7 janvier
Tôt, le matin.

Ca y est, je suis rentré à la Maison! Je suis allé faire un câlin à Aphrodite. Le Crabe est rentré, mais Milo cherche encore la sienne. Au palais, on m'a hypocritement félicité pour la réussite de ma mission. Ils me font marrer. Faut bien que y'ait quelqu'un qui les débarrasse des irréductibles.

Chez moi, y'avait six nouvelles têtes. La fille à côté de son patron. La pauvre. Toute ma vie à se faire peloter par ce gros porc sans plus rien avoir en échange. Et mes quatre gorilles en lunettes noires se sont mis en losanges, ça fait une jolie figure.
Je me souviens de la fois où Mu, je ne sais plus pourquoi, était venu ici. Il m'avait demandé pourquoi les masques. Parce qu'ils sont ce que je suis. On ne choisit pas un destin, mais on l'assume. Je suis un assassin, je le resterais, ils sont là pour que je n'oublie pas, jamais.

Il faut que je dorme. Et il me faut un cappuccino!

**********
8 janvier
fin d'après midi.

Whaouhou! J'en suis encore tout retourné. J'avais décidé de passer l'après midi aux thermes. Comme au bon vieux temps. Oui, paske, ça fait pas si longtemps qu'on a les sanitaires dans les maisons. Avant, on avait tout le confort sur le palier. Quand je dis, "le palier", c'est le treizième. Les thermes des Gold du palais, quoi. On se retrouvaient à la douche commune,
comme à l'armée. Sauf que les douches sont pas dans les chambrées. Le Sanctuaire, c'est un peu un camping qu'aurait été conçu par un architecte militaire. Tout est loin de tout, et réciproquement. Combien de fois un chevalier a traversé tout le domaine en serviette parce qu'un imbécile lui avait piqué ses vêtements...
Mais le pire, c'était les vestiaires des thermes. Chacun son portemanteau orné d'une étiquette avec ton signe et ton nom en cursive maternelle. Au début, on y allait plus ou moins tous ensemble, mais y'en a qu'étaient gênés. Y'en a d'autres qui s'y sentaient comme des poissons dans l'eau. Je me souviendrai toujours du jour ou Aphrodite a traversé les thermes
entièrement nu pour venir s'asseoir à côté de moi. Il s'est étiré, a passé la main dans ses cheveux et il a dit "J'adore les bains, c'est tellement relaxant" Ah, bah, oui. Vachement. Nous autres, on était plutôt tendus. Voire même carrément raides.

Bref, on a commencé à instaurer des horaires.
Avec deux heures chacun, au début, de suite, c'était assez peu pratique. Après c'était une heure diurne, une heure nocturne. Celui qui râlait, c'était celui qui avait 15 h/ 3h du mat. Forcément. Et bizarrement, c'était toujours les mêmes.
Mais, le gros problème, ce qui a fait bouger les choses, c'était les toilettes. On était obligé de remonter le Sanctuaire à chaque fois. C'est Aldé qu'a gueulé. Il en avait assez de se taper toutes les marches son rouleau de PQ à la main. Mu, lui, il se télé portait. Comme Shaka. Donc, quand y'avait un chiotte vide fermé de l'intérieur, c'est qu'ils s'étaient taillés sans penser à rouvrir la porte. Et c'est là qu'on voyait ceux qui avaient été élevés par des chevaliers femmes. Bien dressés, ils rabaissaient toujours la lunette. Et puis, aux heures de pointe, on se ramenait tous avec notre BD.
Enfin, quand je dis remonter le Sanctuaire, faut pas croire qu'on passait tous par les Maisons des autres. Ca fait des siècles qu'il y a des chemins qui les contournent. Ils sont cons, ces Bronzes. Remarque, comme le dit Lionel, ils avaient qu'à prendre le Palais par derrière, ils auraient été nettement moins emmerdés.
Bref, y'a eu un ras-le-bol, pétitions, protestations, et, depuis, on a tous un sanibroyeur et une douche, Athéna soit louée. Il n'y a qu'Aphrodite qui continue d'utiliser systématiquement les thermes. Il a installé des néons dans sa douche, il y met ses bébé-plantes. Pas que des roses. Paske, les roses, à fumer...On a essayé, une fois. Très flou, comme souvenir.
Enfin, bon, aujourd'hui, j'avais envie d'aller aux thermes. En fait, les thermes des Gold, c'est une espèce de piscine couverte en faïence avec des mosaïques, type mozarabe, où se jette une source chauffée, qui coule en permanence. Il y a trois jets, un craché par une tête de dragon, un par un lion, et un par un dauphin. Donc, je me suis installé sous le dragon, comme
d'habitude. Et pendant un laps de temps assez long, j'étais *bien*. L'eau à bonne température me coulait sur la nuque, j'avais le bout des doigts qui commençaient à friper. Le cosmos, la tension et le stress niveau zéro avec mon canard en plastique et ma tortue qui se remplit d'eau. Bref, j'étais le téléphérique au milieu du cul du stylo.
Et ce fut comme une apparition. D'ailleurs, ce fut une apparition. Il s'est matérialisé sur le bord, juste en face de moi. J'étais tellement inexistant qu'il ne m'a même pas repéré. Il a détaché la ceinture qu'il avait autour de la taille et a fait glisser son kimono le long de ses bras. Il a testé la chaleur de l'eau du bout du pied, ramené ses longs cheveux mauves en un
chignon retenu par un peigne et il est entré dans l'eau. Il s'est tout de suite dirigé vers le système de réglage des jets et a augmenté la pression du Lion. Ce qui a eu pour effet évident de couper l'eau du dragon et du dauphin. Ensuite, il s'est accroché aux oreilles du Lion et s'est hissé pour se mettre juste sous le jet. La pression devait être assez forte, et l'eau moussait contre son torse, passait par dessus ses épaules, ruisselait sur ses reins et sur ses jambes. J'avoue que la vision de Mu cambré de cette manière sous le jet, nu, mouillé, dans la lumière du soleil qui passait par les vitraux en un putain d'effet shojo, ça m'a fait comme qui dirait tout
bizarre. D'ailleurs ça m'étonne que l'onde de choc de mes battements de coeur ne se soit pas répercutés jusque dans la mer. Ni que le niveau d'eau n'ait pas augmenté vu que le volume d'une certaine partie de mon anatomie forcissait indubitablement. A bout d'un moment, mes neurones se sont reconnectés. Le fil bleu, sur le bouton bleu, le fil rouge, sur le bouton rouge. Qui dit effort cérébral, dit appel au cosmos. Surtout pour un effort de cette ampleur. Il m'a senti et a tout lâché. J'ai pas pu m'empêcher de lui dire

"Quand t'auras fini de jouer, tu me redonneras un peu d'eau". Mais l'avantage a disparu des qu'il a repéré ma, hum, réaction. Il a sourit et il a nagé avec moi vers le bord. Il a remonté les marches devant moi et a enlevé son peigne. Sa chevelure s'est dénouée et des mèches se sont collées à sa peau mouillée. Je me suis approché sans trop réfléchir et j'ai repoussé celle sur son visage. Je me suis penché vers lui. A ce moment là, il y a eu du bruit dans les vestiaires. Mu a sifflé un juron et a disparu au moment où j'allais le toucher.
Tom et Jerry sont entrés. Camus m'a détaillé d'un air dégoutté.

Il m'a dit "Tu n'as tout de même pas..." J'ai eu pitié et j'ai fini pour lui "Nan, je ne me suis pas branlé dans le bassin". Milo m'a fait un clin d'oeil, la langue sur les lèvres.
Je suis rentré.
Peut-être qu'il a honte de moi. Mais, c'est quand même encourageant. Et puis, je sais pas pourquoi mais je sens que mes prochains fantasmes vont être humides.