Auteur: Subaru-dSérie: Tokyo Babylon Genre: Retour dans le passé Couple: SahanXSûjiro

L'histoire de Tokyo Babylon ainsi que ses protagonistes appartiennent à Clamp, mais les héros de cette fic sont ma création, quoiqu'ils vous rappelleront potentiellement quelqu'un .

Petit retour dans le présent pour ce chapitre, afin d'établir peu à peu le lien entre Sahan-Sûjiro et Subaru-Seishirô.

Ri-Me-n-shi – Chapitre 6

Kyôto – 24 Février 1974

«Tu vois?»

Seishirô pencha sa petite tête d'enfant songeur sur le côté:

«Pourquoi m'avoir amené ici, maman?»

Setsuka caressa les doux cheveux noirs avec un sourire.

«Pour te faire plaisir…peut-être. Dis-moi si tu ressens quelque chose…»

Le petit garçon plissa les yeux…devant lui, il n'y avait que de longs couloirs blancs, qui, en dessous des odeurs chimiques de désinfectant, avaient des relents de sang. Un hôpital, pour un jeune Sakurazukamori…Mais pourtant…il y avait quelque chose.

«Oui…tu le devines…Viens.»

Elle lui prit la main et lui fit traverser le couloir, jusqu'à une chambre, isolée des autres. Seishirô sentit que «ça» devenait plus précis.

«Il faudra être discret. Ta présence risque de déplaire.»

Doux euphémisme.

Setsuka avait veillé à ce qu'on ne le dérange pas…Elle tenait beaucoup à ce que son fils fasse connaissance avec les Sumeragi, comme elle auparavant.

Toujours connaître son adversaire.

Toujours le prévoir.

On ne faisait du bon travail qu'à cette condition.

Et l'adversaire avait atteint à son tour une nouvelle génération.

«Va. Mais sois gentil, surtout.»

Seishirô considéra sa mère avec perplexité? Gentil? Il ne savait même pas en quoi ça pouvait bien consister…

Au départ, il ne vit qu'un petit lit…il sentit la présence de deux âmes…l'une d'elle irradiait. Fasciné, le visage soudain transfiguré, il s'approcha…Deux bébés dormaient, l'un serré contre l'autre…des jumeaux.

Setsuka le rappela alors. On venait.

«Pourquoi doit-on s'enfuir, maman?» Demanda-t-il, agacé, alors qu'elle l'éloignait des enfants.

«Tu ne trouves pas ça plus amusant qu'ils ne sachent pas?» S'enquit-elle.

«Je crois bien que je le veux, maman.»

«Tu le… «veux»?»

Pour la première fois, Setsuka surprit sur le visage de son fils une expression très étrange pour un Sakurazukamori, mais bien légitime pour un garçon de cet âge.

Ses yeux luisaient de gourmandise…une gourmandise malsaine, malveillante.

Venant de lui, cela n'aurait pas pu être bon enfant.

«Le garçon. Je le veux, maman. Pourquoi je ne peux pas le prendre? Je le traiterais bien.»

«Ca, j'en doute.»

«Je te le jure!»

Elle se remit à rire.

«Pourquoi ne prendrais-tu pas un chien, plutôt? Ce serait moins…embarrassant.»

«Je ne veux pas de chien. Je ne veux rien, tu le sais, maman. Mais lui, je le veux.»

«Et pour quelle raison?»

«Il est…Il y a de la chaleur en lui. Il y a quelque chose

Mais les mots ne venaient pas…c'était si évident, pour lui, qu'il devait le prendre sans plus de discussions.

Setsuka songea qu'il serait tout à fait capable de retourner chercher la minuscule créature dans son berceau et de l'arracher à sa famille, sans le moindre état d'âme…Mais Seishirô ne faisait pas de caprices.

Cette lueur dans ces yeux ne mentait pas.

«Hé bien…Il te suffit de savoir manœuvrer, mon fils. Et tu pourras t'en emparer tout en t'amusant.»

«Vraiment?»

«Vraiment. Mais cela pourrait le faire souffrir…»

«Et alors?»

«Tu sais qu'il s'agit d'un être humain, n'est-ce pas?» Demanda-t-elle, comme si elle plaisantait.

«Je me fiche de ce que c'est. Il est à moi. Il DOIT être à moi, maman.»

«Même si tu dois le faire pleurer?»

Le regard doré de Seishirô se remit à luire et il eut un vilain sourire.

«Je m'en fiche. Je le traînerais jusqu'à sa cage s'il le faut.»

Les doigts de sa mère lui caressèrent la joue:

«Je crois que tu seras un bon Sakurazukamori.»


Kyôto – Année 1400

Sûjiro regarda le champ de bataille avec lassitude. Il n'aurait pas cru la lutte si rude…Les Sumeragi étaient forts, tout à fait digne de s'opposer au clan.

«Ils se replient, on dirait.»

«Pas pour longtemps.» Constata sombrement le jeune maître Sakurazuka «Maintenez-les à distance, je vais m'assurer que tout va bien au sanctuaire.»

«Bien, Sûjiro-Dono.»

Il courut pratiquement vers la colline…bien que les Sumeragi n'aient pu arriver jusque là – et qu'ils n'aient aucun intérêt à blesser l'un des leurs – Sûjiro avait senti poindre, au cœur du combat, une languissante inquiétude pour son amant.

Il fut rassuré de le trouver simplement en compagnie de Naruma.

«Tout va bien?»

Sa mère hocha paisiblement la tête:

«Comment cela se présente-t-il?»

«Ils sont forts.»

«C'est une découverte?»

«Une constatation. Sahan-kun, ça ne va pas?»

Le jeune homme paraissait très pâle. Sakurazuka s'agenouilla et lui posa la main sur l'épaule:

«Sahan-kun?»

«Je…J'aimerais…»

«Oui?»

Les yeux sombres de Sumeragi ne fuyaient pas, cette fois. Il murmura quelques mots, sans honte, juste un soupir, presque tendre. Sûjiro sentit sa gorge brûler:

«Pourquoi me demander ça…maintenant, Sahan? Nous aurons tout le temps…»

«Non. Maintenant…Maintenant, Sûjiro…Sûjiro-kun.»

Il avait eu du mal à utiliser cette particule familière…mais qu'il fit cet effort ne faisait que confirmer cette volonté qui brillait au fond de ses yeux.

«Très bien.»

Il l'attrapa par le poignet et le mena au fond du sanctuaire, sans même jeter un regard à sa mère.

Lorsqu'il eut allongé Sahan sur le sol, il remarqua que celui-ci était toujours aussi pâle…il semblait comme pétrifié.

«Tu as peur à ce point?»

«Non.»

Quelque chose n'allait pas…Sahan semblait…Une incroyable tristesse se dégageait de lui. Avait-il vu une défaite? Ou avait-il perdu confiance en lui, en ses résolutions?

«Sahan-kun, pourquoi as-tu décidé cela maintenant? Tu crois que les Sumeragi vont l'emporter?»

Il secoua la tête mais ne répondit pas.

«Ne te dérobe pas…pas à nouveau. Dis-moi ce qui occulte ce calme et ce sourire que j'apprécie, Sahan.»

Je suis désolé…

Je crois que ce monde n'est pas fait pour nous…

Mais…

Aussi courte que soient les secondes entre nous.

Elles resteront gravées comme des heures.

Je crois que tu vas m'en vouloir.

Je te le jure, je paierais cela la prochaine fois que nous nous verrons.

Car nous nous reverrons…Il ne peut en être autrement, n'est-ce pas?

Je sais que tu voudras me retrouver.

Pardon…

«Sa…»

Son cœur fit un bond violent dans sa poitrine lorsqu'il vit les pupilles sombres se voiler soudainement…et l'odeur du sang….lui qui la connaissait par cœur, elle lui sembla soudain intolérable.

Avant même que le souffle du jeune Sumeragi ne se fasse douloureux, Sûjiro avait bondi sur ses pieds et s'était jeté sur sa mère:

«Donne moi l'antidote.»

«C'est trop tard. Il a bu de son plein gré.»

De son plein gré.

De son plein gré.

De…son…

Le sang macula les planches avant que Sûjiro n'ait assimilé ses mots. Il avait broyé, dans un éclat de rage froide, le crâne de sa mère. Ses yeux, écarquillés, ne semblaient plus voir ce qu'il faisait.

De son plein gré.

«Ha….ha ha ha…»

Il riait…de sa propre stupidité, de sa naïveté. Ce n'est pas ici qu'il aurait du emmener Sahan. Une erreur impardonnable…ils auraient du fuir tous les deux.

«Ha…ha ha ha ha ha!»

Il manqua s'étouffer tant il riait.

«Et…tu crois que tu vas t'en tirer si facilement?» Demanda-t-il enfin, la voix altérée «Tu t'en vas, tu me laisse les bras vides…c'est trop facile…»

Piétinant le cadavre de Naruma, il revient vers Sahan et le saisit par les cheveux.

«Je ne te laisserais pas t'endormir paisiblement, en ne me laissant que de la souffrance…écoute bien.»

Le mourant rouvrit péniblement les yeux et voulut parler.

«Inutile. Je sais ce que tu veux me dire. Pardon…Pardon de te laisser seul, pardon de t'abandonner, pardon de te condamner. Des mots vides…Je te retrouverais…»

Il eut un sourire fou, un sourire empli de rage:

«Tu sauras ce que ça fait. Je te donnerais de la douceur, de l'attention…comme maintenant. Et je te les enlèverais…jusqu'à ce que tu les pleures comme une drogue…jusqu'à ce que tu ME pleures comme une drogue. Je te ferais souffrir. Je ne te donnerais plus JAMAIS un amour tendre.»

Sahan s'était mis à pleurer, impuissant, perdu…et conscient de ce que Sûjiro lui disait, malgré tout.

«Eloigne-toi de moi et je te brise…Ton clan ne pourra plus compter sur toi, quoi qu'il arrive…je les traquerais. Je détruirais tout ce qu'ils essaieront de sauver.»

«Non…Sûji…ro…»

«Et je vais commencer par toi. Quelques siècles d'errance pour ton âme, avant de venir me retrouver.»

Il incanta calmement, froidement…la souffrance lui labourait encore la poitrine, mais sa nouvelle résolution l'étouffait peu à peu.

Sa main passa sans résistance la chair tendre de Sahan, ressortant entre ses omoplates, ensanglantée.

«Je ne peux pas encore te briser le cœur…mais je peux toujours te l'arracher. On dit que c'est une mort douloureuse…»

Il contempla le cadavre dans ses bras…Dehors, les bruits de bataille se turent, alors que se déchaînait, au cœur du sanctuaire, une magie terrifiante, le cri d'une âme emprisonnée…Sûjiro sourit. Il avait envie de pleurer, mais il préférait rire.

Il n'en avait pas terminé avec eux.

Plus jamais de clan.

Plus jamais de conseil.

«A présent…Je serais seul.»

A SUIVRE…