Désolée pour l'attente! Ce chapitre m'a donnée du fil à retordre, je ne suis pas habituée à faire des scènes d'action! Bref, voilà la suite!


Elliot et moi sommes encore dans un arbre lorsque cela arrive. Charlotte semble n'avoir rien à lire pour une fois et reste simplement assise sur son banc à attendre que l'heure de pause passe. Le vent me pousse dans le dos et je doit m'accrocher fermement aux branches pour ne pas tomber. Il fait un peu froid pour un jour de Mai mais peu importe.

Pour tromper l'ennui, je tente un énième dialogue avec Elliot qui pourrait presque passer pour un fantôme tellement il se fait oublier. Je jure que, lorsque je serai shinigami, je me débrouillerai pour ne pas me retrouver dans le même secteur que lui!

Bon, alors déjà, trouver un sujet de conversation. Tiens, justement, je vois Cobalt, pas très loin, entouré de sa nouvelle bande d'amis. Il faut avouer qu'il est pas mal : des cheveux chocolat noir, des yeux indigos, un sourire de star de cinéma reconvertie dans les pubs de dentifrice, le tout avec une apparence un peu frêle et juvénile. Un beau gosse quoi. Il n'empêche je ne le sens pas trop...

- Hé, tente-je sans me donner d'espoir sur une quelconque réponse. T'as vu le nouveau dans la classe? Tu le trouve comment?

Silence. Visiblement ce sera encore un monologue.

- Il a l'air talentueux. Il les a bien tracé à la course, tout à l'heure...

Toujours rien. Patience John, patience...

- Je l'aime pas trop moi. Et puis il choisit bizarrement ses amis. Eux aussi, d'ailleurs, je me demande pourquoi ils le suivent. Il ne leur ressemble pas du tout...

Un oiseau chante dans les buissons, plus loin. C'est la seule réponse qui me parvient.

- M'enfin, au moins ça fait un peu d'agitation. C'est tellement ennuyeux, ici... Un nouveau, c'est toujours ça...

Blanc, blanc, blanc... On dirait qu'il neige.

- Tu pourrais répondre quand je te parle! Juste un peu, au moins. Je sais pas : baille, soupire, fait "mh", claque de la langue, éternue, hoche la tête... J'ai l'impression de parler à un mur là!

Non, toujours rien. Exaspéré et décidé à lui cracher à la figure ma façon de penser, je me tourne vers... une branche vide. En bas, un éclat de rire me parvient. Elliot, assis au pied de l'arbre, me regarde depuis le début parler à une branche... Ok... Là, ça suffit... Je veux bien être gentil, m'investir et tout et tout, mais là, franchement, j'en peux plus de cet abruti!

Avec un sourire machiavélique pour mon coéquipier qui ne voit rien venir, je fait un pas dans le vide et me laisse tomber comme une pierre vers la tête brune qui s'esclaffe en bas. J'atterris le plus lourdement possible, les talons plantés au sommet de son crâne, faisant taire ses ricanements dans un mélange de grognements et de gargouillis tout à fait jouissifs. Il s'affaisse tellement que je n'ai qu'à avancer le pied comme si je descendais les marches d'un escalier. Pour faire bonne mesure, je lui écrase l'estomac au passage et débarque comme une fleur sur le tapis d'aiguilles de pin, sans la moindre égratignure.

Elliot va s'en souvenir de ça. Ou peut-être pas vu comment je lui ai écrasé la cervelle. Ah, j'aurais peut-être pas dût, tout ce sang risque d'attirer l'attention si on le trouve. Bah, ça ne se voit pas trop et puis, c'est bien trop reculé dans la cour pour qu'on vienne y chercher quelque chose. Euh... Il bouge pas, là, c'est normal? J'y suis peut-être allé trop fort? Ah, non, c'est bon, il revient à lui. Et puis ça va, c'est pas une blessure au crâne qui va le tuer. Ça se régénère vite, ça ne saigne déjà plus. Voilà, ça y est, il se relève et... Et m..., ça va chauffer pour mon matricule...

Avec appréhension, je regarde mon partenaire se relever en titubant légèrement et me lancer un regard meurtrier. Oui, j'ai peut-être été un peu dur... Il n'empêche qu'il m'a énervée à me bouder comme ça! J'ai rien fait de mal, pas vrai?

- J'peux savoir pourquoi t'as fait ça?!, fait-il en se frottant le crâne, et en essayant de nettoyer un peu le sang au passage.

Oui, bon, là oui, j'avoue que c'était pas très sympa de ma part.

- Euh... Parce que t'es chiant?

Bravo, John! Continue comme ça et il va faire pareil sur toi mais avec sa faux! Alors arrête d'être suicidaire et débrouille-toi pour le calmer parce que là, ton évaluateur de niveau de survie est entrain de virer au rouge vif!

Soudainement effrayé, je l'observe avancer vers moi. Tachant de garder contenance, je tâtonne à ma ceinture pour trouver le manche de ma faux qui semble avoir arbitrairement choisi ce moment pour se réfugier sous un pan ma veste. Elliot lève une main et je vois venir la gifle. Une gifle méritée, peut-être, mais que je suis capable de bloquer si j'arrive à dégager mes doigts de ma ceinture. Une gifle qui tombe à toute allure en direction de ma joue. Une gifle qui s'interrompt au dernier moment.

Elliot ne me regarde plus et la colère a quitté ses yeux pour laisser la place à une mine étonnée. Son regard se pose loin derrière moi, en direction de la cour.

- Qu'est-ce qu'il se passe?, lâche-je en suivant son regard.

Je dois avoir l'air très étonné, moi aussi. Là-bas, sur son banc Charlotte est en pleine discussion avec Cobalt, entouré de sa bande d'amis. Nous sommes trop loin pour les entendre mais elle a l'air très agacée par sa présence, au plus grand plaisir du jeune homme qui s'est assis à côté d'elle en ricanant. Voir Cobalt si près d'elle m'inquiète sans que je sache pourquoi. Je vais pour faire un pas quand Elliot me retient par la manche.

- Eh, tu vas où, là?

Je lui jette un regard un peu vide en répondant.

- Je vais écouter ce qu'ils disent.

- Je te rappelle que je ne veux plus que tu ailles lui parler!

C'est le mot de trop. Exaspérée au possible, je repousse sa poigne et lui rétorque violemment :

- Ouais, eh ben tu sais quoi? Un : t'es pas mon père alors ta gueule. Deux : J'ai jamais dit que j'allais lui parler, abruti! Je vais me cacher et écouter ce qu'ils disent. Trois : Puisque tu te fous autant du résultat de l'épreuve, t'as qu'à aller glander dans un coin et me laisser me débrouiller comme tu le fais depuis presque un mois, connard!

Sa mine stupéfaite me soulage d'un poids énorme. Sans rien ajouter, je lui tourne le dos et disparaît dans les buissons. Bon dieu, que ça fait du bien de se lâcher comme ça! J'ai le cœur qui bat à trois mille à l'heure!

Il y a des buissons très épais, non loin du banc où Charlotte se démène. S'y rendre discrètement est plus qu'aisé. Je me glisse silencieusement entre les petite branches, sans en briser une seule. Il est impossible qu'ils me repèrent, à présent. Je suis juste à bonne distance pour les entendre. Entre les feuilles, je peux voir Cobalt qui a croisé les jambes et glissé un bras sur le dossier du banc, derrière mon sujet d'examen.

- ... Vraiment? Ça ne t'embête pas de rester seul, tous les jours?, fait-il d'une voix suave et faussement innocente.

- J'ai mes habitudes et j'ai besoin d'un minimum d'espace vital, rétorque-t-elle. D'ailleurs, si ça ne te gène pas, j'aimerais que tu enlève ton bras de là...

La cloche sonne alors qu'elle achève sa phrase. Cobalt ne semble pas en tenir compte et retient Charlotte par le col alors qu'elle s'apprête à se lever. Sa bande d'amis regarde vers les bâtiments mais semble hésiter à partir sans le jeune homme. Ce dernier leur adresse tout juste un regard.

- On vous rejoint dans une minute, fait-il d'un ton traînant.

Cette phrase sonne comme un signal. Le groupe s'éloigne vers les bâtiments, comme s'ils obéissaient aux ordres de leur "chef". Charlotte cherche aussi a partir mais il la retient et ses efforts semblent l'amuser.

- Attend, on est pas si pressés!, ricane-t-il.

Sa main droite vient insolemment se poser sur la cuisse de la jeune fille déguisée, avant de se faire virer d'une belle claque. Charlotte n'a cependant pas put dissimuler le rouge qui lui est monté aux joues et qui n'est pas passé inaperçu du jeune homme.

- Ah, on dirait que ça te plait, non?

- Ta gueule, répond-elle du ton le plus neutre dont elle soit capable.

Cobalt éclate de rire et je commence à avoir peur. Je ne suis pas le seul. La fureur et l'effroi se mêlent sur le visage de l'humaine qui tente tant bien que mal d'échapper à la poigne qui retient son col. Elle ne peux compter sur l'aide de personne, tout le monde est rentré et ce point de la cour est trop reculé pour être vu depuis les fenêtres du bâtiments. Il lui murmure quelque chose à l'oreille, de sorte que je ne peux pas entendre. Le vent venant de derrière moi, me gène. Soudain, la main gauche du jeune homme lâche son col pour capturer ses poignets à une vitesse effrayante. J'ai des sueurs froides en entendant les cris de terreurs de Charlotte qui agite ses pieds dans l'espoir de frapper son agresseur. Mais la maîtrise de ce dernier est parfaite, elle ne peut rien faire. La main droite de Cobalt, encore libre, vient se glisser sous la chemise de sa prisonnière, commence à remonter...

Je crois que ce dernier acte m'a rendu fou. Sans même me rendre compte de ce que je fais, je jaillis des buissons pour la libérer. C'est plus fort que moi. Un coup de pied dans les côtes suffit à le faire lâcher prise. Je prend ses poignets à mon tour et la tire derrière moi. Vu la vitesse à laquelle je suis arrivée, je ne suis pas sûr qu'elle m'ait reconnu.

- John?

Ah, si, elle m'a reconnu. Peu importe, je dois me concentrer sur le pervers en face de moi qui... n'a pas vraiment l'air mal en point, en fait. Comment est-ce possible? J'y suis pourtant allé fort! N'importe quel humain aurait eu les côtes brisées sur le coup! Il n'a pas non plus l'air très surpris de me voir. En fait, il a surtout l'air... Amusé? Oui, c'est ça. Il me regarde, un demi-sourire sur les lèvres et une lueur condescendante dans les yeux. D'ailleurs, maintenant que je suis tout près, je me rend compte qu'il est vraiment plus grand et plus intimidant que moi... C'est pas très difficile m'enfin quand même!

- Oh? Alors tu t'es quand même décidé?, soupire-t-il d'une voix désabusée. Eh bien, je ne te félicite pas, ce n'est pas digne de quelqu'un comme toi...

J'attrape à tâtons le manche de ma faux, prêt à dégainer, comme dans un vieux western.

- Mais c'est peut-être un simple manque d'expérience, non? Tu es un apprenti, c'est ça?, continue-t-il avec un sourire insupportable.

J'ai le cœur qui bat fort. Ces mots me dérange. Ce jeune homme, cet... humain (bien que j'ai de nombreux doutes sur la question), est-il au courant de ma nature de shinigami? A propos de mon examen? Que sait-il d'autre? Comment? Et pourquoi? Soudain, le vent revient, venant de face cette fois. Je me fige de dégoût. Cobalt dégage une odeur atroce, un mélange de cendre et de souffre, une horreur. Cette odeur, je ne l'ai jamais sentie mais elle réveille une haine viscérale au plus profond de moi. Je ne suis pas sûr de ce que ça signifie... Mais presque.

- Et merde!, je grogne entre mes dents serrées.

Et, sans prévenir, j'attaque. Il semble s'y attendre mais tant pis. Faux en avant, je vise le front, le cou, le torse. Peu importe, il faut juste que je touche un point vital. Mais j'ai beau faire, je ne suis pas assez rapide. Il est trop rusé pour moi. Je n'ai pas l'habitude de ma battre ainsi. J'attaque, il esquive, contre-attaque et, soudain, ma faux se retrouve entre ses mains. Je veux m'éloigner mais c'est trop tard, la lame incurvée frappe déjà. Mon bras me brûle, puis c'est mon flan. Il est joueur, visiblement. S'il avait voulu me tuer, atteindre mon cœur aurait été d'une facilité incroyable. Mais le spectacle de mon sang gouttant sur le sol doit être jouissif pour une bête comme lui.

Je dois absolument tenir. Je me relève mais... J'ai mal, j'ai si mal que j'entend à peine les gémissements d'horreur de Charlotte, plus loin. Elle aurait dut se taire, la pauvre, elle aurait put s'échapper pendant que Cobalt s'amusait avec moi. Ce qu'elle essaie de faire, maintenant, d'ailleurs. Mais c'est trop tard, elle s'est fait remarquée. En deux secondes, il est sur elle. Il lui agrippe le poignet et la tire vers lui. Elle se débat mais il est trop fort. Sans lâcher sa proie, il revient vers moi, lève ma faux, prêt à achever le travail. Je me tient prêt à esquiver mais je n'ai pas beaucoup d'espoir. Les blessures causées par une faux de la mort ne guérissent que très lentement et je suis en train de me vider de mon sang. J'ai de la haine dans le regard pour cet être qui s'apprête à me priver de ce que j'ai attendu toute ma vie.

- Sale démon!

La lame tombe vers moi. C'est ma fin qui arrive. Mais, soudain, un éclat furtif apparaît, derrière lui. Attendez, mais c'est...

- E-Elliot?


Et vlaaaaan! Coupure!

J'espère que vous avez aimé ce chapitre et l'action qu'il commence à y avoir! Bientôt, la suite du combat et quelques révélations...

Ah, et j'aime toujours autant les review alors... A vot' bon cœur, m'sieurs dames!