Chapitre 5
La salle dans laquelle ils se trouvaient était restreinte et semi éclairée. Il y avait juste une tablette autour de laquelle se trouvaient deux hommes de même apparence. La seule différence se trouvait au niveau du front, l'un y avait placé un bandeau et l'autre le gardait découvert. Ils avaient le visage sérieux et les sourcils froncés, leurs mains croisées sur le torse et leur posture droite montraient tout le sérieux de l'affaire.
Le chef de la Soke et celui de la Bunke étaient en réunion.
En fait, cela faisait quelques heures qu'ils étaient arrivés, les deux hommes s'étaient longuement entretenus sur divers sujets, du plus important au plus banal. Mais leurs propos revenaient régulièrement sur un sujet et, suite à de nombreux désaccords et questions sans réponses, la tension entre eux montait et devenait désagréable.
-Hiashi, s'exaspéra l'un pour la énième fois, ce projet n'est pas réalisable.
-Je peux savoir pourquoi ?
-Tu sais très bien quelles sont les lois de notre clan, les anciens ne seront pas d'accord, JE ne suis pas d'accord !
-Peu importe.
-Très bien, alors, fais-moi au moins part de tes motivations, pourquoi proposes-tu cette alternative ?
-Je ne propose pas et tu le sais très bien. Ma décision est prise.
-Mai...
-Hizashi !
Le dit Hizashi baissa légèrement la tête, il connaissait son frère, il savait parfaitement comment il était. Mais, sa fille était aussi sa nièce. Il avait son mot à dire. Il releva la tête et fixa son aîné, déterminé.
-Hinata... Hinata est trop jeune, ne la laisse pas grandir trop vite, tentait-il.
-Elle est l'héritière !
-Pourquoi l'académie ?
-Il faut qu'elle soit digne du clan et l'académie ninja est pour qu'elle puisse faire ses preuves, expliqua le chef.
-De quelles preuves parles-tu ? Elle est déjà très éveillée pour son âge, s'énervait-il.
Hiashi soupira puis se massa les tempes, son frère pouvait être si exaspérant.
-Ne serait-ce pas plutôt parce que Fugaku a décidé d'y inscrire son fils ?
-Il n'en est rien.
-Alors pourquoi le fais-tu ?
Hiashi n'avait jamais été doué pour s'expliquer, il prenait toujours de bonnes décision. Et puis, le chef du clan s'était lui et personne d'autre. Alors il faisait ce qu'il voulait de son héritière.
En réalité, Hinata irait à l'académie parce que sa femme avait insisté. Il l'écoutait toujours. Selon elle, Hinata ne sortait pas assez et avait besoin de faire connaissance avec les autres enfants. Il avait, bien entendu, fini par céder, car lorsque sa bien aimée voulait quelque chose, elle ne lâchait rien. Mais cela, bien évidemment, il ne pouvait l'avouer.
-Cela ne te concerne pas, tranchait-il, Kô.
Le prénommé Kô s'approcha de lui et s'inclina légèrement. C'était un jeune garçon d'environ treize ans, ses cheveux étaient bruns et un son visage finement dessiné. Il était considéré comme le garde du corps d'Hinata, malgré son jeune âge.
-Tu es en dernière année à l'académie n'est-ce pas ?
-Oui Hiashi-sama.
-Très bien, Hinata y entrera dans quelques jours aussi, elle n'aura plus besoin de ta protection.
Le jeune Kô, surpris par la décision de son supérieur hiérarchique, fronça les sourcils et lança un regard à Hizashi, qui se contenta d'hausser les épaules.
-Mais Hiashi-sama.
-Inutile de protester, ma décision est prise, il se tourna vers son cadet, et irrévocable. Bonsoir à tous !
Cela dit, Hiashi se redressa et s'en alla. Tout ce qu'il faisait était dans l'intérêt de son héritière et personne n'y changerait rien.
5
Hinata venait de se réveiller. Elle regarda autour d'elle et reconnue sa chambre. La lumière de la lune l'éclairait, installant ainsi une ambiance apaisante dans la pièce.
Lorsqu'elle se mit en position assise, les souvenirs d'il y a quelques heures jaillirent dans son esprit et elle frissonna. Elle ferma les yeux et ressentit sur sa peau la fluidité de l'eau alors qu'elle y entrait. Sa puissance. Douce et enragée. Ses douces caresses, enivrantes et mortelles. Elle hoqueta en se rendant compte qu'elle avait failli se noyer.
Heureusement qu'il avait été là.
Ce garçon jovial et gentil lui avait sauvé la vie. Et puis, comment avait-il su qu'elle était là ? La surveillait-il ? En temps normal, s'il avait été un ennemi, il y a belle lurette qu'elle ne serait plus de ce monde. Doucement, elle se redressa et fit coulisser la porte de sa chambre.
Le manoir était silencieux et le bruit de ses pas raisonnait dans le couloir éclairé par la lune. Il fallait qu'elle apprenne à marcher plus silencieusement. Une fois sur le perron face au petit lac, elle s'assit et observa la lune. La nuit était belle, aussi rassurante qu'effrayante. Mais, ce qu'elle appréciait le plus dans le côté obscure de la terre, était le silence, la beauté de la pénombre, le scintillement des lucioles. Mais par-dessus tout, elle était fascinée par la lune. Imposante et fière. Grâce à elle seule, le ciel était éclairé. Les étoiles n'étaient qu'ornement à sa beauté, leur éclat n'était qu'un pâle reflet devant son éclat…
Que se passerait-il s'il n'y avait plus de lune ?
Les nuits ne seraient que ténèbres et les étoiles n'y changeraient rien. La couleur laiteuse de l'étoile du soir lui rappelait ses yeux, ceux de sa mère. Tellement d'innocence, tellement de gentillesse. La lune était observatrice, silencieuse, rassurante. Combien de fois, en regardant l'étoile du soir, sa tristesse, son chagrin et sa douleur s'étaient estompées ? Elle se sentait elle-même durant cette période.
Un soupire d'aise franchit la barrière de ses lèvres et un sourire les étira.
-Tu devrais être couchée à cette heure, dit une voix derrière elle.
Hinata n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qui c'était, étant donné qu'elle l'avait senti arriver. Mais elle le fit quand même. La longue nuisette blanche que portait sa mère lui donnait l'apparence d'un ange sous le halo de lumière. Ses cheveux sombre étaient lâchés et descendaient en cascade jusqu'au creux de ses reins. Elle tenait entre ses mains un petit plateau repas que l'héritière supposa être pour elle.
-Je n'avais plus sommeil, dit-elle simplement.
Hanae la rejoignit et une douce brise souffla dans ses longs cheveux bleus, les faisant virevolter. Les nuits de printemps étaient ses préférées. Elles étaient tellement magnifiques. La lune était visible et rayonnait, ajoutez à cela une douce brise fraîche et le chant des grillons.
Hanae était une amoureuse de la nature.
La beauté des fleurs, le chant de la rivière, la danse des feuillages au gré du vent, la sonate des oiseaux. Le manteau fleuri que revêtaient les champs, l'amour d'une canne, la sagesse d'un aigle. Elle tirait des leçons d'eux, ils étaient sa force mais également sa faiblesse. La matriarche voulait transmettre cet amour à sa fille, elle espérait l'avoir mise sur la voie.
Elle mit le plateau entre elles puis regarda vers l'horizon.
-Tu as l'air d'aller... beaucoup mieux, déclarait-elle. Elle se tourna et tâta le front de sa fille. Ta fièvre a énormément baissé !
Hinata hocha la tête.
Hanae soupira.
Une autre chose qu'il fallait changer chez sa fille, ses tendances silencieuses. Pour la matriarche, il n'y avait pas mieux, dans la vie d'un enfant, que ses amies, aussi peu soient-ils. Or, pour s'en faire, il fallait aller vers les autres et être quand même bavard n'est-ce pas ? Hélas ! C'était tout le contraire de sa très chère Hime. Elle avait peut-être prit plusieurs de ses qualités, mais elle avait pris le côté taciturne de son père, sa timidité.
-Est ce que tu vas bien Hime ? S'enquit-elle pour la seconde fois.
Elle n'avait pas encore eu l'occasion de discuter avec elle des derniers évènements, sa fille avait sûrement dû voir des choses atroces.
-Oui mère, je n'ai plus de fièvre... ne t'inquiètes pas.
Hanae tourna la tête et observa longuement sa fille.
-Je ne parle pas d'ici, dit-elle en désignant son front, je te parle de là, elle désigna sa poitrine.
Hinata fronça les sourcils, ne comprenant pas où elle voulait en venir, et l'interrogea du regard.
-Oublis ça veux-tu ? J'ai souvent tendance à dire n'importe quoi, riait-elle. Puis elle se leva et se dirigea vers le petit lac devant elles. Viens par ici Hinata, l'intimait-elle.
Celle-ci étira ses lèvres en un mince sourire et suivit sa mère.
-Je vais te montrer quelque chose.
Joignant l'acte à la parole, Hanae ferma les yeux et fit des signes avec ses doigts. De petites bulles d'eau quittèrent le lac et elle fit des mouvements avec ses mains pour les contrôler. Hinata regardait sa mère, émerveillée. Les bulles d'eaux dansaient autour d'elle et scintillaient à la lumière de la lune. Puis elle les dirigea au-dessus d'elle et cessa tout mouvement. Les gouttelettes retombèrent sur elles, telle une douce rosée.
-Alors qu'est-ce que tu en penses ? Sourit-elle.
-Qu'est-ce que c'était, demanda Hinata complètement perdue.
-C'est la technique de la détection par la pluie, on l'utilise souvent au combat pour débusquer les ennemis, expliquait-elle.
Les yeux de Hinata ricochaient entre sa mère et le lac, ne comprenant toujours pas ce qui venait de se produire. Hanae prit la main de sa fille et se rapprocha de l'étendu d'eau.
-C'est différent du Hakke, constata enfin Hinata. Et puis, je ne vois pas trop à quoi ça sert vu que nous avons le Byakugan.
Hanae rit nerveusement puis ébouriffa les cheveux de sa fille, les humidifiant par la même occasion.
-Tu sais, je me disais aussi la même chose lorsque je l'ai apprise, avouait-elle.
-Mais alors, pourquoi tu l'utilises ?
-Parce que Hime, il y a certains moments où l'on ne peut pas utiliser ses yeux.
-On ne peut pas utiliser nos yeux, reprit-elle. Mais, père dit qu'ils sont la force des Hyuga.
-Ouiiii il a raison, elle joignit ses mains derrière son dos et regarda la lune. Un Hyuga n'en est pas vraiment un sans ses yeux.
Hinata hocha la tête, complètement d'accord avec elle.
-Et si...
-Et si ?
- Imagine que t'es en plein combat, et que ton adversaire utilise des techniques d'illusion, tellement exceptionnelles, qu'elles trompent le byakugan.
-Mais père dit que le byakugan aussi est exceptionnelle.
Hanae soupira légèrement, son époux avait vraiment fait du bon travail. Le byakugan avait des faiblesses, sa fille ne devait pas avoir une confiance absolue en lui.
-Mais j'ai dit "tellement", boudait-elle.
-Je vois.
-Alors, que ferrais-tu ?
-Utiliser ta technique ?
-Exactement !
-Je suppose que je ne dois pas en parler à père.
-Tu supposes bien, riait la matriarche.
Hinata sourit puis s'allongea sur l'herbe encore fraîche, fixant la lune.
-Je vois, acquiesçait-elle.
-Et puis, j'ai cru discerner que tu appréciais énormément l'eau pas vrai ?
-Oui.
-C'est pour ça que tu es rentrée toute trempée n'est-ce pas ?
Elle hocha la tête et baissa les yeux. Que pouvait-elle dire que sa mère ne sache déjà ? Ses yeux blancs, aux reflets violacés, la scrutaient silencieusement.
Hanae sourit tendrement devant la mine coupable de la princesse.
-Je comprends, après avoir pris une bonne bouffée d'air elle reprit. Hum, écoute, je te propose quelque chose, Hinata leva vivement la tête, prête à accepter toutes les punitions possibles. Demain, dès l'aube, nous ferons une petite sortie ensemble. J'ai quelque chose à te montrer.
La matriarche s'allongea à son tour sur l'herbe et regarda la lune.
-Elle est belle, pas vrai ?
-Mh.
5
Hizashi Huyga était, dit-on, le pont qui reliait la branche principale et celle secondaire du clan Hyuga. Son frère avait énormément d'affection pour lui, raison pour laquelle il était inclus dans chaque décision concernant le clan Hyuga, dans son ensemble.
Cependant, depuis peu, il avait l'impression d'avoir perdu ce droit, que son frère n'avait plus besoin de son avis. Bien qu'ils soient frère, et par-dessus tout jumeau, Hiashi et Hizashi étaient différents, sur plusieurs aspects. Hizashi prônait la diversité alors que son frère était plus conventionnel. S'il s'opposait à son frère, concernant le fait que la petite Hinata entre à l'académie, ce n'était pas parce que son frère ne lui en avait pas parlé, mais plutôt parce qu'il la trouvait trop jeune.
Les yeux clos. Bien installé dans son fauteuil, Hizashi méditait, avant que les cris de solitude de son fils unique ne se fassent entendre. Neji était le souvenir de sa défunte femme, bien qu'il lui ressemblait à lui, trait pour trait. Elle avait été arrachée à lui assez prématurément, il n'avait même pas pu lui dire au revoir. Il prit le petit garçon dans ses bras et le berça doucement.
Neji sourit une fois dans les bras de son géniteur.
Hizashi pinça sa joue et le Hyuga couina, arrachant, par la même occasion, à son père un sourire.
-Je n'ai qu'un seul souhait pour toi Neji, mais je pense que je te le dirai plus tard n'est-ce pas ?
Il prit un siège et continua de parler avec son fils, bien que celui-ci ne réponde que par des couinements ou des sourires enfantins. Bientôt, Neji aussi serait grand frère vu que la matriarche Hyuga attendait encore un enfant.
La famille s'agrandissait de plus en plus.
-Tu seras certainement très protecteur hein, comme ton père. Tu as déjà une très belle cousine.
L'enfant couina de nouveau et leva ses petites mains vers son père. Hizashi aimait énormément son fils, c'était son unique fils, il voulait déjà lui enseigner plusieurs choses. Mais hélas, il n'était qu'un gamin de presque un an. En regardant son fils, le visage de sa nièce jailli dans son esprit. Il fut un temps où il y avait la même innocence dans ses yeux.
Bien que la jeune héritière soit sa nièce, il ne passait pas souvent de temps en sa compagnie. Évidemment, le protocole y jouait. Il était de la branche secondaire. Et donc, n'avait pas les mêmes droits que son frère. Le clan Hyuga était un clan divisé en plein de règles qui n'avaient aucun sens. Il craignait qu'elles aient des répercutions sur son fils. Il fallait qu'il fasse quelque chose avant que son fils ne soit, lui aussi, en cage. Privé de toute liberté.
-Je te protégerai, quoi qu'il en coûte Neji !
5
-Itachiiii, va voir Sasuke s'il te plaît, fit la douce voix de sa mère, alors qu'il rangeait sa chambre.
Il se redressa et sortit rapidement de celle-ci. Il pouvait entendre les cris de détresse de son jeune frère. Il était seul dans son petit berceau, gigotant dans tous les sens. Un micro sourire sur les lèvres, l'aîné des Uchiwa le prit dans ses bras et le mit face à lui.
Immédiatement le cadet se calma et sourit à son grand frère.
-Dis à ton grand frère ce qui ne va pas, dit-il en allant dans la salle à manger.
Mikoto observa ses fils du coin de l'œil et sourit. Elle aimait la relation qui se construisait entre eux.
-Eh bien ! Eh bien, Itachi, tu as à peine mit cinq secondes. Quelle rapidité ! Elle sourit puis reprit. Ton petit frère te manquait tant que ça ?
Itachi hocha la tête. Pendant toute la matinée, il avait été trop occupé pour passer du temps avec lui et lorsqu'il était rentré, Sasuke dormait paisiblement.
Mikoto retourna à ses casseroles et Itachi s'amusa avec son frère.
-Sasuke, j'espère que tu as passé une bonne journée ici. Moi j'ai travaillé toute la journée avec papa, il soupira de fatigue.
Sasuke pinça son nez et rigola en faisant des bruits avec sa bouche.
-Toi aussi plus tard, quand tu auras mon âge, tu passeras beaucoup de temps avec lui, rajoutait-il en l'installant sur son siège.
Mikoto regarda son fils et soupira.
Il se reprochait d'ignorer son frère. Bien qu'Itachi ne parle pas beaucoup, c'était son fils et elle le connaissait. Si ça continuait ainsi, il s'en voudrait encore plus, vu que dans peu de temps il entrerait à l'académie et passerait encore moins de temps avec lui.
Itachi et Fugaku étaient des solitaires, ils parlaient plus avec des actes que des mots. De son instinct maternel, elle savait que Sasuke ne serait pas de la même trempe. Ça l'inquiétait. Ça l'inquiétait énormément. Rien qu'à voir son sourire et ses magnifiques yeux plein de vie, ses joues roses et son visage enjôleur. Il était et serait comme elle. Il fallait, dès à présent, qu'elle prenne des dispositions pour qu'il ne soit pas mis à l'écart.
Elle éteignit le feu sous la dernière casserole.
-Itachi s'il te plaît, pourrais-tu mettre les couverts ? L'aîné hocha la tête et fit un signe à son cadet.
-Eh bien Sasuke tu patientes quelques minutes, je reviens.
Le petit garçon rit de bon cœur et gigota, ce qu'Itachi prit pour un oui. Il prit les couverts dans la cuisine et les installa convenablement, sous le regard curieux de Sasuke qui avait cessé tout mouvement.
-Oh ! Ça t'intéresse, remarqua curieusement l'aîné. Désolé Sasuke mais tu ne peux pas le faire maintenant.
Il finit de ranger et se rapprocha de son frère puis posa deux doigts sur son front et sourit.
-Tu es trop petit, plus tard peut-être.
Le petit garçon fronça les sourcils, puis sourit, réchauffant le cœur de son aîné et attendrissant sa mère. Elle comptait sur Itachi pour prendre soin de lui, le reste, elle s'en chargerait. C'était une promesse faite à elle-même.
-C'est moi, fit la voix ténor de son géniteur.
Comme chaque soir, il était rentré tard. Son travail lui prenait énormément de temps. Mikoto se précipita vers son époux et le débarrassa de ses affaires. Itachi prit son frère dans ses bras et les rejoignit. Sa mère rougissait et souriait, il aurait presque affirmé qu'elle était comme ces jeunes filles du village qui couinait à son passage.
Est-ce une réaction normale chez toutes les filles ?
C'était très étrange.
Sa mère souriait en écoutant attentivement ce que disait son géniteur. Et lui dans un coin, il observait. Cette étincelle qu'il apercevait dans leurs yeux, c'était étrange comme sensation.
-Itachi, maintenant que ton père est là, nous pouvons aller dîner, déclara joyeusement la matriarche Uchiwa.
5
Elle n'avait jamais eu le sommeil lourd. C'était pour cette raison qu'elle s'était levée dès que sa mère avait fait coulisser la porte de sa chambre.
Lorsqu'elles mirent pieds à l'extérieur, la fraîcheur du matin la fit frissonner. C'était l'aube, le ciel s'éclairait petit à petit, chassant les ténèbres et réveillant les animaux. Les nuages avaient de drôle de forme. En les voyants, elle eut d'abord l'impression que quelqu'un s'était amusé à marcher dessus. Puis, à certains endroits, c'était comme si des enfants y avait fait de la luge. Elle sourit en voyant des nuages qui avaient la forme de bonhomme de neige.
Tout d'un coup, le ciel fut caché par les feuillages, elle détourna son regard et regarda autour d'elle. C'est à cet instant qu'elle remarqua qu'elles étaient dans la forêt. A vrai dire, elle ne comprenait pas pourquoi elle allait en forêt de si bon matin. Sa mère lorsqu'elle avait une idée derrière la tête, elle n'y renonçait jamais.
Elle se tapa le front et secoua la tête.
Ça faisait déjà plusieurs minutes qu'elles marchaient, et Hinata n'avait aucune idée de l'endroit où elles allaient. Mais, ce qui était sûr, c'était bien que cet endroit était loin, même très loin.
Hanae marchait sans se retourner, elle n'avait jeté aucun regard à sa fille depuis qu'elles avaient mis un pied hors du manoir. Seul le bruit de ses petits pas lui confirmait qu'elle la suivait. Il fallait qu'elle arrive à l'endroit prévu avant que le soleil ne pointe son nez, ce qui ne tarderait pas à arriver, vu la vitesse à laquelle le ciel s'éclaircissait.
Il fallait accélérer le pas.
Si Hiashi se rendait compte de son absence, ce serait chaud pour elle. Déjà que passer sans être vu avait été difficile ! Sa grossesse la limitait un peu, elle était parfois obligée de souffler avant de reprendre la route. Il fallait qu'Hinata rencontre quelqu'un avant son entrée à l'académie.
En parlant d'entrée à l'académie, elle ne comprenait pas pourquoi cette année-là, il la faisait plus tôt. Elle avait toujours eu lieu en avril. Enfin, ce n'était pas bien grave. Hanae avançait tranquillement, ne se rendant pas compte du calvaire que vivait sa fille derrière elle.
Dès ses quatre ans, Hinata avait assisté à la troisième grande guerre ninja, elle avait vu plusieurs personnes décédées, ainsi que plusieurs autres choses atroces. Rien ne lui faisait peur, rien ne devait lui faire peur. En fait, rien ne lui faisait peur à part les bestioles rampantes. Elle ne supportait pas leur présence, et ce depuis qu'elle avait eu la malencontreuse visite d'un mille-pattes dans son Kimono alors qu'elle n'avait que trois ans. Maintenant, elle était sur leur territoire et un long frisson la traversa lorsqu'elle sentit une feuille se poser sur elle.
Les rayons du soleil s'infiltraient déjà à travers le feuillage épais de la forêt, n'offrant qu'une lumière blafarde dans cet océan de verdure où tout ce qui rampe, pique et mord se cachaient.
Intérieurement, Hinata tremblait de peur et d'inquiétude. Elle s'efforça de ne pas crier, de peur d'alarmer sa mère et ainsi perturber son moment de méditation.
Enfin ça c'était ce qu'elle pensait.
Elle avançait malgré tout, oubliant sa peur des bestioles rampantes. Elle observait la forêt à moitié éveillée. Elle se trouvait ridiculement minuscule devant ce massif forestier. L'odeur du bois chatouillait ses narines, le chant des oiseaux berçait ses oreilles et le bruit des premiers animaux réveillés lui arracha un sourire.
Par-là, un écureuil jonglait entre les arbres avant de s'arrêter devant un trou, en sortir un gland et mordre dedans. Par ici, un oiseau donnait à manger à ses petits. De l'autre côté, des papillons s'amusaient gaiement et un renard faisait sa toilette. Elle balada ses yeux et fut émerveillée. Le feuillage était d'un vert éclatant et l'air si pur, qu'elle inspira profondément, ravie d'être là. Tant de verdure la ravissait énormément.
« Persévérance et discrétion sont indispensables », lui avait dit sa mère, alors qu'elle sortait de la maison. C'était indispensable pour ne pas déranger les habitants de la forêt mais aussi, pour pouvoir arriver à destination... Et pour ne pas se faire remarquer par les gardes.
Courage.
Le courage était une qualité essentielle pour être digne de son clan, lui rappelait sans cesse son père.
Qu'est-ce que le courage ?
Pourquoi se poser la question lorsqu'elle connaissait déjà la réponse ? Le courage c'était la force morale. La vaillance. Il permettait d'entreprendre des choses difficiles en surmontant la peur, et en affrontant le danger, la souffrance, la fatigue. Pouvait-elle dire qu'elle était courageuse ? Force était de le prouver.
Courage et patience.
Elle aimait associer ces deux qualités. Elles se rapportaient à ses parents. Devant elle, sa mère marchait, déterminée, oubliant la fatigue due à sa grossesse, convaincue que lui montrer cet endroit serait bénéfique pour elle. Elle trouvait sa mère si courageuse, elle avait affronté tant de chose, défiée tellement d'ancien, juste pour elle. Il n'y avait pas plus bel exemple. Son père, lui, était patient... à sa manière. Peut-être un peu trop exigeant mais patient quand même.
Que ferait-elle sans eux ?
« Forte comme papa. Gentille comme maman », avaient été ses résolutions. Son chemin, sa voie à suivre. L'enfant au fond d'elle ne demandait que ça.
Accomplir ce rêve.
Lorsqu'elle l'avait dit à son oncle, il avait souri, il était content. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais ça lui avait fait plaisir. Pourtant, quotidiennement, elle avait remarqué que ça ne marcherait pas. Il lui avait suffi d'observer son père et sa mère.
Deux personnes complètement différentes.
Son père était fort, même très fort. Il n'y avait pas de place pour la gentillesse en lui. Et il ne le cachait pas. Chez lui, pas de compromis, c'était oui ou non. Rien de plus, rien de moins.
Impitoyable et ferme.
C'était ça être fort, c'était ça être chef d'un clan.
Sa mère, quant à elle, était, elle le pensait, trop gentille. Hiashi le répétait d'ailleurs assez souvent.
Gentille et douce.
Elle en était l'incarnation même, la personnification de ces qualités. C'était l'épouse parfaite, la mère parfaite. Et la digne femme du chef de clan. Pouvait-elle être les deux ? Deux personnalités sacrément différentes mais qui pourtant s'associaient parfaitement. Elle en doutait. Mais pas question d'abandonner, elle ferait tout pour suivre cette voie.
Les Hyuga n'abandonnent jamais ! Disait le livre des prescriptions que son père exigeait qu'elle connaisse. Et ce n'était qu'un extrait parmi tant d'autres. Elle savait, ça n'allait pas être facile d'être forte et gentille, mais elle le ferait quand même, quoi qu'il arrive. Elle saura être impitoyable si besoin est, tout en gardant sa gentillesse.
Je le serai.
C'était une promesse.
Déclaration sourde, faite à elle-même. Elle le serait pour sa mère, son père, son cadet, son oncle, le bébé à venir, et pour le clan. Pour elle, il n'était que secondaire dans sa vie. Ce clan n'avait pas encore sa place. Si elle faisait des efforts, c'était uniquement pour ses parents.
Rien que pour eux.
Savait-elle seulement ce que c'était ? Oui elle le savait. C'était une des premières notions que lui avait enseigné son père. Mais pour l'instant, ce n'était pas important pour elle.
Ne remarquant pas que sa mère ne marchait plus, Hinata lui rentra dedans juste avant d'entendre :
-C'est ici !
Hinata reconnaissait cet endroit, elle le connaissait que trop bien. Le soleil était maintenant haut dans le ciel et répandait ses rayons sur elles. L'héritière regarda de gauche à droite et remarqua que le feuillage avait bien changé. Peut-être à cause du printemps. Les papillons volaient tranquillement au-dessus d'elles, suivant la direction du vent.
-Que faisons-nous ici ? Demandait-elle en fixant étrangement l'immense arbre devant elle.
Hanae se tourna vers sa fille, souriante, le regard plein de malice. Elle fit un jeu de sourcil et prit la main d'Hinata, la tirant légèrement.
-Là, restes ici veux-tu ? Après l'avoir mise à bonne distance d'elle, Hanae s'éloigna et fit des signes avec ses mains. Hinata fronça les sourcils ne comprenant rien de ce que faisait sa génitrice. Invocation, dit-elle en posant une main sur le sol.
Aussitôt, un immense nuage de fumée engloutit sa mère, puis disparut, laissant apparaître un grand animal. Il avait le pelage aussi blanc que la neige avec quelques taches noir. Ses yeux, couleur noisette, les regardait de haut, sûrement dû à sa taille. Malgré le nombre de mois passés depuis leur première fois, elle n'avait aucun mal à reconnaître cette louve. Hinata avait juste envie de s'approcher et de caresser son pelage, qu'elle imaginait très doux. La grande louve fléchit ses pattes et sourit à Hanae.
-Hanae, quelle surprise ! Ça fait un sacré moment depuis que je t'ai vu.
La matriarche Hyuga sourit et offrit un câlin à son compagnon, caressant par la même occasion son pelage.
-Je suis contente de te voir Okami !
Hinata restait dans son coin, n'osant rien dire. Sa mère avait l'air de bien s'entendre avec cette louve. Et puis…
Comment est-elle arrivée ?
Lorsqu'elles étaient arrivées, elles n'avaient trouvé personne. C'était étrange. Hinata n'avait été habituée qu'aux techniques de son clan, elle n'avait presqu'aucune connaissance de l'extérieur. Ce que sa mère lui montrait était nouveau et…
Fascinant.
Aussi vrai que toutes ces nouvelles choses la déroutaient, cela la fascinait tout autant. Ses yeux lilas ne cessaient de briller en se rappelant la technique qu'avait employée sa mère. Il fallait qu'elle l'apprenne. Se rappelant enfin qu'elle était venu accompagnée, Hanae se retourna et fit signe à sa fille, lui intimant de la rejoindre.
-Voyons Hinata ne restes pas dans ton coin, elle sourit, viens nous rejoindre !
Timidement, l'héritière s'approcha d'elles.
-Ohayo Okami-san !
Celle-ci approcha son museau d'elle et la renifla.
-Donc c'est toi petite humaine, la fille de la forêt ? Je me disais bien que tu me rappelais quelqu'un, mais j'étais loin d'imaginer que tu étais la fille d'Hanae.
-Et moi que vous connaissiez mère, répliquait-elle, provoquant ainsi un moment de stupeur chez les deux autres.
-Hanae, ta fille me plaît.
La matriarche Hyuga sourit puis ébouriffa les cheveux de sa fille.
-Je ne savais pas que vous vous connaissiez.
-C'est quand même une longue histoire, reprit la louve. Mais, dis-moi d'abord pourquoi nous sommes ici.
-Ah c'est vrai, elle soupira et resta silencieuse avant de reprendre. En fait Okami, je voulais que tu apprennes un certains nombres de techniques à Hinata, dit-elle sérieusement. Mon répertoire n'étant pas vraiment élargit et vu que son père ne prône pas la diversité, elle roula des yeux en secouant la tête puis sourit, j'ai besoin de toi pour ça !
Okami regarda tour à tour Hinata et sa mère puis ferma les yeux. Devait-elle vraiment le faire ? Hanae était l'humaine avec laquelle elle avait signé un contrat. Non. C'était son amie, à force d'avoir combattu de nombreuse fois avec elle, l'avoir vu grandir, se marier.
Elle était devenue sa deuxième famille.
Hanae avait toujours été quelqu'un de très réfléchit et ce depuis son enfance. Elle avait confiance en elle. Mais sa fille, de ce qu'elle avait pu voir, ce n'était…
-Bon je veux bien, acquiesçait-elle, après tout un peu d'action, ça ne me fera pas de mal.
5
C'était le grand jour... Enfin, pas pour tout le monde. Le soleil était haut dans le ciel, qui lui, était d'un bleu éclatant. Il faisait beau. Sa main dans celle de sa mère, elle avançait, confiante, vers l'académie. Ils étaient tous venus l'accompagner, y compris son père qui, pourtant, était très occupé. Il était d'ailleurs en pleine conversation avec son frère, devant elles. A cause de son jeune âge, le petit Neji n'avait pu les accompagner.
Elle avait toujours eu l'habitude d'apprendre à la maison, alors l'idée d'être proche des autres enfants ne la motivait pas. De plus, les souvenirs qu'elle avait d'eux n'étaient pas fameux.
Ils se rapprochaient de l'établissement, vu le brouhaha qu'elle entendait. Lorsqu'ils franchirent le portail, elle aperçut quelque visage familier, notamment celui de la fille de la grotte- Izumi - et du chef du clan Uchiwa. Automatiquement, elle chercha Itachi mais ne le vit pas, et l'idée d'activer son hérédité ne l'enchantait pas, alors elle ne le fit pas.
Il y avait beaucoup de monde. Elle dirait même trop et, n'étant pas habituée à autant de personne, elle ne savait pas comment réagir. Alors elle fit ce qu'elle faisait à chaque fois, revêtir son masque d'impassibilité.
L'attention fut demandée aux parents, le Hokage devait souhaiter la bienvenue aux enfants. Sous direction, ils furent rassemblés devant l'estrade. Le calme se fit lorsque le chef du village prit la parole.
-Félicitations à tous pour avoir été acceptés à l'académie ninja. À partir d'aujourd'hui, faites de votre mieux pour réussir votre objectif de devenir shinobi…
