Hello, amis lecteurs ! Encore un tout grand merci à tous ceux qui ont laissé des reviews et je vous souhaite à tous de très joyeuses fêtes ! Gros bisous !

Zoro et Sanji se fixaient, les yeux dans les yeux. Les yeux noirs ne cillaient pas, remplis de détermination. Les yeux bleus, surpris dans un premier temps, brillaient à présent d'indignation. Zoro avait remarqué très tôt que les yeux de Sanji étaient éminemment expressifs, et que leur couleur variait au gré de ses humeurs. Ils pouvaient être bleu-gris comme une mer en tempête, bleu azur comme un lagon ensoleillé, bleu-vert comme une lueur d'espoir… Ils étaient aussi changeants que l'océan, et si Zoro se plongeait trop longtemps dans ce regard, il avait bientôt l'impression de s'y perdre. C'est pourquoi, lorsque Sanji cligna enfin des yeux, cela fit au sabreur l'effet d'une bouffée d'air après de longues minutes en apnée.

- Non, dit le blond.

- Je ne te demande pas ton avis, Sourcils-en-vrille, grogna Zoro, la serviette toujours posée sur l'avant-bras. Tu es chez moi ici, et tu vas prendre un bain. Point.

- Non, répéta l'entêté en croisant les bras sur la poitrine.

- Comment ça, « non » ?! Tu vois bien que tes cheveux sont dégueulasses, tout de même ? Et tes ongles ? Tu tiens tant que ça à être crade ? Ce n'est pas comme ça que tu vas séduire tes précieuses demoiselles, tu sais…

- Mes cheveux sont sales, j'en conviens, admit Sanji en haussant les épaules. Et je suis tout à fait disposé à les laver et à les brosser, de même que mes mains. Mais je ne vois pas l'utilité de prendre un bain pour autant. Ne puis-je pas simplement me mouiller la teste ?

- Arg ! Tu crois que ça m'amuse ? C'est Chopper qui veut que tu prennes un bain, pour des raisons médicales ! Et tu as bien vu que la médecine d'aujourd'hui est plus avancée que celle que tu connais, hein ? Pas de saignées, pas de lavements… Tu ne veux pas lui faire confiance, un peu, mmh ?

- Je ne suis pas si malade qu'un bain soit nécessaire, s'obstina Sanji. Et je vous demande pardon, mais votre jeune ami médecin m'a pris du sang (malgré vos promesses du contraire) et m'a mis à la diète – jusqu'ici, rien de bien différent que ce qui se pratiquait à mon époque. Bien que, je le reconnais, son emploi d'une seringue fût plus rapide et moins douloureux qu'avec nos lancettes et nos ventouses. D'ailleurs, est-ce bien normal qu'il en ait pris aussi peu ? Je croyais qu'il falloit au moins une vingtaine d'onces pour équilibrer les humeurs…

Zoro avait envie de s'arracher les cheveux.

- Mais enfin, c'est quoi ton problème avec les bains, au juste ?!

- Chacun sait que l'eau chaude ouvre les pores de la peau et permet aux maladies d'y pénétrer plus facilement. De ma vie, je ne me suis lavé le corps, et je n'ai jamais été malade – c'est bien la preuve qu'une fine couche de crasse protège la peau ! se justifia Sanji.

Zoro se sentit soudain très découragé. Comment faire comprendre à cette tête de mule que tout ce qu'il avait toujours cru jusqu'ici n'était qu'un ramassis de sottises ? Il n'allait tout de même pas le traîner dans la salle de bain et le déshabiller lui-même, tout de même ?!

La sonnerie de son téléphone lui épargna, heureusement, les pensées lubriques qui menaçaient de s'infiltrer dans son esprit à l'idée de devoir déshabiller le blondinet.

- Allô ? éructa-t-il, à la fois frustré et soulagé de l'interruption.

- Allô, Zoro ? fit la voix de Robin à l'autre bout du fil.

Zoro l'aurait bien embrassée, si elle avait été devant lui.

- Robin ! Tu tombes à pic ! Chopper veut que Sanji prenne un bain, mais cet imbécile s'y refuse catégoriquement ! T'aurais pas une idée ?

Le rire amusé de l'archéologue retentit dans le combiné.

- Ah, le bain… Un sujet délicat, n'est-ce pas ? Au XVIème et au XVIIème siècle, les gens pensaient que la peste et la syphilis se transmettaient par l'eau. La réticence de notre ami Sanji ne m'étonne pas vraiment. Mais Chopper est passé, donc ? Qu'a-t-il dit ?

- Eh bien, le corps de Sanji doit encore réapprendre à fonctionner normalement, mais ça va se mettre en place petit à petit, répondit Zoro en jetant un regard vers le blond, qui l'observait justement d'un air fasciné. Et toi ? Ça a été pour expliquer la disparition du corps ?

- Oh, mes hommes n'ont eu aucun mal à croire que le corps avait été carbonisé dans le court-circuit du scanner. Après tout, les traces de brûlure sur l'appareil, et le fait que celui-ci soit hors service, corroboraient mes dires, raisonna Robin avec un sourire dans la voix.

- Et ça va, ils ne sont pas trop déçus ?

- Zoro, Zoro, n'as-tu donc rien retenu du métier d'archéologue ? se moqua gentiment la brune. Nous n'avons peut-être plus de corps, mais nous avions pris le soin d'enregistrer notre trouvaille dans ses moindres détails, et nous avons toujours toutes les photos, les croquis et les fiches descriptives. Sans compter que nous avons toujours les bottes en cuir et la sacoche en notre possession, avec à l'intérieur une très belle Bible qui fera le bonheur d'un musée une fois restaurée. Crois-moi, ce n'est pas parce que le corps a supposément été détruit que notre découverte est perdue pour la postérité !

- Ah bon… Tant mieux, alors… fit Zoro que tout cela dépassait un peu. Et du coup, pour le bain, je fais quoi ?

- Peut-être pourrais-tu me passer Sanji, pour que je lui parle directement ?

Zoro jeta un autre regard au blond, et se hérissa en le voyant observer avec curiosité le cadre où Koshiro, Kuina et lui apparaissaient, et qui devait remonter à ses huit ans. Koshiro souriait à l'objectif, les mains posées sur les épaules de ses deux enfants, tandis que Zoro grimaçait un sourire crispé, et que sa grande sœur le pinçait subrepticement.

- Hey, ducon ! Robin veut te parler ! héla le champion de kendo, pressé de détourner l'attention de Sanji de cette photo.

- Robin ? répéta le blond avec un sourire ravi. Et… je suis sensé m'adresser à elle par le biais de cette petite boîte, c'est bien cela ?

- Exactement. Si tu parles normalement dans le téléphone, Robin t'entendra comme si tu étais à côté d'elle. Donc pas la peine de gueuler, OK ? précisa Zoro.

Sanji hocha la tête avec vigueur et tendit la main vers l'appareil, l'air aussi excité qu'un jeune chiot. Zoro dut réprimer un sourire en le lui donnant. Non, non et non ! Sanji n'était PAS adorable ! Il devait arrêter de penser ça !

- Robin, ma douce ! roucoula le blondinet en tenant le téléphone devant sa bouche. Quelle bonté de vous enquérir de ma santé ! J'espère que de votre côté, vous n'avez pas eu trop d'ennuis par ma faute ?

Il attendit ensuite la réponse en ouvrant de grands yeux, et Zoro se permit d'intervenir.

- Tu n'entendras rien si tu ne colles pas le téléphone à ton oreille, Sourcils-en-vrille, soupira-t-il.

- Ah, bon ! Merci, bredouilla Sanji en rougissant légèrement.

Zoro poussa un juron à voix basse et quitta le salon précipitamment, estimant que c'était plus sûr pour sa santé mentale. Si Sanji continuait à se comporter de manière aussi mignonne, il allait finir par craquer, et personne ne voulait ça ! Le sabreur s'enferma dans sa salle d'entraînement en claquant la porte derrière lui, et se jeta sur les haltères à corps perdu, impatient de chasser ces pensées intempestives à l'aide d'un exercice physique répétitif. Voooilà. Parfait. C'était exactement ce qu'il lui fallait. Zoro se détendit dès qu'il sentit les muscles de ses bras brûler délicieusement, et son esprit troublé passer en pilotage automatique. 40, 41, 42… 48, 49, 50…

- Ohé, teste de laitue ! l'appela soudain Sanji à travers la porte. Sors donc de là ! Je suis prêt à le prendre, ton bain !

Zoro haussa un sourcil et reposa son haltère au sol avant d'aller ouvrir la porte.

- Ah oui ? demanda-t-il avec un sourire en coin. On n'a pas su dire non à Robin, hein, Love-Cook ?

- Love-Couque ? Encore une insulte dont j'ignore la signification, j'imagine ? souffla le blond, agacé. Plutôt que de te gausser, preste-moi donc une chemise, que je puisse enfin me baigner et en finir une fois pour toutes avec cette demande ridicule !

- Une chemise ? Pourquoi tu veux une chemise ? s'étonna Zoro.

- Eh bien, je ne vais tout de même pas me baigner avec ces nippes sur le dos ! répondit Sanji en désignant d'un geste son T-shirt et son pantalon de jogging trop grands.

- Non, en effet… articula lentement Zoro, tout en essayant de comprendre (en vain) la logique de son interlocuteur. Donc, tu voudrais une chemise pour pouvoir te baigner avec ? C'est ça ?

- Cela me semble l'évidence même, confirma Sanji, de plus en plus irrité.

- Mais… Tu sais que pour prendre un bain, et pour se savonner le corps, c'est plus pratique de se déshabiller ? Genre, complètement ?

Sanji blêmit à ces mots. Lui qui était déjà pâle en temps normal… Zoro se demandait vraiment quel degré de blancheur la peau du blond pouvait atteindre. C'était assez fascinant à regarder.

- T-tu veux dire qu'il faut se mettre nu ?! glapit-il, l'air scandalisé. M-mais c'est immoral ! Quel genre de chrétiens êtes-vous, pour oser de la sorte encourir le courroux du Seigneur ?

- Bon, alors, déjà, je ne suis pas chrétien, déclara Zoro, qui commençait sérieusement à en avoir marre de ces bondieuseries. Et puis, si Dieu trouvait ça si immoral de nous voir à poil, on naîtrait tous habillés ! Alors arrête un peu de minauder, et va prendre ce foutu bain !

- Pas chrétien ?! répéta Sanji, dont les yeux paraissaient sur le point de lui sortir du crâne. M-mais qu'es-tu donc ? Un de ces mahométans hérétiques, peut-être ?

- Mais non, soupira le sabreur. Je suis un athée, si tu veux tout savoir. Mais là, on s'éloigne un peu du sujet, tu ne crois pas ? Si on reparlait plutôt de ton bain ?

- Dieu nous faire naître nus afin de nous rappeler le péché originel, affirma Sanji, les lèvres pincées. Se complaire dans cet état de nature, ce serait comme refuser d'expier nos fautes ! Tu te moques peut-être des flammes de l'Enfer, mais ce n'est point mon cas, et je refuse de me livrer à une telle indécence ! Je suis un bon chrétien !

- Bon. Tu l'auras voulu.

Zoro attrapa Sanji par la taille, et le jeta à nouveau sur son épaule, malgré les cris et les protestations du blond. Le sabreur remarqua que son captif avait tout de même plus d'énergie que ce matin, quand il l'avait porté de cette façon jusqu'à l'auberge. Tant mieux, cela voulait dire qu'il reprenait peu à peu des forces. Mais cela voulait aussi dire qu'il serait plus difficile de le maîtriser.

A peine arrivés dans la salle de bain, Zoro jeta Sanji dans la baignoire, et se dépêcha d'aller fermer la porte à double tour. Il hésita un instant, la clé en main, mais en voyant du coin de l'œil Sanji enjamber le rebord en porcelaine pour se précipiter sur lui, il fourra la pièce de métal dans son caleçon, certain que la pudibonderie du blond l'empêcherait d'aller la chercher là-bas. Et, de fait, celui-ci se figea en pleine action, la bouche ouverte, tandis que son visage s'empourprait violemment.

- A nous deux, maintenant, gronda Zoro avec un sourire carnassier.

~~oOo~~

Zoro s'effondra dans son canapé, complètement épuisé. Le blond ne s'était pas laissé faire un seul instant, se tortillant avec une souplesse quasi inhumaine, donnant des coups de pied, des coups de coude et mordant la moindre parcelle de peau qui se trouvait à sa portée, et laissant au sabreur une bonne quantité de bleus et d'égratignures en guise de trophée. Finalement, il avait réussi à le plaquer contre le mur de la baignoire, et avait dû utiliser son propre corps pour l'immobiliser tandis qu'il faisait couler la douche au-dessus de leurs têtes. Sanji avait beaucoup crié, pendant que Zoro réduisait son T-shirt en charpie et lui baissait son pantalon sans ménagement, et le kendoka s'était un instant demandé si ses voisins n'allaient pas s'inquiéter du vacarme, et appeler la police – mais ce ne fut pas le cas, heureusement.

Il avait gardé Sanji collé contre le mur en lui tordant le bras derrière le dos, tandis qu'il cherchait à tâtons le shampooing derrière lui et qu'il tentait d'ignorer le fait que le blondinet se tortillait à présent contre lui, nu comme un ver à l'exception du pantalon qui lui entravait les chevilles. Il en avait ensuite fait gicler une bonne quantité directement sur la tête de sa victime, avant de le shampouiner avec rage, se vengeant ainsi en partie de la manière dont cette situation l'affectait malgré lui. Heureusement, bien que Zoro ait lui aussi été complètement trempé, il portait un boxer bien serrant et un jeans épais, et (avec un peu de chance) cela avait suffi pour que Sanji ne se rende pas compte de son émoi. Evitant les coups de pied que ce dernier donnait vers l'arrière, le sabreur avait répété l'opération avec le gel douche, savonnant le haut du corps de son prisonnier avec ardeur (et évitant du mieux qu'il pouvait sa blessure sous l'omoplate) avant de s'écarter enfin.

- Je te laisse faire le reste, Sourcils-en-vrille, avait-il annoncé en sortant de la baignoire. Ne m'oblige pas à vérifier si c'est bien propre là en dessous, d'accord ?

Un Sanji complètement écarlate et pantelant lui avait jeté un regard noir avant de lui lancer le gel douche à la tête, et Zoro était sorti de la salle de bain en riant, avant d'aller se changer pour la deuxième fois de la journée, et de déposer des fringues propres devant la porte pour le blondinet.

A présent, affalé dans son canapé, le sabreur se prit les cheveux à pleines mains et poussa un gémissement de frustration en sentant une certaine partie de son anatomie se réveiller à nouveau, simplement en repensant au corps pâle et ruisselant de Sanji dans la baignoire. Super, vraiment génial ! Comme si ce mec n'avait pas suffisamment fait comprendre à Zoro que c'était un « bon chrétien », qui respectait à la lettre les prescriptions de la Bible ! Le champion de kendo soupira et s'obligea à penser à des choses désagréables (Franky et Usopp en string léopard, en train de lui faire un lap-dance) pour chasser son érection naissante aussi vite qu'elle était venue. Voilà. En espérant qu'il n'avait pas tué sa libido de façon définitive, au passage.

Le bruit que fit la porte de la salle de bain en s'ouvrant lui fit tourner la tête, et Zoro faillit s'étouffer en voyant Sanji apparaître, l'air presque penaud, les joues rosées, et flottant totalement dans les fringues trop grandes que le kendoka lui avait passées. Le blond, dont les cheveux propres brillaient à présent tel un halo doré autour de sa tête, tirait avec nervosité sur les manches trop longues de son pull, et son col trop large laissait apparaître la naissance de son épaule ronde et blanche. Zoro se mit debout d'un bond et courut à la cuisine pour s'asperger le visage d'eau (Franky et Usopp en string, VITE !), bientôt suivi par l'objet de ses fantasmes.

- Eh, teste de gazon ! Tout va bien ? Tu ne t'estimais pas encore assez propre ? se moqua le blond depuis l'embrasure de la porte.

Zoro se redressa et considéra longuement l'allure de son interlocuteur, tout en s'épongeant le visage avec une serviette de cuisine. Il portait un vieux pull à capuche qui avait déteint à la lessive, et dont des traînées rosâtres ornaient désormais le bas, et un bermuda qui était devenu trop petit pour le sabreur. Voir le blondinet porter des vêtements qui lui avaient un jour appartenu constituait une expérience quasiment érotique, et le champion de kendoka ferma les yeux en se pinçant l'arête du nez, redoutant un saignement intempestif.

- Bon. Demain, il va falloir qu'on t'achète des fringues, soupira-t-il.