Chapitre 5 : Un ange ?

Légèrement sonnée par cette mésaventure, je ne remarquai pas tout de suite mon sauveur. Ce fut sa voix qui me ramena à la réalité.

-Vous allez bien ?

Jamais, dans toute ma vie, je n'avais entendu de plus beau son. Il avait une voix d'homme, certes, mais elle était emplie de douceur, et elle chantait presque. Je relevai alors les yeux et constatai que son visage était largement à la hauteur de sa magnifique voix. Je fus totalement subjuguée : jamais je n'avais vu de visage aussi magnifique que le sien. Tous ses traits étaient fins et réunis en un ensemble harmonieux et d'une perfection divine. Il me regarda avec de magnifiques yeux, d'un doré vif, semblant briller comme des pépites d'or au soleil. Ses cheveux étaient d'un blond brillant, allant à la perfection avec la blancheur de sa peau, qui était tout bonnement sans défaut, lisse et semblant aussi douce que de la soie.

Je ne pris même pas conscience du temps que je restais ainsi, si proche de lui, à le regarder, à dévorer sa perfection de mes yeux qui ne semblaient jamais se lasser de le regarder. Je le compris bien vite : j'aurais pu rester là des heures à admirer chaque détail de son parfait visage.

-Vous vous sentez bien ?

Encore cette belle mélodie. Si l'on pouvait chanter la beauté, ce serait sa voix que l'on aurait entendue. Voyant dans ses yeux qu'il attendait une réponse, je tentai tant bien que mal de revenir à la réalité et lui dis la première chose qui me vint à l'esprit.

-Vous êtes un ange ?

Il m'offrit alors un léger sourire, et là, je fus sûre et certaine que jamais plus je ne pourrais trouver de chose plus belle que cela. Ce sourire illuminait tout son visage, me laissant une fois de plus dans une totale contemplation.

-Malheureusement non, je me suis juste trouvé au bon endroit au bon moment.

Mes bonnes manières me criaient de le remercier pour m'avoir évité la mort, mais en cet instant, cela me paraissait loin, à mille lieux, j'étais sans voix.

-Ça va aller ? Je peux vous laisser ?

Je fus alors prise d'une panique pire encore que celle que j'avais pu ressentir quand j'avais cru tomber. Il allait partir et plus jamais je ne pourrais revoir son magnifique visage, entendre sa voix si belle. Alors, au risque de paraitre totalement folle, je lui agrippai le bras de toutes mes forces, laissant transparaitre toute la détresse que je ressentais à l'idée qu'il puisse disparaitre. J'ouvris finalement la bouche de peur que mes mains ne suffisent à le retenir.

-Non, je vous en prie, ne partez pas !

Un nouveau sourire éclaira alors son visage, et une fois de plus, je fus totalement sous le charme. J'aurais pu donner n'importe quoi pour pouvoir contempler son sourire encore et encore. Je le vis réfléchir un instant. Il semblait légèrement pris de court par ma requête et je devais bien avouer que moi-même, j'en étais étonnée.

-Comment vous appelez-vous ?

Sa voix était si belle, harmonieuse et chantante, elle m'hypnotisait.

-Esmée, et vous ?

-Carlisle, enchanté de vous rencontrer, Esmée.

Un magnifique sourire vint illuminer son visage. Mais qui était-il ? Un ange. Il ne pouvait pas en être autrement, aucun humain ne pouvait être à ce point parfait. Il semblait tellement irréel.

C'est alors que je me rendis compte que j'étais toujours collée à lui, lui serrant le bras pour l'empêcher de s'enfuir, ou de retourner au paradis. Mais je n'arrivais pas à m'éloigner ou même le lâcher, j'avais trop peur qu'il disparaisse. Que m'arrivait-il ? Pourquoi tenir autant à ce qu'il reste ? Je ne le connaissais absolument pas, il pouvait tout aussi bien être un fou ou un détraqué. Rien que de penser à cela, j'en trouvai l'idée insultante pour lui, il dégageait une bonté et une pureté infinies.

Finalement, ce fut lui qui se dégagea de moi, sans aucun mal. Il posa sa main sur la mienne pour dégager son bras et j'eus alors un sursaut. Mon cœur eut un raté. Ce contact avait été un véritable électrochoc pour moi, et c'était divin. Sa peau était d'une douceur infinie, mais elle était aussi froide que la pierre. Même si mon corps tout entier irradiait de chaleur, je pouvais sentir que l'origine du feu n'était autre que la froideur de sa main. Sans que je le contrôle, je sentis le sang affluer à mon visage, me faisant certainement piquer un fard monumental. A ce moment, il se détourna alors de moi, me tournant le dos. Surement me trouvait-il sotte de rougir ainsi pour si peu.

-Pardon, je … Je…

Je demandais pardon mais en réalité, je ne savais pas exactement pourquoi. Je ne voulais simplement pas qu'il s'en aille et il fallait que je trouve quoi dire pour le retenir, pour qu'il ait une autre image de moi que celle d'une folle s'agrippant au bras du premier venu.

-Je vous demande de rester mais peut-être avez-vous mieux a faire ?

Que me prenait-il ? A peine cette question posée, je la regrettai amèrement. Il pouvait maintenant aisément me dire qu'effectivement, il avait mieux à faire, et disparaitre pour toujours.

-A vrai dire, non.

Il se retourna alors, le sourire aux lèvres et je fus tellement soulagée que je me surpris à sourire sans pouvoir m'arrêter.

-Vous vivez ici ?

-Non. Je suis venue rendre visite à ma grand-tante. Vous devez surement la connaitre, elle possède le manoir à quelques mètres d'ici…

C'est alors que j'eus un flash. Parler du manoir m'avait ramené à la réalité, et dans cette réalité, Hector avait disparu.

-Oh mon dieu ! Hector !

-Hector ? Le chien ?

-Oui, il est à ma tante. Il a du s'enfuir dans la forêt. Oh, non ! Ma tante va être vraiment mécontente si je lui dis avoir laissé s'échapper Hector.

Quelle ironie ! J'étais surement avec un ange tout droit venu du ciel pour me sauver et je devais m'empresser de retrouver un chien.

-Je pourrais vous aider à le retrouver si vous voulez ?

Finalement, je louai soudainement ce chien idiot de m'avoir fait faux bon, ainsi je pourrais passer plus de temps avec cet ange. Je le remerciais de m'aider et nous partîmes en direction de la forêt et nous commençâmes alors à parler. J'étais pendue à ses lèvres, tout ce qu'il disait me fascinant totalement. Il me confia vivre ici seul, ce qui fut pour moi un soulagement. Il n'était pas un ange et donc n'était pas contraint de retourner au paradis.

Etrangement, malgré ma totale fascination pour lui et chacune de ses paroles, je ne restais pas totalement interdite, sans parler. Bien au contraire, nous parlâmes ainsi pendant des heures, de tout et de rien. C'était un homme tellement cultivé, il aimait l'art, la musique, la littérature, il me confia même écrire également quelques poèmes quand il se sentait troublé. Il était également médecin, et consacrait sa vie à sauver celle des autres, ce qui lui allait à la perfection. Ses yeux laissaient transparaitre tellement de générosité. Une question me brûla alors les lèvres mais il était légèrement inconvenant de la poser alors je restais en réflexion avec moi-même, ne sachant que faire. Il le remarqua aussitôt. Était-il donc si facile de lire mes émotions sur mon visage ?

-Vous semblez troublée, voudriez-vous me demander quelque chose ?

-En réalité' oui, mais j'ai peur de paraitre impolie.

-Ne vous en faites pas, demandez-moi.

-Quelle âge avez-vous ? Vous dites être médecin, mais vous semblez si jeune.

-J'ai vingt-sept ans. Et vous, si je puis me permettre ?

Mon dieu, si je lui disais la vérité, il me verrait comme une petite fille et non pas comme une femme, comme la femme que je me sentais être à ses côtés. Mais l'hypothèse de l'ange ne pouvait pas être ignorée, et si je mentais, il le saurait. J'etais en proie au doute, mais pourquoi ? Même s'il me prenait pour une enfant, n'était-ce pas le cas ? Pourtant une petite part de moi aurait aimé qu'il me voit autrement. Finalement, je ne pus mentir.

-J'ai seize ans, dis-je en baissant les yeux sur mes chaussures, devenues toutes noirs de terre à cause de notre balade dans les bois.

Je l'entendis alors avoir un petit rire et je relevai la tète pour voir son visage. Comment cela était-il possible? Même son rire semblait descendre tout droit du paradis, comme une mélodie divine. Se moquait-il de moi, ou de lui-même pour avoir cru que j'étais plus vieille, plus femme ? Surement regrettait-il déjà d'avoir perdu son temps avec moi.

-Pourquoi le dites-vous comme si cela était une honte ?

-Je ne sais pas trop.

Menteuse ! Je savais très bien pourquoi. De tous les hommes que j'avais rencontré, il était le seul à qui j'aurais voulu paraitre une femme, une vraie femme. Mais il devait me voir comme une enfant. Pourtant, en regardant ses magnifiques yeux me transpercer de part en part, les pensées qui me vinrent étaient loin d'être celles d'une enfant. Mais dans ses prunelles dorées, en revanche, tout semblait confus et son visage ne laissait transparaitre rien de plus que le sourire qu'il affichait.

-Bien, je crois que votre Hector a du rentrer tout seul à la maison.

Hector ? Mon dieu, mais oui ! J'avais totalement perdu le but premier de cette excursion : retrouver Hector. Et il avait peut-être raison. Il semblait bien connaitre le chemin à l'aller ; surement était-il rentré tout seul.

-Vous devriez rentrez vous aussi. Si on voit le chien rentrer sans vous, on risque fort de se faire du souci pour vous.

Il avait raison. Si le chien retournait à la maison sans moi, tout le monde allait se faire un sang d'encre. Je priais pour que ma grand-tante ne soit pas rentrée. Mais je n'arrivais pas à me dire que ce départ entraînait une séparation pour Carlisle et moi. C'était absurde de ne pouvoir se séparer d'un homme que l'on connait à peine, mais je ne pouvais le concevoir.

- Vous reverrais-je ?

Mais que me prenait-il ? Ma voix avait dépassé une fois de plus ma raison. J'espérai qu'une fois de plus, il puisse lire le désespoir caché derrière cette demande. Ce qui fut certainement le cas, car il m'offrit de nouveau l'un de ses somptueux sourires.

-Si vous me promettez de ne pas sauter dans le vide pour que je vienne à votre secours...

-Je vous le promets, je vous attendrais très loin du bord.

-Non, c'est moi qui vous attendrais.

Sur ces mots, il prit ma main dans la sienne, ce qui eut le même effet que la première fois : mon cœur fit des cabrioles dans ma poitrine et des milliards de papillons virevoltèrent dans mon ventre. Sa main était glacée, mais son contact était aussi chaud qu'un feu ardent. Il porta alors ma main à ses lèvres et j'étais totalement suspendue à ses gestes, me plaignant intérieurement de la lenteur avec laquelle ses lèvres atteignirent ma main. Puis vint enfin le contact, et ce fut d'une douceur infinie. Ces lèvres aussi étaient froides comme le marbre et son souffle était frais mais je sentis un frisson courir le long de mon échine. J'aurais voulu qu'il reste ainsi des heures, sentir ses lèvres froides sur ma main, sur ma peau. Quel gout pouvaient avoir ses lèvres ? Je me surpris moi-même, m'imaginant perdre le contrôle et me jeter sur ses lèvres, mais cela était bien sur exclus. Non pas par manque d'envie mais par la peur du rejet. Quel homme qui se respectait pourrait accepter le baiser d'une fille de seize ans, de surcroît quasiment inconnue ? Mais il en allait de même pour moi : quelle jeune fille qui se respectait pouvait avoir de telles pensées pour un inconnu de dix ans son ainé ? Finalement, le contact fut rompu et je me retournai alors, il fallait à un moment ou un autre trouver le courage et la présence d'esprit pour rentrer.

J'empruntai le petit sentier en direction du manoir. Je voulus admirer son visage une dernière fois mais quand je me retournai, il avait disparu. Cependant, je savais au fond de moi-même que si je revenais demain, il serait là. Quelque chose naissait en moi, je le sentais petit à petit capturer mon âme et mon cœur. Et il me l'avait dit, c'était lui qui m'attendrait. Il voulait me revoir lui aussi, pourtant je paraissais tellement insignifiante à ses cotés. Il aurait pu avoir toutes les plus belle femmes, mais non, c'est moi qu'il avait envie de revoir. Je devais sûrement rêver. Un ange était descendu du ciel, et il était venu pour moi. Comment résister ?