Chapitre 6: Trois Renégats et une jeune fille à Dunkerque

Le lendemain, Éric s'éveilla le premier. Il avait l'impression pourtant de rêver encore. La nouvelle de la veille l'avait bouleversé. Il n'aurait jamais imaginé que son oncle mourrait aussi vite après sa mère. Marina lui avait répondu avec franchise et c'était lui, après tout, qui avait voulu savoir. Et puis, il était peut-être capable de changer le destin de son oncle, qui sait? Avec un peu de chance... Il ferma les yeux et retomba dans un léger sommeil le temps d'un moment. Une demi-heure plus tard, il était parfaitement réveillé. Ambroise et Yuan ne tardèrent pas à le suivre. Seule Marina semblait ne pas vouloir quitter le monde des rêves.

-Dois-je la réveiller? Demanda Ambroise

-Non, laisse-la. Elle a été secouée hier, elle doit reprendre des forces. Dit Yuan

Éric rajusta avec douceur les draps de Marina sur ses épaules. Il était encore tôt, ils pouvaient bien attendre.

Marina s'éveilla vers neuf heures et demi. Étonnée de ne voir personne dans la chambre, elle se leva et regarda par la fenêtre. Ambroise et Éric profitaient du soleil. Le demi-elfe aux cheveux violets la remarqua et lui lança:

-Alors la petite, bien dormi?

-Oui et vous deux?

-Assez bien, dommage que j'ai du dormir avec un garçon dans mon lit. Répondit Ambroise en riant, regardant Éric

-Oh Ambroise! Nous avons très bien dormi, Marina.

-Et pour le Seigneur Yuan?

-Nous ne savons pas mais vu qu'il avait bonne mine, je pense que oui. Expliqua Éric

-Éric, ne le prends pas mal mais tu as très mauvaise mine. S'inquiéta Marina

-Ne t'inquiète pas, ça va...

Éric n'eut pas le loisir de finir sa phrase, Ambroise lui avait plaqué sa main sur son front et étrangement, le blond avait pâli. Il ne pouvait pas se dégager, son ami le tenait fermement par le bras. Marina s'était habillée à la hâte, elle avait mis un léger châle sur ses épaules pour cacher sa poitrine et une paire de ballerines. Elle portait toujours sa chemise de nuit mais on aurait pu croire que c'était une robe normale. On lisait l'inquiétude dans ses yeux.

-Éric, tu sais ce que je crois? Que tu es mignon de vouloir épargner du chagrin à Marina mais que ce n'est pas très futé, surtout venant de ta part. Ton corps t'aurait rappelé à l'ordre.

-Pourquoi? Tu es malade? Demanda Marina dont l'inquiétude montait de plus en plus

-Il est fiévreux. Dit Ambroise

-Éric, écoute, si ça ne va pas, va t'allonger un peu. De toutes façons, il n'y a pas grand chose à faire à Dunkerque le matin. Tu as peut-être du mal à te faire au climat d'ici.

Voyant qu'il n'avait aucune échappatoire, le jeune homme se plia donc à la volonté de Marina. Il retourna dans les bras de Morphée.

-Et toi, Ambroise, ça va? Tu t'habitues à ce climat?

-Ne t'inquiète pas, je suis solide, pas comme Éric. Petit, il était presque tout le temps malade. Mais, dis moi, pourquoi as-tu un châle sur toi?

-Ah ça! Ce châle était un cadeau de celle que je considérais comme ma troisième mamie, paix à son âme. Et si je l'ai mis, c'est pour éviter de vous choquer avec une apparition indécente.

-Indécente?

-Eh bien, disons que comme ma robe est légèrement échancrée...

Ambroise retira le châle et voyant que c'était là l'expression d'une âme prude, il ria un peu.

-Il n'y avait pas là de quoi nous choquer, tu sais.

Marina baissa les yeux, rougissante, puis décida de s'habiller vraiment. Elle le fit dans le plus grand silence, ne voulant en rien gêner son ami endormi. Elle l'observa à la dérobée au sortir de la salle de bain. Il avait l'air si fragile! Comment tenait-il dans le monde musclé et extrême des Renégats? Au même moment, Yuan entrait dans la pièce. Il souhaita le bonjour à Marina, qui le lui rendit. Voyant Éric de nouveau au lit, il s'étonna. La plus jeune des Renégats se fit un devoir de lui expliquer pourquoi.

-Dans ce cas, sortons et laissons-le dormir. Chuchota le demi-elfe

Obéissante, Marina le suivit. Elle voyait les regards des gens sur Yuan, certains semblaient amusés, d'autres choqués, d'autres ne disaient rien. Pourtant, il semblait ne rien remarquer, ou alors il faisait bien semblant.

Elle entendit:

-Pauvre petite, son père est tellement excentrique.

Son père? Ma foi, cela lui aurait bien plût! Mais Yuan n'avait pas d'enfants.

Elle se demandait si il était heureux. Bon, d'accord, question stupide, la personne qu'il aimait le plus était morte devant ses yeux, donc le bonheur semblait hors de portée. Mais, pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de penser cela. Yuan était-il heureux?

L'après-midi, Éric se sentant mieux, le quatuor partit donc à la rencontre de Dunkerque.

-Il y a des lieux où vous voudriez aller? Demanda Marina

-On ne connait pas grand chose ici. Montre nous les lieux que tu préfères. Répondit Yuan

-Vous allez marcher. Plaisanta la jeune fille

-Les femmes nous font toujours marcher. Ironisa Ambroise

La petite troupe se mit donc en route dans la ville où leur petite protégée avait toujours vécue. Ils arrivèrent au niveau du lycée Jean Bart, le lycée où Marina avait mené à bien trois années d'études.

-C'est sans doute le seul bâtiment scolaire que je vais regretter. C'est là où j'ai formé mon caractère. C'est sans aucun doute le plus beau lycée de Dunkerque.

Le petit groupe continua aussitôt que Marina eut fini de faire mentalement ses adieux. Ils passèrent à l'auto-école où elle essayait d'avoir son code, son club de self-défense, la bibliothèque, la place du marché, la rue Poincaré, la place Jean Bart, l'église Saint Eloi, le quai des Hollandais, le boulevard Alexandre III, le pôle et le centre Marine...

-Elle doit sacrément l'aimer sa ville. La pauvre, son esprit doit faire le deuil de ce lieu. Pensa Ambroise

-Vous voulez voir les boutiques que je préfère? Demanda Marina

-Adepte du shopping?

-Plutôt mourir Ambroise. Les boutiques que je préfère ne sont pas des boutiques de fringues, ce sont des magasins où même les garçons de ce monde aiment aller.

Ils arrivèrent devant le Virgin Méga store. La direction avait organisé un concours de Guitar Hero. Celui qui faisait le meilleur score sur Violet Hill de Coldplay en mode difficile gagnait. Ceux qui avait moins de dix-huit ans pouvaient participer gratuitement. Marina se tourna vers ses trois accompagnateurs et leur demanda si elle pouvait essayer.

-Tu es chez toi, Marina, agis comme tu l'entends. Répondit Yuan

Marina essaya donc. Cette chanson, elle arrivait à la gérer en mode difficile. Elle gagna avec le score de 123580 points. Son prix? Une nintendo DS avec chargeur et les trois jeux complets Guitar Hero.

-C'était génial Marina! La félicita Éric

-Je pourrais t'apprendre si tu veux, il n'y a rien de sorcier.

Le quatuor fit donc le tour du magasin. Il y avait tant de choses que les trois hommes ne connaissaient pas! Soudain, un gérant du magasin vint voir Marina.

-Vous êtes la gagnante? Il y a un deuxième round si vous voulez.

Marina accepta tout de suite. Elle aimait trop ce jeu pour dire non. Elle gagna encore, sur la chanson des Dandy Warhols Bohemian like you. Ce coup-ci, elle gagna un lecteur DVD. Ensuite, les gens pouvaient essayer gratuitement le jeu. Éric céda à la tentation. Il s'avéra être assez doué. Sa chanson? Miss Murder de AF1. Ambroise essaya aussi. Il se débrouillait pas mal. Il avait essayé le jeu sur la chanson d'Incubus Anna Molly. Yuan passa son tour, il se devait quand même de garder un tant soit peu son image de chef face à Éric et Ambroise et surtout, il pensait avoir passé l'âge pour ce genre de distractions. Il préférait les laisser entre jeunes, même s'il ne se considérait pas comme étant vieux, il était adulte. Marina était encore une adolescente alors qu'Éric et Ambroise sortaient à peine de cette période de leurs vies.

-Vous ne souhaitez pas essayer, Seigneur Yuan? Lui demanda Marina gentiment

-Je suis trop vieux pour jouer à ce genre de jeu.

-Il n'y a pas d'âges pour les jeux vidéos. Mon père a quarante-quatre ans et il y joue bien, lui.

-Je suis bien plus âgé que ton père.

Voyant qu'il était décidé à ne pas jouer, Marina le laissa donc tranquille. Libre à lui de revenir sur sa décision ou pas, elle ne l'obligeait à rien.

Yuan, quand à lui, appréciait le fait que la demoiselle avait essayé de l'inclure dans ses distractions. Ce geste le touchait, même s'il ne le montrait pas. Tout comme il ne montrait pas que le fait que les gens le regardaient de travers commençaient à lui taper sur les nerfs. Ils n'avaient jamais vu de demi-elfes ou quoi? Mais il remarqua qu'Ambroise était dans le même cas que lui alors qu'Éric, non.

-C'est parce qu'ici, il n'y a que des humains. Mais on arrive encore à se battre entre nous. Si Éric échappe aux regards, c'est parce que son physique semble normal pour ce monde. Des blonds aux yeux verts, c'est rare mais ça existe. En revanche, des gens ayant des cheveux comme les vôtres ou comme ceux d'Ambroise, ceux-là ont coloré leurs cheveux et comme c'est voyant, dans cette société où il faut sans cesse s'intégrer dans une sorte de moule, ça choque. Rassurez-vous, j'y ai eu droit aussi quand je m'étais teint les cheveux en verts, pour rigoler. Lui expliqua Marina

Il n'y avait plus que deux endroits auxquels Marina n'avait pas fait ses adieux: le parc du LAAC et la plage de Dunkerque. Elle ne se posa pas longtemps. Elle sentait que plus elle allait rester sur ces lieux, moins elle aurait de courage pour les quitter.

-As-tu fini tes adieux?

C'était de nouveau la voix fantomatique.

-Oui. Mais simple question. Pourquoi m'ont-ils tous oubliés?

-C'était ta destinée de quitter ce monde et par conséquent qu'ils t'oublient. Pourquoi, selon toi,étais tu attirée par le monde où vivent le groupe de l'Élue, les Renégats et le Cruxis? Il s'agit de ton monde, celui que tu n'aurais jamais dû quitter. Mais pour t'expliquer cela et ta véritable identité, il vaut mieux que vous retourniez chez les Renégats. Ils ont le droit de savoir eux aussi.

A Suivre