CHAPITRE SIX : solitude

« - Lucas Smith. Mais si tu es aussi douée que tu le prétends, on a qu'à faire un jeu. A la fête du lycée, la première à qui il propose un verre.

- Très bien, j'espère que tu es prête à prendre une raclée. »

Je savais qu'elle accepterait ! D'accord, j'aurais peut être pas dû dire qu'elle était nulle en drague, mais bon, au moins comme ça c'était sur qu'elle accepterais. La provocation marchait souvent. Je la vis rougir, et su tout de suite qu'elle se demandait dans quoi elle s'était laissée embarquer.

Je rentrais à la maison vers 18h00. Mes oncles n'étaient pas encore arrivés. Je me décidais donc à monter dans ma chambre faire mes exercices de maths, mais à peine avais-je lu la consigne que je laissais tomber. Je le ferais ce soir, dans mon lit. Je devais faire le dîner, mon oncle ne savait pas cuisiner et ma tante ne rentrait que vers 21h00. Donc c'était moi, depuis l'âge de 12ans, qui faisais le dîner les soirs. Au début ce n'était pas fameux. Mais à force d'entraînement, mes repas étaient devenus potables voir même délicieux. Je vivais avec mes oncles depuis l'âge de 11 ans. Mes parents étaient décédés le jour de leur anniversaire de mariage, ils étaient mariés depuis un an seulement. Mon père avait voulu évité un renard au milieu de la route et leur voiture s'était retrouvée encastrée dans un arbres. Mon père était mort sur le coup. Ma mère, elle, avait passé deux nuits à l'hôpital mais elle avait fini par mourir d'un arrêt cardiaque. Elle avait complètement déliré durant ces trois journées. Elle n'avait cessé de répéter « sois fière de toi, bats-toi, sois toi-même, aimes toi, sois toujours heureuse, rie ! » ce furent les uniques paroles qu'elle prononça quand elle me voyait rentrer dans sa chambre. Le jour de sa mort, je devins quelqu'un d'autre. J'étais passée d'une petite fille timide et introvertie à une jeune fille sur d'elle, qui ne gardait pas sa langue de sa poche. Quand je su qui était la personne qui me prendrait sous sa tutelle, je crus que c'était moi qui allais faire un arrêt cardiaque à mon tour… Ma tante en avait vu de toutes les couleurs durant deux années. Entre l'insolence, les caprices et l'arrogance, elle ne savait plus où se mettre. Elle s'indignait devant tous les sourires que j'était capable de faire : un pour chaque sentiment. Et elle me disait que si je ne changeais pas d'attitude, elle m'enverrait en internat. Je lui riais au nez en lui répondant : essaye seulement ! Et je m'en allais avec toute l'arrogance dont j'étais capable du haut de mes 14 et 15ans. Je ne me calmai que lorsque mon oncle entra dans ma vie. Il tentait de m'aider expliquant à ma tante qu'il fallait être patiente. Et au bout des semaines, notre guerre s'arrêta. Je ne faisais plus attention à elle.

Je dînais seule sur le canapé, mon oncle avait appelé pour me dire qu'il rentrerait plus tard que d'habitude et donc de ne pas l'attendre. Penser à mes parents m'avait chamboulé. D'habitude je ne réagissais pas comme ça. Mais il m'arrivait de faire tomber le masque et de redevenir la jeune fille fragile, sentimentale, et perdue, celle que j'étais véritablement au fond de moi. Seule Christ avait conscience de ce que j'étais au fond. Ou plutôt en avait eu conscience. Je me demande souvent si elle ne pensait pas que la peste avait prit le dessus et que plus rien ne m'affectait… Elle avait été témoin de mes crises de fureur, des nombreux soirs où j'avais pleuré dans ses bras lorsqu'elle m'invitait à dormir chez elle quand la situation avec ma tante allait vraiment mal. Elle faisait ce qu'elle pouvait pour me réconforter mais elle était surtout triste de ne pas pouvoir m'aider davantage. Et comment l'aurait-elle pu d'ailleurs ? Elle était impuissante face à mes problèmes familiaux et avait en plus les siens à régler.

Au final, j'avais essayé de lui cacher lorsque cette situation conflictuelle en venait à me zapper le moral. Seulement, elle me connaissait par cœur et je n'avais jamais réussit à la tromper bien longtemps. Aussi, ça expliquait pourquoi j'avais passé autant de temps chez mon amie, à fuir ce qui était légalement ma maison. Mais maintenant pensait-elle que mon cœur s'était changé en pierre ?
Je descendis en bas écrire un mot à ma tante disant que j'avais besoin d'être un peu seule ce soir et m'en allais. Il pleuvait des trombes d'eau mais je ne pris pas la peine de prendre une veste, seulement un sac pour protéger mon livre de la pluie. Je trouvais la pluie rassurante et les gouttes d'eau ruisselantes sur mon corps me faisaient du bien. La lumière de la chambre de Chris était éteinte, elle devait sûrement être devant la télé et regarder « entretiens avec un vampire » pour la énième fois. Ou alors, elle était dans la chambre de son frère. Elle avait une fascination particulière pour les vampires. Ou alors, elle squattait dans la chambre de son frère. Ces deux là avaient un lien particulier. Je me dirigeais vers la plage à pied. Au bout d'une demi heure de marche, je m'y trouvais. La mer était agitée. Pourtant j'avais très envie de m'y baigner. Je posais mon sac sous un rocher.

Puis je me déshabillai et posais ensuite mes affaires. Je me dirigeais vers l'eau et m'y enfonçais jusqu'au nombril, pas plus. Je voulais me baigner, pas me tuer. Si ma mère pouvait me voir, je ne souhaitais pas qu'elle pense que sa fille était devenue suicidaire ! Je sentais mon corps protester il n'aimait pas être maltraiter de la sorte.

Il venait d'endurer une journée mouvementée, un repas sauter, une marche rapide sous la pluie et maintenant une mer déchaînée et gelée. Je décidais alors que ça faisait peut être trop pour lui et sorti de l'eau. Je me rendis alors compte que je n'avais pas de serviette pour me sécher et que mes vêtements avaient été mouillés.

- Tant pis, le sable c'est confortable.

Consciente que je pouvais attraper la crève je me couchais sur le sable et m'endormis.
Couchée sur cette même plage je regardais Emmett, il était assis sur la branche d'un arbre a quelques mètres de hauteur. Que faisait-il là haut, à me regarder comme s'il allait me bouffer ? Ces traits étaient tirés, les gouttes coulaient sur son visage comme si elles ne lavaient pas touché. Il disait quelque chose, je me redressais et compris seulement un « pourquoi ? » puis mon rêve se brouilla.
Je ne me réveillais que neuve heures plus tard. Pleine de sable… et frigorifiée ! J'avais dormis comme un bébé. Malgré ce rêve drôlement étrange sur Emmett. J'avais des courbatures partout et je pris conscience que j'avais pire que maltraiter mes muscles et mon dos. Je regardais ma montre. Dix heures huit. Trop tard pour aller en cours. Je décidais alors de me rhabiller et de rentrer chez moi prendre une douche puis lire mon livre.

Rentrée chez moi, je trouvais un mot de mon oncle sur mon lit : « Je t'aime ma chérie, si tu as besoin de quoi que ce soit appelle-moi, je suis au boulot. Bisous Bernard.»