Merci beaucoup à Rukie-chan et à MyHeartPrincesa de prendre la peine de commenter chaque chapitre, ça fait vraiment plaisir ! =)

Bon, les révélations continuent, je n'en dirais pas vraiment plus ... ^^

Bonne lecture à tout le monde ! =D


Dastan resta en suspend à l'annonce des derniers mots d'Aliss. « Toi, Dastan. » Les dizaines de quelques qu'il avait prévu de lui poser moururent sur ses lèvres, et il se contenta de fixer les deux grands yeux bleus, de chercher à y décerner l'ombre d'un mensonge. Ses paroles n'étaient qu'une ruse, un subterfuge pour avoir sur lui une quelconque autorité. Elle mentait clairement, elle voulait juste chercher à s'évader d'Alamut et avait su trouver les bonnes informations et les bonnes ruses au bon moment. Malgré la force qu'il mit pour s'y convaincre, Dastan ne pu se résoudre à croire qu'elle mentait. Il lâcha un imperceptible soupire. Depuis les évènements passés, la mort de Nizam, le cataclysme qui aurait pu se produire si il n'avait refermé ce fichu poignard, ses idées s'embrouillaient. Il passait son temps à se remettre en question. L'échéance de son mariage lui avait un tant soit peu changé les idées. Mais maintenant qu'il savait que tout était tombé à l'eau, maintenant qu'il avait lui-même scellé son destin, le moindre de ses gestes lui semblait être une erreur. Les regrets le hantaient. Une violente paranoïa s'emparait sans cesse de lui.

Et puis il y avait cette fille, avec ses yeux si intenses qu'ils semblaient refléter une partie de son âme. L'instinct de Dastan, sa morale de prince lui criait de la tuer, de retourner à Alamut et d'inventer une excuse : des menaces, n'importe quoi. Mais c'était plus fort que lui, il voulait en savoir plus. Elle lui cachait quelque chose. Elle détenait des informations précieuses dont il avait besoin. Il en était intimement persuadé. Lentement, il redressa la tête et la dévisagea, détaillant ses cheveux blonds collés à sa peau part la chaleur, ses grands yeux bleus qui l'observaient avec un sérieux qui ne démentait pas ses propos. Un instant, un long frisson lui parcouru le dos, et il ne sut définir s'il s'agissait là d'effroi ou de surprise. A son tour, il tendit un bras hésitant vers la gourde et la finie d'une traite, avalant jusqu'à la dernière goutte du liquide tiède. Mais sa gorge resta sèche. Il lâcha une toux rauque qui brisa le silence qui était tombé entre eux et se racla la gorge avant d'oser à nouveau ouvrir la bouche.

« -Pourquoi ?

-Parceque nous avons besoin de toi à Irnas.

-Irnas ?

-La plus importante ville de l'Andorinmar. Là où siège le grand conseiller et ses adjoints.

-Quoi ?

-Le grand conseiller et ses adjoints veillent sur le bon fonctionnement du commerce dans notre contrée. Ils réglementent tout, en quelques sortes.

-Pas de roi ?

-Plus maintenant. Il est mort assassiné il y a de cela quelques semaines. Un complot monté. Par on-ne-sait qui. C'est pour ça que nous avons besoin de toi.

-Moi ? Mais qu'ai-je donc à voir avec tout ça ? Je ne connais ni ta langue, ni ton pays. Garsiv est bien meilleur guerrier que moi, et Tus possède plus de charisme. Alors je … »

Un étrange sourire énigmatique s'étala sur le visage d'Aliss tout au long des propos de Dastan. Qui furent stoppés nets par une flèche qui attérit entre les deux jeunes gens, coupant court à la conversation. D'un bond, le prince de Perse fut sur pieds et observa les environs, scrutant la moindre dune de sable. Un râle de mécontentement s'échappa de sa gorge. Il jeta un bref coup d'œil à Aliss. Son visage était crispé, reflétant la concentration dont elle faisait preuve. La jeune femme était aux aguets, prête à bondir sur le moindre ennemi qui s'approcherait. Durant de longues secondes, le vent leur répondit en écho avant qu'une seconde flèche ne pleuve. Aliss l'esquiva par un coup de chance, et chancela de l'autre coté, laissant le troisième projectile ne rencontrer que du sable. Elle fronça les sourcils, serrant ses poings. Alors qu'elle balayait à son tour l'horizon, son regard s'arrêta sur la furtive apparition d'une tête. Elle indiqua silencieusement à Dastan l'emplacement de leurs ennemis. Celui-ci lui répondit par un vague hochement de tête. Lui aussi l'avait repéré. Mais ils étaient pris en étau. S'enfuir à cheval était signer leur arrêt de mort contre des archers, et …

Sa réflexion profonde fut interrompue par un sonore hennissement. Dans un sursaut, il se retourna vivement pour apercevoir son cheval se cabrer, Aliss sur son dos.

« -Mais tu es folle ? »

Lui hurla-t-il en tentant vainement de calmer sa monture par de grands gestes. Cependant, ses tentatives restèrent vaines, et dans un léger :

« - C'est rester là, impuissant qui est de la folie… »

Elle partit au galop. Remarquant très justement qu'ils étaient repérés et assillis, les deux soldats perses allongés à même le sable et armés de leur arc abandonnèrent la discrétion pour une méthode plus radicale. Mais Aliss zigzaguait entre les flèches avec une aisance surprenante. Elle les auraient certainement atteints en quelques dizaines de secondes si ils n'avaient pas été deux et armés de flèches. Son cheval s'effondra au deux tiers du chemin, et la frêle silhouette roula au sol, disparaissant aux yeux de tous dans un nuage de poussière.

Dastan hurla un juron en s'élançant à son tour à l'assaut des deux gardes, qui plissaient les yeux pour tenter d'apercevoir dans le sable la silhouette qui avait chu du cheval. Mais lorsque le nuage scintillant s'effaça, ils ne purent que constater le presque cadavre d'un cheval blessé qui hennissait de douleur affalé sur le sable. Leur cible avait disparu, comme évaporée dans les milliers de grains de sable. Alors seulement, l'un d'eux daigna se soucier du prince Dastan. Mais celui-ci aussi était hors de vue. L'un des deux gardes pesta se retournant vers son collègue. Celui-ci affichait un air contrarié. Et lorsqu'il ouvrit la bouche pour protester quant à la disparition de leurs cibles, ses paroles s'étouffèrent dans sa gorge et seul un son sourd et guttural parvint à l'autre. Une fraction de secondes se passa avant que le garde ne s'effondre, une épée fermement plantée dans le dos. Lorsqu'il fit face à la fine silhouette d'Aliss qui se dressait devant lui, fière et déterminée, le survivant eut un hoquet de surprise. Un long frisson remonta lentement son dos, faisant dévaler sur celui-ci de multiples gouttes de sueur que la peur lui avaient arrachées. Ses yeux apeurés croisèrent le regard neutre et semblant dénué de sentiments de la jeune femme qui lui faisait face, et le pauvre garde s'en trouva désarmé l'espace de quelques secondes. Mais rapidement, l'instinct combatif repris le dessus, et il grommela mollement :

« -Mieux vaut mourir dans l'honneur que dans la lâcheté. »

Sa remarqua arracha un haussement de sourcils surpris à Aliss, qui lâcha avec dédain :

« -Ce sont là de bien belles paroles. Si tu n'étais pas sur le point de tenter de me tuer et d'y risquer ta vie, je t'aurais certainement épargné. Mais la situation est grave mon ami ! »

Conclut-elle en se cambrant pour éviter le coup d'arc que tenta de lui asséner le soldat, profitant de son bref moment flottement où elle parut ne pas être sur ses gardes. Il jura en brassant l'air et en décrivant de grands mouvements pour la garder à distance. Ignorant si ce qui le poussait était la peur ou l'honneur, le pauvre homme s'élançant désespérément à l'assaut de la jeune femme dans un cri déterminé. Celle-ci fut cueillie à l'épaule et chancela, mais se rattrapa de justesse sur son poignet et, donnant de celui-ci une brève impulsion, se précipita sur son attaquant, passant fluidement derrière celui-ci. Il ne sentit même pas le coup sec qu'elle lui asséna dans la nuque et s'effondra, sans vie, au sol.

Lorsque Dastan arriva aux cotés de la fugitive, il ne put que constater les deux cadavres qui gisaient au sol. Il jeta un regard neutre à la jeune femme qui, les yeux perdus dans le vide, laissait le vent brûlant du désert jouer avec les longues mèches blondes qui barraient son visage. Elle mit quelques secondes à relever les yeux vers le prince de Perse qui la dévisageait, grave. Dans un hochement de tête, elle ramassa les deux arcs à ses pieds, et en tendit un à Dastan. Celui-ci hésita un instant avant de l'empoigner et de le passer autour de ses épaules. Devinant sans peine le fil de ses pensées, Aliss lui lâcha avec un détachement qui surprit le prince de Perse :

« -Tu as scellé ton destin à l'instant même où tu as passé les portes d'Alamut ce matin. Maintenant assume les conséquences. Tu voulais savoir pour j'avais besoin de toi et non de tes frères ? Suis-moi et je te montrerais. »

Sur ces mots, elle tourna les talons et, attrapant au passage un immense carquois qu'elle attacha à la scelle d'un des deux chevaux des gardes, enfourcha celui-ci. Lorsqu'elle se retourna vers Dastan, il n'avait pas bougé d'un pouce. Les yeux rivés vers l'horizon, là où se trouvait Alamut, il semblait ailleurs. Le discret raclement de gorge d'Aliss le ramena sur terre, et il tourna à son tour les talons pour venir détacher le second équidé attaché près du premier par une corde et un pieu. Il enfourcha rapidement celui-ci, et, e tourna finalement vers la prisonnière qui lui faisait à présent office de compagnon de fuite, demanda :

« -Et où va-t-on ?

-En Andorinmar. »

Conclut-elle en faisant se cabrer son cheval pour prendre la direction du Nord.