Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendance à traumatiser mes personnages.

Titre : Crossroads

Résumé : La vie est composée de chemins qui se croisent. Même la plus petite action peut chambouler la vie de dizaines de personnes sans que l'on s'en rende compte.

Note : Voilà un nouveau chapitre ! Et une semaine de moins à attendre pour la sortie de la prochaine saison de Game of Thrones ^^.

Loccua12 : Merci pour ta review, elle est très encourageante ^^. J'espère que tu aimeras également la suite.

Elna : Court, net, précis. Merci beaucoup pour le compliment.


Chapitre 6 : Rupture.

D'un geste rageur, Kaya écrasait les quatre pauvres baies de gui qui ne lui avait rien fait à part se retrouver dans son mortier. Léna aussi était frustrée, mais, pas pour la même raison. Si elle était contrariée, c'était parce que leur professeur de potions leur faisait réviser des courd de premières années depuis le début de l'année, c'est-à-dire deux semaines, mais, elle le comprenait.

-C'est de la poudre que l'on doit obtenir, Kaya, pas de la bouillie.

La blonde poussa un grognement qui voulait dire « tu pourras critiquer quand ça sera fini ». Selena eut un petit sourire en la regardant s'acharner dessus avec un pilon. Elle savait très bien ce qui tourmentait sa partenaire. C'était que sa mère n'avait pas réagi à sa provocation. Lorsqu'elle eut fini, Kaya mit deux pincées du mélange écrasé dans le chaudron. C'était le problème avec les potions de premières années, lorsqu'on était en quatrième année, on n'avait pas besoin d'être deux pour les faire et pourtant, c'était un court en binôme. Après, ce fut au tour de Léna d'agir, alors, elle remua cinq fois dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Puis, Kaya agita sa baguette. Comme d'habitude, le professeur passa devant leur table en pinçant les lèvres avant de prélever une fiole. Elle savait que leur potion était parfaite. Si elles n'avaient pas encore le droit d'utiliser la magie hors de l'école, elles pouvaient faire autant de potions qu'elles le voulaient pendant les vacances. Et avec un Maître de potions comme mère, il était hors de question pour Ekaterina de ne pas avoir uniquement des « Optimal » dans cette matière.

-Je déteste ça, fit Kaya à Léna.

-Ce n'est pas ma faute.

-Je sais, mais, je hais ça tout de même, répliqua-t-elle en rangeant ses affaires d'un geste rageur.

Selena eut un petit sourire un peu triste. Elle aurait pu mal le prendre, mais, elle savait quand Kaya parlait sans réfléchir, et, en ce moment, c'était le cas. Elle avait donc la certitude que son amie n'en pensait pas un mot. Elle était juste inquiète et… Bah, comment dire poliment à part que Léna en voulait à sa famille ? Elle n'avait pas demandé à naître, mais, on lui demandait d'en payer le prix, jour après jour.

-Tu peux changer de binôme, si tu veux, proposa-t-elle.

-Et rater une chance d'avoir un Effort Exceptionnel pour une potion qui vaut un Optimal ? Tu es tombée sur la tête ma vieille, se moqua Kaya.

Oui, c'était pour ça que c'était difficile de trainer avec elle. Les professeurs voulaient uniquement le meilleur de Léna et elle n'avait pas le droit à l'erreur. Ils ne voyaient que son nom sans voir que parfois, elle aurait voulu pouvoir se tromper comme tout le monde. Ekaterina était l'une des rares personnes à la voir elle, et non le nom prestigieux des Graves. Mais comme elle était la personne la plus proche de Selena, les professeurs exigeaient d'elle la même rigueur et le même niveau que pour son amie. Cette potion d'amnésie était juste une raison à Kaya d'enfin craquer. Léna ne lui en voulait pas. Elle était même surprise qu'elle ait tenu aussi longtemps. Elle n'était pas douée en divination, mais, elle était douée pour juger les gens. Et sa meilleure amie avait besoin qu'on la laisse s'exprimer.

-Tu pourrais au moins réagir ! S'indigna Kaya.

Léna savait que c'était son acceptation de la situation qui mettait son amie hors d'elle. Turquoise-Rose les avait rejointes tout en gardant une certaine distance de sécurité. Selena ne lui reprochait pas sa prudence, et ne lui demanderait pas de choisir lorsque son amitié avec Kaya sera mise à mal. Parfois, il faut savoir laisser une personne s'énerver pour pas qu'elle finisse par exploser.

-Ça ne changerait rien, signala calmement Selena.

-En effet.

Ces mots sonnaient comme une sentence aux oreilles de Selena. Kaya tourna les talons et pour la première fois depuis des années n'attendit pas Léna. Cette dernière sentit son cœur se mettre à peser une tonne. Son frère l'avait prévenu qu'avoir un nom célèbre était une véritable malédiction et que les gens qui resteront à ses côtés seraient rares. Qu'elle aurait des camarades, mais, qu'elle avait une véritable chance d'avoir une vraie amie. Selena aurait voulu courir après Ekaterina, lui dire que si, elle en avait assez. Mais, que lutter contre ce système ne servait à rien. Que les gens n'avaient pas besoin des Graves, ils avaient besoin de ce qu'ils représentaient. Et que c'était pour ça qu'elle acceptait ne pas être traitée comme les autres filles. Pour ça qu'elle prenait soin d'être toujours parfaitement habillée. Pour ça qu'elle travaillait si dur. Parce que c'était ce que les gens avaient besoin pour être heureux. Les Américains aiment les symboles et les familles des Douze (1) en étaient. C'était bête, mais, c'était comme ça. Elle sentit ses yeux la brûler, mais, Turquoise-Rose posa une main compatissante sur son épaule. Cela l'aida à ne pas pleurer, pas à avoir moins mal. Ekaterina Lejova n'était pas que sa meilleure amie, c'était aussi sa toute première amie. Et la perdre pour une chose qu'elle ne pouvait pas changer, c'était… Stupide. Incroyablement stupide. Même si elle l'avait voulu, elle ne pouvait pas changer la mentalité des gens. Lui reprocher d'accepter la situation, c'était…

-Parfois, pour préserver l'Harmonie, il faut connaître la souffrance, philosopha Turquoise-Rose.

Ces mots, produits de sagesse amérindienne n'offraient aucun réconfort, juste la vérité brutale. Rosie compatissait, mais, elle savait qu'il y avait certains points pour lesquels il fallait respecter l'Ordre de la Nature. C'était réconfortant de savoir qu'au moins une personne comprenait son choix de ne pas se battre contre la société. Alors que Kaya partait vers le réfectoire sans elle, Léna prit son temps avant de la suivre. Elle n'allait pas la rattraper le lui dire que ce n'était pas grave, qu'elle voulait à tout pris qu'elles restent amies… Elle aurait voulu le faire, mais, elle était une Graves. Malgré la protection que son nom lui accordait, elle en était aussi prisonnière. Elle ne pouvait rien y faire. C'est donc le cœur lourd qu'elle reprit continua comme s'il ne s'était rien passé. La journée se déroula calmement. Par chance, c'était une journée où Selena et Turquoise-Rose avaient tous leurs cours en commun, alors, Léna s'accrocha inconsciemment à la présence de sa seule amie restante. Lors de leur cour commun d'Enchantements et Sortilèges, les deux demoiselles s'ignoraient. Durant le repas, elles ne se regardèrent même pas. Lors du cours d'Astronomie, il fut de même. Lorsqu'elle finit par aller se coucher, Léna ne vit pas le regard de Kaya qui la suivait des yeux. Elle ne comprit pas qu'elle aussi se sentait seule alors qu'une journée de ne s'était même pas écoulée depuis leur dispute.

.

.

Lettre d'Elisabeth Graves à Selena Graves.

Ma chère et douce petite-fille,

C'est avec tristesse que j'apprends la rupture de votre amitié entre ton amie et toi. Une part de moi aimerait avoir ton optimiste et croire réellement que ce n'est que transitoire, mais, une autre partie de mon être, nettement plus usée par la vie, pense que hélas, il y a des différences qui dressent des barrières infranchissables. Je le sais sans doute mieux que personne.

Le jour où j'ai épousé ton grand-père, le jour où je suis devenue une Graves, ma vie en a été totalement chamboulée. Je m'y attendais, mais, je ne m'attendais pas à ce que le regard des autres change à ce point. Je comprends que mes mots ne te sont d'aucun réconfort. À vrai dire, rien de ce que je pourrais t'écrire ne t'aidera à faire le deuil de cette amitié peut-être irrémédiablement perdue. Je sais que tu as envie de pleurer, de te rouler en boule dans un coin, mais, je vais être franche avec toi. Cela t'est interdit.

Pas parce que tu es une Graves, mais, parce que tu as des responsabilités. Tu as des cours à suivre, des devoirs à faire et des activités extra-scolaires à continuer. Pour chacune de ses choses, tu as pris un engagement que tu dois tenir. Oui, c'est dur, mais pour reprendre les mots de la charmante Turquoise-Rose, cela fait partie de l'Harmonie de la Vie. Nous tous, nous avons un rôle à tenir, des obligations. Même le plus profond des deuils et la situation la plus chaotique ne doivent pas t'empêcher de faire ton Devoir.

J'ai vu des dizaines de familles tomber lors de la Guerre parce que leurs membres avaient oublié qu'ils avaient des Devoirs aussi bien envers ceux de leur sang qu'envers tous les autres. Des noms de familles royales déchues doivent déjà te venir à l'esprit. Je ne dis pas que c'est ce qui risque d'arriver à notre famille si tu manques à ta charge, mais, si tu le fais, les gens verront qu'il y a des situations durant lesquelles tu n'es pas fiable. Ils prendront la confiance qu'ils peuvent avoir en toi. Et les conséquences… Tu les connais. Notre pays s'est détaché du Royaume-Uni parce que cette confiance n'existait plus. Il y a eu une Révolution en France parce que le peuple ne croyait plus en son Roi. Je reconnais que ce sont des exemples extrêmes, mais, ils sont réels. Le système de tout notre pays et même nos vies, sont basés sur la confiance que nous pouvons avoir les uns envers les autres. Même si c'est dur, même si tu n'en as pas envie, même si c'est une bien triste réalité, entre ton devoir et toi-même, entre mademoiselle Graves et Selena, ce sont tes obligations qui doivent gagner le combat intérieur qui se livrera en toi jusqu'à la fin de tes jours. Il s'agit d'une dure leçon que j'ai appris en étant l'épouse et l'amie de ton grand-père, paix à son âme.

Je sais que ce que je te dis te semble aussi injuste que dur, mais, toi comme moi, nous n'avons pas le choix. Nous sommes nées femmes, et en tant que telles, parfois, nos vies sont des rivières de larmes. Ce n'est pas juste, mais, c'est ainsi. La vie n'est pas juste. Et il est de notre devoir de préserver l'Harmonie de la Vie avec toutes choses.

Je sais que ce n'est pas la lettre de réconfort que tu espérais, et j''espère que tu pardonneras sa dureté à la vielle dame que je suis.

Avec toute mon affection,

E. G.

.

.

Percival regardait la femme qui dormait tout contre lui. Il la regardait comme s'il la voyait pour la dernière fois. Il savait que ça ne serait pas le cas. Du moins, il l'espérait. Il partait en mission. Il savait quand, mais, il ne savait pas quand il reviendrait, ni s'il en reviendrait un jour. Il voulait revenir, mais, il ne se défilerait pas devant la mort. Pas parce qu'il était un Graves, mais, parce qu'il était un auror et que certains combats devaient être menés quoiqu'il advienne. Il aurait voulu la toucher, graver la douceur de sa peau dans sa mémoire en plus de ses traits, mais, il ne voulait pas la réveiller. Natalia le lui pardonnerait, mais, il ne pourrait plus se perdre sans fin dans ses pensées.

Il lui avait menti. Quand il lui avait affirmé que l'amitié des filles tiendrait envers et contre tout. Il lui avait menti aussi bien pour la rassurer que pour se rassurer. Il préférait penser que sa Selena aurait toujours quelqu'un a ses côtés plutôt que non. Mais, il n'était pas idiot. Certaines amitiés duraient toute la vie, d'autres se brisaient comme la mer sur un rocher. Pendant plus de huit années, elles avaient été aussi proches que des sœurs. Peut-être était-il temps que leur vie prennent des chemins différents. Mais qu'adviendra-t-il de Natalia et lui dans ce cas ? Il savait déjà qu'il avait beau l'aimer infiniment, il choisirait sa fille car tel était son devoir de père, tout comme Natalia choisirait la sienne. Il espérait juste qu'ils n'auraient pas ce choix à faire. Leur bonheur ou celui de leur enfant ? La question ne se posait même pas. Les filles avaient la priorité. Le devoir avant tout. C'était ce que ses parents lui avaient appris, ce qu'il avait appris à ses enfants, ce qu'ils apprendront aux leurs. Il aurait aimé qu'il en soit autrement. Mais, l'égoïsme ne faisait pas bon ménage lorsque des temps sombres s'annonçaient.

Il savait que Grindelwald préparait quelque chose. Cet homme ne pouvait pas se contenter de se calmer. Sans oublier que la dernière Guerre avait laissé des sentiments d'injustice, aussi bien chez les sorciers que chez les non-maj's. Ce n'était qu'une question de temps. Déjà, l'Allemagne non-magique commençait à s'agiter. Et dans le monde magique… Grindelwald, encore et toujours lui. Même si ça faisait deux ans qu'on n'entendait plus parler de lui, ses adeptes faisaient encore beaucoup de vagues en Europe de l'Est. Natalia ne voulait pas en parler, mais, il la connaissait assez pour savoir qu'elle s'inquiétait de n'avoir pu contacter toutes ses connaissances qui n'avaient pas eu la chance de pouvoir fuir ces pays avant la Grande Guerre. Il n'était pas idiot, il savait que si elle avait eu son mot à dire, elle serait restée là-bas. Mais, elle était une femme mariée à cette époque. Elle avait suivi son époux malgré elle. Il ne savait pas grand-chose du père de Kaya. Juste son nom et qu'on lui avait accordé la main de Natalia pour éponger une dette. Lorsqu'il était mort, sa famille avait refusé de soutenir la jeune veuve, alors enceinte, si elle ne retournait pas en Russie. Bien entendu, elle avait refusé. Elle venait d'échapper à la mort durant un naufrage. Après le traumatisme qu'elle avait vécu, il était surpris qu'elle n'ait pas fait plus qu'une légère crise de panique en refaisant une traversé de l'Atlantique sur l'un des deux frères du Titanic.

Aussi horrible que ce soit de le dire, il n'était pas mécontent qu'elle ne soit pas retournée en Russie en 1912. Certes, elle avait connu une misère qu'elle n'aurait pas dû connaître, car si les Maîtres dans un domaine de la Magie sont rares, ils prennent rarement plus d'un apprenti dans toute une vie. Sauf si leur premier élève meurt. Alors, la qualification de la Russe aurait dû lui ouvrir toutes les portes, choses qui ne fut pas le cas avant qu'il ne mette le nez dans ses affaires et découvre son passé. Il eut un sourire en repensant à la réaction de sa fiancée lorsqu'elle avait découvert qu'il avait mené une enquête sur elle. C'était quelques mois après l'entrée à l'école primaire de Selena, il l'avait invité chez lui avec sa fille, il avait attendu que Léna emmène Kaya dans sa chambre pour lui parler, et il ne devait pas y avoir une pièce de vaisselle posée sur la table ce jour-là qu'elle ne lui avait pas envoyé en pleine figure en l'insultant en russe. À la façon des non-maj's, bien entendu. Oui, elle n'avait pas aimé cette intrusion, mais, il avait réussi à la calmer lorsqu'il lui avait dit qu'il ne pouvait pas laisser n'importe qui s'approcher de ses enfants. À moins que ce ne soit le manque de projectile qui l'ait empêchée de continuer. Cela est également une possibilité.

Il ne savait pas si c'était une déformation professionnelle ou pas, mais, sur le coup, il avait dû faire de gros efforts pour ne pas rire. Elle n'en avait strictement rien à faire de son nom et c'était un changement agréable. Elle n'avait pas été élevée en apprenant l'histoire des Douze et leur sens du devoir et du sacrifice. Elle avait été élevée avec un autre système de valeur et elle avait dû travailler très dur dès la mort de ses parents pour survivre. Parce qu'il n'était pas idiot, Ivan Irgorkorvoff l'aurait mise à la porte si elle n'avait pas fourni assez d'efforts à ses yeux. Ensuite, Durmstrang où elle avait appris qu'il fallait mieux être discrète lorsqu'on vit avec certaines personnes, tout en continuant ses études avancées dans un domaine quasiment réservé aux hommes. Pour finir par être vendue, il n'y avait pas d'autre mot. Elle avait eu de la chance que son nouvel époux accepte qu'elle continue à étudier pour qu'elle obtienne sa maîtrise. De ce qu'il savait en droit russe, les hommes avaient tous les droits sur les femmes qui étaient sous leur tutelle pour une raison ou une autre, alors que ces dernières étaient considérées comme des meubles d'un point de vu légal. Bien entendu qu'elles étudiaient et allaient à l'école, mais celles qui ne se soumettaient pas à ce régime patricial étaient considérées comme des filles de mauvaise vie. Elle était forte, il le savait. Elle avait été élevée à la dure. Et pas une seule fois, elle n'avait songé à lui autrement que comme un être humain avec des sentiments. Pas une seule fois, elle n'avait voulu prendre la place de Regina. Il était même sûr que si elle le pouvait, elle laisserait la place à sa défunte épouse, parce qu'elle savait. Son mariage à elle n'était peut-être pas un mariage d'amour, mais, elle avait appris à aimer tendrement son époux. Il avait été bon avec elle, elle lui avait même confié qu'il avait attendu son accord pour partager sa couche malgré les pressions qu'il subissait de la bonne société. Il l'avait respectée, et ils s'étaient aimés d'une certaine manière. Alors, elle savait qu'un amour que la vie nous a pris de cette manière ne pouvait pas mourir. Cela devenait un tendre souvenir, mais, ça faisait partie de nous à jamais. Elle savait qu'il aimerait toujours Regina, comme elle aimerait toujours monsieur Lejov (2). Alors, elle savait que malgré tout, une partie de lui ne lui appartiendrait jamais totalement. On n'oublie jamais son premier amour. C'était à la fois une bénédiction et une malédiction.

Une nouvelle fois, il arrêta son geste avant de lui toucher la joue, il ne voulait pas la réveiller. S'il n'arrivait pas à dormir, il n'avait pas à lui faire profiter de ça. C'était stupide, et il le savait. Mais, il ne pouvait pas s'empêcher de vouloir la protéger. Elle, cette femme tout sauf fragile. Cette femme qui maniait si bien tradition et modernité. Elle qui s'habillait à la mode des années folles sans pour autant se couper les cheveux. Elle qui applaudissait à deux mains la prise d'indépendance de la femme à travers le monde. Se disait-elle que sa vie aurait été bien différence si elle était née plus tard ? Sans doute. Le regrettait-elle ? Peut-être. Par pur égoïsme, il espérait que non. Car, dans le cas contraire, si elle n'était pas venue en Amérique, leurs chemins ne se seraient surement pas croisés.

Avec des si, on mettrait Paris en bouteille, il ne voulait pas penser à tous les « et si ». Pour en revenir à sa cause première d'insomnie, non, les nouvelles n'étaient pas bonnes. Toute cette haine… Il l'avait déjà vu exploser une fois, et à cette époque, il n'y avait pas ces bien-pensants de puritains pour augmenter les angoisses des sorciers. Il repensa avec un petit sourire à ce qui était arrivé le jour où les Cinglés de Salem, pardon, les Fidèles de Salem avaient fait l'un de leur meeting devant le Woolworth Building, siège actuel du MACUSA… A ce souvenir, il eu beaucoup de mal à ne pas rire nerveusement. Par chance, des aurors déguisés en policiers, les avaient évacués. L'enquête diligentée avec expliqué le choix du lieu : le non-maj's n'avaient pas découvert le QG, c'était juste parce que des femmes y travaillaient au lieu de rester chez elles et de s'occuper de leur maison. Cet accident remontait à deux ou trois ans, à l'époque, il n'avait pas trouvé ça drôle, mais, maintenant… Il ne devait pas y avoir un endroit à New-York où il n'y avait pas eu un rassemblement des Dingues de Salem. Cette Bellebosse était une épine dans son pied. Comme beaucoup trop de ses ancêtres l'avaient été dans ceux de ses prédécesseurs (3). Son ancêtre chasseur de sorciers, sorcier lui-même, se retournerait dans sa tombe s'il savait qu'elle avait raté l'occasion de débusquer des êtres magiques cachés en plein New-York. Un jour, il allait vraiment falloir faire quelque chose de son cas. Sur ce point, Tina Goldstein avait raison. Mais, il avait bon cherché, pas moyen de lui retirer la garde de ses victimes, pardon, ses enfants, sans enfreindre la loi Rappaport (4). C'était un problème. C'était peut-être le père en lui qui parlait, mais, on ne battait pas ses enfants parce qu'on a eu une mauvaise journée. C'était mal.

Après « l'accident Goldstein », il avait cherché une solution pour protéger ces enfants… Il avait réellement cherché sans le dire à personne, sauf à Natalia. Et ils avaient dû se rendre à l'évidence. Ils ne pouvaient agir que si l'un d'entre eux avait des pouvoirs magiques éveillés, alors, seulement après confirmation de ce fait, il pourrait faire les démarches pour les retirer tous de la garde de leur mère. Mais, hélas, après plusieurs tests discrets, il s'était avéré que l'ainé, Croyance, n'avait pas hérité de ceux de sa mère, la cadette, Chastity, était une simple non-maj', et la plus jeune Modesty avait beau avoir un noyau magique, ce dernier de ne s'était pas encore exprimé. Cela arrivait que la magie ne soit pas active chez une personne, qu'elle soit tout simplement endormie. Ces personnes étaient ce qu'on appelait des « sorciers cachés ». Des gens ayant les capacités de faire de la magie, mais, chez qui elle ne s'exprime pas. Des gens qu'il fallait mieux laisser vivre parmi les non-maj's pour éviter les problèmes qu'ils pourraient rencontrer, ou provoquer, s'ils vivaient parmi les sorciers. Il aurait bien contacté les services sociaux du monde non-magique, mais, cette Mary Lou dirigeait une secte et le fait de lui retirer la garde de ses enfants pourrait être pris comme une atteinte à sa liberté de culte. Un problème de taille dans un pays qui s'était basé sur la liberté de tout-à-chacun pour écrire sa constitution. Il ne pouvait donc rien faire pour eux. Ce sentiment de défaite était pire que tout. Il avait l'impression de faillir à sa tâche. Depuis quand le bien commun devait-il passer par le sacrifice des plus faibles ? C'était inadmissible. Mais, il n'abandonnerait pas. Il trouverait bien un moyen de les sauver à défaut de pouvoir les protéger. Il y avait toujours un moyen, c'est juste qu'il n'avait pas encore trouvé lequel.

Natalia bougea à ses côtés. Lorsqu'il lui frôla la peau, elle se blottit tout contre lui, et il retrouva le sommeil qui le fuyait depuis de trop longues minutes. Il finit par s'endormir sans avoir trouvé la moindre solution à ses problèmes.


(1) Référence aux douze premiers aurors américains. Ils étaient volontaire pour cette tâche er si peu nombreux qu'ils savaient pertinemment qu'ils seraient amenés à sacrifier leurs vies en acceptant ce poste. Ils se nommaient : Wilhelm Fischer, Theodard Fontaine, Gondulphus Graves, Robert Grimsditch, Mary Jauncey, Carlos Lopez, Mungo MacDuff, Cormac O'Brien, Abraham Potter, Berthilde Roche, Helmut Weiss et Charity Wilkinson. Seuls deux d'entre-eux (Theodard Fontaine et Charity Wilkinson) atteignirent à âge avancé. Leur nom sont rentré dans l'histoire et toujours très respecté.

(2) En russe, les noms de famille s'accordent en genre et en nombre avec les personnes qu'ils désignent. Par conséquence, le masculin de « Lejova », c'est « Lejov ».

(3) La famille Bellebosse descend d'un Ratisseur. Les Ratisseurs sont des sorciers corrompus opérant aux États-Unis, durant le XVIIe siècle, qui pourchassaient leurs semblables par appât du gain. À l'origine, le but premier du MACUSA était de les combattre.

(4) La loi Rappaport est une loi du MACUSA ayant pour but d'établir une ségrégation absolue entre les sorciers américains et les Non-maj's. Elle a été abrogée en 1965.


Je sais que certains vous reprocher à Kaya son manque de maturité, mais, je vous rappelle qu'elle a quatorze ans. À cet âge, on n'est pas mature. Sans oublier que Léna a un côté énervant à ne pas s'indigner alors qu'on la traite différemment des autres et qu'on lui met la pression à cause du passé de sa famille. Moi, elle me donne envie de la gifler. En tout cas, la partie centrée sur Percival prouve que je suis encore la chef des parties spéciales guimauves.