Chapitre 24: Evolution ou Alcool.

Inspirant profondément, je jetais un dernier coup d'oeil au miroir pour vérifier mon apparence. J'avais opté pour un maquillage légèrement charbonneux, et j'avais remonté les boucles de mes cheveux. Un petit côté sauvage, mais glamour... Juste assez pour savoir que la plupart des hommes allaient me baver dessus

Chassant l'image de ma tête, je me consolais à l'idée qu'avec un peu d'alcool dans le sang, cela me gênerait probablement moins. Et qui savait, je tomberais peut être sur le bon coup de la soirée et alors je ne regretterais absolument pas d'avoir passée autant de temps à me préparer.

-Y allons-nous ? me demanda Hillary

-Nous y allons répondis-je.

Les gardes ouvrirent les portes devant nous pour nous laisser rentrer dans la cage aux lions.

Terminant mon verre d'une traite, je laissais l'alcool me brulait une nouvelle fois la gorge avant de reposer les yeux sur l'énorme bal qui se déroulait sous mes yeux. Les bal de Camelot était toujours mémorable, le roi Uther n'avait pas fait les choses à moitié

J'étais là depuis plus de deux heures et sentais déjà les effets de trop nombreux verres dans mon système. Je ne connaissais pas un dixième des personnes présentes.

Je m'étais libérée d'un boulet qui me parlait depuis déjà 10 minutes et qui devenait de plus en plus supportable sous les effets de l'alcool quand celui-ci s'était éclipsé sentant que je n'étais absolument pas intéressée. J'en avais profité pour aller me fondre au milieu des autres invités. J'avais parlé avec quelques vagues connaissances et étais partie prendre l'air quelques secondes pour me rafraîchir avant de revenir vite fait, morte de froid. Je préférais encore observer cette bande d'inconnus que de m'en remettre aux potions de Gaius. Je m'accoudais contre un mur, attendant un peu pour accepter une invitation à danser et observer avec attention la foule sous mes yeux. A quelques mètres, un beau brun à l'allure d'athlète, coincé en pleine conversation avec une fille au décolleté plus que profond, capta mon regard et me lança un large sourire bien appuyé. J'avais fait une touche. Je lui renvoyais son sourire, amusée. Peut être que quand lui aussi aurait réussi à se débarrasser de son boulet personnel, nous pourrions faire connaissance tranquillement.

« Puis je vous inviter à danser, me murmura un bel inconnu. »

Tranquillement, je tournais les yeux vers Hillary et secouais la tête négativement.

Sentant mon corps presque anesthésié par l'alcool et le sang battant dans mes tempes, je fis demi tour et partie explorer les lieux. Il me fallut plusieurs très longues secondes pour réussir à me frayer un chemin jusqu'au hall d'entrée, commençant à regretter d'avoir opté pour les talons plutôt que la sécurité de chaussures plates. Le sol ne me semblait plus aussi stable qu'à mon arrivée.

« Morgana, Milady, je vous cherchais ! » Le chevalier Valliant que j'avais rencontré plusieurs jours auparavant ne me laissée pas indifférente. Cependant le hic de l'histoire, c'est qu'il était marié à une vipère plus que charmante qui m'avais clairement fait comprendre que si j'approchai un peu trop près, ma vie serai en danger.

« Je voulais juste prendre un peu l'air »

« J'avais peur que vous ne partiez, » me susurra t'il

« Comme ça aurait été dommage! » Ironisa discrètement Jessica la vipère de femme qui venait de nous rejoindre.

Je tournais les yeux vers elle, qui semblait tout sauf ravie alors qu'elle se tenait près de nous. Sa remarque ne m'avait absolument pas échappé. En temps normal, je n'aurais probablement rien dit. Nous étions en public et je n'étais pas du genre à détruire une si bonne ambiance surtout sous les yeux de mon tuteur. Mais après réflexion l'alcool aidait...

« C'est vrai. Vous auriez été alors obligée de consoler votre mari dans un recoin sombre, comme une bonne âme charitable! » Ironisais-je à mon tour. « Je viens de voir votre si charmante amie redescendre il y a cinq minutes à la suite d'un homme tout aussi charmant. Elle vous a surement appris comment faire. Il avait cet air satisfait sur les lèvres qui laissait sous entendre qu'elle lui avait sacrément remonté le moral, si vous voyez ce que je veux dire »

Je vis immédiatement le visage de Jessica devenir rouge vif. Une couleur qui lui allait à merveilles à mon avis. Et j'en étais ravie. J'avais toujours été correcte envers elle, je pouvais bien laisser l'alcool changer un peu ça pour une fois!

« Mesdames… ce n'est peut être pas... » tenta d'intervenir le chevalier en sentant la pression monter.

« Mon seigneur répliquais je », « j'aurai infiniment besoin d'un verre. »

Contenant le bouillonnement qui montait dans mes veines et l'envie furieuse de faire taire Jessica, je me retournais vers lui et forçais un sourire. Il hésita, allant de moi à Jessica avec inquiétude avant d'acquiescer avec hésitation.

Je le regardais s'éloigner avant de replonger mes yeux dans celle de la pétasse qui me faisait face, avec un air qui se voulait menaçant. Oh dieu! Je tremblais!

« Mon mari est peut être aveugle à votre sujet, mais pas moi! Vous avez beau être la pupille du roi, vous n'avez pas le droit de toucher à ce qui est à moi » cracha t-elle avec venin.

« Ah oui ? »

« Vous croyez que vous pouvez débarquer ainsi, comme une fleur et vous conduire comme une … »

« Je crois surtout que vous êtes une femme frustrée, malgré tout ce que vous faites il ne veut plus de vous et j'en suis désolé. Cela rend toujours amère, n'est ce pas? »

Jessica fulminait et mon esprit alcoolisé commençait à se demander si elle n'allait pas finir par me sauter à la gorge. Ou non. Plutôt me tirer les cheveux comme la greluche qu'elle était. Si je voulais la faire pleurer je n'aurais qu'à m'arranger pour qu'elle foute en l'air sa manucure toute fraîche! J'en riais presque.

«Mon mari n'a pas besoin d'une fille comme vous, et il s'en rendra vite n'êtes rien Madame, vous ne serez jamais rien. Je sais maintenant pourquoi votre père vous a abandonné ici. »

Elle me tourna le dos et s'éloigna. Cette fois je ne pus retenir mon rire. Un rire froid, colérique et plein de venin. Cette sale petite garce, pour qui me prenait elle.

Soudain je sentie des yeux qui me transperçais. Arthur. Il avait assister à toute la scène et me regardais les yeux remplis de colère.

Super, voilà que Monsieur à son grain de sel à rajouter . Je n'en pouvais plus, il fallait que je m'éclipse pour hurler ou pleurer. Il fallait juste que je sorte. Je me sentais si seule en cet instant. Aussi seule que je l'avais toujours été.

Enfin dehors, je m'appuyais contre le mur, laissant le froid me sortir de ces pensées lugubres. Je n'avais personne.

« Morgana … »

Cette voix grave me passa dans tout le corps, provoquant un long frisson. C'était lui. C'était définitivement lui. Lentement, je tournais la tête dans sa direction, sentant déjà mon cœur qui s'affolait bêtement. Et quand mes yeux le rencontrèrent, je fus soudainement heureuse d'être adossée à un mur capable de me soutenir. Une nouvelle vague de chaleur me submergea et je dus me forcer à respirer...

J'étais bloquée, incapable de bouger. Je n'avais plus la force de me défendre ce soir. L'alcool me brouillait l'esprit.

« Bonsoir... » reprit-il à voix basse.

« Bonsoir. Tu... Tu ne devrais pas être ici, soufflais-je, essayant de paraître apte à tenir une conversation.

« Si. »

Sans sembler avoir envie de m'en dire plus, il se rapprocha lentement jusqu'à être aussi près de moi que les convenances pouvaient le permettre. L'alcool n'aidant pas, je sentis mon esprit s'embrouiller, ma respiration se raccourcir. Je détestais toujours Arthur, mais à cet instant c'était un tout autre aspect qui m'obsédait. Son regard envoûtant qui me perçait, sa voix profonde, ses lèvres sensuelles, la raison de sa présence.

« Tu ne peux pas t'empêcher de créer des ennuis, n'est ce pas? » me demanda t-il, un sourire se dessinant doucement sur ses lèvres.

« Pourquoi tu es là? » répondis je aussitôt.

« Tu ne m'as pas répondu. » murmura t-il, son souffle venant balayer ma peau, provoquant de nouveaux frissons.

« Toi non plus. »

Arthur ne répondit rien, continuant de me fixer avec cette flamme dansant dans ses yeux qui m'intriguait tant.

« Je ne cherche pas les ennuis. Mais cette femme m'accuse de tous ces crimes, c'est... c'est Jessica. Je n'y peux rien. Elle me sort par les yeux et l'alcool n'aide vraiment pas. J'ai répondu, à ton tour. »

-Je voulais juste savoir si tu allais bien. Je t'ai vu avec ce chevalier et …

La jalousie qui perça dans sa voix me heurta de plein fouet. Comment pouvait il être jaloux? C'était presque le monde à l'envers. En tout cas, moi, j'avais la tête à l'envers.

« Oh... »

« Sérieusement... e chevalier Valliant? » m'interrogea t-il avec incompréhension.

« Je... j'avais envie d'un peu d'action... de m'amuser... et… Pourquoi ça t'intéresse? »

« Tu sais pourquoi. » répondit-il d'une voix rauque ses lèvres tout près des miennes.

« Dis le. »

Un nouveau silence s'installa pendant de longues secondes, me laissant la sensation que l'air se raréfiait de plus en plus.

« Je ne supporte pas que cette larve te touche... Ca me rend dingue. » reprit-il finalement dans un murmure. « Je préférerais m'en moquer, mais rien ne va comme je le voudrais depuis que tu es là... et ce type me sors vraiment par les yeux... »

J'acquiesçais, totalement déconnectée à présent du reste du monde, ne pensant qu'à une seule chose. Arthur. Ses lèvres. L'étourdissement qui m'enveloppait et que j'étais incapable d'attribuer soit à sa présence soit à mon état. Mais je ne voulais pas que ça s'arrête tout de suite. Et j'avais la vague sensation que ses pensées allaient dans la même direction que les miennes, son regard allant de mes yeux à ma bouche avec de plus en plus d'assistance. L'attente devenait une douce torture qu'il me tardait de faire cesser.

Inconsciemment, je rapprochais mon visage du sien pour clore la distance et obtenir ce que je voulais à tout prix à cet instant.

Je restais suspendue à ses lèvres. Lentement, les lèvres du prince se mirent à bouger contre les miennes, les effleurant d'abord délicatement, avec prudence, en apprenant les contours. Et je ne bougeais pas. Comme la jeune fille bien sage que je n'étais pas. Je le laissais faire, noyée dans cette vague de chaleur et le bourdonnement de mon esprit. Peu à peu, son baiser se fit moins lent, plus assuré. Ses mains se firent moins pressentes sur mon visage et ses doigts caressèrent mes joues en feu. J'entrouvris les lèvres de plaisir et le soupir qui s'en échappa se perdit entre celles d'Arthur. Si je n'avais pas été si privée de tout mes moyens à cet instant, j'aurai détesté ça. Etre si... tellement à sa merci... et aimer cela. Je n'aurais pas dû boire. Pas autant, probablement. Mais à quoi bon? Ce n'était pas comme si je subissais la pire torture. Sa bouche quittant mes lèvres pour venir en embrasser les contours était vraiment loin de l'être.

Quand plus rien ne se passa, je rouvris les yeux lentement et me retrouvait happée par les siens. Il tenait toujours mon visage entre ses mains et sa bouche entrouverte semblait retenir tant bien que mal une respiration fragile.

Il n'y avait que la sensation du baiser qu'il m'avait donné plus tôt qui tournait en boucle dans ma tête faisant monter une nouvelle vague de chaleur dans mon corps bien plus agressive.

« Ta peau avait gardé l'odeur de cet homme ... Il fallait que je la fasse disparaître... »

Oh, ce que j'aurais détesté en temps normal cette pointe de possession dans sa voix. J'avais toujours refusé qu'on me considère comme une chose qu'on possède, un trophée personnel que personne ne pouvait toucher. J'aimais ma liberté et mon libre arbitre. Mais bon sang! Dans sa bouche à cet instant, c'était la chose la plus sexy que j'ai jamais pu entendre. Ce fut la dernière décharge électrique nécessaire à faire sortir mon corps de son état de végétation. En un mouvement, j'avais recollé brusquement ma bouche contre la sienne. Il eut un mouvement de recul, son corps se tendant soudainement comme sous l'effet d'une agression mais relâcha prise presque aussitôt pour répondre avec fièvre à mon attaque. Ses mains puissantes passèrent dans mon dos en un instant et me collèrent contre lui définitivement, les miennes s'étaient enfin perdues dans ses cheveux en bataille. Ils auraient enfin une bonne raison d'être décoiffés. Oublier, tout oublier. Il n'y avait que nos bouches luttant l'une contre l'autre avec envie. Je n'avais même plus la sensation de respirer. Je n'étais pas certaine de le faire encore en fait.

« Respires, Morgana. » me murmura t-il avec sensualité.

Je n'avais pas réalisé à quel point cette action m'était vitale avant qu'il ne me le dise. Je repris alors une longue inspiration, sentant ma tête tourner un peu et m'obligeant à fermer de nouveau les yeux.

« L'alcool... » lâchais-je comme seule explication.

J'entendis sonner dans mes oreilles le rire mélodieux du prince et me renfrognais. Je n'appréciais jamais qu'on se moque de moi quand j'étais ivre! Je lui lançais alors mon regard le plus assassin, ajoutant à son amusement.

« Crétin! »

« Ah, voilà le retour des insultes! Ca commençait presque à me manquer! » répondit-il avec humour.

« Je préférais quand tu te taisais. »

« Je préférais ma vie quand tu n'en faisais pas partie. Le monde est mal fait. »

N'appréciant que moyennement la nouvelle tournure des choses, je tentais de m'écarter tout en répliquant avec venin à sa dernière remarque.

« Tu n'es qu'un... »

Arthur ne me laissa pas poursuivre, reposant ses lèvres sur les miennes en un instant, m'imposant le silence et m'empêchant du même coup de fuir. Et en une seconde, j'oubliais de nouveau que j'avais été prête à le planter au milieu de cette soirée pour me barrer vers d'autres horizons plus sympathiques. Il n'y avait de nouveau plus que ce désir brûlant et ce baiser qui me faisait tourner la tête. Quoi que... c'était peut être encore l'alcool. Je ne saurais jamais vraiment...

« Je te ramène dans tes appartements? » murmura t-il contre mes lèvres.

« hum hum... » acquiesçais je vaguement, totalement obsédée par sa bouche.

« Allons y alors. »

Sans attendre, il attrapa ma main et m'entraîna à sa suite. Je n'avais qu'une chose en tête. Arthur et moi. Mon appartement. Seuls. Et le reste de la nuit devant nous...