MAIEV BLUES:
Le soir étant tombé depuis maintenant une heure, Ozzy avait entamé l'instant de la journée qu'il aimait le plus : lorsque les volets de fer s'étaient rabattus sur les fenêtres et que la douce lumière cyan s'était répandue dans toute la salle. Les néons travaillaient, bourdonnaient, traversaient les lieux de lignes roses, rouges ou vertes. Une véritable peinture de couleurs électriques, un tableau de maître, Ozzy se sentait chez lui à ce moment de la journée où sa sensibilité artistique trouvait sa nourriture favorite. D'une certaine manière le néon était pour lui comme une de ces drogues que l'on inhalait: un gaz dans un tube qui lui donnait l'envie de rêver. La musique crachée par les haut-parleurs commença doucement sa litanie. Il était temps de servir les boissons, des cocktails de sa composition qui présentaient la délicate particularité de briller dans le noir total. Un petit caprice qu'il s'était payé en accrochant quelques lumières noires au plafond afin de fêter l'arrivée des nouveaux étudiants et le premier jour d'ouverture de son échoppe chérie. Une Elfe de la nuit s'approcha de lui. Ozzy, troll de son état, ramena ses cheveux vers l'arrière, un geste de nervosité qu'il avait du mal à réprimer surtout en la présence de cette fille. Déjà lorsqu'elle planta sur lui deux billes d'argent aux allures de poignard acéré, il sut qu'il ne pourrait rien faire d'autre qu'être docile et ne pas jouer les plaisantins.
« Whisky, commanda l'Elfe en s'accoudant.
-Tout de suite Maiev, répondit le troll en se remuant avec nervosité.
Elle avait une voix qui pouvait successivement refroidir un haut fourneau en plein fusion d'acier et changer en torrent le plus haut des glaciers. De la lave en fusion sur une plaque de métal froid, un lingot de fer dans un sac de velours.
-La forme? » Demanda Ozzy.
L'Elfe ne répondit que par un grognement affirmatif. Maiev était une asociale, détachée de toute forme de relation possible et assujettie à deux choses. La première était son statut, celui de Gardien.
Maiev reçut l'entraînement des Gardiens dès sa jeunesse et jusqu'à ce que son âge elfique atteignit à peu près celui d'un jeune adulte humain de 22 ans. Soit 146 années elfiques. Ozzy la connaissait tout d'abord pour l'avoir rencontrée lors d'une journée portes ouvertes il y a de cela trois mois. Les Elfes de la nuit avaient envoyé une délégation accompagnée de candidats potentiels dont Maiev, une jeune femme au teint de lavande et aux longs cheveux couleur bleuet recouvrant un visage de fraîche jeune femme. Sa beauté était fulgurante mais c'était une beauté froide. Elle ne portait que la tunique des novices à cette époque: une simple armure d'un noir d'ébène qui épousait chacune des courbes de son corps. La nature ayant doté Maiev d'attributs plus que généreux, la silhouette qui en résulta fut d'une beauté dévastatrice. Restait que son caractère n'était pas propice à déclencher les grandes chaleurs en apparence. Personne ne se souvenait jamais de l'avoir vu sourire si l'on mettait de côté les rictus cruels qu'elle se permettait lorsqu'une mission particulièrement périlleuse lui était confiée. Jusqu'à présent il avait été surtout question de surveiller quelques petits délinquants ou des éclaireurs sans grand intérêt lors de banales missions d'espionnage. Maiev attendait depuis toujours le jour où on lui confierait la tâche de traquer, capturer et ramener en cage une proie plus saignante. Jusqu'au jour où on avait décidé de l'envoyer dans cette université, parfaire ses études en matière de chasse et de l'orienter vers le cursus des Forces Spéciales. Il avait été question aussi de traquer une personne précise dont on ne savait rien si ce n'était qu'elle possédait un potentiel de magie dont la puissance relevait de l'anormal. Si la perspective de traquer une telle proie enchanta Maiev au plus haut point, l'idée de le faire dans une méga-université bondée jusqu'au toit d'étudiants de toutes les races lui faisait horreur. La promiscuité avec les autres races était quelque chose qu'elle s'interdisait et elle avait tout naturellement pris une chambre isolée, la plus éloignée possible des chambres occupées. Là elle restait cloîtrée, refusant de se mêler aux autres. Pour signifier cet état de fait, elle enregistra immédiatement sur son interphone un message d'absence qui empêcherait tout retour vocal intempestif :
« Bonjour. Maiev. Pas là. Laissez message. Dégagez. R'voir ».
Pour Maiev il s'agissait de se faire connaître pour mieux se faire oublier. Ce qui lui convenait parfaitement. Elle devait rester invisible. Son nom était une arme. Les femmes elfes nommées Maiev étaient nombreuses.
Elle avala son verre d'un trait. Elle était toujours d'humeur aussi désagréable mais ses yeux trahissaient aussi une énorme fatigue et une certaine impatience.
«Fatiguée? Demanda logiquement Ozzy.
-Crevée, répondit Maiev qui posa bruyamment son verre sur la table. Trop de gens dans un si petit espace. Trop de choses qui se bousculent dans l'air. Mauvais. Besoin d'être dans mon environnement à moi.
-'Devriez dormir...Suggéra Ozzy.
- 'Devriez arrêter d'essuyer cette chopine quand je suis là, répondit-elle. Je vais pas vous bouffer ».
Le troll baissa les yeux mais continua à essuyer sa chope. Elle était sèche depuis plusieurs minutes mais il lui semblait qu'en s'occupant ainsi les mains il pouvait catalyser la peur que Maiev lui inspirait.
« Resservez-moi donc un verre, commanda-t-elle.
-Je savais pas que les Elfes buvaient du Whisky, commenta Ozzy en remplissant le verre tendu.
-Faut
bien pratiquer l'échange des cultures, répondit Maiev sans
conviction. A la vôtre... »
Elle but à nouveau d'un trait.
Ozzy aurait pu lui servir cent fois le même verre, l'Elfe ne
réagirait pas à l'alcool. Si le trouble était présent, le
métabolisme des Elfes éliminait le surplus avec une rapidité
décuplée, ne laissant s'installer qu'une simple sensation de
décontraction et de relâchement corporel. Les Elfes jamais ne
sombraient dans l'ivresse, fussent-ils noyés dans un tonneau
d'alcool fort. Ce qui justifiait que Maiev puisse accéder à ce
genre de boisson malgré son jeune âge.
Maiev se retourna sur son tabouret coulissant et observa la cafétéria qui lentement se remplissait. Les coudes sur le comptoir, elle ne donnait en rien l'impression d'agir comme une Elfe pour qui ce geste aurait été traduit par un sérieux manque d'éducation. Elle observa les siens s'installer autour des tables et discourir avec d'autres créatures. Elle vit les Gorons et les Orcs plaisanter en chantant, les Zoras et les Elfes Noirs, les Hyliens avec les hauts Elfes, des Gerudos taper la discute avec des femmes troll. Elle vit aussi des couples. De là où elle était elle ne les entendait pas parler mais nul besoin de paroles quand les regards et les gestes traduisaient ce qui se passait. Deux mains qui se rencontrent, un regard, le délicat mouvement des lèvres, un sourire entendu, un regard brûlant de désir, des bouches qui se rencontrent. Tout ce à quoi elle était étrangère. Une trompette résonna. En fait un simple solo de jazz en provenance des enceintes qui installait une ambiance à la fois calme, reposée et sensuelle. Il y avait quelque chose dans la chanson qui réchauffait l'atmosphère de cet endroit rempli de coloris froids et artificiels. Elle se sentait comme un vieil inspecteur de police solitaire et alcoolique dans un vieux tripot de la ville basse d'une grande capitale, accoudée sur un comptoir, un verre de Whisky a portée. Un vrai panorama de Film Noir. Mais c'était une sensation qu'elle appréciait et qu'elle ne partageait qu'avec elle même. Elle tétait depuis toujours le sein de la solitude. Surtout quand la musique était là. La douce et suave musique qu'elle goutait par les oreilles comme un doux alcool qui refilait une seconde jeunesse à chacune de ses cellules. La musique était sa seconde passion. Le cavalier qui la menait sur les pistes de danse, le compagnon de ses nuits.
« Z'allez à la soirée étudiante? Demanda Ozzy.
-Bof, fit Maiev. Pas intéressée. Autre chose à faire.
Le troll tentait de percer la couche de glace de l'Elfe, essayant de trouver en elle un point d'achoppement depuis lequel il pourrait lancer son offensive diplomatique. Histoire de voir si sous toute cette neige il y avait malgré tout un petit coeur chaud qui battait et qui lui donnerait le feu vert pour détendre ses nerfs en sa présence. Bien qu'elle lui avait stipulé qu'elle ne lui voulait rien, Ozzy supposait qu'elle était du genre à monter sur ses grands chevaux quand l'irritation la gagnait. Et si les Elfes toléraient l'alcool à un niveau que les nains leur jalousaient, l'engourdissement spirituel qu'il provoquait était suffisant pour que leurs émotions soient plus réactives. Et l'arrogance de cette race d'Elfe était légendaire. Un point supplémentaire à prendre en compte quand il s'agissait de mesurer la capacité d'un Elfe de la nuit à copiner avec d'autres races. Maiev liquida sa chopine, paya son dû et se retira sans dire au revoir. Ozzy la regarda filer gracieusement entre les tables, personne pour la regarder. Elle ressemblait à un gracieux fantôme. Pour l'instant. Ozzy savait que dans les minutes qui suivraient une toute autre Maiev jaillirait du corps de cette dame de fer. Il était l'un des seuls à connaître la véritable identité de l'animatrice de la fameuse radio pour lesquels les hommes de ce monde se déclareraient la guerre. Sans doute peut-être parce qu'il était le seul dans le tas qui la servait sans poser de questions.
« Au fait vous connaissez Maiev ? Demanda Corbeau.
-Non pas vraiment, fit Velta'Ielle.
-Moi oui, fit Elwenne. Je la connais bien. Elle est animatrice sur une radio perso. Mais je ne sais pas où elle émet en ce moment. J'ai cru comprendre qu'elle passe par un canal de la faculté par contre.
-Elle doit donner une émission de radio dans une quinzaine de minutes, fit Corbeau en approchant un transistor sur la table. Apparemment c'est une fréquence spécialement réservée à certains étudiants.
-En d'autres termes une fréquence privée ? Fit Elwenne.
-Plus ou moins, fit Corbeau. L'université loue le canal à Maiev comme tu l'as dit. En échange, elle réserve ce canal à une catégorie très ciblée de personnes afin d'éviter les scandales. Apparemment ca chauffe sur sa fréquence. Ca paraît léger comme ca mais si le rectorat tape dessus ils vont se coller au cul les associations pour la liberté d'expression. Et comme c'est une des valeurs défendue bec et ongles par la MUILAT, ca ferait un peu paradoxal.
-Qu'est ce que tu entends par « ça chauffe sur sa fréquence » ? Fit Velta'Ielle. C'est…torride ?
-J'en sais pas plus. Y'a qu'un moyen de le savoir.
-Tu peux la capter ? Demanda Elwenne.
-J'ai mes contacts. Ils m'ont filé les coordonnées et bidouillé ce truc pour qu'il soit réceptif ».
D'un geste de la main il fit coulisser le bouton de la radio, entra une série de chiffres sur un petit clavier sur lesquels se greffa la mention Mhz. Une délicate musique résonna, annonçant l'arrivée incessante de la présentatrice.
La navette du métro freina à quelques centimètres d'elle. Mais elle ne l'emprunta pas. Elle prétexta un appel téléphonique, mima une conversation longue, tout en gardant un œil sur les étudiants qui entraient dans la nacelle. Un des chefs de gare l'interpela de la main. Elle le congédia avec la sienne, insistant sur l'urgence de l'appel. Le métro démarra avec un chuintement mécanique et s'enfonça dans le tunnel comme un ver rampant dans les profondeurs de la terre. Le silence, un instant soulevé dans l'air par le tohu-bohu étudiant comme une plume, retomba sur elle comme un voile délicat. Elle n'entendit plus qu'un vent se faufiler dans les conduits et le vrombissement du sol provoqué par les promenades des navettes de transport, une délicieuse ambiance qu'elle adorait. Le calme avant la tempête sauvage. Elle sauta pieds joints sur les rails, fouilla à la recherche d'une écoutille soudée sur le côté de la rame. Elle apposa son pouce sur le détecteur d'empruntes digitales greffé à un petit panneau qui la jouxtait, provoquant le coulissement de la valve et le déverrouillage magnétique de l'écoutille. Elle la fit basculer sur le côté. Une fine ligne de projecteurs s'alluma jusque dans les profondeurs, révélant des barreaux fichés dans les murs qui s'enterraient profondément sous le sol. Maiev y posa ses pieds, se laissa glisser le long de l'échelle jusqu'à ce qu'elle n'ait plus qu'à refermer l'écoutille derrière elle. Elle descendit dans le petit corridor vertical qui s'enfonçait plus profondément dans le sol jusqu'à ce que ses pieds touchent un sol grillagé sous lequel serpentaient des conduits. Un étroit couloir de forme cylindrique s'étirait sur plusieurs dizaines de mètres. Elle s'avança vers la porte tout au fond, les néons bourdonnant au dessus de sa tête, un raclement métallique résonnant quand ses talons léchaient le sol métallique. Des générateurs poussiéreux et graisseux composaient une symphonie électrique le long du parcours et d'autres conduits formaient un réseau complexe au dessus de sa tête. Elle apposa enfin sa main sur un détecteur fiché dans le mur puis tourna la grande manivelle de la porte entre ses doigts délicats et celle-ci s'ouvrit avec un grincement sourd alors qu'une nouvelle navette de métro faisait rugir le sol. Elle referma derrière elle, verrouilla la porte, toujours les doigts sur le détecteur, puis avança le long de l'immense salle souterraine. Elle aurait pu s'apparenter à un hangar suffisamment grand pour contenir une immense quantité de camions et de trains. Une débauche d'espace qui servait de nid à une horde d'étudiants venus des quatre coins de l'univers pour transmettre une passion commune sur la plus grande de toutes les radios pirates de cet univers : la musique. Les murs étaient rongés par les moisissures, mouchetés de tâches brunâtres et verdâtres. Un conduit s'ouvrait dans la pièce, déversant un mince filet d'eau dans un grillage greffé sur le sol bétonné. Ses pieds raclèrent les graviers et les poussières du sol. Une odeur de béton frais mâtiné de fragrance de moisissures biologiques et de mousses parasites lui chatouilla les narines. Elle était chez soi. Le noyau de la pièce était situé en son centre que l'on avait pris soin d'aménager autour d'un immense pilier noir qui grimpait au plafond en le perçant. Des diodes scintillaient de chacun de ses quatre côtés. D'énormes câbles serpentaient dans la pièce, se greffant sur lui. Autour de ce pilier, regroupés comme des disciples vénérant une étrange idole technologique, des bureaux avaient été aménagés en étoile. Certains étaient dissimulés derrière des paravents préfabriqués d'un blanc laiteux. Elle reconnut sa symphonie préférée : le bourdonnement des appareils électriques, les ventilateurs des bouches d'aération, les bips sonores, les trilles radiophoniques, les imprimantes vomissant leurs feuillets et bien sûr les gens. On la reconnut et on la salua. Et instantanément, le visage de Maiev s'illumina de grands sourires et d'une joie qu'elle n'aurait pu réprimer plus longtemps. Sa vraie famille était ici, une symbiose indissociable la liait à elle. L'endroit bouillonnait d'activité. Des êtres de toutes les races s'agitaient avec passion. En dehors de cette sphère, elle aurait détesté toute compagnie. Ici elle était chez elle, avec des gens en qui elle pouvait avoir confiance. Un Zora s'approcha d'elle. Elle le salua chaleureusement avec une tendre accolade.
« Content de te voir en pleine forme Jax, fit-elle.
Le Zora portait des lunettes à verres miroirs, une chemise à fleur, un short et des sandales. Dans sa main gauche, il gardait pressé contre sa cuisse un ordinateur portable replié.
-Moi aussi, fit le Zora. J'ai chopé quelques infos intéressantes sur le net. Je pense que tu seras intéressée.
-Tu as eu confirmation des infos que je t'ai demandées ? Fit Maiev.
-Tiens, fit Jax en lui tendant une clé USB. C'est tout là dedans. T'as encore une dizaine de minutes donc tu as largement le temps de préparer ca.
-C'est important ce que tu as trouvé sur le net ?
-Assez oui. Mais c'est encore assez incertain. J'aurais besoin de plus de temps. Je ne peux ouvrir qu'une toute petite fenêtre d'ici à cause des contrôles exercés sur le réseau, je pêche donc les infos par petite poignées.
-Fait pour le mieux, fit Maiev. Bon il est temps d'aller leur en donner pour leur grade ».
Jax eut un sourire entendu qu'elle lui rendit. Elle pénétra par une lourde porte en fer greffée sur la partie Est du mur et pénétra dans une petite pièce dont l'unique baie vitrée donnait sur tout le hangar. Elle ferma derrière elle, provoquant l'extinction de toute forme de manifestation sonore venant de l'extérieur, puis elle se posta devant la console greffée juste au dessous de la baie vitrée. Un écran attendait que quelqu'un entre ses identifiants en faisant clignoter sur fond bleu une petite fenêtre de login. Elle les communiqua avec le clavier greffé sur la console et inséra la clé USB dans la prise. Le système d'exploitation chargea les données et exécuta une session de traitement de texte sur laquelle elle put lire une série de notes.
Blondinet :
Sujet nommé Link. Orphelin. Issu d'un orphelinat paumé dont tu trouveras les coordonnées sur un des fichiers tableurs fournis ici. A passé avec brio les tests psychologiques. Ne sait rien de la ville, sans doute parce qu'il a passé sa vie loin d'elle. Beau gosse (voir photo). Je le surveille de près. Il m'intrigue.
Elle cliqua sur le lien. L'image était celle d'une gueule d'ange aux cheveux d'or avec un faciès parfaitement innocent et pur. Des traits délicats, mélange subtil entre une délicatesse presque féminine et une virilité inexpérimentée. Un savoureux cocktail de paradoxes, l'incarnation parfaite du mâle idéal sur un plan physique. Quelque chose irradiait de lui. Elle en éprouva un trouble bref mais intense et se promit de ne pas le rater lors de son émission. Elle lut la suite de la note.
Apparemment il est retenu pour les tests nanotech. Il habite avec trois autres personnes : Mattael Corvinus, Velta'Ielle Ombrelune-Nuitargent et Elwenne Dellano. Je crois que le type appelé Corvinus est un gars de la haute. Pour Velta'Ielle, ca va être plus corsé vu qu'elle provient d'une planète étrangère. J'utiliserai sans doute Extranet. Dellano en revanche possède un énorme trou dans son C.V. Ca remonte à un tout jeune âge. J'ignore ce qu'il s'est passé et j'ai du mal à trouver des infos à ce sujet mais y'a quelque chose qui cloche là-dedans. Je te recontacte dès que j'en sais plus sur elle.
Elle fit défiler le texte pour lire la suite.
Malon :
C'est confirmé ! Elle va venir ! Sa mère a décidé de lui refiler une éducation solide, sans doute pour reprendre les rennes de l'entreprise. Par contre son Cerbère personnel risque de venir. Faudra éviter de la chercher. Mate la photo. Ca va être le printemps avant l'heure. Ou l'Enfer au choix.
Elle se brûla littéralement les yeux sur cette image d'une fulgurante beauté rousse aux yeux d'un bleu hivernal. La photo était tronquée au niveau de la poitrine mais elle la devina exagérément généreuse. Pas étonnant que tous les chasseurs d'images aient fait d'elle leur inaccessible Saint Graal. Elle consulta le reste des notes – sans grand intérêt – composa une fiche pour annoncer les deux nouvelles. Puis vint l'heure d'entamer l'émission. Elle fit basculer le commutateur. La lumière verte de la salle vira au rouge, signal qu'elle émettait et qu'il était interdit de la déranger. Elle alluma la station musicale, la console radiophonique, chaussa un énorme casque, appuya sur le bouton d'émission et approcha ses lèvres du micro. Sa voix devint le plus pur des velours :
« Ici Maiev, votre maîtresse et objet de tous vos fantasmes les plus inavouables. Je reviens à vous mes chéris, hommes et femmes, pour vous apporter à nouveau tout le plaisir que vous êtes venu chercher en vous branchant à cette station. Maiev a profité de ses vacances pour établir un délicieux carnet de gâteries et de petites choses qui vous laisseront le cœur en émoi et les pores de la peau en surmenage.
D'un geste de la main, elle fit glisser un commutateur sur la console musicale. Un crachotement léger puis une musique douce et suave, Elenore des Turtles.
-Nous démarrons dans la douceur et la sensualité mes chéris, reprit Maiev. Car j'ai besoin de cela pour savourer cet instant béni, celui de nos retrouvailles. Vous m'avez manqués tous et toutes et j'ai pensé très fort à chacun d'entre vous. La vie est ainsi faite que vous et moi sommes malgré tout liés à jamais dans ce monde de brutes. Et me voilà de retour et croyez moi mes chéris cette année là occultera toutes les autres années que vous avez pu passer en ma compagnie. Voyez-vous déjà les fleurs sur la table et le chandelier ? Moi je vois les draps froissés et les vêtements éparpillés sur le sol de votre chambre. Je le sais car c'est en général ce dans quoi vous finissez quand vous pensez à moi.
Nick, un des hyliens qui travaillait ici et écoutait l'émission pour détecter les éventuelles perturbations extérieures, lui envoya un baiser de la main. Maiev eut un sourire éclatant.
-Cette année mes chéris, reprit-elle, bien des choses nouvelles à vous annoncer. La petite marotte de nos chers professeurs : cette foutue nanotechnologique qui va vous changer le cerveau en microprocesseur. Foin de la magie et de toutes ses délicieuses utilisations, il nous suffira désormais d'un téléphone portable pour jouer les magiciens. Le charme sacrifié sur l'autel du consumérisme et du contrôle à l'échelle numérique. Pensez à cela mes loulous quand vous enverrez vos textos torrides à votre petite amie.
Elle fit glisser vers elle sa feuille de notes.
-Au menu du jour, reprit-elle, plein de petites choses croustillantes. Le plus intéressant reste ce bel étalon de la campagne, tout frais sorti d'un orphelinat venu se plonger dans le stupre de la vie citadine. J'ai vu une photo de lui, prise par un de nos chers collaborateurs. Mon biquet blond si tu écoutes cette chanson sache que je te la dédie de tout mon cœur et que j'aurais désormais une pensée très…spéciale pour toi à chacune de nos émissions. Ouvre grand tes oreilles et goûte la musique. C'est le Maiev Blues que je t'offre mon tendre et bel étalon ».
« Ah la pute !!! Cria Velta'Ielle. Oh pardon !
Elle rougit, porta les mains à son visage, une honte insoutenable l'envahissant subitement tandis qu'une espèce de bile désagréable lui brûlait la langue.
-Merde alors, pour une fois que c'est pas sur moi que ca tombe, fit Elwenne en éclatant de rire au point d'en tomber de sa chaise. Bordel c'est trop drôle !
-Mais elle nous fait quoi ? Fit Corbeau qui avait du mal à contenir l'afflux sanguin qui lui montait aux joues. Je pensais pas qu'elle était aussi…enfin merde quoi qu'est ce qu'elle a après toi ?!
-J'en sais rien, fit Link qui se sentait soudainement nerveux, je la connais même pas !
-Elle a pris une photo de toi mon salaud, fit Elwenne en lui tapant dans le dos. Je crois qu'elle t'a à la bonne ! J'imagine aisément ce qu'elle fait dans sa chambre devant cet énorme poster grand format de la belle gueule d'ange !
-Mais mais je…Bégaya Link.
-Tranquillise toi Blondinet, fit Velta'Ielle qui s'était tranquillisée, ce genre de fille complimente ta marchandise mais quand tu exiges les intérêts on t'envoie sur les roses. Elle fait juste ca pour te rendre accroc à elle. C'est une technique classique chez ce genre de traînée.
-Qui c'est d'ailleurs ? Demanda Link. Tu as dit que c'était quoi son nom déjà ?
-Maiev, fit Elwenne. Bien évidemment elle ne dévoile pas son nom de famille alors pour l'identifier tu peux te coucher de bonne heure. Maiev est un prénom courant chez les elfes (Velta'Ielle confirma d'un hochement de tête). En fait on l'a même jamais vue physiquement et je doute qu'il y en ait beaucoup qui la connaissent pour de vrai ici. Une animatrice de radio. Elle défie les lois de la nature avec sa voix. File lui de quoi émettre sur les ondes et elle te rend un cimetière plus torride qu'un harem Gerudo.
-Comment ca se fait que tu la connais ?
-Elle émet sur des ondes pirates principalement. C'est une maligne. Elle s'approprie la fidélité d'un maximum d'auditeurs sur un canal grand public pour protéger ses arrières quand elle est soupçonnée d'émission pirate. Comme elle a une énorme popularité à travers l'univers, elle est relativement intouchable. C'est ca le pouvoir des masses.
-Qu'est ce qu'elle émet comme émission pirate ? Demanda Corbeau.
-Des émissions activistes. Je n'ai jamais trop écouté, j'aime pas entendre les même discours. En plus les ondes sont particulièrement chiantes à capter. Ici ca sera sans doute impossible à faire car l'université contrôle les ondes. Elle doit donc faire attention à ce qu'elle dit vu qu'elle loue son canal de transmission. Mais quelques fois elle arrive à faire dans le subliminal. Elle paraît chaude comme ca à première vue mais croyez moi ca bouillonne plus sous sa tignasse qu'au fond de sa petite culotte. Par contre si vous êtes plus intéressée par Maiev l'activiste, va falloir se bricoler un moyen de capter ses émissions pirates. Ca peut être faisable.
-Tu saurais faire ca toi ? Fit Velta'Ielle.
-J'ai des notions en matière de piratage. Mais je dis pas que ca sera facile.
-Tu aimes tout ce qui relève des plus simples appareils, fit Corbeau en lui envoyant un regard imitation pur biche synthétique. Pas vrai ma caille ?
-Oui mais pas trop simples, répondit Elwenne en faisant écho à son regard. Dans ton genre par exemple…
-Là elle t'a eu, fit Link en pointant un doigt vers lui. Corbac sérieux t'as fini de jouer les flambeurs ? On croirait que t'as un besoin inné d'en montrer plus que t'en est capable.
Elwenne pouffa de rire, Velta'Ielle siffla avant de sourire. Corbeau resta interdit, presque minable. Avant de rigoler à son tour.
-Oh putain, fit-il, enfin un qui ose me torcher la gueule en beauté ! Ca fait mal mais j'avoue que c'est bien envoyé ! Toi t'as des couilles ! Et c'est pas trop tôt que tu les montre, j'avais peur que tu sois du genre glandu !
-Je l'espère, fit Elwenne. Si c'était pas le cas je me sentirais insultée par notre promiscuité…
-Non mais t'es pire que Maiev toi, fit Velta'Ielle. Franchement chapeau Link, je te croyais un peu trop couillon mais j'avoue que tu m'as littéralement impressionnée.
-Qui l'eut crû ? Fit Elwenne en se rejetant sur son fauteuil. Le petit mouton qui décide de devenir un lion. Les prochaines semaines vont être intéressantes.
-Sérieux corbeau, fit Velta'Ielle, je paraphrase Link. Pourquoi te comporter comme ca ? C'est…un peu énervant.
-C'est dans ma nature, fit Corbeau en haussant les épaules. J'aime bien jauger les gens. Ca peut choquer. Et je manque de tact parfois je l'avoue. J'ai mes défauts je crois. J'ai été élevé comme ca. Mais…croyez pas que je vous regarde de haut. Link je me fous pas mal que tu viennes de la campagne ou du trou du cul de l'univers. T'as le droit au respect comme tout le monde.
-Tu me rassures, fit Velta'Ielle. Au début je t'ai vraiment pris pour un con fini.
-Je sais, fit Corbeau, on s'y habitue à la longue.
-Ca sous-entend que tu t'en es pris plein la gueule à plusieurs reprises, fit Link.
-Hééé ouais…Fit Corbeau en levant les yeux au plafond. Et crois moi Blondin toi aussi tu vas avoir ta dose. Je ne pousserai pas le manque de tact à demander à ces demoiselles de partager leurs expériences vu le peu d'affinités que nous partageons dans l'actualité.
-Et galant avec ca, fit Elwenne avec un air faussement déçu. Il me ferait presque gerber à se montrer aussi sympa sur le coup.
-Quoi, t'aimes les chieurs ? Fit Link.
-Non. Mais j'aime bien un peu de passion dans les actes. Parfois une bonne engueulade avec celui que vous aimez, y'a rien de mieux pour vous rappeler combien vous y tenez.
-Je crois que ma fiancée va reprendre l'antenne, fit Link en montant de nouveau le son ».
La voix de Maiev résonna à nouveau, caresse sonore dans les tympans moites d'excitation de ses auditeurs.
« C'était un moment délicieux mon cher petit blondinet. J'ose espérer que toi aussi ca t'a plu et que tu n'as cessé de penser à moi en l'écoutant. Il y aura d'autres moments comme celui-là et chaque journée te sera consacrée d'une façon différente à chaque reprise. Retournons, hélas, à nos moutons très chers auditeurs qui me pardonnerez j'espère cette délicieuse infidélité. Cette nouvelle devrait vous ravir au plus haut point, surtout vous messieurs ou alors ces dames qui n'aiment que les dames. Ouvrez vos oreilles car chers petits amis, une délicate fleur va venir apporter un vent de printemps et affoler vos sens. La jeune héritière de l'entreprise Lon Lon, qui nous fournit chaque jour un lait délicieux, va venir hanter nos couloirs. Elle porte le nom de sa mère et également ses plus appréciables qualités. Consultez très rapidement les nouvelles et zoomez à fond sur la photo pour voir un chef d'œuvre de la création universelle en matière de femme. Si je n'étais pas hétérosexuelle, je vous parlerais d'elle avec une voix orgasmique. Un corps pareil vous rendra folles de jalousie ou fous de désir. Pour ma part…j'éprouve tout de même un peu des deux. Evitez de baver tout de même lorsqu'elle arpentera les couloirs, ca ferait mauvais genre bande de petits pervers. Et les pauvres concierges payés une misère devraient justifier auprès de l'administration leurs heures supplémentaires ce qui retarderait les processus d'inscription et nous foutrait une merde pas possible dans une administration qui peine déjà à différencier un billet de loterie d'un diplôme universitaire. Je vous laisse le temps de digérer cette succulente nouvelle sur le son d'une délicate musique qui j'espère saura évaporer vos chaleurs les plus insupportables ».
Velta'Ielle baissa le son avant même que la musique ne démarre.
« J'aurais tout entendu, fit-elle, mais là je dois admettre que j'en tremble. Malon qui va débarquer ici. Ca va être chaud les enfants.
-C'est qui Malon ? Demanda Link.
-Ah merde c'est vrai que t'as jamais vécu qu'avec des chèvres toi, fit Corbeau. Malon est la fille d'Hora Wolff, une des industrielles les plus puissantes de cet univers. Tu as peut-être entendu parler du lait de Lon Lon. C'est donc l'héritière attitrée. Mais ce n'est pas seulement pour ca qu'on l'estime. Depuis l'âge de quatorze ans elle a…disons…su contrôler de façon efficace l'émancipation de sa féminité physique.
-En clair ?
-Regarde une photo et apprête-toi à prendre la trique de ta vie, fit Elwenne en croisant les bras avant de se parler presque pour elle-même. Je donnerai mon cœur sur un plateau avec un pot de moutarde pour une nuit avec une fille comme ca bon sang.
-Ils se sont enfin décidés à l'envoyer ici ? Fit Velta'Ielle. C'est bizarre. Sa mère est du genre à embarquer une division blindée dans son sac à main quand elle accompagne sa fille dehors. J'ose imaginer la scène. Ca va être dantesque. Toutes ces hordes d'étudiants qui seront partagé entre le désir de la violer sur place et la terreur à l'idée de croiser le regard de sa mère.
-Sa mère est…laide ? Demanda Link.
-T'as pas entendu la radio ? Fit Elwenne. C'est son portrait craché. Seulement sa mère est très mère poule. Tu touches à sa fille et elle décorera son sapin de Noel avec ses intestins avant d'y planter tes couilles au sommet. Et elle filera tes restes au chat !
-Pauvre chat…Fit Corbeau.
-Toi ta gueule. Je sais pas ce que vous en pensez mais j'ai l'impression que cette fille va provoquer quelques tensions. Vous avez vu le type qui l'accompagne ?
-Le prêtre ? Fit Corbeau. M'en parle pas ! Si ce con débarque ici je m'enferme à triple tour !
-Malon est accompagné d'un type nommé Elijah Gloiradieu, fit Velta'Ielle à l'intention de Link. Un putain d'elfe impérial converti à cette religion à la con nommée le Christianisme. Apparemment il a une fixation maladive sur la famille Hora Wolff qu'il considère comme appartenant à une catégorie d'êtres à part. Il a cru dès lors que son Seigneur comme il le dit lui a assigné la mission de les protéger et il est armé avec tout ca.
-Et pas un petit pétard, fit Corbeau. Le genre qu'on a plutôt tendance à sortir pour imprimer des boutonnières gros calibre sur les vestons des gentils pas beaux berk pouah ! Tache de garder les yeux bien dans le fond de ta poche pour une fois mon gars !Et toi aussi Elwenne !
-Je t'emmerde le piaf ! Répondit l'intéressée. Je suis curieuse de voir ce spécimen de femme. Elle est plutôt discrète.
-Discrète ? Fit Corbeau. Pardi ! Tous les journalistes, paparazzis et autres chasseurs d'images qui se sont approchés à moins de dix kilomètres d'elle ont été envoyés à l'hosto pour une extraction chirurgicale de leurs appareils du fin fond de leur fondement.
-Brutal…Commenta Link.
-Du coup on pense qu'elle finira vieille fille, fit Velta'Ielle avec une once de mépris.
-Pauvre chérie, soupira Elwenne. Son petit corps ne sera jamais l'écrin de la virilité d'un homme. Ca me fend le cœur. Quel gâchi…
-Mademoiselle thé brûlant reprend ses litanies », fit Corbeau en montant le son.
« C'était très agréable vraiment, fit Maiev. J'en ai encore des palpitations. Mais je ne vous tiendrai pas compagnie plus longtemps hélas. Ce soir est un soir de rentrée et votre maîtresse est très fatiguée de ses intenses efforts physiques. Mais rassurez-vous, je vous laisse en excellente compagnie musicale. Et si vous aimez vous salir les oreilles, je parle pour ceux dont l'intimité auditive n'a plus de secrets pour moi, vous savez où trouver mon boudoir des plaisirs interdits. Rejoignez-moi et je serais l'hôtesse de vos nuits les plus sauvages. Demain soir…même heure que maintenant. Une tempête approche mes chéris. Les jours prochains diront qui tiendra mon parapluie et essuiera mon corps trempé le soir venu. En attendant, goutez-moi cette berceuse. Vous m'en direz des nouvelles ».
Et sur ce The Mob Rules de Black Sabbath se mit à hurler.
« Merde j'adore le Heavy Metal…Fit Corbeau en transe. Ronie James Dio est increvable…Rien à voir avec les imitations merdeuse jouées par des groupes d'ados débiles pour faire mouiller les minettes.
-Elle a parlé d'un boudoir interdit ou j'ai eu les oreilles qui ont sifflé ? Fit Velta'Ielle au bord de l'indignation.
-T'excite pas Fesses Glacées, fit Elwenne. Elle ne fait pas de chaîne porno. C'est une invitation officielle à rejoindre son canal crypté. Sa petite radio pirate. Tu comprends ?
-Elle a une drôle de façon de le dire, commenta Link.
-Elle est dans l'illégalité, fit Elwenne en le regardant. Imagine le truc si elle se met à balancer d'un coup « venez m'écouter sur ma radio pirate les gars ». Elle se ferait sortir en moins de deux.
-Désolé je suis pas très au point avec ces choses, fit Link.
-Les cours vont corriger ca, fit Velta'Ielle. T'inquiète en quelques semaines tu seras un crack…
Elle se tourna vers Corbeau qui s'agita soudainement.
-Regardez-moi ca, fit-elle avec un sourire, comment on peut danser sur un truc pareil ?
-C'est le rock chérie, fit Corbeau en remuant en rythme. Quand on a de la poudre à canon dans les oreilles forcément le son passe moins bien. Tu devrais te décoincer et te convertir ! Ca te changera de la merde commerciale !
-Je carbure aux Indigo-go, fit Velta'Ielle. Le groupe de Zoras.
-J'aime bien leur sonorité, fit Corbeau en la regardant. Mais Lulu a une voix…trop…
-Sucrée, fit Velta'Ielle. Ouais…Bien d'accord. Question de goûts je pense.
-Je suis plus dans la dureté et la brutalité. Quelque chose de brutal et de sauvage. Je déteste le sucré et l'acidulé.
-Je crois que finalement je vais te tolérer. On a toujours besoin d'un petit con arrogant pour se rassurer sur sa propre personne.
-Moi aussi fesses-dures je t'aime bien. T'es chiante comme un bouquet de roses mais tout comme lui tu fais joli dans le salon ».
Ils terminèrent la bouteille de champagne en riant.
« Regardez-moi ca, fit Corbeau. C'est magnifique. C'est l'art. C'est la beauté. C'est la vie. Si j'étais pas aussi humble, j'en exploserais mon fond de pantalon.
Le miroir lui renvoya un reflet parfait de sa figure, sublimé par les ombres au néon. Corbeau se mira un instant, riant de sa propre plaisanterie. Ce n'était qu'à travers l'exagération qu'il s'appréciait. Il n'était pas prétentieux pour un sou, ni vaniteux. Il aimait juste ne pas se prendre au sérieux en forçant la mise. Il lui fallait rire de lui, se moquer de lui même. Pour se sentir moins arrogant et plus proche du genre humain. Tuer l'arrogance par l'arrogance, tel était son crédo. Sa loi. Il ne lui manquait plus que le poncho et la cigarette et un caractère bourru.
-Corbac, hurla Velta'Ielle au dehors. Ca va faire deux plombes que tu occupes la salle de bain. Tu fais quoi bon sang ? Tu fais du rugby avec le savon ou tu cultives des nénuphars dans les chiottes ?
Cela faisait vingt bonnes minutes qu'il occupait la salle de bain. Il s'était quelque peu battu avec une fermeture éclair récalcitrante qui gardait en otage son nécessaire de toilette au fin fond d'une petite trousse. La voix d'Elwenne résonna :
-Peut-être qu'il est en train de se…
-Aaaah toi ta gueule, répliqua Velta'Ielle du tac au tac avec une lassitude teintée d'irritation. Corbeau grouille toi de finir qu'on puisse aller dormir!
-T'aurais pu m'attendre mon salaud quand même! Cette baignoire est si grande, faudrait pas que tu te perdes sans quelqu'un pour te prendre la main ou autre…
-Rassure-moi Elwenne. Le soir y'a des gens qui posent leurs dentiers ou leurs appareils dentaires dans un gobelet avant de dormir. Par pitié dis-moi que quand toi tu dors, tu ranges tes hormones dans le tiroir ! Ou plutôt dans le frigo, je pense que ca serait plus efficace !
-Est ce que je te demande si tu ranges tes plombages dentaires le soir, Caligula ?
-J'ai des dents très saines ! Je te boufferais une boule de bowling au petit déjeuner ! T'as autant de chance de me trouver une carie que l'abruti dans cette salle de bain de se laver les dents en trente secondes chrono !
-Mais vous racontez quoi toutes les deux ? Fit la voix de Link.
-Des trucs de femmes, fit Elwenne. T'es trop jeune pour ca mon chéri.
-Elwenne c'est quoi un Caligula ? Demanda Velta'Ielle.
-Tu lis pas les livres sur l'histoire terrienne ? Avènement et Chute de l'Empire Romain par Paragus Etriscan, célèbre historien d'Hyrule et précepteur de la princesse Zelda. Caligula était un empereur qui avait comme qualités d'avoir fait nommer son cheval consul et de coucher avec sa sœur. Ah oui il était dégénéré, dépravé, pervers et éprouvait une obsession maladive pour la décapitation.
-En gros un homme exemplaire. Fit Velta'Ielle sur un ton ironique. Et quel rapport ai-je avec ce charmant individu ?
-Tu me parles toujours de ma sexualité. Peut-être que t'en pince pour moi chérie. Si ca peut te rassurer ca me gêne pas.
-Bon Corbeau sort ou je défonce la porte !!! Hurla Velta'Ielle.
-Nu de préférence !!! Ajouta Elwenne. A poil !!! Non je veux dire…à plume !!!
-Parfait vous l'aurez voulu !!! » Hurla Corbeau.
Elwenne et Velta'Ielle poussèrent ensemble un cri et eurent un mouvement de recul, leur visage se décomposant. La porte s'ouvrit à la dérobée et Corbeau fit voler sa serviette alors que Motorhead hurlait à pleins poumons une version live et particulièrement endiablée d'Overkill. Ce qui donna à la scène qui s'ensuivit une puissance qui aurait pu trouver un certain zénith n'eut été le pantalon que portait Corbeau contre toute attente. Velta'Ielle se laissa glisser contre le mur tandis que Elwenne déglutissait le rouge au joues.
« Vous avez pigé qui est le patron ici les filles ? Fit Corbeau. Et encore, je vous ai pas montré toute l'étendue de ma puissance ! C'est ca l'esprit du métal !
-Oh l'enfoiré, soupira Velta'Ielle. Bon allez, je crois que je vais avoir besoin d'une bonne demi tonne de flotte là ».
Elle se précipita dans la salle de bain et fit couler l'eau à grands flots. Link s'approcha de Corbeau alors qu'Elwenne était retournée dans le salon se servir un verre de champagne en urgence.
« Sérieusement tu l'aurais fait ? Demanda-t-il.
-Bien sûr que non, fit Corbeau. Avec Elwenne dans le coin ? Elle m'aurait sauté dessus sans une once de doute. Par contre Velta'Ielle…Elle est sympa malgré tout. On va pas risquer de la perdre pour une petite exhibition de rien du tout. Nan plus sérieusement j'aurais rien fait.
-Tu me rassures parce que là… J'aurais pas trop su quoi dire.
-T'as beaucoup à apprendre mec, fit Corbeau en passant une main sur l'épaule de Link pour l'entraîner dans le salon. Bon le prend pas mal mais sorti de ta campagne, ce monde tu vois tu n'y connais strictement rien. Les codes, l'éthique, des conneries comme la mode, les trucs tendance et les célébrités, et même les mœurs. Crois moi y'a à boire et à manger. C'est même un miracle qu'un type comme toi se retrouve ici tu le sais ?
-J'y ai pas tellement cru au début, fit Link en s'asseyant de nouveau dans un fauteuil. Tu imagines toi ? Un type inconnu et qui présente pas beaucoup d'intérêt jeté comme ca dans un établissement de ce genre ?
-Tu dois forcément avoir un truc qui leur a mis la puce à l'oreille, fit Corbeau en se rejetant sur un siège. T'en pense quoi Lèvres en Feu ?
-Je suis d'accord, fit Elwenne avant de vider son verre et de les rejoindre. On t'a posé quoi déjà comme genre de question quand tu as passé les tests psychologiques ?
-Les trucs de base, fit Link. Ce que j'aime, ce que j'aime pas et toutes ces conneries. Rien qui sorte du lot.
-Ca doit avoir un rapport avec cette histoire de nanotechnologie, fit Corbeau. Peut-être des capacités dans ce domaine ? La génétique se fout pas mal des conditions sociales. Je vois que ca honnêtement.
-Ca veut dire que je risque d'être relégué au simple rang de cobaye ? Fit Link qui n'était pas enchanté par cette perspective.
-Y'a de ca à mon avis, fit Corbeau.
-Mais si on prend la chose sur un point positif, ajouta Elwenne, cela signifie aussi que tu disposeras d'un traitement prioritaire.
-Du coup, fit Link, en y réfléchissant bien et en admettant que je sois une perle rare…pourquoi vous avoir choisi vous ? Je veux dire pourquoi m'avoir intégré à votre groupe précisément ?
Elwenne et Corbeau se regardèrent un bref instant, pris de court.
-Bon sang on a vraiment besoin de lunettes, fit Elwenne. T'as tapé dans un point sensible là, Blondin.
-Ca peut vouloir dire plein de choses, fit Corbeau. On a peut-être un rôle à jouer… Je sais pas lequel mais on en a sans doute un…»
Velta'Ielle sortit et Link crut sentir son cœur remonter vers sa langue. En guise de vêtement de nuit, elle portait une nuisette pourpre dentelée de noir, descendant jusqu'à mi-cuisse et très échancrée sur la poitrine, laissant voir deux demi-hémisphères de chair tendre se détacher du fin tissu. Corbeau et Link sentirent un éclair d'adrénaline leur vriller le corps tandis qu'Elwenne resserra les cuisses.
« Merde, fit Corbeau. Putain, là tu me scie ! Je te voyais déjà noyée sous quatre épaisseurs de vêtements !
-Je dors léger, fit Velta'Ielle sans s'émouvoir de leur réaction. Et j'ai tout de même un côté féminin malgré ce que vous pouvez en penser. T'as l'air troublée la foldingue.
-Ecoute je… fit Elwenne en tentant de maîtriser le trouble de sa voix. Je pensais pas que…Enfin…je sais que je joue avec ca mais crois pas que je suis du genre à…enfin j'irais pas jusque…disons que…
-Tu sais ma grande quand je me suis entraînée sur le terrain, la coupa Velta'Ielle en allant s'asseoir à son tour, j'ai passé une épreuve appelé le Survivalisme. Tu es jetée dans une jungle hostile avec pour seuls bagages un couteau, une outre remplie d'eau, et une seule pile de vêtements. Légers qui plus est. Un mois pour survivre. J'ai fini entièrement nue et couverte de boue et d'entailles. Je peux te dire que quand tu dois bouffer, tu apprends à te séparer de tes petites considérations morales. Si tu commences à défaillir parce qu'on te voit un bout de sein ou de pilosité pubienne autant ranger tes armes et faire autre chose.
-Mais tu n'es pas à l'armée ici, fit Link sur le ton de la simple remarque.
-Oui, fit Velta'Ielle avec un sourire. Physiquement. Mentalement, je m'entraîne 24/24. Et là…j'entraîne à mater ma pudeur. En vous sortant cette terrible chemise de nuit qui n'est qu'une des multiples nuisettes que je transporte dans mon sac. Je préfère faire dans l'armement léger pour le moment avant de déballer l'artillerie.
-D'accord, fit Corbeau. Je te comparerai plus à un bloc de glace.
-La féminité est une arme, fit Velta'Ielle avec un clin d'œil. Faut dire que vous les hommes il vous en faut peu.
-Je vais aller me changer aussi, fit Elwenne en se relevant le feu aux joues. Je crois que j'ai eu assez d'émotions pour ce soir ».
Elle courut d'un pas anormalement rapide vers la salle de bain pour s'y enfermer à double tour.
« Un à zéro miss, commenta Corbeau en faisant mine d'applaudir. Il faut dire que le gant de velours sous la mitaine de fer moi-même je l'ai pas vu venir.
-Quand je vous dis qu'à l'armée on nous apprend tout, fit Velta'Ielle avec un sourire. J'ai même fait une école de charme !
-Sérieux ? Fit Corbeau.
-Une école de charme est un centre qui te forme à la manipulation, fit Velta'Ielle à l'intention de Link. Sauf qu'elle se fait par la séduction. On attise sa féminité tout en enflammant les sens. Ca implique cependant très souvent de recevoir des confessions sur l'oreiller. Et…je suis pas très chaude pour ca sans mauvais jeux de mot.
-Ca veut dire que tu n'as pas totalement maté ta pudeur, commenta Link avec un sourire compatissant.
-Ouais je crois aussi, fit Velta'Ielle avec un rire. Me retrouver nue devant quelqu'un bon…ca me ferait ni chaud ni froid. Allez pas croire que je vais me désaper devant le premier venu. Mais…pour ce qui est des relations un peu plus corsées…disons que c'est une autre paire de manche. Corbeau, salopard, je t'ai entendu !
-Quoi ?! Fit l'intéressé qui sursauta.
-T'as chuchoté «et d'autre chose » espèce de pervers dégénéré ! »
Elle lui jeta un coussin sur la figure avec un sourire vengeur. Corbeau ne le vit pas venir et le prit en pleine face. Il répliqua aussi sec. Les trois se lancèrent tour à tour des coussins, se dissimulant derrière leurs fauteuils.
« Hé vous auriez pu m'attendre ! »
Dans le feu de l'action, ils avaient oublié Elwenne. Elle était sortie. La surprise fut là encore totale. Car Elwenne ne s'était pas habillée comme son type de personne le laissait supposer. En lieu et place de la supposée nuisette torride qui aurait du recouvrir sa peau délicate et pâle, il y avait un ensemble chemise et pantalon de pyjama d'un noir qui faisait d'avantage ressortir les couleurs de ses cheveux.
« Non mais les filles vous avez inversé vos fringues entretemps ou quoi ? Fit Corbeau. Ou vous pratiquez l'échange des cultures dans notre dos ?
-Non c'est juste que des fois je fais une pause aussi, fit Elwenne sur un ton presque irrité. Et puis l'ennui avec le sexy et l'affriolant c'est que ca coûte cher. Qu'importe que je porte une nuisette sexy ou trois kilos de tissu, mon corps reste le même. Mais si ca peut vous rassurer j'ai viré le soutif et la culotte, y'a plus rien en dessous.
-T'as l'air de mal le prendre, fit Corbeau qui s'était quelque peu troublé.
-Je suis un peu fatiguée par toutes ces émotions, fit Elwenne en passant sa main devant ses yeux. Je ne suis pas en colère. Juste fatiguée.
-Désolé, fit Corbeau. Tu sais bien que je ne pense aucun mal à ton encontre.
-Moi aussi tu sais, fit Velta'Ielle.
-Je vous ai dit que je n'étais pas en colère contre vous, fit Elwenne. J'ai…des baisses de tension quand une certaine heure du soir arrive. Et dans ces cas là j'ai toujours l'air un peu morose. Je voudrais bien aller me coucher si cela ne vous dérange pas.
-De toutes façons j'avais l'intention d'y aller aussi, fit Corbeau. C'était bien de discuter mais là, je dois admettre que j'ai besoin de recharger les batteries également.
Il fit taire la radio qui diffusait un morceau de hard rock qu'il ne prit même pas la peine d'identifier.
-Je vais vous imiter, fit Link en masquant un bâillement de la main. Et comme c'est ma première nuit en dehors de l'orphelinat…je sais pas si je vais bien dormir.
-Compris, fit Corbeau. Allez tout le monde au lit. Juste avant de partir. C'est cool de vous avoir. Je suis bien content d'être avec vous ».
Il y eut des échanges de bises et des poignées de main. Link verrouilla la porte d'entrée tandis que Corbeau programmait l'interphone pour le rendre accessible uniquement en cas d'urgence, afin que les petits malins de la faculté ne s'amusent pas à réveiller tout le monde en le faisant sonner à outrance. Puis les lumières s'éteignirent et le silence se fit.
« Link…
Link sursauta, le cœur battant à cent à l'heure. La voix semblait si proche mais il n'y avait pourtant personne.
-Derrière ton oreiller…Fit de nouveau la voix.
Il se releva, repoussa son oreiller. Collé sur la paroi de son lit, il vit une petite pastille ronde et grillagée. Un petit bouton noir se trouvait juste au dessous.
-C'est moi Elwenne. Appuie sur le bouton pour me parler si tu m'entends.
Il appuya.
-Elwenne ?
Il entendit un soupir de soulagement.
-J'avais cru que ca marcherait pas, fit Elwenne. Je suis désolée, je dois te réveiller.
-Non je dormais pas, fit Link en s'allongeant à nouveau. Mais tu m'as fait sacrément peur. Ca vient d'où ces trucs ?
-Les lits en sont équipés, fit Elwenne. Tu règles le numéro de chambre avec une petite molette et tu appuies sur le bouton.
Link tâta le rebord de la pastille pour sentir sous sa peau une petite surface courbe dentelée qu'il devina rotative.
-Tu as trouvé ?
-Oui.
-Tu fais tourner la molette jusqu'à entendre le bon numéro de chambre. Moi c'est le numéro 1. Quand tu reçois un appel, il se règle automatiquement sur la fréquence de la chambre de celui qui appelle.
-Ingénieux, fit Link.
-Ouais. Alors tu arrives pas à dormir ?
-Non. Trop stressé.
-Moi aussi, fit Elwenne. Je me sens…bizarre. J'ai pas l'habitude de me dire que je vais devoir passer autant de temps avec des gens que je connais pas.
-Moi c'est pareil. Mais pas de la même façon que toi. C'est surtout que j'ai été habitué à la compagnie des enfants de l'orphelinat et de la directrice. J'ai jamais eu de vrais contacts adultes à l'extérieur.
-On est un peu dans le même bain pas vrai ? Fit Elwenne dont il sentit à la voix qu'elle souriait.
-Tu as peur ?
-Oui. Et toi ?
-Ouais…Fit-il alors qu'il en prenait effectivement conscience. Ca me paraît tellement énorme et inaccessible tout ca. Je ne saurais pas par où commencer.
-Moi c'est le contraire. Je n'ai pas la force de m'arrêter quelque part. Il faut que je continue à bouger constamment. Je suis du genre exploratrice.
-J'ai toujours rêvé de voir le monde aussi, fit Link avec un sourire. Ca date du temps où j'étais enfant. Je me disais des fois, si l'orphelinat venait à fermer je prendrais mes affaires et je ferais le tour du monde. Et de l'univers aussi.
-J'en aurais jamais assez de faire ca. Si tu dois le faire un jour, tu me feras une place dans ton grand avion d'exploration ?
-D'accord, fit Link en riant. Si tu me promets la même chose.
-Marché conclu.
Il y eut un bref instant de silence.
-Dis tu étais vraiment en colère tout à l'heure ? Demanda Link.
Elle ne répondit pas tout de suite.
-En fait j'étais jalouse, fit Elwenne sur un ton penaud. Enfin…voir Velta'Ielle dans cette tenue… ca m'a quelque peu remuée. Sur ma propre féminité notamment. Et puis vous qui vous vous amusiez sans moi… j'avais l'impression d'être un peu en dehors du cercle, d'avoir raté une occasion qui ne se serait de toutes façons présentée qu'en mon asbence.
-Tu sais on n'avait pas l'intention de te laisser en dehors, fit Link. C'est juste que tu étais…
-Oui je sais, fit Elwenne. Je sais. Mais tu vois…j'ai pas eu une vie très chouette. J'ai pas d'amis. Sérieux. Les quelques amis que j'ai eu n'ont jamais duré longtemps et mes relations avec eux n'étaient pas vraiment ce qu'on pourrait appeler une vraie amitié. Les autres m'ont fait du mal. Beaucoup de mal. Alors pour une fois que j'ai un bon contact avec des gens…j'aimerais pas être déçue à nouveau.
Link se sentit presque honteux d'un crime qu'il n'avait pas commis.
-Je suis désolé, fit-il. Je ne savais pas tout ca.
-Et encore tu n'as pas eu les détails, fit Elwenne. C'est pas beau à entendre. Je te raconterais ca un autre jour, enfin si tu veux bien m'écouter bien sûr. Mais je voulais être honnête avec toi sur mon comportement de tout à l'heure.
-Avec moi ?
-Oui. T'es différent de Corbeau et Velta 'Ielle. Ils sont gentils tous les deux, je les aime bien et je pense aussi qu'ils m'aiment bien, même si Velta'Ielle a l'air de me trouver un peu trop…excentrique. Et j'espère que ca durera. Mais toi t'es quelqu'un…Je sais pas c'est peut-être parce que tu ne sais rien de cet univers et que donc tu n'as pas ses travers…mais j'ai l'impression que je pourrais tout te confier sans douter de ta capacité à garder un secret. Je sais pas t'as quelque chose que je n'arrive pas à cerner…T'as l'air d'une espèce d'étranger sorti de nulle part…
-C'est un mal ?
-Non, comme je te l'ai dit…ca me donne l'occasion de pouvoir parler en tout franchise. Va pas croire que je te considère comme un défouloir…enfin disons que d'une certaine manière tu m'aides à vider mon sac…
-Y'a pas de mal, fit Link. Si ca peut t'aider à te sentir mieux ca ne me pose aucun problème.
-T'es gentil, fit Elwenne d'une voix troublée. T'es gentil de dire ca…
-Hé…tu pleures ?
-Oh rien de grave, fit Elwenne avec un reniflement tempéré d'un petit rire. Non t'inquiète je suis…comme je l'ai dit tout à l'heure j'ai des baisses de tension. Ca peut se traduire de plusieurs manières. Des fois je suis irritable, des fois je pleure. Je suis un cas psychologie un peu spécial on va dire. C'est là aussi…un héritage plutôt morbide. Comme je te l'ai dit j'ai un passé qui n'est pas jobard.
Link garda le silence.
-T'es toujours là ? Demanda Elwenne avec une pointe d'inquiétude.
-Oui, je ne sais juste pas quoi dire. J'aimerais pouvoir t'aider.
-C'est déjà gentil de m'écouter et de pas m'envoyer sur les roses. Tu sais les gens sont pas comme ca en temps normal avec moi. Ils me regardent salement. Ou…avec une espèce de perversité malsaine.
-Ta sexualité débordante doit les affoler.
-Oui, fit Elwenne avec un rire. C'est sûr. Mais bon toi ca te dérange pas plus que ca. Ca change des noms d'oiseaux ou des insultes un peu plus explicites.
-Tu es ce que tu es. J'ai pas à te juger sur ton mode de vie tu sais.
-Si tous les gens parlaient comme toi. Ici je suis ce qu'ils pensent croire que je suis. Une putain. Une salope de première catégorie. Une bonne à baiser qu'on peu jeter après l'avoir prise par tous les orifices. Une dépravée aux mœurs contre-nature. Une fille du démon même. Quand on ne me colle pas la main à la figure, on me la colle au cul. Quand on ne me dit pas que je devrais être éliminée pour ce que je suis, on me dit que je ne suis bonne qu'à m'envoyer en l'air pour filer du plaisir. Tu sais ce que c'est que d'être une fille qui aime le sexe plus que tout et qui à cause de cela est cataloguée comme une traînée de bas étage ? Comme si la sexualité des gens était quelque chose de sale et d'avilissant. Comme si on était nés difformes avec des espèces de trucs attachés à nous qui nous narguent constamment quand l'objet du désir s'approche de vous, vous torturant l'esprit et la chair.
-J'ai jamais eu de problèmes avec ca. Je n'ai jamais eu de sexe. Mais…je sais comment ca se fait. Et j'en connais presque tous les aspects. A part quelques cas extrêmes, ca ne m'a jamais choqué. Enfin je veux dire juste que…bon c'est un truc naturel. Et puis chacun sa façon de l'aborder.
-Tu comprends pourquoi je te parle ? Corbeau…il serait trop brutal dans ses paroles. Il essaierait de me rassurer mais je n'ai pas besoin qu'on me botte le cul et qu'on me fasse de grandes tirades. Quand a Velta'Ielle elle est trop stricte, trop dure, trop coincée pour être un peu dure avec elle. Elle a beau me sortir sa chemise de nuit érotique, je sais parfaitement ce qu'elle pense de la question. C'est une militaire. Il n'y a rien de passionnel dans ses gestes les plus sensuels. C'est juste un soldat. Toi tu es…simple. Tu ne cherches pas à me faire plaisir, tu me confie tes vrais avis sur la question, sans chercher à me guider ou à me juger sur ce que je pense. Au risque même d'en dire beaucoup sur toi même. Et en plus tu t'inquiète pour moi. Ce que pratiquement personne n'a fait au cours de ma vie.
-J'agis juste selon ce qui me paraît être juste.
-Je t'aime bien Link. J'espère que toi et moi on va vraiment s'entendre.
-Je ne vois pas pourquoi on ne s'entendrait pas. Si tu veux que l'on se fasse d'autres soirées discussions je suis partant.
-Ce sera avec un très grand plaisir, fit Elwenne dont la voix semblait émue. Je te remercie en tout cas de m'avoir accordé quelques minutes de ton temps pour m'écouter. Ca m'a fait du bien de parler. Je ne l'ai pas fait depuis bien longtemps.
-Tu es la bienvenue pour ca.
-Merci alors. C'est chouette de se dire qu'il y a des gens comme toi dans ce foutu monde. Bon. Je t'ai assez embêté. Je vais te laisser dormir. Merci encore mon beau blondinet.
-De rien ma caille.
-Commence pas à parler comme Corbeau, couillon !
-Tu étais très sexy dans ton pyjama. Plus que Velta'Ielle ».
Elle gloussa bruyamment, savourant cette plaisanterie. Link la devina essayant de masquer son rire pour éviter de réveiller les autres par inadvertance. Puis elle lui souhaita bonne nuit, il fit de même et le silence retomba. Il resta un instant sans rien dire. Le cœur soudainement allégé. Il sentit presque les murs devenir invisibles entre sa chambre et celle d'Elwenne. Et plus que tout il se sentit soudainement moins seul. Il s'endormit.
La voix résonna dans sa tête. Encore.
« Aide moi… »
Il tâtonna dans le vide, chercha la pastille de communication mais ne la trouva pas. Curieusement il sentait que le monde s'était dématérialisé autour de lui. Sa main ne rencontrait que le vide. Et il ne pouvait bouger que cette main là. Le reste de son corps était figé, comme si une seule petite partie de son être était éveillée.
« Trouve moi…Aide moi… »
Il cessa de bouger. Il était de retour dans sa chambre. Pendant un instant il s'était retrouvé dans une espèce de plan éthéré sans substance où il avait agité sa main dans tous les sens. Il écouta attentivement la pastille accrochée à son lit mais n'entendit nul son. Ni même le moindre crachotement. Ce n'était pas Elwenne qui l'avait appelé. Elle dormait sans doute à poings fermés. La voix résonna à nouveau et il la sentit directement dans sa tête. Il en éprouva un vertige qui le fit s'écrouler sur le lit, à bout de forces. Il eut juste le temps d'entendre la phrase alors que les ténèbres l'enveloppaient à nouveau.
« Trouve moi…Je m'appelle Zelda… ».
