Hey everyone!
Je vous remercie pour vos chaleureux retours sur le chapitre précédent ! Je crois que je n'ai pas encore répondu à tout le monde et j'ai passé un mois tellement dans la lune que je ne sais plus à qui j'ai déjà répondu et à qui je ne l'ai pas fait... Ne faites pas attention si vous recevez deux messages :D
Voici le cinquième chapitre ! Et ce chapitre ci n'a pas été très simple à écrire. Disons que la première moitié ne m'a posé aucune difficulté, mes doigts et mon clavier ne faisaient plus qu'un, mais concernant la seconde moitié, ce fut bien autre chose ! Il faut dire aussi que c'est enfin l'heure de LA rencontre !
J'espère que vous apprécierez ce nouveau chapitre, qu'il soit comme vous l'espériez ou pas du tout :) Bonne lecture !
Les personnages et l'univers appartiennent évidemment à J.K. Rowling.
Chapitre 05 :
« Stay right where you are ; Don't be foolish to try any courageous moves. You won't be saving lives.
I didn't do all I've done, for you to put me to shame. »
Music: My name - Charlie Winston.
26 septembre, Forêt Interdit (Poudlard). Royaume-Uni.
Draco était toujours sur ses gardes. Les derniers jours s'étaient écoulés de manière calme et habituelle. Il avait exploré les lieux. La Forêt Interdite lui donnait l'impression d'être infinie et de s'étendre à des kilomètres à la ronde autour de l'école. Les bois abritaient une faune et une flore riches. Des bras de rivières se rejoignaient dans le lac et des collines offraient des vues dégagées sur les multiples chemins sauvages qui décoraient les alentours. Les différents tableaux de nature qu'il avait observé paraissait hors du temps et hors de toute présence humaine.
Mais, dans ses explorations, il n'avait pas trouvé ce qu'il cherchait précisément. Il n'y avait pas la moindre trace d'un autre loup à l'horizon. Ce dernier demeurait introuvable.
Avait-il rêvé ? La question lui traversait de temps en temps l'esprit. Il ne se laissait pas cette idée l'emportait... Il ne parvenait pas à oublier le parfum et l'aura qui avait enveloppé la créature, ni le sentiment de familiarité qui s'était développé en lui aussi rapide que la lumière. En vérité, il n'avait pratiquement rien vu. Un frôlement, à peine. Un coup de vent. Pourtant cela avait suffit pour en faire une certitude.
Draco avait fouillé cette forêt de fond en comble, le museau en alerte et tous les sens sur le qui vive. Rien n'avait confirmé son ressenti. Et il en avait croisé des animaux, et des choses non-identifiées, et des étrangetés dont il ne connaissait pas le nom et encore moins l'espèce...
Il avait chassé, s'était incliné face à aussi dangereux que lui, avait fui à l'opposé des centaures quand il en avait reniflé, s'était désaltéré, avait marqué son territoire, avait laissé des traces pour que le loup remonte jusqu'à lui... Mais, trois jours plus tard, l'animal n'était pas réapparu. Ce qui n'était pas pour l'apaiser. Il se sentait brusquement inférieur, vulnérable ; S'il n'avait pas pu voir entièrement la bête, il avait su distinguer son envergure.
S'il existait plus grand que lui, et de la même sorte, ce n'était pas de bonne augure.
Ses pattes foulèrent la terre meuble et humide tandis qu'il se rapprochait de la cour de Poudlard. Il s'était éloigné durant trois jours et, déjà, le périmètre rassurant de l'école avait laissé sa marque et créé le manque.
La Forêt Interdite lui tendait une main amicale, lui offrait une félicité incroyable, mais ne pouvait être son refuge éternellement. Malgré tout ce qu'elle avait à lui offrir, elle ne rivalisait pas avec ses souvenirs heureux du château. Draco commençait à se languir des couloirs, de la salle commune de sa maison, de la bibliothèque, et même des salles de classe. La frustration grandissait de jour en jour.
Il devait réfréner son désir de s'avancer au-delà de la frontière entre les bois et l'école. Dans son état, ce serait ni discret ni fin de se faufiler dans le bâtiment... Le loup ne passerait pas inaperçu. Et cette envie l'amenait à chercher des solutions, certaines mêmes qu'il avait rejetées auparavant.
Il lui fallait regagner cette école. C'était devenu viscéral au point de le ronger. C'était un besoin. Quelque chose qui nécessitait son attention presque en permanence. Alors qu'il avait refusé l'aide de Théodore des mois plus tôt, il se mettait à espérer que le jeune homme convainque un de leur camarade de le trouver et de deviner son identité.
Blaise par exemple. Blaise était futé, il pourrait comprendre sans réel effort, sans poser davantage de questions, et il savait garder sa langue dans sa poche. Draco n'était évidemment toujours pas ravi à l'idée de revoir un autre Serpentard que son Théodore, mais le jeune Zabini était un compromis tolérable.
Malheureusement, jusqu'à aujourd'hui, il n'avait vu Théodore qu'en compagnie de cette foutue Gryffondore ou de Pansy. Jamais seul. Certes, il n'était pas ici depuis longtemps, mais sa patience se faisait désirer. Il était pressé. Serait-ce trop demander de voir son camarade se promener non trop loin de la Forêt Interdite afin de l'aborder ?
Un grognement s'échappa des babines de Draco tandis qu'il ralentit le pas à l'approche des serres. Il s'ébroua, faisant taire ses pensées, ses angoisses, et ses rancœurs. Ses émotions étaient mises à mal ces derniers temps.
Son regard se perdit un instant sur les hautes tours asymétriques du château. Son ventre se tordit d'instinct, et, il préféra reporter son attention sur la cour déserte.
C'était un samedi pluvieux, où de faibles gouttelettes se succédaient aux violentes averses et ainsi de suite. Le temps écossais avait confiné les élèves à l'intérieur et rien ne vint troubler son inspection du jour. Personne n'avait osé s'aventurer dehors par ce froid automnal et le loup put inspirer et s'imprégner des parfums sans l'angoisse de ressentir les émotions diverses de ses camarades. Ce fut une bouffée planante et fraîche.
Rasséréné, Draco se détourna en direction du lac, pile poil à l'endroit où se jetait l'une des nombreuses rivières de la forêt. Il avait fait de ce lieu un repère. Il buvait et se nettoyait ici. Il chassait non loin de là et sa tanière se trouvait à quelques mètres. C'était idéalement assez près de Poudlard pour ses excursions quotidiennes et assez loin pour qu'un élève ne vienne jusqu'ici.
Il s'enfonça dans l'eau jusqu'à mi-pattes et s'abreuva à l'ombre des roseaux. Ce fut à cet instant que les effluves changèrent et l'arrêtèrent immédiatement dans son entreprise.
Draco se raidit. Une présence imposante semblait retenir l'air derrière lui. Son poil se hérissa, ses membres se tendirent. Une telle sensation n'avait jamais parcouru le sorcier de toute sa vie. C'était incontrôlable. C'était bien plus qu'une évidence, bien plus qu'un fait, et si inexplicable. Il se retourna lentement.
Il s'aplatit instinctivement parmi les roseaux, se camouflant au mieux. Il était en revanche trop tard. Ce qu'il avait tant cherché des derniers jours venait de le trouver. Draco se rapprocha de la rive à pas feutrés, non pour ne pas être fui, mais pour ne pas provoquer par simple maladresse. Ce qui le tenait en respect était bien plus large que lui. Et donc plus dangereux.
Une fois la terre regagnée, il ramena sa queue entre les jambes et se soumit à l'intrus. C'était bien un loup. Mais quel loup... Un loup comme il n'en avait jamais soupçonné l'existence.
La bête avait un pelage de couleur incongrue, un doré brillant qui détonnait parfaitement avec les alentours. Son poil était soyeux, presque chatoyant. Draco se demanda une brève seconde ce qui l'avait empêché de le voir dans la végétation incroyablement verte, mais la réponse tenait en face de lui : cette bête rayonnait de magie. Le loup avança, et Draco s'écrasa littéralement sur le sol.
Les pattes de l'étranger était bordées de griffes imposantes. Si l'idée que Draco ait pu avoir des crocs impressionnants, les babines du loup étaient quant à elles, bien plus effrayantes. Ce n'était pas un animal à intimider. Il était celui devant qui chacun se prosternait spontanément. Ce qui frappait le jeune homme davantage que tout le reste, c'étaient ces yeux de bronze qui le fixaient sans ciller.
Son cœur tambourinait violemment contre sa cage thoracique tandis qu'il découvrait l'intrus et sa masse énorme. Celui-ci paraissait calme, étrangement paisible, comme s'il attendait quelque chose de sa part. Et Draco était pétrifié. La prestance de l'autre le réduisait à un minuscule insecte perdu dans l'univers.
Calme.
Au contraire, Draco s'agita. Ce n'était pas sa pensée, c'était celle du loup. Il avait pénétré son esprit. Et ce n'était ni sous forme de mots ou d'images, mais une impression, un langage qui lui était propre.
Pourvu qu'il part, pourvu qu'il parte..., supplia intimement le Serpentard en ne pouvant plus soutenir le regard mordoré.
Pas tout de suite. Draco couina malgré lui. C'était intrusif et alarmant. Pas même Le Seigneur des Ténèbres n'avait traversé son esprit avec une telle aisance et une fluidité si inquiétante. Les battements de son cœur s'accélèrent, lui donnèrent l'impression d'éclater dans sa poitrine.
En garde !
La sensation brusquement menaçante dans cette nouvelle intrusion tira le jeune homme de sa torpeur inquiétante. Il releva la tête, les yeux interrogatifs à la recherche de réponses, à l'instant même où le loup lui bondit dessus. Ils roulèrent jusque dans l'eau où Draco se débattit pour ne pas se noyer et où son adversaire se retira d'un saut calculé. La bête grogna et le son traversa le corps du sorcier sous la forme d'une vibration dangereuse.
Draco se redressa aussitôt, en position de défense. Les oreilles en arrière, il hésitait entre riposter, se ranger, se tapir, fuir, mais aucun de tous ces choix ne trouvait grâce à sa raison. Il était foutu. Si ce loup voulait se battre, il le retrouverait où qu'il se cache.
Pourquoi ? pensa-t-il, fort, empli de hargne, dans sa tête. Pour réponse, la bête montra les crocs et s'apprêta à attaquer une nouvelle fois.
A contrecœur, le jeune Malfoy choisit de se rebeller. Sans pouvoir comprendre un centième de la situation, il était certain d'une chose : l'intrus attendait de sa part qu'il se défende. Son corps obéit. Il se plaqua, prêt à prendre le dessus à la moindre occasion et à éviter, surtout, le moindre assaut. La créature s'arqua, et d'une vitesse phénoménale, bondit dans une seconde tentative.
Draco l'évita in extremis, sidéré par sa rapidité hors-normes. Le loup gardait, dans son agressivité, toute sa grâce naturelle et cette magie déplacée qui lui collait à la peau. Sonné, il n'évita pas la troisième offensive. Le loup chargea et son crâne se planta dans sa poitrine jusqu'à l'éjecter des mètres plus loin. Il n'avait aucune chance...
Mais, il se releva. Quand la bête lui sauta encore une fois dessus, Draco répondit. Sa mâchoire se referma sur la large encolure. Il s'agrippa, il secoua, appela ses griffes à son secours. Le goût du sang traversa rapidement les couches de poils dorés pour venir lui titiller les papilles. Un grondement retentit à son oreille. Une seconde plus tard, Draco atterrit au pied d'un arbre, endolori.
Stop ! Stop. Il ne faisait pas le poids. Que faisait-il ? Pourquoi le loup s'était montré si tranquille pour l'attaquer par surprise ? Ses muscles tremblaient.
Une fois de plus, ses pensées n'arrivèrent jusqu'à son adversaire. Ce dernier chargea sans attendre. Draco étouffa un hurlement. Les crocs de la bête se plantèrent dans sa chair, déchirèrent la peau de son flanc. Le loup le croqua comme un vulgaire mulot. Il se sentit si peu fort, tout d'un coup. Toute la puissance découverte ces derniers mois fondit comme neige au soleil. La douleur retentit dans sa cuisse. Dans un dernier mouvement désespéré, il mordit son adversaire au nez, le forçant à le lâcher, puis s'affala une fois libéré.
La peur le prenait tout entier tandis qu'il croisa le regard du loup adverse. Les yeux de bronzes étaient sur lui, de nouveau serein. Mais combien de temps avant que la bête décide de l'achever dans un changement d'humeur ?
La créature passa un coup de langue sur son propre museau ensanglanté et la blessure infligée par le sorcier disparut instantanément. Sous le regard hébété de Draco, la bête continua de lustrer son pelage et de se débarrasser de ses blessures, minimes soient-elle en comparaison de celle infligée au jeune Malfoy.
Pourquoi ? retenta Draco. Pourquoi ?! Le loup dressa ses oreilles et planta son regard dans le sien. Il cligna des paupières, sembla s'adoucir, puis vint donner un étrange coup amical dans le visage du garçon qui serra les dents. Tu me remercieras, Humain.
Que le loup sache qui Draco était derrière son apparence ne le surprit pas. En revanche, il ferma les yeux et laissa le soulagement l'emporter. Quelle que soit la raison de ce soudain et bref combat, celle-ci n'était pas une guerre de territoire entre loups... Il s'agissait d'autre chose. Et, réalisa-t-il, il n'avait pas eu sa réponse. Pourquoi ? répéta-t-il.
Mais, revenant à lui et rouvrant les yeux, Draco découvrit que le loup était parti. Il était seul. Infiniment seul. L'air ne grésillait plus de cette magie bizarre et inconnue. Il n'y avait plus que lui, et dans cette solitude accablante, la douleur de sa blessure redoubla d'intensité. Un gémissement traversa ses babines. Puis, en réfrénant un haut le cœur, il regarda l'état de la plaie.
Ce n'était pas encourageant. Un lambeau de peau pendait lamentablement. On pouvait voir ci et là, l'empreinte des canines de la créature. Il saignait énormément, et il déglutit. Le remercier ? Comment Draco pouvait-il le remercier ?
Il tenta de se lever, en vain. Sa patte arrière était inutilisable. Le jeune homme souffla, gronda, et se hissa jusqu'à la rivière en rampant. L'eau calmerait peut-être l'écoulement du sang. Sur cette pensée, il balança la moitié de son corps dans le courant, grimaçant quand le froid mordant entra en contact avec la plaie ouverte. Qu'allait-il faire s'il ne pouvait plus se déplacer ? Comment allait-il vivre ?
27 septembre, Poudlard (Ecosse). Royaume-Uni.
Hermione resserra son écharpe quand ils quittèrent le Grand Hall pour s'aventurer à l'extérieur. Ce dimanche s'annonçait dans la même lignée que la veille : la pluie et le froid étaient au rendez-vous. A ses côtés, Harry ne faisait pas le fier non plus. Il rabattit sa capuche sur sa tête.
- Dépêchons-nous, dit-il. Histoire de ne pas prendre une seconde douche !
Ils se sourirent en accélérant le pas. Sans s'assurer qu'il soit derrière elle, car elle en était sûre, Hermione emprunta le chemin pentu qui s'éloignait du château pour se diriger vers la maison du garde-chasse. Les pierres malhabilement pavées et qui avaient reçues des dégâts durant la guerre étaient couvertes de mousse et s'avéraient fort glissantes. Arriver en un morceau chez Hagrid releva du défi.
Harry cogna trois coups contre la porte tandis que son amie se massa la cheville qu'elle venait de se fouler lors de leurs derniers pas. Un aboiement leur répondit aussitôt et un demi-géant apparut quelques secondes plus tard sur le perron de la maisonnette.
- Entrez, entrez vite. Ne restez pas trempés là.
Hagrid se dégagea et aménagea un peu l'intérieur pour leur faire de la place. Harry observa les lieux, un sourire doux flottant sur ses lèvres tandis qu'il redécouvrait l'endroit. Hermione fit de même, mais en secouant ses boucles d'un geste anodin pour en extraire les gouttes d'eau qui y avaient élu domicile. Ils avaient l'impression d'avoir de nouveau douze ans, alors que bien des choses, et de terribles choses, s'étaient produites entre temps.
La cabane n'avait pas changé d'un iota. La minuscule kitchenette, pourtant adaptée à la taille d'Hagrid, et le lit étaient toujours aussi encombrés d'objets et de plantes aussi farfelus les uns que les autres. Dans la cheminée crépitait un feu timide, qui servait davantage à réchauffer un chaudron non identifié qu'apporter un peu de chaleur dans la pièce unique.
Après les avoir accueillis comme il se devait, à coup de bonds et de bave, Crocdur se rangea sur le paillasson près des flammes et Hagrid put enfin s'approcher de ses amis, un sourire visible dans sa large barbe.
- Vous avez pris un petit déjeuner ?
- On en vient, sourit Hermione alors qu'Harry hocha la tête.
- Prenez tout de même quelque chose, d'accord ? On est toujours plus productif le ventre plein !
Le demi-géant posa une théière brûlante sur la table, accompagnée de trois tasses et d'un gâteau qui semblait être au chocolat. Il prenait son rôle d'hôte à cœur, recevant pour la première fois depuis longtemps ses convives préférés.
- Le gâteau est délicieux, précisa Hagrid en les voyant tout deux grimacer à la vue de celui-ci. Je suis allé dîner chez Molly hier soir, elle n'a pas tenu à ce que je reparte les mains vides. Si vous voulez rester manger ici ce soir, j'ai bien de quoi nourrir tout le monde !
- Ce qui ne m'étonne pas de Molly..., commenta Harry avec un rire complice.
Hermione tira les rideaux pour faire entrer le peu de lumière du jour que le temps voulait bien partager avec eux et s'installa à la table ronde qui occupait presque tout l'espace avec Harry et Hagrid. L'ambiance était calme et avait cette saveur particulière de retrouvailles. Il régnait un silence agréable, où chacun appréciait la compagnie des autres en continuant de se réveiller par cette pluvieuse matinée.
- Ginny et Ron ne sont pas avec vous, au fait ? sembla émerger Hagrid après avoir bu un peu de thé chaud, l'esprit éclairci.
- Ginny passe les sélections de Quidditch, dit Harry. Elle a promis de venir dire bonjour juste après.
- C'est super, je n'étais pas au courant de tout ça ! Mais, je ne me fais pas de soucis pour elle, elle va réintégrer l'équipe à coup sûr !
- Et Ron, quant à lui, c'est bien moins drôle, il est en retenue, grimaça Hermione. Hier aussi.
Hagrid fronça des sourcils.
- Tout le week-end ? Pauvre Ron. Qu'a-t-il fait ?
- Sa binôme lui attire des ennuis... Elle se conduit comme une peste avec lui.
- Qui l'eut cru ? renchérit Harry. Ginny et Hermione sont avec des Serpentards et s'en tirent plutôt bien... Ron hérite d'une Serdaigle, et tout ce qu'il a, ce sont des problèmes.
- Comme quoi ! Il ne faut pas juger quelqu'un par sa maison, conclut Hagrid en secouant la tête. C'est triste de le savoir de corvée un dimanche. Qu'a-t-il récolté ?
- Récurage de chaudrons...
Hermione et Harry échangèrent un regard amusé. C'était l'une des retenues les plus longues et les plus éprouvantes selon Ron, qui depuis la veille le leur faisait bien savoir. Il était revenu les mains couvertes d'un mélange de savon et de mixtures étrange dont l'odeur avait été tenace. Les deux Gryffondors savaient désormais tout sur comment récurer au mieux un chaudron sale depuis une semaine.
Hagrid lui-même laissa échapper un soupir compatissant, comme si ce dernier se rappelait de punitions qui s'étaient appliquées à lui-même par le passé.
- Mais pour toi, Hermione, ça se passe vraiment bien ? Ton binôme ne t'attire pas des ennuis ? Faut tout de même se méfier avec ces serpents...
- Tout va bien, Hagrid. Je vous le dirais si ce n'était pas le cas. Théodore Nott n'a pas l'air d'être ce genre d'énergumène, finalement.
- Je suis rassuré, alors. Quant à toi, Harry, tu as échappé au pire ! Quelque part, je suis content que ce Malfoy n'ait pas remit les pieds à Poudlard.
- Mais ça ne te travaille pas ? demanda Harry. Je veux dire, que Malfoy ne soit pas revenu ? Personne ne sait où il est, après tout...
Hagrid haussa les épaules. Hermione but une gorgée du thé, encore bien fumant mais étonnamment savoureux, en inspectant ses deux amis au dessus de sa tasse. Harry avait les yeux plissés, en attente d'une réponse qui irait dans son sens, tandis que le demi-géant était davantage songeur qu'accusateur.
- Où qu'il se cache, je pense qu'il est bien mieux qu'ici, finit-il par dire. Au moins, il ne s'en prend pas à vous deux.
- Sauf s'il prépare quelque chose.
- Que pourrait-il préparer ? Sa famille et leurs amis sont sous les verrous, et ses camarades sont tous ici, à Poudlard et sous surveillance.
- Ron et Ginny pensent qu'il attend le bon moment pour agir, ajouta Hermione. Harry, lui, ne sait pas et change d'opinion tous les quatre matins...
Harry la fusilla du regard, mais Hermione sourit.
- Et toi ? fit Hagrid.
- Euh... Je ne me pose pas trop la question, à vrai dire.
- Pourtant, il faudrait la poser à Nott à un moment donné non ?
- Je fais ça pour Ron et Ginny, surtout. Si ça ne tenait qu'à moi, Harry, je ne me préoccuperais pas de ce que fait Malfoy. Comme dit Hagrid, où qu'il soit, il nous offre un bon répit.
Harry fut prit par surprise. Alors qu'il pensait qu'Hermione partageait plus ou moins leurs inquiétudes, il découvrit que son silence quand ils abordaient le sujet en groupe trahissait surtout son indifférence.
- Ça ne t'inquiète pas ?
- Voldemort n'est plus, les Mangemorts sont à Azkaban, je n'ai pas peur de Malfoy. Puis, sans que Théodore soit clair, j'ai tout de même l'impression qu'il ne sait rien.
- J'ai du mal à croire que Malfoy se soit évaporé dans la nature parce qu'il avait « besoin d'être seul », répondit Harry en mimant les guillemets. Ce que je crois, c'est que la Ministère aurait dû utiliser du veritaserum pour interroger Nott.
- Du calme, intervint Hagrid avec un léger rire et en leur tendant une part de gâteau chacun. Je ne devrais pas vous le dire, puisque je tiens ça d'Arthur, qui tient ça de Susan, qui tient ça de... de quelqu'un d'autre... Enfin, bref. Le Ministère ne se soucie pas d'une seule disparition, même s'il s'agit de Draco Malfoy. Ce n'est qu'une disparition et ils sont occupés. L'interrogatoire de Nott était une routine. Et le département s'est satisfait de ses réponses.
- Alors... personne ne le recherche ? s'étonnèrent Hermione et Harry d'une même voix.
- Personne. Excepté ses amis, s'il en a.
- Théodore ne semble pas le chercher. La seule fois où il m'a parlé de lui, murmura Hermione, il a tourné court à la discussion et il avait l'air agacé.
Harry lui lança un regard éloquent. Elle n'avait pas exagéré, ce dernier ne savait pas où se positionner réellement sur la question de Malfoy. Quelques fois, les commentaires de Ginny et Ron ne le laissaient pas insensibles et il se laissait emporter par leurs craintes. D'autres, il donnait le bénéfice du doute, ne se sentait pas plus menacé que ça par le Serpentard.
Hemione, elle, était plus réservée. Elle attendait que Théodore soit suffisamment en confiance avec elle, et qu'elle le soit suffisamment avec lui, pour que le sujet soit abordée de manière plus naturelle. En attendant, elle avait d'autres tracas en tête.
Malfoy était pour elle un souci bien moindre comparé à ce qui pouvait actuellement régner dans l'enceinte de Poudlard. Les poils qu'elle avait récolté ne quittaient plus son sac et lui rappelaient à la perfection le grondement entendu et les empreintes de griffes trouvées dans la terre près de la Forêt Interdite. S'il y avait plus important, c'était bien cette bête. L'ancien Mangemort pouvait attendre.
- Franchement, je vous conseillerai de ne pas vous préoccuper de lui, sourit Hagrid avec un regard protecteur. Ne gâchez pas cette dernière avec de telles pensées négatives. Révisez, amusez-vous, rattrapez le temps perdu. Ne pensez pas à ce maudit Malfoy qui vous a ruiné la vie et qui a ruiné mes cours par la même occasion.
Face à la grimace brusquement grincheuse du demi-géant, les Gryffondors ne purent s'empêcher de sourire largement. Leurs épaules se détendirent, refoulant la tension qui les avait gagnés malgré eux lors de leur échange. Hermione prit même une bouchée de gâteau alors que son estomac était déjà plein.
- D'ailleurs, comment se passent tes cours en ce moment ? demanda Harry. Les Serpentards t'ennuient toujours ?
- Pas plus que les années précédentes. Moins, même, je dirais. Parkinson persévère en revanche.
- Ça ne m'étonne pas, elle nous embête encore. L'autre fois, elle a une nouvelle fois insulté Hermione... Si tu pouvais lui mettre une retenue...
Hagrid rit mais reprit vite son sérieux :
- Ce n'est pas l'envie qui me manque, crois-moi, mais je n'abuserai pas de mon statut de professeur. Minerva trouverait ça injustifié, même si cette Serpentarde le mérite amplement.
- Donc, dans d'autres termes, ça se passe bien ? reprit Hermione.
- Oui !
Au large sourire de leur ami qui se faufila parmi les poils hirsutes de sa barbe, Harry et Hermione furent soulagés. Le retour d'Hagrid n'avait pas été facile pour ce dernier. Le départ de Graup pour les Alpes, dans une branche retrouvée de la famille l'avait ébranlé, 'autant plus qu'avec les pertes connus par l'Ordre, le demi-géant s'était rapproché de son frère.
- Ne le révélez pas encore à vos camarades, chuchota-t-il tout d'un coup, mais je pense même avoir assez de courage pour changer un peu de cap, cette année.
- C'est-à-dire ? As-tu décidé de changer de matière ? taquina Harry.
- Hé, hé, mieux que ça ! Vous vous souvenez de mes premiers cours... ?
Ils acquiescèrent en sachant d'avance où il venait en venir.
- Eh bien, j'en ai assez que mes élèves baillent durant mes heures et que mon potager soit dévoré par des créatures aussi stupides qu'inutiles... J'ai décidé de ré-aborder les licornes, les hippogriffes, et deux-trois créatures que je garde en réserve et qui en surprendront plus d'un !
- C'est génial ! s'enthousiasma Harry. Et que va-t-on étudier cette année ?
- Je viens de dire que ce sera une surprise. Je suis en train de peaufiner tout ça...
- Donne-nous un indice !
- Non, non, vous verrez bien. Tout le monde à la même enseigne !
- Je dois dire que ce genre de cours me manquait... ajouta timidement Hermione.
- Vous savez, la vie est trop courte pour que je me laisse diriger par un souvenir vieux de cinq ans. Malfoy n'est plus là, en plus, confia Hagrid avec un clin d'œil. Vous devriez en faire autant.
C'était un excellent nouveau départ. Le cœur d'Hermione se mit à battre à tout rompre sous l'excitation et le bonheur de lire la confiance sur le visage de son ami. Le professeur avait bien besoin de reprendre de l'assurance et de s'imposer. Si cette nouvelle année le lui permettait, la Gryffondore en était soulagée. De plus, cette résolution fièrement annoncée lui rappela les loups mentionnés par sa meilleure amie.
Elle mordilla ses lèvres d'hésitation. Et si Hagrid ne la prenait pas au sérieux et se mettait à rire ? Après tout, même si Ginny avait partagé l'expérience de Molly, ces créatures relevaient toujours d'un mythe. Elle se lança tout de même.
- D'ailleurs, commença-t-elle et ses amis se tournèrent vers elle, j'avais besoin d'un renseignement sur une bête un peu spéciale et je me demandais si tu savais quelque chose ?
- Oh non Hermione, devina Harry. Je suis certain que ça n'existe pas.
- Ginny nous a parlé d'une créature la semaine dernière et celle-ci m'intrigue beaucoup. Ce serait un loup à propriétés magiques... ?
Le demi-géant n'accueillit pas sa question avec un rire, comme elle l'imaginait. Il se mit aussitôt à réfléchir.
- Qui serait porteur de chance, apparemment ? continua Harry. Et aussi de couleur bleue.
- Pas tous, rectifia Hermione. Ginny a précisé qu'il en existait de cette couleur mais pas que c'était spécifique à cette espèce.
- Oh ! s'éclaira Hagrid. Vous parlez du Deus Lupus ?
Les deux Gryffondors froncèrent les sourcils. Un Dieu-Loup ? Le nom sonna ridiculement aux oreilles d'Hermione. Alors, ces loups si étranges et légendaires étaient communément appelés avec aussi peu d'originalité ?
- Ginny n'a pas mentionné leur nom, avoua Harry. Un Deus Lupus, alors ? Ça existe vraiment ? Ce n'est pas un mythe ?
- C'est un mythe pour qui veut. La légende dit que ces loups de chance apparaissent au moins une fois dans la vie d'un sorcier afin de leur porter chance.
- J'ai bien eu besoin d'aide ces derniers temps et je n'en ai pourtant pas vu un seul, marmonna le Gryffondor.
- Ah, ça, je ne saurais te l'expliquer. Ces créatures sont instinctives et considérées comme divines... Et comme des divinités, ils viennent là où on s'y attend le moins. Ce ne sont pas nous, humains, qui les trouvons, mais elles, bête et dieux, qui nous trouvent.
- Mais... divinités, légende, dieux, c'est le champ lexical du mythe ? releva Hermione. Pourtant tu parles d'eux comme si tu y croyais.
La barbe d'Hagrid se fendit d'un nouveau sourire. Harry était dubitatif.
- Oh mais j'y crois ! Il y a bien trop de témoignages qui parlent d'eux partout dans le monde pour que je les ignore. Ces créatures sont fascinantes, je rêve d'en voir un de mes propres yeux.
- Ce Deus Lupus... est-il aussi spécial qu'on le prétend ? continua Hermione. Je n'ai rien trouvé à la bibliothèque. Ou plutôt, presque rien.
- Une minute, Hermione, j'ai peut-être ce que tu cherches.
Hagrid se leva et se dirigea vers les étagères de la pièce ; Il dépoussiéra quelques rangées de livres, inspectant les titres au passage. Puis, en bougonnant quelque chose d'intelligible, il se pencha vers les piles qui traînaient un peu partout au sol ou sur les meubles. Il tira finalement un tiroir, dernier espoir, et trouva son dû avec un cri encourageant. Il se retourna vers la table, un bouquin à la couverture fanée en main.
- Tiens. On ne parle pas que de ces loups là-dedans, mais on en parle bien. S'ils t'intéressent, tu y trouveras peut-être ton compte.
- Merci. Je te le rendrais dès que possible.
- Je suis sceptique, commenta Harry. Comment de tels loups pourraient exister sans jamais être vus ? Ils sont d'une couleur improbable, non ?
- Ils sont magiques, répondit Hagrid comme si c'était une évidence. Et il en existe peu. Ils peuvent vivre n'importe où, même jusque sur la banquise. Ce sont des animaux qui ne craignent rien, ni les Hommes, ni les températures extrêmes, ni le temps qui passe. Ils ont une magie bien supérieure à la nôtre.
- Leur magie est puissante à quel point ?
- Comme il est impossible de les approcher aussi longtemps pour le savoir, c'est un mystère. Malgré ses facultés et son aide apportée, le Deus Lupus aime sa solitude et sa tranquillité. Il existe moins de ces loups qu'il n'existe de doigts sur vos deux mains. Huit. Huit à parcourir le monde entier.
Hermione, qui avait déjà ouvert le bouquin et avait lu les premières lignes d'introduction, releva la tête et sortit de son silence.
- S'ils ne peuvent être approchés, comment peut-on savoir qu'il y en a seulement huit ?
- Car depuis des milliers d'années, de témoignages en témoignages, huit couleurs ressortent et pas une de plus : Rouge, bleu, rose, argent, doré, violet, orange, et vert. Beaucoup de ces écrits figurent dans ce livre, tu verras.
- Mais il pourrait y en avoir plusieurs d'une même couleur ?
- Ce n'est pas ce qu'avance la légende...
- La légende pourrait avoir tort, ce n'est qu'une légende après tout.
- Les légendes contiennent plus de vérités qu'on ne le pense, Hermione.
La jeune femme ne répondit pas à ces mots. Elle caressa la couverture du livre en assimilant les paroles d'Hagrid. Ce dernier semblait croire dur comme fer à leur existence, tout comme Ginny. Et c'était étonnant que deux de ses amis, deux personnalités plutôt terre à terre en général, soient convaincus de leur réalité. Cela lui donnait matière à réfléchir et à s'interroger.
Un coup porté à la porte la tira de ses pensées. Une minute plus tard, le visage de sa meilleure amie se tint dans l'encadrement avec un immense sourire aux lèvres et s'engouffra dans la petite maison. Ses cheveux roux étaient imbibés de pluie, tout comme la combinaison de Quidditch qu'elle avait revêtu pour l'occasion. Elle posa son balai contre un mur, sans se soucier une seule seconde de l'humidité dans son sillon.
- Ginny. Quel plaisir de te voir !
- J'ai prévenu que je passerais ! Ils ont dû t'avertir, s'ils n'ont pas oublié...
Elle fusilla Harry et Hermione du regard pour la forme, tout en accordant à Crocdur quelques caresses méritées. Celui-ci, de nouveau heureux à la vue d'un invité, jappait littéralement de bonheur. Ginny dût élever la voix pour se faire entendre.
- Je suis fière de vous annoncer que vous avez en face de vous l'un des poursuiveurs de Gryffondor !
- Félicitations !, lui répondit en chœur les trois amis.
- Lowth n'a pas hésité une seconde dans son choix... Je ne sais pas si je dois me sentir fière ou coupable par rapport aux autres.
Elle émit un petit rire en prenant à son tour place à la table.
- Merlin, et qu'est-ce que je suis affamée ! Je pourrais dévorer ce gâteau tout entier !
Hagrid sourit en coupant une part pour la nouvelle venue. La conversation reprit sans peine avec la joie communicative de la rouquine. Harry, que la conversation sur Malfoy et sur les mythes avait légèrement refroidit, se détendit enfin totalement. Mais, malgré l'atmosphère chaleureuse et bon enfant qui venait de gagner la pièce circulaire et pleine de charme, Hermione, elle, ne pouvait penser à autre chose que ces Dieux-Loups.
A mesure que ses méninges s'actionnaient, la jeune femme devait bien s'avouer, avec peine, que si un loup se dissimulait bel et bien dans l'enceinte de l'école, ce n'était pas une de ces créatures pacifistes. Est-ce qu'un loup dont la puissance de la magie n'avait jamais été calculé jusqu'à maintenant pouvait laisser derrière lui autant de traces ? Ce n'était pas sûr... Du moins, pas s'ils étaient connus pour être introuvables.
29 septembre, Poudlard (Ecosse). Royaume-Uni.
Un frisson parcourut le corps amorphe de Draco et le jeune homme ouvrit brusquement les yeux. Il s'était assoupi. Tout ce qu'il ne fallait pas. Voilà plusieurs jours qu'il luttait contre le sommeil. Ce dernier venait de réussir à l'emporter une poignée de minutes.
Le sang avait coagulé au bout de quelques heures au milieu de l'eau froide, mais depuis, Draco ne voyait et ne ressentait aucune amélioration. C'était même de pire en pire. Il ne pouvait plus utiliser sa patte arrière sans que la douleur le pétrifie. Son flanc était comme détraqué et amorphe, devenu inutile. Sa cuisse ne répondait qu'avec un mal lancinant qui lui faisait rapidement voir flou. Poser sa patte à même le sol était désormais impossible. Les jours qui venaient de s'écouler avaient été un véritable calvaire.
Son ventre criait famine, un vide intense y régnait. Il n'était pas en mesure de chasser ni même d'explorer les lieux afin de trouver des baies ou les premières pousses de champignons comestibles. Il grignotait l'herbe à portée de main sans que celle-ci puisse caler son estomac de carnivore. Il repoussait seulement la faim, qui finissait par revenir inlassablement, plus forte à chaque vague.
Le Serpentard s'était rapidement mis à l'abri une fois que l'écoulement du sang s'était apaisé. Il n'avait pourtant pas choisi la solitude et l'obscurité de sa tanière, où la mousse et l'isolement ne lui conféraient aucune chance de survie ou d'espoir.
Le loup avait préféré ramper jusqu'à la lisière de la Forêt Interdite et s'était aménagé tant bien que mal un coin pratique dans les fougères, à l'ombre des arbres les plus imposants. Si un peu de chance lui souriait, peut-être que Théodore lui tomberait dessus... Ou même tout autre Serpentard. Dans l'était où il était, quiconque parmi eux ferait l'affaire. Et, s'il fallait mourir, au moins mourrait-il avec une vue prenante sur le château. Car, de manière inépuisable, c'était bien cette idée qui revenait souvent le hanter : la menace de la Faucheuse.
Quand son esprit ne voguait pas entre ses pensées morbides et ses espoirs fous, il se remémorait la bête qui l'avait attaqué. Cet étrange loup voulait des remerciements pour ça ? A la pensée de la créature, Draco eut assez de force pour gronder. Il était peut-être en train de mourir. Sa blessure ne donnait d'avantage l'air de pourrir que de guérir. Le jeune homme était suffisamment malin pour reconnaître que l'avenir ne lui était pas favorable. Sa patte n'était plus d'aucune utilité pour le moment et le tiraillait à chaque instant.
Sans pouvoir se déplacer, chasser, se défendre, comment survivre ? Comment faire ?
Il ferma les yeux, avec l'intention de ne pas se laisser céder davantage à l'inconscience... Malheureusement, quelques secondes plus tard, son museau s'enfouit de nouveau entre ses pattes et sa respiration laborieuse ralentit. La fièvre était plus forte que lui et le terrassait. Et avec elle, les cauchemars. Sa vulnérabilité l'empêchait de rester alerte et de tenir éloignés ses remords.
Si ce n'était pas sa blessure qui l'emporterait, ce serait ses démons qui profitaient de son épuisement physique et moral pour revenir en force.
29 septembre, Poudlard (Ecosse). Royaume-Uni.
- Toi qui me demandais s'il y avait des loups par ici, as-tu lu la Gazette du sorcier de vendredi ?
- Sûrement, oui. Pourquoi ?
- Une minute.
L'attention portée sur Théodore, Hermione attendit. Le Serpentard plongea une main dans son sac à la recherche du journal mentionné. Il semblait avoir tant de choses éparpillés dans sa besace qu'elle se détourna rapidement pour se re-pencher sur son livre.
N'ayant aucun devoir en commun, ils étudiaient chacun de leur côté, aujourd'hui. Mais il faisait beau, alors la jeune fille avait donné rendez-vous à son binôme à l'ombre des arbres. Travailler à l'extérieur n'était pas une si mauvaise idée en soi, finalement. Hermione avait rapidement adhéré à l'habitude du jeune homme. L'heure qui touchait à sa fin avait été paisible, silencieuse, avec un soleil encourageant. C'était une trêve agréable entre une Gryffondore et un Serpentard.
- Hum, mince, ce n'est pas cet exemplaire... commenta Théodore en mettant de côté l'édition du jour. Attends un peu, je suis certain de l'avoir sur moi.
- J'ai tout mon temps.
Draco ouvrit un œil, puis l'autre, sous un épuisement aussi lourd qu'une enclume. Des voix, désespérément proches et désespérément familières. Il inspira profondément et fronça le museau. Est-ce que le destin se foutait de sa gueule ? Il referma les paupières sans peine et ne retint pas sa haine. Un grondement faible se répercuta dans sa poitrine et se faufila entre ses babines.
Hermione redressa les épaules et se tourna vers son partenaire. Était-ce lui qui venait de faire ce bruit peu commun ? A priori non. Ce n'était pas son genre de faire des plaisanteries. Elle coula un regard discret vers les bois derrière eux. Théodore ne semblait pas avoir entendu. Il continuait ce qu'il faisait, sans faire mine d'avoir remarqué quelque chose.
C'était peut-être un effet de son imagination...
- Tiens.
Le journal recouvrit son livre, interrompant la jeune femme. Théodore l'avait plié afin de mettre en évidence l'article qui l'avait interpellé l'autre jour et auquel il avait longuement réfléchit avant de se décider à le partager avec sa binôme. Il s'agissait d'un loup, et il était sûr : il s'agissait surtout de Draco.
Théodore avait été surpris de lire ces courtes lignes dans la Gazette. Certes, il s'était attendu inconsciemment à ce que Draco revienne et il avait cru comprendre que plus d'une personne s'était sentie observée ces derniers jours... Néanmoins, le choc l'avait traversé et laissé bien songeur. Pendant un moment il était même revenu sur sa décision d'aiguiller les Gryffondors sur son ami malgré sa rancune.
Il observa Hermione lire le petit article encadré au milieu des nouvelles sans importance. Ses yeux passaient de gauche à droite, lentement, laissant entrevoir son intérêt. Elle hocha même la tête. Théodore pouvait se rappeler la chronique mot à mot tant il l'avait lu et relu. Un loup avait été aperçu sur les quais de King Cross et avait alerté les moldus. Étrangement, celui-ci aurait disparu aux alentours des voies 9 et 10, ce qui avait attiré l'attention des sorciers...
- Incroyable ! Il y a donc bien des loups en Angleterre ?
- Apparemment.
- Par contre, dit-elle en fronçant les sourcils, je pense qu'il a seulement fui par les rails et pas en franchissant la voie 9 ¾, ce n'est qu'un loup.
- Tu sais bien. Par les temps qui courent, même la gazette romance les plus petits épisodes de la vie quotidienne...
Elle sourit. C'était bien vrai, admit-elle. Ce n'était pas la première fois depuis la fin de la guerre que les journalistes grandissaient un fait divers uniquement dans l'espoir de susciter un petit émoi parmi la population sorcière.
- Merci.
Face à l'air interloqué de Théodore, elle continua :
- D'avoir pensé que ça pouvait m'intéresser. Tu n'étais pas obligé.
- Ah. Ce n'est rien.
Il haussa les épaules. Le Serpentard avait davantage fait cela pour la mettre sur la trace de Draco que pour elle, pourtant sa simple gratitude l'embarrassa. Elle n'avait aucune idée que sa pensée première avait été de la manipuler.
- Tu penses donc qu'il ne s'agit que d'un animal, toi aussi ? demanda-t-elle. Il paraît qu'il existe une espèce magique...
- Dont je n'ai jamais entendu parler.
Mais il avait entendu parler de mages, et de malédictions, en revanche, pensa-t-il en gardant les lèvres bien scellées. Il esquissa tout de même un sourire. Il se demandait ce qu'en penserait Hermione, elle qui semblait si rationnelle. Qu'aurait donné une rencontre entre elle et Anaëlle ? L'image qui s'afficha dans son esprit l'amusa. Certainement, l'échange aurait été enrichissant.
- Et oui, pour te répondre, je pense que ce n'est qu'un loup, dit-il. Enfin je ne peux rien affirmer. La présence de la voie 9¾ est tout de même étrange, il faut l'avouer.
- C'est une coïncidence.
- Une amusante coïncidence.
Hermione acquiesça silencieusement.
- Tout de même, reprit-elle presque en murmurant, deux loups ont été aperçu dans des régions peu propices à ce genre d'animaux... Je me demande s'il n'y a pas des choses qui nous échappent, à nous humains.
- Peut-être ont-ils été chassés. Ou ils recherchent quelque chose.
- Et s'il y avait menace plus grande ?
Théodore inspecta son interlocutrice. Ses sourcils étaient froncés, il pouvait presque voir ses méninges s'agiter sous ses yeux. Elle réfléchissait trop, surtout trop loin, et lui, définitivement, s'y prenait mal pour la mettre sur le chemin de son ami.
- Ne t'inquiète pas outre mesure, répondit le Serpentard. Ce n'est pas la peine de t'imaginer un second Tu-sais-qui ou un danger dans ce genre-là.
- Je n'insinuais rien.
- Je n'ai pas dit que tu sous-entendais quelque chose, je te prévenais juste.
Elle le regarda droit dans les yeux, d'un air sévère.
- Mais tu dois avouer tout de même que c'est possible, il pourrait y avoir un second Voldemort. Si tôt. Même si ce n'est pas du tout ce qui m'a traversé l'esprit, je pensais d'avantage à quelque chose d'écologique...
- Hum. Pour être honnête, oui, je pense que c'est possible. Mais ce Voldemort là serait bien stupide. La communauté sorcière toute entière est encore méfiante, il se ferait arrêter avant même de tenter quelque chose de grand et de si terrifiant.
Hermione ferma son livre en un claquement sec. Non pas qu'elle était contrariée par les arguments de Théodore, mais la conversation réveillait autre chose. Le jeune homme était intelligent, observateur, il lisait minutieusement les journaux. N'était-il pas, lui, à l'affût de quelque chose, comme la population dont il parlait si bien ?
Elle secoua la tête. Non. Ginny et Ron l'embrouillaient à parler aussi souvent de Malfoy. Elle l'avait dit à Harry, ainsi qu'à Hagrid, elle avait d'autres préoccupations.
Elle lui jeta tout de même un regard curieux. Était-ce dans les habitudes de Théodore de prendre au sérieux la presse ? N'attendait-il pas quelque chose, un signe, un détail ? Son cœur s'accéléra. Voilà qu'elle virait paranoïaque. Hermione tenta de refouler la question, mais les mots finirent par traverser ses lèvres :
- Et Malfoy ? Serait-il stupide de le faire ?
- La discussion dérive...
Les yeux de Théodore, son expression, sa posture, trahissaient surtout sa lassitude. Il soupira, ce qui n'échappa pas à la jeune femme.
- Navrée de t'embêter avec ça, se reprit-elle aussitôt, un brin coupable.
- Si tu veux savoir, oui, je me fais du souci pour Draco. Mais pas comme tu l'entends. Je ne m'attends pas à quelque chose d'irresponsable ni même à ce qu'il suive les traces du Seigneur des Ténèbres quoi que tu en dises, toi, ou même tes petits copains... Il n'est pas ce type là. En revanche, il a ressenti le besoin d'être seul, il a fui, et ça, ça m'interpelle. Il est mon ami. N'est-ce pas une chose que font les amis, s'inquiéter ?
Le ton contrarié de Théodore heurta le loup dans les fourrés qui avait gardé une oreille distraite et faible sur le duo incongru. Draco leva la tête et une bouffée d'air lui transmit toute la rancœur cachée de son ami. Nott lui en voulait. Et pour une fois, le sentiment était bien distinct.
En soit, ce n'était pas une surprise. Mais le constater et constater l'amertume de l'émotion provoqua quelque chose en lui. De la culpabilité. De la tristesse. Un sentiment instable et éprouvant qui sortit sous la forme d'un gémissement étouffé. C'était tout aussi insupportable que la fièvre qui l'accablait ou la douleur qui l'immobilisait. Il avait envie de sortir de l'ombre pour lui montrer qu'il était là, qu'il n'avait pas fui bien longtemps après tout.
- Je comprends. Je n'aurais pas du évoquer le sujet.
- Est-ce tout ?
Hermione acquiesça, sans être certaine de la réponse à apporter.
- Bien. Alors, je pense qu'il est temps que j'y aille.
Théodore avait bien conscience d'agir comme un adolescent lunatique, mais la question de la Gryffondore avait réussi à l'énerver pour de bon. Ce n'était pas tant elle... ou peut-être si, un peu, avec ses airs farouches et les jugements dissimulés dans ses yeux... Mais le souvenir de Draco, en loup, son départ précipité, et les questions qui ont suivi.
Hermione n'était pas la seule à réclamer des réponses.
Le Serpentard reprit ses exemplaires de La Gazette du sorcier, referma son sac et le balança sur son épaule. Il adressa un bref salut à sa binôme et prit la direction du château sans s'attarder.
La jeune femme, quant à elle, l'observa sans dire mot. Elle n'était ni agacée de cette attitude ni embêtée de ce manque d'éclaircissement. L'indifférence la frappa. Hermione réalisa qu'elle se fichait bel et bien éperdument des états d'âmes de Malfoy. Les impressions de Ginny et de Ron l'influençaient, comme ils influençaient Harry, mais qu'à part cela, elle n'était en définitive pas intéressée. Plus encore : elle croyait en l'innocence quelconque de Théodore. Il ne savait rien.
Machinalement, elle rassembla aussi ses affaires et se leva. L'heure était terminée, écourtée par les bons vouloirs du Serpentard, et même si les lieux étaient agréables, la jeune femme préférait la salle commune de sa maison et retrouver ses compagnons.
Elle passa devant une rangée de buissons couverts d'épines, puis s'arrêta brusquement et se retourna. Avait-elle encore rêvé ?
Doucement, Hermione revint sur ses pas. Là encore, le bruit. Tel un grondement réprimé et guttural, peu humain. Elle déglutit et répéta son manège. Le son semblait suivre sa progression, montait crescendo au fur et à mesure de ses pas et redescendait aussi vite quand elle s'éloignait. Elle se tourna pleinement devant la forêt. Il y avait quelque chose, elle en était désormais certaine.
Au lieu de rebrousser chemin jusqu'à l'école pour avertir Harry ou même Ron, la jeune femme avança prudemment. C'était dans ce coin précis de buissons que le grondement avait été le plus prononcé, là où le sol était si fertile qu'on ne pouvait plus le distinguer. Soudain, la proximité des bois ne lui apparaissait plus si ragoûtante. Les hauts arbres étaient brusquement menaçants et sa végétation dense appelait à l'imagination la plus sordide. Elle sortit pourtant sa baguette et écarta les premières branches.
Son cœur loupa un battement. Rien.
Cependant, le grognement reprit. Et cette fois, davantage puissant et incontrôlable, comme pour la maintenir à distance.
Ses sourcils se froncèrent, les battements dans sa poitrine s'accélérèrent. Hermione écarta d'un geste plus franc les branchages épineux, et elle put discerner un champ de fougères à foison. Elle se contorsionna pour s'avancer entre les buissons en évitant que les épines s'accrochent dans son uniforme et s'arrêta presque brutalement dans son entreprise. Une sensation humide sous ses doigts lui fit remonta la main à la hauteur de son visage.
Du sang. Un frisson remonta la colonne vertébrale de la jeune femme. Malgré sa couleur un peu brune, il semblait assez frais.
La peur lui nouait l'estomac mais elle fit de nouveau un pas, la baguette tendue droit devant elle avec l'idée d'immobiliser la moindre créature vivante qui se présenterait à elle. Hermione était allée trop loin pour reculer maintenant. La curiosité était plus puissante que sa raison.
Elle traversa entièrement le buisson et se tint devant les fougères. Une brise agitait le fourré au même rythme que les feuilles des arbres. Les plantes à ses pieds étaient étrangement tapissées du même sang qui imprégnait sa main. Ce dernier était à première vue plus abondant, et également sec. Elle suivit des yeux les traces éloquentes, jusqu'à remarquer une queue touffue qui balayait le sol de manière mécontente, et qui, dans son mouvement, faisait battre la végétation dans le sens contraire du vent.
Hermione inspira profondément, domptant sa peur. Son attention ne resta que peu de temps focalisée sur la queue énervée. Son regard remonta jusqu'à une masse de poils blancs camouflés sous le tapis de plantes. Une colonne vertébrale hérissée, des pattes puissantes, une encolure large. L'animal lui tournait visiblement le dos. Néanmoins, sa gueule était bel et bien dirigée vers elle, dans une position inconfortable. Quand le regard de la jeune fille croisa les deux yeux gris pâles, ses babines découvrirent ses crocs. Un loup.
La Gryffondore réalisa que la bête ne bougea pas d'un poil en dépit de ses grognements agressifs.
Elle mit ses mains en évidence, comme pour rassurer l'animal et, sans gestes brusques, elle se déplaça dans les fougères de manières à l'apercevoir tout entier.
Les yeux glacials la suivirent attentivement et sa gueule continuait de gronder, sans fin. En essayant tant bien que mal de garder à la fois un œil sur le loup et un œil sur les racines dissimulés sous ses pas, Hermione prit tout son temps. Sa respiration s'apaisa au fil des minutes : si la bête pouvait l'attaquer, elle l'aurait déjà fait. De toute évidence, un détail l'en empêchait.
Elle fit rapidement le rapprochement entre le sang vicié et l'animal incapable de mobilité à ses pieds. Hermione le contourna minutieusement, en maintenant sans ciller le regard de la bête. Son souffle était plus calme que son adversaire et la jeune femme avait cela à son avantage. Elle avait lu suffisamment de livres sur les animaux pour comprendre que plus forte et ferme que lui elle se montrerait, moins le prédateur souhaiterait la défier ou la confondre avec une proie.
Et puis, elle avait sa baguette. Au cas où les choses tourneraient mal. La guerre lui avait conféré de nombreux et vifs réflexes. Après avoir été confrontée à des Mangemorts sanguinaires et déments, Hermione prit conscience que le loup l'intimidait beaucoup moins.
Était-ce le goût du danger ? De l'adrénaline ? Quoi qu'il en soit, les crocs découverts et ce regard bestial n'arrivaient pas à la cheville de la noirceur et des ténèbres qu'elle avait pu observer et subir parmi des êtres aussi infâmes que les Mangemorts. Ici, ce n'était qu'un animal. En mauvaise posture. Ses instincts et son intelligence n'était pas aussi aiguisés qu'un humain. Il ne pouvait pas tourner aussi fou.
Elle avait peur, toutefois. Elle n'était pas aussi téméraire pour avouer le contraire. Mais, elle avait connu pire. Et contrairement au danger qu'elle avait côtoyé de près, cette découverte avait davantage le goût d'émerveillement.
Il s'agissait d'un loup. En chair et en os. Il était sûrement un loup splendide sans la couche sale qui maculait son pelage blanc. Ses poils étaient recouverts de terre, d'un semblant d'algue et du même sang brun et séché qu'elle avait entraperçu sur les fougères. Faisant face au second flanc de la bête, Hermione comprit rapidement l'immobilité de l'animal et la provenance de ce vermeil qui parsemait les lieux. La bête était blessée.
- Oh, pauvre bête...
Malgré la menace constante du grondement, elle s'accroupit pour voir la blessure de plus près. Ses yeux quittèrent ceux du loup pour se poser sur la plaie. Cette dernière était infectée. Le poil s'était collé au sang et il était difficile de se rendre compte des dégâts. La couleur du sang témoignait malheureusement de l'infection.
Draco Malfoy aurait bien voulu prendre ses jambes à son cou. Il aurait bien aimé lui sauté dessus si possible aussi. Mais, il était là, sans force et vidé de toute énergie, à se contenter de monter les crocs comme un vulgaire chien de garde. La haine le maintenait éveillé et agitait son estomac de telle façon qu'il avait presque envie d'en rendre le maigre contenu. Comment se faisait-elle que la Gryffondore soit encore là ? Devant lui ? Ne devrait-elle pas fuir ?
Elle tendit une main légèrement tremblante vers sa cuisse et le jeune homme reprit ses esprits. Il avança le cou pour l'atteindre. Ses dents claquèrent dans le vide, frôlant sa peau quand Granger retira ses doigts.
- Du calme, reprit-elle en montrant en évidence ses mains. Je ne suis pas là pour te faire du mal.
Comment allait-elle s'y prendre ? Hermione s'agenouilla calmement sur le sol et inspira profondément. De toute évidence, cet animal avait besoin d'aide. Et depuis combien de temps ? Traînait-il auprès de l'école à cause de son état ? La jeune femme ne pouvait pas voir la blessure d'aussi loin, elle allait devoir trouver le moyen de s'approcher.
Elle ne pouvait s'imaginer rebrousser chemin, reprendre la direction du château, et s'endormir tranquillement le soir dans son lit en sachant qu'il y avait un animal, au dehors, qui était dans une aussi misérable position... L'infection était avancée, elle ne se soignerait pas seule. Et dans de telles conditions, il avait de fortes chances de mourir.
Hermione déglutit.
- N'aies pas peur, chuchota-t-elle, d'une voix voulue rassurante. N'aies pas peur.
Peur ? Draco n'avait certainement pas peur d'elle. Toutes ses tripes hurlaient à la jeune fille de dégager d'ici par haine. Pas par peur. Pour qui se prenait-elle ?
Il dut malheureusement réaliser que pour elle, comme pour tant d'autres, il n'était pas Malfoy. Il était une bête, un loup. Dangereux, porté par ses instincts, voisin des chiens domestiques. Il ne sut si cette constatation le rassura ou l'affecta. Il était à la fois confortable et insupportable que Granger ne sache pas à qui elle avait à faire.
Hermione tenta une main vers le flanc ensanglanté quand le grondement du loup ne fut plus qu'un murmure. La bête faillit de nouveau refermer ses crocs sur ses doigts. Et cette fois, ses canines laissèrent dans sa chair une empreinte. Rien de grave ou de profond, mais la jeune femme sentit son rythme cardiaque faire une envolée.
- Non ! lâcha-t-elle d'un ton fort et ferme.
Elle croisa le regard glacial et sa poitrine se gonfla.
- Non !, répéta Hermione.
Surpris, Draco sentit l'instinct du loup répondre d'emblée. Se sentant vulnérable face à cette soudaine autorité, celui-ci abdiqua, au-delà de la haine humaine qui le rongeait pourtant. L'animal avait l'air de bien mieux mesurer sa position de faiblesse que le sorcier. Si l'égo n'était pas un sentiment inconnu du loup, ce dernier savait quand se rendre.
Sa gorge continua de vibrer, marquant son mécontentement avec sa part animale, mais il baissa la tête.
Satisfaite de son audace soudaine, Hermione laissa échapper un bref soupir. Quelque part, elle avait de la chance que le loup soit blessé ; En de meilleures conditions, elle n'aurait jamais pu avoir le dessus, qu'importe la fermeté de sa voix. Elle aurait eu l'air d'un ennemi, ou pire, une proie. Comme bête, ce loup-ci était plutôt massif et imposant.
Sans geste brusque, elle attrapa son sac et en retira un vêtement de rechange plié dans le fond. La Gryffondore se leva, repéra la rivière non loin de là, et s'y dirigea à reculons pour ne pas quitter des yeux l'animal. Quel que soit son état de faiblesse, il fallait rester vigilent. Elle roula le t-shirt en boule et le plongea dans l'eau, jusqu'à ce qu'il soit entièrement imbibé.
Ensuite, elle revint à l'animal.
- Chut, murmura-t-elle. Je ne vais pas te faire de mal. Je vais nettoyer ta plaie. Ne bouge pas.
Elle parlait davantage pour se rassurer que rassurer le loup qui ne comprenait sûrement pas un mot de ses bavardages. Le souffle bloqué dans sa gorge, Hermione approcha une nouvelle fois la main vers la cuisse blessée. Doucement, en tremblant légèrement, elle appliqua le linge humide.
Le loup tressaillit, mais ne la chassa pas. Elle se rapprocha avec lenteur, tout en nettoyant prudemment le sang entremêlé aux poils.
L'eau aida le pelage à libérer la blessure. Au bout de plusieurs allers-retours à la rivière et à force de patience, Hermione put distinguer un peu mieux ce qu'il en était. L'infection s'était propagée et de la blessure émanait un léger parfum de pourriture. Ce n'était pas très peau. La peau avait été littéralement arrachée. Elle pressa le t-shirt sur la chair à vif, débarrassant le loup des caillots de sang et de la boue séchée qui obstruaient la plaie. Il lui faudrait davantage de temps pour tout nettoyer et encore plus pour soigner cela. En risquant un regard vers les lieux assombris, elle soupira. Le loup allait devoir passer une nuit de plus dans cet état.
- C'est mieux.
Elle essora le linge qu'elle mit de côté dans une poche de son sac et se lava les mains dans l'eau. Un regard au loup lui indiqua qu'il s'était endormi.
Ou du moins, il faisait semblant. Draco avait fermé les yeux pour ne plus la voir. Il s'était fermé hermétiquement à la Gryffondore. Il se concentrait sur les effluves de la forêt et que le vent apportait, pour ne pas respirer le parfum de la jeune fille et le parfum de ses émotions. Il ne s'autorisait qu'à ressentir la morsure de l'eau froide et la douleur de son contact, refusant de prendre en compte les mains qui tatillonnaient sa peau pour observer sa blessure. Tout était mieux qu'elle.
Et tant qu'il prétendait qu'elle n'existait pas, la haine le laissait tranquille.
- Je reviendrais demain.
A ces mots, pourtant, il ouvrit un œil, puis l'autre. Il revint à la réalité bien trop brutalement à son goût. Ses babines se retroussèrent mais aucun son n'en sortit. La jeune femme ne sembla pas s'en formaliser.
Au contraire, elle remit en place les fougères écartées au dessus de lui, comme pour le camoufler aux autres yeux et à ceux de possibles prédateurs, puis elle se faufila entre les buissons comme à son arrivée. Distrait, Draco écouta le bruit de ses pas sur le sol et sa longue promenade jusqu'aux portes de l'école. Lui qui s'était maintenu à distance flaira finalement ses émotions. Elle était épuisée, mais la détermination et la curiosité maladive la dévoraient entièrement.
Il aurait préféré qu'elle ne revienne pas. Pas elle, parmi tous les élèves de Poudlard. Pourquoi n'était-ce pas Théodore qui l'avait trouvé ? Il s'était tenu là un moment plus tôt, lui aussi. Pourquoi elle et toujours elle ? Pourquoi se sentait-elle toujours autant concerné par ce qui ne la regardait pas ?
Pour Draco, il était tout simplement impossible que l'on puisse s'approcher d'un animal ou chercher à le soigner de manière désintéressée. S'en irait-elle chercher Mc Gonagall à la fin ? Les professeurs le chasseraient-ils ?
Il secoua la tête pour chasser ses pensées et risqua un regard à sa blessure. Il pouvait la distinguer de nouveau. Ses poils n'étaient plus collés à lui comme de la glu et le sang ne formait plus cette couche ingrate et puante. En revanche, c'était loin d'être réellement propre. La peau à vif était boursoufflée et présentait tous les signes d'une infection –ce qu'il savait déjà, la fièvre s'était chargée de le maintenir au courant.
Difficilement, il se replia contre lui-même comme un fœtus. La position n'était pas plus confortable pour son flanc mais il se sentit réchauffé et en sécurité.
Son plus profond ressenti ne changeait néanmoins pas ; Le loup doré l'avait fourré dans les emmerdes jusqu'au cou. C'était un désastre.
29 septembre, salle commune des Serpentard (Poudlard). Royaume-Uni.
Théodore remonta du dîner après avoir fait un détour par les cuisines. Il franchit le portrait intimidant qui ouvrait sur sa salle commune avec une assiette garnie dans les mains. Il n'eut pas besoin de frapper à la porte du dortoir des filles, il trouva Pansy au beau milieu de la pièce.
Son amie avait envahi les lieux et tenait ses camarades à distances. Elle s'était appropriée le canapé le plus confortable, et pourtant, elle s'était installée à même le sol sur le tapis. Tout autour d'elle, sur la table basse comme sur les coussins dans son dos, des parchemins éparpillés, des notes, et des livres. Sa concentration était au maximum et sa plume grattait le papier aussi vite que ses pensées. Le garçon soupira et déposa l'assiette bien en vue.
- Je ne t'ai pas vu dans la Grande Salle, dit-il.
- Occupée.
- Je vois ça.
Il fit de la place sur le sofa pour s'installer mais la jeune femme le réprimanda. Elle arracha des mains les parchemins qu'il tenait et les réorganisa dans l'ordre avant de les étaler ailleurs.
- Je pensais que tu étais encore fâchée.
- Pourquoi serais-je... ? Oh. Tu es encore dessus.
Théodore esquissa un sourire. Malgré ce qu'elle disait, il savait qu'elle était rancunière et lui en voulait encore. Ils ne s'étaient pas réellement adressé la parole depuis le devoir en binôme dans les serres. Et, comme chaque fois, il était celui qui faisait le premier pas vers la réconciliation. Il la poussa légèrement du coude, ce qui la fit soupirer.
- Lâche un peu du lest. Et là, je parle de ce que tu fais. Mange un peu !
La jeune fille le regarda droit dans les yeux tout en piochant un peu de nourriture, puis, la bouche pleine, reprit ses occupations.
- Content ?
- Hum. Je constate que tu es véritablement occupée, surtout... Ça ne te ressemble pas.
- Je suis à la bourre.
- Et que fais-tu ?
- Abbott me met dans la merde. Elle n'est pas venue au rendez-vous aujourd'hui et on a un devoir à rendre demain !
- Elle a peut-être eu un empêchement. Vois demain avec le professeur.
- On a eu deux semaines pour le faire... Elle n'a pas arrêté de reporter et même d'écourter nos séances. Tout ça pour voir « son petit ami ». Quelle cruche.
Théodore posa une main compatissante sur son épaule. Il savait malheureusement que la personne en difficulté dans un tel duo n'était pas celle qui venait de l'Ordre, quelle que soit ses torts. Ce serait Pansy et rien que Pansy qui prendrait les reproches. Il n'avait jamais vu son amie réellement assidue et préoccupée par ses études auparavant, son angoisse était palpable.
- As-tu besoin d'aide ? J'ai sûrement fait ce devoir... Ça ne me dérange pas.
- Non. C'est mon devoir. Mais...
- Oui ?
Pansy posa un instant sa plume et lui adressa un sourire penaud.
- J'ai la gorge sèche, à vrai dire. Je n'ai pas bu depuis des heures.
- Je peux m'en charger.
Il se leva et s'étira, prêt à se diriger vers sa chambre pour lui apporter un verre d'eau. Pansy le retint d'un regard, un de ces regards qui voulaient dire beaucoup pour lui et que tant de monde n'y avait pas le droit. Ses yeux étaient teintés tout simplement de sympathie et de gratitude.
- Merci infiniment pour le dîner, Théo.
Votre avis sur ce chapitre 05 ?
Encore et encore des éléments dissimulés par ci, par là, qui n'ont l'air de rien mais... Non, stop, je ne vous en dis pas plus :D
J'espère en tout cas que ce nouveau chapitre vous a une nouvelle fois plu !
Le chapitre 06, qui verra le jour le mois prochain, n'a pas été simple à écrire non plus. D'ailleurs, je l'ai fini seulement hier. Quand viendra son tour d'être publié, j'espère qu'il saura vous enchanter également.
A bientôt,
Syth.
