûrs.
Néanmoins, elle a la sensation qu'ils sont affichés partout, sur tous les murs de la pièce, tous les journaux du pays, sur son front. Sous le regard d'Harry qui arrive à leur hauteur. Il est difficile de cacher sa nervosité évidente tant Hermione a l'impression d'être un livre ouvert. Heureusement son ami a l'air un peu ailleurs et seul le fait de trouver les deux femmes dans la même pièce le sort de sa torpeur.
- Ah, bafouille brusquement Harry parce qu'il ne s'y attendait pas. Je ne voulais pas déranger quoi que ce soit, désolé si c'est le cas.
- Ce n'est pas parce que deux femmes se parlent que la conversation est obligatoirement hors de portée des hommes, répond du tac-au-tac Astoria. De quoi penses-tu que l'on discute ? De nos règles ?
- Comment va Ginny ? coupe Hermione dont le bord des lèvres se retroussent en un sourire malgré elle. Est-ce que tout va bien ?
La tension d'Harry paraît s'adoucir et il se tourne enfin vers elle.
- Un peu mieux, rien de grave.
- Je peux faire quelque chose ?
- Non ne t'inquiètes pas, on a la situation bien en main. Je viens chercher un potion et un verre d'eau.
- J'espère que ce n'est pas le repas.
- L'angoisse de l'accouchement, les hormones, tout ça, répond Harry avec un drôle de sourire. Ne t'en fais pas. Ron est avec elle, les nausées se sont calmées. Est-ce que tu pourrais t'occuper des invités le temps que l'on redescende ? Ce ne serait pas très poli...
- C'est le moins que l'on puisse dire, intervient Astoria, le regard fixé sur le jeune homme.
- Dix minutes pas plus, promis, supplie Harry en ignorant superbement Astoria et en prenant les mains d'Hermione entre les siennes.
Bien qu'elle n'aime pas savoir sa meilleure amie en détresse à l'étage, Hermione capitule. Toutefois, c'est un malheureux doute qui se loge dans sa poitrine. L'attitude évasive d'Harry ne lui ressemble pas.
- Vous me faites de la peine, lance Astoria une fois que le jeune homme disparaît dans l'escalier.
- Je ne te permets pas, merci.
- Cette maison empeste le mensonge, moi qui pensais que tout allait toujours bien pour les Gryffondors...
- Crois-tu vraiment que ta maison sent meilleure que la mienne ?
Sa réplique fait mouche. La belle dame, ô grand bien habillée et bien maquillée, se fige. A côté d'elle, Hermione se sent vraiment petite, insignifiante, d'une normalité affligeante. Elle n'a pas de mal à comprendre pourquoi Malfoy n'a pas refusé de l'épouser quand celle-ci lui a été présentée comme sa fiancée officielle.
- Je suis autant fêlée que tu l'es, ma pauvre Hermione Weasley.
La voix de l'épouse Malfoy est presque trop faible, à peine un murmure.
- Et je ne vois pas ce qui me retient ici, d'ailleurs. Je n'avais aucune intention de venir au départ, je n'en ai aucune de rester.
- Rien ne te retient.
- Parfait, alors nous sommes d'accord. Accio.
Son manteau en fourrure vient recouvrir ses épaules avec une adresse délicate, comme s'il n'y avait point eu de sortilège mais un véritable marjordome attendant le moment propice. Astoria écarte ses longs cheveux noirs et les repose sur son épaule. La couleur tranche avec la pâleur de sa peau et le rouge écarlate de ses lèvres. Une Blanche-Neige chez les Sangs-Purs, bien qu'elle ait plus l'allure de la marâtre.
Une vive jalousie traverse Hermione. Amère et qui la surprend tant par sa courte durée que par son intensité.
Elle aurait aimé être aussi belle et déborder d'une telle confiance en elle.
- A la revoyure, je suppose.
Hermione ne répond pas quand l'invitée se contente de prendre la direction de la sortie. Pas de doute. Elle comprend pourquoi des années auparavant Malfoy a pu être attirée par elle. Elle comprend également pourquoi il est aussi malheureux aujourd'hui. Astoria laisse comme un arôme de poison dans son sillage.
• • •
Draco entend la porte de la véranda s'ouvrir et se fermer dans la foulée. Un soupir dans son dos. Et comme à chaque fois, il est tout aussi étonné de pouvoir la reconnaître par son simple parfum. Il n'est pas un homme très porté sur l'olfactif mais le sien apporte une certaine touche à l'atmosphère, la rendant toujours moins lourde depuis qu'ils se voient.
- J'espère qu'Astoria ne t'en a pas fait vivre de toutes les couleurs.
- Je lui ai plus ou moins indiqué la porte de sortie.
Il esquisse un léger sourire.
Quand il s'est retourné tout à l'heure, en se sentant coupable de délaisser Astoria en public –un vieux réflexe agaçant, il a eu la fâcheuse surprise de la surprendre aux côtés de Granger. Certainement pas pour lui dire des choses agréables, il en est sûr. Mais il n'est pas assez stupide et suicidaire pour se mêler d'une conversation où son ancienne camarade n'avait certainement pas besoin de lui pour se sortir des griffes de son épouse.
- Elle a appliqué mon conseil. Tu peux rentrer à ton tour... Je comprendrais, ce n'était pas la meilleure des soirées.
- C'était bizarre.
- Complètement.
Elle rigole un peu avant de s'arrêter à sa hauteur. Il l'entend respirer à plein poumon l'air marin, lâchant un petit gémissement de contentement, et il prend conscience de la bulle qu'ils viennent instantanément de se créer alors qu'ils ne sont pas tout à fait tout seuls. Est-ce si mal s'il a envie de l'enlever quelques minutes à ses amis ? Parce que sa compagnie l'apaise ? Parce qu'aussi étrange cela soit-il, il se reconnaît un peu en elle ? Il en vient à avoir besoin de sa dose quotidienne.
- J'ai l'impression qu'ils ne vont jamais redescendre et le fait qu'ils ne me disent pas réellement ce qu'il se passe me fait peur. Et si Ginny allait vraiment mal et qu'elle devait se rendre à Sainte-Mangouste ?
- Penses-tu qu'ils t'auraient vraiment caché une chose pareille ?
Elle hésite.
- Je ne sais pas... C'est possible... Ils me traitent toujours comme une chose fragile, alors je ne sais plus ce que je dois penser.
Draco l'observe se tourner vers sa maison, vers le salon et la cuisine éclairés mais désormais vides de présence et de bruit. Il y a comme quelque chose de déprimant face à ces pièces délaissées, sensées être le cœur même de la convivialité. Les émotions se bataillent sur le visage de Granger, entre déception, inquiétude, et l'envie d'être présente pour ses proches.
Puis son regard se lève plus haut, vers la fenêtre allumée de l'étage. Un fantôme passe. C'est finalement une grimace qui s'empare de la jeune femme et Draco a du mal à suivre le fil de ses pensées.
Toutefois, quand elle revient poser son attention de l'autre côté, vers la plage plongée dans le noir et la mer dont seulement les sonorités leur parviennent, il peut aisément apercevoir ses traits se détendre. Comme un oiseau qui prend son envol, elle est beaucoup plus attirée par l'horizon.
- Je crois que je vais plutôt suivre l'exemple d'Astoria.
Sur ce, elle descend d'un pas décidé les trois marches qui les séparent du sable et commence à s'éloigner comme si elle savait parfaitement où aller.
Il lance un regard en arrière, un seul.
- Attends, Granger. Tu ne peux pas me laisser là ! Et s'ils reviennent... Je n'ai pas envie de rester avec eux...
Lui-même perçoit le sentiment d'angoisse qui l'étreint à cette idée. Il s'entend bien avec elle, c'est un fait qu'il a fini par intégrer. Mais ses amis... c'est autre chose. Il a d'ailleurs seulement accepté cette invitation pour la simple raison de ne pas la blesser.
Les Potter, les Weasley, ne lui ressemblent pas du tout. C'est l'indifférence la plus totale. Même avec les meilleures intentions du monde, il n'a aucun atome crochu avec eux et cette soirée n'a fait que le confirmer.
- Je te l'ai dit, je ne t'en voudrais pas si tu rentres chez toi, tu peux y aller sans crainte, sourit-elle.
- Je ne suis pas vraiment du genre à fausser compagnie.
- De toute façon, en voyant Astoria partir, j'ai aussitôt assumé que tu partirais aussi. Il y a un mot annonçant votre départ sur la table.
- Ah.
Il pourrait être contrarié qu'elle ait supposé quoi que ce soit, mais c'est d'une telle logique qu'il laisse couler. Vu l'attitude d'Harry et Ginny entre eux, et les regards de Ron que Draco a vu se poser sur Granger, c'est même plus que certain qu'ils le supposeraient aussi. De toute évidence, un couple est une entité à deux têtes à leurs yeux.
- Et pour toi ?
Elle hausse les épaules, d'un air plus embarrassé qu'expéditif.
- Ils ne veulent rien me dire... Je suis peut-être une très mauvaise amie, mais j'ai vraiment besoin d'air après ce dîner. Ce n'était pas facile pour moi. Et puis, ce ne serait pas la première fois que je m'échappe ces derniers jours.
- Arrête de te déprécier, je ne pense pas que tu es une mauvaise amie pour eux.
- C'est gentil, Malfoy. Mais ce n'est peut-être pas tout à fait vrai...
Sur ces mots, elle disparaît dans l'ombre et Draco se retrouve un peu con sans aucune réponse à lui servir. Il aimerait bien la rassurer à ce sujet mais qu'en sait-il ? Il aimerait bien lui dire qu'elle devrait rester, peut-être, au cas où, mais toutes ces paroles reviendraient à ne pas la prendre au sérieux et c'est tout ce qu'il détesterait entendre à sa place.
Granger ne doit pas être très loin, il perçoit toujours sa présence. Alors qu'il a enfin le feu vert pour fuir les anciens Gryffondors comme ses tripes lui soufflent de le faire, il soupire et choisit plutôt de lui emboîter rapidement le pas. A quoi bon de rentrer au Manoir si c'est pour retrouver ses luttes intérieures et ses insomnies ?
Elle l'accueille d'un sourire discret quand il la rejoint et il suit le chemin qu'elle emprunte vers le large, délaissant de plus en plus la maison et ses abords derrière eux. Il n'y a également rien de mal dans le fait de vouloir rester un peu avec elle, non ?
La plage n'a l'air d'avoir aucun secret pour elle en tout cas et il devine que la jeune femme a l'habitude de venir ici. Sans avoir besoin de repères, elle esquive les rochers et emprunte les chemins serpentant parmi les dunes invisibles dans la nuit. Il marche dans ses pas, même s'il dérape au moins deux fois sur le sable friable alors qu'elle s'élance parfaitement à son aise. Il s'entête cependant, sans prendre le temps de se faciliter la tâche avec un Lumos. L'obscurité n'est pas quelque chose qu'il a envie de fuir, là tout de suite. Elle est plutôt rassurante même.
- Toujours là ? demande-t-elle.
Il relève la tête pour voir qu'elle s'est arrêtée et réalise que l'eau n'est plus qu'à portée de main. Des vagues timides qui s'écrasent calmement à leurs pieds, les effleurant à peine tandis que la marée semble reculer.
- Tu es sûr que ça va ?
- Je n'ai pas l'habitude... Je suis plutôt un rat des villes.
- Une fouine des villes serait plus pertinent.
- Ha ha, combien de temps ce souvenir va me coller à la peau ?
Un sourire éclaire son visage.
- Aussi longtemps qu'il le faudra, c'était amusant à voir.
- Tu aurais trouvé cela moins drôle si tu te serais retrouvée à faire des roulades sur la tête de Goyle.
- Du tambour, pas des roulades. Il avait la tête creuse, ça a dû résonner.
Il ne peux s'empêcher de rire malgré lui –paix ou non à l'âme de Goyle. Depuis quand n'a-t-il plus aussi ri ou souri, en réalité ? Quand il y pense, ce n'est pas depuis la perte d'Orion que la morosité lui colle à la peau. Certes la funeste nouvelle s'est abattu sur sa tête comme une enclume mais il vivait déjà entouré de cette mélancolie. Non, ça remonte à bien plus vieux que quelque mois. Le sentiment s'était installé petit à petit avec les années, et cette austérité qui ne lui est pourtant pas si chère ne l'avait plus quitté ensuite.
Granger l'entraîne dans une direction et ils se retrouvent à longer lentement la mer dans une plénitude agréable. La parole est délaissée au profit des sonorités ambiantes, une nouvelle complète pour lui. Il est habitué aux bruits sourds d'une ville en animation, aux brouhahas des passants et des magasins, ou même au silence qui n'a rien de tranquille du Manoir.
Et il y a quelque chose d'une douceur réconfortante dans cette promenade. Draco relâche enfin la pression des apparences et remonte les manches de sa chemise. Décembre s'approche dangereusement mais c'est une brise encore automnale que l'air transporte. Il fait encore bon pour la saison et il se surprend à en profiter.
Il réfléchit beaucoup. Lui qui a plutôt l'habitude d'étouffer ses pensées les laisse pour une fois vagabonder même si elles ne sont pas toutes des plus joyeuses.
L'invitation finit déjà par n'être qu'un souvenir dans son esprit. Il apprécie cette marche silencieuse, le ressac qui berce leurs pas et dont la musique lui permet de déguster le moment présent. Il pourrait fermer les yeux, si seulement il n'avait pas peur de briser son équilibre retrouvé grâce à l'humidité du sable.
Granger finit par s'arrêter quand seule la lune éclaire les environs. La maison est loin derrière et les quelques voisins aussi. Draco est surpris de voir soudain avec autant de clarté. La nuit qui lui avait paru épaisse a fait place à une lumière naturelle qui met nettement en valeur la plage et l'horizon. Il peut voir quelques formes d'arbres et de bâtiments délaissés, il peut apercevoir Granger qui croise son regard, et il peut observer les vagues presque comme en plein jour.
- Je n'ai pas non plus l'habitude de sortir en pleine nuit comme ça non plus.
- Ne t'inquiètes pas, je n'ai absolument pas relevé toutes les fois où tu as trébuché... Motus et bouche cousue.
- C'est si aimable, je tacherais de m'en rappeler.
Elle s'assoit et il suit le mouvement un peu pataud. Si d'anciens camarades ou certaines de ces fréquentations le voyaient là, assis dans le sable avec quelqu'un qu'il a juré haïr autrefois, ils riraient sans aucun doute. Mais le calme et la vue ne sont pas pour lui déplaire.
Ils restent ainsi de longues minutes, jusqu'à ce que la petite voix de Granger se fait entendre :
- N'as-tu pas l'impression parfois de vivre une vie qui n'est pas la tienne ? Je veux dire, tu n'as pas l'impression par exemple de te réveiller quelques secondes de ta propre vie pour te dire « mince, est-ce vraiment moi, là, pourquoi j'en suis là » ?
Il y a une telle tristesse dans son ton qu'il se tourne aussitôt pour la regarder et remarquer qu'elle est plus près qu'il ne l'avait imaginé. Elle soutient ses yeux et ses interrogations, la tête posée dans ses bras.
- Je ne suis pas folle, non ? murmure-t-elle. Regarde les vies que nous avons et dis-moi que c'est normal. Est-ce normal d'enchaîner si vite les étapes ? Des étapes bien tracées ? Est-ce que c'est normal de vivre dîners sur dîners autour d'une belle table, de parler de mariage, d'enfants, de boulot plutôt que... je ne sais pas... plutôt que de rire, vivre, faire place à plus de spontanéité... Quel âge a-t-on vraiment ? 25 ou 40 ans ?
Il déglutit en évitant son regard. Son cœur bat un drôle de rythme tant ses paroles trouvent un certain écho en lui. C'est vrai qu'il a parfois l'impression d'être plus âgé qu'il ne l'est réellement et d'avoir endossé des responsabilités qui ne devraient pas être les siennes... Mais la pensée ne l'a jamais vraiment frappé plus que ça.
- Moi, ça commence à sérieusement m'étouffer. J'ai seulement 25 ans. 25 ans...
Sa voix se brise.
Draco ne sait pas comment réagir dans l'instant, il se contente de sortir sa baguette pour tracer un cercle sur le sable et d'y emprisonner une petite flamme pour les empêcher de se retrouver rattrapés par le froid. Les couleurs se reflètent tout de suite sur Granger, dans ses yeux bruns perdus brusquement ailleurs.
- Si c'était un secret, alors j'en ai un aussi. Moi aussi, ça m'étouffe, dit-il doucement. C'est peut-être ça vieillir ?
Ils échangent un regard qui pour lui veut dire beaucoup. Il a trouvé quelqu'un qui ne lui reprochera pas d'avoir envie de fuir, qui ne lui imposera pas d'être Draco Malfoy et tout ce que comporte son nom, son héritage. Il pourrait lui dire que c'est difficile et qu'il a envie de tout plaquer, il n'a pas la sensation qu'elle l'en empêcherait.
Il s'adoucit et retrouve ses mots.
- Si tu avais 17 ans de nouveau, à quoi ressemblerait ton avenir ?
- Honnêtement... pas à ça..., répond-t-elle d'un ton affligé. Si je devais recommencer, je continuerais mes études, j'obtiendrais un diplôme de droit ou de journalisme ou même de médecine, je chercherais un remède contre le sortilège d'amnésie. Je pense que je ne délaisserais pas autant mes amis non plus. Et je voyagerais un peu partout. Et je ne me renfermerais pas sur moi-même comme je l'ai fait... Je ne me reconnais plus du tout.
- Il n'est jamais trop tard pour ces projets là.
Elle étouffe un bruit moqueur, comme s'il ne pouvait pas comprendre, comme si elle avait entendu ou s'était répétée ces mots-là trop de fois pour qu'ils sonnent justes.
- A quoi ressemblerait ton avenir à toi ? demande-t-elle.
- Je n'y ai jamais vraiment réfléchi, je crois... Libre, je dirais. Enfin, je n'écouterais pas le testament de mon père qui m'a poussé à me marier. Je revendrais le Manoir sans hésitation aussi... Ce serait vraiment ma première vraie décision... et j'achèterais quelque chose qui me ressemble plus, un appartement quelque part.
Un sourire flotte sur ses lèvres.
- J'aime la ville, si tu ne l'avais pas remarqué. Je me verrais beaucoup plus à Londres que dans le Whiltshire. Je voyagerais aussi je pense, autour du monde... Et contrairement à toi, je couperais certains ponts avec mes fréquentations, c'est certain. Pas tous j'imagine, mais une grande partie oui.
Il a l'impression de lui avoir sorti une confession interminable et il reçoit un coude dans son épaule en retour.
- Toi non plus il n'est pas trop tard, tu sais ?
- Ah..., soupire-t-il. Mais c'est plus d'énergie que je ne peux m'offrir...
- Tu crois que j'en ai beaucoup de mon côté ? Changer de vie, c'est... Les sacrifices que ça engendre, c'est un coût. Je ne peux pas y mettre le prix. Et c'est ce que je disais, écoute-nous... J'ai l'impression d'avoir 40 ans.
Il acquiesce.
Ils ont véritablement l'air de quadragénaires au bord de la crise et ça pourrait doucement le faire rire si ça ne le déprimait pas autant. Le pire, c'est qu'il n'est pas sûr de sacrifier grand-chose de son côté s'il changeait tout. Des années de mariage fondées sur des apparences qui se sont effritées avec le temps, et c'est tout. Il travaille déjà dessus, d'ailleurs. Mais remuer le reste de son confort actuel sans savoir ce qu'il pourrait réellement trouver en retour ? Quelque chose le retient encore.
- Pas maintenant en tout cas... rajoute-t-elle timidement.
- Je vais divorcer, au moins. Ça me fait une avance sur toi, plaisante-t-il amèrement.
Le dire de vive voix, avec autant d'aplomb, libère un poids dans sa poitrine. Ce n'est plus un projet vraiment flou.
- Toutes mes félicitations.
Il s'attendait à une réaction plus vive, il s'attendait à devoir se justifier, qu'on l'accuse d'en faire une blague malvenue, mais les mots de Granger sont platement sincères. Elle lui sourit. Depuis qu'ils se rencontrent régulièrement, elle sait à quel point son mariage est un désastre. S'il ne lui en parle qu'à demi-mots, elle en a deviné d'avantage. C'est une femme intelligente.
- J'adore ma librairie, dit-elle. Mais parfois je ne sais pas combien de temps je pourrais rester à y travailler. Si je devais changer une première chose, ce serait ça. Je la garderais, j'ai gagné ma part du magasin, mais je n'y resterais pas.
- Pourquoi as-tu peur de faire ce pas ?
- Je ne sais pas, j'aurais l'impression de trop compter sur Ron pour quelque chose de purement personnel.
- Je pense que Weasley se ferait un plaisir de te soutenir. Il a l'air très amoureux.
- Je ne suis pas très sûre d'avoir envie d'être soutenue, Malfoy, ni d'être redevable ou reconnaissante, ou..., hausse-t-elle les épaules, résignée. Je ne sais pas ce que j'aimerais. Je ne sais pas ce qui m'énerve autant dans cette idée... Puis, je ne suis pas sûre que ça lui plairait que je « recule » dans ma vie.
Elle se lève d'un coup en poussant un cri de frustration face à la mer. Un cri sorti du cœur. Granger se passe une main dans ses cheveux.
- Je ne sais pas pourquoi c'est à toi que j'en parle, je devrais surtout en parler à ma psy, c'est elle qui a planté ses graines là... Mais c'est frustrant. J'y pense en permanence ces jours-ci, tu t'en rends compte ? Ça a toujours été là... mais depuis peu « paf », ça a éclaté, impossible de revenir en arrière... Et je ne sais plus rien.
Granger se retourne vers lui et prend conscience qu'elle pleure. Elle s'essuie maladroitement les joues mais sur son visage, ce n'est plus vraiment de la tristesse. Ce ne sont pas des larmes de malheur, ce sont des larmes qui signifient autre chose. Une colère, un sentiment enfoui, des regrets, des espérances aussi.
Il a bien envie de l'encourager, mais il est un peu bluffé par l'image qu'elle lui renvoie. Plus forte. Chaque jour, à chaque rencontre, il la voit de plus en plus forte alors qu'il a l'impression de s'embourber. Comment le voit-elle de son côté ? Voit-elle un homme profondément triste qui ne change pas, qui n'évolue pas ?
Peut-être qu'en continuant un peu à ses côtés, cette force débordera sur lui, en lui, le contaminera. C'est ce qu'il aime en la côtoyant. Ce qu'elle instille en lui.
- En perdant Ambre, j'ai cru être morte. J'ai cru mourir, murmure-t-elle. Je suis peut-être affreuse de dire une telle chose mais... mon Dieu, la perdre m'a en quelque sorte fait revivre. Il y a des choses qui me reviennent, je renoue avec celle que je suis, aussi douloureux soient mes sentiments.
- Ce n'est pas affreux du tout, dit-il sans pouvoir détacher son regard de son agitation. D'une certaine manière, je comprends parfaitement.
- Alors nous sommes deux tordus. On s'est bien trouvé.
Elle sourit étrangement avant de se tourner vers la mer, d'écarter les bras et de fermer les yeux.
- Ça me tue, mais je revis, entend-t-il et un frisson le parcoure tout entier. Et Ron m'en voudrait, tout le monde m'en voudrait si je l'avouais tout haut. Mais je revis. C'est la vérité.
En cet instant, Draco n'a jamais trouvé quelqu'un d'aussi beau. Elle l'inspire au point où il ne peut ni formuler de phrase cohérente ni amorcer le moindre geste vers elle alors qu'il a envie de la rejoindre du haut de son monde à elle. Combien donnerait-il pour penser la même chose ? Tout son argent, tous ses biens, tout... pour un dixième de cet espoir qu'il ressent venant d'elle. Un millième, même.
Les gens seraient fous de lui en vouloir alors qu'à cette seconde précise, il l'admire tant.
Tandis qu'elle ne le voit pas, il s'autorise quelques larmes qui ne s'arrêtent malheureusement pas à temps quand elle se rappelle sa présence.
Granger ne pipe pas un mot, cependant elle tend sa main vers lui, dont il se saisit avec un besoin inespéré, lui serrant certainement les doigts un peu trop fort. Si c'est le cas, alors elle ne dit rien, elle se contente de le laisser faire.
Ne me laisse pas couler, a-t-il bien envie de dire. Et c'est bien ce que cette main fait, le maintenir à la surface.
- Je ne choisirais pas d'avoir des enfants si je devais avoir de nouveau 17 ans... avoue-t-il, mais... mais j'aurais tellement aimé le voir, le rencontrer, l'avoir dans mes bras... le voir grandir, vieillir...
Elle serre à son tour.
- Je sais.
- Il était là, inanimé et figé et... déjà loin, disparu. Rien.
Draco n'avait aucunement l'intention de le lui dire, s'était toujours efforcé de taire sa vérité à lui, sa propre expérience, pour éviter qu'elle se brise. Il a l'impression que ses mots sont même plus crus et brutaux que la réalité. Il n'y a eu aucun cri ou mouvement à la naissance, il n'y a eu rien qu'un vide lancinant qui le suit en permanence. Et il n'arrive pas à poser de mots plus vrais que ceux-là.
Sans trop savoir comment il en est arrivé là, il ouvre les yeux dans les cheveux de Granger. Son visage enfoui, sa taille emprisonnée entre deux bras qui le soutiennent, le serrent. Il s'est levé sans s'en rendre compte ou peut-être l'a-t-elle aidé, quoi qu'il en soit la réponse à sa confession se fait avec le corps et la chaleur de leur rencontre le touche beaucoup plus que des paroles sans le moindre sens.
Ce n'est pas elle qui a besoin d'une étreinte cette fois-ci. C'est lui. Il n'a jamais eu aussi besoin de ne pas être seul et elle l'a compris dans la seconde.
Il loge son bras dans sa nuque, l'attirant plus près de lui que la première fois qu'ils se sont enlacés et ainsi peut-il vraiment cacher qu'il pleure, même si elle le sait. Son contact est tout aussi surprenant qu'il est désespéré. Ils se connaissent si peu et pourtant leur proximité transcende les règles de bienséance. Pourquoi se retenir de s'approcher d'une inconnue si on a tellement en commun ? Pourquoi prendre son temps quand on ne ressent que l'urgence ?
La seule chose qui pourrait l'éloigner est la culpabilité qui l'attrape parfois à la gorge quand il se souvient du traitement qu'il lui a réservé autrefois.
Mais ce soir, elle est loin.
Peut-être que secrètement, Granger lui en veut toujours et c'est égoïste de sa part de chercher sa compagnie.
Lui, sur l'instant, il se sent mieux.
S'il est bien reconnaissant qu'une personne ait trouvé le chemin de sa vie, c'est elle. Même si les circonstances qui les rapprochent sont aussi tristes et qu'il n'a jamais encore eu l'occasion de lui demander pardon.
- Merci.
C'est tout ce qu'il a eu la chance de lui dire et il n'a jamais été aussi sincère.
Voilà. Ce chapitre 6 est enfin fini. Des avis ?
Je ne m'en rends toujours pas compte qu'il est en ligne. Il a été si difficile que je ne sais pas si j'en suis satisfaite...
Tout le monde pleure sinon, eh oui. Vu leur situation, ils sont bien obligés de temps à autres. Moi, je pleurerais en tout cas. Et s'il y a un petit Draco pour me soutenir, je dirais pas non... Parce que j'aime vraiment le Draco que je manie dans cette fiction.
Ah, et tout le monde pense savoir tout mieux que tout le monde sur les autres. C'est voulu. C'est ce qui arrive dans la vie.
Et il y a des fautes. Encore. D'ailleurs le chapitre précédent en est bourré (j'ai hurlé en relisant) mais le fichier n'est plus dans mon Doc Manager sur FF est j'ai la flemme la plus totale de tout refaire. Donc pour l'instant ça reste en l'état, désolée T_T
Bon malgré mon blabla, j'espère vraiment que cette nouvelle aventure vous a plu.
Et à bientôt pour la suite ! Moins de huit mois cette fois je l'espère :D
Slyth.
