Chapitre 5 : Le chevalier.
Point de vue Ron Weasley.
Comment un homme peut-il regarder la femme qu'il aime, mourir et ne pas mourir avec elle ? Il y avait tellement de tubes reliés à Hermione, que c'était à peine si on pouvait l'approcher. Elle ne pouvait rien faire seule, comment avait-elle put m'appeler à l'aide ? Comment pouvait-elle survivre à ce qui lui était arrivé si elle ne pouvait plus rien faire par elle même.
Mes mains, serrées sur la barre au bout du lit, étaient blanches et mes articulations étaient sur le point de craquer. J'avais trouvé au fond de moi, je ne sais comment, la force de venir, mais j'ignorait encore comment je parvenais à rester debout. Tout ce que je voulais, c'était m'allonger au creu de ses bras, la tête dans son cou et compter les pulsations de son coeur jusqu'à ce qu'il n'y ai plus rien à compter.
Je n'osais toujours pas la toucher, j'avais peur de la froisser, de la casser. J'osais pas, j'avais tellement peur de la blesser. Et puis, je me suis assis à son chevet, et c'est comme si chaque cellule de son corps m'appelait, ou que chaque cellule du mien m'ordonnait de me rapprocher. J'ai posé ma main sur la sienne, et j'ai été court-circuité. Les larmes que je retenais depuis que j'étais entré dans la pièce se sont mises à dévaler mes joues alors que les sanglots faisaient tressauter ma voix.
"Mione...Ma Mione..."
Les mots m'ont rapidement manqué. J'ai posé ma tête sur son avant-bras, et toute la douleur, tout le mal qui m'avait noyé, toute l'encre qui avait noirci mon coeur ont été refoulés à l'extérieur. J'avais mal, mais j'étais avec Hermione. J'étais là, là pour l'aider, pour la soutenir, l'encourager, comme je l'avais promis. Elle n'était pas morte, pas encore, et peut-être ne le serait-elle pas tout de suite. Je n'avais pas le droit d'agir comme si les dés étaient lancés. C'était pas le destin qui choisissait, c'était Hermione. Personne ne pouvait prendre la décision à sa place. Et pourtant, je n'étais pas en mesure d'affirmer que j'étais prêt à accepter de la perdre à jamais.
Je lui avait fait une promesse. Une promesse qui m'avait martelé le coeur chaque minute que j'avais passé loin d'elle. J'aurais dû la tenir dès le début. J'aurais dû être là. Rien ne pourrait jamais pardonner cet écart de conduite. J'aurais pas dû, même malgré la vague de douleur, prendre la fuite. Je lui avait promis et j'avais faillit à ma tâche. Quel espèce de connard étais-je devenu ?
Flash-back :
Juillet était presque en train de terminer, mais le soleil qui se dressait dans le ciel semblait s'être levé pour rester. Il refusait de se laisser éclipser par le moindre nuage, et nous noyait sous sa splendeur. Mais il n'était pas la plus belle chose qu'il y avait dans le tableau que se faisaient mes yeux de la réalité. Dans ce tableau, il y avait un soleil qui éclipsait celui de juillet, il y avait mon soleil, mon soleil rien qu'à moi, Hermione.
Sous ce grand chêne, elle était venue se lover dans mes bras. Il ne faisait pas froid, mais la chaleur qui se dégageait d'Hermione était bien plus réconfortante que celle de l'astre qui brillait dans le ciel. Nous avions passé une journée de plus à compter le nombre de morts, et nous avions voulu fuir le Terrier où tout n'était que tristesse et désolation. L'espace de quelques heures, nous voulions n'être que deux enfants cachés sous un arbre.
Nous n'avons pas échangé beaucoup de mots, être tous les deux, enlacés, nous suffisait amplement. Mes mains caressaient ses cheveux, mes lèvres embrassaient sa nuque, mes pensées débordaient d'amour. Dans ma tête et dans mes rêves, je l'avais déjà épousée des millions de fois.
"J'ai peur... " Avait-elle murmuré.
Ses mains avaient cherché les miennes et les avaient serrées avec force. Ma bouche, elle, à cherché son oreille, et je lui ai chuchoté avec douceur :
" Tout ira bien. Tout ira toujours bien tant qu'on restera tous les deux. Je serais là. Quand tu te sentiras fléchir, appuie toi sur moi. Je ne laisserais personne te blesser, c'est juré."
Ses grands yeux marrons ont scruté les miens pendant longtemps. Son sourire n'était pas encore revenu.
"Tu me le promet ?"
Je voyais qu'elle voulait faire les choses en bonne et dûe forme. La bague de fiançailles que j'avais dans la poche de mon jean m'incitait à faire ce que je rêvais de faire depuis le jour où je l'avais rencontrée. Mais, je l'ai regardée longtemps et j'ai réalisé. J'ai réalisé que les gestes ne valaient pas toujours comme promesses, et qu'on aurait tout le temps après la guerre. La bague, qui ne me quittait jamais depuis que je l'avais achetée, resta donc dans son écrin, et je fis en sorte de lui offrir à la place les mots qu'elle brûlait d'entendre.
" Je te promet..." commençais-je, cherchant l'inspiration.
J'embrassais la paume de sa main doucement. Je caressais sa joue. Je fis en sorte de me souvenir pourquoi j'étais tombé amoureux de cette petite mademoiselle je-sais-tout aux grands yeux marrons et aux bras encombrés de livres.
" Je te promet, murmurais-je, que dès aujourd'hui et jusqu'à ce que la mort nous sépare, je serais toujours à tes côtés. Je serais là pour partager tes joies, pour pleurer tes peines, pour supporter tes douleurs, pour combattre tes démons et pour suivre tes pas, qu'ils soient dans la lumière ou les ténèbres. Je te promet que je ferais toujours tout ce qui est en mon pouvoir pour te rendre heureuse, pour te faire sourire et décupler tes rires. Je serais là pour t'aider, te soutenir, te protéger. Je ne laisserais rien ni personne te blesser. Je te promet que, dans cette vie ou la prochaine, tu ne trouvera pas de meilleur allié. Tu ne trouveras personne qui un jour, t'aimera aussi fort que je t'aime. Parce que tu es tout ce que j'ai de plus cher et que mon plus grand souhait et de toujours tout faire pour être digne d'être avec toi. Je te promet que dès aujourd'hui et à jamais, je t'aimerais toujours comme si chaque jour était le dernier. "
Fin du Flash Back.
Mes larmes innondèrent les draps du lit. Comment avais-je put lui faire ça ? Comment avais-je put me dérober à cette promesse ? Comment avais-je eu le courage de la laisser seule dans sa détresse ?
Je me suis redressé, dans la poche de mon jean, la bague était toujours là, dans son écrin de velours. Je métais endetté jusqu'au cou pour la payer. Mais je voulais un bague qui soit à la hauteur d'Hermione, peu importait son prix, je voulais, une fois dans ma vie, ne pas penser à l'argent que je n'avais pas pour lui offrir ça.
Pendant cette année, j'avais eu des dizaines, des centaines d'occasions pour faire ma demande. Mais, à chaque fois, je m'étais laissé dominé par l'idée que je ne voulais pas que, dans quelques années, on se souvienne de ce moment en l'associant à la guerre. Je voulais lui offrir un morceau de bonheur, un véritable morceau de bonheur qu'une mauvaise nouvelle quelconque ne serait pas venu entacher.
J'ouvris la boite. La bague était toujours là. Elle brillait encore, malgré tout ce que, depuis son écrin, elle avait affronté. Je la caressais du bout du doigt. J'étais dos au mur cette fois, je ne pouvais pas faire marche arrière.
J'attrappai la main d'Hermione. Elle n'était pas froide, la peau, même abimée, était restée douce. Lentement, comme il convenait de le faire, je laissais la bague glisser le long de son annulaire. Les larmes ne me rongeaient plus autant les yeux. Je me sentais relaché d'un certain poids.
Je me penchais et embrassais sa paume, comme je l'avais fait sous l'arbre, au Terrier. Aussitôt, une cascade d'images percuta ma tête. Je vis des oiseaux qui s'envolaient, un quartier de lune, un pont qui s'écroulait, un cygne, un rubant qui tombait au sol, deux mains qui se lachaient.
Une douleur sourde oppressa mon coeur et m'empêcha de respirer. J'avais compris le message, il ne pouvait être plus clair.
Hermione me demandait de la laisser partir...
