Bonjour bonsoir ! J'ai profité de la fameuse fête du travail du 1er Mai pour travailler justement, et donc pouvoir vous offrir le chapitre 6 ! Qu'en dire, eh bien... c'est le "vrai" prélude à la "véritable" action du chapitre 7, donc il est un peu vide...mais j'espère pas trop inintéressant.
Je vous laisse donc à votre lecture en espérant ne pas me faire taper sur les doigts pour le délai d'attente. *court se mettre à l'abri*
Le désespoir. Sherlock n'avait jamais bien comprit ce sentiment. Les sentiments semblaient tous inutiles à ses yeux mais il pouvait se représenter l'amour ou la haine. Le désespoir, cependant, était un étranger pour lui. Jusqu'à cet instant.
Il était remonté s'asseoir dans le salon, après avoir lu le texto anonyme – vraisemblablement de Thomas Wayne – qui lui indiquait que John avait été kidnappé. Depuis lors, il restait imperméable à tout. Que ce soit à la douleur qui irradiait dans sa gorge quand il buvait son thé bouillant, ou aux paroles de Moriarty qui lui jurait mille tortures atroces car il ne l'écoutait pas. Il ne voulait rien. Il n'avait envie de rien faire. Juste rester là, assis, sans bouger.
Jim leva les yeux au ciel et soupira. Il posa sa tasse – finie depuis longtemps – sur l'accoudoir du fauteuil et se leva de ce dernier, s'approchant de Sherlock.
« Maintenant, ça suffit... » siffla-t-il entre ses dents.
Il appuya ses mains de chaque côté de lui et se pencha, empiétant sur l'espace vital du détective, le forçant à lever les yeux vers lui.
« Qui es-tu ?
Sherlock ne répondit rien, bien qu'il nota que Moriarty aie renoncé à le vouvoyer.
_ Imposteur, lança Jim, tranchant. Le grand Sherlock Holmes...? Si tu te laisses toucher par des choses aussi futiles, tu n'es qu'un vulgaire humain...
Il se releva, le toisant avec mépris en prenant sa veste.
_ … et je n'ai rien à faire avec toi. »
Moriarty prit congé de lui et partit en direction de la porte qu'il aurait franchie si un objet long et au bout en pointe ne le menaçait pas...
Sherlock tourna la tête, vaguement intrigué par le fait que le criminel reste sur place au lieu de partir en trombe comme il pensait qu'il le ferait. La raison de son immobilisme devint évidente quand il fut forcé de reculer, dangereusement menacé par un parapluie tendu au niveau de sa poitrine. Même pas besoin de regarder le nouvel arrivant pour connaître son identité. Après tout, il n'y avait que lui pour se balader avec ce genre de choses chaque jour de l'année, qu'il fasse beau ou pas.
« Sherlock, l'apostropha Mycroft d'un ton faussement enjoué, que te voilà en bonne compagnie, cher frère...
Jim releva la tête, hautain, et poussa nonchalamment l'arme improvisée du plus vieux des Holmes avec un revers de main.
_ Malheureusement, il ne l'est plus.
Mycroft fit faire quelques moulinets à son parapluie – et Sherlock se demanda s'il comptait assommer Moriarty avec, histoire de rendre service au gouvernement britannique – avant de se le caler entre le bras et les côtes. Il jeta un regard glacial au criminel, qui le lui rendit sans fléchir.
_ …... C'est cela... »
Nouvelle joute visuelle. Le cadet des deux frères soupira et tripota son portable, ré-ouvrant le texto de Thomas Wayne. Moriarty avait raison ; il ne devait pas se morfondre pour si peu. Oui, John avait été kidnappé mais ce n'était pas la première fois ! De plus, dans la situation actuelle, il n'y avait bien que lui pour le sauver. Et pour cela, il avait besoin de l'aide du criminel consultant.
Reprenant ses esprits, Sherlock bondit presque de son fauteuil et brandit son archet entre ses deux invités, coupant court à leur bataille de pouvoir. Ils se tournèrent tous deux vers lui.
« Et si nous discutions en hommes civilisés voulez-vous ?
Il regarda Moriarty.
_ J'ai eu un moment d'égarement. Nous pouvons reprendre.
Jim acquiesça.
_ Je préfère ça. »
Il retourna à sa place, snobant magistralement Mycroft.
John se réveilla dans les ténèbres. Il cligna des yeux un moment et tenta de regarder autour de lui mais il ne vit rien ; juste une toile noire affolante, comme si on avait déroulé un immense rideau qui recouvrait toutes les formes.
« Où... suis-je...? » murmura-t-il, la bouche pâteuse.
Tout son corps était engourdi, ses pieds et ses mains ne lui étaient signifiés que par les picotements qu'il ressentait aux extrémités, et sa tête... sa tête avait dû servir de balle de baseball, il ne voyait que ça...
Il referma les yeux – si tant est qu'il les ait réellement ouverts – et essaya d'ordonner ses souvenirs. Quelle était la dernière chose dont il se rappelait ? Cela pourrait peut-être lui donner un indice sur l'endroit où il se trouvait actuellement. Cependant, l'exercice fut plus difficile que prévu : il se souvenait s'être fait réveiller par Sherlock une heure avant son lever habituel. Cela le fit sourire intérieurement. Son ami pouvait se montrer humainement idiot, de temps en temps...
Après ça, Greg était passé à l'appartement pour discuter de l'affaire. Puis il était parti faire les courses et travailler...
John fronça un peu les sourcils : sa mémoire devenait floue. Il était bien allé au cabinet, non ? Oui, bien sûr, puisqu'il se souvenait avoir parlé un instant avec Sarah. Et puis en quittant le travail, il était passé chez elle pour récupérer ses affaires.
« Hmm... »
Non. Non, ça c'était le jour d'avant – il aurait pu penser que « ça, c'était hier » mais il ne savait pas si de son point de vue, ils étaient toujours aujourd'hui ou s'ils étaient passés à demain. Alors qu'avait-il fait en partant...? Était-il seulement parti ? Une voix monta des limbes de son esprit. Une voix d'homme.
« Plus que quatre jours. Vivement que tout cela se termine. »
« ...Vivement que tout cela se termine. »
John répéta.
« Tout... se termine... »
Et comme dans un de ces mauvais films où le héros revit un flashback affreusement cliché, l'ensemble des événements apparu à John aussi clair que de l'eau de roche. Le cabinet médical, Edward Collinson, Thomas Wayne, son kidnapping...
Il ne put s'empêcher de soupirer.
Il avait été kidnappé. Encore une fois.
« Ah, il est beau, le Sherlock garde du corps... » marmonna-t-il.
Gregory Lestrade regarda son portable. Il appuya sur la touche du milieu. Toujours pas de message. Il fronça un peu les sourcils ; peut-être que Sherlock n'avait pas reçu son texto ? Pourtant, c'était quelque chose d'important, lui semblait-il… Ils avaient enfin un nom à mettre sur le tueur de jeunes femmes blondes. Et même si ce n'était pas lui, c'était une piste à suivre.
Il laissa sa chaise de bureau faire un tour complet sur elle-même avant de revenir vers son téléphone.
Il pouvait aussi supposer qu'il ne l'avait pas entendu. Après tout, ce n'était un secret pour personne que le détective pouvait se montrer... très hermétique au monde qui l'entourait, parfois. Et s'il lui en envoyait un deuxième ? Non, ça ne servirait à rien... Alors à John ? Oui, c'était une bonne idée. Sherlock répondait toujours aux textos de John – Lestrade ne chercha pas comment il faisait pour savoir que le message venait de John... – donc s'il donnait l'information au médecin, il y avait cent pour cent de chances que le détective l'ait.
Grégory sourit en coin en attrapant son téléphone. Il était génial.
Anderson, qui passait à ce moment là devant son bureau, s'arrêta à l'entrebâillement de la porte et laissa échapper un petit rire.
« Alors, elle vous a répondu ?
L'inspecteur leva les yeux vers lui, un sourcil arqué.
_ Pardon ?
_ Votre femme. On vous voit, vous savez ? Tourner autour de votre téléphone depuis tout à l'heure en attendant un texto...
_ Qu... Ah, non, ce n'est pas... tenta de se justifier Grégory avec un geste de la main.
Anderson secoua lentement la tête, apparemment pas disposé à le laisser parler. Il reprit, presque admiratif.
_ Vous n'avez pas à avoir honte, monsieur. C'est normal d'avoir ce genre de réaction quand on aime beaucoup quelqu'un.
Greg effaça immédiatement l'image mentale qui venait d'apparaître dans son esprit. Il se pinça l'arrête du nez.
_ Écoutez, Anderson ce n'est absolument pas ce que v...
_ Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas comme si j'allais le dire à tout le monde ! plaisanta gentiment le médecin légiste en reprenant son chemin, lançant avant de partir : je suis content que vous vous soyez réconciliés en tous cas !
_ … »
L'inspecteur regarda son subordonné partir en pensant très fort que jamais, jamais Anderson ne devait découvrir que c'était à Sherlock et non à sa femme qu'il envoyait des messages, à ce moment-là.
Sherlock regarda tour à tour les membres de sa « réunion au sommet », son archet dans une main, l'autre posée sur son violon. Moriarty, lui, tenait sa tasse vide et sa coupelle. Mycroft, son parapluie. Bref, ils étaient tous dangereusement armés et prêt à bondir sur l'adversaire au moindre geste. C'était dans ces moments-là que le détective avait besoin de son ami pour – disons – détendre l'atmosphère par son caractère simple et banal. D'ailleurs, il songea que si John avait été ici, à cet instant, il aurait fait une réflexion sarcastique sur le regroupement de génies maléfiques qui se tenait, ou bien aurait demandé s'ils se réunissaient pour planifier la fin du monde... quelque chose dans le même style.
Sans y aller par quatre chemins, Mycroft prit la parole.
« On m'a apprit il y a environ une demie-heure que John avait été enlevé par le criminel que tu poursuis en ce moment et que ce dernier voulait qu'on lui livre ...
Il jeta un regard dédaigneux à Moriarty.
_ … sinon il tuait son otage. Je suis donc venu t'apporter ma modeste aide, au cas où.
Jim plissa les yeux et ironisa, incrédule :
_ Quel tact et quelle gentillesse... Avec un frère comme ça, qui a besoin d'amis ?
_ Ce n'est pas à vous que je parlais, il me semble, rétorqua rapidement Mycroft, et je vous prierais de vous passer de commentaires, ou je pourrais bien v...
_ Merci de résumer la situation, le coupa Sherlock avant que cela ne dégénère. Et sinon, toi...? Ton régime ?
Son frère ouvrit de grands yeux ronds et menaçants, accompagnés d'un large sourire tout aussi peu amical.
_ Ça va très bien, articula-t-il bien distinctement.
_ Tant mieux. »
Le détective posa son archet sur la petite table à côté de son fauteuil. Une trêve pouvait donc avoir lieu. Et aussi stupide que cela pouvait l'être, son geste détendit sensiblement ses interlocuteurs.
« L'échange doit avoir lieu quand ? Demanda Mycroft.
Moriarty jeta un regard à Sherlock avant de prendre la parole.
_ Si je ne m'abuse, la date prévue est demain. Vu que ce sera le dernier des trois jours définis pour me « livrer à lui ». N'est-ce pas ?
_ C'est exact, approuva le détective.
_ Et l'heure ?
_ Il a dit « vous avez trois jours ». Trois jours complets, donc.
Mycroft haussa un sourcil.
_ Vous pensez qu'il vous a donné rendez-vous à minuit pile ?
Jim haussa les épaules.
_ S'il ne le fait pas, il ne respecte pas la règle des trois jours. Moi, c'est comme cela que je ferais. Et comme...
Mycroft secoua la main, nonchalant.
_ Oui, oui, je sais. Vous présumez qu'il s'agit de Thomas Wayne, un ancien ami à vous, et cetera.
_ Voilà donc où nous en sommes, mon frère. »
Il regarda un instant son petit frère. Sherlock avait l'air tout à fait normal, du moins autant que puisse l'être un Holmes. Quand il avait appris la nouvelle de l'enlèvement du docteur Watson, il avait pensé, l'espace d'une seconde, qu'il aurait pût en être affecté. Mais il était maintenant rassuré de voir qu'il n'en était rien. Sherlock allait bien ; et c'était tout ce qui lui importait.
Il lança ensuite un regard assassin au criminel consultant. Même si ce n'était pas lui qui s'amusait à jouer avec Londres, il en était tout de même le responsable...
« Franchement, marmonna Mycroft, si une personne s'était donné un peu plus de mal pour retrouver ce Thomas Wayne, on n'en serait pas là...
Jim s'indigna.
_ Excusez-moi ! Je le vois pour la dernière fois il est petit, roux, et pâle comme un vrai londonien et je le retrouve grand, blond et bronzé alors désolé de ne pas l'avoir reconnu instantanément ! »
Mycroft se redressa sur le canapé, prêt à lui envoyer une réplique cinglante lorsque, à l'étonnement de tous, Mme Hudson rentra dans la pièce avec un petit « coucou ».
Elle s'avança et regarda les trois hommes tour à tour comme son locataire l'avait fait environ un quart d'heure plus tôt.
« Eh bien, Sherlock, vous auriez pût me dire que vous aviez des invités ! J'aurais préparé un petit quelque chose au moins... »
Une heure... deux peut-être. Ou alors plus longtemps ? John n'avait aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis son réveil. Il en venait presque à regretter de ne pas être encore endormi par le chloroforme. Sa tête le lançait horriblement, son estomac le tiraillait et il était engourdi de rester dans la même position fœtale. Mais il n'avait pas vraiment d'autre choix : quand il avait tenté de se relever, pour au moins s'asseoir en tailleur, il s'était heurté à des barreaux en métal. En tâtant autour de lui, il en avait conclu qu'il se trouvait dans une sorte de cage, d'environ un mètre soixante de longueur, quatre-vingt centimètres de largeur et soixante centimètres de hauteur. Heureusement qu'il n'était pas claustrophobe. Il avait aussi repéré un cadenas, bloquant sans doute une porte ou une trappe mais impossible de le déverrouiller. C'était Sherlock l'as des serrures, pas lui.
En y pensant... Un doute vint à l'esprit de John. Est-ce que Sherlock savait qu'il avait été enlevé ? Est-ce que Sherlock le cherchait ? Et si ce n'était pas le cas ? Qu'est-ce qu'il allait faire ? Qu'est-ce qu'il allait devenir ? Sa migraine revenait à l'assaut, plus violente.
John se recroquevilla un peu plus sur lui-même.
« Sherlock... murmura-t-il douloureusement, viens me chercher... »
Un bruit sourd se fit entendre, arrachant un sursaut à John.
Avec étonnement, il vit se découper dans un faisceau de lumière les contours d'une porte insoupçonnée jusqu'à lors.
Des pas.
John plissa les yeux, ébloui par le violent éclairage de l'autre pièce, mais réussi néanmoins à détailler quelque peu le lieu dans lequel il se trouvait : une petite cage dans une grande pièce vide, avec une minuscule fenêtre – peut-être juste l'aération – en hauteur, condamnée par des planches de bois.
Une voix aux accents familiers mais plus sournoise que d'ordinaire résonna.
« Oh, je vois que vous êtes réveillé, docteur Watson. »
Parfois, John manquait cruellement du sens des priorités. Il cessa d'examiner les murs en béton, se redressa comme il le put sur les coudes, reporta son attention sur son kidnappeur.
« Monsieur Collinson...
Il fit une pause.
_ … ou plutôt devrais-je dire Thomas Wayne.
Thomas sourit et haussa les épaules.
_ Faites comme bon vous semble, ça m'importe peu. Vous pouvez même me donner un sobriquet si cela vous fait plaisir. »
John pensa quasi-automatiquement à Moriarty bis, mais il doutât que cela plaise à son ravisseur. Et même le plus idiot des idiots – pour ne pas citer un certain médecin légiste dont le nom commence par un A – sait qu'il est préférable de ne pas énerver quelqu'un qui vous retient prisonnier dans une cage. Et en parlant de cage...
« Je pense que je vais m'en tenir à Thomas Wayne, soupira John en bougeant un peu, dans une tentative de prendre une position plus confortable. Vous savez, je suis presque sûr que vous auriez pût acheter une cage légèrement plus grande.
Thomas Wayne soupira et vint s'accroupir devant la cage, à moins de cinquante centimètres du médecin.
John remarqua, détail futile, qu'il avait changé d'odeur. Lors de ses visites au cabinet de consultation, il sentait toujours le savon et le propre, comme la plupart des militaires, habitués à une hygiène de vie stricte. Désormais, c'était un parfum plus fort, comme de l'eau de Cologne. Le même genre que Moriarty.
« Je suis désolé de la justesse de cette cage, s'excusa, à première vue sincèrement, Thomas Wayne, mais si j'en avais pris une plus grande, ça aurait alerté les sbires de James... et ce n'est pas ce que je souhaite, pour le moment. »
James ? John fit un effort de réflexion malgré son mal de crâne atroce : James. Diminutifs les plus courants : Jim, Jimmy. Donc le nom complet du criminel consultant était James Moriarty. Encore un détail inutile dans sa situation...
« Et puis, à la base, je n'avais pas l'intention de prendre en otage qui que ce soit.
_ Voilà un trait de caractère qui diffère de votre ancien ami. » railla John, amère.
Le visage de Thomas Wayne s'assombrit, et John sut qu'il venait de faire une gaffe. Thomas se releva, toute sympathie disparue, et se dirigea vers la porte, posant sa main gauche sur celle-ci en jetant un dernier regard à son captif.
« Quoi qu'il en soit, vous allez devoir attendre ici, docteur Watson. Je vous conseille...
Il s'engouffra dans la lumière de la pièce adjacente, repoussant la porte derrière lui.
_ … de prendre votre mal en patience. »
Jusqu'à la fermer complètement, bruit de cadenas à l'appui.
Mycroft soupira intérieurement et se leva du canapé, prenant son parapluie sous le bras. Sherlock haussa un sourcil, se demandant comment il allait tourner sa phrase.
« Je suis vraiment confus, dit-il en se tournant vers madame Hudson, mais il se trouve que j'étais sur le point de partir. Je ne peux pas m'absenter trop longtemps de mon poste, ce serait problématique. »
Sherlock et Jim ne purent retenir un même ricanement dédaigneux, eux-même étonnés de leur synchronisation. Mycroft leur jeta un regard glacial, eut un sourire concis pour la logeuse, et quitta l'appartement en précisant à son jeune frère que s'il avait besoin de quoi que ce soit, il pouvait éventuellement lui envoyer un texto.
Madame Hudson lui adressa un dernier au revoir avant de se retourner vers Moriarty.
« Et vous mon garçon ? »
Jim usa de tout son savoir théâtral pour lui offrir un sourire franc. Sherlock aurait presque pût tomber dans le panneau si, bien sûr, il ne le connaissait pas et avait un quotient intellectuel digne d'un primate sous évolué.
« Si je pouvais avoir une nouvelle tasse de thé, éventuellement.
_ Mais bien sûr », répondit-elle en lui rendant son rictus.
Il lui donna sa tasse vide, que madame Hudson emmena dans la cuisine.
Par la suite, et probablement dû à la présence quelque peu dérangeante de la logeuse, la conversation des deux consultants vira au banal. Moriarty but calmement son thé, Sherlock joua avec son violon, le ré-accordant légèrement. Ils ne parlèrent pas de l'affaire, n'y faisant même pas allusion par un moyen quelconque.
À son tour, le criminel consultant dut prendre congé de son hôte, lui offrant pour seule salutation l'heure à laquelle il viendrait le lendemain, afin d'aller au rendez-vous organisé par Thomas Wayne.
Et peu de temps après, comme par un caprice du destin, madame Hudson partit elle aussi, prétextant d'aller chez une de ses amies – Sherlock la soupçonna plutôt de se rendre chez le boulanger de la rue, qui lui plaisait bien ces derniers temps.
Sherlock resta donc seul dans l'appartement vide. En temps normal, il serait allé lire ou réfléchir à une expérience avec en bruit de fond le son régulier des doigts de John pianotant sur son clavier d'ordinateur pour mettre à jour son blog. Il aimait bien travailler avec John à côté, savoir qu'il était là, même si parfois (souvent) il ne se rendait pas tout de suite compte de son absence.
Sherlock s'avança au centre du salon, jeta un regard au canapé, à la table ou s'amoncelaient papiers divers, objets hétéroclites et ordinateur, à la cuisine, au fauteuil près de la fenêtre… rien. Il aurait pût faire mille choses passionnantes – classer ses livres par ordre d'intérêt immédiat, harmoniser des discordances théologiques s'entassant depuis des millénaires, terminer la symphonie Die Unvollendete de Schubert, pratiquer plusieurs expériences fort utiles sur le corps humain... – mais aucune ne l'intéressait. Pas sans le bruit du clavier d'ordinateur de John.
Il porta la main à ses cheveux, écartant quelques boucles rebelles de son front. Mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Il avait vécu la quasi-totalité de sa vie sans avoir à dépendre d'une tierce personne, et voilà qu'après moins d'un an de colocation avec John, il ne pouvait plus se passer de lui ? Absurde ! Il ne pouvait pas être tombé aussi bas...
Sherlock soupira, fatigué de toute cette journée et alla dans sa chambre. S'il ne pouvait rien faire, autant dormir et vite arriver au jour suivant. Il se mit donc rapidement en pyjama et glissa sous les couvertures, lumières éteintes. Dans le silence pesant, les bruits de la ville lui parvinrent, voitures, travaux routiers... Il n'avait jamais réalisé qu'il les entendait à ce point. Il jeta un coup d'œil à sa fenêtre, vérifiant que cette dernière n'était pas ouverte. Ce n'était pas le cas.
Derrière la vitre, le jour était en train de céder la place à la nuit... Et quand cette dernière fut totalement installée, Sherlock ne dormait toujours pas. Il s'était tourné, retourné, était parti boire un thé, avait usé de la méthode réputée infaillible de « compter les moutons », s'était encore retourné... Le résultat demeurait le même : il n'arrivait pas à s'endormir. S'il ne pouvait ni travailler, ni se reposer, alors que lui restait-il ? Il se leva en maugréant et retourna dans le salon en robe de chambre. Il allait bien trouver quelque chose qui l'occuperait.
Au bout d'une demie-heure de recherches et de commencement de lectures vite abandonnées, Sherlock tomba par hasard sur une pile de linge en attente d'être rangée. La pile se composant uniquement de vêtements de John, il supposa que son ami avait dû la laisser là après avoir repassé ses habits et avait oublié de la monter dans sa chambre.
Il regarda les pulls de John pendant un instant, partagé entre l'envie de les brûler ou de les mettre au vide ordure – pour la décence de l'humanité – avant de pousser un léger soupir et de ramasser ses affaires. Ce serait au moins une bonne chose de faite.
Il alla donc dans la chambre de son colocataire, la même chambre où il était venu le réveiller le matin. Malgré tout le bric-à-brac d'affaires du médecin, elle lui sembla plus vide que jamais. Plus froide aussi. Son esprit rationnel lui dit que c'était juste une impression, un ressentit, que la chambre était toujours comme ça, froide et sombre.
Il posa les habits de John sur la commode et s'éloigna d'un pas. Une chemise attira son attention, seule parmi tous les pulls ; il la sortit de la pile. C'était une chemise tout à fait banale, assez mal coupée et aux motifs vichy bleu marine. Une de ces horreurs vestimentaires que seul John aimait – et qui, il fallait le reconnaître, lui allaient plutôt bien.
Sans en être vraiment conscient, Sherlock s'assit sur le lit de son ami. Cette chemise lui disait quelque chose... Une image mentale, rangée dans une des petites cases de son cerveau, passa devant des yeux. C'était la chemise que John portait le jour où Mike Stamford les avait présenté.
Parti dans ses réflexions, Sherlock se laissa tomber en arrière, s'allongeant à moitié. Il leva le vêtement au dessus de lui, le discernant avec difficulté dans l'obscurité – pensant juste déposer les affaires de John et repartir de la chambre, il n'avait pas pris la peine d'allumer le plafonnier. Cette chemise n'était pas quelque chose de très important ; pourquoi s'en souvenait-il alors ? Bonne question...
Avec un soupir, il lâcha la chemise, qui lui tomba sur le visage, et écarta les bras en croix. Il ne voyait désormais plus que des tâches de couleurs, plus ou moins claires. Autant fermer les yeux. Le nez dans le tissu, il remarqua qu'il sentait étrangement l'odeur de John, et non pas la lessive, bien qu'ayant été lavé.
C'est en se faisant cette réflexion que Sherlock trouva le sommeil.
John ouvrit péniblement un œil. Depuis la furtive apparition de Thomas Wayne, son mal de crâne n'avait pas cessé et il pouvait maintenant sentir clairement le sang affluer à ses tempes à un rythme fatigant. Il avait de la fièvre, c'était sûr et certain...
Voulant inspirer une grande bouffée d'air avant de changer quelque peu de position, John sentit une gêne au fond de sa gorge et posa en vitesse sa main devant sa bouche pour étouffer une quinte de toux fulgurante. Il se savait légèrement malade avant d'être enlevé, et à en juger par les réactions de son corps, se retrouver allongé sur le sol d'une pièce humide et poussiéreuse n'arrangeait rien. Ajouté à ça les vertiges dus au manque de nourriture qui lui donnaient l'impression d'être un drogué sur un grand-huit... S'il avait été croyant, il aurait pût dire que le ciel le punissait pour je-ne-sais quelle raison.
John soupira doucement – pour ne pas attiser son mal de gorge – quand une douleur plus vive le fit se crisper.
Quoi encore...?
Voilà que sa jambe droite se mettait à le lancer comme jamais. Sa blessure de guerre. Comme s'il n'avait pas suffisamment de problèmes pour le moment.
Il glissa sa main gauche sur sa cuisse, exerçant un point de pression pour tenter de diminuer la douleur.
« Calme-toi, John... »
Il ferma les yeux.
« C'est psychosomatique, tu le sais pourtant... »
La douleur persista. John sentit des larmes de frustration lui monter aux yeux. Il se pinça les lèvres pour réprimer un sanglot. Combien de temps encore allait-il endurer tout ça…?
La porte, ouverte brusquement, résonna comme un gong dans sa tête. Il essuya rapidement ses joues humides et tourna la tête pour découvrir Thomas Wayne qui s'avançait vers lui avec ce qui ressemblait à un plateau dans les mains.
« Réveillé, docteur Watson ? Demanda-t-il avec le même sourire qui avait trompé John lorsqu'il n'était que « Edward Collinson, l'ancien militaire ».
_ Alors c'est le matin... répondit le médecin avec lassitude.
_ En effet. »
Thomas s'accroupit comme la première fois et posa le plateau au sol. L'estomac de John comprit plus vite que son cerveau ce qu'il y avait dessus et poussa une plainte révélatrice. Thomas sourit.
« Vous avez faim, à ce que j'entends.
John examina le plateau d'un œil faussement détaché. Une tasse de thé, une pauvre petite brioche et la moitié d'une pomme. Un festin de roi, en somme.
_ J'espère que vous n'offrez pas le même petit-déjeuné à vos conquêtes, railla-t-il.
Et à son étonnement, son kidnappeur en rit.
_ Heureusement que non !
Il marqua une pause, soupirant.
_ Malheureusement, je ne peux pas prendre le risque de vous amener en pleine forme à ma « réunion d'anciens amis ». Je n'aime pas avoir de mauvaises surprises et même si je vous fais partiellement confiance... je préfère assurer mes arrières. »
Regard dubitatif de la part de John. C'est toujours une bonne nouvelle de savoir qu'un tueur en série qui vous retient prisonnier dans une cage vous fait partiellement confiance.
Ledit tueur en série colla le plateau à la cage, de manière à ce que John puisse passer la main pour attraper ce qu'il voulait manger. L'odeur du thé monta jusqu'au nez de ce dernier et il réprima un frisson. Il mourait de faim mais en même temps, il avait l'impression que s'il mangeait quoi que ce soit, il allait rendre tout le contenu de son estomac. Chose à éviter quand vous devez rester dans un espace restreint pour une durée indéterminée.
Thomas fronça légèrement les sourcils, alerté.
« Quelque chose ne va pas ?
Euphémisme.
_ Je suis malade. »
Thomas posa un genou au sol et, se tenant d'une main aux barreaux, passa l'autre dans la cage pour toucher le front de son captif. John frissonna une nouvelle fois, mais pas de dégoût. Le dos de la main de Thomas Wayne était d'un froid apaisant.
« Tu as beaucoup de fièvre...
John arqua un sourcil.
_ Vous me tutoyez, maintenant ?
_ Je te séquestre dans la cave de mon appartement, fit remarquer Thomas avec un léger sourire. On est presque intimes tous les deux.
Ainsi donc, il était dans une cave... d'où l'humidité et la poussière.
_ Passons. Tu as un diagnostique pour tes symptômes, docteur ?
Il réfléchit à voix haute.
_ Fièvre, douleurs musculaires, toux... peut-être une grippe.
Thomas hocha la tête.
_ Viral donc.
Il se releva et partit vers la porte.
_ Je dois avoir quelque chose comme du Dafalgan; je reviens. En attendant, bois ce thé, il faut que tu te réhydrates.
John ne put réprimer un ricanement amère. Ce type était le monde à l'envers.
_ Vous êtes bien attentionné, tout à coup.
Se retournant, Thomas Wayne le regarda avec sérieux – mais sans aucune forme de méchanceté.
_ Je n'ai pas dit que je voulais que tu meures.
_ Pas comme ces pauvre jeunes femmes, n'est-ce pas ? lança John.
Thomas se passa une main sur la nuque avec un soupir.
_ Nous n'avons pas les mêmes points de vue alors laisse-moi t'expliquer le mien : je ne connaissais pas ces filles, par conséquent, leur mort ne m'affecte en rien. Il fallait bien que j'attire l'attention de Sherlock Holmes.
_ Je suis presque sûr qu'une petite lettre du genre « Bonjour, je suis un ancien ami de Jim Moriarty et je voudrais sa mort, pouvez-vous m'aider à le retrouver ? » aurait tout aussi bien attiré son attention.
Thomas Wayne quitta la pièce avec un sourire.
_ Ce n'est pas mon genre. »
Sherlock soupira pour la énième fois et posa son violon sur la table à côté de lui. Son masque d'homme détaché était en train de se fissurer. Il détestait attendre, sans rien pouvoir faire. Et voilà qu'il en était réduit à ça durant toute une journée ! La plus longue de sa vie, à n'en pas douter.
Il s'était réveillé avec les premiers rayons du soleil, en se rendant compte qu'il avait dormi à moitié allongé sur le lit de John, agrippé à sa chemise ; moment embarrassant heureusement vécu seul, madame Hudson n'ayant pas eu l'idée de le chercher en ne le trouvant pas dans sa propre chambre. Après ça, il avait expérimenté la vie banale et dénuée d'intérêt d'un très cher citoyen britannique : prendre une douche, boire un thé, vaquer à des occupations diverses.
Mais trop, c'était trop, et Sherlock en avait marre d'attendre. Il jeta pour la huitième fois en cinq minutes un regard à sa montre. Il était encore trop tôt. Une chance qu'il n'aie pas classé ses livres hier au soir, il avait encore quelques heures à tuer...
Ce ne fut qu'une fois toutes ses étagères vidées – les livres trouvant provisoirement place au sol – que son téléphone portable émit la douce mélodie caractéristique d'un appel. Sherlock leva les yeux au ciel, regarda sa montre, et décrocha à l'appel, anonyme.
« Oui ?
_ Sherlock, tu en mets du temps pour répondre !
Voix aiguë aux accents geignards. Moriarty.
_ Que voulez-vous ? Soupira Sherlock.
_ Choisir ton costume, comme prévu.
Sherlock mit un temps avant de comprendre. Il ne pensait pas que Moriarty voudrait réellement choisir sa tenue. De plus, comment le pourrait-il par téléphone ?
Comme pour répondre à sa question muette, Jim lâcha :
_ Donc si tu remettais ton rangement de bibliothèque à plus tard et que tu allais dans ta chambre ? »
Caméras, snippers en embuscades... difficile de déterminer comment il pouvait le voir. Sherlock décida donc de jouer le jeu et se rendit dans sa chambre, où il ouvrit la penderie. Au bout du fil, Moriarty semblait réfléchir.
« Hm, tu n'as pas de costume blanc à ce que je vois... Dommage, cela t'irait bien.
_ Avez-vous choisi ? » Demanda le détective un peu trop rapidement ; laissant filtrer son impatience.
Le connaissant, Moriarty devait sans doute sourire derrière son téléphone et son écran de surveillance. Il prit son temps à le faire languir avant de décider.
_ Celui-ci alors ; le costume bleu marine avec les rayures à ta gauche. »
Sherlock attrapa un costume semblant correspondre à la description et l'examina, un sourcil arqué. Jim soupira.
« J'ai dit le bleu marine, pas le bleu foncé !
Il en prit un autre.
_ Voilà, celui-ci. Maintenant change-toi. »
Et Moriarty raccrocha. Sherlock éloigna le téléphone de son oreille et le fixa un instant. Puis il alla dans sa salle de bains – pièce ne comportant pas de fenêtres assez grandes pour permettre un angle de tir ou même d'observation.
Il en ressortit quelques minutes plus tard, vêtu du costume recommandé – pour ne pas dire imposé – par sa Némésis.
Un bruit contre le battant de la porte. Sherlock ouvrit et ne fut pas surpris de son visiteur.
Quand on parle du loup...
Jim Moriarty le regarda d'un regard pétillant d'excitation, souriant comme jamais.
« C'est l'heure. »
John était encore et toujours dans sa cage, mais avait un peu moins mal à la tête. Après être parti lui chercher un médicament, Thomas était revenu avec une bouteille d'eau minérale et il s'était surpris à la boire presque d'une traite. Grossière erreur. En temps normal, et sans prendre en compte une ribambelle de facteurs, un homme ne peut tenir qu'une quinzaine d'heures sans uriner et outre le fait qu'il était privé de nourriture et de mouvements, il était également privé de pauses toilettes...
En calculant que toute cette eau bue avait eut le temps d'arriver à sa vessie, il devait bien s'être passé plusieurs longues heures.
Et encore plusieurs longues heures plus tard, la porte s'ouvrit une troisième fois. Mais au lieu de rentrer directement avec son sourire amical et de venir s'accroupir à côté de la cage, Thomas Wayne resta sur le seuil de la pièce, le regard déterminé.
« C'est l'heure. »
La Tamise. Un vieil entrepôt aujourd'hui désaffecté, qui fut autrefois utilisé pour stocker des produits frais. Quel meilleur endroit pour une réunion amicale entre criminels ?
Sherlock regarda l'heure sur l'écran de son BlackBerry. Bientôt minuit. Il leva les yeux sur la façade sombre du bâtiment. À l'intérieur se trouvait peut-être déjà John. Et Thomas Wayne.
Moriarty, à moins d'un mètre derrière lui, fit un pas dans sa direction.
Sherlock lui jeta un coup d'œil, hocha la tête, et avec un luxe de précautions, enroula ses fins doigts gantés à la poignée de porte de l'entrepôt. Ils entraient dans l'arène.
Bonus:
Il en ressortit quelques minutes plus tard, vêtu du costume recommandé – pour ne pas dire imposé – par sa Némésis.
Un bruit contre le battant de la porte. Sherlock ouvrit et ne fut pas surpris de son visiteur.
Quand on parle du loup...
Jim Moriarty le regarda d'un regard malicieux, un sourire au coin des lèvres. Sherlock fronça les sourcils.
« Quoi...?
Jim haussa les épaules.
_ Moi j'aurais mis les sous-vêtements noir.»
Fin du bonus.
Et...il vous faudra encore attendre un peu pour connaitre le dénouement de toute cette affaire ! Thomas Wayne s'en sortira-t-il vivant ? Quel est le plan de Moriarty ? Mycroft aura-t-il un rôle à jouer ? La relation entre Sherlock et John va-t-elle s'expliciter ? Est-ce que quelqu'un peut m'aider pour mes bonus ?
Enfin bref, on s'éloigne un peu du sujet. Donc sur ce...
See you soon, et bonne fête du travail ! (avec un jour de retard)
Arcade.
