6.

- On n'a pas été attaqués, c'est Alérian qui a eu une insolation dans cette fournaise.

- En ce cas, ramène-le à l'Arcadia, ordonna Albator dans son oreillette. Il ne nous est plus d'aucun appui.

- Non, je pense qu'il peut faire quelque chose. Je vais l'hydrater, ensuite nous reprendrons notre marche. Sans Alie, ses Tuteurs ne se montreront pas !

- Bien. Remets-le sur pieds. Tiens-moi au courant.

Albator mit fin à la communication.

- Il faut absolument trouver les habitants, c'est trop affolant sinon… Et je refuse que les Erguls remportent encore une manche ! rugit-il. Sinon ce en quoi j'ai toujours cru n'aura rien signifié…

Il croisa le regard interrogatif de Rei.

- Je crois en l'humain, bien qu'il soit capable du pire et du meilleur. Mais les dernières années je n'ai connu que le pire, et pas seulement des humains…


Tentant malgré tout d'économiser les réserves d'eau, Yattaran avait rafraîchi du mieux possible son jeune ami.

- Tu peux tenir debout à présent ?

- Je ne sais pas. Je ne me sens vraiment pas bien… Mais on doit continuer, n'est-ce pas ?

- Oui. Je vais te porter !

- Hors de question !

- Comme tu voudras. Tu es grand, tu as plus que voix au chapitre, sauf si tu chancelles sur tes jambes, compris ?

- C'est un marché honnête. Aide-moi quand même à me relever, Yattaran !

Rassuré, bien plus qu'il n'aurait voulu le reconnaître, le massif Pirate offrit son appui à son jeune ami.


Rei se racla sept fois la gorge avant de parler.

- Le petit devait rejoindre l'Arcadia et se reposer.

- C'est bien ce que j'ai dit, non ! ? se défit son capitaine borgne et balafré. Si j'exposais in considérablement Alie, on me reprocherait de façon encore plus virulente !

- C'est un enfant, capitaine. C'est un jeune adulte de vingt ans seulement !

Albator eut un presque dédaigneux haussement des épaules.

- S'il prétend ne plus être mon poussin, je ne vois pas pourquoi je continuerais à le dorloter ! Et nous avons à poursuivre notre mission.

En vain, Albator ne put rafraîchir ses lèvres de sa langue complètement sèche.

« Cette fournaise est éprouvante au possible… Rien d'étonnant à ce qu'Alie se soit écroulé ! Mais j'ai besoin de lui autant que lui a besoin de savoir pour ses Tuteurs ! Alie, si tu ne peux y arriver, je le ferai pour toi et je te donnerai des nouvelles d'eux. Je t'en fais le serment, mon poussin ! Je suis ton papa, je ferais tout pour toi, même si je ne comprends plus rien à la façon dont tu fonctionnes ! Que nous est-il donc arrivé, mon grand ? ».

De la main, Rei arrêta son capitaine.

- Echo en approche sur mon scan ! prévint-elle. Un seul écho, et ce n'est pas un Ergul !

- Un habitant d'Heiligenstadt, j'espère, souffla Albator, avec espoir au cœur, et méfiance naturelle de guerrier, se partageant ses sentiments. Tous sur vos gardes…

Mais ce fut avec une véritable impatience que le grand Pirate balafré attendit que l'écho soit à portée de vue !


D'une rousseur un peu aveuglante, les prunelles bleu marine, une fine jeune femme finit les derniers pas l'amenant devant le quintet de Pirates, un groupe de six personnes en habits de désert se tenant à petite distance pour ne pas inquiéter les nouveaux venus.

- Je suis Chalandra Kendroff. Nous avons une petite colonie en sous-sol, rassemblant la presque totalité des habitants de ce coin. C'est folie que de se balader à l'extérieur sous ce soleil rouge ! Je vous emmène à l'abri !

- Nous sommes…

- Vous n'êtes pas des Erguls, c'est tout ce qui importe, jeta Chalandra.

- Nous sommes…

- Et si vous étiez vraiment des pillards, vous nous auriez trouvés depuis un moment et déjà dévalisés ! ironisa encore la jeune femme. Suivez-moi !

- Avec plaisir, ne put s'empêcher de lâcher Albator.

Mais il se reprit rapidement.

- Nous ne sommes pas seuls. Mon fils est avec un autre groupe de fouille.

- Je sais. Nous vous avons tous localisés depuis nos souterrains. Mon frère est parti à la rencontre de ce détachement, de votre fils donc.

- Merci.

Soulagé à plus d'un titre, Albator se saisit d'un des bidons d'eau apportés par l'escorte de Chalandra pour le vider d'un trait.

« Maintenant, Alie, on va peut-être bientôt avoir des nouvelles de ceux que tu chéris tant, tes Tuteurs ! ».