Coucou tout le monde !
Voici enfin le chapitre 5 sur mes 2 quiproquoteurs préférés !
Je tenais absolument à le poster avant la sortie du tome 10, c'est chose faite!
J'espère qu'il vous plaira !
Et sinon, bonne lecture du livre de Tohr, dans quelques jours ! Perso, moi je le redoute vachement en ce qui concerne Q/B ...
A très viteeee !
Jess
CHAPITRE 5: Creep
Blay avait regardé Qhuinn transporter son "amie" de la maison à la voiture, de la voiture à la maison sécurisée que Wrath leur avait indiquée, la poser gentiment sur le lit tout en tirant sur elle les couvertures et lui parlant à voix basse et le roux se demandait clairement s'il n'était pas entré dans la 4ème dimension. Qhuinn n'était que tendresse et attention. C'était presque comme voir Rhage se taire plus de 2 minutes et Vishous blaguer grassement. Aux antipodes de ce qu'était le type. Et pourtant, c'était bien son meilleur ami qui se comportait de la sorte. Qhuinn murmurait des mots réconfortants à la petite rousse pour qu'elle s'endorme, lui assurant qu'il retrouverait rapidement sa fille, qu'elle pouvait se reposer tranquillement, il lui caressait les cheveux et lui souriait gentiment. Bref, il se comportait comme un vrai papa poule. Comme jamais Blay ne l'avait vu se comporter et ils avaient passé bon nombre de moments ensemble. Soudain, il eut une révélation. Qhuinn se comportait ainsi avec les femelles. Il devait très certainement se comporter de la sorte avec Layla. L'estomac du roux se contracta à cette pensée et il s'excusa pour sortir rapidement de la chambre. Alors qu'il descendait les escaliers au pas de course les yeux baissés, il fonça droit dans une épaule dure de guerrier. Il s'arrêta directement et se massa l'épaule avant de relever les yeux vers ceux, diamants, de V:
- Ca va gamin?
- Oui, je dois juste prendre l'air.
Il continua son chemin après avoir contourné le Frère, nécessitant de l'air frais plus que jamais.
- Il ne sera pas toujours aussi con, rassure-toi.
Il se stoppa net sur la dernière marche de l'escalier mais ne se retourna pas pour regarder l'autre. Il n'avait pas besoin de lui demander de qui il parlait. C'était clair comme de l'eau de roche. Et que pouvait-il répondre à ça ? Vishous n'était pas du genre à entendre les confidences d'un ami fou d'amour pour un handicapé du sentiment. Il se demandait même pourquoi le guerrier avait abordé le sujet. Il se contenta simplement d'hausser les épaules et de grogner un:
- Ca me regarde plus.
- Ca te regarde bien plus que tu ne le penses.
Okay, donc tout le monde était définitivement bien au courant de leur petit mélodrame personnel. Gé-nial. Pas à dire, le fait de vivre tous ensemble au manoir alimentait clairement Radio Potins. Il ne manquait plus que Rhage se mette à le claironner dans les rues face aux lessers et le tableau serait complet. Ah mais en fait, c'était déjà ce que faisait Hollywood, non? Ne souhaitant rien répondre à V qui ne ferait qu'alimenter d'autant plus les ragots, il haussa à nouveau les épaules et sortit sans mot dire, savourant l'air frais, se posant sur les marches en regardant les étoiles et sortant son paquet de cigarettes pour s'en griller une.
Qhuinn referma doucement la porte de la chambre où Sehrena s'était enfin endormie. La jeune femelle était bouleversée. Et de l'avis de Qhuinn, elle avait toutes les raisons de l'être. Sa fille avait été enlevée. Par ces saloperies de lessers. Et elle voulait la retrouver. Elle était prête à se jeter dans le tas pour au moins pouvoir être près de son jeune. Heureusement, son instinct de survie avait été plus fort quand elle avait été confrontée à ces créatures dégueulasses et elle s'était enfermée dans une cachette secrète. Ceci n'était que des suppositions car la femelle, à part murmurer le nom de sa fille et pleurer pour qu'on la retrouve, ne donnait aucune explication sur son enlèvement et ce qui s'était réellement passé. Il l'interrogerait à nouveau demain. Alors qu'il se trouvait dans le couloir, il chercha Blay des yeux mais son ami n'était nulle part. Il avait filé à l'anglaise, quand Qhuinn s'occupait de Sehrena, souhaitant certainement par sa superbe éducation laisser un peu d'intimité à la jeune femme. Le brun sourit en pensant à son ami et à son tact légendaire. Quand il se voyait lui, à ruer dans les brancards, à mettre ses gros sabots partout, il ne pouvait que réaffirmer son idée selon laquelle Blay méritait tellement mieux que lui. Un parfait gentleman, comme lui. Comme cette traînée de Saxton. Il avait beau retourner le problème dans tous les sens possibles et inimaginables, il en revenait toujours à la même conclusion: Blay et Qhuinn = mauvais plan. Blay et Saxton = équation parfaite. Il n'avait plus qu'à s'y faire, point barre. Il avança dans le couloir pour trouver Vishous adossé au mur près des escaliers, fumant sa roulée d'un air qui annonçait clairement son humour sombre.
- Hey, V, t'as pas vu Blay ?
Okay, il fallait bien avouer que c'était une piètre tentative pour amorcer une conversation. D'ailleurs …
- J'ai l'air d'un poteau indicateur, gamin ?
Qhuinn se frotta l'arrière de crâne, vraiment mal à l'aise, sautillant d'un pied à l'autre, ne sachant plus comment échapper au regard noir du Frère tatoué.
- Je vais … bredouilla-t-il, mal à l'aise.
Mais il ne finit pas sa phrase et avança vers l'escalier et donc, à fortiori, du Guerrier mal luné qui lui foutait la trouille. Alors qu'il passait devant lui, Vishous grogna:
- Pour ce que ça vaut, t'es vraiment un con.
Il se stoppa net sur sa lancée et regarda le Frère, interloqué.
- Blay est en bas. Même si tu ne mérites pas de le savoir.
- Euhhh, V, j'ai fait quelque chose qui justifie ta petite vendetta contre moi ?
- A ton avis?
- A mon avis, tu m'en veux pour un truc que je me souviens même pas avoir fait.
Le regard perçant de V vint se river dans le sien et il recula inconsciemment d'un pas.
- Je ne t'en veux pour rien, gamin. Mais si je devais t'en vouloir pour un truc, ce serait clairement pour quelque chose que tu n'as PAS fait, plutôt que pour un truc que tu as fait.
- Hein ?
Vishous secoua la tête avant de tirer une nouvelle fois sur sa roulée et d'en exhaler la fumée, pensif. Après quelques minutes, il reprit la parole:
- Oublie ça, tu veux? Retiens juste que je sais ce que c'est que d'être trop effrayé pour agir. Mais bon, tu le comprendras bien assez tôt.
- Agir ? Hein ?
- Va donc rejoindre ton ami. Il avait l'air plutôt bouleversé.
Le Guerrier tira une dernière fois sur sa cigarette avant de l'écraser dans une coupe qui ne servait certainement pas de cendrier normalement et il disparut dans une chambre en grommelant, comme lui seul pouvait le faire, laissant Qhuinn à ses nombreuses interrogations.
Blay était assis sur les marches, à l'extérieur de la maison protégée de Beth, que Wrath avait mis à disposition de Sehrena pour sa sécurité, et fumait sa cigarette, tirant dessus comme si sa vie en dépendait. En tout cas, son état de santé mental en dépendait, c'était déjà ça. Ce soir, il devait finir la nuit et passer la journée chez Saxton. Avec le blond. A faire tout un tas de choses très cochonnes. Il aurait du, comme tout nouvel amant, s'en réjouir. Or, ça lui paraissait être une mise à mort. Comme devoir être emmené au bûcher. Il voyait les heures défiler et aurait voulu arrêter le temps pour retarder la sentence. Pour rester plus longtemps avec son pyrocant. Il aspira une nouvelle bouffée de fumée et la relâcha, secouant la tête en se maudissant pour l'idiot qu'il était. Quand cet état d'esprit cesserait-il enfin? Quand son obsession pour Qhuinn prendrait-elle fin ? Il avait un mâle de valeur dans sa vie, un vampire qui était prêt à être le mâle qui lui fallait, qui le comblerait au delà de ses attentes. Et que faisait-il, lui? Il soupirait d'amour refusé auprès de son ami. Toujours à attendre Qhuinn, toujours à surveiller Qhuinn, toujours à faire attention à Qhuinn … toujours toujours et toujours Qhuinn. C'était pire qu'une litanie dans sa tête.
Qhuinn, Qhuinn, Qhuinn, Qhuinn, Qhuinn, Qhuinn.
En lettres capitales, illuminées par des néons et clignotantes. Taille 72. Au moins.
Sainte Vierge Scribe, était-il possible de faire plus pathétique? Il lui semblait se répéter cette phrase comme un slogan perpétuel: Blaylock, fils de Rocke, guerrier PATHETIQUE. Peut-être qu'il devrait le suggérer comme épitaphe, quand il serait mort.
La porte de la maison s'ouvrit derrière lui, mettant fin à la torture mentale qu'il s'imposait et il reconnut sans même se retourner qui arrivait derrière lui, avant même qu'il ne lui adresse la parole:
- Je déteste quand tu fumes.
Blay haussa les épaules et tira une autre bouffée tout en regardant le ciel étoilé, évitant soigneusement de poser les yeux sur le mâle qu'il aimait plus que sa propre vie. Celui-ci se posa sur une marche au-dessus de lui, comme pour lui laisser de l'espace. Ou garder une distance de sécurité avec lui, après que Blay l'ait assailli dans les toilettes de l'Iron Mask.
- Tu comptes arrêter cette vilaine habitude quand ?
Quand t'arrêteras de baiser tout ce qui bouge? pensa Blay sans évidemment le dire à voix haute. Il tourna légèrement la tête et détailla son ami du regard, pendant que l'autre attendait sa réponse. Le brun était magnifique, vraiment. Aussi objectivement qu'il le pouvait, il lui chercha des défauts. Et n'en trouva aucun. Surtout pas son regard qu'il haïssait tant, d'ailleurs. Blay se demandait si finalement, ce n'était pas ce qu'il préférait chez lui, physiquement. Bien plus encore que sa superbe mâchoire dure et volontaire, que sa peau magnifiquement dorée, que ses lèvres charnues, que son corps musclé et noueux et que ses fesses adorablement rebondies. Oui, ses yeux étaient la chose la plus magnifique de Qhuinn. C'était vraiment dommage que le brun ne s'en rende même pas compte. Il avait été parfaitement conditionné par sa famille à se haïr et son estime de lui était au plus bas. De l'avis de Blay, il faudrait beaucoup de boulot, d'années et de courage à la femelle qui se lierait à Qhuinn pour lui faire surmonter tout ça. Il aurait aimé être la personne qui le sortirait de l'enfer personnel qu'il s'imposait à lui-même. Il en aurait eu le courage et la patience, vu la force de son amour. Mais Qhuinn n'en voulait pas. Jamais. Quoiqu'il fasse. Il ne lui restait plus qu'à espérer que la personne qui se lierait à Qhuinn aurait les épaules pour porter ce poids. Et quand il imaginait Layla, la candidate plus que potentielle, il ne la voyait pas du tout endosser ce rôle. Ils finiraient tous les deux blessés, épuisés et plus mal que jamais. Non, Layla n'était pas la femelle qu'il fallait à Qhuinn. Mais que pouvait-il faire pour empêcher ce fiasco d'arriver? Le brun ne l'écouterait pas, pensant assister à une crise de jalousie. Et il ne pouvait pas se leurrer, s'il ne voulait pas de Layla pour Qhuinn, ce n'était pas que pour la raison du "Elle ne supportera pas l'âme brisée du guerrier". Non. Il y avait effectivement de la jalousie là-dessous. Et bordel, c'était tout à fait normal ! Il aimait Qhuinn, il aurait fait n'importe quoi pour lui. Et il était éconduit de la pire manière qui soit. En tout cas, ce dont il était certain, c'est que quelle que soit la personne avec qui Qhuinn choisirait d'être, son ami aurait toujours besoin de lui. La preuve en était avec Sehrena. Le brun ne laissait jamais échapper aucun sentiment, aucune émotion. Pourtant, quand il devait les exprimer, il ne le faisait que devant Blay. Toujours. Et puis, de toute façon, Qhuinn avait besoin dans sa vie de la seule personne qui lui avait toujours témoigné de l'amour et du respect. Depuis son plus jeune âge, quand ces deux choses lui étaient parfaitement inconnues. Ouais, c'est ça ! Qui essayait-il de leurrer au juste? Pas lui en tout cas. Il n'était qu'un faible qui, quoiqu'il arrive, ne pourrait jamais se défaire totalement de Qhuinn, même si c'était la meilleure chose à faire pour tous les deux. Non, c'était impossible pour lui. Il l'aimait bien trop pour en être capable. Il tira à nouveau comme un forcené sur sa cigarette et ne prit pas la peine de répondre au brun qui attendait toujours. Mais comme la patience n'était définitivement son fort, celui-ci reprit:
- Alors c'est quoi ? On joue au "Roi du silence"? Je te préviens, impossible que je gagne !
Blay ne put s'empêcher de rire et rectifia:
- Le "Roi du silence", c'est dans un plus grand groupe et ce n'est absolument pas le concours de celui qui se tait le plus longtemps. Mais tu as raison, si ça avait été le cas, j'aurais gagné haut la main.
- C'est clair, qu'en ce moment, c'est dur de t'arracher une parole. Alors, dis-moi, ça gêne pas mon cher cousin que tu fumes?
- Il n'en dit rien en tout cas. Pourquoi en fais-tu toute une affaire?
- Je déteste ça. Le tabac, y a rien de plus mauvais.
- Allez, Qhuinn, ce n'est pas comme si je pouvais en mourir, après tout.
- C'est vrai. Mais j'aime pas te savoir dépendant de quelque chose.
- C'est déjà le cas depuis longtemps! grommela Blay en se relevant, époussetant son pantalon et soupirant.
C'était sorti tout seul, sans qu'il y réfléchisse vraiment. Et maintenant, il était plus que mal à l'aise. Il se tourna vers Qhuinn pour trouver son ami, toujours assis sur les marches, le regardant comme s'il venait de lui dire qu'il avait croisé le Père Noël en venant. Il haussa les épaules et grogna:
- Ecoute, tu t'en sors bien à partir de là ? Je dois y aller, Sax m'attend …
C'était un coup bas, il le savait mais il fallait qu'il file de là, et le plus vite possible. Le brun se releva et riva son regard vairon dans le sien:
- Blay …
- Passe une bonne nuit, Qhuinn. A demain.
Sur ces mots, il se détourna rapidement, cherchant à échapper au regard inquisiteur de son pyrocant et se dématérialisa devant la maison de Saxton, nerveux comme jamais. Entre la peste et le choléra, Blay avait choisi le blond. Car il était impossible qu'il s'explique devant Qhuinn de sa toute première addiction. Lui.
Qhuinn grimpa dans son Hummer et rejeta la tête en arrière contre l'appui-tête. La soirée avait été forte en émotions. D'abord la soirée à l'Iron Mask avec ses potes et ses efforts pour reconquérir l'amitié de Blay. L'appel de Saxton, l'arrivée du roux qu'il avait baisé et surtout, SURTOUT, le moment avec Blay dans les toilettes. Quand le mâle qui faisait vibrer son coeur avait attrapé sa virilité et y avait appliqué des mouvements brusques emplis de passion, le revendiquant comme sien. Bordel de merde, il donnerait n'importe quoi pour revenir quelques heures en arrière et empêcher ce moment de s'arrêter. Mais il avait encore tout fait foirer. En pompant dans la main de son ami, ne pouvant retenir sa frénésie, il l'avait effrayé. Et Blay avait repris pied dans la réalité. Ensuite, ils étaient partis chercher Sehrena, l'avait retrouvée et emmenée ici, dans la maison sécurisée de Beth. Ils avaient pris soin d'elle et avaient tenté de discuter tous les deux. Puis Blay s'était sauvé comme un voleur, après avoir parlé d'une dépendance qu'il avait. Et qui semblait le peser. Qhuinn savait qu'il parlait de lui. Il était une putain de tare, même pour son meilleur ami. Bordel de merde, était-il possible d'être aussi nul et pas encore lapidé ? Il démarra le moteur et enclencha la radio pour empêcher son esprit de vagabonder. Sur Caldie Radio, ils repassaient de vieux tubes …
When you were here before
Couldn't look you in the eye
You're just like an angel
Your skin makes me cry
You float like a feather
In a beautiful world
I wish I was special
You're so very special
Creep, de Radiohead. Tout à fait approprié. Il écouta les paroles alors que son regard vagabondait sur les marches où Blay et lui étaient assis un peu plus tôt. Il monta le son et s'appuya à nouveau contre l'appui-tête, fermant les yeux, prenant une minute pour se recentrer. Il aurait voulu être spécial. Etre normal tout du moins. Parce qu'en étant normal, il aurait pu être avec Blay. Mais pas maintenant, pas comme ça. Pas avec cette putain de tare génétique et son passif. Pas après avoir tranché la gorge de Lash et s'être fait sauvé d'une pirouette par le roi lui-même, provoquant ainsi d'autant plus les foudres de la Glymera. Comment pourrait-il imposer ça à son mâle et à sa famille? Famille qui l'avait recueilli comme un fils, quand il était au plus mal, dans ses heures les plus sombres. Lui qui avait vécu la colère de la Glymera, comment pourrait-il jeter en pâture les personnes qu'il aimait le plus au monde dans cette fosse aux fauves? Jamais il ne le pourrait. Jamais. Parce que ce n'était pas lui qui comptait. Certainement pas. Ni ce dont il avait envie. Ni ce dont il avait besoin. Non, la seule chose qui comptait, les seules personnes, c'étaient eux trois. Blay et ses parents. Les seuls à l'avoir accepté et aimé sans conditions.
Il regarda sa montre et soupira. Il était temps de rentrer au manoir faire son rapport à Wrath. Il n'avait que trop traîné ici. Doc Jane était passée pour ausculter Sehrena et n'avait trouvé que des blessures superficielles qui seraient vite guéries. Elle lui avait surtout administré un puissant sédatif pour que la jeune femelle puisse trouver le repos dont elle avait besoin. Qhuinn venait de la laisser à la surveillance de V. Lui et sa shellane resteraient la nuit et la journée auprès d'elle. Il n'avait donc rien à craindre pour sa protégée. Car c'était bien ce qu'elle était devenue. Par la force des choses. Elle ne pouvait compter ni sur ses parents ni sur le père de sa fille pour l'aider. Elle n'avait plus que lui. La pauvre devait remettre tout ce qu'elle avait dans les mains d'un putain de paria. Mais il allait faire tout ce qui était en son pouvoir pour l'aider. Parce qu'il savait ce que c'était que d'être abandonné, rejeté par les siens. Ce que c'était d'être tout seul, laissé à soi-même. Et dans ces heures horribles, il avait toujours pu compter sur quelqu'un. Blay. Son seul rayon de soleil dans le marasme qu'était sa vie. Alors il allait se comporter en mâle de valeur pour une fois. Et aider cette femelle à retrouver sa jeune. Même si ce devait être la dernière chose qu'il devait faire. Car Blay l'avait fait pour lui. Lui avait montré l'exemple. Comme le putain d'ange gardien qu'il était pour lui. Refusant d'y penser plus, sachant que ça ne servait finalement à rien et que ça revenait à être le serpent qui se mord la queue, il enclencha la première et prit la direction du Manoir.
Il entra dans l'immense bâtiment le moral en berne. S'il avait bien compris, Blay passait le reste de la nuit chez Saxton. Et donc la journée complète. Il ne fallait pas être Einstein pour savoir ce qu'ils comptaient faire pour occuper leur temps libre. Ce qui lui donnait furieusement envie de dégueuler. Il se dirigea vers le grand escalier quand il vit Rhage le descendre, son éternelle sucette à la bouche mais l'air un peu moins goguenard que d'habitude. Puisque sa bête avait fait son apparition la nuit d'avant, ce n'était pas étonnant. Ce n'est pas pour ça qu'il ne le héla pas:
- Hey, Qhuinny-Boy, on dirait que tu as perdu ta paie aux billes.
- T'as personne d'autre à aller emmerder, Hollywood?
- Tu es ma victime préférée. T'as perdu ta moitié?
- Je n'ai pas de moitié.
- Oh allez, à Tonton Rhage, tu peux le dire. Il te plaît hein, le p'tit Blaylock.
Qhuinn ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel et de sourire un peu ironiquement. Comme s'il allait confirmer cette information à la pipelette de service. C'était comme si Paris Hilton avait filé sa sextape à la concierge de son immeuble. Un suicide médiatique. Or, il n'était pas encore prêt à faire son coming-out. Surtout pas tant que les choses étaient aussi tendues avec Blay. Il préféra tacler en touche:
- Pourquoi, t'as des vues sur lui? Allez, je suis sympa, je te laisse le champ libre si t'y tiens vraiment!
Le blond le regarda, un peu ahuri puis éclata de rire et tapa sur son épaule:
- Tu ne perds rien pour attendre, Qhuinny-Boy. "Crains ma colère".
Il finit de descendre les marches en se marrant, laissant Qhuinn un peu inquiet derrière lui. Espérant que quoi qu'il fasse, Blay ne soit pas impliqué.
Il entra dans le bureau de Wrath après que le Roi lui ait aboyé d'entrer et se laissa tomber sur la chaise face à l'immense table sur laquelle étaient étalés un tas de papiers. Le roi était en train de travailler avec la reine, visiblement. Beth s'était éclipsée à son arrivée, le laissant en tête à tête avec l'effrayant souverain, qu'il estimait énormément.
- Alors mon garçon, les choses se sont bien terminées?
- Rien n'est terminé. Il faut retrouver la petite. Mais Sehrena est en sécurité et demain soir, elle sera en mesure de nous donner plus de détails.
- Bien. Il nous faudra donc attendre. J'ai parlé à V, il dit que Jane continuera à lui donner des calmants jusqu'à la tombée de la nuit. On ne voudrait pas qu'elle ait une crise de panique et sorte frire au soleil, non?
Il se contenta d'acquiescer. Wrath savait parfaitement que Qhuinn tenait à cette femelle. De manière amicale, bien sûr.
- Bon, parfait. Je veux que toi et Blay ayez le cul vissé à cette femelle !
- Je … Blay et moi ?
- Oui, vous êtes ceux qu'elle a vus en premier et vous fera donc confiance. Et vous êtes de son âge. D'ailleurs, où est donc Blaylock ?
Qhuinn déglutit péniblement. C'était déjà dur de se faire à l'idée que Blay et Saxton passaient la nuit et la journée ensemble et maintenant, il allait devoir le dire à haute voix? Bordel, sa vie craignait vraiment.
- Il … Il est parti chez Saxton.
- Putain de merde ! s'exclama Wrath en tapant du poing sur la table, faisant sursauter Qhuinn et George par la même occasion.
- Il rentrera à la tombée de la nuit, juste pour prendre la relève de V.
- Ecoute-moi bien, fiston. J'ai viré Saxton pour deux bonnes raisons. La première, c'est que je ne supportais plus ses manières d'empaffé grotesque. La seconde, c'est qu'il était temps qu'il décampe pour les raisons évidentes que tout le monde connaît.
Qhuinn écarquilla les yeux, décontenancé et attendit que le roi aille au bout de son idée.
- Toi. Blaylock. Il faudra bien que tu prennes les devants un jour, fils. Tu ne seras pas toujours le pauvre gamin qu'on a rejeté et qui souffre. On ne te plaindra pas ad vitam eternam. Tes erreurs ne seront pas toujours tolérées, Qhuinn. Alors prends une bonne fois pour toutes les rennes de ta vie. Avant qu'un autre ne te les prenne des mains, de manière définitive.
- Wrath … balbutia-t-il, mal à l'aise.
- Oui, je sais: ce n'est pas ce que je crois et je ne comprends rien. Tu n'as pas de sentiments pour Blay et les poules ont des dents, les petits lapins des bretelles. Le sujet est clos, Qhuinn. Tu sais ce que j'en pense. Maintenant, appelons Blaylock pour qu'il ramène son cul ici.
Qhuinn n'osa rien rétorquer et se cala dans son siège pendant que le Roi décrochait son téléphone à commande vocale et annonça:
- Blaylock, fils de Rocke.
La voix métallique du téléphone lui répondit:
- Vous avez demandé "Doc Jane". Composition automatique du numéro …
Wrath raccrocha d'un coup sec et pesta:
- Saleté de technologie. V m'a assuré que ça fonctionnait à tous les coups!
Il reprit le combiné et retenta:
- Blaylock, fils de Rocke.
- Veuillez répéter.
- Blaylock, fils de Rocke.
- Veuillez répéter.
Qhuinn dut se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire. Parce que même si Wrath se comportait de manière sympa avec lui, il ne devait pas oublier qu'il restait le Roi et surtout qu'il avait très mauvais caractère. Il proposa donc son aide, ce que l'autre accepta en râlant ne supportant pas d'être handicapé par sa vue. Il y eut quatre sonneries avant que Blay ne décroche enfin.
- Blaylock.
Mon dieu, sa voix était rauque. Comme celle d'un amant qu'on dérange en plein ébat. Qhuinn sentit la sueur perler sur son front et son estomac se tordre, prêt à expulser son contenu. Il avait peut-être choisi ce qu'il y avait de mieux pour Blay et ses parents mais il savait que sa voie à lui serait pire que le Dhund. Il allait morfler et en beauté.
- Blaylock, on m'a informé que tu ne rentrais pas au Manoir de la journée.
- C'est exact. Il y a un problème ?
- Un problème ? Quand vous avez emménagé ici, il n'était pas dit que vous pourriez aller et venir comme bon vous semble.
Okay, Qhuinn était prêt à baiser les pieds de Wrath rien que pour ça. Il sourit, ne pouvant s'en empêcher quand Blay rétorqua, un peu cynique:
- Je ne savais pas que je devais te rendre des comptes sur mes allées et venues. Je pensais ce temps révolu avec mes parents, déjà.
Blay qui passait outre les ordres du Roi pour son cousin ? Bordel, il devait sacrément y tenir car jamais le roux n'aurait répondu aussi effrontément à Wrath. Qui, pour le coup, sembla ne pas apprécier.
- Je te rappelle que je suis ton Roi, contre ma volonté mais je le suis quand même. Et si je te dis de ramener tes fesses ici avant le lever du soleil, tu obéis et tu la fermes, ok? Si je vous ai demandé d'emménager ici, ce n'est pas pour le plaisir de voir vos tronches d'ours mal léchés tous les soirs. C'est pour votre sécurité. Alors tu finis ce que tu es en train de faire, ou pas, et tu te ramènes avant que je ne m'énerve vraiment. Ai-je été suffisamment clair?
C'était bon, Qhuinn avait trouvé sa nouvelle idole. Il était prêt à arborer un t-shirt "I Love King Wrath" rien que pour ça.
- Oui, c'était très clair. Je rentre de suite.
Wrath reposa le combiné sur son socle et porta son attention sur Qhuinn. Celui-ci ne pouvait distinguer ses yeux derrière ses éternelles lunettes noires mais il aurait pu jurer voir un éclat d'amusement sur le visage du Roi.
- Je pense qu'on en a terminé. On se voit au Dernier Repas, fils.
Ce n'était pas une question. Mais Qhuinn était prêt à partager le repas avec les autres, rien que pour voir Blay revenir. Il se leva, un sourire toujours vissé au visage et sortit. Finalement, la journée serait meilleure qu'il l'avait pensé.
Il rejoignit les Frères dans la salle de jeu où Butch était en train de mettre la pâtée de sa vie à Rhage au billard. Le Frère blond, de mauvaise humeur, croquait le bois de sa Tootsie pop en cherchant un bon coup à faire. Mary et Bella jouaient avec Nalla sur la moquette, sous la surveillance de Z qui était appuyé contre la fenêtre. Lassiter, comme à sa grande habitude, regardait un soap opéra sur une chaîne cablée, au grand désespoir de Tohr qui se plaignait à côté de lui. John et Xhex n'étaient nulle part, certainement en train de se bécoter dans leur chambre. Fhury avait fait le voyage avec Cormia et Selena et discutait près du bar avec Marissa. Il ne manquait plus que Wrath et Beth, qui les rejoignirent rapidement. Qhuinn venait de s'emparer d'une queue de billard pour rejoindre la partie quand la porte du manoir s'ouvrit et que Blay apparut quelques secondes plus tard, tandis que les volets se baissaient pour la journée, annonçant l'imminence de l'aube. Il voulut continuer son chemin vers sa chambre mais le Roi l'intercepta directement:
- Blaylock, fils, viens donc partager le Dernier Repas avec nous.
Ce n'était une nouvelle fois pas une invitation courtoise mais un ordre indirect. Que Blay contra:
- Je n'ai pas faim.
- Nous devons discuter des dernières avancées sur la recherche des Bâtards. A moins que tu ne veuilles que je convoque une réunion après le repas …
Plusieurs grognements se firent entendre, les Frères souhaitant plus que rapidement rejoindre leurs chambres pour profiter de leurs shellanes.
- … tu ferais mieux de t'attabler avec nous. Et de revoir tes manières.
Blay darda son regard, assez furieux, sur Qhuinn qui était en train d'appliquer de la craie bleue sur sa queue de billard, dans un mouvement quelque peu suggestif. Le roux déglutit péniblement et sa tension augmenta encore d'un cran. Il n'était pas vraiment fâché d'avoir été rappelé. Pour tout avouer, il en était même soulagé. Il n'en voulait même pas à Wrath, le considérant comme son sauveur de la soirée car avant que le Roi n'appelle, il était tombé à court d'idées pour résister aux assauts de Saxton. Et le blond avait déployé nombre de stratagèmes pour l'attirer au plus vite dans son lit. Quand Wrath avait appelé, il était parvenu à déboutonner son pantalon et le reste aurait très vite suivi. Donc l'intervention avait été salutaire. Il n'était pas en rogne contre ça. Ce qui le mettait à cran, c'était de se retrouver à nouveau proche de Qhuinn. Sa résistance était des plus faibles, il aurait aimé être au plus près du mâle qui le faisait vibrer et redoutait les réactions qu'il pourrait avoir si Qhuinn lui montrait un tant soit peu d'intérêt. Il voulait tout de Qhuinn et n'aurait rien. Il ne servait donc à rien d'empirer encore les choses entre eux pour quelques moments volés. Pourtant, quand Sax l'avait embrassé à son arrivée, quand il avait tenté de détacher sa chemise, quand ses mains avaient vagabondé sur son corps, Blay n'avait pu s'empêcher d'imaginer que c'était Qhuinn qui faisait tout cela. Il n'avait eu qu'à ré-ouvrir les yeux pour stopper net ses rêves éveillés. Pouvait-il sérieusement coucher avec le blond en pensant que c'était le brun? Oui, il en était totalement capable. Mais ça n'aurait pas amené la satisfaction qu'il recherchait. Car personne n'était Qhuinn. Saxton n'en était même pas un substitut. Son pyrocant était unique, c'était bien ça le problème. Il suffisait de voir la manière dont il enduisait la queue de billard de craie. Le mec était un Dieu du sexe sur pattes et personne ne pouvait concourir dans sa catégorie. Blay riva son regard dans celui de Qhuinn qui ne l'avait pas quitté. Et dans son regard, il fit passer tout ce qu'il ressentait et qu'il ne pouvait exprimer.
Je t'aime.
Je t'aime comme il n'est pas permis d'aimer.
Tu es magnifique, ne laisse personne te dire le contraire.
Je t'aime, bordel, je t'aime.
Il secoua la tête et se détourna pour se diriger vers la salle à manger, à la suite du Roi et de la Reine. Avec le coeur au bord des lèvres, il se sentait bien incapable d'avaler quoi que ce soit. Mais quelques moments grappillés auprès de son pyrocant étaient toujours ça à prendre.
Qhuinn suivit le groupe dans la salle à manger presque à contrecoeur. Il savait que les autres surveilleraient ce qu'il mangerait, s'il ne mangeait pas suffisamment. Or, son estomac privé trop longtemps de nourriture allait lui faire payer, il le savait. Mais ce n'était pas ce qui comptait. Car ce matin, pour la première fois depuis longtemps, il prendrait le Dernier Repas auprès de Blay. Blay sans Saxton. Et ça, ça se savourait. Il se positionna derrière la chaise à côté de laquelle s'asseyait Blay et avisa Rhage qui s'installait de l'autre côté de la table, face à lui, faisant le singe. Il tendit son index et son majeur vers ses yeux puis vers Qhuinn, lui faisant signe par là qu'il le surveillait et le brun ne put s'empêcher de ricaner avant de se poser aux côtés de son meilleur ami. Celui-ci le regarda rire, un peu étonné et porta ses yeux sur Hollywood pour trouver la source de son hilarité. Sauf que le blond s'était entre-temps assis et semblait aussi angélique que le foutu Pape des humains. Blay arqua un sourcil mais reprit rapidement la contemplation de son verre vide, cherchant à tout prix à éviter le regard de Qhuinn. Celui-ci continua de surveiller Rhage du coin de l'oeil tandis que tout le monde se posait à sa place.
- Tiens tiens tiens ! On dirait que notre petit couple s'est reformé.
Qhuinn tourna la tête vers Butch qui venait de lancer cette petite bombe, aussitôt réprimandé par sa shellane qui lui donna une petite tape sur le bras. Le brun sentit son pyrocant se tendre à ses côtés et il maudit cette foutue Confrérie qui avait beau regorger des guerriers les plus létaux de la race, n'en demeurait pas moins une belle brochette de pipelettes.
- C'est vrai ça ! Alors, Brangelina, vous êtes enfin parvenus à vous défaire de Jennifer ? renchérit Rhage, trop heureux de trouver un complice.
Qhuinn pria pour une intervention somme toute divine de Wrath mais celui-ci se contenta de ricaner en bout de table. Il allait donc devoir gérer ça lui-même.
- Ce qui fait de moi … Angelina ?
- Oh, tu as définitivement sa bouche! lâcha Lassiter, prenant part à la conversation.
- Et puis son sex-appeal ! lâcha Bella, toute sourire.
Z lui adressa un regard interloqué et la jolie brune haussa les épaules en grommelant:
- Bah quoi, je ne dis que la vérité.
- Et il me semble qu'elle peut rivaliser au niveau tatouages avec toi! conclut Butch, goguenard.
Sachant parfaitement que les contrer ne ferait qu'augmenter la surenchère, il entra dans leur jeu et se tourna vers Blay, souriant:
- Alors, mon pote, t'es donc Brad Pitt. Te voilà coincé avec moi, obligé de me faire 18 enfants !
Le roux se tendit d'autant plus puis sembla peser le pour et le contre avant de se tourner vers lui et d'entrer à son tour dans le jeu:
- Il faut assumer, Angie. Tu as voulu que je quitte Jen, maintenant, tu vas prendre !
Qhuinn eut un sourire coquin malgré lui, prêt à prendre tout ce que Blay avait à donner. Il était sur le point de le lui dire quand il se ravisa et se retourna vers l'assemblée, lançant à la cantonade:
- Voilà notre couple rabiboché. D'autres remarques?
Mal lui en prit car ça fusa de tous les côtés:
- C'est quand le mariage? (Lassiter)
- Vous pourrez appeler votre premier gosse Hal ? Hal-E-Wood? (Rhage)
- Tu comptes donner dans le caritatif, Q? (Fhury)
- C'est-y pas mignon! (Tohr)
- Je peux être le Ghardien du 16ème ? (Butch)
- Le bisou ! Le bisou ! (Bella)
Ils furent heureusement sauvés par Fritz et les autres doggens qui commencèrent à servir les plats. Qhuinn adressa un sourire complice à Blay qui, étonnamment, le lui rendit. Oui, décidément, cette journée s'annonçait bien meilleure qu'il l'avait cru.
Blay chipotait avec le morceau de rosbif non entamé qu'il avait dans son assiette. Il n'avait vraiment pas faim. Autour de lui, les conversations allaient bon train. Les guerriers racontaient leurs dernières prouesses à leurs shellanes, toujours émerveillées. Zadiste donnait sa panade à Nalla et Mary, comme Bella, le regardait faire religieusement. Une seule personne semblait aussi maussade que lui, c'était Qhuinn. Blay avait bien remarqué qu'il ne mangeait rien. Pas la moindre petite bouchée, même pas pour donner le change. Il triturait les aliments dans son assiette du bout de sa fourchette, faisant du plat une reconstitution assez criante de vérité du tsunami de Pukhet. Quand le brun remarqua son regard sur lui, il se dépêcha d'enfourner un morceau de viande qu'il mastiqua de longues minutes. Blay ne détourna pas le regard, cherchant à lui montrer qu'il avait compris son manège. Il fut donc bien obligé d'avaler son morceau, avec une grimace puis lui offrit un sourire lumineux. Un vrai sourire "made in Qhuinn", qu'il ne réservait qu'à de très rares personnes. Dont lui. Il ne faisait peut-être pas partie du grand plan sexuel de son ami mais il bénéficiait tout de même de quelques privilèges. Qui lui réchauffaient le cœur, tout comme ce sourire d'ailleurs.
- Tu comptes te lancer dans la reconstitution historique? demanda le roux, un sourire sincère sur les lèvres.
- Pourquoi tu me demandes ça? répondit Qhuinn, décontenancé.
- Ton assiette. On dirait le champ de bataille de la Guerre de Sécession. Tu comptes avaler un truc?
- Mais je mange! se défendit son ami, piètrement
- On dirait moi quand j'ai commencé ma grève de la faim pour sauver tous les petits lapins du monde, Qhuinn.
Comme pour lui prouver qu'il avait tort, le brun goba trois morceaux à la suite sans même prendre la peine de mastiquer. Il déglutit péniblement, reprit un morceau sur sa fourchette et entra rapidement dans la conversation entre Butch et Fhury au sujet des résultats du Super Bowl dont Blay savait qu'il s'en foutait royalement. Tout ça pour l'ignorer superbement, comme c'était sa fâcheuse habitude ces derniers mois. Alors le roux fit ce qu'il faisait de mieux pendant ces longs mois d'ignorance: il observa à la dérobée son pyrocant pendant que celui-ci parlait sport avec les deux guerriers. Il continuait de temps à autre à porter à sa bouche des aliments, conscient que son ami le surveillait toujours et riait à gorge déployée des remarques candides de Cormia qui tentait elle aussi de prendre part à la conversation sans même savoir ce qu'était le football américain. Soudain, alors qu'il riait à nouveau, cette fois de Fhury qui s'enflammait, il posa son bras sur le dos de la chaise de Blay, comme si ce geste lui était parfaitement naturel. Celui-ci sentit l'imperceptible rapprochement de ce corps qu'il voulait tant et son désir prit feu immédiatement. Il se comportait vraiment comme si Blay lui appartenait, ce qui n'était pas pour déplaire au roux, loin de la. Alors que Blay se prenait a rêver d'une réalité parallèle où lui et Qhuinn partageraient des moments ainsi en étant un vrai couple, Cormia s'exclama:
- Il faut vraiment que vous nous emmeniez, mes sœurs et moi! Layla adorerait ça!
Le rappel du nom de l'Elue et l'idée qu'elle serait bientôt unie à Qhuinn ramena directement Blay sur Terre, voir même plus bas. Il reposa sa fourchette, prêt à se lever quand Qhuinn répondit:
- Je pense que Fhury peut organiser ça! Et j'accompagne pour vous expliquer les règles !
L'Elue battit des mains, heureuse, tandis que Blay sentait son estomac se retourner. Il s'imaginait parfaitement la scène: Layla, dans un pantalon de lin blanc et une chemise parme, une casquette des New Yorks Giants vissée sur la tête, aux côtés de Qhuinn dans le stade, se pâmant en voyant les actions. Elle ne raterait pas l'occasion de feindre un malaise et le brun la prendrait au creux de son bras, comme le futur hellren qu'il était.
Ouais, à vomir.
Soudain, comme s'il avait pu percevoir ses pensées, son ami se tourna vers lui et lui offrit à nouveau un sourire mais un peu plus peineux:
- Alors, tu recommences hein ?
Blay se tétanisa, littéralement. Qhuinn aurait-il acquis la capacité de lire dans les esprits ? Bordel !
- Que … quoi ?
- Ta grève de la faim pour la sauvegarde des petits lapins, tu recommences?
Le roux laissa échapper un soupir de soulagement sans même en être conscient puis ricana en regardant sa viande intouchée.
- Effectivement, j'ai recommencé.
- Tu sais, le rosbif, c'est pas du p'tit lapin …
- Je défends aussi les petits boeufs.
- Les lapins, je comprends encore, mais un boeuf …
- Tu as toujours le dernier mot pour tout ?
- Pour tout.
Blay ne put s'empêcher de lui adresser un sourire franc et heureux. C'était exactement ça qu'il voulait avec Qhuinn. Des moments faciles, libres de toute tension, de tout sous-entendu. Juste eux deux, comme ils avaient toujours été avant son "coming-out" forcé par le brun. Soudain, son ami devint littéralement verdâtre. Il semblait sur le point de vomir. Il s'excusa et quitta la table précipitamment, sous le regard éberlué de tous.
Qhuinn retomba contre le carrelage de sa salle de bains, vidé. Littéralement. Pris dans le bon moment qu'il partageait avec Blay, cherchant à détourner les soupçons du roux sur lui, il avait mangé plus que son estomac ne pouvait en supporter. Et évidemment, l'inévitable était arrivé, cette saloperie d'organe avait tout renvoyé. Il était arrivé juste à temps pour déverser le contenu interdit dans la cuvette de ses toilettes, dans des spasmes douloureux. D'ailleurs, il lui suffisait de penser que le moment de "trêve" avec Blay était ainsi terminé par la rébellion de son estomac pour entraîner de nouvelles crampes. Alors qu'il épongeait son front en sueur, appuyé contre le bain, les jambes étendues de part et d'autre de la cuvette, il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir. Il aurait voulu se redresser et paraître en pleine santé mais il n'en avait tout simplement pas la force. Pas avec tout ce qu'il s'était passé ce soir. C'était pire que les séries télévisées des humains où en un épisode, il se passait un million de choses. Il avait l'impression d'être la marionnette d'un scénariste sadique qui tentait plus que tout à le faire souffrir. Okay, il avait compris, il en avait même eu sa dose. Il était prêt à signer n'importe quoi pour obtenir un moment de tranquillité. Etait-ce vraiment trop demandé? Quand il releva la tête vers l'ombre qui venait de pénétrer dans la salle de bains, il comprit que ce ne serait pas encore le cas de suite.
But I'm a creep
I'm a weirdo
What the hell am I doing here ?
I don't belong here
Blay regardait son ami assis à terre, les bras reposant sur ses genoux écartés de chaque côté de la cuvette, l'air en piteux état. Son coeur se serra à cette vue. Il n'avait pas imaginé à quel point Qhuinn était mal en point. Il ne pouvait même pas manger trois morceaux de viande sans en être malade. C'était dire à quel point il s'était affamé ces derniers temps. Et il n'avait rien vu. Quel meilleur ami merdique il faisait, sérieusement ! Il s'accroupit à ses côtés et le regarda longuement tandis que l'autre avait détourné les yeux, certainement gêné d'être trouvé comme ça. A partir d'aujourd'hui, Blay se fit la promesse d'être bien plus vigilant en ce qui concernait la santé de son pyrocant. Après tout, il n'imaginait pas le monde sans lui. Il ferait donc bien de se soucier un peu plus de ce qu'il faisait de lui-même. Même si ça lui faisait mal à en crever.
- Alors, toi aussi tu milites pour la sauvegarde des petits lapins ?
- Ouais, faut pas faire souffrir ces pauvres bêtes ! sourit le brun, s'essuyant le front d'un revers de la main.
- Qhuinn, ton état m'inquiète …
Il ne voulait pas entamer le semblant de bonne humeur de Qhuinn mais il était temps qu'ils en parlent, mettent les choses à plat et règlent ce problème. Quoi qui puisse mettre le brun dans cet état, il était temps de le nommer, de l'exorciser et de faire en sorte que son ami s'en sorte. Parce qu'au final, ce que lui ressentait ne valait rien. Ce qui comptait, c'était que Qhuinn aille bien.
- T'inquiète pas pour moi, Blay. Je vais bien.
- Tu ne manges rien, tu maigris à vue d'oeil. Tu ne prends presque plus de sang, Layla me l'a confirmé.
- Quoi ? Qu'est-ce que Layla t'a dit ?
Il avait redressé la tête violemment, les yeux écarquillés, comme stressé de ce qu'aurait pu lui révéler l'Elue. Evidemment … La cérémonie d'union était prévue. Et personne n'avait eu les couilles de lui en parler. Si ça ne faisait pas mal à en crever ça …
- Qu'est-ce que Layla aurait du me dire ?
L'autre baissa les yeux, secouant la tête, fébrile. Il n'y avait plus de doute, c'était bien cela que la femelle aurait du lui annoncer. Mais dans ce cas, pourquoi ne l'avait-elle pas fait ? Qhuinn lui avait-il demandé de se taire? Et si même c'était le cas, comment se faisait-il que la pipelette qu'était Rhage n'aie pas encore répandu la nouvelle par monts et par vaux?
- Rien.
- Qhuinn, si tu dois m'apprendre votre union, je préfère l'entendre par toi que par quelqu'un d'autre, okay ?
Il lui aurait donné une gifle que c'eût reçu le même effet: le brun le regarda, médusé. Statufié, littéralement. Et pour Qhuinn, c'était une première quand on connaissait le gars. Puis, contre toute attente, il se mit à rire. A gorge déployée. Comme si Blay venait de lui raconter l'histoire la plus drôle au monde.
- Notre union? Non mais ça va pas ? Je m'unirai jamais avec Layla. Tu m'entends Blay ? JAMAIS.
- Mais alors … tout ce temps que vous passez ensemble … si ce n'est pas pour le sang et pas pour vous unir …
Il savait qu'il n'aurait pas du demander. Mais l'affreux démon qu'était l'espoir, dans son cas, ne put se taire. Il devait savoir. Car s'il y avait une infime chance que Qhuinn ne s'unisse pas à la femelle comme il le jurait, ça changeait la donne. Complètement.
- Eh bien, ça s'appelle de l'amitié. Je sais que je suis baiseur professionnel mais quand même, je peux parler aux gens sans leur sauter dessus.
Blay sourit, baissant les yeux à son tour, heureux comme jamais. Il n'y avait rien entre Qhuinn et Layla. Rien, pas d'union, pas même d'histoire d'amour. Wow, c'était comme Noël avant l'heure. Il devait sourire comme le benêt qu'il était, d'ailleurs. Impossible que le brun ne l'ait pas remarqué. Quand il releva le regard, il rencontre celui dépareillé de son ami. Qui riait lui aussi. Sainte Vierge Scribe, cette soirée serait finalement une trêve complète dans leur histoire compliquée ? Il ne pouvait que l'espérer. Il força donc sa chance:
- Dis donc, en parlant d'amitié, que dirais-tu de te faire une petite partie à la Xbox contre moi, histoire de voir si je te ridiculise toujours autant ? Après t'être brossé les dents, bien sûr.
L'autre sourit d'autant plus puis ricana:
- Je savais pas que se brosser les dents était une condition d'admission à une partie de jeux vidéos.
Oh, c'est juste pour le cas où tu déciderais de m'embrasser quand je serais victorieux ! pensa Blay, un vague sourire aux lèvres. Evidemment, obtenir cela serait bien trop demandé. S'ils continuaient leur soirée aussi détendus, l'avenir pourrait paraître plus radieux. Car la donne venait totalement de changer. Qhuinn n'était promis à personne. Et s'il n'était promis à personne, il était à prendre. Ce que Blay comptait bien faire de ses prochaines années. Attraper Qhuinn. Et le faire sien.
Qhuinn n'attendit pas la réponse de Blay et se redressa péniblement. Il était toujours à bout de forces mais la proposition du roux de continuer la fin de nuit ensemble était trop belle pour ne pas être saisie. Il s'appuya au comptoir de l'évier, se regardant dans le miroir sourire comme un niais. Son ami s'était redressé en même temps que lui et n'avait esquissé aucun geste pour l'aider, signe qu'il le connaissait toujours parfaitement: il n'aurait pas accepté son aide.
- Ce n'est pas une condition d'admission en général. Mais pour MES parties à la console, je réclame toujours un soin particulier.
Qhuinn rit à nouveau en se saisissant de sa brosse à dents:
- Blay, toujours aussi soigneux. Tu changeras jamais.
L'autre rougit et mit les mains en poche, un peu gêné. Il se tut pendant que Qhuinn se mettait à frotter énergiquement ses dents puis murmura:
- Je vais chercher les nouveaux jeux que j'ai achetés. Je te rejoins ici ?
Evidemment, il ne voulait pas le faire entrer dans son antre du sexe ouverte uniquement à Saxton-Le-Magnifique. Qhuinn se rembrunit instantanément. Il devait profiter d'une heure du temps libre de Blay pour jouer à la console avec lui alors que son foutu cousin le prenait là, dans tous les sens, quand bon lui semblait.
Absolument vomitif. D'ailleurs, la cuvette n'était pas loin …
Il parvint à se contrôler, n'ayant plus rien à expulser, finit de se brosser les dents puis se dépêcha d'entrer dans sa penderie pour se changer. Il était en train de choisir un short de nylon quand Blay réapparut, sans frapper. Qhuinn se retourna, nu comme le jour de sa naissance, le vêtement dans la main quand le roux se figea à la porte, rouge pivoine.
- Oh pardon, j'ai pas pensé à frapper !
- Euhhh, Blay, depuis quand tu frappes pour entrer dans ma chambre ?
Depuis qu'il est avec Saxton ! insinua une petite voix malfaisante dans sa tête, lui broyant le coeur par la même occasion.
- Bah …
- Et puis c'est pas comme si on s'était pas vu à poil toute notre jeunesse. Allez, je m'habille si ça te gêne tant !
Il passa le short pour se donner une contenance mais il voyait clairement au regard du roux qu'il avait eu le temps de mémoriser les endroits stratégiques de son corps. Ce qui n'était pas pour lui déplaire. Blay posait de nouveau les yeux sur lui. Il laissa délibérément son short tomber bas sur ses hanches, dévoilant le début du V de son ventre qui plongeait vers sa virilité, sachant pertinemment que Blay appréciait cette partie de son anatomie. D'ailleurs, celui-ci avait fait un peu pareil. Il avait passé un bas de pyjama en satin bleu nuit. Et rien que ça. Il était à tomber par terre. Puis à ramper jusque lui pour le supplier de vous prendre. Ce que Qhuinn aurait fait allègrement s'il n'était pas une putain de tare pour le monde entier.
- Je suis désolé, j'ai eu une réaction conne !
Le roux sourit, pour prouver ses dires et s'avança vers la télévision pour l'allumer. En slalomant à travers bouteilles vides et vêtements roulés en boule. A pieds nus. Bordel de merde, le gars était un appel au viol sur pattes et Qhuinn allait devoir faire un effort titanesque pour ne pas lui sauter dessus.
Ne pas le braquer. Ne surtout, surtout, surtout pas le braquer. Voilà ce qui devait être son credo à cet instant précis.
Le brun avisa le lit qui n'était pas en reste question bordel, s'approcha tandis que Blay branchait les câbles, prenait les manettes et glissait le jeu dans la console, et vira tout ce qui se trouvait au dessus de l'édredon. Fouillis qui tomba par terre dans un vacarme incroyable, faisant sursauter le roux.
- C'est la méthode de nettoyage "Qhuinnesque"?
- Elle a fait ses preuves.
- Bon sang, Fritz doit être dépressif en voyant l'état des lieux.
- Il rentre plus ici. Interdiction formelle du roi de la pièce.
- Mais tu règnes sur un empire de cadavres !
- Un empire de cadavres, mais un empire quand même !
Il se laissa tomber sur le lit et alla directement s'adosser à la tête, s'arrangeant les oreillers pour être bien installé. Blay le rejoint deux minutes plus tard, s'arrêtant à côté sans y grimper.
- Qu'est-ce que tu fais?
- Je … Je vais aller m'asseoir sur la chaise longue … Je …
Qhuinn, qui avait attrapé la manette, darda son regard sur lui, et secoua la tête.
- Blay, pose-toi là, on est plus des gosses!
Il tapota le lit à ses côtés et vit l'autre se résigner. Le détestait-il à ce point qu'il ne voulait même pas s'asseoir dans le même lit que lui? Evidemment, l'endroit prêtait à confusion mais ils allaient juste jouer à la console, non ? Quand le bras de son pyrocant frôla le sien, il comprit que Blay avait peut-être raison. Car s'il voulait garder la tête froide, avoir son corps si tentant à proximité n'allait pas faciliter les choses.
- Alors on joue à quoi ? demanda-t-il pour chasser les images salaces qui défilaient dans sa tête.
- Call of Duty Modern Warfare 2. Accroche-toi, Qhuinn, car je vais te traquer comme un chasseur traque les petits lapins.
Le brun éclata de rire et demanda:
- Et la grève pour leur survie ?
Le roux vrilla son regard dans le sien et assura, empli de certitude:
- La donne a changé ! C'est parti !
Et à ce moment-là, Qhuinn ne savait plus s'il parlait des mammifères aux longues oreilles ou de totalement autre chose.
Ils jouèrent une heure durant, gagnant l'un et l'autre, chacun leur tour. Ils rirent énormément et Blay sentit cette complicité, qui ne s'était jamais vraiment éteinte, reprendre feu et brûler tout sur son passage. Ses doutes, ses certitudes, sa raison, ses envies, ses décisions, ses besoins.
Qhuinn.
Il n'y aurait jamais que lui qui compterait.
Les manettes s'éteignirent faute de piles et, trop paresseux pour bouger, ils choisirent de mettre un film pour continuer leur matinée à deux. Aucun ne souhaitait vraiment l'avouer mais ils ne voulaient pas se quitter de suite. Quand Blay quitterait la chambre pour rejoindre la sienne, ce moment de bonheur retrouvé serait terminé. Et ils n'étaient aucun des deux prêts pour ça. Blay aurait voulu savourer encore, aller même jusqu'à dormir dans ce lit que Qhuinn lui refusait. Passer une nuit complète à ses côtés, comme un véritable compagnon. Comme il le faisait avec Saxton.
Saxton.
Voilà qui pesait lourd dans la balance de cette nouvelle donne. Qhuinn venait de mettre les choses au clair. Lui et Layla n'étaient qu'amis. Jamais unis. Pour Blay, c'était un cadeau inespéré. Il avait imaginé le mâle qu'il aimait se faire graver les lettres du nom de l'Elue dans le dos. Tous les matins, il peinait à s'endormir à cette vision. Et tous les soirs, il se réveillait sur un nouveau cauchemar qui était toujours le même. Cette foutue cérémonie d'union. Et aujourd'hui, Qhuinn venait de mettre un terme à cette série sans fin. Il pouvait de nouveau respirer. Et il venait de décider d'aller au devant de son amour. De réclamer Qhuinn. Petit à petit, pour ne pas l'effrayer. Mais alors, Saxton ne faisait plus partie de l'équation. Il devait rompre avec lui. Lui expliquer les choses, mettre un terme à cette relation qui ne le comblerait jamais autant que le moindre sourire de Qhuinn.
Saxton qui avait été si gentil et si patient avec lui.
Son premier amant.
Il ne lui demandait rien en retour, ne faisait que lui donner encore et encore.
Et il s'apprêtait à le jeter comme un malpropre. Juste parce que Qhuinn avait dit qu'il n'était qu'ami avec Layla. Non mais quel idiot ! Qhuinn lui avait dit qu'il ne s'unirait pas à l'Elue. Ca ne voulait dire que ça. Il n'y avait pas de message subliminal là-dessous. Ca ne voulait certainement pas dire "Je ne m'unis pas à Layla car je t'aime". Loin de là. Il fallait qu'il arrête de penser que tout pourrait arriver comme il le souhaitait tant. Qhuinn avait été clair. Il ne voulait pas d'une relation avec un mâle. Encore moins avec lui. Il voulait une femelle de valeur. Même si visiblement, cette femelle ne pouvait être la blonde Elue. Il était vraiment trop pathétique. Dès que le brun faisait le plus minime des pas vers lui, il se prenait à rêver d'une grande histoire d'amour épique.
Pourtant … Et si, petit à petit, tout cela devenait possible ? Il devait au moins le tenter. Au moins une fois encore. Il ne pouvait pas abandonner aussi vite face au grand amour de sa vie. Il devait se redonner une chance d'y arriver. Car Qhuinn avait changé. Et s'il avait changé pour un tas de choses ?
Soudain, il se rendit compte que la respiration de son meilleur ami était devenue plus stable. Il tourna la tête pour le trouver en train de s'endormir, le corps tourné vers lui, comme s'il avait été en train de l'observer avant de fermer les yeux. Un bras sous l'oreiller, l'autre ramené devant son visage, il avait l'air si fragile ainsi. A l'antipode de ce que le mec assurait quand il était réveillé. Mais Blay voyait à travers ses failles. Qhuinn n'était pas le guerrier dur et fort qui endure tout sans broncher. Il n'était pas plus ce gars qui souriait toujours, comme si la vie était chaque jour plus belle. Tout ça n'était qu'une façade. Le vrai Qhuinn, il se montrait là, maintenant. Le bouclier baissé. Et il était criant de faiblesse. Ses parents avaient vraiment démoli ce qu'il était. Le moindre petit morceau de lui avait été piétiné, cassé, écartelé. Ce qu'il en restait, et bien … ce n'était pas fort beau à voir. Pour qui ne le comprenait pas. Mais Blay qui savait tout de ses deux facettes ne se laissait pas avoir. Il savait ce que valait Qhuinn. Et il ne l'aimait que plus. Après l'avoir regardé quelques minutes de plus, il se dit que sa place n'était vraiment pas là et qu'il devait partir. Aller dormir dans son lit. Il ne pourrait pas dire être tombé endormi lui aussi. S'il devait passer la journée dans cette chambre, ce ne serait pas sur un mensonge. Il ne le voulait pas. Alors qu'il se redressait, il sentit la main de son pyrocant se saisir de son poignet, le faisant sursauter. Un mot, un seul, et il était perdu.
- Reste …
Qhuinn tenait à peine éveillé. Il s'était assoupi, crevé de la nuit qu'ils avaient passé. L'Iron Mask, la découverte de Sehrena, la réunion avec Wrath et puis le Dernier Repas. Plus le fait qu'il avait mangé puis vomi. Bref, il était vidé. Mais il n'avait pas voulu s'endormir. Il voulait garder Blay le plus longtemps possible près de lui. Avant qu'il ne s'échappe encore et court rejoindre Saxton. Il le voulait pour lui, encore quelques heures. Quand il sentit le matelas bouger, il sut que son ami s'en allait. Mais il ne pouvait pas, ne voulait pas, que ça s'arrête maintenant. Il s'était alors saisi de son poignet et avait dit le seul mot qui résonnait dans sa tête à regarder la magnifique figure rousse s'éloigner de lui:
- Reste …
- Le film est bientôt fini et tu t'endors.
- Je … S'il te plaît ?
Mais déjà, il s'échappait. Il était tout à fait relevé et la seule chose qui l'empêchait de s'éloigner était la main de Qhuinn sur son poignet. Rapidement, le brun se redressa à genoux dans le lit, plus alerte et passa sa main sur son crâne où les cheveux commençaient à repousser.
- Ecoute, Blay, je sais que … hum … les choses sont plutôt compliquées en ce moment pour toi et moi … mais euh … on passe une bonne journée et …
Le roux le regardait, un sourcil levé. Il n'était pas habitué à voir Qhuinn perdre ses mots. Celui-ci le savait mais ne parvenait pas à aligner deux phrases cohérentes. Surtout pas quand le torse tentant de son mâle le narguait à un mètre. Bordel, comment pouvait-il se concentrer sans penser à le basculer sur le lit pour le prendre là, tout de suite ?
- Ecoute, ce que j'essaye de te dire, c'est …
" Prends-moi, Blay. Aime-moi. Apprends-moi à être normal, à être aimé. Je serais quelqu'un de meilleur avec toi, je te le promets. Je ferais tout pour être digne de toi et de ta famille. Mais je t'en prie, Blay, aime-moi …" pensa-t-il à lâcher de but en blanc, pour que ça sorte une putain de fois. Sauf que le roux ne méritait pas cet étalage. Pas maintenant, comme ça, juste parce qu'ils avaient passé un bon moment. Qhuinn avait encore beaucoup de progrès à faire avant de pouvoir être digne de lui. Et il comptait bien s'y atteler. Mais d'abord, il voulait juste qu'il reste … quelques heures encore.
- … tu peux dormir ici aujourd'hui ?
Il avait lâché ça d'une toute petite voix qu'il ne se connaissait même pas. L'autre sembla s'être pris une gifle, le regardant comme s'il était une putain d'hallucination. Il venait de se mettre un peu à découvert et priait de toutes ses forces la Vierge Scribe que ce ne soit pas pour rien.
- J'accepte de rester mais tu me dois des réponses …
Bordel, il ne l'avait pas vu venir celle-là. Ceci dit, il s'était promis d'avancer vers Blay. C'était peut-être la bonne occasion. Et puis son pyrocant n'avait hésité qu'un instant avant de dire oui. Ca valait la peine de se délier un peu la langue, non?
- D'accord.
- … et tu ne ronfles pas. Sinon j'ai le droit de te pincer le nez.
- Je ronfle pas! sourit-il avant de s'écarter pour regagner sa place et se glisser sous la couette.
- A d'autres ! Je te connais, tu sais.
- Je sais !
Il regarda son ami se glisser à son tour dans les draps et retint sa respiration. Il était impossible qu'il parvienne à se contenir. Non, la tentation était bien trop forte. Surtout quand il sentit le corps chaud de Blay tout proche de lui. Putain de bordel de merde, ça allait être intenable. Le roux se tourna vers lui, glissa sa main sous l'oreiller, adoptant sa posture, lui faisant face. Son regard indigo vint se river dans le sien et Qhuinn dut faire appel à toute sa force pour ne pas se jeter sur lui. Blay, son Blay, son mâle, son pyrocant, celui dont il rêvait tous les jours, était enfin dans son lit. A demi-nu. Aussi beau qu'un putain de Dieu. Ouais, comme s'il allait pouvoir se tenir …
- Alors dis-moi … Pourquoi t'infliges-tu tout ça?
Okay, il n'y allait pas par 4 chemins. Blay voulait des réponses et comptait bien les obtenir. Toujours aussi buté, toujours aussi direct. Son meilleur ami était toujours lui-même. Et c'était une putain de pensée réconfortante. Dans le boxon qu'était sa vie, une chose était immuable.
- Blay, je …
- N'évite pas les questions. Tu m'as donné ton accord.
- Je … C'est pas la grande forme pour le moment.
- Nonnnn, vraiment ? ironisa le roux dans un demi-sourire, son regard obsédant toujours rivé dans le sien.
- J'ai merdé, fait des choix idiots. Je me suis trompé de nombreuses fois …
- Arrêter de te nourrir et de prendre une veine, ouais, tu as raison: ce sont des choix idiots.
- Je sais. Je … J'ai un tas de merdes dans la tête, Blay.
Il essayait d'être le plus honnête possible. Même si parler de ses sentiments et de ses états d'âme n'était vraiment pas son fort. Il préférait se retrancher derrière les murs d'enceinte de l'humour et de l'auto-dérision que de se mettre à nu. Mais c'était Blay qui demandait, alors …
- Des merdes qu'on t'a mis dans la tête, Q ! Il est temps que tu te rendes compte qu'ils n'avaient pas raison !
- Je … J'ai vécu toute ma vie en entendant ça. Je pense qu'à force, c'est moi qui me fout des embrouilles dans le crâne. Une sorte d'héritage, quoi.
- Arrête, bon sang, arrête.
Qhuinn déglutit devant le regard suppliant de son mâle. Il ne se faisait pas du mal qu'à lui. Non, il en faisait à Blay par la même occasion. Et ça, c'était inacceptable. Incapable de parler, il acquiesça simplement, déclenchant ainsi un autre demi-sourire de son pyrocant.
- Vas-tu te nourrir?
Il acquiesça à nouveau.
- Et prendre du sang à intervalles réguliers ?
Encore un oui de la tête.
- Et tu vas arrêter de faire le con?
- Je pense pas que ce soit possible. Je suis un con accompli.
- Tant que tu restes un con entier, ça me va.
Il rit doucement et attendit que Blay lui pose une autre question. Cette conversation était bien plus simple qu'il ne l'avait imaginée et il se sentait prêt à enfin donner quelques explications - pas toutes - à son mâle.
- Pourquoi as-tu enlevé tous tes piercings?
- J'en ai encore quelques uns.
- Pourquoi ? C'est bizarre mais … c'était comme une partie de toi. (NDA: moment Wardien mais qui devait se trouver ici aussi ^^)
- Peut-être parce que j'avais plus envie d'être le mec bizarroïde qui attire tous les regards. Après tout, ceux que j'ai voulu choquer sont morts depuis longtemps.
- Et tes cheveux? Pour la même raison ?
- Nan. C'était un coup de tête. Mais ils repousseront.
- Si tu ne prends pas son sang et que … bref, vous restez sages, que faites-vous Layla et toi ?
- Bordel, Blay, si tu continues, on va dire qu'on joue au jeu des dix questions.
- Le jeu des dix questions mais tu n'as pas le droit d'en éviter une seule. Je suis d'accord.
- Marché conclu. Il t'en reste 3.
- Heyyyy ! Le sang et la nourriture, c'étaient des questions annexes !
- Trois, Blay. Et pour te répondre, on parle, je lui apprends des choses sur le monde d'en bas, comme elle dit.
- Et il ne se passe rien , jamais ? Et je m'empresse de préciser que c'est une question annexe, celle-ci !
- Rien au delà de quelques caresses et quelques baisers. Je n'ai jamais pu.
Blay ouvrit la bouche pour poser une autre question mais Qhuinn l'interrompit vite fait, anticipant ce qu'il allait demander:
- Deux questions, Blay. Choisis-les bien.
- D'accord. Sehrena ?
- Quoi, Sehrena ?
- Tu as été amoureux d'elle ? Attiré par elle ?
- C'est une femelle magnifique. Elle l'a toujours été alors … attiré, oui certainement. Après tout, j'étais une vraie machine de guerre sexuelle, non ?
- Et elle était une femelle de valeur, adorée par la Glymera.
- Mais c'était une amie de ma soeur, elle n'avait pas que des qualités.
Blay rit doucement mais renchérit:
- Tu n'as répondu qu'à une partie de la question …
- Eh bien … J'étais attiré, oui. Amoureux, non. Parce qu'elle était une des seules personnes qui m'adressaient la parole. Et j'avais appris à chérir ce cadeau si fort que je n'aurais risqué pour rien au monde que quelque chose rompt le charme.
Il l'entendit murmurer "Comme pour moi" tandis qu'il détachait son regard du sien. Mais ce n'était pas du tout cela. Il aurait voulu le lui dire. Car, même s'il le niait, il était déjà amoureux de Blay à l'époque. Même en se croyant à 100 % hétéro. Parce que c'était Blay. Tout simplement. Le roux redressa le regard et le riva de nouveau dans le sien, longuement. Les minutes s'égrainèrent avant que Qhuinn ne brise le silence:
- Dernière question ?
- Et maintenant ?
- Maintenant quoi ?
- Elle est revenue et … elle est toujours magnifique. Tu m'as dit ne jamais t'unir avec Layla. C'est Sehrena qui pourrait être ta future shellane ?
Qhuinn éclata à nouveau de rire devant la douce candeur de son meilleur ami. Bien sûr, il ne comprenait pas pourquoi il refusait Layla alors qu'elle entrait parfaitement dans le schéma de son grand plan de vie. Comment aurait-il pu comprendre alors qu'il ne lui expliquait rien ? Il pensait, innocemment, que si Layla avait été reléguée, c'était de la faute de Sehrena. Absolument craquant.
- Non, Blay. Je compte pas plus m'unir à Sehrena qu'à Layla.
- Mais alors …
- Tu as épuisé ton quota de questions, tu sais?
Le roux soupira et son regard le brûla à nouveau. Qhuinn était littéralement hypnotisé. Tout son corps était irrémédiablement attiré par le mâle à ses côtés et il devait se fustiger mentalement pour rester tranquille. Le temps passa, dans le silence, pendant que les deux mâles se jaugeaient du regard.
- Encore une seule.
- Haha, tu marchandes ?
- S'il te plaît ?
Il n'était même pas conscient qu'il était impossible au brun de lui résister. Et quand il faisait cette petite moue triste et ce regard pénétrant, c'était gagné avant même d'être joué.
- Allez, une seule. Et puis je ronfle.
Blay rit à nouveau et ce son était la plus belle mélodie que Qhuinn ait entendue. Ca faisait une paie qu'il n'avait pas eu la chance de l'entendre rire aussi naturellement. Ca faisait du bien. Et ça réchauffait son coeur. Alors qu'il était pris dans la contemplation du roux et de tous ses merveilleux traits, sa question le prit au dépourvu:
- A quoi tu penses, là, de suite ?
Dix questions auxquelles il ne pouvait s'esquiver. C'était la onzième. Pouvait-il s'en sortir d'une pirouette? En avait-il vraiment envie? Non, ce qu'il voulait, c'est dire la vérité. Et que Blay en fasse ce qu'il veut. Sa langue se délia avant même qu'il n'ait pris la décision irrévocable de le faire:
- Je pense à quel point j'ai envie de t'embrasser, là, de suite.
Ca n'avait été qu'un murmure mais la bombe était lancée. Et elle était là, entre eux deux, prête à exploser. Le roux ne modifia pas son expression, le regardant sans comprendre, se demandant certainement s'il avait pris un putain de coup sur la tête. Et il devait forcément en avoir pris un, pour lâcher un tel aveu sans remords ni regrets. Quand il vit que son pyrocant ne réagissait pas, il commença à s'inquiéter:
- Blay …
- Fais-le.
Ca n'avait été qu'un murmure également mais la bombe était aussi énorme. Et le regard ne mentait pas. Il était sûr de lui.
Un instant de doute aurait changé la donne.
Une seule seconde.
Mais il n'y en eut pas.
Qhuinn se redressa sur un coude et s'approcha lentement, comme il l'aurait fait avec une bête sauvage, pour ne pas l'effrayer. Car après tout, il aurait fait n'importe quoi pour qu'il ne fuie pas. Mais Blay ne fuyait pas. Pas du tout. Il attendait avec une patience sereine, les lèvres légèrement entrouvertes. Le brun savait qu'à l'instant où elles toucheraient les siennes, il serait incontrôlable. Il chercha dans les yeux bleus de son pyrocant une quelconque dernière hésitation. Il n'en trouva aucune. Et scella ses lèvres aux siennes.
Blay croyait rêver. Il passait une soirée incroyable. Les choses reprenaient leur cours normal avec Qhuinn. Ils avaient joué à la console, blagué, ri beaucoup. Et surtout, le mâle lui avait demandé de rester. Comme dans un songe éveillé. Et, alors qu'il pensait que plus de chance ne serait juste pas possible, son ami s'était ouvert comme jamais, répondant à ses questions sans détour et sans faux-semblant. Il ne possédait pas encore toutes les réponses qu'il recherchait mais avait acquis une certaine paix d'esprit. Mais au-delà de tout, il y avait eu cette dernière question. Il ne savait pas bien d'où elle lui venait, comme si quelqu'un là au-dessus de lui avait tiré les ficelles de la marionnette qu'il était, mais il l'avait posée. Et bordel de Dieu, il avait bien fait ! La réponse était au-delà de toutes ses espérances.
"Je pense à quel point j'ai envie de t'embrasser, là, de suite". Putain, c'était comme voir son rêve le plus intime s'exaucer devant vous. Comme si un satané génie était sorti de la lampe d'Aladdin pour réaliser un souhait impossible à donner. Et évidemment, il avait saisi sa chance sans hésiter. Comment refuser? Qhuinn avait cherché dans son regard un doute quelconque, mais il n'en avait pas trouvé. Il ne pouvait pas être plus certain de lui-même qu'à cet instant précis. Il voulait les lèvres de Qhuinn sur lui, et il les voulait MAINTENANT. Chose que son pyrocant lui accordait quelques secondes plus tard. Quand elles rencontrèrent les siennes, ce fut avec la plus infinie tendresse. Elles vinrent caresser sa bouche, doucement, se l'appropriant complètement. Blay était à bout de souffle avant même qu'il ne le touche. Désormais, il voyait les étoiles. La bouche de Qhuinn était aussi douce qu'il s'en rappelait, aussi exquise que dans son souvenir. Et son ami restait un expert dans l'art du baiser. Il s'appliqua à le caresser longuement de sa bouche, alliant frottement et pression douce, comme s'il ne voulait pas le brusquer. La main de Blay se posa sur le cou de son mâle, cherchant à le rapprocher de lui. Il en voulait plus, beaucoup, beaucoup plus. Quand il sentit la langue de Qhuinn lécher ses lèvres, il crut défaillir. Il ne lui offrait pas un baiser tendre et gentil. Il allait lui sortir la totale. Dès que cette langue humecta ses lèvres, sa virilité se dressa fièrement, cherchant elle aussi à obtenir une attention. C'était l'effet du brun sur lui, il ne devait pas se leurrer.
Celui-ci approfondit encore le baiser en quémandant l'accès à sa bouche. Qu'il lui accorda sans y réfléchir une seule seconde. Et Qhuinn prit possession de lui, furieusement. Il n'était plus doux, plus modéré. Sa langue percée fouilla l'intérieur de la bouche de Blay, caressant sa propre langue, l'enroulant avec la sienne. Son goût était irremplaçable et sa dextérité inégalable. Il était parfait, juste parfait. Blay était à deux doigts de défaillir. Il n'aurait jamais pensé obtenir autant de tendresse et de passion de son pyrocant. Jamais. C'est comme si l'autre ressentait les mêmes choses que lui. Ce qui était inconcevable. Pourtant, ce baiser était renversant. Il voulait qu'il ne finisse jamais. Que Qhuinn continue ce mouvement de va-et-vients entre ses lèvres, mimant l'acte sexuel, toute la journée. Il se prit à gémir sans honte, s'accrochant au cou de son ami pour le garder en lui. Pourtant, trop tôt à son goût, le brun se retira, capturant une dernière fois ses lèvres des siennes.
Qhuinn se recula, haletant, faisant un effort survampirique pour se tenir à l'écart. Il devait vraiment être fêlé pour parvenir à se contrôler quand tout ce que son esprit était capable de dire était "A MOI. A MOI. A MOI. A MOI. A MOI. A MOI. A MOI. A MOI. A MOI. A MOI. A MOI. A MOI. ". C'était d'ailleurs ce qui l'avait arrêté. Il avait senti une odeur épicée commencer à s'échapper de sa peau et il s'était reculé. Il avait décidé de ne pas brusquer Blay. L'agresser sexuellement et le marquer de son odeur de mâle dédié ne faisait définitivement pas partie du plan. Même si la seule chose à laquelle il pouvait penser, c'était à son envie de lui écarter les jambes et de le pénétrer d'un violent coup de rein. De le faire sien. Le marquer. Jusqu'au plus profond de lui. Pour que jamais, au grand jamais, plus personne n'ose même poser un oeil sur lui.
Ne pas le brusquer.
Il devait impérativement s'en tenir à ça.
Facile à dire mais pas facile à tenir quand mini-Qhuinn là en-bas dansait allègrement dans son short, cherchant à y faire un trou pour s'échapper et atteindre sa cible. Penser à quelque chose de dégoûtant pour ne plus penser au corps sublime de Blay. Hummm … Rhaaa le corps de Blay. La bouche de Blay. Les yeux de Blay. Les fesses de … Putain, il lui fallait absolument une douche froide. Et une bouteille d'Herradura. Version XXL.
- Qhuinn …
Oh mon Dieu … Cette voix rauque. Non, décidément, toutes les distilleries du Mexique ne suffiraient pas à l'empêcher d'y penser.
- Qhuinn, ouvre les yeux.
La voix devenait plus paniquée. Sa réaction devait être mal interprétée. Or, il ne venait pas de faire un pas avec Blay pour reculer de deux. Il obtempéra et croisa les deux yeux stressés de Blay qui le fixaient. Etre raisonnable. Ne pas l'allonger sous lui. Déglutir. Parler.
- Ca … Ca a été une soirée chargée, Blay. Je … Bordel, ce baiser …
Hum. Penser. Réfléchir. Former des phrases cohérentes et s'expliquer.
- Je regrette pas. Ne me malinterprète pas. Mais la soirée a été intense.
Blay acquiesça, comme s'il comprenait, malgré son manque clair d'éloquence, où il voulait en venir.
- Je … Reposons-nous, okay ? On en parlera demain.
Blay lui fit signe à nouveau qu'il était d'accord mais semblait entre deux idées. Qhuinn s'avança à nouveau pour planter un baiser chaste sur ses lèvres si tentantes puis se recula rapidement pour reprendre sa place, tremblant de tant se contrôler.
- Bonne nuit, Blay.
- Bonne nuit …
Et il lui prit la main avant de fermer les yeux.
Whatever makes you happy
Whatever you want
You're so very special
I wish I was special...
Le soir venu, Blay ouvrit les yeux alors que les volets se relevaient pour la nuit. Il mit un moment à se rendre compte d'où il se trouvait. Bon sang ! La chambre de Qhuinn. Rapidement, tout lui revint en mémoire. Et surtout, le baiser. Quel baiser, bordel de merde ! C'était … indescriptible. Il sentit un poids sur son côté et se rendit compte qu'il s'agissait du bras du brun. Pendant qu'il dormait, il s'était rapproché, s'était collé à son dos et dormait tout contre lui. Enfin … Soit il était réveillé depuis peu, soit il avait un rêve particulièrement … chaud. Parce que ce qu'il sentait contre ses fesses ne pouvait lui être dirigé. Il dut mettre directement en doute ce constat quand il sentit la main de son pyrocant s'aventurer vers ses abdominaux et … plus bas. Glissant sous son pantalon de soie. Oh putain de bordel de …
- QHUINN, bouge ton gros cul de branleur hors de cette chambre ou je viens te chercher par la peau des fesses !
Ils sursautèrent en même temps, se séparant sous la surprise de la voix tonitruante de Vishous qui gueulait de l'autre côté de la porte. Qhuinn alluma la lumière mentalement et ils se fixèrent un long moment sans rien dire, assis tous les deux dans le lit.
- OH, GAMIN, TU VEUX QUE JE DEFONCE LA PORTE OU QUOI ?
Qhuinn se releva d'un bond et s'approcha rapidement de la porte, comme monté sur ressorts. La voix de Rhage s'éleva à son tour:
- Hey, Qhuinny-boy, vient m'ouvrir, mon chou ! Tu devineras jamais la nouvelle ! Blay est pas dans sa chambre ! Tu crois qu'il est parti voir sa petite prostituée ?
Blay se tétanisa, toujours dans le lit, regardant Qhuinn qui lui faisait toujours face, un sourire franc sur le visage. Et, sans hésiter, celui-ci se retourna pour aller ouvrir.
Qhuinn entrouvit la porte et trouva les deux Frères qui le dévisageaient, un grand sourire barrant le visage de Rhage. V était, comme à son habitude, de mauvais poil.
- T'en as mis du temps ! Tu faisais ta manucure ?
- Je dormais.
- Seul ?
- Ca te regarde, Hollywood ?
Pendant ce temps, il sentait le regard perçant de V sur lui. Il n'avait pas l'intention de cacher que Blay avait dormi avec lui. Bien loin de là. Il était même plutôt partant pour le crier sur tous les toits. Et si la police du cancan et son copain mal luné n'avaient pas débarqué, il aurait eu un tas de choses à raconter en plus. Sauf qu'il aurait gardé ces détails pour lui, bien sûr. Quand il s'était éveillé, un peu avant Blay, il n'avait pu faire autrement que d'être hypnotisé par son corps contre le sien. Quand son pyrocant s'était endormi, Qhuinn, incapable de fermer l'oeil, s'était lové contre lui et avait passé le bras sur lui. C'était si naturel, si parfait … Comme si c'était la chose qui devait être. Et il en avait profité. Jusqu'à sombrer lui aussi. Il était heureux d'avoir émergé le premier, pour pouvoir profiter quelques instants encore de cette étrange proximité qui le comblait en tous points. Quand il avait senti Blay s'éveiller à son tour, c'était plus fort que lui, il avait du le toucher. Et si ces deux-là n'avaient pas frappé, il serait à l'instant même en train d'appliquer un doux mouvement sur la virilité de son mâle.
Son mâle …
Evidemment, il ne pouvait pas le réclamer comme tel après un seul baiser. Même si ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Mais ils devraient parler. Et mettre les choses au clair. Avant de pouvoir continuer. Car ils allaient continuer, non ?
- Sais-tu par hasard, gamin, où se trouve Blaylock ?
Il jeta un coup d'oeil en arrière pour obtenir l'approbation de Blay qui hocha la tête rapidement, rouge pivoine. Il acceptait mais il n'aimait pas d'être cueilli ainsi. Pour toute réponse, Qhuinn ouvrit la porte en grand, sous le regard amusé de Rhage et l'oeil perçant de Vishous. Fier comme un paon, d'une certaine manière, il leur présentait son mâle.
Dans la voiture qui les menait à la maison sécurisée où se trouvait Sehrena, ils ne parlèrent pas. Blay était sur un petit nuage. Tout ce qui arrivait depuis un peu moins de 24 heures était trop beau pour être vrai. Et là, il profitait, clairement. Vishous était venu leur dire que Butch avait pris sa relève, le temps qu'ils se pointent. Et qu'ils feraient bien de se grouiller. Ce qu'ils avaient fait. Ils s'étaient séparés sous l'oeil toujours goguenard de Rhage, pour prendre leur douche. Blay savait que rien n'était réglé et qu'ils avaient un bon nombre de choses à éclaircir mais ce baiser était un pas. Un pas vers le bonheur. Et la décision de Qhuinn d'ouvrir cette porte en grand était un symbole qui ne souffrait aucune faille. Il avait accepté de le reconnaître en face des autres. Ils allaient donc y aller petit à petit. Et faire en sorte que ça marche. Il n'y avait pas d'autre solution.
Le brun s'arrêta devant la maison et coupa le moteur mais n'esquissa aucun geste pour sortir du Hummer. Il regarda le boîtier de vitesse, à moitié tourné vers Blay, semblant peser ses mots. Et soudain, se lança, prenant Blay à nouveau totalement au dépourvu:
- Avec le débarquement de la brigade du potin, j'ai pas pu faire ça …
Il se pencha et captura brièvement les lèvres de Blay avec les siennes. Sa main vint se poser sur la joue du roux et le baiser s'approfondit rapidement. Quand il se recula, il avait un air taquin sur le visage et ses yeux dépareillés brillaient de gaieté:
- Bonjour, Blay.
- Je … hum … bonjour, Qhuinn.
- Je sais qu'il y a une discussion en suspens mais je pouvais plus me retenir là …
Blay sourit en réponse à celui de son pyrocant puis sortit de la voiture le coeur léger. Si chacun y mettait du sien, ils arriveraient peut-être à destination plus rapidement qu'il ne le croyait.
Quand ils pénétrèrent dans la chambre, ils trouvèrent la femelle qui se redressait contre la tête de lit, figure frêle dans l'immensité des couvertures. Elle semblait perdue. Qhuinn s'avança prudemment, quittant le côté de Blay pour aller s'asseoir près d'elle.
- Hey Sehrena !
D'un coup, la petite rousse se jeta contre son torse et enroula ses bras autour de son cou musclé, répétant comme une litanie:
- Merci, Qhuinn ! Merci d'être venu me chercher.
Blay regarda la scène avec une pointe de jalousie le titillant, malgré ce que Qhuinn lui avait affirmé un peu plus tôt. Quand il voyait le nez de la femelle niché dans le cou de son mâle, il ne parvenait pas à réfléchir correctement. Heureusement, le brun tourna la tête vers lui et lui offrit un sourire d'excuse qui le calma instantanément. Avant, jamais Qhuinn n'aurait pris la peine de faire ce geste. Il avait eu raison, les pas s'accumulaient et il pouvait respirer quant à l'avenir. Son pyrocant s'ouvrait de plus en plus à lui. Rapidement, celui-ci recula la femelle, lui offrit un faible sourire tandis que Blay se déplaçait vers la fenêtre de la chambre pour s'y adosser, histoire de mieux les voir.
- Raconte-nous ce qui s'est passé. C'est important pour qu'on retrouve ta fille.
La petite rousse acquiesça, regardant ses mains:
- Je … J'ai décidé de rentrer à Caldwell. Je ne les supportais plus. Mes parents. Je ne les supportais plus.
Qhuinn se saisit d'une de ses mains pour lui montrer qu'il comprenait. Après tout, qui mieux que lui pouvait comprendre ce qu'avait enduré la femelle avec sa famille ?
- Alors j'ai pris Ziha et … C'est ma fille, Ziha … et on est rentrées en ville avec l'aide de Saxton, fils de Tyhm.
Blay et Qhuinn se tétanisèrent à l'évocation du nom de l'amant du roux. Evidemment, les choses n'avaient pas encore été discutées et beaucoup de choses restaient en suspens. Blay aurait voulu assurer à Qhuinn, tout de suite, qu'il comptait rompre avec Sax. Mais ce n'était définitivement pas le moment.
- Tout se passait bien. J'avais trouvé un travail à la clinique de Havers et … je devais commencer à travailler ce soir-là. Il … il était d'accord que j'emmène Ziha avec moi. Tout se passait si bien …
- Que s'est-il passé? demanda Blay, voyant que Qhuinn tardait à poser la question.
- J'ai ouvert la porte pour me rendre à la clinique. Et ils étaient là. Les lessers. Ils nous attendaient.
- Ils vous attendaient ?
- Oui. Ils ont demandé ma fille.
Qhuinn darda un regard surpris sur Blay qui ne comprenait pas plus que lui. Visiblement, leurs soupçons étaient bel et bien fondés. Putain de merde! Ziha était la fille de Lash, lui-même le fils de l'Oméga. Et les lessers la voulaient … pour en faire la descendante de Lash ? Ce n'étaient que des suppositions mais tout se recoupait.
- J'ai voulu rentrer et nous enfermer. Appeler la Confrérie et … obtenir de l'aide. Je n'ai pas eu le temps. Ils l'ont prise, Qhuinn. Ils me l'ont enlevée …
Elle se mit à secouer la tête et à pleurer tandis que le brun ne lâchait pas Blay des yeux. Son regard dépareillé brûlait de rage et le roux savait que dès qu'il mettrait la main sur le moindre mort-vivant, celui-ci allait passer un sale quart d'heure.
- Je n'ai pas pu les en empêcher. J'ai tenté mais … je n'étais pas assez forte.
- T'aurais rien pu faire. Ils t'auraient tuée.
- Quelle mère je suis, si je ne parviens pas à protéger mon jeune ?
- Tu pouvais rien faire, Sehrena. Arrête de te faire du mal. On a entendu ton message, sur le répondeur de la Confrérie. T'as crié et ça s'est coupé. On a cru qu'ils t'enlevaient toi aussi. Que s'est-il passé ?
- Ils sont arrivés.
- Qui ?
- Les guerriers. Ils sont arrivés.
- Quels guerriers?
- Ils étaient trois. J'ai cru que c'était la Confrérie. Et puis j'ai vu le visage d'un d'eux. Il était horrible, Qhuinn. J'ai crié et je me suis enfuie quand un d'eux s'est mis à découper un lesser en petits morceaux.
- Et tu t'es cachée où je t'ai retrouvée?
- Oui. Je ne savais pas ce que ces gens me voulaient. J'ai eu peur. J'ai abandonné ma fille.
Blay regarda Qhuinn qui hochait la tête, embêté. Visiblement, les Bâtards étaient arrivés sur place et avaient voulu … aider ? s'en mêler? Ils ne savaient pas très bien mais ils devaient en parler à Wrath au plus vite. Leur présence sur les lieux n'augurait rien de bon.
- Merci de nous avoir tout raconté. On va tout faire pour la retrouver, je te le promets.
Soudain, Blay vit la petite rousse river son regard azur dans celui, dépareillé, de son pyrocant. D'une voix assurée, elle lâcha:
- Tu dois la sauver, Qhuinn. Elle est de ton sang.
Cela confirmait bien leurs doutes. A nouveau. Qhuinn demanda:
- Alors c'est bien la fille de Lash, hein ?
Sehrena fronça les sourcils et nia de la tête avant de river de nouveau son regard sur le brun:
- Non. Ziha est la fille de Janhym.
- Que … QUOI?
Qhuinn s'était relevé, foudroyé par la révélation tandis que Blay suffoquait. Janhym était le frère ainé du brun. Celui qui avait mené la garde d'honneur. Le bon fils, l'héritier.
- Je … je ne l'ai jamais dit car il n'en voulait pas. Mais c'est ton frère qui m'a servi pendant mes premières chaleurs.
Le visage de Qhuinn avait perdu toutes couleurs et il semblait s'être pris un uppercut de Wrath. Mais après tout, c'est bien ce qui était arrivé, non? Blay voulut s'approcher mais Qhuinn recula, les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Frappé par la vérité. En pleine gueule.
- Il est vivant, tu sais. Ils l'ont lui aussi. Tu dois les sauver tous les deux.
Qhuinn recula encore, ses mains tremblant le long de ses cuisses.
- C'est impossible …
Blay s'avança pour l'atteindre, le consoler, montrer qu'il était là mais le brun était hors d'atteinte et comptait bien le rester.
- Qhuinn …
Son pyrocant riva son regard hanté dans le sien et secoua la tête. Avant de tourner les talons et de sortir précipitamment. Et Blay comprit une chose: toutes les avancées qu'ils avaient faites venaient d'être réduites à néant. Parce qu'avec le retour d'un membre de la putain de famille de Qhuinn, son mâle se refermerait comme une huître plus vite qu'il ne fallait de temps pour le dire. Il l'avait déjà reperdu.
But I'm a creep, I'm a weirdo,
What the hell am I doing here ?
I don't belong here.
I don't belong here.
Quand les deux mâles furent partis, Sehrena contempla un long moment le mur de la chambre. Elle tenait dans sa main le portable que le guerrier Vishous lui avait remis un peu plus tôt. Rapidement, elle composa le numéro de mémoire et attendit. A la quatrième sonnerie, la voix sourde s'éleva. Elle soupira.
- C'est moi.
- Tout est en ordre?
- C'est fait, oui.
- Très bien, je te recontacte pour la suite.
Elle referma le téléphone et s'adossa aux oreillers, à bout de forces.
Bientôt, elle récupérerait sa fille.
Bientôt …
Alors ? Qu'en pensez-vous ? Je veux des réactions car il se passe tout un tas de trucs dans ce chapitre !
