Ses mains dans ses poches, les yeux dans le vague, assise devant le commissaire d'ordre public ( comme ils se plaisaient à dire dans cette ville du continent ) , elle se demandait ce qui l'avait menée jusque là... Ils avaient juste reçu un ordre de mission bien spécial puisqu'ils sont agents de la SP. Ils savaient de source sûre qu'un individu se permettait de faire entrer des armes dans la périphérie de la Nouvelle se sentant menacée par ce renforcement militaire à ses portes avait tenté de par ses drones et systèmes de surveillance de déceler la faille qui avait permis cette mise en danger du système.
N'ayant rien trouvé de fiable ni de sérieux, les bureaux de la Sécurité Publique avaient été mis sur le coups. L'unité 1 avait un nouvel inspecteur. Il était temps de tester sa réelle capacité sur le terrain.
Ainsi donc, l'unité 1 avait été dépêchée à la périphérie de la ville. Ils étaient arrivés dans une zone visiblement déserte, inhabitée et sombre de par ses hauts bâtiments vétustes. Akane marchait aux côtés de Ginoza qui pestait haut et fort car cette mission était risquée et qu'il ne voyait pas pourquoi l'unité 2 n'avait pas été affectée. Il avait un nouvel inspecteur sur les bras, il ne voulait pas la mener à la mort si vite ! Pas après que Sasayama ait été tué si facilement pendant une course poursuite sensée être banale...
Ils avaient leurs Dominateurs en main, les exécuteurs s'étaient déployés, couvrant plus de terrain en restant connectés par le biais d'une oreillette , guidés par leur analyste Shion. Selon les réçents plan qu'elle avait trouvé, ils traversaient un vieux boulevard à l'époque très fréquenté mais abandonné après les soulèvements populaires lors de l'instauration du système Sybil.
- Donc, Ginoza-san... Nous sommes dans un quartier qui a été théâtre de mouvements révolutionnaires , conclut Akane, sourcils froncés.
- Selon Shion, c'est exact.
- N'est-ce pas un peu... Risqué puisque nous sommes les yeux de Sybils ?
- Voyons, qui oserait...
Il ne put achever sa phrase. Il fut violemment plaqué à terre, se cognant la tête sur l'asphalte. Il jura. Une explosion secoua le quartier désert. Il se figea d'horreur un instant, repoussant l'exécuteur Masaoka qui l'avait plaqué à terre, lui sauvant la vie pour chercher du regard le nouvel inspecteur.
Plus loin, une main sur sa tête, un air étonné sur le visage, elle se remettait. Kogami l'avait éloignée de l'explosion.
- Trop imprudent, inspecteur, grogna Shion dans son oreillette.
- ça va, Shion, je réfléchissais, pesta Ginoza en époussetant sa tenue alors que plus loin, Yayoï aidait Akane à se relever.
- Sur un terrain ennemi, on ne risque pas la vie des bleu, siffla Kogami en lançant un regard lourd de sens à l'inspecteur à lunettes.
- D'où venait la roquette, demanda Kagari pour changer de sujet.
- Des toits, Yayoi, Kagari, avec moi Masaoka, Kogami, restez avec l'inspecteur Tsunemori !
- Mais... tenta Akane, sa voix se perdant dans le bruit de leurs pas car ils étaient partis bien vite. Elle fixa les deux exécuteurs à l'air déterminé et lança :
- Je suggère de fouiller le rez-de-chaussée du bâtiment en question.
- Il ne faudrait pas se faire exploser... Commenta sombrement Kogami.
- Les antagonistes du systèmes ne sont pas assez détachés pour sacrifier froidement leurs camarades sur le toit, fit-elle, sûre d'elle en s'avançant.
Elle tira une grenade de sa ceinture. L'activa et la lança à travers les restes de la fenêtre brisée.
- Une grenade aveuglante, sourcilla Masaoka.
- Paralysante, rectifia Akane.
- Futée, ria Kogami narquois.
L'onde de choc se propagea à travers tout le rez-de-chaussée. Akane et les exécuteurs entendirent un cri sourd, un autres, d'autres...
Avec un regard entendu, il investirent le lieu, leurs Dominateurs en main , brandis devant eux.
Il s'agissait d'un ancien hall principal d'un immeuble sûrement occupé par une agence ou entreprise à l'époque. Il y avait une large table en arc de cercle, trônant au cœur du lieu, sous une voûte dont la peinture écaillée et décolorée ne représentaient plus rien de concret...
Plus loin, près des anciennes cages d'ascenseurs, un corps gisait, à sa main, une arme d'assaut.
- C'est bizarre, il y avait... Commenta Masaoka.
- A terre ! S'exclama Akane en plongeant derrière le bureau en arc de cercle, ses mains protégeant sa tête.
- Il y en a dans l'escalier, commenta sombrement Kogami.
- Ils vont rejoindre l'inspecteur et les autres ! Il faut les arrêter ! Je m'occupe du tireur, vous de ceux de l'escalier ! S'exclama Akane.
Visant le tireur embusqué derrière un pilier, le Dominateur l'ayant verrouillé et tira. Paralysie. Il tomba sans un râle.
Masaoka et Kogami eurent vite fait de sécuriser l'escalier, finissant par se demander qui étaient vraiment ces individus armés si lourdement... Ils avaient un tir trop juste pour être de simples citoyens s'opposant au régime...
Plus tard dans la journée, ils furent rejoints par le reste de l'unité. A part quelques individus, ils n'avaient trouvé aucune planque, aucun leader présumé, aucune logique à leurs capacités militaires...
Ligotés près de leurs véhicules, les prisonniers hurlaient dans une langue qu'ils ne comprenaient pas la même chose :Armi.
Peut être parlaient-ils anglais est essayaient-ils de faire croire qu'ils faisaient partie d'une armée officielle... Non... Impossible... L'armée étrangère au Japon ? Qui ? L'idée était risible...
Ils ne semblaient pas parler leur langue et cela rendait les actions de l'unité 1 encore plus déroutantes qu'elles ne l'étaient déjà.
La nuit tombant, ils comptaient rejoindre la Nouvelle Tokyo, emmenant leurs prisonniers.
La voiture de service dans laquelle Akane voulut grimper fut soudain explosée, aussitôt rejointe dans son brasier par le van noir des exécuteurs ! La panique gagna l'unité 1 alors que leur inspecteur gisait à quelques mètres de la carcasse, ses oreilles en sang, ses tympans sûrement percés et une large balafre lui barrant le front. Du verre brisé.
Aidant l'inspecteur plus que sonnée à se reprendre car elle voyait trouble et tenait à peine sur ses jambes, Masaoka fut spectateur de leur échec. Un retournement de situation digne des plus grands stratèges !
Les prisonniers avaient été délivrés, leurs Dominateurs détruis en même temps que le van noir servant à transporter les exécuteurs...
- Vous allez gentiment vous livrer, nous avons quelques questions à vous poser, disait un étranger, grand, blond bien baraqué, dans un anglais parfait.
- Qui êtes-vous, lança froidement Kagari.
- Lieutenant en chef de la division frontalière des USA, Ajax.
- Que faites-vous sur le Japon, lança Ginoza, sceptique.
-Hmm... Secret d'État Mais vous venez avec nous.
- Pourquoi cela, s'enquit Yayoï.
- Ha ha ! Vous attaquez MES hommes, vous réduisez à néant nôtre entraînement et vous demandez pourquoi ! Ha ha !
- Le Japon n'est pas une zone d'entraînement, commenta Kogami.
- Non. Mais en mission faut rester en forme... Allez, go ! On a assez ri ici !
Des milices armées les encadrant, l'unité 1 dût se résoudre à avancer docilement...
Ah oui... C'est comme ça qu'elle avait finit là, face à cet homme posant mille questions. Ce commissaire d'ordre public...
- Alors, allez-vous répondre ?
Elle leva les yeux. Il lui reposait sérieusement la question ?
- Mission.
- N'avez-vous que ce mot à la bouche ?
Elle garda son regard posé sur lui. Cet interrogatoire traînait en longueur.
- C'est ma réponse, fit-elle.
Ses paumes s'abattirent durement sur la table, ne la faisant pas sourciller. Les méthodes d'interrogatoire de ces gens étaient vraiment primaires à ses yeux. Mettre une pression impossible à l'interrogé afin de le faire craquer psychologiquement... Mais eux, agents de la SP, savaient garder leur teinte intacte... Donc gérer leur psychique et ne pas céder à de telles fourberies dérisoires...
- Bon, on va ramener ton collègue alors...
Ils firent entrer Kagari qui avait une mine amusée. Elle fut rassurée de voir qu'on ne lui avait rien fait.
- Bon le roux, ta collègue nous a tout dit. Inutile de mentir. Craches le morceau. Que vouliez-vous de nos agents ?
- Ces parasites ? Ils dérangeaient la paix publique, alors on les a maîtrisé. C'était la mission.
- Fais pas le malin gamin !
- Dites, inspecteur Tsunemori, vous allez mieux ?
- Je crois que mon tympan est endommagé, commenta-t-elle.
- Faites pas comme si vous étiez seuls !
- L'inspecteur Ginoza devient nerveux dans sa cellule, il croit que l'explosion laissera des séquelles.
- Je crois qu'un débris de mon oreillette a perforé le tympan, je n'entend rien de l'oreille droite... Mais je pense que ce ne sera pas définitif.
- A condition que l'on soigne ça vite.
- Emmenez ce rouquin, il parle trop pour ne rien dire, commenta sombrement l'agent qui les interrogeait.
Kagari fut emmené, sous le regard inquiet de l'inspecteur Tsunemori.
On finit par la mener en cellule elle aussi. Menottée, elle fut escortée par quatre agents jusque une grille d'acier. Celle ci s'ouvrit dans un grincement. Elle hésita à entrer. On la bouscula à l'intérieur avec un grognement d'impatience.
Les hommes de l'escorte s'en allèrent, elle remarqua alors que les cellules de tout le couloir étaient occupée par les agents de l'unité 1.
- Inspecteur Tsunemori, comment va vôtre oreille, demanda Yayoï.
- Je ne sens rien, n'entend rien depuis un moment, répondit-elle.
- Si son tympan est foutu, elle risque la surdité partielle, commenta Masaoka.
- On doit sortir de là, ils n'ont pas à nous garder enfermés ces étrangers, commenta Kogami.
- Ne nous précipitons pas. On a un stratégie, il suffit de la mettre en œuvre, fit Ginoza.
- Enfin, c'est insensé, ils ne tomberont pas dans un piège si con, lança Kagari.
- On essaie puis tu ries, commenta Kogami.
- Vous avez un plan, se renseigna l'inspecteur Tsunemori.
- Oui, nous allons appâter le responsable des clés, l'obligeant ainsi à ouvrir l'une des cellules. Une fois l'homme dans la cellule, l'appât devra lui prendre ses clés et les envoyer à l'un de nous pour qu'il libère le reste de l'unité.
- Pourquoi l'appât ne libérerait pas tout le monde, ce serait plus simple, sourcilla Akane.
- Parce qu'il aura le garde sur les bras et faut bien le maîtriser pour qu'il ne donne pas l'alerte, lança Masaoka.
- Qui est l'appât ?
Tous les regards convergèrent vers la jeune femme qui déglutit en commentant :
- Je... Je suis médiocre au corps à corps...
- Faudra juste l'occuper, on ne tardera pas à vous porter main forte, assura Ginoza.
Et le plan fut exécuté. Akane joua à moitié son rôle, puisque la douleur était partiellement vraie. Elle s'était affalée à terre et hurlait pour alerter le gardien des clés. Celui-ci se précipita. Elle avait les mains plaquées sur son oreille droite couverte de sang séché. Il se demandait si la blessure n'était pas trop profonde, si les débris n'étaient pas entrés trop profondément dans l'oreille interne... Si c'était le cas, on lui en tiendrait rigueur. Ses prisonniers, sa responsabilité , dirait son supérieur. Avec un hâte à peine contrôlée, il tira son trousseau de clés de sa ceinture, plongea la tête d'une clé dans la serrure et ouvrit avec un déclic sonore. Tous les agents de l'unité 1 étaient aux aguets, prêts à réagir. Le temps dans ce genre de situation était essentiel.
La grille grande ouverte derrière lui, le soldat de garde se précipita vers la jeune femme qui avait cessé de hurler mais gémissait de douleur à terre. Il la força à se redresser, tentant de voir son oreille pour l'inspecter...
Elle entra alors en action. Elle saisit le trousseau de clés qu'il avait encore en main, les lui arracha et l'envoya voler dans la direction de Ginoza. Prompt, il les attrapa d'un geste, ouvrant sa cellule en quelques gestes avant de lancer le trousseau à Kogami, se hâtant de prêter main forte à l'inspecteur Tsunemori.
Akane Tsunemori avait mis un coups de poing à son adversaire lorsque celui ci l'avait saisie par la tignasse. Elle avait visiblement cassé le nez du malheureux puisque ce membre était tordu de façon étrange... Elle avait esquivé le coups qui lui était destiné, il l'avait taclée alors qu'elle tentait de sortir de sa cellule. Il dressa son pied, elle roula sur le côté, évitant de se faire écraser les côtes. Il lui mit un coups dans les reins, l'envoyant s'écraser contre les barreaux de sa prison avec un hoquet de douleur.
Fou de colère car elle avait tout de même joué la comédie et en plus provoqué l'évasion des prisonniers, il sortit son arme, mettant cette étrangère fourbe en joue...
L'inspecteur de la SP se demanda un instant quelle était son coefficient de criminilatié... Quelle était la teinte du psycho pass de cet homme prêt à l'abattre sans hésitation ? Car lui aussi, œuvrait pour une justice, une politique, un gouvernement... Était-ce justice ? Ou injustice ? Crime ou loi ? Elle eut un sourire face au paradoxe de la situation...
Un second poing vint lui écraser le nez, l'aveuglant de douleur. Avec un râle rauque, il fit deux pas en arrière, tentant de reprendre ses esprits. Il brandit son arme à feu, il devait abattre sa cible ! Un coups de pied lui brisa le poignet, envoyant le pistolet glisser plus loin.
Un coups dans l'estomac eut raison de ses dernières forces... Il tomba. Vivant mais inconscient...
Yayoï et Masaoka aidaient l'agent Tsunemori à se lever. Une main sur son côté douloureux, elle constata que tous avaient pu quitter leurs cellules. C'est Ginoza et Kogami qui avaient maté le garde.
- Bien joué, Tsunemori, lança l'inspecteur.
- Je n'aurai rien réussit sans votre intervention, fit-elle en souriant.
Kagari trouva un conduit d'aération. Tous s'y glissèrent pour, grâce aux indications de Shion ( sauf pour Akane qui suivait le mouvement ) , se diriger vers la sortie la moins surveillée.
La base militaire fut quittée en moins de quelques heures. L'unité 1 se trouva finalement sur un bâteau volé, s'éloignant d'une île qui aux large des côtes japonaise appartenait à l'Union Sociale Coréenne Nordique. L'un des plus grands ennemis de Sybil : le pays historiquement ennemi du Japon rallié à l'ancienne puissance mondiale militaire...
- Que fera le système face à cela, demanda, pensive, Akane.
- Des drones vont sûrement surveiller l'île et nous serons dépêchés sur place en cas de force majeur, commenta Ginoza.
- Après avoir enlevé des agents de la SP pour finalement les voir filer, ils n'oseront plus s'approcher de la ville de Tokyo de toute façon, lâcha Masaoka.
- Ils ont peur des Bureaux, c'est normal, fit Kogami.
- Après avoir vu le massacre que tu as fait pendant ton interrogatoire, ça se comprend, ria Masakoa.
- Qu'a-t-il fait, demanda Akane curieuse.
- Il a balancé la table contre le type qui l'interrogeait quand celui-ci a juré de faire fusiller toute l'unité s'il ne répondait pas, commenta Ginoza.
- C'est touchant de voir que tu tiens à ce point à nous, railla Yayoï.
- Oh, fermez la un peu, grogna Kogami en s'allumant une cigarette.
Le ciel au loin se teintait d'écarlate, contrastant avec l'azur perpétuel des lumières de Tokyo et ses écrans.
