8.
De retour d'Intervention, Aldéran et ceux de l'Unité Anaconda étaient passés sous la douche, ayant à sortir ensuite de leurs casiers respectifs une des tenues de rechange toujours prête.
- Je te passe la savonnette, Aldie ? s'amusa Soreyn.
- Et la brosse à reluire ensuite ? ironisa Aldéran en se rinçant abondamment. Dommage pour toi que les flacons de savon soient fixés au mur !
- Mon pauvre vieux fantasme… fit mine de se plaindre le Capitaine de l'Unité.
- Oh, s'il n'y a que ça pour te rendre service ! persifla encore Aldéran alors que Pryom était devenu rouge comme une tomate, je peux encore sacrifier ma précieuse vertu. En position ! ?
- Arrête, notre dernière recrue va finir par croire que son bizutage est sans, voire pire nous croire tout court !
- Il n'est pas idiot, sinon tu ne l'aurais pas recruté. Il ne croit pas davantage à nos délires idiots que tu ne penses encore un instant que ma rousseur est entièrement d'origine – même avec une nature surnaturelle, il faut un peu la retoucher avec le temps !
- Mon coquet coquinou préféré, j'adore te retrouver entièrement après toutes les épreuves et souffrances des dernières années.
- Là, tu vas non seulement affoler notre ingénu, mais il va se sauver à toutes jambes !
- Qui sait ?
Et plutôt hilare, les deux amis se retournèrent vers Pryom qui, à défaut de demander sa mutation, quitta les douches effectivement rapidement !
Aldéran redevint sérieux.
- Le temps que j'essore cette crinière, tu peux m'apporter une serviette ?
- Mais, à tes ordres, Général !
Les mèches encore légèrement humides en dépit du séchage, Aldéran rejoignit l'Unité Anaconda présente au complet dans sa salle de réunion.
- Toujours envie de faire partie des nôtres, Pryom ?
- Oui, assez. Vous êtes tous, assez particuliers, mais efficaces, et je me suis engagé pour cela.
- Vous viendrez me faire votre débriefing de la semaine de remise à niveau au Camp Militaire dès votre retour, pria Aldéran qui pianotait en même temps sur l'écran tactile devant lui.
- J'espère être à la hauteur, Général.
- Ne l'espérez pas, soyez-le, c'est un principe de base éternel ! Et, effectivement, de votre réussite aux tests dépend votre avenir ici – Règlement des Polices, rien de personnel.
- Je suis au courant. Je connais moi aussi parfaitement ce Règlement !
Aldéran se pencha alors légèrement vers Soreyn assis à sa droite.
- Misère, un autre petit toi ! chuchota-t-il.
Soreyn eut un petit rire.
- Je crois qu'on a trouvé celui qui me succédera quand j'aurai pris ton fauteuil et ta place de parking !
- Bien, passons au débriefing.
Et tous rassemblèrent leurs notes électroniques.
Aldéran débarrassa la table, rassembla la vaisselle sur la table roulante.
- Je ramène les îles flottantes et le sirop tout de suite.
Elle remplit à nouveau les verres de vin.
- C'est vraiment trop grand et silencieux sans les gamins !
Son mari ne put s'empêcher d'éclater de rire.
- Quoi, tu veux que je nous achète un deux chambres avec kitchenette, ou que je réserve déjà nos places à l'hospice ?
- Toujours aussi rapide en besogne, toi, et avec de singuliers raccourcis.
- Et ce raccourci, tu en penses quoi, en glissant quelque chose sous sa serviette.
- Quoi ? Quoi ? !
- Ouvre l'enveloppe pendant que j'apporte le dessert, murmura-t-il en déposant un baiser dans son cou.
- Chouette, je ne dois pas attendre !
- Alors, qu'en penses-tu ? s'enquit-il en rapportant les assiettes creuses.
- Je n'ai pas encore plongé ma cuillère dans ton dessert !
- De l'enveloppe, ma caille !
Ayvanère agita les billets d'entrée.
- Je passe ma plus belle robe et nous irons à cette soirée de danses classiques.
Elle agita un doigt menaçant.
- Et gare à toi si tu as le malheur d'accorder un des tangos à une autre que moi, j'exige l'exclusivité !
- Je ne peux rien te refuser.
- J'aime quand mon bel étalon m'obéit au doigt et à l'œil.
- Et à la cravache !
- Attends que nous soyons de retour au lit, je vais te menotter au lit.
- Oh oui !
- Fais gaffe, je pourrais te prendre au mot.
- Et si j'avalais les clés ?
- Ca ferait plaisir à Pryom de nous surprendre dans une telle position !
- Ah, toi, dès que tu peux faire une niche à quelqu'un, tu redeviens plus gosse que les nôtres !
Aldéran sourit de toutes ses dents, ce qui accrocha une lueur au diamant serti dans sa dent.
A eux deux, en amoureux, Aldéran et Ayvanère avaient profité de chaque instant de la soirée, validant les jetons des danses achetés à l'entrée, et s'étaient mutuellement conduits selon ce que l'orchestre avait joué.
Durant le trajet de retour, Ayvanère était demeurée blottie contre l'épaule de son époux qui conduisait le tout-terrain brun métallisé dans les avenues vivement éclairées de la galactopole.
Mais dans l'ascenseur, n'y tenant plus, elle lui avait sauté dessus, le plaquant contre la paroi vitrée avant de se retrouver elle-même contre le panneau des noms, des mains expertes s'étant emparée de sa croupe, remontant vers les reins avant de redescendre à nouveau tandis qu'une bouche gourmande avait incendié la sienne avant de plonger dans son décolleté.
- Tu veux me faire oublier les menottes, ou quoi ? lâcha-t-elle dans un souffle.
- Non, le temps que tu les sortes, j'irai quérir mes éperons pour te monter !
- Mais, ça, je l'espère bien !
Après avoir verrouillé les portes du duplex derrière lui, Aldéran la souleva entre ses bras et lui fit monter l'escalier en colimaçon.
- Je sais que l'étranglement a certaines vertus, mais si tu veux en profiter, laisse-moi un peu respirer entre deux baisers.
- Je suis sûre que tu peux tenir le coup, gloussa-t-elle. Ton Pryom passe ses tests d'aptitudes, moi je m'occupe du tien !
- S'ils pouvaient tous être aussi agréables !
Et après s'être déshabillés l'un l'autre, ils s'abattirent au milieu du lit.
