J'ai mis un peu de temps, mais voilà enfin le chapitre 6 !
Haymitch engloutit son verre d'une traite puis, comme si cela avait donné le top départ de la soirée, nous nous levons tous les trois et nous nous mettons en route pour rejoindre la place publique qui avaient été dégagée des débris et des restes de la rébellion grâce à la solidarité de tous les habitants du district.
Lorsque nous arrivons à destination, nous découvrons plus d'une centaine de gens déjà présents et regroupés devant la petite estrade qui trône à côté de briques grises sur lesquelles sont posées des bougies blanches dont les flammes vacillent à cause du léger vent dans l'air. Elles-mêmes entourent un petit arbre qui ne paye pas de mine sur un grand cercle de terre. Je trouve cela tellement banal et ridicule. Comme si nous pouvions réellement penser que les âmes des défunts étaient présentes dans ce feu ou dans ces feuilles. Ce feu qui, par ailleurs, m'hypnotise et me rappelle l'évènement le plus traumatisant qu'il m'ait été donné de vivre. L'angoisse s'immisce petit à petit dans mon corps comme un lent et douloureux poison. Ma gorge se serre lorsque l'image de Prim prise dans les flammes me revient en pleine figure, je me sens étouffer et prise au piège. Je fais un pas en arrière, m'apprêtant à détaler comme un lapin prit en chasse, mais Peeta qui était monté sur l'estrade tapote le micro pour s'assurer qu'il fonctionne et attire mon attention en même temps que celle de tous les autres. Je m'efforce de me concentrer sur lui et sur rien d'autre. Je ne peux décemment pas le laisser affronter cela tout seul car aussi détendu qu'il puisse paraître, je sais que cela lui est tout aussi pénible. Il toussote légèrement puis commence enfin :
- Excusez-moi pour le retard… annonce-t-il dans un premier temps. Il inspire un grand coup, puis continue : D'abord, je tiens à tous vous remercier d'être venu pour honorer la mémoire des disparus du district douze. Nous avons tous perdu un être cher, un ami, un membre de notre famille, une personne que nous croisions tous les jours… Ils ont malheureusement été d'innocentes victimes du système et de la guerre qui a fait rage. J'y ai moi-même perdu ma famille et je ne peux que compatir à votre tristesse et votre colère. Car oui, je suis en colère que vous ayez été attaqués par surprise alors que vous étiez incapables de vous défendre et je ne cesse de penser à toutes ces personnes qui ont péris dans les flammes ou qui ont été abattus comme des animaux…
Ce discours commence sérieusement à me retourner les tripes… Ou peut-être est-ce le whisky ? Tout ce que j'aimerai, c'est me trouver ailleurs à ce moment précis. Peut-être au soleil, dans l'herbe, au calme, sans personne pour me rappeler la tragédie qui a eu lieu. Je ne veux pas entendre ces mots, je ne veux pas être là pour me souvenir de tous ceux qui nous ont quittés. C'est encore trop douloureux, la plaie dans mon cœur est toujours béante et suintante et cela ne fait que la rouvrir un peu plus. Les larmes me montent aux yeux et menacent de couler à tout instant. Haymitch doit s'en rendre compte parce qu'il s'approche un peu plus de moi et murmure :
- Je crois que la petite blonde du premier rang a des vues sur Peeta…
Je lui dirai bien que je n'en ai strictement rien à faire, mais je dois avouer que sa déclaration m'interpelle. Je me mets sur la pointe des pieds pour essayer de l'apercevoir à travers la foule et en effet, cette fille a l'air d'être en totale extase devant lui. Je grimace, trouvant cela presque indécent de sa part. Je fronce les sourcils et croise les bras avant de me remettre dans la même position qu'avant. Il se met à rire doucement avant d'ajouter :
- Il va falloir t'y faire, c'est un héros maintenant ! Les filles vont toutes tomber à ses pieds comme des mouches et toi… Est-ce que tu es vraiment de taille à te battre contre toutes ces filles parfaites, Everdeen ?
Je bougonne quelque chose d'inaudible avant de le frapper vivement sur le bras pour arrêter ses ricanements. Il me donne alors un coup de hanche un peu trop brusque qui me fait exagérément vaciller et cogner la table arborant une magnifique et haute pyramide de coupes de champagne qui se met à trembler sous le choc. Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, je vois l'œuvre artistique dangereusement pencher et s'écraser avec fracas sur le meuble et le béton tandis que mes bras gesticulent dans tous les sens pour essayer de rattraper les verres avant qu'ils ne touchent le sol.
S'en suit un silence de « mort » (ironique n'est-ce pas ?) avant que je ne remarque que tout le monde s'est retourné et a les yeux pleins de reproches rivés sur moi. Bon sang, ce que j'aimerai devenir une minuscule souris ou disparaître plutôt que de subir cela… Je murmure un « pardon » en évitant leurs regards et essayant de ramasser quelques morceaux brisés que je pose ensuite inutilement sur la table comme si cela pouvait régler les choses. Puis Peeta reprend :
- Bon… Au moins, personne ne repartira saoul ce soir ! déclare-t-il sur un ton amusé qui ne fait rire que lui… Il reprend son sérieux voyant que personne ne trouve cela drôle puis il ajoute : Veuillez l'excuser, Katniss est quelque peu bouleversée ce soir.
