Disclaimer: La série "Les Légendaires" est à Patrick Sobral
Genre: Drama, Violence, Angst
Personnage: Danaël
Note: J'ai l'impression que les sous-entendus sont plus brutaux dans cette partie. Bon les enfants qui lisent, enfin les plus jeunes de mes lecteurs, ça parle d'une « vie » dans une prison. C'est pas rose et c'est assez sombre. Je ne dis rien explicitement, mais les sous-entendus sont présents.
Note 2: Ce chapitre est plus violent que les précédents. Sous-entendus très présents.
Note 3: De pire en pire. Pas pour les enfants. Sous-entendus encore plus présents.
Ce chapitre est encore assez dur, mais bien moins que le précédent.
Sous-entendus assez durs.
Jour?
La nourriture a du mal à passer. Même mâcher semble être une torture. Je triture les aliments de ma fourchette, le ventre noué. Un sentiment de honte colle à ma peau, mêlé de la certitude que tout le monde sait. Chaque fois que quelqu'un me regarde, je suis persuadé qu'ils ont compris ce que j'avais subis. Qu'ils savent à quel point je suis sale et indigne. Je me sens encore plus dénudé, malgré mes vêtements.
Au secours.
Que quelqu'un me sauve.
J'ai envie de pleurer à chaque fois que je pense à la nuit précédente. Et la seule idée d'être à nouveau seul dans ma cellule me terrifie, puisque je serais alors à sa merci une nouvelle fois.
Et personne ne peut me protéger.
Personne ne va m'aider.
Les autres gardiens jouent à ceux qui ne voit rien. Ils ne lèveront pas le petit doigt pour moi. Ils ne me protégeront pas. Ils pourraient même avoir envie de s'amuser eux aussi pour certains.
Je ne sais pas...
Je veux rentrer chez moi.
Je ne veux plus vivre ça.
Nuit?
Cinq.
Ce chiffre me saute à l'esprit. A peine la porte de la cellule s'est-elle refermée sur le rire cruel de mon tortionnaire que je ne peux m'empêcher de compter. Alors que je m'étais forcé à arrêter. La nuit derrière. Et la nuit d'avant. A chaque fois une voix en moi me dit de ne PAS compter mais quelque chose d'autre en moi compte quand même.
Cinq.
Depuis la première fois. J'ai arrêté de compter les jours et les nuits alors je ne sais pas quand il a commencé. Je sais juste que c'est la cinquième fois. Il ne vient pas chaque nuit. Mais il vient à fréquence irrégulière, si bien que je passe des heures à attendre, le cœur tordu par l'angoisse et la peur. Pleurant presque de soulagement quand je comprenait qu'il ne viendrait pas cette fois. Pleurant de désespoir quand le cliquetis de la serrure parvenait à mes oreilles.
Depuis qu'il a commencé, prenant ce qu'il désirait par la force, riant de mes supplications et de mes larmes. Je me sens si faible et humilié, à avoir peur de lui, à me sentir si impuissant.
Cinq.
Je me hais. Je le hais. Je hais chaque gardien de cette prison, je hais le roi. La rancœur envers la princesse enfle. Si seulement je l'avais planté là toute seule. Si seulement j'étais partis de mon côté. Si seulement...je m'étais contenté de la sauver au lieu de vouloir former un groupe avec une princesse en fuite.
Moi et ma bêtise..
Cinq.
Je ne subirais pas «ça» si je l'avais laissé faire ce qu'elle voulait, si je l'avais juste secouru avant de la laisser seule, ou au moins en sécurité. Là je paris qu'elle m'a rayé de son esprit, trop occupé à s'amuser en temps que belle-fille du roi, en temps que femme du prince. Qui sait, peut-être qu'elle aura bientôt un enfant?
J'aurais du la ramener chez ses parents et basta.
Au moins j'aurais été vu comme un sauveur, pas comme un kidnappeur. Et elle serait allée dire de vive voix à son arrogant de fiancé que elle ne voulait pas se marier.
Au lieu de ça, j'ai été un imbécile fini qui n'a pas pensé que partir avec une princesse en fuite serait vu comme un enlèvement par beaucoup de gens.
Cinq
Çà ne sait que cinq fois et je prie chaque jour et chaque nuit pour qu'il me laisse en paix. Je prie pour être plutôt jeté au trou que subir ça, encore et encore. Surtout que je ne sais pas quand il vient et quand il ne vient pas.
Cinq fois.
Seulement.
Quand je suis là pour la vie.
Ça fera combien de fois dans ce cas?
-_-_-_-_Interlude-_-_-_-_
Samaël grogna. Cette cape, bien que légère, lui tenait encore bien chaud. Il avait une mission et devait l'accomplir. Il regarda le bracelet royal à son poignet droit, signifiant qu'il travaillait pour le prince Halan, qu'il était au service de la famille royale. Personne ne pouvait le capturer, vendre ou le blesser sans conséquence, voilà ce que signifiait ce bracelet argenté gravé de symboles.
Bref, grâce à ce petit bijou, il était intouchable, monslave ou pas. Personne n'avait le droit de l'emprisonner ou de lui remettre des chaînes. Il était libre, et travaillait pour le futur monarque du pays. Comme n'importe quelle personne libre dans ce pays.
«Retrouvez un blond aux yeux bleus dans le trafic secret de Sabledoray. Il en a de bonnes le patron.» grommela-t-il. «Autant chercher une aiguille dans un grenier plein de foin.»
Il savait à quel point ce genre de recherches était ardue.
Mais il lui devait beaucoup. Quand Samaël avait été libéré, réussissant à prendre Gryf avec lui (le jaguarian avait été mis dans la balance du pari, la liberté pour eux deux, quand il avait décidé d'affronter «cette monslave», et il avait gagné). Leur ancien dresseur, l'air terriblement amer mais ne pouvant rien face aux règles, avait signé leur libération loyalement gagné. Samaël avait cependant accepté de finir la «saison», moyennant salaire, afin de pouvoir se lancer dans la vie avec un peu d'argent en poche. Depuis qu'ils avaient quitté leur «cage», ils n'avaient jamais revu leur ancien maître. Et il ne leurs manquait pas de toute façon.
Pendant un moment, Samaël avait pensé à son «petit frère», à le ramener dans les montagnes d'où il venait et essayer de trouver la cité perdu et légendaires des Jaguarians. Après tout le roux avait sûrement une famille non? Mais il avait pensé que c'était illusoire. Ils étaient trop jeunes, seulement des enfants, même combattants, et des trafiquants pourraient les capturer et les vendre une nouvelle fois, faisant disparaître les preuves de leur libération.
C'était trop dangereux pour eux, pour le moment.
Ils avaient donc voyagé, cherchant un havre de paix pour grandir en sécurité. Sans être forcé de se battre sans cesse. Ils avaient croisé le prince Halan peu après être entré à Sabledoray. Gryf était malade et ils n'avaient pas d'argent pour acheter des médicaments. Ils étaient encore trop jeunes pour trouver du travail et Samaël dormait à peine, craignant qu'ils soient capturés, encore et encore.
Il protégeait leur deux certificats de libération comme si c'était les plus précieuses des pierres précieuses. Pour des raisons évidentes.
Halan les avait prit sous son aile. Et le plus vieux était alors devenu un de ses gardes du corps. Gryf s'amusait à voyager dans le pays, protégé par son statut de servant du prince. Personne n'oserait toucher à un poil du jaguarian roux du futur roi, et il avait pu découvrir de nombreuses choses, apprenant en même temps à se battre sans la pression des combats sur les épaules.
Ils s'étaient fait des amis et ils avaient formé un groupe de «justiciers».
Désormais tous les deux adultes, ils ne vivaient plus ensemble mais le roux rendait souvent visite à son frère de cœur, le seul qu'il ait jamais connu d'aussi loin que sa mémoire le portait.
«On sait à quoi il ressemble au moins?» demanda une voix derrière Samaël.
Le félin avait insisté pour l'accompagner dans sa quête, laissant son petit «groupe» (de héros, composé, en plus de sa personne, de deux elfes nommées Shimy et Solaris, ainsi que d'un frère et d'une sœur nommés Razzia et Sheyla) dans une auberge en bord de mer. Halan laissait le jeune fauve parcourir le monde, profiter de sa jeunesse.
Samaël préférait rester dans l'ombre du prince, pour le protéger et l'aider contre son père un peu trop manipulateur. Autant par gratitude que parce qu'il y était totalement accepté.
Le mutant hocha la tête. «Hum...Plus ou moins.» il sortit une feuille où était dessiné un portrait, le tendant à son frère de cœur. «Regarde, c'est lui, il a été capturé par des criminels y a presque un an maintenant. Enfin plus ou moins 250 jours, ce qui revient presque au même. Presque tous ceux capturés ce jour là ont été retrouvés, sauf lui, et quatre autres. Le prince est persuadé qu'il a fini dans un marché d'esclaves. Pour soulager l'esprit de sa femme qui s'en fait pour son ami, il m'a lancé sur une recherche.»
Celui-ci regarda le dessin parfaitement fidèle et impeccablement réalisé «Ha ouais. Je préfère les filles mais je pige pourquoi des gens seraient près à pager une fortune pour l'avoir. Surtout dans ce pays-là.
– Comme les dresseurs de monslaves seraient prêts à payer cher pour t'avoir.» Railla Samaël, rejetant une mèche derrière son oreille. «N'est-ce pas?
– Ha assez juste.» ricana Gryf, faisant miroiter le bracelet du prince Halan au soleil «Pas de chance, je suis libre et sous la protection du futur roi. Officiellement, parce que officieusement je vais ce que je veux.»
Samaël gloussa «Et j'ai les moyens de faire parler les personnes concernées. On va commencer par reconstituer ce qui s'est passé, et aller dans l'auberge en question.
– Juste, ne tue personne cette fois.» Rappela le jaguarian «Le prince déteste quand tu lui donne encore plus de paperasse à remplir... Et le sang dans les cheveux, c'est une plaie à enlever.
– Pas sans raison. Ne t'en fais pas.» Il s'immobilisa, respirant l'air chaud de la plaine où ils étaient, regardant la ville à l'horizon, où ils seraient avant le coucher du soleil «Faudrait commencer par retrouver les criminels en question. Enfin ceux qui ont pas été arrêtés. L'auberge en question est dans ce bled là-bas.»
Gryf siffla «Comme par hasard, ces bandits ont attaqué l'auberge où dormait la princesse?
– Ouais c'est certainement pas un hasard. Ils ont du la repérer quand elle voyageait avec le chevalier et ont sauté sur l'occasion.» Samaël se gratta la tête «Et je trouve qu'il y a un truc pas net du tout dans cette histoire. Halan pense ça aussi...
– Comme le fait que cette histoire sent l'embrouille?
– Hum. Comment les mercenaires savaient dans quel groupe était la princesse par exemple? Me dis pas que ces bandits, ayant la futur femme de Halan sous la main, n'ont pas mit une protection maximale autour d'elle, avec la rançon qu'elle leurs aurait fait gagner? J »ai l'impression qu'elle a été sauvée trop facilement.
– Bah tu sais, mon groupe, on est que cinq et on bat des grandes bandes de sales types. Sans trop de mal d'ailleurs.
– Le fait que vous ayez DEUX elfes élémentaires doit jouer. Ça facilite les choses je suppose.
-Sans aucun doute.» admit Gryf, croisant es bras derrière la tête. «Solaris est sacrément violente quand elle est en rogne. Je me demande comment Regen la supporte...
– L'amour.
– Ouais, t'as raison.»
Samaël plissa les yeux «Bon...J'aurais bien aimé parler avec un de ces mercenaires mais ils semblent s'être volatilisés. Raison pour laquelle je commence avec le patron de l'auberge.»
Jour?
Lionel est partit. Ce matin. A l'aube. Avant que le soleil ne se lève. Avant que les prisonniers ne soient envoyés au réfectoire (pour ceux qui ont le droit et qui ne sont pas à l'isolement car trop dangereux). Ses »amis » ont pu lui dire au revoir la veille, au dîner. Soit moi, R et S, dont je connais toujours pas les noms ou les 'crimes'...peut-être que je devrais leurs demander maintenant qu'on se connaît bien?
Pour le moment, je tâche de sourire à Lionel et le féliciter pour sa libération, pour ses retrouvailles avec sa famille, avec l'enfant qu'il va enfin connaître. Il sait que c'est un garçon qui s'appelle Léo.
La joie dans ses yeux quand il l'a lu dans cette lettre...je m'en souviens encore.
Je ne lui ai jamais rien dit à propos du garde. J'aurais aimé lui expliquer mais la honte me bloquait la gorge et qu'aurait-il pu faire de toute façon? Il ne parlera pas une fois sortie d'ici, car le risque d'être puni pour ça est trop grand. Même s'il parle, on ne sera pas libéré et lui sera envoyé aux mines pour travailler pour toute la vie cette fois, sans possibilité de remise de peine.
Il allait sortir. Devais-je lui jeter ça à la figure alors qu'il avait enfin la possibilité d'être heureux et libre, loin de cet enfer?
Il n'avait pas besoin de savoir ça...je n'en vaut pas la peine, n'est-ce pas?
«Courage Dan, je suis sûr que le prince te graciera un jour. Quand il sera roi. Quand il saura pour les prisonniers mis au secret.» Fit-il, avec une tape dans le dos, en guise d'au-revoir. «Je suis sûr que tu ne passeras pas ta vie ici, tu sortiras comme moi.»
Je retiens mes larmes, me sentant si faible et stupide, si impuissant et fragile. Je veux appeler à l'aide mais je sais que personne ne viendra me sauver.
Jamais.
Nuit?
Dix.
Je regarde le mur. Ça fait combien de temps que ça a commencé?
Je ne sais pas.
Je sais juste que ça fait dix fois.
Je sais juste que ce monstre ne vient pas chaque nuit.
Je dors mal, mes nerfs torturés par l'angoisse de l'attente, chaque soir. Appréhendant le cliquetis de la serrure, espérant le silence, priant pour ne pas entendre les pas stopper devant sa porte, et refouler le soulagement quand les cris lui prouvaient que ce ne serait pas pour lui cette nuit. Mêlé de pitié pour celui qui subissait ça.
Pardon Ikaël. Pardon, pardon...
Je ne sais pas si tu sais que j'ai disparu, si tu sais que j'ai été capturé par des «bandits», si tu penses que je suis mort ou réduit en esclavage quelque part...ou si tu ne sais rien et que tu penses que je ne veux plus rien avoir à faire avec toi.
Qu'est-ce qui est le pire? Ne pas savoir, me croire mort, me croire réduit au pire ou croire que je l'ai rayé de ma vie? Je ne sais pas...mieux vaut qu'il pense que je ne veux plus le voir je suppose.
Pardon grand frère, je te blesse, même en étant enfermé ici. Je suis pitoyable. Je suis un ingrat qui n'a jamais vu les efforts que tu faisais pour moi depuis la mort de papa. Je connaissais ta personnalité et je n'ai jamais vu que ta sévérité et ce qui semblait être une absence de compassion à mon égard.
«S'il te plaît sois prudent»
Je suis un imbécile. J'ai entraîne Saryn dans mes bêtises. Et ça lui a coûté la vie. Ikaël souffrait déjà de l'échec de la mission, de la culpabilité de n'avoir pas pu sauver la princesse doublé à la mort de son ami...du père de Saryn, et voilà que je lui crache ma rancœur au visage et que je le laisse tomber. Et il a du apprendre la mort de Saryn par une missive que je lui ai envoyé.
En plus d'être insensible, j'ai été un lâche.
Je n'ai pas pensé un seul instant à ce qu'il ressentait.
Et je suis pitoyable, parce que, là tout de suite, je donnerais tout pour qu'il ouvre la porte et vienne le protéger, me ramener à la maison...
Jour ?
«...Alors c'est quoi vos noms?»
A ma grande surprise, c'est S qui lance la discussion.
«Moi c'est Sanae.» Il sourit, rejetant une mèche d'un rouge presque noir derrière son épaule, sa peau est burinée par le soleil et ses yeux d'un vert feuillage sont calmes. Il est très androgyne et on le prendrait presque pour une femme «Et vous?»
J'ouvre la bouche «Danaël»
R répond à son tour «Rekor» Il se gratta la tête, écartant sa franche noire de devant ses yeux «Ouais c'est un nom bizarre mais c'est mes parents qui ont choisi, pas moi.» il croise les bras. «Ils ont fait un mix de leurs noms: Leika et Regor»
Sanae sourit légèrement «ça a l'mérite d'être original au moins. Et vous êtes là pour quoi?
– Sordide, j'étais un serviteur d'une noble, marié à un petit neveu du roi. J'ai mis sa femme enceinte, alors qu'il était impuissant...vous devinez la suite? Perpétuité au Secret. Et vous?
– J'ai cogné un cousin du prince qui m'avait...» Il sembla réfléchir «...manqué de respect. Et je l'ai insulté. Devant tout le monde.» il eut un rictus «Et quand je dis frapper, je veux dire un coup de genou là où ça fait TRES mal.» il leva les mains au ciel. «Insulte à la famille royale, atteinte à son honneur. Perpétuité au secret.»
Rekor éclata de rire et je souris légèrement, mal à l'aise. Enfermé pour si peu?
Les deux se tournent vers moi «Et toi Danaël?» demande Sanae, haussant un sourcil.
Je déglutis et dis «Je suis accusé d'avoir kidnappé la princesse Jadina. Alors qu'elle ne voulait pas se marier et qu'elle voulait parcourir le monde.
– Alors t'as insulté le prince et le roi l'a mal prit je suppose.
– Perpétuité avec nous alors. Et encore, y a N, lui il a tué un cousin d'un cousin du roi.»
Je me sens stupidement mieux à comprendre que ces deux là ne sont pas des tueurs, qu'ils ont été, comme moi, injustement emprisonnés. Et, regardant Sanae qui semble indifférent à beaucoup de chose...je me demande s'il subit la même chose que moi.
Nuit ?
Douze.
...
J'ai ai assez.
Peut-être que si j'étais plus obéissant, j'aurais moins mal?
Peut-être que je devrais être ce qu'il veut...Un bon garçon...
Non.
NON.
Je ne peux pas me rendre. Je ne suis pas une possession.
Je ne suis pas un jouet.
Je ne veux pas...
Je dois résister.
Je dois résister.
Une larme coule sur ma joue.
Un sanglot me bloque la gorge.
Plutôt mourir qu'être sa chose.
