Voyons voir.

Comment réussir à caser onze personnes, plus nous deux, dans un 68 mètres carrés ?

Je restais dans la cuisine, à couver du regard cette vision absolument spectaculaire. Même si Lana et moi étions dans le feu de l'action sans réellement prendre le temps de réfléchir, là, elle et moi adossées à l'encadrement de la porte de la cuisine, il fallait bien avouer que c'était complètement dingue. L'espace du salon-salle à manger était optimisé, et, de manière surprenante, il restait probalement encore de la place dans un coin pour un ou deux. Cependant, j'avais de bonnes raisons de croire que nos recherches s'arrêtaient là pour la journée.

Dans ma main, le téléphone a sonné, et Lana a demandé a tout le monde de se taire-ce qui n'était pas évident-avant d'attraper l'appareil, de rejoindre le centre de la pièce-pour un peu, elle aurait été maîtresse de conférence-et de décrocher.

J'avais convenu plutôt avec Emma d'un appel skype, pour qu'ils puissent se parler, échanger, et, why not, parvenir à une solution, ou à un début d'hypothèse quand à ce qui se passait. Avant que Lana ne rentre de Carrefour, j'avais pu donner à Emma une idée précise de notre avancée, de nos théories, et une liste complète de ceux qui manquaient à l'appel. Elle avait fait remarquer sans grand menagement qu'il manquait encore beaucoup de monde, et s'était excusée dans la seconde, consciente que rien ne nous forçait à les aider et que la situation serait bien pire si nous n'étions pas là.

Avait-elle seulement raison ? Est-ce que nous étions en train d'aider réellement, ou est-ce que nous n'étions pas en train d'aggraver les choses ? Et les autres, ceux qui manquaient, avaient-ils trouvé refuge quelque part, parvenaient-ils à manger, avaient-ils un minimum de confort ? Alors que je les voyais tous-à l'exception de Graham, qui faisait toujours...Le mort, pun unintended-s'animer et s'enchanter de l'appel d'Emma, réunis autour du téléphone comme autour d'un feu, je ne pouvais pas empêcher mon esprit de courir un marathon et de tenter de jauger en blanc ou noir chaque situation, chaque arrivée, chaque réaction.

L'air sombre, Graham est rentré dans la cuisine et s'est assis près de la fenêtre, et Lana m'a fait signe qu'elle allait voir ce qui se passait. Naturellement, mes oreilles trainaient, et malgré le brouhaha, je parvenais à distinguer assez nettement la conversation. Lana, qui n'était pas la plus grande fan de son personnage à la base, semblait adhérer à la version réelle-et résuscitée.

-What's wrong ?

Je lui savais gré de ne pas l'appeler "mate", histoire de ne pas enfoncer le clou encore plus loin dans la plaie. Et elle était plutôt béante, la plaie en question, et en même temps, comment ne pas l'être ?

Si on admettait qu'il y avait dans son existence un trou de deux saisons et demies, et qu'on mettait bout à bout ses derniers moments et aujourd'hui, on obtenait un coeur litteralement brisé, et pas seulement par la poigne vengeresse de Regina. Embrasser Emma n'était pas seulement qu'un manifeste du retour absolu de sa mémoire, très en avance sur tous les autres habitants de Storybrooke, mais elle était aussi la première à lui faire ressentir quelque chose, après des années à obéir à Regina aveuglément sans jamais souffrir le moindre sentiment. Le choc. La claque. Je n'était que trop bien placée pour connaître la morsure mortelle du chagrin d'amour, et même si je n'étais pas morte dans la bataille, son retour était probablement bien plus douloureux qu'il ne laissait paraître.

-Uh, nothing.

Ce n'était pas gagné. Il n'avait pas l'air sur le point d'avouer quoi que ce fut, et pourtant, je savais que Lana ne lâcherait pas le morceau si vite. Oh comme je voulais me retourner pour les voir intéragir, mais j'allais briser cette forme toute neuve d'intimité, et je n'avais pas vraiment le droit. Rien que parce que je souhaitais lui faire comprendre ce que, moi, je voyais au personnage bien avant elle. J'avais détesté le personnage de Regina pendant longtemps à cause de ce qu'elle lui avait fait, qui n'était même pas justifiable par la jalousie, et il m'avait fallut toute sa conviction lors de la mi-saison 3 pour parvenir à voir un semblant de bon en elle.

-Emma's call, right ?

Je l'ai entendu soupirer puis sourire.

-That obvious ?

Lana s'est assise à son tour.

-Painfully.

-I have a hard time figuring out what the hell am I doing here. Everyone's beyond nice, it's sort of unnatural, coming from...Gold, or people I've barely met in a world or another. Hook's animosity is almost refreshing !

-But it's not the core of your problem...

Nouveau sourire. Sans les regarder, c'était tout de même simple d'entendre ses sourires, parce qu'ils étaient couplés à des soupirs.

-No, it's not. I want to tell Emma that I'm...Back, but I have no idea if this state is meant to last.

-What do you mean ?

Woa. A peine revenu, il se torturait l'esprit quand à savoir si il allait avoir une vraie deuxième chance, ou si son retour n'était qu'un bug dans le système. Tortured much ?

-Well, there's a curse, we are all aware of that, and it brought me back with it. So, I take it that, if we find a way to break it, I'm going back six feet under. Whatever happens, I'm...Doomed.

J'ai regardé par derrière mon épaule, aussi discrète que possible, alors que le salon était en plein brainstorming, stimulé par la présence virtuelle d'Emma. Sa mine était celle de quelqu'un en proie à une guerre intérieure et qui refuse de laisser les armes, et sûrement pas celle de quelqu'un qui va abandonner parce que son sort est probablement scellé. Cela m'a plongée, moi, dans une tristesse infinie.

-Not necessarily...

Belle tentative, Lana. Complètement vaine cependant.

-Yes, Lana. I appreciate your effort, but it's going to happen, and I will be forced to work with the others to even speed up the process because doing otherwise would be awfully, terribly selfish.

Mon coeur se serrait encore plus.

-And I don't want to be selfish. I love most of them as a family.

J'ai préféré fermer les yeux plutôt que, d'une façon ou d'une autre, trahir mon émotion. Je n'étais pas touchée, j'étais plutôt boulversée. Je trouvais que la situation dans laquelle il se trouvait depassait l'entendement, la logique, et aurait rendu fou n'importe qui. Je sais bien que nous sommes tous destinés à finir de la même façon, mais pas si tôt, et pas en étant complètement conscient du fait qu'aller dans l'autre sens ne condamne pas une ou deux personnes, mais la masse.

-And there's Regina, too...

Il n'a pas répondu de suite, et je voyais par dessus mon épaule qu'il regardait le vide, la fenêtre, celle où il faisait bien trop sombre pour voir quoi que ce fut. Lana a persisté dans son questionnement, sans être dure, mais en le forçant à aller au bout de ce qu'il pensait.

-And if you save them all, that means you'll save her too...Providing she's here.

-Oh, she is. Emma did not met anyone at Storybrooke, so she has to be there.

-Yes, but it's been 24 hours already and we did not find her yet.

-I have a confession to make...I do hope that she's not here, or at least, that you won't find her.

Lana a eu un petit rire.

-That's not a confession, that's...Rather normal !

-But she's probably our best shot at understanding what happened.

-Don't be so sure. If magic can't work in our world, she's not going to bring you any answers.

-Unless she's the one behind all of this...

Lana a soupiré.

-I'm with Lana on this one. Had she decided such a fate for the whole town, she would not have bothered bringing you back.

-Maybe it's a...Parameter she did not considered.

-It's Regina. She always knows what happens and how.

-That is not very comforting...

-I'm sorry. But I'm pretty sure that someone can figure out something...

Dans sa voix, l'espoir s'est entendu. Pas celui de s'en sortir, parce qu'il fallait bien avouer que son cas était desespéré, mais parce qu'il avait deviné où Lana voulait en venir.

-I'm not too sure that it's...

-A good idea ? You don't risk anything trying, right ?

Il a eu un petit rire triste.

-I don't even know if she remembers me.

Lana a tendu sa main et l'a posée sur la sienne.

-She does, trust me. She does.

Elle a récupéré le numéro dans le texto qu'elle m'avait envoyé plus tôt, et l'a composé.

-There. Because she's skyping everyone, she will most probably not answer her phone right away, and you'll be able to leave a message. Much less intimidating, and you'll be able to say whatever you want to say. I bet she'll call you back as soon as she's done with everyone.

D'un coup, il a semblé terrilblement intimidé, voir impressionné, mais Lana l'a poussé au bout de son idée, et a composé le numéro et attendu elle-même que le téléphone finisse sur le répondeur, puis elle le lui a tendu.

-Go on. You have nothing to lose.

L'échange a été compliqué, il tremblait, et il s'est levé pour se donner une contenance.

-Hi, erm...Emma. It's...Graham. The sheriff. Well, not anymore, but...I know, I'm not really dead, well, I am, but I've been somehow...I don't know, woken up or something, and I've caught the curse and I'm with the others...Not everyone is pleased to see me, but most of them were more than nice and it's good to see them all and...I wish you were with us, so that I could...I don't know...See you one more time...No one exactly knows how long we're going to be stuck and chances are...Well, good chances...That I'll be sent back to where I should be once the curse is broken so...I just wish I could have seen you...And...

Et le bruit frustrant de temps maximal de message atteint se fit entendre, le brisant dans sa trajectoire, alors que j'entendais dans le salon qu'ils en avaient terminé. Lana a murmuré "it's going to take less than a minute, trust me".

Dix-sept secondes. Ca a demandé à Emma dix-sept secondes pour rappeler. Lana m'a rejointe et m'a pris par les épaules, et nous les avons laissés seuls, fermant la porte de la cuisine histoire de protéger le peu d'intimité qu'ils pouvaient avoir dans un appartement bondé. Hook m'a regardée, curieux.

-What is he doing ?

-None of your business, love.

Lana l'a regardé de haut.

-Or should she say "none of your business. Love".

En marquant la différence, il avait parfaitement compris que Graham reprenait la main dans la course au cygne. Et de ce fait, elle se rangeait aux côtés de Graham. Alors que, curieusement, aussi heureuse que je l'étais pour lui, je me serais sûrement rangée du côté de Hook si on m'avait forcée à faire un choix.

Lana a fait claquer ses doigts pour obtenir l'attention de tout le monde, jamais à court de moyens pour réussir à tous les faire parvenir à un semblant de silence.

-Okay everyone, we had a pretty busy day and most of you did not eat anything, so we're just going to head down a local italian restaurant-let's say that it's our Granny's equivalent-where we will have some privacy and you'll all be able to eat something decent, and then we'll be back here and try to find enough space so that you could all try to sleep a few hours-won't guarantee you all access to a real bed but we'll try our best to come the closest. Tomorrow morning, we're going to need some organisation, and split our work between searching teams to find some more Storybrooke citizens, and working out some way to understand what happened to you and how to undo it.

Jamais je n'aurais cru qu'une leading lady se cachait en Lana, mais personne ne songeait à protester. Tout le monde l'écoutait, sans un bruit.

-Okay, right now, you're all going to follow Lana to our friend's restaurant, and I'll join you all with Graham later on.

David a voulu savoir ce que Graham était en train de faire, seul, dans la cuisine, et Lana lui a fait un clin d'oeil.

-Sorting out unfinished businesses with your daughter.

Il y a eu certaines réactions. David et Snow, visiblement soucieux de voir Emma manifester un tel attachement à quelque de mort. Ruby, qui a eructé un "I knew there was something between them back then", et quelques autres qui s'étonnaient, mais dans l'ensemble, mis à part les regards de chien battu ET les soupirs de Hook, tout le monde semblait plutôt ravi. L'un dans l'autre, je crois que la plupart d'entre eux-la majorité-n'avaient simplement pas pris le temps de réalised que le sablier de vie de Graham, bien que renouvellé, était déjà en train d'arriver au bout de ses capacités, et que son espérance de survie réduisait comme peau de chagrin à mesure que nous avançions dans nos recherches et notre enquête.

Alors que tout le monde s'apprêtait à sortir, Lana a fait signe à Rumplestiltskin de rester avec elle, et naturellement, Belle a préféré rester et venir avec eux quand Graham aurait terminé. Lana m'a rapidement confié qu'elle voulait lui faire essayer quelque chose de magique et de simple, histoire de savoir pour de bon si nous en étions privés ou non. Le faire à discrétion permettait d'éviter un mouvement de desespoir global ou au contraire, une montée d'euphorie qui aurait conduit, à court ou moyen terme, à une série de décisions qui pourraient ne pas être les plus optimales considérant la situation.

J'ai laissé toute la foule nous précéder, leur intimant de descendre jusqu'au rez-de-chaussée, parce que moi, je prendrais l'ascenseur. Hook a tenu à me suivre, et je n'ai pas protesté. Dans le couloir, on aurait cru un troupeau d'éléphants, mais je m'en fichais bien. Les voisins étaient au courant de ce qui m'était arrivé, et si protestations il y avait, je me servirai sans gêne de l'argument de la famille lointaine en visite pour m'aider à passer ce cap difficile. A la guerre comme à la guerre.

Dehors, à mon grand soulagement, je recomptais mes invités, et, une fois mon équipe réunie, je leur ai indiqué la route vers Marco. Traverser un petit parc relativement bien éclairé, puis remonter la rue jusqu'à l'enseigne lumineuse vert et rouge qui clignotait plus que tous les sapins de tous les Rockfeller Center. Easy peasy. Naturellement, toute cette bande de gaillards valides a eu vite fait de marcher bien plus vite que moi, mais Hook est resté à ma hauteur, calquant son pas sur le mien.

-You look worried, love.

Je lui ai souri.

-That's my regular face. I'm always worried for something or someone.

Le bruit de mes béquilles couvrait presque entièrement le bruit de ses talons sur le bitume détrempé, puis sur le chemin de sable mouillé.

-You need to let it out, or it's going to eat you alive.

-Says who, hmm ?

Il a froncé les sourcils, puis a eu cette petite expression façon "oh, you got me".

-And it's because I know how it feels that you have to trust me on this one.

Je me suis arrêtée une seconde pour reprendre mon équilibre, grandement endommagé par la présence de sable dans lequel mes tampons de plastique s'enfonçaient. Une bourrasque d'une certaine violence m'a destabilisée, et Hook, de sa seule main, m'a rattrappée alors que mes béquilles tombaient misérablement par terre dans un écho de métal assourdissant. J'ai fermé les yeux, persuadée que j'allais m'effondrer, et les ai rouverts sur Hook, alors que son visage était à vingt touuuuuuuuuuuut petits centimètres, et que, pour la première fois depuis longtemps, j'avais une crise de palpitations que je ne pouvais pas-définitivement pas-imputer à mes médicaments. Sous les lumières des lampadaires, je parvenais à voir ses yeux, et dans mon souvenirs, ils n'étaient pas si beaux. J'ai eu l'envie la plus insurmontable de mettre ma main sur la partie de son torse que sa chemise ne couvrait pas, tout en m'auto-flagellant d'avoir de telles pensées. Bien sûr, cela m'était interdit, je ne pouvais pas le faire, je n'avais pas le droit, nous n'appartenions pas au même monde, rien ne pouvait tant me différencier de quelqu'un comme lui, j'avais des manières, pas lui, j'étais casanière, il était un aventurier, j'avais le mal de mer sur un ferry de mille personnes, il était capitaine du jolly roger, je me sentais coupable quand la boulangère me rendait deux centimes de trop, il courait après les trésors et surtout ceux des autres...C'était stupide, vraiment, vraiment stupide, et pourtant, j'ai posé ma main blessée juste là, là où je savais que je trouverais son coeur, et il battait au moins aussi vite que le mien. Ma bouche était sèche, mon souffle court, et les autres étaient tellement avancés qu'ils n'avaient même pas remarqué notre absence. J'ai essayé de me servir de mes cordes vocales, mais au lieu du son habituel, seule une tonalité rauque et murmurée à réussi à sortir de moi.

-What are you going to do ?

Il a souri, et j'ai laissé ma main remonter vers sa nuque.

-What do you want me to do ?

Je ne parvenais pas à relâcher ma main, comme si quelque chose de tellement plus fort que moi coulait dans mes veines et se nourissait de sa présence si près de moi.

Je n'étais pas un papillon. Je n'étais pas du genre a donner dans la romance courte, ponctuelle, basée sur une absence totale de promesse. Quand je tombais amoureuse, je tombais souvent de haut, cela faisait toujours très mal, et une fois, une seule fois je m'étais retrouvée face à un semblant de réciprocité avant que cela ne se finisse par une bonne vieille coucherie de derrière les fagots avec une pétasse de 54 ans en mal d'adolescence. Je ne draguais pas, je n'étais pas draguée, rien ne me hérissait plus le poil que de finir en boîte, et je ne répondais pas favorablement aux attentions du sexe opposé. Je pensais que celui avec lequel cela marchait si bien serait le bon, que nous finirions mariés dans six ou sept ans, que nous aurions deux chiens, une fiat 500, une petite maison à la campagne et un appartement pas trop moche. Pas d'enfants, pas de responsabilités au dessus de nos emplois respectifs, mais au moins, dans ma tête d'idiote, j'étais tirée d'affaire, tout était clair à l'horizon. Alors, donner dans ce genre d'histoires condamnées à l'avance, sous le nez des autres, de ceux qui lui avaient brisé le coeur-Rumpelstiltskin, pour ne pas le nommer-ou des parents de celle qui avait eu ses faveurs depuis le début...Tout cela ne faisait que quintupler la situation impossible, et la rendre dangereuse sur tellement de plans.

-Stop thinking, love. There's a storm behind your pretty eyes.

Oh, il trouvait beaux mes yeux. Personne ne trouvait jamais mes yeux autre chose que...Gris. Pourquoi est-ce qu'il me disait cela ? Il fallait que je me relève, absolument, que je mette fin tout de suite à tout cela. A ce que c'était et a ce que ce n'était pas. A ce que cela ne serait jamais. A ce que cela ne pouvait, ne pourrait, ne devait pas être. Et c'était bien facile de tenir pareil raisonnement quand je regardais par dérrière lui, dans la nuit, ou le lampadaire, mais quand je plongeais dans ses yeux, mes resistances fondaient comme des chamallows de camping, et je ne pouvais plus retirer ma main de son omoplate, je jouais même avec ses mèches les plus basses, incapable de tenir mes résolutions.

Il s'est encore rapproché. J'ai fait taire mon esprit. J'ai fermé les yeux. Je savais ce que je faisais, je savais que je ne devais pas le faire, mais j'avais manqué de mourir un mois plus tôt, alors, le rationnel, j'en faisais des confettis. Au diable ce que je devais faire. Comptait seulement ce que je voulais faire. Et le baiser est arrivé. Pas un baiser de pirate, pas un baiser de sauvage, non, un baiser de...Cinéma. Un baiser de Rhett Butler. Un baiser de Jack Dawson. Un baiser de Sam Wheat...Sans la scène de poterie. Quoique, si comme ça, d'un battement de cil, on m'avait déposé dans le chemin un tour de potier et mon poids en glaise humide, rien ne certifiait que je n'aurai pas tout planté, là, pour aller me refaire un remake de Ghost.

Contrairement à tout ce que j'aurai, spontanément, attendu de la part de Hook, ce baiser n'avait rien de forcé, rien de gênant, rien de...Poussé. Il était dans la mesure parfaite, exactement ce que je voulais, plus parfait que tous les crapauds que j'avais pu embrasser par le passé. Ses lèvres étaient douces, pleines, délicieuses, et heureusement qu'il me maintenait parce que ma seule jambe valide était en coton et celle qui était blessée avait la consistance d'un ourson en guimauve.

Le temps s'est peut être arrêté. Ou peut être pas. C'était au moins un de mes instants d'éternité, et de savoir que rien ne pouvait arriver l'avait rendu encore plus puissant, encore plus infini. Même ses manières de rustre étaient parfaitement excusables, maintenant que j'avais goûté à ce qui se rapprochait au plus près du fruit défendu.

Et puis mon infini s'est arrêté. Il s'est relevé, et m'a fait ce sourire canaille qui m'a fait, moi-même, sourire. Je ne voulais pas parler, de peur de briser le moment, mais il le fallait. A regrets, tremblant comme jamais, je me suis un peu redressée, et il m'a aidée.

-Here...I got you.

Il a récupéré mes béquilles et me les a rendues, alors que je peinais à retrouver une température corporelle acceptable, et que j'entendais les autres avec Lana arriver par dérrière. Lana a courru vers moi, suivie des autres, inquiétée par notre retard.

-Ca va ?

Hook a eu une expression irresistible, comme si il considérait la question de Lana totalement saugrenue.

-We're okay, love. She fell and I helped her, that's all.

Il m'avait regardée dans le fond des yeux en prononçant cette phrase, avec cette sorte de fierté teintée de malice de cacher notre petit secret aux yeux de tous. Lana l'a poussé et a croché mon bras.

-I'll take it from here, thanks mate.

Nouveau regard meurtrier de la part du pirate, qui a rejoint a contrecoeur les deux autres-dont deux ennemis à différents dégrès. Je ne pouvais m'empêcher de le fixer du regard, alors qu'il repartait de plus belle à chambrer Graham à grand coup de "so mate, how does it feels to be not dead ?" et de lui proposer un retour à son état initial si il était trop perturbé. Graham s'est contenté de grogner et de lui rappeler qu'il ne faudrait pas grand chose pour qu'il arrive des bricoles à son crochet.

-Ca va ? Tu as l'air bizarre...

Elle a plaqué sa main sur mon font, habitude gagnée de mon agression, où il fallait que je surveille régulièrement qu'une infection n'était pas en train de venir gaspiller mon energie.

-Whoa, t'es bouillante, t'es sûre que ça va ?

Je lui ai souri et ai hoché la tête.

-Oui, oui, ça va très bien...

Elle ne semblait pas vouloir lâcher le morceau, alors je préférais dévier la conversation.

-Vous avez essayé la magie ?

-Oui. On a vu une sorte de fumée bleuâtre sortir du verre plein d'eau qu'il essayait de changer en vin, ça à fait un vague "pfouf" et puis plus rien.

-Et l'eau ?

-Elle avait la couleur de l'eau, l'odeur de l'eau, mais ce n'était plus de l'eau.

-Donc ça marche.

-Disons que ça marchouille. Il est probable que cela marchera bien mieux avec Regina, et probablement mieux encore si Emma parvenait à nous rejoindre.

-Un genre de pouvoir des trois à la Charmed...

-Dans ces eaux-là.

-Dis-moi...

Oh zut, autant cracher le morceau, elle allait s'en rendre compte d'une façon ou d'une autre.

-Oui ? Tu es sûre que tu vas bien, tu es toute rouge...

-Hmouiiii...

Ma voix montait dans les aigus, incontrôlable. Elle avait tout de suite compris où je voulais en venir-j'étais complètement décérébrée quand j'étais un tant soit peu amoureuse, je devenais idiote, incapable de me maîtriser. Ca se voyait tout de suite, quand ma retenue habituelle disparaissait au profit de cette chose ridicule qu'était l'amour. Ridicule et atrocement addictive. Elle s'est arrêtée au milieu du chemin, coincée entre le choc et la surprise absolue.

-Oh mon dieu, tu as roulé une pelle à Charmant.

L'avantage de ma meilleure amie, c'était que même dans les situations les plus ambigües, elle gardait son sens de l'humour.

(to be continued)