Disclaimer : absolument rien ne m'appartient, ceci est la traduction de la fanfic 'A Rose Among the Briars' de Mercury Gray, j'ai simplement reçu son autorisation de traduire sa fic selon certaines conditions. Je vous invite fortement à aller lire la version originale si vous vous débrouillez en anglais, elle est enregistrée dans mes histoires favorites ;)
Chapitre 6
— Qu'est-ce que tu sais ?
— Je sais trop bien quel amour les femmes peuvent porter aux hommes : en bonne foi, elles sont aussi loyales de cœur que nous. Mon père avait une fille qui aimait un homme, comme il se pourrait que si j'étais femme, j'aimasse Votre Seigneurie.
— Et quelle est son histoire ?
— Une page blanche, Monseigneur. Elle ne révéla jamais son amour
Le Duc et Viola – Acte II Scène 4 – La Nuit des Rois – William Shakespeare
Ioreth lui donna des cours particuliers deux jours de plus avant de partir rendre visite à un proche malade à Lossarnach. Elle exhorta son élève avant de partir, demandant à Rhoswen d'étudier chaque jour pendant son absence et la jeune femme essayait de s'y conformer tandis qu'elle se tournait vers l'autre affaire l'ayant conduit jusqu'aux Maisons de Guérison : les jardins.
Durant ces derniers jours de l'été les jardins nécessitaient un entretien important : arracher les mauvaises herbes, tailler les buissons et planter les bulbes qui dormiraient dans le sol durant l'hiver pour fleurir au printemps. Mais cela l'occupait, maintenant son esprit hors de l'ennui et des personnes voulant lui parler de mariage, de bébés ou de Boromir.
« On m'avait dit que je vous trouverai ici à planter des fleurs. Vous êtes affreusement prévisible, Dame Rhoswen, » dit une voix de femme derrière elle.
« Dame Serawen ! J'espère que votre venue dans ces maisons n'est pas le fait de mauvaises nouvelles, » répondit Rhoswen, se relevant des parterres de fleurs et époussetant les genoux de sa blouse de jardinage grise et rêche, un peu embarrassée d'être ainsi vêtue devant la toujours superbe Serawen. La saleté s'attachait-elle jamais à ce qu'elle portait ?
« Oh, non, » fit Serawen, « Je suis venue rendre visite à un ami alité, mais il va mieux à présent. J'ai un présent pour vous, » dit-elle, tendant un petit paquet enveloppé dans de la mousseline. « Des graines quelconques, il me semble. Je n'ai pas pris le temps de lire les étiquettes. » Elle lança le paquet dans les mains de Rhoswen, comme si elle semblait ravie d'en être débarrassée, et Rhoswen défit la mousseline, dévoilant un grand nombre de petits sachets fermés par un cordon, chacun rempli de graines différentes.
« C'est un très beau présent. Où les avez-vous trouvées ? » demanda Rhoswen, détaillant les étiquettes attachées à chaque sachet et reconnaissant quelques noms.
« Mon promis mes les a envoyées, » répondit Serawen, semblant peu apprécier l'idée qu'il lui envoie quoi que ce soit. « Un cadeau pour me rappeler mes obligations envers lui, je suppose. Mais je n'ai aucune compétence pour ce genre de choses. J'ai pensé que vous pourriez en trouver l'usage, avant que je ne les laisse pourri au fond d'une malle. »
« Ce sera le cas, » dit Rhoswen, se demandant à qui Serawen pouvait être fiancée pour qu'il lui envoie des graines de fleurs.
« Avez-vous … commencé à travailler sur votre autre jardin ? » demanda Serawen, à présent vivement intéressée. Rhoswen secoua la tête.
« Il n'est pas encore temps d'y planter, et le Seigneur Denethor ne m'en a pas encore donné la permission, » répondit-elle, essuyant pour la troisième fois ses mains sur sa blouse, ses doigts toujours couverts de terre. Elle finit par arrêter de brosser les croissants noirs hors de ses ongles, et essaya simplement de cacher ses mains derrière les sachets.
« Oh, mais pourquoi devrait-il le faire ? » dit-elle dédaigneusement. « Faites-lui en la surprise, un gage de votre affection et un symbole de la fertilité que vous apporterez à sa maison ! Raviver le jardin de sa femme n'a pas besoin d'avoir une seule signification, » ajouta-t-elle sournoisement. « Il l'adorera, lorsqu'il sera fini et en fleurs, » ajouta-t-elle enfin, doucement persuasive.
« Je suppose que cela fera un très beau présent, » proposa Rhoswen à voix haute, toujours incertaine de ce projet et définitivement contre le ton que Serawen avait utilisé en parlant de fertilité et de fleurs. Elle n'en était pas encore venue au point de vouloir y penser, et les efforts répétés de Ioreth pour amener le sujet dans leurs conversations n'étaient pas non plus pour l'aider. « Mais je devrais demander à quelqu'un. Peut-être que monseigneur Boromir devrait savoir, la prochaine fois qu'il revient … »
Serawen rit. « Boromir ? S'il y a bien une chose que j'ai retenue à propos du Capitaine-Héritier, ma Dame, c'est qu'il n'aime pas que ses femmes soient en travers de son chemin. Le troubler par ces questions est la dernière des choses à faire pour gagner ses faveurs. Et je sais, » dit-elle en se rapprochant de Rhoswen, lui murmurant doucement dans l'oreille, comme un serpent. « que vous avez besoin de ses faveurs en ce moment. »
Ses mots glacèrent Rhoswen jusqu'à la moelle, et Serawen disparut avant qu'elle ne puisse lui répondre. Rhoswen avait appris qu'elle ne devait croire aucun mot sortant de la bouche de Serawen, mais pour une fois, la conspiratrice en chef de la Cité Blanche semblait avoir raison. Quand Boromir rentrait il l'évitait, ne lui adressant pas la parole à table sauf lorsque Denethor lui lançait un regard noir et l'encourageait à le faire. Ses mots étaient alors cassants, brefs, bien loin de l'homme souriant et confiant lui ayant adressé la parole le jour de son arrivée dans la cité. Et elle ne le pressait pas, espérant que sa capacité à demeurer silencieuse et à ne pas se plaindre finirait par en venir à bout. Oh, quand il était là, elle souhaitait lui parler de tant de choses ayant eu lieu durant son absence ! Mais les mots restaient tus.
Oui, elle avait besoin d'entrer dans ses grâces. Désespérément même, pour elle-même et pour le quelconque mariage qu'ils réussiraient à faire sortir de ce désordre. Et le Capitaine-Héritier semblait toujours un peu plus gai lorsque son père était de bonne humeur. Demain, elle ne retournerait pas aux Maisons de Guérison. Demain, elle irait à nouveau déverrouiller la porte.
Après presque trente-cinq ans de délabrement, la plus sombre des magies s'était étendue sur le jardin qui avait autrefois appartenu à la Dame Finduilas. Les plantes grimpantes et les ronces avaient étouffé les autres plantes et progressivement grimpé sur les murs de pierre jusqu'à ce qu'on ne puisse plus apercevoir de blanc à travers leur épais feuillage vert. La fontaine ayant autrefois bouillonné au centre du jardin avait cessé depuis longtemps de fonctionner, et l'intérieur du bassin était tapissé de feuilles mortes et rempli d'eau de pluie souillée. Rhoswen s'était préparée à travailler dur, mais pas aussi dur que cela : les rosiers poussaient du sol dans un enchevêtrement de ronces impossible à séparer ou à rompre sans causer une certaine quantité de dégâts aux mains, et dans certains cas où les ronces surgissaient de l'ensemble, à son visage. Maireth va se demander ce que j'ai fait, pensa tristement Rhoswen en contemplant ses mains, marquées et griffées par les épines des ronces semblant prêtes à entrer en guerre. J'aurais du trouver une paire de gants.
Les cisailles qu'elle avait amené avec elle furent d'une grande utilité ce matin là, taillant les roses ayant sauvagement poussé et qui dégringolaient jusqu'au sol (que la Dame semblait avoir grandement apprécié, il y avait peu de place pour autre chose dans le jardin) et quelques unes des plantes grimpantes. Ses genoux étaient endoloris et son visage vidé, mais elle se sentait bien mieux que les semaines précédentes, en étant dehors et en profitant de l'air frais, sans personne pour la déranger ou un devoir à considérer.
Un estomac grondant fut la seule chose qui lui rappela de prendre un moment de répit et de manger la tourte à la viande froide qu'elle avait récupéré de son petit déjeuner ce matin là. Les sons étaient étouffés, haut dans la cité, et les seuls bruits qui lui parvenaient étaient celui du vent et les voix effacées des Gardes surveillant le niveau supérieur. Le silence était rafraîchissant, après avoir reçu pendant des semaines des invités bavards, les discussions avec Ioreth et tous ceux l'attendant à chaque tournant pour lui donner un conseil ou lui souhaiter bonne chance. Tu devras t'habituer à la pression constante des autres, disait une petite voix rationnelle. La femme de l'Intendant à peu de temps seule. Même avec son mari. Elle devra s'offrir elle et son mariage à la cité entière.
C'est peut-être pour cela que Boromir ne s'est jamais marié, se demanda Rhoswen. Parce qu'il souhaitait se garder pour lui-même. Le lit d'un célibataire n'est jamais que le sien, mais celui d'un prince marié appartient à la cité entière. Si seulement cela était aussi vrai pour les femmes. Leur lit n'est jamais le leur.
Rhoswen chassa ses dernières pensées, se réprimandant pour penser quelque chose d'aussi grossier. Mais cela était la vérité, aussi vulgaire soit-elle. Quelqu'un criait dans le corridor, et elle se tourna vers la porte, reconnaissant la voix grave de Denethor et le cri si similaire de son fils. Rhoswen eut soudainement peur. S'ils-vous-plaît, faites qu'il ne voit pas que la porte est ouverte, pria-t-elle, regardant le portail en écoutant les voix venant de derrière.
« Cela ne tiendra pas Boromir ! De telles pertes sont inacceptables ! Crois-tu que les troupes poussent sur les arbres et que nous pouvons les récolter comme il nous chante ? »
« Je ne peux exécuter tous vos ordres, monseigneur, en étant à la fois ici et à commander mes troupes ! » s'emporta le Capitaine-Héritier, sa voix trop forte pour qu'il se situe ailleurs que juste derrière la porte. Rhoswen pensa apercevoir une manche bouger juste devant l'ouverture de la porte, et elle retint son souffle, espérant que cette dernière resterait ainsi.
« N'y a-t-il plus personne dans ma maisonnée qui obéisse à mes ordres ? Ta mère n'aurait jamais été aussi insolente ! » cria en réponse Denethor. « Elle aurait compris mes raisons ! »
Durant le bref instant où Denethor ouvrit la porte de la main, qu'il pointait évidemment dans sa direction tandis qu'il mentionnait Finduilas, Rhoswen sut qu'elle venait assurément de commettre une terrible erreur. Le visage de l'Intendant se colora davantage, ses sourcils se fronçant encore plus, tandis que son corps tremblait de rage, oubliant une cause de désagrément pour se tourner vers l'autre, encore plus forte. Rhoswen recula, se sentant extrêmement vulnérable, tel un petit animal pris entre un chasseur et la falaise dans son dos.
« Qui vous a donné la clé de cet endroit ? Qui a déverrouillé la porte ? Parlez ! N'avais-je pas dit que personne ne devait déranger ceci ? » rugit l'Intendant, tel un dragon poussant encore et encore Rhoswen à l'intérieur du jardin avec sa rage, prêt à la dévorer sous la colère. Il y avait tant de mots qu'elle pouvait dire, mais ses lèvres se refusaient à produire le moindre son.
Grands Dieux, il va la blesser s'il continue ainsi, réalisa Boromir. « Père ! » cria-t-il, attrapant le bras de son père. « Père, attendez ! N'a-t-elle pas bien fait, en pensant raviver les fleurs, comme Mère l'aurait fait ? » suggéra-t-il, se plaçant entre son père et Rhoswen, dissimulant la jeune femme de la vue de l'Intendant, essayant de le distraire. « C'était un endroit sale et poussiéreux, et jamais Mère ne l'a laissé comme tel. Pensez à quel point les fleurs seront magnifiques au printemps lorsqu'elles se seront ouvertes. »
Il y eut un grand silence, durant lequel Rhoswen hésita à respirer, à même bouger d'un seul centimètre. Denethor avait changé à la mention de Finduilas, passant d'un homme agrandi par la rage à un autre diminué, perdu dans ses souvenirs, une joie presque enfantine sur son visage. « Ta mère avait de si jolies roses, » se souvint Denethor, attrapant une ronce à sa portée du bout des doigts. « Des roses … si magnifiques … et toutes mortes à présent ! » dit-il avec la voix d'un homme plus âgé dont tous ses souvenirs s'effaçaient, oubliant le temps et le lieu où il se trouvait.
« Rhoswen est profondément désolée de vous avoir mis en colère, Père, » assura Boromir au vieil homme. « Elle fera de son mieux avec le jardin. » Des mensonges, tous des mensonges, il ne savait rien des intentions de Rhoswen. Mais si cela pouvait apaiser son père.
« Oui, » répondit distraitement Denethor. « Oui, il vaut mieux pour elle, » finit-il sèchement, semblant reprendre contenance. Il rassembla ses habits et partit sans jeter un regard à Boromir ou à Rhoswen, qui se tenait toujours près du fond du jardin, incertaine de comment réagir face à l'emportement de l'Intendant ou aux actions de son promis.
Le Capitaine-Héritier se tourna vers la jeune femme, fronçant les sourcils. « C'était très stupide de votre part, » dit sèchement Boromir. « Mon père chérit fortement les souvenirs de ma mère, spécialement dans ce genre d'endroits où le changement peut être épargné. Le déranger ne vous fera pas entrer dans ses bonnes grâces, surtout aujourd'hui. Demandez avant de changer des choses qui ne sont pas les vôtres. »
« Pardonnez moi monseigneur de vous avoir offensé. On m'avait dit que cela vous ferait plaisir. » répondit Rhoswen, la gorge toujours sèche.
« Me faire plaisir ? » répéta Boromir, abasourdi. Ainsi, elle parle de son plein gré ! « Je n'aime jamais quand mon père se met en colère et que je dois m'avancer pour défendre ceux ayant élevé son courroux bien plus que nécessaire ! »
« Je puis vous assurer que cette erreur n'était pas volontaire et à l'avenir je ferais ce que vous me direz. J'avais besoin de m'occuper, et on … on m'a dit que vous n'accordiez pas beaucoup d'importance aux femmes en travers de votre chemin, je me suis donc débrouillée par moi-même, ne souhaitant pas vous perturber par mes questions, » répondit un peu trop audacieusement Rhoswen au goût de Boromir, pour quelqu'un qui venait d'être réprimandé. Sa voix n'était pas finalement si perdue qu'il le pensait.
« Qui vous a dit cela ? » demanda-t-il, la voix plus cassante qu'il ne l'aurait souhaité. Nous n'avons jamais échangé autant de mots en une seule fois, réalisa-t-il avec désinvolture.
Elle ne parla pas pendant quelques instants, rebelle, considérant sa réponse. « Ce n'est pas important, » répondit-elle déterminée, ses lèvres formant une fine ligne blanche.
Boromir réfléchit, se demandant qui aurait pu lui mettre cette idée en tête, aussi vraie soit-elle. Un seul nom lui vint à l'esprit, et, réalisant ce qu'il s'était passé et pourquoi, rit sombrement. Qui d'autre l'aurait persuadée de se lancer dans quelque chose qui briserait la confiance de Père envers elle ? « Ne croyez plus rien de ce que Serawen vous dira, ma Dame. Elle n'est pas votre amie, peu importe les apparences. »
« Je ne suis pas si provinciale que cela pour ne pas l'avoir déjà aperçu, monseigneur, » répondit Rhoswen, piquée. « Mais ce qu'elle disait de vous faisait sens, et … c'est pourquoi j'ai suivi ses conseils. »
« Quelle en était la logique ? » demanda Boromir, se demandant quel avait été son cheminement qui l'avait conduit à cette conclusion.
Mais il semblait que Rhoswen n'avait pas envie de l'expliquer. Sa bouche était fermée, et elle semblait lutter avec ses mots. Boromir fixa son regard sur elle, et elle finit par parler, les mots s'écoulant hors de sa bouche tandis qu'elle se détournait rapidement, ses yeux la mettant mal à l'aise. « Je suis ici depuis un mois à présent, monseigneur, et durant ce temps chaque fois que votre père vous ordonnait de revenir, vous m'avez évité comme si j'étais votre malédiction. Je sais que l'on vous a forcé à accepter ce mariage, et je sais que vous n'appréciez pas d'accorder votre temps à quelque chose d'aussi simple, sans récompense ou reconnaissance. Je pensais que vous m'évitiez par choix, et j'ai donc cherché à rester à l'écart. Bien que cela m'en coûte, » ajouta-t-elle d'une voix plus basse, qui n'était peut-être pas destinée à être entendu de Boromir.
« Vous ai-je offensée ? » demanda-t-il, vivement intéressé par sa réponse, toute pensée de la colère de son père, toutes attentes et ordres oubliés. Ai-je mal lu les signes qu'elle m'adressait ?
« Je me suis juste blessée moi-même, » répondit amèrement Rhoswen. « Les blessures d'un cœur ne peuvent être revendiquées que par la personne les subissant. »
« Rhoswen, m'avez-vous aimé ? » demanda Boromir, employant son prénom avant de penser à faire autrement. Mais ce n'était pas le moment de lui servir du ''ma dame'' estima-t-il. Entendre son prénom la prit par surprise, et elle sursauta un peu.
« Si c'est aimer de … souhaiter votre compagnie, de vouloir vous parler le matin et de partager nos journées le soir venu, j'ai aimé. Si c'est aimer de vous voir passer votre temps en compagnie d'autres et néanmoins de souhaiter votre joie, alors j'ai aimé. Si c'est aimer que mon cœur de couler lorsque vous quittez la cité et de bondir lorsque vous revenez, alors oui, j'ai aimé, et continuerai d'aimer, » implora-t-elle, le désespoir sonnant dans sa voix alors qu'elle était au bord des larmes. « Pardonnez-moi, monseigneur ! » ajouta-t-elle désespérément, se détournant pour cacher son visage. « Les mots ont dépassé ma pensée. »
Soudainement ce triste désordre lui devint clair, et Boromir voulut rire devant la raison de toute cela, mes ses larmes l'en empêchèrent. Il attrapa sa main, et la fit se tourner vers lui, effrayée. « Pardonnez-moi, ma dame, pour vous avoir laissé penser cela, » commença doucement Boromir, chaque note de sa voix résonnant sincèrement. « Ce n'est pas que je ne vous apprécie pas, ou que je souhaite garder mes distances avec vous. Plutôt le contraire. » dit-il en souriant un peu et en essuyant les larmes couvrant ses joues. « Je suis un homme simple, peu habitué à rester en compagnie de … civils, » expliqua-t-il. « Et je ne suis pas courtisan, ne sachant prodiguer de beaux mots ou des compliments. Je ne suis pas habitué aux choses des femmes, seulement celles de Serawen, et ces dernières doivent être manipulées comme une branche brûlante - mieux vaut les tenir les plus à l'écart possible. »
« Vous savez bien que je ne suis pas non plus courtisane, monseigneur, » ajouta Rhoswen, souriant un peu et ce faisant soulevant légèrement le cœur de Boromir.
« Il semblerait que nous ayons tous deux à apprendre de l'autre, » admit le Capitaine-Héritier.
« Avez-vous une heure pour vous asseoir et discuter … afin que nous puissions apprendre à mieux nous connaître, comme vous l'avez dit ? » demanda Rhoswen, son intention sincère et son visage optimiste.
Pourquoi pas ? Père n'aura pas besoin de moi jusqu'à ce que sa colère soit retombée. « Je n'apprécie pas de rester inactif, ma Dame, surtout quand ceux autour de moi semblent bien affairés, » dit simplement Boromir, contemplant le travail que Rhoswen avait déjà accompli à travers cette invasion.
« Il y a une paire de cisailles ici, si vous souhaitez m'aider avec ces ronces, » suggéra Rhoswen, désignant le panier resté là où elle avait commencé à travailler plus tôt.
« Aviez-vous un jardin en Anfalas ? » demanda Boromir, ramassant les cisailles et coupant les ronces que Rhoswen tenait pour lui, jetant les tiges rigides sur la pile qu'elle avait déjà commencé. Le silence ne semblait pas leur aller.
« Oui. C'était celui de ma mère, bien qu'il ne soit pas autant tombé en ruine que celui-ci. C'était un moyen pour moi d'apprendre qui elle était. Mes frères ne se souviennent pas des choses dont j'aimerai entendre parler, » répondit Rhoswen, souriant face à ce souvenir, tirant sur une autre ronce. Sa mère est morte, se rappela Boromir. Quelqu'un m'avait parlé de cela. La raison de sa mort m'échappe à présent.
« Combien de frères avez-vous ? » demanda-t-il en essayant de se souvenir de chevaliers venant d'Anfalas ayant été dans l'une des compagnies ces dernières années, pour n'en trouver aucun.
« Quatre frères, tous beaucoup plus vieux, » répondit-elle. « Vous voyez, je suis habituée à la compagnie d'hommes se battant, » ajouta-t-elle, levant les yeux vers lui avec un regard optimiste. « Ils se nomment Carnil, Erufalion, Lucan et Erun. »
« Et tous plus âgés ma dame ? Vous êtes donc la plus jeune, » dit Boromir, essayant vainement de se représenter Boromir auprès de quatre frères plus âgés.
« Oui. Un fardeau non prémédité, une bénédiction indésirable, je crois que c'est ainsi que l'on appelle les benjamines. Du moins là d'où je viens. Mon plus jeune frère Erun, a six ans de plus que moi. » Rhoswen rougit un peu et détourna le regard, et dit ses derniers mots comme s'ils l'embarrassaient grandement. « Je n'étais pas … prévue. Ma mère n'était plus assez jeune pour donner naissance facilement, elle est morte quelques mois après l'épreuve. »
Ah, c'était donc cela. « J'ai perdu ma mère lorsque j'étais un peu plus âgé. Et j'ai eu la compagnie d'un frère d'un âge similaire pour m'aider à le supporter, » dit Boromir.
« Vous êtes tous les deux très semblables, » fit observer Rhoswen. « Et il est pourtant bien plus … silencieux que vous. Un homme de mots plutôt que de guerre. » Elle le regarda et détourna rapidement son regard. « Pardonnez-moi si mes mots vous ont offensé ! »
« Vous vous excusez trop ma dame, » contra Boromir. « Cela ne vous va pas lorsque votre esprit est décidé de quelque chose. Je sais que le compliment était bien pensé. Oui, nous sommes un peu différents. Mais cela n'est pas plus mal d'avoir ainsi un peu d'équilibre. Tout comme je l'espère, il y aura un équilibre entre vous et moi, » s'aventura-t-il avec précaution.
« Un équilibre, monseigneur ? » demanda-t-elle, levant les yeux vers lui pour qu'il explique sa pensée.
« Un précepteur m'expliqua une fois, quand j'étais plus jeune et avait demandé à ce qu'on m'explique ce genre de choses, que l'homme et la femme ont été créés pour s'équilibrer. L'un souffrant, l'autre guérissant, l'un dirigeant et l'autre suivant. Je serai la bête de guerre et vous la créature de paix. »
« Quiconque vous ayant dit que vous ne saviez mener un discours courtois vous a à l'évidence mal jugé, monseigneur, » déplora Rhoswen, souriant un peu avant de détourner à nouveau le regard vers les fleurs. »
« Et je ne saurai tolérer que vous vous détourniez de moi aussi souvent, » admit Boromir, jetant les cisailles au sol pour attraper ses épaules pour pouvoir tourner son visage vers le sien. « Vous effraie-je autant que je vous attire ? » demanda-t-il, ne pouvant retenir un léger rire.
« Je m'effraie moi-même, » répondit Rhoswen. « De ma témérité, je suppose. »
« Oh, j'aime une femme téméraire, » la rassura-t-il avec un sourire entendu. « J'aime la femme téméraire ayant crié sur un sergent de la Tour de Garde afin de voir son père, et la femme pleine de courage m'ayant remis à ma place sans le vouloir. Et l'aventurière ayant cheminé à travers un jardin pour batailler contre lui, » dit-il en prenant ses mains. Rhoswen grimaça l'espace d'un instant, et Boromir retourna ses mains pour les inspecter, voyant la multitude de petites coupures que les épines des rosiers avaient infligé à ses paumes et à ses doigts. « Vous devriez porter des gants, » annonça-t-il. « Des mains telles que les vôtres ne devraient pas être abîmées de la sorte. Quelle couleur vous plairait ? » demanda-t-il, la dévisageant et observant sa surprise.
« Peut-être bruns, monseigneur, quelque chose où la terre ne se verrait pas. » répondit-elle, et Boromir sourit devant son côté pragmatique.
« Je vous en ferai faire, » décida Boromir. « Comme présent. »
« Un gage de bonne fois, monseigneur ? » demanda Rhoswen, souriant comme quelqu'un ayant fait une blague et attendant de voir si l'autre la comprenait. « Où n'accordez-vous que des baisers pour ce genre de choses ? »
Boromir étudia son visage, souriant en réalisant ce qu'elle voulait dire, ce qu'elle demandait. « Je pense qu'un baiser en plus ferait également l'affaire, » dit-il, attrapant ses mains et se penchant pour lui donner un baiser sur la joue. Pour une fois elle ne détourna pas le regard, et quand Boromir sourit devant cette petite réussite elle ne pu s'empêcher de sourire aussi. « Vous voyez, cela n'était pas si dur, » dit-il, la faisant rire, secouant sa tête.
« Non, monseigneur, ça ne l'était pas, » admit-elle, penaude.
« Iavor, le Jour des Récoltes, approche bientôt, » dit Boromir, s'en souvenant seulement en regardant la pile de ronces derrière Rhoswen, sa récolte du jour. « Il est coutume que la maisonnée de l'Intendant y prenne part, et que les femmes non mariées descendent dans les champs et aident à la récolte. »
« On m'a dit que c'était ce que l'on attendait de moi. »
« Je ferai alors en sorte d'être de retour à la fin de Ivanneth pour y assister, » dit Boromir, un peu plus joyeusement que ce qu'il ressentait réellement. Mais son entrain amena un sourire sur le visage de Rhoswen, et cela lui apporta un peu de joie. Il pourrait continuer ainsi un peu plus longtemps si cela pouvait la calmer. « Venez, allons trouver quelque chose pour déjeuner. Des tourtes froides peuvent vous suffire, mais je n'ai pas mangé depuis ce matin et suis affamé ! »
Voici que sur sa main elle incline sa joue.
Ah ! Que ne suis-je un gant sur cette douce main
Pour toucher cette joue !
Roméo et Juliette – Acte II Scène II – William Shakespeare.
Bonjour à tous ! :)
Comme promis le retour de Boromir ! Alors, qu'en avez-vous pensé ?
Le prochain chapitre est un de mes préférés de toute l'histoire, et je le publierai comme d'habitude dimanche prochain, alors restez avec moi si ce chapitre-ci vous a plu et que vous souhaitez en apprendre plus ^^
Un grand merci à Symbelmyn, TS, Hachi Osaki et La Plume d'Elena pour leurs reviews au dernier chapitre, vous ne pouvez pas savoir à quel point l'auteure est ravie que son histoire plaise ici et que de plus en plus de personnes commencent à apprécier Rhoswen et Boromir.
Voilà, sur-ce je vous dit à dimanche prochain les amis !
Bises,
Mimi :)
