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CHAPITRE V
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6.
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. . . . . . La nuit était déjà tombée sur la capitale d'Euphor, quand Midori sortit enfin de l'enceinte de la pépinière.
Elle remonta la rue, jusqu'à la station d'un tramway, à répulsion magnétique.
En l'attendant, elle se surprit à admirer les étoiles dans le ciel.
. . . . . . Contrairement à ce qu'elle avait été, il y avait encore quelques heures, son humeur était presque joyeuse : Le début de l'entretien avec le chef du principal réseau de véga sur Euphor, avait été désastreux, mais la suite s'était révélée plutôt satisfaisante / Kolos, en dépit de son arrogance, était d'une réelle intelligence et il venait de prouver qu'il était capable de réagir au quart de tour, face à un problème imprévu.
. . . . . . Elle était maintenant encline à être optimiste pour la suite des opérations.
Le surlendemain, au petit jour, la capitale d'Euphor devrait être conquise, par les forces Syvidro-Végienne, sans trop de problèmes. Le reste de la planète devrait suivre, en deux ou trois semaines, ce qui permettrait au peuple Sylvidre de disposer d'une base, pour préparer la conquête qui lui tenait le plus à coeur : celle qui permettrait à ses soeurs de trouver une nouvelle patrie, tout en retrouvant leurs racines.
. . . . . . Midori se mit à caresser du bout des doigts son petit grelot, tandis qu'une petite larme, se mettait à couler sur sa joue :
. . . . . . — . . et pour certaines, une chance de retrouver les lieux ou elles avaient vécu leur enfance...
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. . . . . . Kolos, de son coté, n'était guère dans sa minute de mélancolie : avant même le départ de la sylvidre, il était tombé en pleine hyperactivité.
Le vegien houspillait ses hommes pour les inciter à donner le meilleur d'eux-mêmes, tout en mettant personnellement la main à la pâte. Il se consacra plus particulièrement aux détails pratiques du plan contre la femme pirate.
. . . . . . Après avoir réglé les détails d'intendance (recherche de fournisseur pour l'engrais et les conteneurs, la location des camions nécessaires, etc...), il décida, pour assurer ses arrières, de mettre en garde ses différentes "taupes" infiltrées contre ce nouveau danger potentiel. Il envoya par l'intermédiaire du réseau de communication informatique de la capitale, des messages codés contenant des informations sur Eméraldas à ses agents, avec une attention toute particulière pour ceux du palais royal.
Cette mesure de précaution, était à priori, pleine de bon sens. Malheureusement pour notre 'pépiniériste' et ses alliés, elle se révélerait être une funeste erreur, dont les conséquences seraient particulièrement désastreuses.
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. . . . . . Au même moment, justement à l'infirmerie du palais royal, Actarus se faisait ausculter par son médecin personnel pour des examens, "officiellement", de routine. Mais en fait, le prince comme le praticien, savaient que ce n'était qu'un prétexte qui servait à cacher une réalité particulièrement inquiétante : La blessure du bras droit d'Actarus continuait de s'aggraver... Ni les traitements de son père adoptif, le professeur Procyon, ni ceux des meilleurs spécialistes Euphoriens, n'étaient parvenus à enrayer la progression de l'irradiation (1).
Tous ces éminents scientifiques, d'horizons divers, avaient juste réussi à lui donner quelque années de répit, sur l'issue fatale.
. . . . . . Le prince d'Euphor se rhabilla, prit congé du praticien, et se dirigea vers les appartements royaux, tout en se massant discrètement le bras. L'état de ce dernier était tel, qu'il avait besoin de faire usage de drogue anti-douleur, en cas d'effort prolongé. C'était d'ailleurs en partie à cause de cela, qu'il avait complètement délégué à sa sœur les tournées de présentation lointaine avec Goldorak...
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. . . . . . Actarus se dirigea vers les appartements de Phénicia, dans le but de lui souhaiter une bonne nuit.
Cela faisait bien deux ans, qu'il s'efforçait de la préparer le mieux possible à son futur rôle de souveraine d'Euphor, avec toute les responsabilités écrasantes que cela impliquait. C'était la raison pour laquelle il lui imposait une discipline très rigoureuse, dans les activités d'ordre "officiel", pour lequel il ne lui laissait passer aucun écart de conduite.
Après avoir frappé à la porte et entendu en retour une réponse positive, il entra dans l'appartement de sa soeur.
L'ensemble des pièces étaient plongé dans l'obscurité, mais il arriva tout de même à distinguer la silhouette de Phénicia, allongée sur son lit, immobile.
. . . . . . C'est seulement quand il fut au pied de son lit, qu'elle sembla remarquer sa présence :
. . . . . . . — Alors, petit frère, tu es enfin descendu de ton trône ! dit elle d'un ton qu'elle essayait de faire paraître pour enjoué.
. . . . . . Actarus , qui n'était pas dupe, se pencha sur elle et l'embrassa sur le front, tout en lui lui murmurant que sous le vernis officiel, il restait encore un peu du palefrenier de Rigel. Cette remarque arriva dérider quelque peut la princesse, qui se mit à rire et souhaita une bonne nuit à son frère.
Ce dernier en fit de même pour sa soeur, puis s'en alla, tout fermant la porte derrière lui.
. . . . . . . — Ma pauvre Phénicia, je sens bien que notre vie d'avant et surtout Alcor, te manquent !
. . . . . . Il la comprenait d'autant mieux qu'il ressentait la même chose.
Il se laissa aller à penser à sa propre âme soeur, Vénusia dont il n'avait saisi toute l'importance, que bien après son départ pour Euphor. Vénusia qu'il ne reverrait probablement plus jamais, tout comme le professeur Procyon, son père adoptif.
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. . . . . . Dans la chambre, Phénicia s'était accoudée au balcon de sa chambre et y resta un moment, les yeux perdus dans le vide, sans même prêter attention à l'imposante silhouette du vaisseau d'Eméraldas, sur lequel se reflétaient les lumières de la capitale.
Au bout de quelques minutes, elle eut un petit bâillement, et s'en retourna à son lit et s'endormit, pour une nuit chargée de rêves.
. . . . . . A bord du vaisseau pirate, Eméraldas ne tarda pas à en faire de même et à la rejoindre au pays des songes, après avoir donné ses dernières instructions à l'ordinateur.
. . . . . . .— Actarus! Phénicia... Que Dieux vous protège!
. . . . . . . — Alcor...
. . . . . . Et le grand oiseau mécanique s'en retourna dans le ciel de la planète bleue.
. . . . . . . ... Alcor.. non ! Je ne veux plus te perdre... Cette fois je m'en vais avec toi !
. . . . . . Elle se leva de son siège, se sentit passer à travers la vitre du cockpit de Goldorak et plongea dans le vide à la poursuite d'Alcorak. Les bras tendus en avant, elle se sentait glisser dans les airs, sans éprouver la moindre sensation de froid.
Phénicia vit l'engin d'Alcor s'engouffrer dans une mer de nuages en contrebas, en ne laissant plus apercevoir de lui, que le rougeoiement de ses réacteurs. et sans l'ombre d'une hésitation elle y pénétra à son tour.
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. . . . . . " Bonsoir Death Shadow ! "
. . . . . . La proue de l'ancien vaisseau d'Albator se dressait, énorme et majestueuse, devant notre amie Eméraldas.
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. . . . . . Après une interminable poursuite au sein de la masse cotonneuse , Phénicia vit apparaître un paysage familier, baigné par la lumière du soleil couchant.
. . . . . . — Le centre ! Je suis enfin de retour...
. . . . . . Alors qu'elle s'en rapprochait, à la suite d'Alcorak, son attention fut attirée par une première anomalie :
. . . . . . . ... Le lac...C'est incroyable... Il est ensablé !?
. . . . . . A mesure que les détails se précisaient:
. . . . . . . — Les bâtiments du Centre.. Le Barrage.. Les rives du lac.. Tout est resté comme à mon départ, tout... à part le lac lui-même qui à troqué son eau contre du sable… et une grosse épave rouillée ?
. . . . . . Au beau milieu de la grande étendu sablonneuse, la carcasse d'un vaisseau de guerre y était visible, et c'est vers cette dernière que se dirigeait l'engin d'Alcor.
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. . . . . . — Eméraldas! Je suis de retour...
. . . . . . — Tochiro !?
. . . . . . La pirate rousse sortit sur le pont extérieur, contourna la tourelle et courut jusqu'à l'avant du Death Shadow, où de là elle aperçut le Spacewolf de son ami en approche.
. . . . . . . ... Tu es vivant !
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. . . . . . En voyant Alcorak abaisser ses ailes et son nez au-dessus du cuirassé échoué, Phénicia compris que son ami allait atterrir sur le pont arrière.
Elle posa à son tour les pieds sur le pont du vaisseau inconnu et s'empressa de courir à sa rencontre pour l'accueillir.
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. . . . . . Sous les yeux d'une Eméraldas, dont le cœur battait la chamade, le petit Spacewolf avait atterri sur le pont avant, après une longue descente verticale.
Quand elle vit Tochiro en sortir et se laisser glisser jusqu'au sol, elle perdit tout flegme et se précipita vers son ami, s'agenouilla pour l'enlacer tendrement.
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. . . . . . Sur le pont arrière, Phénicia pouvait enfin tenir son ami dans ses bras.
. . . . . . . — Doucement ma petite peste adorée ! Laisse-moi le temps d'arriver et de te regarder, avant de me sauter dessus, dit Alcor d'une voix ému.
. . . . . . . — Tais-toi Manant ! répliqua-t-elle, en pleurant... Embrasse-moi au lieu de dire des bêtises...
. . . . . . Le jeune homme se pencha et...
. . . . . . . ... Enfin! Merci mon chér...
. . . . . . Il remit aussitôt ça de façon encore plus fougueuse.
. . . . . . . ... Pffouuu ! Et bien... toi aussi, tu en avais envie depuis longtemps.. dit Phénicia dans un souffle.
. . . . . . . — Et comment... Maintenant altesse, tu sais ce que tu as loupé, jadis, en rejetant mon bouche à bouche, répliqua-t-il, moqueur.
. . . . . . — Non mais dis donc, gros vantard !... Tu crois que 'rouler des pelles' suffit pour faire de toi un séducteur de grande classe, rétorqua, la princesse, amusée, tout en lui tordant le nez entre le pouce et l'index...Où est le dîner aux chandelles? Où sont les bouteilles de champagne?
. . . . . . D'un ton et d'un air, faussement embarrassés, Alcor répondit :
. . . . . . .— Ben.. dans une glacière à bord d'Alcorak, il me reste quelques Maki, si ça te dit!.. et pour le pétillant, j'ai une bouteille de 'Coca'...
. . . . . . Elle éclata de rire :
. . . . . . . — Allez grosse bête! on saute cette étape, et on passe direct à la suivante! ajouta-t-elle en le tirant par le bras, vers l'extrémité du pont arrière... Fais-moi valser!
. . . . . . . — Ça roule !
. . . . . . Il lui leva le bras au-dessus de la tête et commença par la faire tourner sur elle-même, avant d'enchaîner avec une série de swings endiablés, sous le nez d'Alcorak.
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. . . . . . . — Tochiro.. Tochiro.. ne reste donc pas figé.. murmura tendrement Eméraldas, à son petit homme complètement béa.
Elle ajouta, tout en lui caressant la joue :
. . . . . . . ... Cette soirée est rien que pour nous deux, et il n'y a rien, n'y personne pour la troubler...
. . . . . . Tochiro leva les yeux et lui sourit, tout en rougissant de plus belle.
La pirate se redressa, prit son ami par la main et l'entraîna vers l'avant .
. . . . . . . … Regarde! Même le soleil nous fait la fête...
. . . . . . A l'horizon l'astre, dans sa course vers le couchant, était allé se positionner entre les deux excroissances cornues de la proue du Death Shadow.
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. . . . . . . — Oh Zut! fit Alcor : la tour du cuirassé va tout nous cacher..
. . . . . . Il adressa un clin d'oeil à Phénicia:
. . . . . . . ... Ça te dirait de déménager vers le pont avant!
. . . . . . . — Et comment... attrape-moi si tu peux !
. . . . . . Elle s'en fut en riant, pour une longue course-poursuite, entre les superstructures et les tourelles, avant de débouler sur le pont avant, avec son chéri sur les talons.
. . . . . . . ... Alcor! Regarde ce soleil couchant, coincé entre ces deux arcs de cercles... C'est magnifique! s'exclama Phénicia.. : on dirait une orange au milieu d'une coupe...
. . . . . . . — Oui!... ravissante... Vraiment ravissante! répondit le jeune homme, qui n'avait d'yeux que pour les 'courbes' de la gracieuse ombre chinoise qui se détachait entre les cornes...
. . . . . . " Qu'est ce que tu est belle ma princesse... si j'osais, la, tout de suite, je te..."
. . . . . . La jeune femme, qui avait 'ressenti' le désir de son ami, se retourna lentement.
. . . . . . . — Alcor... Je..
. . . . . . Devant l'émoi de son amie, le jeune homme se sentit honteux.
. . . . . . . — Phéni!.. Je te demande..pardon!
. . . . . . La princesse, tout à la fois effrayée et ravie, se rapprocha et lui prit la main..
Alcor releva la tête, un peu penaud, mais en voyant le large sourire de Phénicia, il retrouva le sien également, et ce fut la main dans la main qu'ils se dirigèrent vers la proue!
A mi-chemin, la princesse ressentit à nouveau un grand trouble, mais cette fois c'était pour une toute autre raison :
. . . . . . " !.?... c'est étrange! J'ai l'impression que nous ne somme pas seuls!.. je ressens comme une présence, sur ce pont...là, tout près de nous "
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. . . . . . . — Eméraldas ! tu es absente tout d'un coup, fit Tochiro l'air inquiet...qui a-t-il donc! Qu'est-ce qui te tourmente ?
. . . . . . . — ..!.? Une impression étrange!.. répondit elle, tout en écartant de ses lèvres, le verre qu'elle s'apprêtait à boire.
. . . . . . Regardant son petit ami, assis sur le rebord du carénage de liaison entre les les deux excroissances, elle ajouta :
. . . . . . . … celle d'entendre une voix qui s'interroge sur notre présence ici...
. . . . . . Tochiro, manqua de peu d'en renverser le contenu du sien! Par acquis de conscience, il se mit à scruter le pont et les alentours, avant de faire un geste de négation de la tête.
. . . . . . . — Je sais bien mon chéri, qu'il n'y a rien, n'y personne de visible autour de nous! ajouta Eméraldas avec un petit sourire.. Mais rassure-toi, ma sensation n'avait rien de menaçant...Disons que j'ai juste entendu des petites voix amicales dans ma tête... comme une certaine terrienne des temps anciens...
. . . . . . Elle tendit son verre :
. . . . . . . ... Allez.. Tchin tchin ! Tochy!
. . . . . . Ce fut à ce moment que le vent se leva, et que la merveilleuse chevelure de la jolie rousse, se mit à onduler sous la forte brise, pour la plus grande joie de son petit homme, qui se mit littéralement à boullir de désir devant le spectacle.
. . . . . . D'une main tremblante, il trinqua à la santé de sa belle.
. . . . . . " Comment une femme aussi jolie, qui pourrait avoir tous les hommes, a-t-elle pu jeter son dévolu sur un petit bonhomme comme m.. "
. . . . . . Sans crier gare, une rafale, lui envoya la crinière de son amie dans la figure. En un instant, la tête de Tochiro, se retrouva littéralement noyée dans une cascade rousse.
Quand il s'en dégagea, ce fut pour découvrir que sa chérie n'était plus vêtue que de sa seule cape !
. . . . . . Elle tendit les bras dans un geste d'offrande:
. . . . . . . — Viens donc dans mes bras, Tochy !
. . . . . . . — Emy! murmura-t-il... avant de se précipiter, comme un affamé, sur le corps à demi nu de son amie - sauf qu'il restait un dernier 'détail' technique que la pirate résolut en se penchant vers lui.
. . . . . . Eméraldas prit Tochiro à bras le corps, et le hissa jusqu'au niveau de ses lèvres, pour l'embrasser passionné que sa bouche était encore soudée à la sienne, le petit homme en profita pour détacher la cape de la jeune femme qui tomba au sol, ne lui laissant pour toute parure que sa seule chevelure.
Les deux amants tombèrent à genoux sur le pont du
Death Shadow.
. . . . . . Tochiro, après s'être déshabillé, attrapa la cape qui s'y trouvait et l'étendit à côté de sa belle.
Au moment où la pirate allait s'y allonger, le petit homme l'arrêta d'un geste :
. . . . . . . — S'il te plaît Emy! attends un peu !
. . . . . . Tochiro littéralement hypnotisé, resta une bonne minute à contempler le corps dénudé d'Eméraldas, assise sur ses talons, et dont la sculpturale beauté était encore magnifiée par la lumière du couchant qui se reflétait sur sa peau, et sa chevelure, dont les longues mèches étalées sur le pont formaient une sorte de parterre doré autour d'elle!
. . . . . . Tout en contemplant de pareille façon son amant, notre amie ne put s'empêcher de verser des larmes :
. . . . . . " Ce soleil couchant... comme lors de notre première rencontre..."
. . . . . . D'autre souvenirs liés à ce moment de cette journée, ressurgirent : les retrouvailles avec un Albator déchu et mutilé ; Maya attachée près d'Eméraldas face au peloton d'exécution ; Maya expirant dans les bras de son amant; la tombe de Zoll; leur bannissement...
. . . . . . . — Emy! murmura tendrement son petit ami, tout lui posant la main sur l'épaule.
. . . . . . .— Tu as raison mon chéri ! lui répondit la pirate, dans un sourire retrouvé. Ne pensons qu'à l'instant présent.
. . . . . . Tochiro étendit Eméraldas sur la cape et se mit à la couvrir de baisers et de caresses avant de s'allonger sur elle et ...
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. . . . . . . — Phénicia.. qu'est-ce qui t'arrive ? Ton visage est devenu presque aussi rouge que le soleil couchant?
. . . . . . . — Ah heu!.. Ce n'est rien Alcor... Juste un coup de chaud!.. répondit en bredouillant, la jeune femme.
. . . . . . Et il y avait de quoi! Depuis le rebord de la proue, où elle était perchée avec son ami, elle se mit fouiller du regard l'ensemble de la plage avant du vaisseau.. " Pourtant je ne vois toujours rien, ni personne?... Et puis zut!.. n'y pensons plus..."
. . . . . . Elle se glissa devant le pilote, et s'adossa ostensiblement contre lui ; ce dernier l'enlaça avec douceur, et c'est ensemble, qu'ils assistèrent à la disparition progressive de l'astre, tandis que les détails du paysage s'estompaient dans l'obscurité.
. . . . . . . — J'ai l'impression de voguer sur l'océan! murmura la princesse, les yeux mi-clos. Comme si nous étions en train de vivre une croisière de rêve...
. . . . . . . — Oui tu as bien raison... A part que ton paquebot a de gros canons et qu'il a l'air d'un navire qui fait naufrage avec son étrave enfoncée dans le sable.
. . . . . . . — Alcor! Tu n'es qu'un rustre et un butor... répliqua-t-elle, dans une colère feinte, tout en lui donnant une petite bourrade dans les côtes.
. . . . . . . — Et bien quoi! s'exclama-t-il sur un ton de cabotin... C'est-y pas romantique un cuirassé qui coule, avec à son bord, un petit couple qui reste uni jusqu'au bout dans le malheur..
. . . . . . . — Ouais et bien change la première syllabe de la fin, car le malheur, ne fait nullement partie de mes projets !
... Et puis pfff.. Tu crois qu'ils sont heureux de leur sort, les personnages de roman... S'ils en avaient la possibilité, je suis sûr qu'ils casseraient volontiers la figure à leur créateurs, pour se venger de toute les avanies que ces derniers leur ont fait subir...
. . . . . . Alcor éclata de rire et la serra encore plus fort contre lui, tout en l'embrassant dans le cou :
. . . . . . . — Ah, Phénicia ! Phénicia ! Je t'adore...
. . . . . . Phénicia déjà sérieusement émoustillée par ses 'visions', se sentit littéralement fondre.
. . . . . . . — Alcor! Si on passait à la suite?... Tu sais, ce que tu avais en tête, il y a un instant...et bien j'aimerais beaucoup que tu me le fasses...
. . . . . . Ce fut au tour du jeune homme de rougir.
Elle se dégagea de ses bras et l'engloutit dans un passionné baiser. Il le lui rendit de suite, et un autre, plus long et langoureux encore, suivit dans la foulée.
A la fin de celui-là, la princesse eut la surprise de constater... qu'elle n'avait plus le moindre vêtement sur elle!.. et qu'il en était de même pour l'homme qui lui faisait face.
. . . . . . " Ça alors ... Comment a-t-il fait ? "
. . . . . . Comme les SSX, un instant plus tôt, les deux Aigles se regardèrent... avant de s'abandonner dans une étreinte passionnée, contre l'une des excroissances de la proue.
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. . . . . . Eméraldas remit machinalement un peu d'ordre dans sa chevelure, tout en s'efforçant de reprendre son souffle.
A califourchon sur le corps de son amant, fourbue mais heureuse, notre jolie rousse savourait son bonheur.
Avec un sourire radieux aux lèvres, elle regardait son ami, dont elle devinait le visage, plus qu'elle ne le voyait, dans l'obscurité.
La brise, caressant à nouveau Eméraldas de son souffle, ses cheveux se remirent à onduler!
. . . . . . . Elle sentit une main en saisir les extrémités :
. . . . . . . — Ils sont si doux... c'est merveilleux!... Je n'avait pas remarqué à quelle point ta chevelure était devenu longue et belle... Phénicia..
. . . . . . . — Que !.? Pourquoi est-ce que tu m..?
. . . . . . Avant que notre pirate ait eu le temps de finir, l'homme sur lequel elle était assise, se redressa et l'enlaça, révélant un gabarit tout autre que celui de Tochiro.
. . . . . . . — Ma princesse ... Ma tendre princesse !
. . . . . . Complètement prise au dépourvu Eméraldas ne pipa mot.
L'inconnu aux cheveux ébouriffés, essaya de l'embrasser, mais il s'arrêta net quand ses lèvres rencontrèrent la balafre de notre pirate.
. . . . . . . — Mais... tu n'es pas Ph..?
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. . . . . . Genoux à terre et plaquée face contre la paroi, Phénicia se sentit défaillir, avant de tomber dans une sorte de demi conscience. Quand elle en émergea, notre amie était allongée sur le flanc avec la main de son amant posé sur le ventre. La jeune femme se retourna, et entreprit de chercher à tâtons la tête de ce dernier dans le noir.
. . . . . . . — Ah te voila... Tiens c'est drôle.. ses cheveux ne sont plus en pétard?
. . . . . . Elle se pencha pour déposer un baiser sur le visage de son ami, et ...
. . . . . . . ... Mais..! Mais, je rêve ! ce n'est pas Al... ?
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. . . . . . Les deux princesses se réveillèrent, comme une seule et même personne!
. . . . . . . — ...!.? Un drôle de rêve, avec une étrange conclusion! murmura au bout d'un moment Phénicia, les yeux perdus dans le vide...
... Mais celui la, wahoooou ! je ne suis pas près de l'oublier! s'exclama-t-elle d'une voix guillerette, tout en levant les bras au ciel !
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. . . . . . Sur le vaisseau pirate, Eméraldas, les yeux humides, regardait un portrait de Tochiro posé sur sa table de nuit...
. . . . . . " Ce n'était donc qu'un rêve ..! Tu étais pourtant si réel"... Des larmes perlèrent sur ses joues.
... "Mais qu'importe...! même si ce n'était qu'en rêve.. de ma vie, je n'oublierai ce qui s'y est passé!"
. . . . . . Et c'est avec un sourire un peu triste aux lèvres, qu'elle se leva pour se diriger vers la salle de bain...Il était à peine plus d'une heure du matin, mais elle savait que de toute façon, elle n'arriverait plus à se rendormir.
. . . . . . Toute en se déshabillant, notre capitaine commanda à l'ordinateur un rapport sur les recherches qu'elle lui avait ordonné de faire, dans les fichiers informatiques du Palais Royal.
Le texte qui s'afficha sur l'un des murs de la salle d'eau, via un projecteur, ne révéla aucune information susceptible de confirmer ou d'infirmer l'hypothèse d'une connaissance par les Euphoriens de sa dignité princière, ainsi que de ses origines Râmetaliennes.
. . . . . . C'est alors qu'elle flottait dans la 'bulle' de son bain (2), que l'ordinateur intercepta l'un des messages que le lieutenant Kolos venait d'envoyer à ses 'taupes'. Le cerveau du vaisseau, ne parvint pas dans l'immédiat à 'casser' le code dans lequel était écrites les instructions du Végien, par contre il n'eut aucun mal pour ouvrir et lire le fichier qui y était attaché.
Eméraldas, eut la mauvaise surprise de voir s'afficher sous ses yeux, son casier judiciaire 'SSX'.
. . . . . . Dans la minute qui suivit, l'oeil électronique du Queen Eméraldas put admirer le spectacle insolite d'une ravissante rousse en tenue d'Eve, ruisselante d'eau, telle une vénus sortie des eaux, face à face avec sa réplique en trois dimensions, toute de bottes et de cape vêtue."
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. . . . . . . — Que t'arrive-t-il mon ami?
. . . . . . . Dès qu'il avait perçu le malaise de l'âme de l'Arcadia, Albator s'en était allé la retrouver dans la salle de l'ordinateur principal.(4)
Tochiro resta silencieux pendant de longues minutes avant d'accepter de se confier.
Le pirate écouta le récit du rêve, sans l'interrompre.
. . . . . . . — Tochiro! Tu connais tes sentiments envers Eméraldas.. Tu sais qu'ils sont sincères! Tu n'as donc pas de raison de te sentir coupable!
. . . . . . . — Mais.. cette autre femme..
. . . . . . . — ... qui t'est complètement inconnue, comme tu le dis toi-même... Je ne sais pas ce qu'elle signifie; mais je n'y vois aucune raison pour que tu doutes de toi ! répondit Albator avec un sourire amical aux lèvres!
. . . . . . . — Le Capitaine a raison Tochiro... dit Mima, qui se tenait à l'entrée de la salle... Et j'ajouterai que si ce rêve avec Eméraldas t'a paru encore plus "réel", que les précédents, c'est parce que tu étais directement en connexion mentale avec elle...
. . . . . . L'humanoïde bonde, aux yeux sans pupilles, s'approcha et vient se placer devant l'imposant ordinateur.
. . . . . . ... et votre rêve en commun s'est retrouvé mélangé, à un moment donné, avec le 'rêve-télépathique' d'un autre couple...d'où la présence de cette inconnue...
. . . . . .Elle ajouta:
. . . . . . . ... Il est d'ailleurs probable, que la même chose soit arrivée à Eméraldas.. Qu'elle se soit retrouvée dans les bras d'un autre homme, qui lui était tout aussi inconnu !
. . . . . . . — Mima! Je t'en supplie, ne retourne pas le fer dans la plaie !... gémit Tochiro, d'une voix désespérée.
. . . . . . . — Mais Tochiro!.. répondit la radariste -.. Ce que je suis en train d'essayer de te faire comprendre, c'est que tu n'as pas été infidèle à Eméraldas, au cours de ce rêve !... Pas plus qu'elle ne l'a été avec toi !... Ce qui est arrivé sur la fin, échappait à tout contrôle mental de votre part! ...et il est probable, qu'il en était de même pour l'autre couple...
. . . . . . Après de longues minutes de silence, Tochiro finit par se rallier aux explications de ses amis :
. . . . . . . — Albator.. Mima.. Merci ! Vous venez de m'enlever, un sacré poids du cœur..
. . . . . . . — Ne pense qu'aux moments agréables que tu viens de passer avec Eméraldas : c'est un véritable trésor, que tu dois garder précieusement.. conclut l'humanoïde à la combinaison noire.
. . . . . . Une fois dans le couloir, Albator dit à cette dernière :
. . . . . . . — Merci Mima ! Tu as eu exactement les mots qu'il lui fallait..
. . . . . . Un air mélancolique s'afficha le visage de jeune femme, qui s'était plongée dans le souvenir de son propre amour perdu. En voyant Albator prendre le chemin de la passerelle, elle songea :
. . . . . . " Je vous sens, vous aussi, bien troublé par le récit de Tochiro, Capitaine... Auriez-vous un souvenir du même genre, lié au Death Shadow ?
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. . . . . . . — Mais c'est Alcor!...Pourquoi se lève-t-il aux "poules", comme ça?
. . . . . . Ainsi parlait Mizar, à la fenêtre de sa chambre, au ranch du bouleau blanc, encore plongé dans l'obscurité. En voyant le pilote prendre la direction du hangar aux avions, le jeune garçon, s'habilla vite fait pour le rejoindre.
. . . . . . Dans le hangar, il le trouva penché sur cockpit ouvert de l'OVT-4.
. . . . . . . — Bonjour, Alcor!
. . . . . . Ce dernier redressa la tête et découvrit, un peu surpris, le jeune garçon de dix-sept ans, qui le regardait en souriant.
. . . . . . . — Ah..heu!.. Bonjour Mizar
. . . . . . . — Tu as des insomnies, au point de te réveiller à deux heures du mat', pour aller bricoler ta soucoupe!.. ajouta ce dernier, un brin moqueur.
. . . . . . . — Non! Je n'en suis tout de même pas à ce point là!... répondit il en souriant à son tour.. C'est juste que faute d'arriver à me rendormir, j'ai décidé de me faire un petit vol..
. . . . . . . — Ah !.. Tu m'emmènes avec toi!
. . . . . . . — !.?. Mais, Mizar! tu peux l'utiliser quand tu veux pendant la journée, et d'ailleurs, tu ne t'en prives pas depuis que je t'ai appris à la piloter!
. . . . . . . — C'est vrai, et je t'en suis très reconnaissant... mais tu m'avait également promis, de me former au vol de nuit... répondit le jeune garçon avec des yeux suppliants.
. . . . . . Après une brève hésitation, le pilote acquiesça :
. . . . . . . — Ok, p'tit aigle!... Puisque tu veux devenir un hibou, je vais t'exaucer... mais avant tu vas m'aider à déplacer le biplan de ton père qui nous bouche le passage.
. . . . . . Les deux jeunes gens s'attelèrent à pousser le Nieuport 17 (5) sur le coté - Une réplique de cinéma, achetée par Rigel, après qu'il eut appris fortuitement qu'un des aïeuls de sa défunte femme, avait servi comme pilote de chasse étranger-volontaire dans l'aviation française, pendant la guerre de 14-18; et qu'il y avait décroché une victoire aux dépends d'un dirigeable allemand.
. . . . . . . — Hep! Hep!..pas si loin ! protesta Alcor... Si nous bloquons l'Arcadia de Tochiro, il nous fera la gueule, et il aura bien raison!
. . . . . . . — Ah Zut!.. Oui tu as raison, surtout qu'il le fait souvent voler quand il loge chez nous!.. approuva Mizar en regardant le racé et rutilant Messerschmitt BF-109 G6 (6), garé dans un recoin du hangar.
. . . . . . Une fois le biplan correctement rangé, ils retournèrent à l'OVT, et quelques minutes plus tard, la petite soucoupe jaune décollait avec Mizar aux commandes et Alcor en passager, assis sur l'un des deux sièges additionnels, décalé en diagonale.
. . . . . . . — Où va-t-on?
. . . . . . . — Au lac!
. . . . . . .— !.?..Tu ne l'as pas déjà assez vu, depuis le temps que tu décolles du Centre..
. . . . . . . — Ce matin, je le regarderai avec des yeux neuf !
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(1) Note du coauteur: j'ai décidé de ne pas tenir compte de la guérison "miraculeuse" de Actarus dans l'épisode n° 71 'Le meilleur ami' et cela, en grande partie, parce que je la trouve beaucoup trop artificielle, et la co-autrice est du même avis.
(2) Voir les films : « Albator 84 - l'Atlantis de ma jeunesse » (Waga seishun no Arcadia - Arcadia of my Youth) et « Galaxy Express 999 » …. La série tv : Albator 84, ep.3, 10 et 21 ... et le manga : « Capitaine Albator », T.5, p.181 à 255.
(3) Voir l'OAV : 'Queen Eméraldas', ep.3.
(4) Tochiro (celui du XXXIème siècles) est mort dans l'ep.21 d'Albator 84, et son âme c'est réfugiée dans l'ordinateur principale de l'Arcadia.
(5) un chasseur biplan de la guerre de 14-18.
(6) un chasseur monoplan de la guerre de 39-45 - Voir le films : « Albator 84 - L'Atlantis de ma jeunesse » .
