Ce chapitre est Rated M pour torture! Âme sensible, s'abstenir!

Disclaimer : Narnia et ses personnages appartiennent tous à C.S. Lewis. Lorysha et Ethan m'appartiennent, ainsi que mes idées.

Fighting for the Light : Broken

Chapitre 5 : Jusqu'à la Table de Pierre

Le Prince Caspian avait été mené jusqu'à la Table de Pierre par les Narniens et il était maintenant en pleine négociations. Certes, il avait soufflé dans la trompe, mais cela ne voulait pas dire que les Narniens le suivraient aveuglément pour autant. Et, comme il s'y attendait, les négociations se passaient, pour le moment, très mal. Tous les Narniens détestaient son peuple et le portaient responsable pour les crimes de ses semblables. Les cris fusaient de toutes parts et Caspian ne savait plus où donner de la tête. Nikabrik, accompagné des Minotaures, était celui qui criait le plus fort pour qu'on le mette à mort et qu'on n'en parle plus.

« Ce que cette trompe nous prouve, c'est que les Telmarins nous ont volé plus de choses qu'on ne l'imaginait !, s'écria Nikabrik.

-Je ne vous ai rien volé du tout !, se défendit le Prince.

-Rien volé ? Voulez-vous qu'on dresse la liste de tout ce que les Telmarins nous ont pris ?, enchérit un Minotaure.

-Nos terres !, s'écria une femme Centaure.

-Notre liberté ! », fit un guépard.

Le guépard fut acclamé par tous les Narniens, et Caspian commençait à désespérer. Comment allait-il les faire changer d'avis ? Comment allait-il leur prouver qu'il voulait leur bien et qu'il voulait leur rendre leur liberté et leurs terres ?

« Vous me tenez pour responsable de tous les crimes commis par mon peuple ?, fit-il, choqué.

-Responsable, commença le nain Nikabrik, et punissable !

-Ah ! Ça, c'est la meilleure venant de toi, Nikabrik !, intervint Ripitchip. Aurais-tu oublié que c'est ton propre peuple qui s'est battu aux côtés de la Sorcière Blanche ?

-Et je le referais bien volontairement afin de nous débarrasser de ces envahisseurs !, répliqua-t-il en s'éloignant.

-Estimons-nous heureux que tu n'aies pas le pouvoir de la ramener à la vie, dans ce cas, fit Chasseur-de-Truffes. Mais peut-être veux-tu suggérer à ce jeune homme de prendre la relève contre Aslan ? »

Cette remarque fut accueillie par les grognements furieux des félins et les rugissements des Minotaures et des Centaures.

« Certains d'entre vous ont oublié, mais les blaireaux ont bonne mémoire. Narnia ne fut jamais en paix, hormis lorsqu'un Fils d'Adam était Roi.

-C'est un Telmarin !, fit Nikabrik avec haine. Pourquoi voudrait-on de lui comme Roi ? »

Les autres Narniens l'acclamèrent avec des « Bien dit ! » et des « On ne veut pas du Telmarin ! ». Caspian soupira et répondit :

« Parce que je peux vous aider. »

Tous se turent petit à petit. Ils étaient impatients d'entendre ce que le Prince allait proposer.

« Par-delà ces bois, je suis un Prince le trône de Telmare me revient de droit ! Aidez-moi à le reprendre, et je ferai régner la paix entre nous ! »

Un Centaure s'avança au centre du cercle qu'avaient formé les Narniens et parla :

« Il dit vrai. L'heure a sonnée. J'observe les cieux, car il m'appartient de les observer comme il t'appartient de te souvenir, blaireau. Tarva, Seigneur de la Victoire, et Alambyl, la Dame de la Paix, se sont donnés rendez-vous en ce jour dans la voûte céleste. »

Il portait maintenant son regard sur le Prince.

« Et c'est ainsi qu'un Fils d'Adam est venu jusqu'à nous dans le but de nous rendre notre liberté.

-Est-ce possible ?, intervint un petit écureuil en s'adressant à Caspian. Pensez-vous réellement que la paix soit possible ? »

Le Prince se tourna vers l'écureuil et lui sourit avec bienveillance.

« Il y a deux jours, je ne croyais pas à l'existence des animaux qui parlent, ni aux nains, ni aux Minotaures, ni aux Centaures. »

Il s'adressait maintenant à tous les Narniens présents, et il leva la trompe.

« Et vous êtes là, en force, plus nombreux que les Telmarins n'ont pu l'imaginer. Alors que cette trompe soit magique ou non, nous sommes réunis grâce à elle aujourd'hui. Et ensemble, nous avons une chance de reprendre ce qui nous appartient ! »

Le Prince Caspian se tourna vers le Centaure, qui lui dit :

« Si vous devenez notre guide, moi et mes fils mettons nos épées à votre disposition. »

Il tira sa grande épée de son fourreau et la plaça devant lui, comme pour prêter serment à Caspian. Ses trois fils ainsi que sa femme en firent de même, et bientôt, ce furent tous les Narniens qui se joignirent aux Centaures.

« Et nous vous offrons notre vie, ajouta Ripitchip. Sans réserve.

-L'armée de Miraz ne doit plus être bien loin, Sire, dit Chasseur-de-Truffes.

-Pour les attendre de pied ferme, il nous faut nous empresser de trouver des soldats et des armes ! Je pense qu'ils seront bientôt là… »


Quelques heures plus tôt

Les Pevensie, Trompillon, Lorysha et Ethan avaient finalement rebroussé chemin pour tenter de traverser la rivière à un autre endroit. Ils avaient parcouru encore quelques kilomètres dans les bois et il commençait à faire nuit. Ils étaient arrivés à deux-cents mètres de la plage lorsqu'ils entendirent des cris d'hommes, comme si quelqu'un donnait des ordres. Ils se regardèrent, inquiets, et décidèrent de continuer à avancer avec prudence. Lorsqu'ils furent à la lisière de la forêt, ils virent les énormes constructions en bois des Telmarins. Ils se cachèrent derrière des arbres fraîchement coupés et entassés et observèrent la scène : les Telmarins coupaient les arbres de la forêt dans le but de créer un pont afin de traverser la rivière tumultueuse.

« C'est pas bête, ce qu'il font, fit remarquer le petit Ethan.

-Certes, mais ça nous empêche de passer sereinement, du coup… », répondit sa sœur.

Des hommes passèrent près d'eux et la petite troupe se baissa. Lorysha se cogna contre Edmund, mais elle ne se retira pas, de peur que les Telmarins ne les repèrent. Lorsqu'ils furent passés, elle s'éloigna un peu de lui et se serra plus contre son frère, qui lui fit un sourire narquois. Edmund ne dit rien, mais il était intrigué par le fait qu'elle ne semblait pas supporter le moindre contact humain, à part avec son petit frère.

« Ce n'était peut-être pas une bonne idée de passer par ici », fit remarquer Susan à Peter.

Celui-ci leva les yeux au ciel et la troupe tourna le regard vers les constructions des Telmarins. Ils étaient extrêmement bien armés et bien préparés. Comment allaient-ils pouvoir traverser sans se faire remarquer ?

Soudain, des cavaliers arrivèrent de la forêt : c'était Miraz, accompagné de quelques hommes. Il venait voir l'avancée du pont. Il passa devant les Pevensie et leurs compagnons, qui s'étaient de nouveau baissés.

« Et merde », fit Lorysha entre ses dents.

Elle avait failli ne pas se baisser, mais Edmund l'avait agrippée et serrée contre lui pour ne pas qu'elle ne se fasse remarquer. La brune grogna légèrement mais se laissa faire. Les cavaliers passèrent, et Edmund lâcha immédiatement la jeune fille.

« Merci, grogna-t-elle.

-Y a pas de quoi, fit le brun, amusé par son comportement.

-Le plus sûr serait de faire demi-tour », dit Trompillon.

Peter hocha la tête, s'accroupit et s'éclipsa discrètement, bientôt suivit des autres. Ils retournèrent dans la forêt et cherchèrent un lieu sûr, où les Telmarins ne les verraient pas. La troupe opta finalement pour la falaise où Lucy avait cru apercevoir Aslan quelques heures plus tôt. Ils se mirent en route, mais leur avancée était longue et laborieuse, car tous étaient maintenant fatigués.


Une fois arrivés à leur destination, Lucy mena la marche et retourna à l'endroit où elle avait aperçu le Lion. Les autres la suivirent, mais la plupart d'entre eux n'étaient pas enthousiastes, Lorysha la première. Durant le trajet, elle s'était tenue le plus à l'écart que possible d'Edmund, toujours gênée par le contact physique qu'ils avaient eu. Cela semblait amuser le brun et cela ne fit que l'énerver davantage. Elle était exténuée, et elle ne savait pas combien de temps elle pourrait encore tenir debout. C'était la même chose pour son frère. Les deux n'avaient aucune endurance, et la deuxième montée fut très difficile, d'autant plus que cela faisait maintenant sept heures qu'ils n'avaient rien mangé.

« Alors ?, demanda Peter à sa petite sœur. Où as-tu cru voir Aslan, précisément ? »

Lucy regarda d'abord son frère, puis tous les autres, d'un regard indigné et plein de reproches.

« J'aimerais que vous arrêtiez de parler et de vous comporter comme des grandes personnes. Je ne crois pas avoir vu Aslan, je suis persuadée de l'avoir vu. »

Elle passa devant Trompillon pour chercher l'endroit exact où elle l'avait vu et le nain affichait une mine déconfite.

« Je suis une grande personne », marmonna-t-il.

Sa remarque fit rire Edmund, qui se trouvait à côté de lui, ainsi qu'Ethan, qui s'était rapproché de Lucy.

Lucy s'était arrêtée vers le bord de la falaise et se penchait légèrement.

« Il était exacteme… »

Le bord s'écroula soudainement sous Lucy et celle-ci poussa un hurlement déchirant.

« Lucy !, hurlèrent tous les autres en s'approchant à leur tour du bord.

-Ici ! », s'écria la petite voix en-dessous d'eux.

Lorysha et Peter se penchèrent et aperçurent la petite fille juste sous eux il y avait un passage et il pouvait maintenant traverser la rivière en toute sécurité.

« Venez ! », fit-elle aux autres.

Lorysha échangea un regard avec Peter et celui-ci se mit à la suite de Lucy. Trompillon se plaça derrière Peter, qui fut suivi de Susan, Lorysha, Ethan et enfin Edmund.


Durant leur traversée, peu de mots furent échangés. La troupe se concentrait sur son passage, car les pierres sur la rivière n'étaient pas très stables. Lorysha dut, à plusieurs reprises, porter son petit frère, qui n'arrivait pas à rester droit. Edmund, qui était plus grand et plus fort, proposa de l'aider à le porter, mais Lorysha refusa : elle ne le confiait à personne. Elle s'était jurée de toujours le protéger, quoiqu'il advienne.

Soudain, Lorysha perdit l'équilibre sous l'effet de la fatigue et du poids d'Ethan, et Edmund la rattrapa de justesse. Elle faillit laisser tomber Ethan mais le retint à temps.

« Tout va bien, derrière ?, demanda Peter en se retournant vers eux.

-Oui, ne t'en fais pas ! », répondit Edmund.

Il remit Lorysha sur pieds et lui prit Ethan des mains.

« Je t'ai dis que je ne voulais pas que tu le portes !, s'écria la belle brune.

-Lo', ça va aller, je lui fais confiance !, s'écria Ethan. Tu ne pourras pas me porter tout le temps, tu es trop fatiguée. Concentre-toi sur toi ! »

Cela provoqua chez Lorysha l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Son frère n'avait jamais refusé son aide auparavant. Il fallait dire aussi qu'il n'avait pas eu réellement beaucoup d'occasions… Lorysha s'était toujours sacrifiée pour son frère elle s'était toujours interposée entre la mégère et lui, faisant barrage pour que le petit Ethan ne reçoive pas les coups. Certes, ce n'était pas la même situation, mais cela causa beaucoup de peine à la jeune fille de quinze ans. Jusqu'à présent, elle n'avait jamais envisagé la possibilité qu'un jour, son frère demande l'aide de quelqu'un d'autre, qu'il n'ait plus besoin d'elle.

« Très bien… », répondit-elle, amère.

Elle confia son frère à Edmund et continua son chemin, tout en gardant un œil sur eux. Edmund sourit timidement à la jeune fille, mais elle ne le lui rendit pas.

« Ne t'en fais pas, je crois qu'elle t'aime bien, chuchota Ethan à l'oreille du brun.

-Comment tu peux savoir ça ?

-Parce qu'elle te repousse. Elle faisait ça au début, avec moi aussi. Et après, elle te laisse la voir comme elle est vraiment. »

Ethan sourit à Edmund et Le Juste lui rendit son sourire. Il verrait bien… avec le temps.


La petite troupe, après la longue traversée de la rivière, avait installé un camp. Ils avaient déroulé les couvertures prises dans le caveau, étaient allés cueillir quelques fruits pour se nourrir et Trompillon et Peter s'étaient chargés du feu. Ils étaient maintenant tous allongés, savourant la douce chaleur que procuraient les flammes. Ethan, Peter et Lorysha s'étaient immédiatement endormis, épuisés par cette journée. Edmund fut le suivant à s'endormir. Lucy, Susan et Trompillon, eux, ne trouvaient pas le sommeil.

« Lucy ?, chuchota Susan.

-Mmmh… », lui répondit sa sœur.

La petite Lucy observait les étoiles, allongée sur le dos, les bras croisés derrière sa tête. Elle pensait à Aslan. Pourquoi n'était-il pas venu à leur rencontre ? Était-ce un test, comme elle le pensait ?

« Pourquoi je n'ai pas vu Aslan ? », lui demanda sa grande sœur, qui s'était assise.

Lucy se tourna vers elle, surprise qu'elle lui pose cette question.

« Tu me crois, au moins ?

-Et bien, nous avons réussi à traverser la rivière… »

Lucy soupira.

« Je ne sais pas. Peut-être que… tu n'en avais pas réellement envie… »

Trompillon, qui était allongé à deux mètres de la petite Lucy, écoutait leur conversation. Lui non plus n'avait pas voulu croire Lucy lorsqu'elle disait avoir vu Aslan. Il pensait qu'Aslan ne reviendrait pas, qu'il les avait tous abandonné pour toujours. Peut-être s'était-il trompé, et qu'il n'avait tout simplement pas voulu croire en son retour. Peut-être que lui aussi, finalement, n'avait pas vraiment envie de voir le Lion.

« Tu savais qu'un jour on reviendrait, dit Susan. Tu l'as toujours su…

-Je l'espérais, répliqua Lucy.

-Personnellement, je m'étais faite à l'idée qu'on ne quitterait plus l'Angleterre… J'avais perdu espoir…

-Mais tu es pourtant bien contente d'être ici, pas vrai ?

-Mais combien de temps allons-nous rester ? », fit Susan en soupirant.

Elle se rallongea et Lucy en fit tout autant. Rapidement, les deux Pevensie s'endormirent à leur tour.


Lorysha était entourée par les ténèbres. Elle se trouvait dans la chambre lugubre de la grande maison emplie de hurlements, de douleurs et des rires sadiques de la mégère. Son petit frère Ethan était recroquevillé dans un coin de la pièce, en position fœtale. Lorysha chercha son frère à tâtons dans le noir et, lorsqu'elle le trouva, l'enlaça. Le petit Ethan se bouchait les oreilles et pleurait. Il n'en pouvait plus, de tous ces cris et ces meurtres dans cette maison. Lorysha ressentait la même chose, mais elle ne devait pas craquer. Elle devait protéger son frère à tout prix. Elle le serra encore plus fort contre elle, et, lorsque la mégère ouvrit la porte, elle les vit au fond de la pièce, fermant les yeux très fort comme pour tenter de s'isoler, de créer leur propre monde de bonheur et de paix. Elle ricana en les voyant ainsi. Lorysha ouvrit les yeux et lâcha immédiatement son frère. Elle peinât à se mettre debout, sa côte cassée la faisant énormément souffrir. Elle aperçut le visage de la mégère c'était un visage ravagé par le sadisme et la rage. Elle tenait un couteau de cuisine à la main.

« Maman ne vous a pas oubliée, mes petits. Je viens m'occuper de vous. »

Ethan se recroquevilla encore plus et commença à pleurer. Les yeux de Lorysha brillaient de rage.

« Salope ! Pourquoi tu fais ça ? »

La mégère s'avança à hauteur de la brune et lui asséna un violent coup de poing. Lorysha tomba à terre en crachant du sang. Son visage heurta un clou qui sortait du parquet, et elle cria sous l'effet de la douleur. La mégère ricana d'un rire fou et s'avança ensuite vers Ethan. Le petit fermait ses yeux très fort et avait bouché ses oreilles, mais il pleurait. Il savait que, tant que lui ne recevait pas les coups de la mégère, c'était Lorysha qui les recevait. Combien de temps encore avant que la mégère ne se décide enfin à la tuer pour de bon ? Lorysha était trop provocatrice… La mégère finirait par se lasser d'elle et elle la tuerait pour s'amuser, d'une mort lente et douloureuse.

Lorysha mit son pied devant la mégère et celle-ci trébucha. Elle tomba à quatre pattes et lâcha son couteau. C'était maintenant ou jamais, pensa la brune. Elle tenta de prendre le couteau qui avait glissé des mains de sa propriétaire et se trouvait entre elle et la mégère. Cette dernière hurla de rage face à l'attaque de Lorysha. La jeune fille voulut récupérer le couteau, mais la mégère fut plus rapide. Elle saisit le couteau et le planta dans la cuisse de Lorysha, qui hurla à plein poumons.

« Ça t'apprendra à vouloir faire ta maligne ! », cria la mégère en tordant le couteau dans la jambe de la brune.

Elle le retira lentement pour faire souffrir sa victime encore plus, puis reporta son attention sur Ethan.

« A ton tour, maintenant.

-NONNNN ! », hurla Lorysha en se réveillant en sursaut et en sueur.

Sa respiration était forte et saccadée.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? », demanda un Peter encore à moitié endormi.

Lorysha regarda autour d'elle et vit qu'elle avait réveillé les autres en hurlant. Ethan courut se réfugier dans les bras de sa grande sœur pour lui apporter du réconfort, et celle-ci éclata en sanglots dans les bras de son frère.

« Tu es là… Tu vas bien… Tu es là… »

Tous les regards étaient portés sur eux. Peter était debout, ne sachant que faire. S'il tentait de s'approcher d'eux, Lorysha risquait de l'attaquer ou de s'en aller au courant, son frère dans les bras, afin de le protéger. Qu'est-ce qu'ils avaient bien pu donc vivre pour qu'ils soient dans cet état-là ? Les Pevensie et Trompillon échangèrent des regards inquiets et pleins d'interrogations. Comment pouvaient-ils les aborder ?

« Lorysha… », tenta Lucy en s'approchant lentement d'eux.

Ethan tourna le regard vers elle et lui fit un sourire triste, tandis que Lorysha ne réagissait pas.

« Lo', fit la petite voix d'Ethan.

-Qu… quoi ?, demanda-t-elle entre deux sanglots.

-Lucy veut te parler. »

Elle se détacha très lentement d'Ethan et porta des yeux rouges et bouffis sur la petite fille. Elle ne dit rien, et Lucy demanda la permission de s'approcher plus. Lorysha hocha la tête après un temps de réflexion, et Lucy enlaça la jeune fille, sous les regards surpris des autres. Après quelques instants, Lorysha rendit son étreinte à Lucy, et celle-ci sourit.

« Tu veux en parler ? », demanda-t-elle d'une voix douce.

Lorysha ne répondit pas, mais secoua furieusement la tête. Elle devait garder ses démons pour elle-même.

Edmund échangea un regard avec son frère. Lucy avait réussi à l'approcher, c'était un bon début.

Une fois que la jeune fille était calmée, Lucy se détacha d'elle et lui caressa les cheveux, ce qui fit légèrement rire Lorysha, bientôt suivit de la plus jeune des Pevensie.

« Merci, lui dit-elle. Vous pouvez retourner vous coucher. Ça va aller, maintenant. »

Lucy lui sourit et retourna auprès de sa sœur tandis que Trompillon et Peter allèrent eux aussi se coucher. Ethan resta un moment auprès de sa sœur et Edmund s'assit près du feu, qu'il raviva. Une fois Ethan endormit, Lorysha se leva et alla s'asseoir sur des pierres un peu plus loin. Elle savait que, en s'éloignant du feu, elle aurait bientôt froid, mais elle s'en fichait. Elle avait besoin de s'éloigner un peu, mais en gardant toujours un œil sur son frère. Elle était encore secouée par le cauchemar. Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait un rêve comme celui-ci, mais elle espérait qu'en arrivant à Narnia, ils s'arrêteraient. Apparemment, elle avait tort.

Elle vit Edmund s'approcher d'elle et elle soupira.

« Je ne veux pas en parler, dit-elle alors qu'il s'asseyait à côté d'elle.

-Très bien, je ne te forcerai pas, répondit-il. Mais je reste à côté de toi. »

Lorysha le regarda, touchée. Elle ne l'avouerait pas, mais elle aimait bien Edmund. Quelque chose chez lui l'attirait, mais elle ne savait pas quoi. Elle lui sourit légèrement, et le brun lui fit un clin d'œil. Pendant un moment, ils restèrent tous les deux silencieux, ils se contentaient d'écouter les respirations rythmées des autres, et les légers ronflements de Trompillon. Puis, ne tenant plus le silence, Edmund commença à parler :

« J'ai trahit mon frère et mes sœurs la première fois que nous sommes venus à Narnia. »

Lorysha tourna un regard surpris vers le brun, et celui-ci lui fit un petit sourire triste, ses yeux emplis de regrets et de souvenirs apparemment lointains.

« Lucy est entrée la première, comme je te l'ai dit auparavant. Je suis entré ensuite, mais je suis tombé sur Jadis, la Sorcière Blanche. J'étais très jeune à l'époque et j'étais inexpérimenté. En plus, j'en voulais énormément à mon père d'être partit à la guerre et j'en voulais à notre mère pour nous avoir en quelque sorte abandonnés et envoyés vivre chez un Professeur que nous ne connaissions pas. J'en voulais à Peter pour être celui qui devait veiller sur nous, et j'en voulais à Lucy pour être celle qui devait être à tout prix protégée, étant donné son très jeune âge. Jadis m'a trouvé et je lui ai tout raconté en échange de friandises. J'ai quasiment vendu mon frère et mes sœurs pour rien, et je m'en voudrai toute ma vie, bien qu'ils m'aient pardonnés. »

Lorysha l'écoutait, son menton posé sur ses mains, fascinée. Elle avait remarqué qu'Edmund avait une aura différente de celle de Peter ou de ses sœurs, mais elle ne s'imaginait pas ça.

« Ensuite, quand ce fut au tour de Susan et de Peter d'entrer dans ce monde, Jadis m'avait fait une promesse : elle m'avait dit que je deviendrai Roi et que Peter et les autres seraient mes sujets, mes esclaves. J'étais très jaloux à l'époque, et tout ce que je désirais, c'était voir Peter s'agenouiller devant moi. Je ne me suis rendu compte de mon erreur que bien tard, lorsque je me suis rendu à son palais seul et qu'elle m'a fait prisonnier et qu'elle m'a torturé pour ne pas avoir amené mon frère et mes sœurs. »

Edmund frissonna à ce souvenir. Il n'avait jamais raconté cela à personne, pas même aux autres Pevensie. Ils savaient qu'il avait été affamé, mais pas que Jadis l'avait quasiment battu à mort et enchaîné, entouré de statues de Faunes et de Centaures qui lui avaient glacé le sang.

Lorysha leva une fois de plus un regard surpris vers le beau brun. Ainsi, lui aussi avait connu cette douleur… Elle ne put s'empêcher de poser sa main sur la sienne en signe de réconfort.

« Je suis désolée… Aucun enfant ne devrait connaître ça… », murmura-t-elle.

Edmund la regarda, surpris par son geste, et serra sa main avec force. Aucun mot ne fut échangé pendant un moment. Lorysha gardait sa main dans celle d'Edmund, maintenant bien plus à l'aise avec lui. Elle n'était cependant pas prête à partager son histoire avec le Roi, elle préférait attendre encore un peu. Pour le moment, elle voulait juste profiter du contact d'Edmund et ne pas retourner dormir, de peur de faire un nouveau cauchemar.


Le lendemain matin, à l'aube, la petite Lucy s'éveilla en sursaut. Elle tenta de réveiller sa sœur, qui grommela dans son sommeil. Elle se leva et observa la petite troupe, encore fermement endormie : Trompillon était allongé à deux mètres d'elle et ronflait joyeusement, Peter se situait de l'autre côté du feu, les bras derrière la tête, et Susan venait de se tourner sur le côté. Ethan avait prit la place d'Edmund et dormait à côté de Peter, les poings serrés et des larmes coulant sur ses joues, comme s'il faisait un cauchemar. Cela attrista Lucy, mais elle se demanda bien vite où étaient passés Edmund et Lorysha. Elle se tourna et les aperçut allongés près des pierres lisses, un peu plus loin dans la clairière où ils avaient installés leur camp. Edmund avait passé un bras autour de la jeune fille et tous les deux semblaient paisibles dans leur sommeil. Un sourire naquit sur le visage de la petite fille et elle partit un peu plus loin, ayant entendu un bruit de branche qui se casse. Elle s'éloigna du camp et atteint une seconde clairière au moment où Peter s'éveilla, bientôt suivi de Lorysha. Peter s'était levé et avait également jugé la petite troupe endormie, et lorsque son regard s'était posé sur son frère endormi aux côtés de la jeune fille brune, il sourit légèrement. Mais il remarqua bien vite l'absence de sa plus jeune sœur et cela l'inquiéta.

« Lucy ? », appela-t-il.

Le silence lui répondit et son inquiétude ne faisait que s'accroître. Pourquoi s'était-elle éloignée du camp ?

Il remarqua que Lorysha était en train de s'éveiller : la jeune fille s'étira et remarqua la présence du bras d'Edmund sur son ventre et elle haussa un sourcil interrogateur. Elle hésita quelques instants puis souleva délicatement le bras du brun pour le poser à terre et se leva. Elle vit que Peter la regardait.

« Salut, lui dit-elle.

-Lucy n'est plus là », fit Peter, paniqué.

Lorysha leva un regard plein de crainte sur le Grand Roi et saisit son arc. Peter alla chercher son épée et, dans un accord silencieux, ils se mirent à la recherche de la plus jeune des Pevensie.

« Tu penses que tu peux marcher sans faire trop de bruit ?, demanda le blond à Lorysha.

-Je peux toujours essayer… », marmonna-t-elle en faisant attention de ne pas marcher sur des branches.

Peter hocha la tête et posa la main sur la garde de son épée, préparé à toute éventualité. Lorysha avait suivi son exemple en encochant une flèche sur son arc, et les deux avancèrent le plus silencieusement possible. Ils savaient que des Telmarins pouvaient se cacher dans les bois pour attirer les Narniens et les tuer. Il fallait qu'ils restent prudents. Ils atteignirent une clairière qui donnait sur une suite d'arbres, et Peter repéra Lucy, un peu plus loin. Un craquement se fit entendre au loin, et Lucy cria :

« Aslan ? »

Peter arriva juste à temps auprès de sa sœur afin de lui poser la main sur la bouche. Lucy leva des yeux paniqués et lorsqu'elle reconnu son frère et Lorysha, elle se détendit. Tous les trois s'étaient accroupis derrière des buissons lorsqu'un Minotaure passa devant eux, armé jusqu'aux dents. Peter et Lucy échangèrent un regard inquiet et le Grand Roi chuchota à Lorysha :

« Reste près de ma sœur, protège-la. »

La brune hocha la tête et Peter s'avança sans bruit en direction du Minotaure. Mais, lorsqu'il voulut l'attaquer, un Telmarin se mit entre eux et lui asséna un violent coup d'épée, que le Grand Roi bloqua avec aise. Il ne se posa pas de question et engagea le combat avec le nouveau venu. Le Minotaure avait apparemment sonné l'alerte, et Lorysha et Lucy échangèrent un regard inquiet.

« Il faut prévenir les autres, dit Lorysha. On y va !

-Mais Peter…

-Peter saura se débrouiller le temps qu'on aille chercher de l'aide ! », la coupa-t-elle.

Les deux filles s'élancèrent donc en direction du campement et hurlèrent pour réveiller les autres, qui s'emparèrent instantanément leurs armes. Ils ne prirent pas le temps de prendre les autres affaires ils devaient aider Peter avant qu'il ne soit trop tard. Lucy courait devant, suivie de Susan et de Lorysha qui avaient chacune préparé leur arc, puis Edmund, Trompillon et pour finir, Ethan. Lorsqu'ils arrivèrent, Peter n'avait plus son épée. Il était armé d'un gros caillou avec lequel il voulait écraser la tête du Telmarin.

« Peter ! », s'écria Susan.

Le Grand Roi arrêta son geste en voyant les Narniens devant eux. Pourquoi ce Telmarin était-il accompagné des Narniens ? Puis, Peter sembla réaliser qui il était et posa le caillou à terre.

« Prince Caspian ? », demanda-t-il.

Le Prince se releva et demanda avec hargne :

« Oui. Et qui êtes-vous ? »

Le Prince prit le temps d'observer la petite troupe, puis il regarda l'épée du Grand Roi. Son précepteur lui ayant à maintes reprises parlé des Rois et des Reines de l'Ancien Temps, il n'eut aucun mal à comprendre qui ils étaient.

« Grand Roi Peter ?, demanda le Prince Caspian, à présent gêné.

-Je crois que vous nous avez appelés, fit-il en reprenant la contenance d'un roi.

-En effet, dit Caspian, troublé. Mais je vous imaginais plus âgés…

-Nous pouvons revenir dans quelques années, dans ce cas », ironisa Peter.

Susan leva les yeux au ciel, excédée du comportement arrogant de son frère.

« Non, non, c'est très bien !, s'écria Caspian. C'est juste que… vous n'êtes pas tout à fait ce que j'avais imaginé… »

Son regard s'arrêta sur Susan, qui lui sourit. Lucy et Lorysha échangèrent un regard quand ils virent le Prince et la Reine Susan se sourire.

« Et qui êtes-vous ?, demanda-t-il à Lorysha et Ethan.

-Ça se voit tant que ça qu'on est pas Roi et Reine ?, chuchota Ethan à Lorysha, qui sourit en coin.

-Je m'appelle Lorysha, voici Ethan. Nous pensons que la trompe nous a également fait venir à Narnia, mais nous en ignorons la raison.

-Très bien, fit Caspian.

-D'ailleurs, nous étions loin de nous imaginer que vous vous seriez allié avec les Minotaures, fit Edmund, se souvenant que trop bien des Minotaures servant la Sorcière Blanche.

-Un ennemi commun peut rassembler les pires ennemis, fit Chasseur-de-Truffes.

-Nous attendions impatiemment Votre retour, Votre Majesté, fit Ripitchip en s'avançant vers le Grand Roi. Nos cœurs et nos épées sont à Votre service. »

Peter lui sourit tandis que Lucy dit tout bas à Susan, Lorysha et Ethan :

« Vous avez vu comme il est mignon ?

-Qui a osé dire ça ?! », s'écria Ripitchip en tirant son épée de son fourreau.

Lorysha retint un large sourire, Ethan rit franchement et Lucy semblait gênée.

« Euh… désolée, fit-elle à la souris.

-Oh ! Votre Altesse, reprit Ripitchip d'une voix plus douce. Sauf le respect que je Vous dois, je pense que les mots « valeureux », « courageux » ou « preux » seraient plus adaptés pour qualifier un chevalier de Narnia.

-Bien, intervint Peter. En voilà au moins un qui sait manier l'épée.

-Oui, en effet. Et cela m'a été très utile pour rassembler les armes nécessaires à Votre armée, Sire.

-Parfait », répondit Peter.

Puis, en se tournant vers Caspian, il dit :

« Nous aurons besoin de toutes les épées de Narnia.

-Dans ce cas, commencez par récupérer celle qui Vous appartient », dit-il en lui tendant l'épée.

Peter la prit et la rangea dans son fourreau, puis commença à marcher en direction des Centaures, qui menaient le chemin jusqu'à la Table de Pierre.

Edmund, Lorysha et Susan étaient partis rassembler leurs affaires et avaient vite rattrapé les Narniens. Le brun alla marcher devant avec Susan tandis que Lorysha resta auprès de Lucy et de de son frère. Peter discutait stratégie avec Caspian et tous deux menaient le groupe. Trompillon, Nikabrik et Chasseur-de-Truffes marchaient devant Lucy, Lorysha et Ethan.

« Alors ?, demanda le blaireau à Trompillon. Comment sont-ils ?

-Râleurs, bornés, jamais contents, têtus comme des mules !, répondit le nain.

-Et ben vous devez bien vous entendre, fit remarquer Nikabrik.

-Ça peut aller… », grommela Trompillon, ce qui attira les sourires de Lucy et d'Ethan.

Ils mirent une demi-journée pour atteindre la Table de Pierre. Les Pevensie marchaient tous à présent devant accompagnés de Caspian. Lorysha et Ethan restaient légèrement en retrait. Ils furent accueillis par une armée de Centaures, épées levées pour former une haie d'honneur. Les Rois et Reines de Narnia s'avancèrent en premier instinctivement, suivit de Caspian, puis de Trompillon, Chasseur-de-Truffes, Nikabrik et enfin de Lorysha et Ethan, qui étaient une fois de plus ébahis par la beauté de l'endroit.