Me revoilà après une longue période de non-mise à jour !

Merci à tous ceux qui ont laissé des reviews la fois précédente ! Et merci aussi à ceux qui mettent ma fiction en favori et en attente, ça me fait déjà beaucoup plaisir ! Sur ce, voici la suite, j'espère que vous prendrez plaisir à la lire !

Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, les citations et références non plus. Toute mention de noms de personnes réelles est purement involontaire.


Chapitre 6 – Le jeu des apparences

-Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Et la sœur Anne lui répondait :

-Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie.

La Barbe Bleue - Charles Perrault

.

Il n'avait fallu qu'un temps à Teddy pour imaginer le premier sort qu'il allait lancer et lever sa baguette, un sourire affleurant sur ses lèvres

Mais il n'en eut pas le temps. Un « Expelliarmus ! » prononcé par une voix criarde lui fit lâcher son arme des mains et il perdit l'équilibre, un éclair fugace de stupéfaction traversant son regard. Il atterrit sur les fesses, juste à côté de la fille ligotée qui se débattait, les mains liées dans le dos. Il regarda en direction d'Harold, aux mains de… la directrice même, qui leur jetait un coup d'œil si acide que même en baissant les yeux, ils se sentaient se dissoudre en un rien de temps. La directrice, Jessica Goldheart, considéra longuement les garçons, tenant toujours Digg par le col et Lupin en joue. Puis elle siffla, d'un ton terrifiant :

« Regagnez les rangs. Nous aurons à discuter bientôt de votre comportement. Beth. »

La vieille femme voûtée apparut subitement à ses côtés.

« Talonne-les de près, je tiens à m'assurer aussi qu'ils te confient bien leurs baguettes. Celle de Lupin est par terre, tu n'as qu'à te pencher pour la ramasser. Quant à Digg, la voilà. »

Elle lui tendit le bout de bois. Beth obéit sans rechigner et sur un signe de tête indiqua aux garçons d'avancer. Elle-même les suivait par derrière, une expression mauvaise sur le visage. Elle tenait négligemment les baguettes, comme de simples brindilles.

Une fois que les jeunes hommes confus et la vieille se furent éloignés, la directrice porta son regard sur la jeune fille ligotée au sol. Grâce à un sort informulé, elle libéra la surveillante et celle-ci se leva en se frottant les mains. Elle ouvrit la bouche, les joues rosies par la honte, mais se fit interrompre par la voix froide de Goldheart :

« Ce n'est pas la peine de vous excuser, Meryl Greylord. C'était à prévoir, seulement, je vous ai crue plus maligne. »

Meryl baissa les yeux.

« Je suis intervenue à temps, mais rien ne les empêche de recommencer dans notre dos, et nous ne serons pas toujours là pour vous aider. Protégez vos arrières la prochaine fois.

-Oui, madame la directrice.

-Laissez-moi vous expliquer clairement la situation : vous ne vous trouvez ni dans un camp comme celui que vous avez quitté ni dans un Pensionnat comme celui que vous avez connu. Ce Pensionnat est particulier car il sert de centre de rééducation pour les jeunes gens dont les parents ont commis des méfaits. La plupart étaient de grands criminels de guerre. Lupin, par exemple, est tenace comme sa mère et intelligent comme le fut son père, il n'est donc pas à sous-estimer. Nous tenons les informations sur chaque élève soigneusement classées afin de mieux pouvoir les réutiliser un jour, si besoin est…

-Oh…

-Je sais que vous êtes capable de tenir tête à ces gens, Meryl. Ils ne sont pas comme vous et moi. Tâchez de ne plus vous retrouver ligotée la prochaine fois. Beth a vu les garçons passer et a jugé bon de me faire sortir de mon bureau, mais je pense que l'occasion en valait la peine. »

Jessica Goldheart esquissa un léger sourire.

« Au revoir, Meryl. Passez une bonne fin de journée.

-Oh… Madame la directrice…

-Oui ? »

La femme était attentive à ce qu'elle allait dire.

« Merci infiniment. J'espère vous revaloir cela.

-Nous verrons cela bientôt… » lâcha du bout des lèvres la directrice en plissant ses yeux couleur poison.

Elle s'en alla en laissant derrière elle une surveillante rassurée et reconnaissante envers elle, la démarche hautaine.

Meryl n'osait encore croire à l'aubaine dont on lui avait fait grâce. Peut-être après tout avait-elle une bonne étoile qui veillait sur elle ? En ce cas, elle avait mis bien du temps à se manifester. Se frottant ses membres endoloris par les cordes magiques, elle reprit le chemin, confuse, du Pensionnat, et ne se retira pas l'incident de la tête de tout l'après-midi, tandis qu'elle recevait les ordres de la surveillante en chef sans mot dire, comme si rien ne s'était passé. Le soir, au moment de dîner, chacune des surveillantes se racontaient leurs évènements de la journée, toutes faisant des commentaires sur le comportement étrange de certains pensionnaires qui s'étaient montrés d'une incroyable docilité aujourd'hui même. Meryl se demanda alors ce que cela devait être, les autres jours, quand ils étaient plus agités. Denise la tira de ses pensées :

« Félicitations à propos pour Lupin et Digg. Ils se sont pris une sévère cognée de la directrice qui n'était pas très contente, je te le dis. Il ne t'est rien arrivé de fâcheux, sinon ?

-Non. »

Meryl ne savait pas mentir d'habitude. Mais ce non, prononcé calmement, parut convaincre sa camarade qui chuchota un « tant mieux » avant de retourner à sa conversation avec sa voisine. A la fin du repas, elle resta avec d'autres surveillantes pour recevoir les instructions sur sa ronde de nuit. Elle devait d'ores et déjà la faire à l'étage des garçons. Comme par hasard… Et ce soir, elle n'avait aucune envie d'en recroiser un seul.

Ajustant sa robe noire et jouant avec sa baguette, la jeune fille prit la route du dortoir, où déjà étaient couchés tous les jeunes gens, du moins les plus obéissants d'entre eux. Ses bottes sur la moquette toujours impeccable ne faisaient aucun bruit. Elle était plus discrète qu'une souris lorsqu'il s'agissait de surprendre.

~oOo~

Allongé sur son lit, les bras en croix, Ted Lupin fixait le sommier du lit juste au dessus du sien, où dormait Gerald, un de ses camarades de chambre. Ils étaient cinq, tous à peu près du même âge. Le plus jeune d'entre eux avait treize ans. Chacun regardait Ted avec un air de profonde réflexion qui les forçait tous au silence. Lui continuait à fixer le vide comme si tout semblait mort autour de lui. L'entrevue avec la directrice l'avait secoué, et on pouvait en dire autant de Harold qui, lui, peinait à se redresser sur son lit sans être désorienté. Ils avaient expérimenté pour la première fois les techniques favorites de la Goldheart pour les punir de s'en être pris à une surveillante dans le but de se venger.

Cœur d'or… tu parles ! songeait Teddy, avec ironie.

Il tourna légèrement la tête de côté pour observer ses camarades. Tous avaient les yeux rivés vers lui. Il grinça alors, malgré le mal de tête qui l'assaillait :

« Vous comptez me regarder longtemps comme ça ? Il est temps d'aller se coucher, quand même.

-Oui, mais… commença Thomas, avant de reprendre son souffle et de dire d'un ton venimeux : cette vieille furie t'a non seulement échappé mais en plus elle a réussi à avoir ta peau. C'est à croire que la chance ne sourit qu'aux imbéciles.

-Te tracasse pas, Tom, grogna Harold, derrière lui. On était juste là au mauvais moment au mauvais endroit. Cela n'empêche qu'on aurait réussi notre coup…

-Assez entendu d'idioties, ça ne nous avance à rien, gronda Gerald, en croisant ses mains derrière la nuque. Je pense qu'il vaut mieux que Ted se repose avant de commencer la phase des opérations, demain. Il faut qu'il soit en forme. Je crois que je vais sortir aux toilettes, pour ma part.

-Je viens avec toi, annonça Thomas, en se levant. Il est tard mais j'ai une petite envie, moi aussi. »

Ted regarda ses amis en souriant, puis il se retourna sur son lit et ferma les yeux, faisant disparaître son mal de tête en laissant le sommeil l'envahir.

« A tout à l'heure, faites attention, dirent les deux autres garçons, tandis que leurs camarades quittaient prudemment la chambre.

-No problem, » grimaça Thomas, avant de disparaître de leur vue.

En silence, à présent, ils se guidaient dans le couloir qu'il leur était interdit d'emprunter en dehors des heures autorisées. Contrevenir aux règles revenait à subir une sévère correction, mais les garçons avaient pris l'habitude de sortir en cachette le soir, pour répondre par exemple à un besoin pressant ou accomplir des tâches autrement plus importantes…

Alors qu'ils s'engageaient dans les toilettes, ils entendirent un drôle de bruit, et se figèrent. Il y avait déjà quelqu'un ici… Ils étaient mal…

La porte s'entrebâilla légèrement tandis qu'un œil alerte regardait par l'ouverture pour identifier les intrus. Les deux jeunes hommes se savaient pris, il ne leur restait qu'à faire leurs prières… La porte s'ouvrit alors en partie, suffisamment pour qu'ils voient la silhouette de ce qui était tout sauf une surveillante.

« Vous m'avez fait peur, chuchota Maria Karver, l'air soulagé. J'accompagnais Maeva au petit coin. »

Une petite fille aux cheveux châtains pointa le bout de son nez et sourit à ses aînés.

« Pourquoi ici ? s'enquit Gerald, étonné.

-Les toilettes de l'étage des filles sont inutilisables, et elles ne sont toujours pas débouchées, justifia Maria, en faisant une petite moue. Du coup, nous prenons davantage de risques car il nous faut descendre les escaliers et souvent, quand ça presse… »

Chacun fit la grimace.

« Vous n'avez vraiment pas de chance.

-C'est vous qui le dites. Comment va Teddy ? »

Chacun se regarda, et soupira.

« Il a l'air d'avoir reçu une sacrée raclée. La directrice n'y va pas de main morte. Il est complètement affalé sur son lit et a besoin de dormir ce soir.

-Cela vaut mieux pour lui, sourit Maria. Demain, ça va être dur, surtout si c'est lui qui commande les opérations.

-On va y arriver. Demain est un autre jour. »

Gloussant à l'entente de cette devise, la jeune fille plaqua alors une main sur sa bouche afin d'éviter de se faire trop entendre. Puis elle prit la main de la fillette à ses côtés et annonça à Gerald et Thomas :

« Bon, nous avons intérêt à y aller sans tarder, si Maeva a l'air d'avoir fini. J'ai un peu peur pour demain, à vrai dire…

-On a tous peur, justifia Thomas, d'un ton froid. C'est la première fois qu'on tente une chose pareille, du moins notre génération. Si on réussit là où les autres ont échoué, alors on peut espérer un avenir meilleur pour nous tous.

-A votre avis, pourquoi nous traitent-ils comme ils le font ? »

Maria avait un air profondément confus.

-On n'en sait rien, c'est comme ça. »

Gerald venait de lui apporter un élément de réponse, mais son ton en exprimait une autre. Lui aussi mourait d'envie de percer ce secret qui les entourait depuis leur arrivée dans ce Pensionnat, il y avait déjà presque sept ans pour la plupart et moins pour les autres… Qu'étaient-ils donc, non seulement aux yeux des surveillantes, mais aussi du reste du monde ? On leur cachait tant de choses et c'était cela qui leur donnait envie de se battre pour en apprendre plus…

« Allez vous coucher. On verra ça demain en temps et en heure. »

Demain… Ce mot résonnait sans cesse dans leurs bouches à chaque fois. Ils ne pensaient qu'au futur, ils n'avaient plus le temps de se soucier du présent.

Lorsque Maria et Maeva furent parties, les deux garçons firent ce pourquoi ils étaient venus et revinrent sur leurs pas aussi vite. Ted était profondément endormi sur son lit, une main inconsciemment posée sous sa tête, tandis qu'Harold ronflait comme un moteur. L'autre garçon, Adam Velius, les attendait de pied ferme.

« Vous en avez mis du temps, bougonna t-il. Vous n'avez pas subi de complications, j'espère ?

-Pas d'inquiétude, sourit Gerald. On a croisé Maria et Maeva dans les toilettes de cet étage.

-Pourquoi ici ?

-Leurs toilettes ont un problème alors elles viennent ici.

-Pas pratique, » siffla Adam.

Les garçons jetèrent un bref coup d'œil à leurs deux camarades endormis, et la voix de Gerald retentit alors dans le silence qui venait de s'abattre sur eux trois :

« J'espère que tu nous guideras, Lupin. »

~oOo~

Meryl était arrivée devant les toilettes juste après le départ des deux garçons, ayant entendu des voix lointaines alors qu'elle tournait au coin d'un couloir. Comme elle ne voyait personne, elle se convainquit qu'elle avait peut-être rêvé, et tourna la tête de tous côtés pour s'assurer que les éventuels fautifs ne fussent pas cachés quelque part à l'aide de quelque sort malicieux. Mais l'enseignement dispensé par Miss Croup était rigoureux et omettait certaines choses qui pouvaient être compromettantes, tel que le sortilège de désillusion, ou l'obtention d'une cape d'invisibilité (elle n'était même pas sûre que les élèves en aient déjà entendu parler). Selon Miss Carvington et Miss Croup, l'ignorance était le meilleur moyen de mater la graine des Rebelles, et leur domination était en soi une victoire sur ces perpétuels résistants qui chaque fois revenaient quand d'autres des leurs mourraient. Meryl avait entendu cette conversation entre deux surveillantes plus âgées, qui nourrissaient l'espoir qu'un jour, le camp ennemi serait trop exsangue pour continuer à se battre. Personne n'osait le dire, mais ce qui au départ n'était aux yeux des Héros du Royaume-Uni qu'un simple mouvement de foule prenait des tournures de guerre. Prononcer le mot engendrait la panique et parfois attisait la colère des hauts gradés. Mais chaque fois, l'inquiétude montait quand on songeait que finalement, les Rebelles étaient peut-être plus nombreux qu'on ne le pensait…

Mais dans leur Pensionnat situé en plein Winchester, à plusieurs kilomètres de Londres, les surveillantes voulaient encore croire que la paix assurée par le Seigneur durerait, et que l'ordre finirait par s'imposer dès que les ennemis auraient rendu les armes.

Une fois sûre que personne n'était dans les parages, Meryl continua sa ronde. Ce fut à ce moment-là qu'elle entendit de légers chuchotements et des hoquets, et se mit en garde. S'approchant doucement, elle resta hors de vue des personnes prises sur le fait, et assista à une scène poignante :

Une petite fille pleurait dans les bras d'une autre, plus âgée, que Meryl reconnut comme étant Maria Karver, une pensionnaire de quatorze ans à peu près. C'était cette dernière qui murmurait des mots de réconfort à sa cadette en lui frottant le dos avec une douceur toute maternelle. La jeune fille sentit son cœur se serrer, lorsqu'elle entendit la fillette geindre dans les bras de sa voisine :

« Mais qu'est-ce qui te dit que Ted a trouvé la bonne solution ? Et s'il échouait ? Les surveillantes se vengeront…

-Du calme, Maeva, rien n'est encore fait, lui dit Maria, tout doucement. Ted n'a pas trouvé la méthode miracle, mais nous devons lui faire confiance, tu comprends ? Il sait très bien ce qu'il fait, c'est un grand garçon. Je crois que je n'aurai jamais son courage d'ailleurs… »

L'aînée semblait triste lorsqu'elle disait cela. Meryl, quant à elle, n'y comprenait rien. De quoi parlaient-elles donc ? Elle décida d'attendre afin d'en apprendre davantage.

« Il va nous aider, ne t'en fais pas. Et puis, il n'est pas tout seul. Il y a Harold, et Gerald, et Jeff, et tous les autres qui l'aident aussi. Tu sais, il pense à nous tous, tous autant que nous sommes. Ted est quelqu'un de très bon… »

Ted… Évidemment, il ne devait s'agir que de Lupin. Meryl serra les poings. Voilà qu'elle se retrouvait à écouter les sornettes de deux pensionnaires qui enfreignaient l'une des règles de l'établissement, en espérant trouver une information intéressante. Tout ce qu'elle avait retenu, c'était ce « Il va nous aider » mystérieux. Les petites filles semblaient beaucoup aimer ce garçon…

Elle sentit un nouveau pincement dans son cœur, indéfinissable, la saisir, et elle y porta la main pour faire cesser cet élancement peu coutumier. Elle décida de laisser les deux filles regagner leur chambre tranquillement et s'éloigna discrètement, afin de ne pas être vue des cachottières.

La question se posait, à présent : devait-elle rapporter ce qu'elle avait entendu à la Carvington ?

~oOo~

Meryl mangeait de bonne heure ce matin-là avec ses autres camarades qui avaient fait avec elle leur ronde de nuit. Elle attendait l'arrivée de Lindsay Carvington pour lui évoquer l'affaire qui s'était déroulée cette nuit et il lui tardait de lui en faire part, bien qu'elle se sentît légèrement tendue, sans trop savoir pourquoi.

Enfin, lorsqu'elle eut terminé son déjeuner, elle attendit patiemment que la surveillante en chef arrive. Cette dernière déboula presque dans la salle à manger, bousculant au passage une de ses subordonnées, et s'arrêta, essoufflée. Meryl s'apprêtait à l'aborder mais elle n'en eut pas le temps. L'autre la coupa :

« Changement de programme, aujourd'hui. Je crains que vous ne puissiez récupérer de cette nuit blanche, mesdames, car il risque de se passer certaines choses aujourd'hui… »

Au ton surexcité de la Carvington, les femmes devinèrent que quelque chose d'important se préparait.

« Nous recevons aujourd'hui même un ambassadeur du Nouveau Ministère ! Faites-lui honneur, et allez donc vous habiller correctement ! »

C'était le signal. Chacune alla vers sa chambre afin d'enfiler son plus bel uniforme (en ce qui concernait Meryl, le moins froissé de tous). Qu'importe qui était cet ambassadeur, ce ne pouvait être qu'un proche du Seigneur, et le rêve des surveillantes était de se faire remarquer afin peut-être de devenir des Héroïnes reconnues à leur tour. C'était un rêve éveillé, et pour sa part, Meryl ne ressentait aucunement l'envie de se faire bien voir. Sa condition lui suffisait.

Lorsqu'elle descendit plus tard, lavée et vêtue humblement, elle avait oublié la conversation qu'elle avait surprise la veille. Elle suivit le mouvement et répéta la chorégraphie à laquelle s'entraînaient les surveillantes afin de bien accueillir l'ambassadeur. Le mot chorégraphie était peut-être exagéré, mais c'était celui qui lui venait à l'esprit.

Évidemment, ce matin-là, les élèves étaient priés de rester parqués dans leurs dortoirs, cela leur compliquait à la fois à la tâche et leur donnait aussi une occasion en or de trouver une faille dans l'organisation de la surveillance. La venue de ce Héros tombait à point nommé, par ailleurs. Ted, qui venait à peine de se lever, faisait déjà tourner ses méninges, soutenu par ses camarades qui attendaient son verdict. Son équivalent féminin, néanmoins plus humble et réfléchie, était Katie Andrews, qui n'hésitait pas à lui prodiguer des conseils auxquels il n'aurait sûrement jamais pensé. Katie était l'aînée de toutes les filles qui occupaient ce Pensionnat. La suivante se nommait Jane Ray, mais cette dernière était moins responsable et surtout plus froussarde qu'elle. En fait, c'était sur Ted que reposait le gros des responsabilités, et il était considéré comme quelqu'un d'intelligent et fin stratège malgré son jeune âge, qui ne dépassait pas celui de Jeff. Mais Jeff avouait souvent ne pas faire office de sa tête dans les situations compliquées. Il était plus du genre « bourrin », selon ses mots.

Il en était déjà à remanier son plan tandis que les surveillantes se regroupaient dans le hall, certaines tombant de fatigue mais trop surexcitées pour s'en rendre compte. Meryl espérait que cette mascarade se finisse. Elle luttait pour ne pas bâiller et s'étirer, ce qui lui aurait valu quelques réprimandes. A voir ses voisines, on aurait dit des fillettes telles qu'on les voyait dans les premières années de Pensionnat, à bondir comme des sauterelles ou à se frotter les mains. La jeune fille conserva un visage neutre, écoutant Lindsay Carvington vaguement, songeant simplement à son lit confortable qu'elle n'avait occupé qu'une fois.

La vieille Beth vint leur annoncer enfin que l'invité était arrivé. Le silence vint. Les surveillantes attendaient, le souffle court, l'arrivée du nouveau venu tant attendu.

Lorsqu'il entra, une atmosphère froide envahit la pièce. Meryl elle-même en frissonna, et elle sentit que quelques-unes de ses camarades ressentaient la même sensation d'effroi et de fascination mêlés en voyant l'homme, tout de noir vêtu, qui venait de pénétrer dans le hall escorté de deux autres sorciers à l'air austère. Séduisant, il l'était, sans l'ombre d'un doute. Mais son expression était dure et impitoyable. Il ne souriait pas, contemplait les personnes en face de lui d'un œil vide. On sentait toutefois qu'il respirait l'intelligence et la vivacité.

Il était pâle, les cheveux noirs dont les mèches de devant étaient plus longues que les autres, et ses yeux semblaient un puits de ténèbres dans lequel on se sentait tomber. Il paraissait jeune, une trentaine d'années environ, et ses doigts fins s'entremêlaient au bout de ses bras tendus, tenant fermement une baguette magique à l'aspect intimidant. Meryl ne put s'empêcher de le trouver agréable à regarder, bien qu'elle ne souhaitât pas le fréquenter souvent.

« Monsieur Nott, les surveillantes du Pensionnat vous saluent, » récita Miss Carvington, comme une leçon bien apprise.

Chacune se mit à faire la révérence.

L'homme acquiesça brièvement, puis détourna les yeux et suivit la surveillante en chef qui la guidait vers le bureau de la directrice. Restées seules, les surveillantes laissèrent passer un temps puis s'autorisèrent à respirer. Meryl fronçait les sourcils d'incompréhension, juste avant que Denise ne vînt poser sa main sur son épaule et se penche pour lui chuchoter :

« Tu n'as jamais eu envie de le rencontrer, toi ? Theodore Nott, le grand Nott, Enfant de Héros lui-même devenu Héros à la suite de la victoire du Seigneur, puisse t-Il vivre à jamais. »

Meryl sursauta, puis se tourna vers sa voisine.

« Dis-m'en plus.

-Et que veux-tu que je dise ? Tu devrais tout de même apprendre ton Vox par cœur ! Son père a été l'un des plus fidèles partisans du Seigneur à ses débuts lors de la première guerre, puis son fils lui a succédé. Le Seigneur l'a fait ambassadeur auprès de tous les Pensionnats des Enfants de Rebelles. C'est lui qui veille à leur gestion. Dans ce domaine, il est hors pair. Il n'a pas joué un très grand rôle lors de la dernière guerre, parce qu'il a été l'un des derniers à avoir fait une scolarité complète où-tu-sais. Il paraît même qu'il a été dans la même année que le Déchu. »

Scolarité, année… déchu. Tous ces mots énervaient Meryl qui n'en saisissait pas le sens. Le Déchu était le nom donné à l'adversaire redoutable du Seigneur, celui qui par sa mort avait fait cesser la guerre et s'exiler ses plus fidèles lieutenants. Son nom était dit dans le Vox, mais uniquement dans le Vox. Le prononcer à voix haute était interdit. On l'appelait par conséquent le Déchu, et autrefois le Survivant. Le précédent sobriquet s'était révélé caduque le jour de la victoire du Seigneur. Le 2 mai 1998.

« Je vais me coucher.

-Oh, c'est vrai… Tu as l'air complètement épuisé, ma pauvre. Va donc te reposer et nous reparlerons de tout ça à tête reposée. »

Souriant vaguement à Denise, Meryl quitta le groupe de surveillantes et se prépara à la longue promenade qui l'attendait pour regagner sa chambre. Elle montait les escaliers quatre à quatre, se guidant à l'instinct, les yeux dans le vague. Elle put enfin se permettre de bâiller fort peu élégamment.

Elle ignorait pourquoi, mais le trajet jusqu'à sa chambre lui parut plus court. Sûrement parce qu'elle s'imprimait l'itinéraire dans la tête. Arrivée devant la porte, elle l'ouvrit et pénétra à l'intérieur, la refermant doucement. Son lit l'attendait, bien confortable, et il ne lui fallut que peu de temps pour s'y coucher et s'endormir.

~oOo~

Lindsay Carvington parcourait les couloirs d'un petit pas pressé et enthousiaste, talonnée de près par Theodore Nott et plus loin de Beth qui, voûtée, peinait à suivre. L'homme aux cheveux noirs ne disait rien, regardant droit devant lui comme si lui-même devinait où la femme voulait le conduire. Ses yeux noirs ne reflétaient aucune émotion.

Theodore Nott venait d'une puissante famille de sorciers dont le pouvoir avait fini par s'amenuiser voici près de deux générations, lorsque son grand-père avait contracté des dettes importantes et forcé son père à annuler un premier mariage pour épouser une femme qu'il n'aimait pas, beaucoup trop jeune pour lui. Ils avaient eu leur unique enfant alors qu'il venait de fêter son cinquantième anniversaire, et des années après, la mère de l'enfant mourait… D'une intoxication alimentaire, habile déguisement d'un empoisonnement prémédité en bonne et due forme par le mari lui-même, très habile dans le domaine des potions et qui collectionnait des poisons dans un de ses laboratoires secrets. Theodore avait acquis de lui son don pour la préparation de substances aussi morbides, bien qu'en classe, du temps où il étudiait encore là-bas, il était largement dépassé par un camarade répondant au nom de Drago Malefoy… Héros reconnu dans cette société qui était désormais la leur. Les Malefoy eux-mêmes étaient un clan qui avait aussi perdu sa réputation lorsque leur blason avait été sali par ces incapables de l'Ancien Ministère, qui refusaient d'accepter le retour du Seigneur venu les mener à une ère de prospérité sans précédent. Les Nott et les Malefoy s'entendaient bien, et Drago et Theodore étaient de lointains cousins, d'après ce qu'en disait leur arbre généalogique.

Le père de Theodore était mort il y avait déjà quatre ans, d'épuisement. Des rides s'étaient creusées sur son visage autrefois si avenant, et lorsqu'il se présentait face au Seigneur, Ce Dernier ne pouvait s'empêcher d'observer avec pitié les marques que la vieillesse avait laissées. Lui qui avait toujours voulu acquérir l'immortalité, l'avait à présent obtenue, et ne pouvait qu'observer avec condescendance Ses sujets naître, grandir, puis mourir sans le moindre état d'âme. Theodore savait que lui aussi allait suivre, que sa propre beauté serait éphémère, mais cela ne lui faisait pas peur. C'était cela peut-être qui forçait le mépris du Seigneur à son égard. Il n'avait jamais compris ce que la vieillesse pouvait avoir d'attrayant. C'était bien simple, ce n'était qu'une continuité. Il fallait continuer à vivre coûte que coûte qu'importe les méfaits du temps qui passe. Là-dessus, l'héritier des Nott était doté d'une profonde clairvoyance, qui faisait qu'il ne regardait pas réellement la personne en face de lui, mais sondait plutôt l'intérieur de son âme afin de savoir à qui il avait affaire.

Car il était aussi un excellent Legilimens. Une arme redoutable dont se servait le Seigneur pour surveiller et contrôler les pensées de la population. Il faisait partie d'une catégorie peu nombreuse de personnes, mais son efficacité était irréprochable. Il ne faisait que suivre les ordres.

« La directrice vous attend ici, veuillez entrer, messire Nott, » dit Lindsay Carvington, le ramenant à la réalité.

Il acquiesça et entra lorsque Beth lui ouvrit la porte avec servilité. Il avait l'habitude des bonnes manières de ces dames. Si chacune d'elles souhaitait se faire bien voir afin d'obtenir une place dans la haute société, elles savaient que ce n'était qu'une utopie, un rêve éveillé. Leur vie devait être vouée à garder ces mômes, cette marmaille issue tout droit de la pire racaille que la société, pourtant si parfaite qu'avait fondé le Seigneur, cachait en son sein. On ignorait exactement combien ils étaient, mais il était plus rassurant de pouvoir manipuler leur propres enfants. Le faire avec les membres des autres Pensionnats n'était pas bien difficile, mais le plus difficile était celui-ci. Il lui suffisait de lire dans l'esprit d'un seul d'entre eux pour comprendre que les idées parasites embrouilleraient toujours leurs jeunes esprits. Ils ne savaient rien de leurs origines, leurs geôliers y veillaient bien, mais au plus profond d'eux, il existait un lien étrange avec leurs racines, que pourtant ils n'avaient jamais fréquentées. La plupart de ces enfants étaient nés à la fin de la guerre et n'avaient jamais connu leurs parents, mais ceux-là… Il fallait les surveiller de près. Et le Seigneur l'avait dépêché en ces lieux pour une raison qui lui échappait encore. Ce jour même.

La directrice l'accueillit avec déférence lorsqu'il pénétra dans son bureau, et lui indiqua un fauteuil pour s'asseoir. Il ne le fit pas, mais posa sa main sur le dossier, contemplant calmement son interlocutrice. Cela avait tendance à la mettre mal à l'aise. Depuis qu'elle connaissait cet homme, elle n'avait jamais réussi à le cerner.

« Monsieur, votre visite était sincèrement inattendue, commença t-elle. Nous ne l'avions appris que ce matin par voie de hibou.

-C'est ainsi dans tous les Pensionnats, répondit-il, avec un sourire en coin. Vous n'avez pas à vous justifier.

-Bien, à ce que je vois. Vous venez faire une inspection des lieux et des dossiers, je présume ?

-A vrai dire, ce sont les désirs du Seigneur Lui-même qui m'amènent ici aujourd'hui. Je ne fais que suivre Ses ordres sans poser de questions. Faites-moi part de tout ce qu'il s'est passé ces six derniers mois afin de faire le point. La tâche qui vous est assignée n'est pas des plus faciles, je le conçois…

-Mais ce travail me plaît. Je suis faite pour ce type de fonction. »

Le ton de Jessica Goldheart était sans appel.

« Nous avons accueilli il y a quatre mois les nouveaux pensionnaires en âge d'entrer ici. Leo Gallas, Julius Malley, Maeva Princeton, John Ray et Lana Travis. Nous espérons obtenir de meilleurs résultats venant d'eux que pour les autres. Plus on les prend en charge tôt, mieux ils se comporteront dans l'avenir. Quant à nos effectifs, Cassiopeia Duke et Meryl Greylord les ont remplis cette année.

-Duke, réfléchit l'homme, un court moment. Famille de sorciers de troisième rang, Sang-Pur depuis dix générations. C'est peu, mais cela reste bon, puisque le sang s'est lavé avec les mariages. Quant à Greylord, ce nom ne me dit rien…

-Le sujet est Sang-Mêlé, indiqua Goldheart, en reniflant dédaigneusement.

-Oh… Qui de son père ou de sa mère a commis l'impensable ?

-Je ne pense pas que ce soit à nous de vous le dire. De même, nous ne savons pas, et le Seigneur semble avoir des choses à cacher à son sujet. »

Elle mentait, évidemment, Theodore pouvait le voir lorsqu'elle bougeait les lèvres. Il n'avait jamais entendu parler de Greylord avant, mais à l'instant, voir cette femme mentir piquait sa curiosité. Toutefois, il n'insista pas. Si l'identité de cette fille devait demeurer secrète…

« J'espère la rencontrer. Si elle a une quelconque importance pour le Seigneur, alors… »

Un bruit soudain les tira de leur conversation et ils se retournèrent pour voir entrer une surveillante visiblement énervée qui rougit en voyant l'ambassadeur.

« Oh… Veuillez excuser cette intrusion…

-Allons, si tu es ici, c'est qu'il se passe quelque chose, l'encouragea la directrice, avec un agacement certain. Qu'est-ce donc ?

-Les pensionnaires refusent de nous obéir aujourd'hui. Certains vont même jusqu'à se moquer ouvertement de nous. Quelles corrections devons-nous leur donner, madame ?

-Laissez-moi voir ça. Monsieur Nott ne manquera pas de m'accompagner pour arranger cela. Allons, ils refusent d'obéir… On aura tout vu. La dernière fois que quelqu'un a essayé de nous tenir tête, il l'a amèrement regretté. »

Elle ricana sarcastiquement.

« Bien, descendons voir cela, si vous le voulez bien, monsieur Nott… »

Elle était contrariée. Monsieur Nott n'était sûrement pas venu pour assister à un tel retournement de situation. Il fallait que les élèves aient choisi ce jour pour faire des leurs. Elle allait leur faire goûter ce qu'avaient connu Digg et Lupin la veille au soir. Le sortilège Doloris en bonne et due forme, qui à lui seul valait bien tous les sorts de torture connus. Ils ne connaissaient que cela depuis des années, et pourtant, personne ne s'y habituait.

Nott la suivait de près, curieux de voir ce qu'il allait se passer. Il sentait instinctivement que cette situation devait devenir intéressante.

« Que se passe t-il donc ?! » rugit Jessica Goldheart, lorsqu'ils arrivèrent dans le hall, en se postant face aux pensionnaires indisciplinés que la surveillante en chef avait peine à maîtriser.

Chacun semblait vouloir mettre le plus de désordre possible. Même les plus sages d'entre eux s'y étaient mis. Le parasite qui envahissait les esprits de quelques-uns était décidément bien contagieux. Il fallait soigner cela le plus tôt possible.

Même la présence de la directrice ne les calma pas. Au contraire, ils s'évertuaient à amplifier leur désordre. Theodore Nott se trouvait plus loin, observant la scène d'un air neutre. C'était leur problème si elles n'arrivaient pas à gérer leurs troupes… Les sorts que lançait Goldheart sur quelques élèves faisaient effet. Certains se retrouvaient avec de profondes entailles sur le dos de la main ou se tordaient de douleur sur le sol. Il en fallait peu pour tous les maîtriser.

Dans tout ce bazar, quelqu'un s'était éclipsé, n'attirant l'attention de personne.

~oOo~

Meryl se réveilla avec une étrange sensation. Elle savait qu'elle venait de faire un rêve des plus étranges, mais elle ne se rappelait plus lequel… D'habitude, c'était sans cesse la voix qui l'appelait, mais là… Il semblait que le timbre, habituellement clair, avait changé pour devenir plus grave… Elle n'en savait trop rien.

Elle se leva de son lit, regarda par la fenêtre au travers du rideau et vit qu'on était encore en plein jour. Évidemment, elle n'avait dormi que deux heures, au plus. Elle soupira en songeant aux longues rondes de nuit qui l'attendaient encore. Puis elle se dévêtit et passa dans la salle de bains afin de mettre son uniforme. Toujours cette robe un peu démodée mais qui la faisait se sentir si étrange… Comme sortie d'une autre époque…

En sortant de sa chambre, elle ne vit rien de particulier qui clochait. Mais au fur et à mesure qu'elle descendait les étages, elle sentait de plus en plus que quelque chose n'allait pas. Une atmosphère bizarrement plus vide, et étouffante à la fois… Elle porta la main à sa poitrine et en froissa son corsage.

Lorsqu'elle arriva finalement au rez-de-chaussée, elle vit une ombre fugace passer en coup de vent devant elle. Elle crut avoir rêvé, mais, étonnée, elle suivit le chemin qu'avait pris le spectre. Elle ne savait pas quel était cet instinct qui la guidait, mais ses pas la menaient vers le jardin… Le jardin où il était interdit de s'aventurer, parce qu'il s'agissait d'une roseraie dont les fleurs étaient mortelles…

C'était Denise qui le lui avait appris. Dans sa grande mansuétude, celle-ci lui avait fait visiter les lieux. Et elle avait parlé de ce jardin avec une crainte non dissimulée. Jamais au grand jamais elle n'aurait voulu y pénétrer, et Meryl ne s'attendait pas à s'y diriger si tôt.

« Qui va là ? » demanda t-elle, enfin, mal assurée.

Il y eut un silence, puis un bruit de pas dans sa direction et le visage de Miss Croup qui se présentait à elle.

« Que faites-vous ici, Greylord ? » demanda celle-ci, d'un ton sec.

Meryl eut un léger mouvement de recul, puis baissa les yeux.

« Oh, miss Croup… Je ne pensais pas vous voir ici. J'ai dû vous confondre avec un élève, la silhouette que j'ai vue passer était plus menue… »

Miss Croup éclata de rire, ce qui fit sursauter la jeune fille. Depuis quand riait-elle ? Elle n'était pourtant pas connue pour son sens de l'humour…

« Vous rêvez, à présent, ma chère. Et bien, retournez sur vos pas. Après tout, la roseraie est un endroit dangereux pour des jeunes filles en fleur comme vous. »

Visiblement fière de son jeu de mots, Miss Croup ricanait davantage. Son rire ressemblait à une vague de cliquetis inquiétants, qui sonnaient faux.

« Miss Croup, vous venez souvent ici ? » demanda t-elle, soudain, sur un coup de tête.

L'aînée parut sincèrement étonnée, puis une nouvelle expression vint durcir son visage.

« Évidemment. La roseraie ne se laisse toucher que par les personnes qui en ont le droit, et je suis de celles-ci… D'ailleurs, rebroussez chemin, votre temps n'est pas venu.

-Denise m'avait pourtant dit que vous n'aimiez pas venir ici. Que la première fois, vous avez failli ne pas survivre à votre première visite. »

Un long silence suivit sa déclaration. Miss Croup avait le visage crispé. Puis, sans un mot, elle s'approcha doucement de Meryl, et posa une main sur son épaule. La jeune fille sentait ses doigts de vautour l'enserrer comme pour l'empêcher de fuir, et elle s'en inquiéta, bien qu'elle ne fît pas un geste. Miss Croup levait son autre main pour la passer dans ses cheveux, et diminuait l'écart qui restait entre elles. Meryl sentit son cœur s'affoler. Juste au moment où le visage de la plus âgée parvenait à sa hauteur, son souffle chatouillant ses narines, celle-ci murmura langoureusement :

« Voulez-vous connaître un secret, Miss, que je n'ai jamais dévoilé à personne ? »

Comme sa voisine ne répondait pas, le nez pointu de Miss Croup toucha le sien, et Meryl tenta une manœuvre pour se dégager, son cœur s'affolant.

« La vieille pie que je suis adore mettre les jeunes filles dans votre genre dans son lit. »

Et avant que la surveillante eût pu se remettre du choc, un coup violent dans le ventre lui coupa le souffle et elle s'effondra à terre, suffocante.

La voix de Denise retentit alors au-dessus de sa tête.

« C'est vrai en plus. Je l'ai surprise un jour en train de tripoter une autre surveillante. Celle-ci est partie deux mois plus tard complètement ravagée. »

Et soudain, il n'y eut plus rien. Il fallut un temps à Meryl pour récupérer et se rendre compte que l'imposteur avait disparu.

A tous les coups, il est là-bas ! songea t-elle, horrifiée.

Elle se leva, pantelante, et entreprit de marcher vers la roseraie au péril de sa vie. Elle ignorait qui avait la faculté de se transformer en diverses personnes, mais cette tactique le rendait diablement doué.

L'obscurité faisant son office, elle alluma sa baguette pour se guider. Celle-ci émit une lueur faible, et elle eut beau tenter de la renforcer, elle ne put s'octroyer davantage d'éclairage. Elle redoutait ce qu'il allait se passer au bout du chemin.

Elle entendait des bruits de pas plutôt précipités, et arriva à la porte de ce qui ressemblait à une gigantesque serre. A l'intérieur, tout était aussi noir qu'à l'extérieur, jusqu'à ce qu'elle se rendît compte que cette obscurité-là avait de la consistance. Les roses elles-mêmes étaient noires, et se confondaient avec la pénombre. Cela les rendait d'autant plus dangereuses qu'on ne pouvait savoir si elles se trouvaient en haut ou en bas. Et elle risquait de s'empêtrer dans sa robe si celle-ci était accrochée par une ronce. Elle ne voyait pas l'ombre d'une forme humaine. Hésitant longuement à entrer, elle vit soudain une forme souple arriver et ouvrir la porte de la serre. Le singulier personnage regarda d'abord avec étonnement la jeune fille dont les cheveux blonds luisaient dans l'obscurité, puis soudain, il parut plus grand et plus costaud. C'était le concierge lui-même, bien qu'elle ne l'eût pas beaucoup croisé. Il était le seul homme du personnel du Pensionnat.

« Qu'est-ce vous fichez là ? » demanda t-il, de manière agressive.

La réplique était très convaincante, mais Meryl était décidée cette fois à ne pas se laisser duper. Elle pointa sa baguette sur lui.

« Qu'est-ce vous faites ? s'exclama t-il, en contemplant avec surprise et un peu de peur l'arme dont la lueur projetée éclairait à peine son visage buriné.

-Un petit contrôle. Il y a un type capable de se transformer en n'importe qui dans ce Pensionnat et je l'ai vu se diriger vers la roseraie. Il est normal que je doute de vous à cause de ça.

-Vous voulez une preuve ? s'enquit, exaspéré, l'homme, dont les yeux étaient fixés sur sa baguette.

-Pas besoin. Allez, montre-toi, imposteur. »

Elle avait l'air tellement sûre d'elle que le visage du concierge se peignit d'une expression mauvaise.

-Ah oui ? Tu veux vraiment voir ? » susurra t-il, d'une voix qui lui ressemblait pas, tant elle semblait avoir rajeuni.

La forme se mit à rapetisser pour laisser la place à un garçon un peu plus grand qu'elle, d'une quinzaine d'années, qui la fixait avec animosité. Elle le reconnut. Le jeune homme qui lui avait fait la morale au réfectoire, lui qui avait essayé de lui faire du mal un peu plus tard… Son expression se durcit.

« Oh, c'est bien toi, ou tu essaies encore de m'avoir.

-Crois-moi, vieille furie, tu es sûrement la seule parmi tes congénères à m'avoir vu à l'œuvre. Et aussi la dernière. »

Il sourit.

« Tu voulais vraiment une preuve de ce que j'avançais tout à l'heure. Je ne t'abuse pas. J'ai vu à quel point Miss Croup te dévorait des yeux. Elle ne va pas hésiter à passer à l'action lorsqu'on te transfèrera à l'infirmerie. »

Faisant abstraction de cette révélation pour l'heure peu importante bien que surprenante, Meryl resserra sa prise sur sa baguette, la tenant fermement sous le menton du jeune homme.

Elle aurait dû s'en douter… « Il a un pouvoir spécial qui fait qu'il n'a aucun mal à nous tromper » lui avait dit Denise. « Tu comprendras tôt ou tard pourquoi nous devons prendre ces précautions. » Ted Lupin était un Métamorphomage. Elle avait entendu parler de telles personnes, capables de prendre des apparences diverses. Elle en rencontrait un pour la première fois de sa vie.

« Tu mens, finit-elle par dire. Je veux dire, d'autres surveillantes ont dû découvrir le pot aux roses plusieurs fois.

-Ça c'est parce que c'est inscrit sur mon dossier et que ça a servi à leur faire des blagues plusieurs fois. Mais aucune d'entre elles ne m'a vu me transformer proprement dit. Et toi, je vais faire en sorte que tu ne révèles à personne le privilège qui t'a été accordé. »

Et soudain, il l'empoigna par le col de son uniforme et saisit sa baguette avec douceur.

« Ouah ! T'es plus légère qu'une plume ! »

Cela était vrai. Les jambes de Meryl se débattaient à présent dans le vide, tandis qu'elle faisait face à un gaillard à l'air rustre.

« Bye bye, sourit l'autre. Mais ce soir, j'ai pas le temps de continuer ce que je n'ai pas pu faire hier. Allez, hume donc le parfum des roses. »

Et il la jeta à l'entrée de la serre avant de l'enfermer à double tour avec un « Collaporta ! » retentissant. Elle cria pour l'en empêcher, mais il disparut bientôt sans le moindre état d'âme. Il lui avait pris sa baguette…

Elle jura, mais ne tenta pas le moindre geste, par peur de se faire piquer par les épines d'une rose qui passaient par là. Elle ne savait pas de quel pouvoir étaient animées ces dernières, mais elle s'en méfiait. C'était sans aucun doute de la magie noire.

Il voulait donc la tuer ? Un adolescent d'à peine quatorze ans avait eu la folie de vouloir commettre un meurtre au risque d'avoir un poids sur la conscience ? On apprenait cela aux Enfants de Héros, mais là…

La porte n'avait pas de poignée. Elle tenta une légère poussée, mais rien ne se passa. Comment allait-elle sortir d'ici ? Une idée lui traversa l'esprit, bien qu'il ne restât que peu d'espoir. Cette porte n'avait pas été scellée avec la magie… Un sort d'ouverture suffisait, mais sa puissance était amoindrie sans sa baguette, déjà qu'elle n'était guère de haut niveau…

Tant pis.

« Alohomora, murmura t-elle, frénétiquement, ses lèvres remuant jusqu'à ce qu'elle en perde la souffle. Alohomora, allez, Alohomora… »

Il y eut un déclic et elle n'osa croire qu'elle avait réussi à faire de la magie sans baguette. Mais trop heureuse de pouvoir sortir d'ici pour s'apitoyer sur ce talent nouvellement acquis, elle se précipita un peu trop rapidement sur la porte pour sortir de ce piège mortel…

Elle se sentit subitement revenir en arrière et, surprise, elle tomba à la renverse. Sa joue s'érafla contre quelque chose, et elle entendit un bruit de déchirure. Sa robe venait d'être accrochée par une ronce…

Elle décida de remettre à plus tard le probable raccommodage dont le tissu allait faire les frais, et tira dessus d'un coup sec. Un autre bruit de déchirure, et elle était libre.

Elle sortit, saine et sauve, dans la pénombre plus rassurante de la sortie de la serre, là où il n'y avait pas de danger. Mais un élancement la prit et un filet chaud coula sur sa joue. Elle y porta sa main… Du sang… Zut, elle avait été piquée ! Combien de temps prenait le poison à agir ? Sans réfléchir davantage, elle porta sa main à sa joue et une lueur bienfaisante en émana. L'instant d'après, le saignement avait cessé et sa peau était comme neuve. La peur l'étreignait toutefois… Elle ne ressentait plus rien, mais le pouvoir de ces roses n'était pas à sous-estimer…

Elle se mit à courir vers la lumière du jour, ayant dans l'idée d'arrêter à tout prix le maudit gamin qui avait pris la poudre d'escampette.

~oOo~

Harold et Thomas venaient de faire les frais d'un sortilège Doloris bien senti, et se remettaient tant bien que mal de la douleur horrible qu'ils avaient ressentie. Concernant Harold, c'était la troisième fois en deux jours que cela lui arrivait. Mais pour le moment, ils se moquaient étrangement du supplice enduré, attendant le signal de Ted. Le vacarme durait depuis un bon quart d'heure.

Un mouvement derrière eux les surprit et ils tournèrent légèrement la tête. Ted se tenait là, les lèvres crispées, leur jetant un regard qui voulait dire : « Tout va bien, j'ai la situation sous contrôle. » Tout reposait sur lui, à présent. Après quelques difficultés, les surveillantes avaient réussi à les maîtriser, et chacun était en rang à subir les corrections répétées de chacune d'entre elles. Le pire spectacle à regarder était de voir les plus jeunes se tordre à terre comme des larves aux yeux des vieilles. Ted espérait que cela ne durerait pas davantage de temps. Il jeta un regard de défi à l'inconnu, qui observait la scène, impassible, et ce dernier haussa un sourcil interrogateur. Apparemment, il ne lui venait pas à l'idée de faire subir la même chose à ce jeune effronté qui osait poser les yeux sur lui. Non, Ted ne comprenait vraiment pas pourquoi on les traitait ainsi. Ils étaient pourtant des êtres humains au même titre que ces Héros. Où était la différence dans ce cas ?

Lorsque tout fut terminé, on décida de mener les adolescents dans leurs dortoirs où on les enfermerait à double tour. Ce fut le signal. Ted se préparait à vivre les minutes les plus délicates de sa vie.

C'était sans compter l'arrivée précipitée de la vieille furie, dans un drôle d'état, le bas de sa robe complètement déchiré et l'air très en colère, qui fusillait du regard l'assemblée tout entière.

« Où est Ted Lupin ? » demanda t-elle, tentant de se contrôler.

Les surveillantes la regardèrent, surprises.

« Lupin ? s'enquit Lindsay Carvington, en haussant un sourcil. Il est là. Pourquoi désirez-vous si soudainement le voir ? »

Lupin sentait mal venir la chose. A voir les yeux bleus de la jeune fille, elle n'allait pas hésiter à lui faire regretter d'être venu au monde. Un bref sourire prit place sur ses lèvres. Allons donc…

Ce rictus n'échappa pas à Meryl qui tendit la main, hors d'elle.

« Allons, qu'il vienne. J'ai des choses à voir avec lui. Il m'a… »

Mais elle n'eut pas le temps d'en dire davantage. Ted se mit soudain à crier quelque chose et la foule des élèves se mit en mouvement. Lui-même sortit quelque chose de sa poche, et soudain, les vingt-deux pensionnaires ne furent bientôt plus que dix. Katie Andrews, Thomas Dawson, Harold Digg, Jeff Island, Maria Karver, Diane Keller, Ted Lupin, Alec Macdonald, Gerald Night et Inga Queestown . C'étaient les plus âgés de la bande.

« Partez, on se rejoint à l'endroit prévu ! cria Ted.

-On te protège, petit gars, grinça Jeff, qui dominait la plus grande des surveillantes d'une tête au moins.

-T'es trop sûr de toi. A mon signal, un, deux… »

Et sous les regards abasourdis des surveillantes et de Nott, ils s'évaporèrent par magie. Katie Andrews n'eut que le temps de sentir quelqu'un qui la saisissait par le bras et la ramenait vers l'arrière. Elle ne comprit pas ce qu'il lui arrivait.

Lorsque les jeunes gens, dont la tête avait fini de tourner, regardèrent autour d'eux, ils virent qu'ils étaient au milieu d'une vaste prairie, à des kilomètres d'une zone habitée. Ils s'étaient affalés au pied d'un arbre, un grand chêne apparemment, et ils observèrent les alentours d'un air suspicieux.

« C'est bien là, Ted ? » demanda Maria, la voix tremblante.

Pas de réponse, Ted n'arrivait pas à formuler le moindre mot. L'instant de surprise passé, un sentiment d'euphorie l'envahit. Ils avaient réussi !

Un cri le ramena à la réalité et il put voir la petite Elsa Johnson qui s'éloignait de ce qui ressemblait à une masse sombre aux cheveux blonds. Katie ? Intrigué, lui et ses camarades s'approchèrent et l'effroi les saisit, lorsqu'ils virent que la fille évanouie n'était pas Katie. Elle avait les cheveux beaucoup trop longs pour ça.

C'était la vieille furie.


Dans le prochain chapitre…

« Nous avons refait l'appel des surveillantes, même si cela ne servait à rien, soupira t-elle, enfin. Il manque toujours la même personne à l'appel. C'est celle que certaines d'entre mes collègues ont affirmé avoir vu disparaître à la place de Miss Andrews. Meryl Greylord. »

Ses lèvres tremblaient avec violence à chacun de ses mots. Déjà que perdre presque tous ses élèves était particulièrement ennuyeux, mais une personne visiblement importante aux yeux du Nouveau Ministère… Elle allait subir des représailles, elle le sentait, et c'était pour cela qu'elle souhaitait ne pas ébruiter l'affaire.

« Greylord… La Sang-Mêlé ? Celle que vous évoquiez parmi vos nouvelles venues ?

-C'est cela. Volatilisée. C'est une catastrophe…

-Est-elle importante à ce point, Miss Goldheart ? »

Si Lindsay Carvington restait muette, elle n'en suivait pas moins la conversation, vivement intéressée.

« Elle l'est, mais ce serait difficile à vous expliquer. Nous avons simplement reçu nos ordres du Nouveau Ministère lui-même de la garder jusqu'à nouvel ordre. Elle n'est ici que depuis deux jours… Nous allons avoir des ennuis. »


Alors, oui, je sais, certains ne s'attendaient pas duuuu tout à ce retournement de situation... Avouez ! J'espère quand même ne pas avoir trop fait dans les clichés.

A propos de Theodore Nott... Pour apporter une petite documentation, son père est décrit comme veuf et très âgé lorsque son fils entame sa scolarité à Poudlard. Dans le tome 5, il fait partie des élèves capables de voir les Sombrals, ce qui laisse supposer qu'il a vu sa mère mourir sous ses yeux. J.K Rowling le décrit comme un jeune homme très intelligent mais dont l'apparence physique n'est pas très flatteuse : il a une silhouette filiforme et ressemble apparemment à un lapin. Vous comprenez qu'à partir de ce que je sais, j'ai pris des libertés sur la narration de son passé et son apparence physique. Non, non, je vous assure qu'il ne fera pas un excellent Gary Stu maléfique ! Loin de moi cette idée, mais devrais-je rappeler que je me suis laissée inspirer par la plupart des auteurs de fanfiction écrivant sur lui et laissant libre cours à leur fantasme. Du coup dans ma tête, il prend des figures de beau gosse, et J.K Rowling peut bien se plaindre, il le restera. Ce qui ne veut pas dire que je suis folle amoureuse de lui. S'il est là, c'est pour assouvir d'autres fantasmes (mais pas ceux que vous croyez, bande de petits vicieux).

Comme nous sommes samedi, le prochain chapitre arrivera dans peu de temps, puisqu'à partir de la semaine prochaine la publication reprend un rythme normal. Laissez-moi des reviews, s'il vous plaît !