Kikou !!!! Comme promis, je me remets à mes fics à chapitres… Tout d'abord je tiens à remercier du fond du cœur toutes les personnes qui ont eu un mot gentil à mon retour, pour ne froisser personne je les cite par ordre Alphabétique (en espérant ne pas oublier quelqu'un !) :
Ayu (toujours là ! merci !),
Booz,
Celi – chan,
Celle que vous ne connaissez pas (mais qu'on voit partout ! XD),
Crewty,
Eleanore,
Elinska,
Gaya H Staim (ma complice canine… Je n'ai pas encore reçu le tome mais dès que je l'ai lu je te le dis !)
Harunoyume (merci !)
Kymete (toute nouvelle !),
Mikagekun (ma plus jeune supportrice, je crois),
Mystala,
Opi – pourpre,
Pikshii,
Sachi-mi-chan (ma supportrice en chef ! je t'adore x 120 0000),
Samanga,
Sanashiya (mon idole ! je me prosterne devant sa grandeur et je chante des odes à sa gloire ! Sanashiya o déesse de la fanfiction et de la ponctuation ! – c'est pour la rime ! XD),
Setsu 23,
Soel la multicolore (j'ai été demandé en mariage par un Mokona ! waou ! Je suis encore toute rouge de confusion),
Swallow - no- tsubasa (elle n'a pas seulement des supers sites, elle écrit aussi des super fics !)
Valou X – Chan
Yuko – Sensei (à l'abordage !!!!!!!!! XD)
Voilà donc deux nouveaux chapitres pour « Mon nom est ma douleur », je sais, ça fait pas lourd, mais comme l'intrigue est cross over avec « Chut ! C'est un secret », j'ai fais ainsi pour que les histoires se rejoignent pile au moment où je me suis arrêtée la dernière fois. Comme ça la prochaine fois que je posterais, ce seront les nouveaux chapitres de «Chut ! »… Je ne sais pas si mes explications sont très claires, désolée ! ^^
Je trouve ces deux chapitres… Bizarres.. Ça doit être parce que je ne pars pas totalement en délire comme d'habitude… Rah là là vous n'imaginez pas combien c'est dur d'écrire une histoire sérieuse ! XD Ce n'est pas la fin, hein, il y aura encore d'autres chapitres derrière ! (Désolée !)
Je n'ai toujours pas de correcteur d'orthographe… J'ai traqué les fautes, pardon si vous en trouvez encore malgré tout ! T-T
Quoi qu'il en soit, merci encore tout le monde pour votre soutien et vos encouragements. Ils me vont droit au cœur et m'aident à avancer. Bisous !!!!
Chapitre 20 : Le monde des amours impossibles
J'ai pris le nom de Kanashimi lorsque mon Mari a été tué. Je croyais sincèrement que ce jour là, mon cœur aussi était mort…
En vérité, je n'imaginais même pas que je pourrais éprouver à nouveau cette terreur glaciale…
Et cette douleur dévorante…
A l'idée de perdre…
… Quelqu'un que j'aime….
Après l'attaque que nous avons essuyé, une nouvelle nuit blanche attendait le Dark Butterfly. Je ne parvenais pas à trouver le sommeil, me débattant dans mes draps qui m'oppressaient. Dans les couloirs de métal, par-delà ma porte, roulaient comme des tambours les pas des soldats, appelés d'un bout à l'autre de la navette convalescente. Il y avait aussi le martèlement continu des réparations de l'équipe de Goh, qui travaillait depuis l'aube sous un soleil de plomb, et soumis désormais aux rigueurs d'une nuit étouffante. Je me surpris à soutenir mentalement ces braves qui, pour la sauvegarde de leur navire, passaient outre leur fatigue pour achever leur labeur. La canicule ambiante aiguisait ma nervosité, l'anxiété qui me pourchassait. Je ne cessais de penser à ce danger imminent dont j'ignorais tout, au courage et à la solidarité de l'équipage, à ce baiser de Mikomi sur mon front…
Mikomi…
C'est un Shaolan, il a le visage de Shaolan, mais il ne s'appelle pas Shaolan…
Et il m'énerve, il m'énerve, il m'énerve…
Mais qu'est-ce qu'il m'énerve !!!!
Si seulement nous avions été bons amis ! Si seulement nous nous étions contentés de nous parler en toute confiance !
Mais Mikomi, oh, Mikomi…
Je ne comprends rien à ce mec ! Je ne comprends plus rien à ces liens qui sont en train de se tisser entre nous ! Il me semble intime et étranger tout à la fois, si proche et pourtant inaccessible… Un seul regard de lui me fait frémir.
Je ne veux pas savoir pourquoi…
Je ne veux pas mettre un nom sur ce sentiment !
Je me levais pour échapper à ces réflexions. L'épouvante, les ombres qui glissaient dans la pièce, le silence soudain et pesant annonçant la probable fin des travaux s'ajoutaient à l'atmosphère torride de Mihara. Refermant sur moi les pans d'une épaisse robe de chambre, je sortis. Je me rendis dans la magnifique salle qui contenait la vaste piscine intérieure, déserte à cette heure avancée de la nuit. Au-dessus de celle-ci, une vaste coupole de verre ouvrait sur le ciel criblé d'étoiles. Je m'assis sur le rebord de la piscine, trempant le bout de mes pieds dans l'eau tiède. Ici, même si le temps s'écoulait aussi lentement qu'ailleurs, l'aube parut. Je ne bougeais pas, regardant les reflets de l'astre solaire jouer avec les remous que je provoquais. J'étais sous l'emprise d'une certaine langueur, les yeux brûlants de fatigue. Un instant, je songeais à l'avenir. C'était peut-être la première fois depuis quatre ans. J'ai promis à la Reine de Cristal de retourner au Pays de Kurisutaru lorsque ma quête serait terminée… Avant, je ne pensais qu'à mourir pour être avec mon Shaolan… Mais peut-être… Que ce serait bien, de parcourir Kurisutaru à dos de Gluck … Et de rire, cheveux aux vents… Peut-être… Que je sentirais une présence protectrice derrière moi… Que quelqu'un serait là pour m'accompagner… Qu'une main m'aiderait à descendre de monture… Et qu'une épaule forte s'offrirait à ma tête étourdie…
L'épaule… De Mikomi…
… Non, ne sois pas stupide ! Tu t'enflammes pour un Shaolan que tu connais à peine ! C'est le capitaine rebelle d'un navire corsaire ! Il combat un empereur et navigue à travers les cieux de sa propre planète ! Son monde à lui, c'est Gloriana ! Qu'est-ce qu'il irait s'ennuyer avec des Glucks au pays de Kurisutaru pour une quiche comme toi ?! Mais…
« Mikomi… » murmurais-je dans un soupir qui n'entendait plus la voix de la raison…
Je relevais la tête. Celui auquel je pensais se tenait à l'autre bout de la piscine, une main appuyée sur une colonne, m'observant d'un œil indéfinissable. Etait-il vraiment là, ou rêvais-je encore ? Nos regards se sont entrelacés longuement, silencieusement, sans exprimer nos pensées. La piscine semblait un océan entre nous…
Nous avons tressaillis lorsque l'alarme qui s trouvait dans cette salle, comme dans toutes les pièces communes, a retentit. L'alerte était donnée. J'entendis dans mon dos des foulées précipitées, une effervescence inhabituelle, et tournais la tête dans cette direction. Lorsque je voulu à nouveau poser mon regard sur Mikomi, celui-ci venait de disparaître derrière la colonne…
Je me levais, couru à toute vitesse à ma cabine, m'habillais à la va vite. Puis je dévalais les couloirs de toutes mes jambes, me heurtais à un soldat, qui me décerna une galanterie dont je me moquais éperdument, et parvint enfin au poste de commandement, où tout l'équipage valide s'était déplacé. Mikomi arriva derrière moi, ayant prit soin de revêtir son uniforme de Capitaine. Ses premiers mots furent pour le commandant des archers :
« Domeki, que se passe-t-il ?! »
Paf ! Un moment de stress et il avait laissé échapper le nom de l'archer. Et une info inédite pour Kanashimi, une !
« Un quadriplace arrive dans notre direction, annonça Domeki. Il apparaît probablement sans aucune menace, mais il peut être mandaté par l'opposant…
- Ce ne sont pas quatre hommes qui nous ferons peur ! déclara le Prince Kentaro.
- Altesse, dit le lieutenant Takeshi qui avait retiré des leçons de la bataille écoulée, peut-être devrions nous faire preuve de prudence…
- En effet, reconnu le Prince, qu'en pensez-vous, Capitaine Mikomi ?
- Préparons nous à toute éventualité. Mais accueillons ces Messieurs comme il se doit, et voyons leur requête…
- Qui pour aller à leur rencontre ? Demanda le lieutenant Takeshi. Hors de question d'exposer son Altesse Kentaro.
- En tant que Capitaine, je prends mes responsabilités, décida Mikomi.
- Et je vous accompagnerais » dit soudain le sorcier, inhabituellement silencieux jusque là.
Cette idée fut aussitôt balayée par un énorme :
« NON MAIS VOUS ETES DINGUE OU QUOI ?! » qui parcouru la salle.
Le vieil homme haussa les épaules.
« J'ai connu toutes les cours de cette planète. S'il faut parlementer, il n'y a pas plus diplomate que moi.
- Il n'y a pas plus idiot que toi, grogna Domeki. Les années n'y feront rien. On dirait que tu prends plaisir à te mettre en danger !
- Que voulez-vous qu'il m'arrive ? Je suis une antiquité. Ils ne gagneront rien à m'enlever et encore moins à me tuer…
- C'est sur votre mémoire que repose entièrement notre mission, rappela le prince Kentaro.
- J'ai tout expliqué à Yayoi, et sa mémoire est bien moins rouillée que la mienne. S'il m'arrivait quoi que ce soit, elle vous seconderait. Et puis, vous l'avez dit vous-même, ce ne sont pas quatre hommes qui nous feront peur…
- Archer, soupira le lieutenant Takeshi, faites entendre raison à ce vieux f… Hem ! A cet audacieux Sorcier…
- Je vous l'ai déjà dis, il ne m'a jamais écouté, même avant qu'il soit sourd comme un pot, dit Domeki.
- Sourd d'une oreille ! précisa l'autre vieux en lui balançant un coup de canne.
- Je suis d'accord pour qu'il m'accompagne », dit soudain Mikomi.
Nouveaux murmures dans la salle.
« … Mais… Capitaine…
- Faites moi confiance, il en garde sous le pied. De nous tous dans cette pièce, il est certainement le plus âgé, mais il s'agit tout de même du légendaire Sorcier Watanuki… »
Stupeur dans la salle. Les murmures reprirent de plus belle.
« Youhou ! En voilà un autre de joli scoop ! dis-je avec un large sourire ravi.
- CAPITAIIIINE … S'étouffa le lieutenant Takeshi en s'arrachant les cheveux. Vous venez de révéler devant tout le monde un secret d'une importance capitale ! Et devant une passagère clandestine, qui plus est !
- J'ai une confiance totale en chaque personne présente sur ce navire, y comprit Mlle Kanashimi, déclara Mikomi d'un ton si troublant qu'il me fit frémir. Tout le monde doit savoir, de manière égale, et c'est parce qu'il n'y aura que la franchise et la confiance sur ce navire que la cohésion dans notre groupe sera totale.
- C'est vrai », reconnu le prince Kentaro, et tous les autres d'approuver aussi…
A part le commandant des archers, Domeki, qui eu un soupir agacé en fusillant du regard le sorcier Watanuki. Une nouvelle chamaillerie des deux vieux se profilait, et j'étais sûre qu'elle serait croustillante…
« … Excusez moi… » dit sèchement Domeki en quittant la pièce.
Le sorcier eu l'un de ses sourires gênés qui le faisaient ressembler à un gamin.
« Hum… Je… Je dois donner des instructions à ma fille avant d'aller à la rencontre de ces quatre hommes… » dit-il en s'esquivant aussi.
Ah ben non ! J'allais rater le plus intéressant !
« Je dois… Je dois aller me repoudrer le nez ! » dis-je avec un rire crétin en quittant la pièce à mon tour. Je suis sûre que beaucoup mouraient d'envie d'aller espionner les deux vieux comme moi, mais c'était tous des militaires en conseil de guerre, personne n'avait le droit de planter là leur réunion, à part moi la passagère clandestine, ah, ah !
Traduire le « ah, ah ! » par le rire victorieux d'une fangirl psychopathe…
En attendant, pour des vieux, ils traçaient vite ! Je mis deux bonnes minutes à retrouver les deux papys du muppet show. Heureusement que leur dispute résonnait partout en écho sur les parois de métal…
« … Bon sang, pourquoi me faire une telle scène ?! criait le sorcier Watanuki. Il ne s'agit que de rencontrer quatre personnes ! S'il se produisait quoi que ce soit, le Capitaine Mikomi et notre escorte pourront agir si je ne le peux pas !
- Ce que je te reproche, c'est de toujours agir selon ton idée, sans te soucier de l'avis des autres… Répliqua sèchement l'archer Domeki, une pointe de tristesse dans la voix.
- A mon âge, ce qu'il peut m'arriver n'a pas la moindre importance…
- Tu ne comprendras donc jamais ?! Ce qui n'a aucune importance pour toi en a pour les autres ! As-tu imaginé une seconde ce que ressentirait ta fille si elle venait à te perdre ?
- Bien sûr qu'elle serait triste, même si je l'ai préparée à cette éventualité. Mais cela fait 50 ans que ma tête est mise à prix et que ma vie n'est qu'errance et cavale. Je ne veux pas de cette vie pour Yayoï, elle mérite d'être heureuse…
- Et moi, je mérite quoi ?
- … Altesse… Souffla le sorcier.
- Tu n'as pas la moindre idée de ce que j'ai pu ressentir lorsque tu m'as abandonné, répliqua l'archer, la voix pleine de fêlures.
- Ce n'était pas un abandon. J'ai fais le seul choix sensé et qui s'imposait. Si je n'étais pas partit, vous auriez été exécuté, sans le moindre doute. Je… J'aurais préféré endurer l'enfer pour l'éternité plutôt que de vous voir mort, Altesse !
- L'éternité, c'est moi qui l'ai enduré. Une éternité de vide et de douleur à attendre ton retour. Et maintenant que tu es là, le peu de temps qu'il nous reste à vivre, tu veux le gâcher encore… Tu veux encore me laisser seul sans toi…
- … Shizuka… »
Silence. Ah, zut, on aurait dit qu'il ne se passait plus rien… Je me risquais à regarder dans le couloir, jetant un œil des plus indiscrets. Les deux petits vieux, au bord des larmes, se serraient doucement dans les bras l'un de l'autre…
« L'univers est vaste. Il existe sûrement un monde où nous aurons été heureux, murmura tristement Watanuki. Mais pas dans cette vie… Peut-être, si nous avons la chance de nous réincarner… Peut-être dans une autre… »
Je sursautais en entendant dans mon dos le fracas des militaires qui avaient fini leur réunion. Les deux papys l'entendirent aussi, s'éloignèrent vivement l'un de l'autre, essuyèrent leurs yeux larmoyants et reprirent une attitude totalement détachée. Tout à coup j'eu des remords à les avoir espionnés. C'était leur histoire, leur secret, celui de leur vie entière. Mais qu'est-ce qui avait pu se produire 50 ans plus tôt pour les obliger à se séparer et les laisser malheureux pour le restant de leurs jours ?
Mikomi s'approcha du Sorcier Watanuki :
« Allons à la rencontre de nos invités… Si l'archer est d'accord, bien entendu.
- Je pense qu'il est d'accord, se força à sourire Watanuki.
- Oy … » confirma Domeki.
Mon cœur se serra pour lui….
*
Quelque part, bien loin de là, sur l'une des îles innombrables de Gloriana.
Dans un immense temple, vide, froid et désert, bâtit au sommet de la plus lugubre des montagnes, formée de la roche la plus dure et la plus noire…
Noire comme la nuit, comme ce paysage désolé envahit par la brume…
Noire comme le pelage de la créature qui vit là, tapie dans l'ombre…
C'est un loup. Un loup noir, d'une taille immense, haut et large comme un tank. Ses crocs aiguisés et son regard perçant luisent dans la nuit. Sur sa tête, pile entre ses deux oreilles dressées à l'affût, a été scellé un joyau rouge rubis qui étincelle d'une aura mystique irradiante.
Depuis des siècles et des siècles, le loup est prisonnier de ce palais, entravé par des chaînes qui ont été forgées par les dieux de Gloriana en personne. Le loup est le gardien du temple, il peut aller jusqu'à son entrée mais ne peut pas en sortir. Lorsqu'il parvient jusqu'à l'entrée, il peut voir au loin le paysage de la liberté, les douces collines, et le ciel si pur et si bleu… Il reste là des heures, à contempler ce bleu qu'il aime tant…
Et souvent le loup espère voir de ce ciel tomber la neige…
En souvenir de la panthère blanche…
Mais il ne neige pas, et le loup hurle alors à l'entrée du temple qu'il protège…
En espérant, où qu'il soit dans ce monde…
Que l'autre gardien, la panthère blanche, l'entendra…
*
Le minuscule vaisseau étranger atterrit tout près de la poupe de la caravelle. Mikomi et le sorcier Watanuki, escortés de quatorze soldats armés jusqu'aux dents, se postèrent à leur rencontre. Pour ma part, comme le reste de l'équipage, je du me contenter d'assister à la scène depuis le pont du Dark Butterfly, mais « grâce » à la brèche qui y avait été pratiquée, nous entendrions tout de l'entretien. L'un des hommes du quadriplace s'avança vers Mikomi. C'était un homme encore jeune d'une quarantaine d'années, impeccablement vêtu, et dont les cheveux coulaient en une pluie noire sur ses épaules :
« Mes hommages, dit-il en s'inclinant bien bas, je suis Leïji, fils de Reïji, émissaire du très vénérable Prince de l'île de Saïto. ( A ce nom, Mikomi sembla se fermer…) Hier, tard dans l'après-midi, nous avons reçu un message de détresse…
- Il provenait de nous, dit Watanuki en lui serrant la main. Nous sommes un humble équipage de voyageurs…
- N'est-ce pas le Prince d'Higashikunimaru que j'aperçois là-bas ?
- Il est ici à titre privé, grinça Mikomi.
- Mais nous veillons à sa sécurité, ajouta Watanuki. Hier, nous avons été victimes d'une attaque des forces de l'empereur Xyle Valentine …
- Valentine est un grand ennemi de notre Souverain. Si vous cherchez refuge, il se fera l'obligeance d'être votre hôte… »
Tout à coup, près de moi, je remarquais qu'une certaine agitation avait saisit le Prince Kentaro et le lieutenant Takeshi. L'archer Domeki et Yayoï n'avaient pas l'air dans leur assiette non plus…
« Altesse, avez-vous entendu ?! s'écria Takeshi. Hajime propose de nous venir en aide !
- Malgré ce qui est arrivé, l'île de Saïto reste notre alliée, répliqua Kentaro. Hajime est un gentleman…
- Est-ce bien prudent de nous y rendre… En de telles circonstances ? Demanda Domeki en coulant un regard dans ma direction…
- … Altesse… Murmura Yayoi. Cette visite risque de ranimer de douloureux souvenirs, et pour ma part… Je ne souhaite pas revivre ce drame… Affirma la jeune fille avec tristesse.
- Je sais, dit le Prince Kentaro d'une voix peinée. Mais la caravelle est endommagée et l'équipage épuisé. Toute aide est bienvenue, même s'il faut accepter celle de Saïto… »
Il fit de loin un signe convenu au Capitaine et au Sorcier, selon lequel la proposition était acceptée. Mikomi en paru plus contrarié encore, mais devait obéir…
« Sakura chan, qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda la petite Yuko en se raccrochant aux plis de ma robe.
- Si je le savais… » soupirais-je.
« Nous acceptons votre offre avec joie, annonça Watanuki à l'émissaire. Nous devions justement nous rendre à Saïto pour les besoins de notre voyage.
- Quand serez-vous prêts à partir ?
- L'essentiel de nos dommages sera restauré aux abords de deux heures. Nous parviendrons à Saïto en très peu de temps.
- J'en avertit aussitôt mon maître : il nourrit une grande estime pour le royaume d'Higashikunimaru. Votre équipage et vous-même serez reçus en grande cérémonie. »
Après quoi, les quatre hommes saluèrent le Capitaine et le sorcier, puis repartirent à bord de leur appareil. Sur le pont, tout le monde se dispersa pour retourner à ses activités. Lorsque Mikomi revint, il y eu comme un malaise planant parmi Kentaro, Takeshi et les autres. Mikomi n'eu un mot ni un regard pour personne, et, dents serrées, il boita sèchement en traçant directement jusqu'au poste de navigation. La petite Yuko se jetant dans les bras du sorcier à son retour, je parvins à entraîner Yayoi à l'écart, dans la salle de la piscine, loin des oreilles indiscrètes, pour lui poser la question qui me malmenait de plus en plus l'esprit :
« Yayoi, je ne te demande pas de me révéler le secret de la mission du Dark Butterfly. Je veux juste savoir s'il y a quelque chose me concernant que je devrais apprendre. Pourquoi il y a des instants où j'ai l'impression que vous regardez une autre personne à travers moi, comme si j'étais un fantôme ? »
La pauvre Yayoi essuya les larmes qui lui embuaient les lunettes, puis me prit doucement les mains.
« … Tu as raison, me dit-elle enfin, il y a quelque chose que tu dois savoir, mais je ne te dirais qu'une partie de l'histoire… Le reste… Je pense que c'est au Capitaine Mikomi de te l'expliquer…
- Mi… Mi… Mikomi ?! m'écriais-je, rougissante.
- On dirait bien que vous êtes de plus en plus proches, dit-elle avec un petit rire.
- Heu… C'est-à-dire que… Je… Voilà, quoi… M'agitais-je en perdant tous mes moyens.
- Surtout, lorsque je t'aurais raconté ce qu'il s'est passé, n'en veux à personne de ne t'avoir rien dit. Tout le monde est encore très triste de ce qui est arrivé… Mais tu peux être sûre que nous t'apprécions en tant que Kanashimi, pas parce que tu ressembles à quelqu'un que nous avons connu… »
Je frémis.
« Je vois où tu veux en venir. Dis moi tout, s'il te plait…
- Le Prince Kentaro d'Higashikunimaru avait une sœur plus jeune que lui. La Princesse Sakura…
- Je m'en doutais, dis-je, même pas surprise. Encore un double dimensionnel… ça explique pourquoi il est si fraternel avec moi… Parles moi de Sakura…
- Elle était très gentille, rieuse et pleine d'énergie. Je l'ai connue quelques temps avant que nous soyons tous rassemblés sur le Dark Butterfly. Nous étions amies…
- Tu en parles au passé….
- Sakura était promise en mariage au Prince Hajime de l'île de Saïto. C'était un mariage arrangé, mais Sakura était d'accord. C'était pour protéger Higashikunimaru de la menace de Xyle Valentine, et puis le Prince Hajime est un vrai gentilhomme… Mais au dernier moment, les fiançailles ont été rompues.
- A cause du Capitaine Mikomi ? Demandais-je, le cœur contracté, en devinant toute l'histoire.
- Oui. Le Capitaine Mikomi est arrivé encore enfant au pays d'Higashikunimaru. La Princesse Sakura et lui ont grandit ensemble. C'est le Prince Kentaro et le lieutenant Takeshi, en secret, qui leur ont servit de parents. Sakura n'avait pas conscience de ses sentiments pour le Capitaine Mikomi jusqu'à ce qu'il lui révèle son amour. Elle a alors comprit qu'elle ne le voyait pas comme un frère et qu'elle aussi partageait cet amour. Ils se sont enfuis ensemble. Ils étaient profondément amoureux. Ils ont été heureux. Je n'ai jamais vu de couple aussi radieux, ils étaient vraiment faits l'un pour l'autre ! Mais ça a mis une sacrée pagaille dans l'alliance entre Higashikunimaru et Saïto… Le Roi d'Higashikunimaru (un vrai blaireau, celui-là ! ) était furieux. Déjà qu'il ne tolère pas que son fils soit avec un homme, alors que sa fille prenne la fuite avec un Corsaire…
- Et le Prince Kentaro en veut aussi à Mikomi parce que sa sœur s'est enfuit avec lui ?
- Non ? LE Prince considère pratiquement le Capitaine Mikomi comme son fils. Ce qu'il lui reproche… C'est la mort de Sakura. »
Mon sang se glace, même si j'avais déjà compris.
« Mikomi est responsable de la mort de Sakura ?
- Je t'en prie, c'est à lui que tu dois demander cette partie de l'histoire, ça me coûterait trop de la raconter… Murmura Yayoi, la gorge gonflée de sanglots. Mais cette mort nous a tous foudroyés. Aucun d'entre nous n'est le même depuis ce triste jour… Et surtout le Capitaine Mikomi. Tu comprends à présent combien la situation du Dark Butterfly est compliquée. Même si le Prince Hajime veut nous venir en aide, il a gardé rancune contre le capitaine Mikomi, d'autant que même si c'était un mariage arrangé, Hajime était tombé passionnément amoureux de Sakura. Et ta présence sur ce bateau…
- Oui, je vais encore compliquer les choses parce que j'ai le visage de la Princesse défunte… Soupirais-je.
- Est-ce que… Est-ce que tu es en colère contre Mikomi ?
- Non, je ne lui en veux pas du tout. Il suffit de le voir pour comprendre combien cette mort l'a dévasté. Et je sais trop combien l'on souffre lorsqu'on perd la personne que l'on aime le plus au monde. Je suis sûre qu'il fait bien la différence entre la Princesse et moi. Parce que moi… J'arrive bien à différencier ce que j'éprouve pour mon défunt mari… Et ce que je ressens pour Mikomi. Ce n'est pas une trahison. L'amour ne meurt jamais. Mais pour ceux qui restent… Un cœur qui bat… Est la preuve qu'ils sont encore vivants…
- Kanashimi… souffla Yayoi, émue.
- Il y a autre chose que je voulais te demander. Tout à l'heure tu m'as dis que le Roi d'Higashikunimaru ne tolérait pas l'histoire du Prince Kentaro avec le lieutenant Takeshi…
- Oui. Les unions entre hommes et entre femmes ont pendant très longtemps été mal vues dans ce monde. L'idée commence petit à petit à être acceptée, même s'il est toujours interdit à un Prince de sang de s'unir à un roturier. Mais le Prince et le lieutenant ont quand même de la chance, sur ce bateau, ils sont loin d'Higashikunimaru et peuvent vivre librement leur amour. Autrefois, une situation similaire aurait été passible de la peine de mort pour tous les deux…
- Mais c'est horrible !
- En effet. La peine de mort a disparue il y a quinze ans à peine… Beaucoup n'auront pas eu leur chance…
- Comme… L'archer et ton père ? »
Yayoi hocha la tête tristement.
« Oui. Leur situation était pratiquement la même que celle du Prince Kentaro et du lieutenant Takeshi. Mais il y a 50 ans… C'était sans issue. Je ne peux pas tout te révéler, mais Domeki est issu d'une famille noble très puissante. Mon père, lui, est un roturier. Mais il a été l'un des sorciers les plus puissants de Gloriana. Dans sa jeunesse, il a vécu des milliers d'aventures à travers le monde… Et même… Les mondes… A 20 ans, il avait déjà tout vu, tout vécu. Et c'est à ce moment là qu'il a rencontré Domeki. Les parents de Domeki cherchaient à le marier à une jeune fille, et mon père avait été invité lors des festivités pour faire tapisserie, vu le nombre d'histoires qu'il avait à raconter pour distraire la galerie. Leur première rencontre a été une vraie catastrophe, ils s'entendaient comme chien et chat, mais au moins ça a mis de l'ambiance… Comme les parents de Domeki n'avaient pas encore choisie leur future bru, mon père est revenu les fois suivantes parce que ses chamailleries avec Domeki amusaient les invités… Et puis, petit à petit, leur animosité s'est muée en amitié. A mesure qu'ils s'apprivoisaient, cette amitié est devenue de plus en plus tendre… Jusqu'à s'embraser en une véritable passion. Ils ont tenté de garder leur relation secrète, mais elle est vite devenue évidente même pour des aveugles… Lorsque cela a été découvert, ils ont été menacés d'être condamnés à mort s'ils ne cessaient pas de se voir. Mon père a pris sa décision. Domeki était promis à un grand avenir, et il refusait absolument de le voir mourir. Comme mon père avait déjà des ennemis pour une toute autre raison, et qu'il voulait absolument protéger celui qu'il aimait de toutes ces menaces, il est partit. Loin de lui et loin de tout, là où Domeki ne pourrait pas le retrouver. Ils ne se sont pas revus pendant 50 ans, mais se sont toujours aimé… Mon père est resté seul. Je suis sa seule fille, il m'a adoptée. Domeki a été contraint à un mariage arrangé et a eu des enfants, mais il n'a jamais oublié mon père. Dès qu'il a pu casser cette union, il est partit à sa recherche… Mon père est un idiot. Il est éperdument amoureux de Domeki, mais se pensera toujours indigne de lui. Parce que Domeki est noble et lui un simple roturier… Il est vraiment vieille école…
- Rien n'est jamais simple, en amour… Je te remercie de m'avoir raconté tout ceci. Je sais à présent comment me comporter pour ne froisser personne…
- Tu sais, Kanashimi, je t'envie beaucoup. Et la petite Yuko aussi…
- Hein ?! dis-je, les yeux ronds.
- Vous avez la capacité de vous rendre dans d'autres dimensions. Vous ne resterez certainement pas à Gloriana. Moi, je suis obligée de rester dans ce monde, et je crois bien qu'à cause de cela je ne pourrais jamais tomber amoureuse. Parce que ceux qui s'aiment sincèrement… Doivent toujours affronter les obstacles et le malheur. C'est ainsi, depuis la création de cette planète. Gloriana est le monde des amours impossibles… »
Chapitre 21 : Tout se rejoint
Nous sommes arrivés sur l'île de Saïto !
Je vais enfin découvrir autre chose de Gloriana que ses bateaux volants ou ses îles totalement désertes ! Nous avons été menés au palais sous une escorte fastueuse, la capitale où nous nous trouvons, portant le même nom que l'île, étant toute décorée en notre honneur. Yayoi m'avait prévenue que ses habitants sont réputés pour la fête continuelle qui régnait chez eux : la musique emplissait les rues, des tissus multicolores fouettaient au vent, les rires étaient sur tous les visages. Nous avons été placés dans plusieurs calèches, ouvertes sur le ciel bleu. Dans la mienne se trouvait le Capitaine Mikomi, le commandant des archers Domeki, le sorcier Watanuki et la petite Yuko. Resplendissante dans une robe printanière, rieuse, elle envoyait des fleurs à la foule, et mille pétales colorés s'envolaient dans l'air pur. Malgré les gardes qui entouraient la calèche, des gens se pressaient tout autour de nous avec des exclamations… Ravivant mon inquiétude…
« J'espère que tout va bien dans la calèche de Yayoi, dis-je tout haut.
- C'est aussi celle du Prince Kentaro. Vous pouvez être sûre que le lieutenant Takeshi s'occupera personnellement du moindre inconscient qui osera tenter quelque chose » rit le sorcier Watanuki. Puuis ouvrant des yeux de bambin émerveillé :
« En fait, ces gens sont si chaleureux ! Voyez cette joie ! Quel accueil, mes enfants, quel accueil !
- J'espérais que tu serais moins naïf et n'accorderais plus ta confiance à n'importe qui, soupira l'archer Domeki.
- Mon esprit est ouvert sur le monde, répliqua l'autre vieux.
- C'est pour ça qu'il est plein de courants d'air.
- Quoi ? Répètes si tu l'oses ! »
Je les observais se chamailler encore, avec une pointe de gêne. Maintenant que je savais les grandes lignes de leur histoire, j'avais l'impression de voir une querelle d'adolescents qui préfèrent se balancer des vannes plutôt que de s'avouer tout haut leurs sentiments. J'évitais de croiser le regard de Mikomi, qui se tenait assit et silencieux face à moi, indifférent à la liesse qui se jouait autour de lui, l'attitude sur la défensive. C'est bien lui qui devait se méfier le plus. Il revenait sur le territoire de son rival, et partout s'étalait la toute puissance du fiancé de la Princesse d'Higashikunimaru. Je tressaillis à l'idée d'être confrontée à cet homme qui avait adulé passionnément mon double, et sans espoir de retour. Je redoutais notre rencontre et me posais des questions sur la manière de me comporter. Je pris la résolution de protéger tout le monde : protéger Mikomi, protéger le souvenir de la Princesse Sakura, et me protéger, moi. Seuls les bras protecteurs de Mikomi étaient à même d'apaiser tous les pressentiments qui me déchiraient. J'éprouvais de tout mon être le désir de m'y réfugier en cette seconde ! Après tout, personne ne s'en serait offusqué… Sauf peut-être Mikomi lui-même, évidemment…
Mes pensées en étaient là lorsque le moment fatal se précipita : l'escorte pénétra dans l'enceinte du palais, s'arrêtant dans les jardins. Les gardes du palais firent une haie d'honneur aux arrivants. Mikomi descendit le premier de la calèche. Il aida ensuite la petite Yuko à descendre le marchepied, puis je frémis lorsqu'il me tendit la main à mon tour. Alors que j'étais parvenue au sol, sans que le Capitaine et moi n'ayons encore détachés nos mains ni nos regards, j'entendis le sorcier qui râlait encore parce que l'archer faisait attention à ce qu'il ne rate aucune marche…
« Je ne suis pas encore grabataire !!!! »
Un homme sec et d'allure un peu étrange se présenta à nous.
« Que la paix soit sur vos grâces, dit-il en faisant une courbette au ras des pâquerettes. Je me nomme Satoshi, et j'ai l'honneur extrême de vous mener à la salle du trône.
- Relevez vous, Satoshi » dit le sorcier Watanuki.
Il fit pourtant tout autant de courbettes lorsque le Prince Kentaro arriva, accompagné du lieutenant Takeshi, de Yayoi et tous les autres…
« Soyez prêt à agir à la moindre alerte, glissa le lieutenant à Mikomi. Il faut en priorité protéger le prince, le sorcier et les demoiselles… »
Nous avons fait une entrée somptueuse au palais, un tapis de fleurs odorantes nous accompagnant jusqu'à la salle du trône, qui étincelait de mille feux. En son centre siégeait le Prince Hajime. 27 ans, le teint mat, le visage aux traits réguliers, un corps d'athlète et une allure indéniable. Un soleil à lui tout seul, qui devait faire bien des ravages dans les cœurs… Je fus surprise lorsqu'il se le va lentement et m'adressa la parole avant le Prince Kentaro ou le Capitaine Mikomi eux-mêmes, avec un chaleureux sourire teinté de stupeur et de nostalgie :
« Eh bien voilà un adorable visage qui ne m'est pas inconnu… Mes hommages, Mademoiselle …
- Il s'agit de Mademoiselle Kanashimi, du monde de Firiel, coupa le Prince Kentaro. Elle est… Le double dimensionnel de notre regrettée Princesse, et de passage dans cette dimension avant de poursuivre sa route à travers l'univers…
- Une voyageuse des dimensions, hein ? On dirait que ça se multiplie, ces derniers temps… On a déjà eu ce chasseur de vampires… Comment s'appelait-il, déjà , Satoshi ?
- Seishiro, je crois, votre Altesse…
- Oui, il n'est pas resté longtemps. Il n'y avait rien chez nous qui puisse l'intéresser… Et puis il y a eu aussi ce drôle de gamin qui vous ressemblait, Capitaine Mikomi… Il était vraiment dans un sale état…
- Shaolan clone, frémis-je.
- Un clone ? Voilà qui est intéressant… En tout cas, il n'a même pas voulu de notre aide, et est repartit aussitôt pour une autre dimension… Une histoire de futur à sauver et de clés, qu'il devait rejoindre le vrai lui, enfin nous n'avons strictement rien compris… »
Je serrais le poing, dépitée. Comme je le pensais, l'assassin de mon mari m'avait encore échappé…
Je sursautais lorsque le Prince Hajime descendit de son piédestal, puis me faisant face, me saisit fébrilement une main, l'embrassant avec effusion comme s'il n'y avait plus que nous deux en ce monde !
« Contez moi la raison pour laquelle une aussi ravissante créature que vous doit parcourir l'univers…
- Elle vous le racontera certainement après que nous ayons fait le point sur la bataille que nous avons essuyé contre la flotte de Xyle Valentine, coupa le Prince Kentaro en rappelant la présence des autres personnes.
- J'ai eu vent de cette histoire, dit le Prince Hajime avec un demi sourire. On dit que c'est l'insolence fougueuse du Capitaine Mikomi qui a sauvé le Dark Butterfly… »
Mikomi, le regard cloué sur ma main qui demeurait captive du Prince Hajime ? ne réagit pas à la prononciation de son nom. Le lieutenant Takeshi lui envoya un discret cou de coude :
« Capitaine, son Altesse de Saïto parle de vous… »
Son Altesse de Saïto…
Il avait toujours rêvé de lui faire ravaler son demi sourire…
Mikomi fit un pas en avant et s'appliqua en une belle révérence de circonstance :
« Votre Altesse, veuillez recevoir en mon nom la gratitude de l'équipage du Dark Butterfly pour cet accueil et pour nous offrir refuge et assistance. Une fois de plus votre… Générosité… Vous honore… »
Mikomi aussi était un gentleman, au point de prononcer ces mots à son rival, même si je devinais combien il lui en coûtait…
« Soit, répondit Hajime, vous parlez bien , mon Capitaine, et ce sera un plaisir pour moi d'être votre hôte. Ma Demoiselle, mes Sieurs, vous voici placés sous la protection de Saïto.
- Pourquoi il nous parle comme s'il avait un balai dans le cul, le Monsieur ? Demanda la petite Yuko à la pauvre Yayoi, qui en eu un sourire tout gêné…
- Hum… C'est une jolie couronne que vous avez là… C'est du vrai or ou c'est du plaqué ? » demanda le sorcier Watanuki, s'enfonçant en voulant détourner la conversation.
« Je vous laisse découvrir le palais et y prendre vos aises. En vérité, vous arrivez juste à temps pour le bal que nous y célébrons ce soir. Vous me feriez beaucoup d'honneur d'y être mes invités… Maintenant, excusez moi, mais je dois me retirer… »
Là-dessus, le Prince Hajime tapa dans ses mains, et une musique de fanfare annonça qu'il quittait la salle, ce qu'il fit dans une cérémonie superficielle et ridicule, suivit de sa cour, de ses gardes et quelques autres personnes. Hajime aurait été le Prince Charmant s'il n'avait été atteint d'une mégalomanie aigue, doublée d'un égocentrisme écrasant. Avant de disparaître tout à fait, il me fit un signe de tête, et je lui rendis un sourire un peu crispé pour ne pas provoquer un incident diplomatique en lui collant une baffe. Puis je croisais le regard ironique de Mikomi, et une petite voix dans ma tête ricana :
« Tu t'es encore fourrée dans de beaux draps, Kanashimi… »
Des draps de soie ….
*
Ailleurs… Pas très loin, finalement. Un immense vaisseau d'acier noir profilait sa silhouette longiligne dans la nuit. Drapé dans les amples plis de sa cape, Xyle Valentine se promenait dans les vastes couloirs de son empire. Partout résonnait en écho les ahans des soldats s'entraînant à tuer, les hurlements des prisonniers, étroitement enfermés et soumis aux plus horribles tortures. Kael, la forteresse volante, était à l'image de son maître : sombre, froide, indestructible. Un soldat salua le passage du sorcier empereur. Il avait la belle trentaine. Un visage charismatique et dédaigneux à la beauté figée, des cheveux aux reflets ambrés, des yeux d'un gris acier, un sourire d'Iceberg pour pub de dentifrice, un corps de statue grecque. Son ambition était la terreur, la haine. La haine de l'amour. L'amour du néant, si jubilatoire ! En quelques années, il avait ensemencé Gloriana de la mort. Son armée s'était emparée du pouvoir sur de nombreuses îles, en avait détruites tout autant. Rien ne semblait pouvoir entraver sa marche vers l'infini.
Rien, sauf…
Il jeta un regard sec vers le hublot. Kael, sa navette, voguait vers l'île de Saïto, ses espions l'ayant déjà informé que le Dark Butterfly s'y était réfugié. Il devait contrecarrer leur plan. Il devait les supprimer au plus vite, ou retrouver les temples des dieux gardiens avant eux. Il ne pouvait concevoir que plus faibles puissent le vaincre… Xyle haïssait Mikomi. Xyle haïssait, plutôt, le Prince Shaolan du royaume de Lihan… Et il le haïssait d'autant plus qu'il n'avait pas su voir le danger qu'il représenterait peut-être un jour lorsqu'il l'avait connu, douze ans plus tôt… C'est à cette époque qu'il aurait dû le tuer… Mais il n'était alors qu'un enfant, et rien ne laissait présager qu'il survivrait pour devenir un jour son adversaire le plus redoutable…
« Toujours rêveur, mon cœur ? »
L'homme se retourna. Oroko, sa petite amie officielle, ensorceleuse à l'esprit aussi tordu que le sien, avançait vers lui de sa démarche chaloupée, plantée sur des talons aiguilles en acier. C'était une beauté vénéneuse sculpturale, aux lèvres de sang, à la carnation glaciale, pourvue d'une longue chevelure d'encre, de jambes interminables, et dont le goût vestimentaire se réduisait à des robes si échancrées et décolletées qu'elles ne cachaient que le strict nécessaire.
« Quelles nouvelles m'apporte-tu ? » demanda Xyle en la saisissant par la taille.
Elle renversa la tête en arrière, faisant jouer ses longs cils.
« Ming Yun pleurait encore…
- Cette gamine ne fait que ça ! Je vais finir par la buter !
- Mais ses prédictions nous sont précieuses…
- Qu'a-t-elle dit ? »
Oroko lui tendit un bout de parchemin. L'empereur sorcier s'empara de l'oracle, qu'il déplia.
« Lorsque le nouveau dragon et la première neige,
Et de mondes en mondes les cinq autres clés
Ayant unis leurs forces et celles de leurs alliés
Auront vaincus l'âme sans corps et l'ange noir
Lorsque le Prince de feu aura réunis le loup et le tigre
Lorsque le loup et le tigre de leur troisième forme seront possédés
Alors celle qui ne vit ni ne meurt
reviendra en Gloriana
Et cessera le règne de L'empereur voleur »
Xyle froissa le parchemin avec agacement.
« J'ignore qui est tout ce beau monde , mais je ne les laisserais pas mettre fin à mon règne !!!! »
*
« Alors ?
- Je ne sortirais jamais habillé ainsi !
- Nous sommes sûrs que cela vous sied à merveille… Allons, sortez de votre cachette, que nous puissions voir le résultat !
- Non ! »
Impossible de savoir si la tenue protocolaire, prêtée à Mikomi, lui seyait ou non. Car le grand Capitaine rebelle, héros de la quête du Dark Butterfly , s'était caché dans un placard… Dont il ne voulait plus sortir ! Dehors, l'archer Domeki, le visage inexpressif, faisait la porte manteau, les bras chargés de vêtements, pendant que le sorcier Watanuki tentait de raisonner le jeune Capitaine.
« Ne faites pas l'enfant ! Si vous voulez danser, il faudra aller au bal dans cette tenue ! »
Mikomi ouvrit le battant :
« Je vous préviens : Un mot de travers et je vous cloue avec mes dagues !
- Je ne dirais rien, c'est une promesse ! jura Watanuki.
- Je resterais muet comme une carpe » affirma Domeki.
Mikomi parut enfin dans sa tenue obligatoire : Mocassins, culottes, pantalon bouffant, pourpoint doré…
« Parfait ! s'exclama Watanuki.
- Parfait ?! Mes pieds étouffent, mon arrière train est outrageusement serré, et j'ai l'impression que si je fais un mouvement de plus, mon pantalon va craquer… Il faut être malade pour porter cette tenue !
- Regardez, j'ai la même que vous…
- C'est bien ce que je dis…
- Aaaah, cessez de vous plaindre, soupira Watanuki. Que je sache, personne ne vous a obligé à porter une robe pailletée et emplumée de meneuse de cabaret…
- Toi, à son âge, ça t'aurait bien allé… Commenta Domeki.
- Mais où es-tu aller pêcher une idée aussi tordue ?! » s'étrangla le Sorcier, pivoine et outré d'une telle supposition !
Quand à Mikomi, il finit par ravaler sa fierté la tête haute, fort et digne malgré l'outrage …
« Est-ce que tout le monde a suivit mes ordres en cas d'imprévu ? Demanda-t-il soudain, plus sérieux.
- Oui, Capitaine… Répondit Domeki. Et Mademoiselle Yayoi se trouve déjà avec Yuko à bord du Dark Butterfly…
- ça n'a pas été facile de lui faire admettre qu'elle ne pouvait pas assister au bal, soupira Watanuki.
- Il ne faut pas nous laisser surprendre comme lors de l'attaque aérienne. Le Prince Kentaro est obligé d'assister au bal de ce soir, mais il nous faudra à tout prix le protéger. Je ne crois pas une seconde que le Prince Hajime ait pardonné à Higashikunimaru l'affront des fiançailles brisées, ni la mort de la Princesse Sakura…
- Dans ce cas, c'est plutôt vous qui êtes en danger, Capitaine…
- Je le sais bien… Murmura-t-il tristement en posant une main sur sa hanche blessée. Mais il préfère certainement me laisser vivre, rongé par la douleur et la culpabilité… Même s'il était clément envers moi… Pour ma part, je ne me pardonnerais jamais ce qui est arrivé… »
Il quitta la pièce en boitillant tristement.
« … Et toi, tu te pardonneras un jour ? Demanda soudain Domeki à Watanuki.
- Vous êtes en vie, Altesse, c'est tout ce que je souhaitais… Murmura le Sorcier en prenant soin d le vouvoyer à nouveau pour bien marquer la distance.
- Je me suis souvent dis que si j'avais su à temps ce que tu projetais de faire, j'aurais trouvé le moyen de m'enfuir avec toi, quitte à en mourir si jamais on nous rattrapait…
- Vous ne pensez pas ces paroles…
- ça aurait été moins douloureux que les 50 ans de silence, d'incompréhension et de peine auxquelles tu m'as condamné. J'aurais préféré mourir pour toi.
- Vous ne l'auriez pas fait. Vous saviez que si je vous découvrais mort, je me serais tué aussitôt après. Et vous vouliez que je vive. Aujourd'hui encore, vous ne pensez qu'à me protéger.
- C'était inéluctable, alors ?
- Le cycle sans fin du destin.
- Watanuki… » murmura l'archer en lui prenant doucement la main. Le sorcier fit un effort douloureux pour repousser encore cette étreinte.
« Hâtons nous, le bal va commencer, et l'on compte sur notre présence… » dit-il en quittant la pièce à son tour.
Tous les invités étaient réunis dans la salle de bal, les femmes dans leurs robes les plus précieuses, les hommes dans leurs costumes uniformément risibles. Le Prince Kentaro était particulièrement dans son élément, glissant d'un invité à l'autre avec les sourires et les dialogues de circonstance, suivit comme une ombre par le lieutenant Takeshi, aux aguets. Mikomi se tenait à l'écart, scrutant la salle d'un œil de lynx. Un frémissement félin parcouru son dos lorsqu'il vit débarquer Hajime dans un accoutrement Princier encore plus ridicule que son costume protocolaire.
« … Et Kanashimi ? » se demanda le Capitaine, plus nerveux en constatant mon absence.
Soudain, sur un geste du Prince Hajime , le bal débuta : Fanfare, violons et fifrelins se succédèrent. Enfin, l'orchestre entama un morceau, et des personnes commencèrent à s'inviter à danser. Comme Mikomi se haussait sur la pointe des pieds pour obtenir un meilleur angle de vue, le Sorcier Watanuki, arrivé derrière lui, ne résista pas au plaisir de le pousser dans le dos : sans réaliser quoi que ce soit, le Capitaine se trouva cerné au milieu de la piste de danse, parmi les cavaliers et cavalières, où il fut happé, poussé, bousculé, les pieds écrasés, avant qu'il ne réussisse à se frayer un passage dans cette marée humaine, virevoltante. Enfin, il atteint l'autre bout de la salle et fit des signes à Watanuki :
« Vous êtes un homme mort ! »
Près du Sorcier, Domeki fronça les sourcils d'un air redoutable, et eu un vague geste de la main qui voulait dire :
« Retournez vous ! »
Mikomi le fit.
J'étais là, dans une ample robe de mousseline bleue, ma peau constellée par une rivière de perles comme autant de larmes de rosée… J'étais là… Et cernée par les plus abominables dragueurs !
Mikomi n'écouta pas un mot du Prince Kentaro, qui venait de se poster à côté de lui pour s'extasier du fait que la soirée était très réussie. Mikomi marcha droit, écartant de son chemin tous les danseurs qui venaient de le bousculer, et en fit même trébucher un qui s'étala de tout son long sur le parquet. Mikomi marcha droit vers ces types qui avaient l'audace de chercher grâce à mes yeux…
Fallait pas exagérer non plus !
Mais sa marche déterminée fut soudain interrompue lorsqu'il fut happé par la main d'une baronne à l'énorme embonpoint, emporté irrémédiablement vers la farandole à laquelle participait désormais toute la salle. Il me croisa, recroisa, sans jamais me quitter des yeux, se heurtant à mon regard, qui le dardait aussi. Et plus Mikomi se démenait, plus j'étais emportée loin de lui. Je m'amusais de son regard d'agonisant, rit lorsque l'instant d'une demi seconde, nos mains se touchèrent enfin. Mais nous avons été de nouveau séparés, éloignés l'un de l'autre , constamment, fatalement… Quand la musique de la farandole cessa enfin, Mikomi était perdu au beau milieu de la foule, bien loin de moi, qui me trouvait à l'extrémité de la salle.
Trop loin… Nous nous sommes perdus de vue.
J'étais en train de me demander comment j'allais pouvoir me diriger au milieu de cette masse compacte, quand une main m'attira en arrière.
« Ma Demoiselle… »
Le Prince Hajime ! Je l'avais oublié, celui-là !
« Altesse ? Demandais-je alors que la musique venait de reprendre.
- Je me demandais si vous me feriez l'honneur de m'accorder cette danse… »
La première idée qui me traversa était du pur Kanashimi : mon poing dans ses dents, et je me débarrassais du gros lourd ! Sauf que c'était le gros lourd Princier qui organisait la soirée, et un incident diplomatique n'aurait arrangé ni les affaires de Mikomi, ni celles du Dark Butterfly.
Je tendis donc la main au Prince Hajime, mais à peine avions nous fait un tour sur nous-mêmes qu'il m'entraîna à l'écart, près de l'embrasure sombre d'une fenêtre ouverte sur la nuit constellée d'étoiles.
« Pourquoi avez-vous embarqué à bord du Dark Butterfly ? Me demanda-t-il soudain.
- Nous vous l'avons déjà dis, je voyage de mondes en mondes. J'ai atterrit par hasard sur ce bateau.
- Un hasard, vraiment ? Soupira-t-il. Quel est votre rôle à bord du navire ?
- Cela ne vous regarde pas. Mais si vous voulez tout savoir, j'ai veillé sur les blessés suite à la bataille que nous avons essuyés.
- « Nous » ? De qui parlez-vous ? Le Capitaine Mikomi et vous ?
- Je n'ai pas envie de poursuivre cette conversation…
- Que vous a-t-il dit et promis ? Vous a-t-il parlé de celle qui vous ressemblais, et qui est morte par sa faute ?!
- Elle s'appelait Sakura d'Higashikunimaru, rectifiais-je. Ne souillez pas sa mémoire en proférant de tels mensonges ! »
Je voulais partir, mais il me retint en s'emparant de mon poignet. Je contins ma répulsion, ma honte et ma colère pour ne pas causer de tort à Mikomi et au Prince Kentaro.
« Ce n'est pas un mensonge, répéta le Prince Hajime. Ma bien aimée fiancée est morte par la faute de ce Corsaire ! Et vos insolentes ressemblance et beauté sont une provocation qu'il m'agite sous le nez pour me blesser encore ! »
Je frémis d'effroi, voyant se dessiner un incendie téméraire dans ses yeux.
« Reculez, dis-je, la voix nouée, en serrant le poing, devinant que l'incident diplomatique ne tenait plus qu'au bon vouloir de ce maudit Prince…
- Avez-vous une seule idée de ce qu'elle représentait à mes yeux ?! Sakura avait déferlée dans ma vie comme la vague sur une plage déserte et aride, elle avait chamboulé toutes mes idées, tous mes principes, fait de moi un homme neuf et meilleur ! Mikomi me l'a volée et il a été incapable de la protéger ! Il vous détruira aussi si vous lui cédez votre cœur ! Laissez moi vous sauver du Capitaine ! Vous êtes digne d'être aimée… Sinc7rement aimée !
- Assez ! le coupais-je dans son délire. Je ne vous connais pas, et je n'ai besoin d'être sauvée ni par vous, ni par qui que ce soit ! Je ne suis pas votre Sakura ! J'ignore si Mikomi est réellement responsable de sa mort, mais contrairement à vous, il fait bien la différence entre nous deux… Je… Je ne veux plus du poids du passé ! m'écriais-je, la gorge nouée de larmes. J'ai rencontré un garçon qui est, comme moi, en quête de rédemption… Mikomi a ouvert mon cœur à la vie… Et à l'amour ! »
Le Prince Hajime sembla se glacer entièrement.
« Vous aimez le Capitaine Mikomi… Vraiment ? »
Ces mots résonnèrent avec un écho houleux dans ma tête… Un tourbillon froid, vide et insensé, où se superposèrent successivement des images de Shaolan, mon Shaolan, mon défunt mari, ses sourires, ses mots tendres, sa mort atroce à l'hôpital…
Et d'autres de ce nouveau Shaolan, le Capitaine Mikomi, ses regards envoûtants, sa protection masculine, cet espoir qu'il tenait jusque dans son nom…
Et mon cœur battait au même rythme…
Et je ne pouvais plus le nier…
Shaolan… Mon Shaolan… Pardonne moi…
L'amour que je te porte ne s'éteindra jamais…
Mais il y a cet autre sentiment qui a envahit mon cœur …
« C'est la vérité, dis-je enfin. Je suis amoureuse du Capitaine Mikomi. »
Le regard du Prince Hajime se durcit, puis lorsqu'il le posa derrière moi, je me retournais. Un silence chut, pesant et froid comme le couperet. Mikomi, posément se rapprocha de nous. Il paraissait absolument inébranlable et flegmatique, le visage imperméable à toute émotion, comme à son habitude. Il enflait pourtant dans ses veines la rage du fauve, incandescente, violente, flamboyante.
« … Viens… » dit-il doucement en tendant une main dans ma direction.
Il m'avait enfin tutoyée !
« Oh, Mikomi… » murmurais-je d'une voix défaillante et soulagée.
Je m'arrachais à l'étreinte du Prince Hajime, me précipitais vers Mikomi, me réfugiais vers ses bras, tremblant sous le choc de l'outrage qu'on nous avait porté, et en me sentant femme pour la première fois depuis longtemps. Mikomi caressa mes cheveux d'une main apaisante, concentrant toute sa fermeté à ne pas répondre par un duel aux provocations du Prince Hajime…
Celui-ci soupira en persiflant un ultime sarcasme :
« Tu gagnes encore, on dirait… Mais si tu as un tant soit peu des sentiments que cette malheureuse éprouve pour toi, aies le courage de lui révéler comment a périt la précédente ! »
J'ignore pourquoi, ces mots me firent mal. Plus pour la princesse défunte que pour moi… Je fondis en larmes dans les bras du Capitaine… La férocité avec laquelle Mikomi scruta Hajime contrastait de manière évidente avec l'imperturbabilité de son aplomb. Déstabilisé, le Prince Hajime perdit toute sa morgue et battit en retraite, nous laissant enfin seuls, Mikomi et moi.
« C'est faux, suffoquais-je, en larmes, dans les bras de Mikomi… Il ment ! Moi je sais qu'il ment ! … C'est impossible que la Princesse Sakura ait pu être malheureuse avec toi !... Elle t'aimait certainement… Plus que sa vie elle-même ! »
Comme il ne répondait pas, je m'obligeais à maîtriser le trouble de mes sens, à me détacher des bras de Mikomi, d'oser lever les yeux vers lui. Posé sur moi, son regard avait perdu toute sa férocité. Il vibrait d'une infinie tendresse, du feu d'une passion contenue… Et d'une émotion si déchirante… Mikomi… ôtant de son pourpoint un mouchoir au doux voile immaculé, il effleura doucement les larmes de mon visage, et je frémis au contact de sa main.
« Oh, Kanashimi, murmura-t-il, j'aurais dû être là pour te protéger de ses assauts… J'aurais dû lui planter ma dague au travers de la gorge lorsqu'il t'accablait de ses paroles… Je ne me pardonnerais pas la peine qu'il t'a causée…
- Oublies cela ! Je suis heureuse maintenant que tu es là, avec moi ! »
Mes mots semblèrent le chambouler douloureusement. Il se statufia de peur et de souffrance. Ses yeux criaient qu'il voulait se rapprocher de moi, me prendre dans ses bras, m'aimer… Son corps le trahissait et le lui interdisait, tétanisé…
« Je ne peux pas, murmura-t-il, la gorge nouée. Je ne peux pas t'imposer la vie que je lui ai fait endurer et je ne supporterais pas de te voir disparaître comme elle…
- Je ne disparaîtrais pas ! jurais-je solennellement. Et si quelqu'un veut bien enfin me raconter ce qui est arrivé à cette pauvre Sakura, je te jure que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que sa mort n'ait pas été vaine ! »
Les yeux de Mikomi, touché, luisaient à présent d'un éclat intense, ardent, fougueux, véritablement passionné, mais sa douleur était plus grande encore…
« Oh, parles moi, suppliais-je, je ne peux plus supporter ce silence… Parles moi, ne m'oblige pas à me damner pour arracher un mot de toi. Dis moi tout, par pitié, dis moi comment c'est arrivé… »
Mikomi secoua douloureusement la tête, prit délicatement mes mains dans les siennes, rassemblant son courage. Enfin, nos regards se croisèrent à nouveau.
« Kanashimi… Ma Kanashimi… »
C'était la première fois qu'il prononçait mon nom avec autant d'adoration, de manière aussi intime, possessive. J'en fus chamboulée de tout mon être. Mais alors que Mikomi s'apprêtait à continuer, son visage changea radicalement d'expression, dénotant la plus grande stupéfaction : il me poussa vivement vers le sol, et c'est à plat ventre que nous sommes tombés !
D'un bout à l'autre de la grande salle de bal, les vitraux explosèrent violemment, projetant des débris alentours, et submergeant d'une vague de terreur la foule présente sur les lieux. L'instant d'après, des mitrailles de glace et de balles survolait la salle, faisant quelques victimes au passage….
« Oh non, ça recommence… Les hommes de Xyle Valentine… » murmura Mikomi, qui faisait au-dessus de moi rempart de son corps afin que je ne sois pas touchée. Il eu le regard déterminé de l'homme de guerre, ce regard que je connaissais si bien, à présent…
« Prête ? » demanda-t-il en caressant ma joue avec vénération.
Un sourire déterminé irradia mon visage. De son agilité féline, Mikomi m'entraîna jusque dans un recoin sûr, puis rampa comme une ombre jusqu'à l'un des snipers, qu'il avait repéré, et qu'il dégomma d'un coup de dague.
Le Prince Kentaro avait remarqué le geste du Capitaine : il ordonna aux soldats du Dark Butterfly de prendre les armes, et ce fut soudain un enfer de jets ioniques, de cliquetis métalliques… Au milieu de la débâcle des civils, j'ôtais les couches vaporeuses qui m'encombraient et me lançait à mains nues dans la lutte.
« Salut les copains, dis-je à quatre hommes qui me faisaient face, on joue à chat ? »
Les soldats de Xyle Valentine se regardèrent entre eux, avant de pointer sur moi leurs armes. De roulades en sauts périlleux, j'évitais leurs tirs, puis balançais l'un des hommes à terre d'un coup de pied, frappais la nuque d'un autre du revers, avant d'effectuer une rotation pour enfoncer mon poing dans le thorax du troisième, qui en perdit le souffle. Restait le quatrième, qui fonçait droit sur moi en ricanant, mais avec une telle lourdeur que j'eu le temps de prendre l'arme de l'un des vaincus pour en envoyer le jet glacial sur l'homme, qui en resta figé dans sa course.
« Je me trouve un peu rouillée » pensais-je avec une douleur dans la cheville.
Je sursautais quand un cinquième homme s'abattit à mes pieds, une dague fichée en travers de la gorge.
« On s'assure toujours que le danger ne vient pas de derrière ! gronda Mikomi.
- Comme il se la pète ! Il me fait la leçon, maintenant ! » m'écriais-je, ébahie.
Un silence incongru, pesant… Le Prince Kentaro, le lieutenant Takeshi, le Sorcier Watanuki et l'archer Domeki se figèrent dans leurs gestes… Le valet Satoshi sortit la tête du recoin où il s'était réfugié, le Prince Hajime se redressa de sous la table où il s'était planqué…
Xyle Valentine entrait.
Majestueux dans son costume de latex noir, flanqué pour ne pas dire collé par une Oroko qui aurait pu être arrêtée pour racolage, il émanait de lui un parfum de poison mortel. Sa voix retentit en écho, vibrante, gutturale :
« Moi, Xyle Valentine, empereur suprême de Gloriana, déclare en ce jour que tout Saïto, hommes et biens, m'appartiens, et que quiconque s'opposera à moi sera exécuté ainsi ! »
Une gemme au centre de son costume s'activa, ce qui eu pour effet d'exploser un innocent quidam à quelques pas de lui, ses morceaux de chair sanguinolente étalés en un tapis magenta.
« Vu ? »
Oui, vu. Tous étaient tétanisés de terreur.
Je comprimais la tension qui se jouait en moi. Au moment où le pouvoir de la gemme s'était activé, j'avais clairement vu apparaître en son centre l'ombre d'une plume de la Princesse Sakura du Pays de Clow !
1) Pourquoi Shaolan Clone était repartit pour un autre monde sans s'en emparer ? Il n'arrivait plus à percevoir l'énergie des plumes, ou je l'avais trop amoché au cours de notre combat ? A moins qu'il ait voulu la laisser pour l'autre Shaolan et son équipe de voyageurs … Non, impossible…
2) Pourquoi c'était toujours un minable comme ce Xyle Valentine qui venait compliquer les choses en trouvant les plumes avant nous ?!
Tout à coup, Xyle posa son regard vénéneux sur le Capitaine Mikomi. L'air devint électrique, et je sentis y crépiter la haine, le mépris et la surprise…
« Saisissez les ! » ordonna Xyle à ses hommes en nous désignant, Mikomi et moi.
Je reculais, cherchant désespérément une issue alors que tous les soldats courraient vers nous…
« Prends ma main ! »
Mikomi. Mon seul point de repère dans ce chaos…
Il m'entraîna vers un escalier, tandis que des mitrailles de glace nous léchaient les pieds, transformant chaque marche en bloc de glace, lisse et glissant. Alors que Mikomi était parvenu en haut de l'escalier, celui-ci, fragilisé, s'écroula sur lui-même, et je basculais dans le vide. Mikomi me rattrapa par une main, avec une force toute masculine, puis m'attira vers la sécurité de l'étage supérieur, vers ses bras ou je m'effondrais.
« Je suis vraiment un boulet… murmurais-je, la tâte appuyée contre son épaule.
- Ne dis pas de bêtises, on va s'en sortir… »
Du haut de notre refuge, Mikomi fit un signe convenu à Domeki. Aussitôt, tout l'équipage du Dark Butterfly dégaina des grappins, et les enclenchant, s'échappa par les fenêtres restées ouvertes aux quatre vents depuis l'assaut des forces de Xyle Valentine, qui ne pouvaient que les laisser s'évader, béatement…
« Mais enfin, Takenoooou !!!! » hulula le Prince Kentaro lorsque son lieutenant le prit sous le bras pour s'enfuir. Watanuki n'avait pas l'air ravi non plus lorsque Domeki l'embarqua de la même manière…
« A notre tour, maintenant, dit Mikomi en ôtant de son pourpoint un grappin… Je crois que tu as compris le système… »
Je secouais la tête en riant :
« Parce que tu crois que tu vas m'enlever comme une demoiselle en détresse ? »
Je le saisis alors par la taille, et, lui volant le grappin, en accrochait la pointe au plafond.
« Kanashimi, non ! hurla Mikomi, courroucé. Non. Noooon ! »
Trop tard. Je l'embarquais déjà dans un plongeon fantastique, balayant les têtes de tous ceux qui restaient dans la salle. Grisée par la vitesse et le cœur en tumulte, je sentis se resserrer sur moi les bras de ma « victime », qui me conjurait par tous les dieux d'arrêter mon numéro de cirque. J'éclatais de rire et nous dirigeait tout droit vers une fenêtre grande ouverte à notre évasion. Peu après, nous avons atterris en catastrophe, roulant l'un sur l'autre sur le sol herbeux, au dehors du château.
« Kanashimi, tu me le payeras cher, s'écria Mikomi, perché au-dessus de moi, les yeux en furie. Tu me le payeras cher ! Très, très cher ! »
Je fis peu de cas de ces piètres menaces, écroulée de rire parmi les fleurs.
« Ah… Tu viens vraiment d'un autre monde… » soupira Mikomi, vaincu…
Alors, il se pencha délicatement vers moi et déposa sur mes lèvres légèrement entrouvertes un baiser rapide et délicieux, sucré comme le miel, brûlant comme la piqûre du scorpion… Le ciel et les astres se mirent à tournoyer dans une valse suave au-dessus de nous… Je n'osais plus réagir, tétanisée de stupeur et par une émotion qui me dépassait, le cœur cognant comme un tambour dans ma poitrine troublée…
Mikomi me rendit enfin mon souffle, et me prit à nouveau la main, avec sa galanterie de gentilhomme, une timidité touchante et une tendresse infinie.
« Dépêchons nous, avant que l'on nous rattrape… Viens, tout le monde nous attend sur le Dark Butterfly… »
En effet, lorsque nous y sommes parvenus, la caravelle était prête à décoller, et personne ne manquait à l'appel…
« Kanashimi ! » cria la petite Yuko en se précipitant vers mes bras, suivie de Yayoi.
L'archer Domeki fit le bilan mécanique.
« L'équipe de Goh nous informe que tout est réparé et en parfait état de manœuvrer… Doit-on entamer la procédure pour appareiller ?
- Nous n'avons pas le choix… Dit Mikomi. Valentine vient d'investir Saïto avec une partie de sa flotte, provoquer un combat serait risquer de détruire l'île, et les innocents qui s'y trouvent. Mieux vaut se replier… »
Il frémit en se tournant vers le Prince Kentaro, ajoutant :
« Avec votre autorisation, Altesse…
- Je ne ferais pas deux fois la même erreur, soupira Kentaro. Nous ne sommes pas encore de taille à lutter contre Valentine, et je ne veux plus de morts injustes… » ajouta-t-il en me regardant avec tristesse.
« Pardonnez moi, Altesse, dis-je. Sans doute aurais-je mieux fait de rester avec Yayoi et Yuko à bord de la navette. Je n'ai fais qu'aggraver la tension entre Higashikunimaru et Saïto… Et réveiller en vous tous la douleur d'avoir perdu un être cher… »
Stupeur parmi les garçons. Yayoi rougit en baissant la tête.
« J'avoue. C'est moi qui lui ai dit. Mais elle avait le droit de savoir… »
Silence…
« Mademoiselle Kanashimi, vous n'êtes absolument pas responsable des évènements qui ont précédés votre venue sur Gloriana… » dit soudain le lieutenant Takeshi, qui savait décidément sortir les phrases les plus surprenantes au moment où l'on s'y attendait le moins.
« C'est vrai, approuva le Prince Kentaro en souriant.
- Et même… Je crois que la personne qui a le mieux défendu la mémoire de Sakura… C'est bien toi, Kanashimi… » approuva Yayoi.
Je me tournais vers Mikomi. Son regard avait une expression étrange, où je sentais se mêler… Les sentiments présents et la brûlure passée… Je le ressentais intensément… Il était fier de moi… Et peut-être même, espérais-je follement… Peut-être bien qu'il m'aimait…
Mais… Le souvenir de sa Sakura était toujours là. Il l'aimait aussi, il l'aimait toujours, j'en étais certaine. Tout comme je savais qu'il culpabilisait douloureusement de l'avoir perdue… De l'avoir vue mourir sous ses yeux… Je ne pouvais rien lui reprocher. J'éprouvais exactement la même chose. A présent, je savais que mon cœur était partagé entre cet amour inattendu et tempétueux que j'éprouvais pour Mikomi, et celui que je gardais pour mon Shaolan, dont je jurais toujours de venger la mort…
Tandis que ces pensées se bousculaient en moi, la Caravelle s'éloignait toujours plus de l'île de Saïto. Un sentiment de tristesse et d'espoir mêlé parcouru l'équipage. Tous espéraient pouvoir revenir bientôt pour libérer l'île de l'emprise de Valentine… Mikomi se sentit le devoir de remotiver les troupes. Il recommença à s'activer, distribuant les tâches, les ordres, les invectivassions…
« … Et surtout, je ne veux voir personne se décourager, dit-il. Nous sommes un équipage de valeur, dont nul péril ne saurait assombrir le… »
Il s'interrompit soudain, son visage devenant livide.
« Ce n'est rien… Murmura-t-il d'une voix à peine audible, posant une main sur sa hanche.
- Mikomi ? »
Il s'écroula sur lui-même, tombant au sol, les yeux clos.
« Capitaine ?! » s'exclama l'archer Domeki.
Je me jetais près du corps, cherchant son pouls.
« Où est le sorcier ?! demandais-je, tentant de dominer mes sentiments pour garder les bons gestes.
- Il s'occupe des blessés à l'infirmerie, répondit Yayoi en s'activant aussi. Yuko ! Cours prévenir grand-père !
- Oui ! » répondit la petite fille en s'enfuyant à toute vitesse.
Tout le monde avait les yeux rivés sur Mikomi, inanimé.
« … Shaolan… Mon Dieu… C'est pas le moment… » murmura le Prince Kentaro, choqué…
Puis il s'écria, mi furieux, mi blessé, ses nerfs lâchant :
« … Shaolan !!!! Je t'interdis de mourir maintenant !... Tu dois te battre ! … Sakura te l'as demandé… C'est la dernière chose qu'elle t'a demandé… Tu dois garder l'espoir… MIKOMI !!!! »
Le Prince fondit en sanglots. Takeshi l'attira en arrière, vers la protection de ses bras :
« … Viens, dit-il en osant le tutoyer. Tu dois les laisser s'occuper de lui. Elles vont le ramener, d'accord ? … Viens…
- Mais… pleura Kentaro dans les bras du lieutenant.
- Je sais ce que tu ressens… Je le sais… » lui dit-il doucement en l'embrassant, la voix nouée.
Yayoi et moi étions toujours en train de tenter de ranimer Mikomi, qui respirait très mal…
« Je t'en supplies, pas ça… Murmurais-je tout bas. Pas ça… »
Je me penchais sur son visage, percevant une respiration de plus en plus faible.
« Respires, idiot, respires ! » priais-je. Sa vie était en train de s'éloigner, de s'éteindre…
Je m'activais. Je m'acharnerais des heures, avec le fol espoir que l'étincelle de vie jaillisse, palpite au bout de mes doigts…
« Ne me fais pas cette mauvaise blague… Murmurais-je, pleurant et agissant tout à la fois. Mikomi… Tu es un corsaire… Mon corsaire… Je t'interdis de perdre cette bataille !!!! »
L'instinct me poussa à porter la main à sa hanche meurtrie, cette vieille blessure qu'il m'avait obstinément cachée… Une estafilade atroce qui lui courait tout le long de la hanche droite, en travers. Cette plaie ancienne, mal cicatrisée, s'était rouverte, et saignait abondamment. Cela avait dû se produire lors du combat dans la salle de bal, à moins, frémis-je, lors de notre chute dans l'herbe….
« Il a perdu énormément de sang ! s'écria Yayoi, stupéfaite. Cela fait… Au moins une heure que la blessure s'est rouverte ! … Il a du souffrir atrocement !
- Pourquoi ne l'a-t-il pas dit de suite ?! m'écriais-je, en larmes. Je… Je ne me suis rendue compte de rien ! »
L'archer Domeki se pencha vers moi avec un mouchoir, essuyant mes larmes pendant que je m'activais sur le corps de Mikomi.
« Vous n'avez aucun reproche à vous faire, Mademoiselle Kanashimi. C'est moi qui lui aie appris à garder un visage parfaitement insondable en toutes circonstances…
- C'était une idée idiote !!!!
- Je confirme ! » affirma le sorcier Watanuki en arrivant enfin avec Yuko.
Il enveloppa aussitôt Mikomi d'un sortilège de guérison, et le corps du Capitaine se mit à léviter dans les airs….
« Je prend le relais avec Yayoi ! Yuko, emmènes Kanashimi se reposer !
- Oui, grand-père !
- Je ne veux pas ! m'écriais-je, en larmes. Personne ne me séparera de Mikomi ! »
Ma déclaration sembla jeter un froid dans la salle. Leur Sakura avait sûrement du dire ça aussi, dans le temps… Mais moi aussi j'avais le droit d'aimer Mikomi !!!!
Malgré tous ses efforts, le sorcier ne parvint pas à se débarrasser de moi, et dû se résigner à ce que j'enfile une blouse et le suive en salle de chirurgie…
Cette blessure n'en finissait pas de saigner…
Je crois que le temps s'est arrêté… Je ne sais plus combien d'heures nous avons passé sur le billard…
A moment donné, mes mains tremblaient tellement et mes yeux étaient si embués de larmes que j'étais presque dans un état second…
« Kanashimi… ça va aller, maintenant, il va s'en sortir… Mais il ne se réveillera pas avant plusieurs heures… Je vous en pries, allez vous reposer, vous êtes à cran… »
Je suis sortie de la salle en sanglots, tremblant dans ma fine robe de bal recouverte d'une blouse blanche largement tâchée par le sang de Mikomi. J'ai marché d'un pas mal assuré sur le pont de la caravelle, dans l'air glacial de la nuit. Pas une seule personne de l'équipage à l'horizon. Seule. Toute seule…
« Mikomi, pleurais-je… Mikomi, Mikomi… »
Je frémissais de froid et de douleur.
« … Ne meurs pas, toi aussi… Je t'aime, Mikomi… »
Pile à l'instant où je venais de prononcer ces mots, une déchirure lumineuse se provoqua dans l'espace, suivie de tourbillons furieux. Je tressaillis d'effroi en comprenant qu'un transfert dimensionnel était en train de se produire.
« NON ! hurlais-je. Je ne veux pas partir ! Je veux rester dans ce monde ! Non, non !!!! JE VEUX RESTER AVEC MIKOMI !!!! »
Trop tard ! Je fus happée sans ménagements dans le tourbillon dimensionnel, et propulsée dans ses eaux à une vitesse inédite, glissant sans fin dans un tunnel d'une lumière intense et féerique…
L'instant d'après, je me retrouvais au milieu d'un magnifique jardin, mais qui m'étais totalement inconnu, non loin d'une superbe boutique japonaise tut en bois, qui m'étais elle aussi étrangère.
« Qu'est-ce que je fais ici ?... Qu'est-ce que je fais ici ? » demandais-je d'une toute petite voix. Puis, m'affolant :
« Il faut que je reparte… Tout de suite !... Sinon il va mourir ! … Mikomi… Mikomi !!!! » hurlais-je comme une folle, tentant de déclencher à nouveau le transfert dimensionnel…
« Sakura chan…
- Il a été blessé… Il saigne beaucoup !... Mikomi !!!!... Mikomi !!!!
- Sakura chan… Calmes toi… Regardes moi, je t'en prie… Sakura chan ! » me cria une voix familière pendant que deux mains diaphanes me maîtrisaient.
Je regardais enfin la femme qui se tenait devant moi. Ce teint de neige, ces yeux ardents, cette opulente chevelure d'ébène… Ma petite poupée de porcelaine chinoise… Devenue grande…
« Yu… Ko ?... C'est bien toi, ma Yuko ?... Pleurais-je. Mais tu es… Adulte !
- ça, ça reste à prouver… Aïeuh ! commenta la voix d'une autre personne que je ne remarquais pas de suite…
- Yuko ! Fais moi repartir ! Je dois retourner à Gloriana sinon Mikomi va mourir ! Sa blessure à sa hanche s'est rouverte au cours d'une bataille !
- Mikomi ne mourra pas, je t'en donne ma parole, car je sais votre avenir. Tu l'as très bien soigné, il va s'en remettre, et je te jure que tu seras de retour avant qu'il se réveille….
- C'est bien vrai ? » murmurais-je en essuyant mes larmes.
Je remarquais enfin le reste des personnes présentes. Il y avait cinq adolescents : un très beau jeune homme avec une magnifique chevelure blonde, un couple formé par une fille toute petite avec des lunettes et un garçon au look rebelle avec des pics sur la tête… Et plus étonnant encore, les versions adolescentes du sorcier Watanuki et de l'archer Domeki ! Il y avait aussi un sixième personnage, que je reconnu aussitôt, c'était le passeur qui avait fait de moi un zombie :
« Monsieur… Bekko ?
- Hé. Tu auras bientôt remboursé le prix de ta vie », sourit-il.
C'était donc ça. J'avais juste encore une petite formalité à accomplir avant de pouvoir rejoindre Mikomi… Rien de grave…
Juste aider à botter le cul d'un sorcier millénaire et du Roi des Shinigamis…
*
Quelque part dans un temple, aux confins de Gloriana, la panthère blanche se glissa le plus loin possible que lui permettaient ses chaînes. Elle regarda au loin le ciel, d'une nuit d'un noir aussi dense que celui qu'elle aimait tant, et poussa un cri déchirant, qui se répercuta partout sur les voûtes qui la cernaient…
Un cri qui signifiait…
« Je pense à toi !!!! »
*
Gloriana, le monde des amours impossibles…
