Pour ce que j'avais compris des bribes de conversation qui me parvenaient, ces derniers temps, Kovu et Kiara s'étaient rencontrés plusieurs fois. Ils avaient développé des affinités et Kiara souhaitait visiter l'endroit où il habitait.

Enfin, j'espérais que c'était ses intentions...

Puisque l'Exclu marchait devant nous, j'avais essayé de convaincre Kiara en chuchotant qu'elle ne devrait pas faire confiance à son ami le lionceau. D'un ton froid, elle m'avait répondu que lui, au moins, était un vrai ami... Après être resté bouche bée quelques instants, je continuai d'insister. La princesse s'insurgea :

«-Mais pourquoi haïssez-vous le? A-t-il vraiment l'air méchant? Regarde ses grands yeux verts si expressifs, sa mèche rebelle qui tombe sur son front et son visage rond. Je n'ai jamais su pourquoi les Exclus ont été bannis, mais ce n'est certainement pas de sa faute à lui, Zi...»

Je soupirai. Je n'arrivais pas à le voir comme ça, mais, d'une certaine façon, elle avait raison. Kovu était innocent des actes de sa famille et, malgré sa façon si droite et fière de se tenir, il n'avait pas l'air bien dangereux. C'était plutôt idiot cette peur de tant de lions. Il y a bien des chances que un dans le lot d'exclus soit gentil, non? J'osais l'espérer.

Nous arrivâmes enfin en début d'après-midi. Depuis notre sortie de la Terre des Lions, nous n'avions vu qu'un seul point d'eau et aucun autre animal. Je me demandais bien comment les Exclus faisaient pour survivre. J'eus bientôt ma réponse.

«-Mère, mère!, s'époumona Kovu en arrivant à ce qui semblait être leur demeure. J'ai ramené des amis pour le dîner!

Sa mère nous apparut alors, dissimulée dans un coin sombre de leur grotte. Sa petite carrure et son manque de poids nous laissaient la présager faible, mais je devinait qu'il n'en était aucunement le cas. Chacune de ses fortes pattes avant était pourvu de 5 griffes d'allure solide et tranchante. Dans ses dents, pointues et affûtées comme des lames, reflétait un éclat malsain. Puis, il y avait son regard, plus dur et plus acéré que tout ce qui m'ait été donné de voir. Sur sa tête, un trait rouge sang amplifiait son visage anguleux.

-Des amis?, rugit-elle. Je peux savoir où tu as trouvé ces... amis? Il n'y a personne à des kilomètres! Et je peux savoir où tu trouve ce «dîner»? Tu as planifié d'en faire notre repas, c'est ça?

Kiara tressaillit à mes côtés. Kovu, lui, se contenta de baisser la tête et de rentrer les épaules. Sa mère continua ses vociférations en s'approchant de moi :

-Et ce dadais, où l'as-tu trouvé? Il n'est pas des terres des Exclus, son pelage est beaucoup trop clair.

Son regard de sang me rappelaient les falaises escarpées du Canyon. Sans aucune douceur, il me jugeait, pesait et classait. Je chutais dans les tranchées sans fond de couleur rouille, ne trouvant aucune prise fiable qui me rassurerait.

-Pff, marmonna-t-elle, quel désastre celui-là.

Je voulu protester, mais quelque chose me bloqua. Peut-être était-ce mon instinct de survie.

Ayant fini de m'examiner, la lionne s'orienta vers Kiara. Une voix dans ma tête, représentant sûrement celle de Simba, me hurlait de me placer entre elles, d'éviter à la jeune princesse le supplice de mise à nu par ce regard de sang.

Pourtant, Kiara ne sembla même pas remarquer la mère. Le visage demeuré fixé sur Kovu, elle gardait ainsi une posture fière et noble que l'examen aurait tout de suite ébranlé. Ça sembla plaire à la lionne qui trouva un sourire carnassier.

-Tu es jolie ma petite... Appelle moi Zira, veux-tu? Et si tu me disais ton nom?

Même ces paroles d'origine si douce sonnaient perfides et fausses.

Peu importe, elles sortirent Kiara de sa léthargie. Celle-ci eut un sourire rayonnant.

-Je suis Kiara, princesse de la Terre des Lions! Et lui, c'est Ziwa, mon... ami!

Zira resta interdite. Malgré le fait que ses yeux soient encore plissés de malice, elle afficha les yeux les plus ronds que je ne lui verrais jamais. Puis, son sourire sanguinaire revint avec encore plus de force.

-Kiara, bien sûr! Je connais ton père, bien que nous ayons des relations quelque peu... compliquées. Mais ne t'avait-il pas interdit de t'aventurer si loin de la Terre des Lions?

Le lionceau, qui avait gardé son sourire niais jusque là, le perdit d'un coup. Les yeux rivés au sol, elle commença à faire ses excuses, mais Zira la coupa :

-Mais voyons ma petite, tu es une princesse! Tu es en droit de faire tout ce qui te chante et nous... De te recevoir comme telle!

-C'est vrai?

-Mais bien sûr! C'est notre première loi ici! Toute royauté se doit d'être traitée d'une façon convenable à son rang.

Au tour de Kovu d'enfin s'exprimer :

-C'est vrai?

Sa mère ignora sa question pour entraîner Kiara dans leur grotte. Au fond, je m'y opposait fermement, mais je n'osais pas le dire à voix haute. D'autant plus que Kiara semblait rayonner. Je me jurer seulement de rester sur mes gardes et de ne jamais quitter la petite des yeux.

-Tu pourras dormir juste ici ma toute belle, déclara-t-elle en montrant un coin de la grotte.

Le coin était convenable. Sans égaler le confort et le luxe du Rocher des Lions, il semblait être l'endroit le moins aride des ces terres entières.

-Et Ziwa? ,demanda ma petite protégée.

-Il heu... dormira avec toi. Vous êtes de bons amis, non?

Elle acquiesça.

-Mère, j'ai faim!, vociféra une voix féminine qui nous fit sursauter, Kiara et moi.

-Vitani! T'es allée chasser toi? T'es plus un lionceau, si tu chasses pas tu ne manges rien!

La fameuse Vitani apparu dans l'entrée. Contrairement à l'avis de sa mère, pour moi elle était encore un lionceau... À peine plus âgée que Kiara, ses yeux bleus aciers reflétaient toute la dureté de sa courte vie.

Son expression arrogante se transforma en moue interrogative lorsqu'elle nous aperçu :

-C'est qui, ces zoufs?

-Ces zoufs sont nos invités. D'ailleurs, je retire ce que j'ai dit précédemment, tu auras à manger si tu leur fais visiter le coin. Byee bye!

-Mais il n'y a rien à faire vi...»

Zira lui imposa le silence en la poussant hors de la grotte.

Une fois que nous fûmes rendus assez loin, là où elle devait penser qu'on ne l'entendrait pas, elle murmura à Kovu :«Je suis si fière de ton audace mon fils... Ton beau-père Scar serait si fier de ton plan.»

Le crépuscule était tombé depuis un moment lorsque Vitani termina de nous présenter ses Terres. Il n'y avait pas grand chose à voir : un lac opaque de boue et de particules verdâtres où ils devaient boire, l'entrée d'un réseau de grottes souterraines et une petite prairie où poussait difficilement un peu de gazon pour attirer de maigres proies. Nous n'avions même pas vu d'autres lions, quoiqu'ils pouvaient aussi être cachés. En découvrant leurs seules richesses, je fus empreint d'un sentiment de pitié profond. Je plaignais Kovu et Vitani, qui n'avaient eu qu'une vulgaire fosse de vase pour se désaltérer. Qui n'avaient jamais pu manger à leur faim. Quand je repense aux plaines verdoyantes et vivantes de mon enfance, j'en ai le cœur brisé.

La déception était peinte en lettres majuscules sur la visage de Kiara. Elle semblait avoir mis tant d'espoirs dans la liberté que représentait Kovu... Pour la première fois, elle réalisait que toute liberté avait un prix. Je n'étais suis plus sûr qu'elle souhaitait maintenant aussi ardemment rejoindre cette tribu si pauvre et dénuée d'amour.

Nous rentrâmes donc à la grotte, affamés. Enfin, je supposais que Vitani l'étais aussi, bien qu'elle ne le démontre pas. De toute façon, elle semblait être accoutumée à la faim.

Je ne fut qu'à peine surpris que je réalisai que j'aurais pu manger notre repas à partager à moi seul. Composé d'un bébé antilope et de six souris, je dû me contenter d'un flanc et d'une souris. Je n'étais absolument pas repu, mais je me gardais bien de le dire devant ceux qui ne connaissaient que ça. Heureusement, Kiara resta aussi muette et dégusta lentement son repas. Afin de briser le silence, je posai une question qui me trottait dans la tête :

«-Dites... Y a-t-il d'autres familles de lions sur ces Terres? Tout à l'heure, nous n'avons rencontré personne...

-Ouais, il y a bien trois ou quatre autres familles, daigna me répondre Vitani.

-Si vous ne les avez pas vu tout à l'heure, poursuivit Zira, c'est qu'ils ont peur de vous... et de nous. Ils n'aiment pas particulièrement les étrangers. C'est contre notre nature, mais personne n'est uni ici.

-Surtout que quand on prend quelqu'un avec une proie, on l'abat pour l'avoir...

-Vitani!»

Notre dîner se termina sur cette note de malaise. La nuit étant déjà tombée depuis un bon moment, nous allâmes tous nous coucher.

Je me couchai avec Kiara dans son coin. Je m'arrangeai pour m'installai dans une position plutôt inconfortable, certes, mais qui me permettrait de réagir à la moindre menace. Allongé sur les coudes pour être debout en moins d'une seconde et autour de Kiara à la façon d'un bouclier, je serai près défendre nos peaux. Peu importe les belles paroles avec lesquelles elle peut nous caresser, la perversité se lit dans ses yeux. Il faut être fou pour la croire. La seule chose dont j'ai peur, c'est qu'elle convainque Kiara de sa «bonté». Non seulement ce serait dur pour moi de voir la petite que j'ai tant chéri devenir un monstre comme ces lions, ce serait aussi un désastre pour La Terre des Lions. En effet, nul doute que les Exclus n'hésiteraient pas à utiliser Kiara pour arriver à leurs fins... Et prendre notre territoire. Est-ce que Simba oserait se battre à mort contre sa propre fille qu'il a toujours tant tenu à protéger?

Je ne crois pas.

Sans m'en être rendu compte, j'avais de plus en plus sombré dans un sommeil sans rêve, léger. Je ne pouvais dormir que d'un œil. C'est pourquoi que lorsque je me réveillai en sursaut, je bondis, cherchant le danger.

«-Zi, doucement, ce n'est que moi!, chuchota une petite voix à mes côtés.

Rassuré, je me recouchai.

-Qu'y a-t-il?

Gênée, elle se pencha à mon oreille pour murmurer :

-La madame me fait un peu peur...

Je soupirai de soulagement. Pour que Kiara réussisse à faire fi de son orgueil pour me l'avouer, c'est qu'elle doit être morte de peur. Je peux laisser mes scénarios apocalyptiques de côté pour l'instant.

-Ça ira, ma princesse. Demain, veux-tu qu'on rentre à la maison?

Elle ne resta silencieuse que quelques secondes, mais je les trouvais de trop.

-D'accord.

Le seul problème, c'était mon sens de l'orientation déplorable. Si vous aviez à dire de moi un défaut seulement, ce serait lui. Dans la Terre des Lions, je me débrouille, mais je n'avais jamais mis une patte à l'extérieur avant. D'ici, je ne verrais jamais le Rocher des Lions et ne pourrais jamais trouver ma position à partir de lui. Mais je préférais ne rien dire à Kiara pour le moment et de la rassurer. Je ne voulais pas l'empêcher de dormir.

Comme si elle lisait dans mes pensées, elle m'avoua ne pas pouvoir fermer l'œil.

-Pourrais-tu me chanter une chanson?

Mon regard se porta dans les zones d'ombres de la grotte. Ma vision nocturne de félin me permettait de voir les autres, endormis sur des rochers qui me semblaient affreusement incommode. J'acceptai auprès de Kiara, me promettant de fredonner imperceptiblement. Je ne connaissais qu'une seule comptine et elle était courte, mais ça devrait faire l'affaire :

Au sud se trouve ton destin,

Au nord il y a le mien.

À l'est il y a notr' passé,

Peut-être devrions-nous y retourner?

L'ouest est toujours un secret

qui se cache derrière ces sommets!

Et toi mon ami, où tu iras, ce sera ton choix.

Et tu réussiras.»

Le lionceau sourit et posa sa tête sur mon dos. La connaissant, je savais qu'elle dormirait dans quelques instants. Elle aimait cette comptine, porteuse de liberté. Moi, elle me rappelait ma mère. Presque aussi têtue que Kiara, elle avait toujours insisté pour me la chanter en inversant l'est et l'ouest. Dans sa tribu natale, il paraîtrait qu'ils la chantaient tous comme ça. Il y a de ces petites modifications, selon les régions. La première fois que je l'avais chanté ainsi, mes autres avaient ri de moi. J'avais dû m'adapter.

Je me demandais ce que faisait ma mère, à ce moment. Il était certain qu'elle avait remarqué mon départ. Elle devait sûrement être morte d'inquiétude, mais en train de rechercher la fille de Simba en premier. Il est certain qu'il ordonnera qu'on remue ciel et terre pour qu'on retrouve sa fille. Elle doit se douter que je suis avec elle, ça doit la motiver...

J'aimerais lui dire que je vais bien.

Sur ce, je m'endormis.


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