Moi, mon frangin, sa femme et nos potes
Chapitre 6 : Rika
Rika avait vingt-trois ans.
C'était une jolie jeune fille un peu niaise et romantique (Du style à imaginer qu'un jour, son prince viendra sur un beau cheval blanc et l'enlèvera pour l'emmener dans son grand château luxueux…Vous voyez le genre ?), blonde aux yeux noisette, ses fines mèches claires toujours tirées en deux couettes hautes retenue par deux élastiques tout droit tirés de son enfance, avec des petites boules rouges à chacun (Ils lui faisaient penser à des cerises et c'était son fruit préféré)
Elle portait toujours des vêtements dans les tons verts ou bleus, jamais de pantalon, toujours des jupes ou des robes, avec force de rubans et de nœuds. Des claquettes de bois (le plus souvent utilisée pour les toilettes, généralement) lui servaient de sempiternelles chausses, assorti avec des chaussettes s'arrêtant à la cheville.
Bref, Rika avait beau être jolie de nature, elle aurait pu s'habiller un peu mieux…
Elle vivait seule avec sa vieille grand-mère, sa mère étant parti après que son père se soit découvert mieux dans sa peau dans les robes de sa femme…
Elle travaillait dans un des restaurants de la ville comme serveuse, caissière et plongeuse, le tout pour un salaire assez bas (voire de misère).
C'est elle qui s'occupait de la maison, des repas, du ménage, de la vaisselle…Sa grand-mère restait assise dans son fauteil, grabataire mais souriante, murmurant parfois : « Tu es une gentille fille, Rika…Vivement que je meure pour que tu puisses vivre pleinement. »
Mais même si sa grand-mère mourrait (et ça allait forcément arriver un jour…), Rika aurait été incapable de vivre pleinement.
Sa vie se rythmait entre le restaurant, les nuits de plonge, sa grand-mère et ses rêves de prince charmant.
Et ce matin-là, elle n'imaginait pas une seconde qu'elle allait faire une rencontre qui allait réellement bouleverser son train-train quotidien.
Elle sorti de chez le légumier, cabas plein de poireaux sur le bras et sourire aux lèvres. Il faisait beau, le vent était doux, les passants la saluaient.
Il ne lui restait plus qu'à acheter un peu de poisson et elle pouvait rentrer. Elle s'inquiétait pour sa grand-mère, même si ça ne faisait qu'un quart d'heure qu'elle était sortie…
Elle décida, pour se presser, de prendre la petite ruelle sur la droite.
Voilààà, et là, elle n'avait plus qu'à…
Iiiiirk !
Un cadavre !
Là, sur le sol de la ruelle, une fille est étendue sur le pavé!
Rika, malgré l'horreur qui lui sciait les intestins, se précipita sur le corps et le retourna sur le dos (même si on est mort, c'est peu agréable d'avoir le nez collé au béton du sol…).
C'était bien une fille, d'à peu près son âge, les cheveux rouges, de longs cils, un visage serein et rieur…
Rika sentait les larmes lui monter aux yeux. Pauvre fille qui avait à peine eu le temps de vivre…
Néanmoins, la blonde décida de vérifier si le cœur pulsait toujours.
Bien l'en pris.
La fille était toujours vivante.
Elle poussa une exclamation de surprise et se mit en devoir de donner de petites claques sur les joues pâles de la demoiselle.
Au bout d'un (long) moment, elle repris des couleurs et marmonna : « Donne une claque plus fort…
-Hein ? » Rika resta un moment interdite puis donna une grande gifle à l'assommée.
Celle-ci ouvrit entièrement les yeux.
« C'est mieux. » Elle se redressa en se grattant l'arrière du crâne.
« Ah ! Vous ne devriez pas vous lever…Vous avez mal quelque part ? Vous avez fait un malaise, peut-être ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous ? » S'inquiéta la blonde en s'agitant.
Un gargouillement de ventre lui répondit.
« Ben…J'ai faim…
-Ah…Oui ! Bien sûr, attendez ! » Rika farfouilla dans son cabas et en sortit quatre onigiris qu'elle tendit à la rousse. Celle-ci fixa les boulettes et leva les yeux vers la jeune fille : « Tu me les donnes, vraiment ?
-Oui ! » Répondit Rika avec un grand sourire chaleureux.
C'était une personne très généreuse.
La fille attrapa les aliments et les mangea avec reconnaissance.
Pauvre fille…Elle n'a pas dû manger depuis des jours…Est-ce que c'est une voyageuse ? On ne dirait pas…Pensa Rika en couvant d'un regard maternel l'affamée. Elle demanda : « Tu viens de loin ?
-Hum ? Non, pas du tout, j'habite une maison en bordure de la forêt.
-Ah…Mais…
-J'ai oublié de manger ce matin et je suis sortie sans rien en poche. J'ai fait une crise d'anémie…Ça m'arrive…Souvent.
-Oh mon Dieu ! Être diabétique à votre âge, c'est triste !
-…Je suis anémique. Pas diabétique. » Observa la rousse en lui coulant un regard lourd de sens.
Rika resta un moment silencieuse, accroupie, songeuse.
Puis elle passa outre et demanda : « Vous vivez seule ?
-Oh pitié, je prends dix ans à chaque fois que tu me dis « vous »…Tutoie-moi, je t'en pris…
-Ah…Euh… » La blonde hésita. Ça ne faisait pas de tutoyer les gens à la première rencontre…Mais quelque chose lui soufflait de faire comme la rousse lui demandait.
« Tu vis seule ?
-Non. Je vis avec mon frangin et sa femme.
-Ah… »
La rousse se leva et tandis la main à la blonde pour l'aider à faire de même.
« Je m'appelle Janis. Et toi ?
-Ri…Rika…
-Ah ! Je connaissais une Rika…Une vraie salope. Mais t'as l'air plus sympa ! » Ria Janis, les poings sur les hanches. La blonde se tordit les chevilles, mal à l'aise.
La rousse lui tapota sur l'épaule.
« Allez, allez, je ne peux pas te rembourser mais passe demain à la maison ! Je t'emmènerais au restaurant !
-Hein ? Ah…Je ne sais pas…Ma grand-mère…
-Tu vis avec ta grand-mère ?
-Oui…Elle est vieille et…
-Meuuuh, tu sais, les vieux sont super résistants ! Viens, ça me ferait plaisir ! »
Rika baissa les yeux. Puis eu un timide sourire.
« D'accords…Je viendrais demain… »
Janis eut un superbe sourire et lui serra la main et s'exclama avant de partir en courant : « A demain, alors ! »
Laissant une Rika éberluée et penaude qui agitait doucement la main : « Oui…À demain… »
Elle aurait voulu rentrer en courant pour s'assurer que sa grand-mère allait bien et lui raconter la rencontre qu'elle venait de faire mais elle ne put pas.
Son cœur battait trop vite.
Le lendemain, elle était plantée en robe bleue pastel devant la porte de chez Janis.
Le bras levé, le poing fermé.
Elle recommença à se tordre les chevilles, tic chez elle lorsqu'elle était nerveuse.
Puis frappa.
Une seconde de silence qui, pour Rika, parut une heure de réflexion telles que « Je vais les déranger, c'est sûr ! » « Ils ne vont pas m'aimer ! » « Mais pourquoi ais-je frappé ? » « Il faut que je m'en aille…Mais je ne peux pas frapper pour m'en aller ensuite ! »
Et on ouvrit.
Rika resta figée.
C'était un grand homme brun aux yeux verts. Sublime. Ses cheveux soyeux retombaient de courtes mèches sur son front et sur ses sourcils fins. La couleur émeraude profonde de ses iris éclairait un visage souriant mais triste. Ses yeux brillaient de douceur et d'intelligence. Une paire de lunettes parachevait le tout, lui donnant un air malin mais gentil.
Son frère ? Mais il est trop beau ! Pensa Rika, partagée entre l'envie de s'enfuir en courant et celle de lui sauter au cou.
« Ah ! » Fit l'homme. Même sa voix était belle. Douce, mélodieuse et claire, presque féminine. Il ajouta : « Tu dois être Rika. Tu viens voir Janis ? »
La blonde ne put qu'hocher la tête, la bouche ouverte avec l'air crétin des carpes sorties hors de l'eau.
Sa femme doit être très belle aussi…Puisque lui et Janis sont tous les deux très beaux…Ils ne peuvent que s'entourer de belles personnes…Rien à voir avec moi…
Le brun se retourna et lança dans la maison : « Janis ! C'est pour toi ! » Il se retourna vers la blonde et ajouta avec un grand sourire : « Je m'appelle Hakkai. Ravi de te rencontrer. »
Et en plus, il est galant !
Janis apparut sur le seuil, avec un blouson sur le dos et un sourire sur les lèvres.
« Salut. » Dit-elle simplement en sortant de la maison. Elle salua son frère et annonça qu'elle serait de retour pour le dîner.
Rika fut impressionnée et émue de voir l'entente qui régnait entre le frère et la sœur.
Une fois la porte refermée et les deux jeunes filles éloignées, la blonde se risqua à murmurer : « Il est beau, ton frère… »
Janis regarda Rika, puis la porte close derrière elles puis de nouveau Rika (celle-ci se commençait à se sentir mal à l'aise de nouveau).
« Hn. Oui, il est beau. Mais ce n'est pas mon frère, lui. »
Silence.
Juste le temps que l'information monte jusqu'au cerveau de Rika.
SA FEMME ?
« Vous…Tu veux dire que lui…C'est la femme de ton frère ?
-Bah oui.
-Ne dis pas « bah oui » sur ce ton d'évidence ! Je pensais que ton frère était marié !
-Bah c'est tout comme…
-Ils sont…Ensemble ?...
-…Nan. Juste coloc'. Ça fait deux mois que je vis avec eux et sept semaines que j'essaye de leur faire comprendre qu'ils sont dingues l'un de l'autre. Tss, les hommes et leur fierté…
-Ah…Ils sont…Amoureux, alors.
-Ils veulent pas s'en rendre compte…
-Ah…Et lui, Hakkai…C'est la femme de ton frère…
-Ça t'a marqué, ça, hein…Elle est super gentille !
-Arrête de parler de lui au féminin ! » S'exclama la blonde complètement abasourdie. Janis éclata de rire et secoua négligemment la main.
« Quelle genre de cuisine tu aimes ?
-Hein ? Euh…Et bien…J'aime beaucoup les brioches au porc…
-C'est pas un genre, ça…
-Euh…Je ne sais pas…
-Bon ben je vais t'emmener dans un petit restau, ok ?
-D'accords… »
Le soir, lorsque Rika se rendit à son travail, où elle avait obtenu de faire la plonge en échange de ne pas faire le service du midi, son cœur battait aussi vite que la veille.
Le restaurant avait été délicieux, et Janis avait insisté pour payer (« Pas grave, pas mon fric ! »), elles avaient beaucoup rit.
Cela faisait une éternité que Rika n'avait pas ri comme ça.
Elle tourna la clé de son appartement dans la serrure et entra doucement.
« Grand-mère ? » Elle s'avança dans le salon et alluma la lumière.
« GRAND-MERE ! »
À suivre…
Aah, j'avais hâte d'écrire ce chapitre ! La rencontre de Janis et Rika me fait beaucoup rire. Mais encore une fois, elle rend mieux en dessins…(Faudrait que je scanne le croquis que j'ai fait…)
