Il est... minuit. Il pleut. Je suis sur la place. J'écoute, assis dans le sable, le son des goutte tombant dans la mer. Le vent souffle violemment, mes cheveux tourbillonnent autour de mon visage, mes vêtements semblent vouloir s'arracher sous la puissance des bourrasques qui me secoue de toute part. Cela fait des heures que je suis là, la plage s'est vidée peu à peu, les vagues ont atteint mes pieds à une vitesse inquiétante. Cela fait donc des heures que je me tiens ici. Je suis arrivé à seize heures après avoir reçu ce message :

De : [numéro inconnu]

Le 10 avril 2013 à 14h49.

Salut tête de blatte. Pas sur que tu te rappels de moi, mais je tente le coup... Je suis de passage dans ta « nouvelle » ville alors si ça t'intéresse, j'aimerais que l'on se voit. Toi et moi. Côte à côte. Si ça te va, bien sur.

On a qu'à dire 16h30 sur la place, OK ? Là où y a les trois palmiers qui forme un triangle.

Le blond, (ton ex, au cas où...)

Sur le coup, je n'y ai pas cru. J'ai relu le message, j'étais en cours alors ça a été dur de me contrôler. J'avais les larmes aux yeux, Castiel et Alexy me fixait bizarrement mais genre... vraiment bizarrement. A la fin du cours, j'ai filé en vitesse pour me rendre à la plage, je devais finir à 17h mais je serais arrivé en retard alors j'ai séché la dernière heure et je suis venu là, je me suis assis contre un palmier et j'ai attendu, longtemps, trop longtemps. Tel que vous me voyez ici, j'attends toujours, j'espère toujours, je crois toujours en lui. Est-ce qu'il a changé ? Je ne penses pas mais je m'en serais tellement voulu de n'avoir pas tenter le coup. Je regarde mon portable : plus de batterie. Combien de temps ça fait ? Je crois que je ne l'ai pas regardé depuis que je suis arrivé, il a pu s'éteindre n'importe quand. Je soupir et regarde autour de moi, la nuit est tombée, il n'y a plus que quelques groupes isolés sur la plage. Mon jean me colle à la peau, ça me gratte. Mais je vais pas m'arracher les jambes en publique, surtout que je risque de me faire mal aux ongles. J'ai viré ma fausse poitrine et mon string, je suis enfin habillé en « moi », en mec, donc.

Je regarde ma montre : minuit 30. Il a officiellement... 8h de retard. C'est génial. Je viens de me faire poser un lapin. C'est dingue. Je me relève en m'aidant du palmier, j'ai les jambes engourdies, ça fait mal. En regardant autour de moi, je repère un groupe de garçon sur la plage, ils rient. Ces cons ont même fait un semblant de feu de camp. J'essaye de regarder leur visage, je voudrais savoir de qui il s'agit... Quelques choses à fond de moi me dit que je les connais, leurs rires me sont familier... Un halo rouge éclaire le visage. Son visage aussi. Surtout le sien. Les flammes dansent dans son regard vert. Il est magnifique.

Que faut-il savoir sur ce garçon... Pour commencer, c'est mon ex. Il est australien, blond, musclé, son regard est aussi vert que la vase sur un bateau échoué au fond de la mer. Il est surfer, il a 3 tatouages : un sur le poignet, un de l'épaule au coude et le dernier sur son magnifique torse, sur son pectoral gauche. Ah, son nom... Il s'appelle Dakota, mais il préfère qu'on gémisse « Dake » en général. Bref, le mec que j'attends depuis maintenant huit heures et cinq minutes est là, avec une bande de mec qu'il ne connaît peut-être même pas... Moi, je suis juste incapable de bouger. Je le regarde. Il est magnifique.

Ses yeux sont rieurs, leur vert extrême semble fixé dans le bonheur. Qu'est ce qui lui est arrivé de si génial pour qu'il soit si heureux ? Moi je peine à me reconstruire et lui... Il est aux anges, hein ? C'est incroyable. Insupportable. Je devrais le regarder se marrer sans rien faire ? C'est au dessus de mes forces ! J'avance vers le groupe d'un air décidé, près à cogner, près à hurler. Je m'arrête derrière un des garçons, en face de Dake. Il me regarde et me sourit et tendant une bière dans ma direction.

« Tu bois ? »

Je ne réponds pas en prenant la bouteille et me décale à la gauche du garçon avant de me laisser tomber en tailleur sur le sable, quelques gouttes s'échappent du goulot que je portes à mes lèvres. Je bois une gorgée. C'est dégueulasse. Le goût est trop fort, pas sucré du tout... Burk. J'aime pas. J'ai envie de recracher mais j'avale difficilement, Dake me regarde fixement.

« Tu es en retard. Me lance-t-il

-Hein ? Je suis arrivé à 16h15 !

-Un quart d'heure d'avance ? C'est mignon.

-Te fous pas de moi... dis-je en soupirant, gêné. Qu'est ce que tu me veux ?

-Je voulais juste qu'on parle un peu. Mais tu as pas l'air disposer. »

Cette fois, s'en est trop. Je me relève en laissant la bouteille dans le sable, elle tient mal et fini par tomber, se renversant doucement. La bière est absorbée par le sable doux, je regarde Dake et sourit.

« Dakota. »

Je regardes les autres garçons.

« Et ceux qui l'ont accompagné parce qu'il n'a pas eu les couilles de venir seul, au revoir ! »

Dake me lance un regard meurtrier et se relève alors que je m'éloigne, sa main se resserre autour de mon poignet, j'essaye de me dégager, son visage est près du mien, nous sommes côte à côte comme si nous avancions main dans la main. Mais je veux partir. Il me parle doucement pour ne pas être entendu, mais tellement froidement...

« Avec tes conneries, on a pas pu aller jusqu'au bout. Je suis descendu dans un hôtel près de ton lycée, passe me voir. Autrement je viendrais. »

Il me relâche avec un sourire et retourne s'asseoir, leur conversation reprend alors que je les regardes, incrédule, pendant de longues minutes. Un soupir filtre entre mes lèvres et je rentre à la maison à pas de loup pour ne réveiller ni mes parents ni Emilie. Je monte me coucher et m'endors comme une masse.

Le lendemain, alors que je sors de ma chambre, je suis surpris par le silence. Lourd silence. Très lourd silence. Je parcours la maison avant de me rendre à l'évidence : je suis tout seul. J'allume mon portable et le pose sur la table de la cuisine en me faisant un bol de céréale. Il se met à vibrer en continue, je regarde l'écran : mon répondeur. Je soupir et décroche, le mettant en haut parleur pour m'asseoir et manger.

« Coucou la belle au bois dormant ! »

Je souris, c'est la voix de ma sœur.

« Je suis partie avec papa et maman dans notre ancienne maison, parce qu'il faut récupérer nos dernières affaires... J'ai pensé que tu ne voudrais pas venir alors on t'a laisser dormir pour que tu sois tranquille. Castiel est passé ce matin, je lui ai dit de repasser plus tard. Il sait que t'es un mec ?! Il a pas eu l'air surpris de me voir ! Bon, aller, je te laisse, les parents s'impatiente. A tout à l'heure, fait gaffe à tes fesses si tu couches avec lui ! »

Elle rit puis le message s'arrête. Je le supprime, inutile de le garder et regarde l'heure alors qu'on sonne à la porte. Je me tourne vers le frigo : maman y a accroché un mot disant qu'elle attend un coli. Je me relève et vais vers la porte, baissant autant que possible le t-shirt qui, avec mon caleçon, constitu mon seul pyjama. J'ouvre la porte en finissant d'avaler un céréale et sursaute, manquant de m'étouffer.

« Salut. Jolie robe. »

Je rougis follement, incapable de me calmer. Dakota me regarde le plus naturellement du monde, détaillant mon corps de ses yeux brûlant d'envie. Je soupir, essayant de me manifester pour qu'il cesse de me reluquer. Rien à faire. Il fini par faire un pas en avant, je recule, le laissant entrer. Pas malgré moi. Non. Inconsciemment, je suppose, je meurs d'envie d'avoir ses mains sur ma peau. Je rougis encore et tressaille lorsqu'il referme la porte. C'est comme un huis-clos. Je me retrouve prisonnier de cette maison, bientôt de ses bras. J'ai hâte, mais je me restreint malgré tout. Je dois savoir rester maître de moi-même, surtout je dois être signe. Mon honneur est en jeu. On ne couche pas avec un ex.

Dakota... Dake, s'en moque. Ses bras passe autour de ma taille, il m'enlaçe, son torse collé à mon dos, ses lèvres dans mes cheveux. Je frissonne et ferme les yeux, j'attend patiemment qu'il aille plus loin.

« Alors ? Tu as passé une bonne nuit ? »

Ce fut le déclic. Il m'a fait un mal de chien, en disant ça. Je grogne, lui demande de me lâcher, il refuse d'abord et fini par me laisser m'échapper de son étreinte quand mes ongles se plantent dans ses mains. Après m'être écarté de lui, je monde dans ma chambre, il a la délicatesse de ne pas me suivre. Je vais m'habiller, j'enfile un vieux jean délavé et le premier t-shirt à ma porté, il a du être blanc, un jour, maintenan c'est juste un gris hétérogène. J'essaye d'arranger mes cheveux et je redescend vers le salon, je m'arrête à la porte, je regarde les deux hommes qui se font face dans la pièce. Castiel et Dake. Dakota. Castiel et Dakota. Le roux me regarde, son visage s'adouçit, il me sourit.

« Salut, Aoimaru.

-Salut Castiel...

-C'est qui ? Il dit que tu sors avec lui. »

Je fusille Dakota du regard en répondant.

« Il se trompe. »

Le surfer grogne et s'avance vers moi, il attrape fermement mon bras, je le regarde en essayant de me dégager. Son regard est planté dans le mien.