Le nom d'Aiden est à prononcer "Aïden". Une prononciation japonaise, en somme. L'intrigue principale de l'histoire prend davantage de forme dans ce chapitre. A propos, le personnage Lewis Raymond a été inventé de toutes pièces... J'avais besoin de généraux supplémentaires pour le Conseil. Au vu de mon incapacité à trouver les militaires adéquats, j'ai choisi d'en créer un nouveau. Ce sera sa dernière scène importante de l'histoire.


Roy avait fait un pas de plus. Son but se rapprochait petit à petit, lentement mais sûrement ; il avançait, incontestablement. Le Parlement avait accepté sa proposition. Dorénavant, lui ne lui suffisait plus que de convaincre le Conseil et de mettre en place toutes les préparations afin de renverser ce régime, en toute légalité. Un autre pas à franchir, et ce serait bon. La démocratie était proche.

Néanmoins, même cela, c'était énorme et prendrait beaucoup de temps. Son ascension était tout sauf rapide, et il devait se montrer particulièrement patient. Il était certain que l'armée ne serait pas intégralement adhérente à son projet. Il ne serait pas aisé d'obtenir l'assentiment de ses confrères, en dépit de ses efforts.

Pourtant, il y parviendrait. Il le savait. L'engrenage était en route, et plus rien ne pourrait l'arrêtait. De plus, ses alliés étaient avec lui, à ses côtés. Il n'était pas le seul à plaider la cause de son pays afin de le rendre meilleur. Le général Grumman était également avec lui. Avec deux membres du Conseil aspirant au même dessein, cela facilitait les choses. Deux contre trois, hélas, n'était pas la majorité. Il était complètement inutile d'essayer de rallier le général de division Armstrong. Elle conservait obstinément son indépendance, et voudrait assurément prendre la tête de ce pays en tant que Führer. Malheureusement, tout comme celle de Mustang, cette ambition n'était plus possible pour le moment. Défaire le Conseil demeurait impensable. Cela bouleverserait l'ordre de ce pays.

Le général Hakuro ne valait pas mieux. Aucun des quatre conseillers n'avait jamais voulu le voir accéder au pouvoir avec eux. Ils n'avaient pas oublié sa lourde trahison lors du jour promis, et lui-même ne se réjouissait pas d'être à leurs côtés. Toutefois, c'était la seule façon de montrer sa présence et son utilité à la nation. Mais Mustang était sûr que ce n'était pas son unique objectif. Lui aussi était avide de pouvoir. Ce n'était certainement pas le genre de personne propice à favoriser la paix de son pays, surtout s'il en était le premier chef.

Restait le général Lewis Raymond. Roy n'arrivait pas à saisir ses intentions. Il avait demandé à son lieutenant d'enquêter discrètement, mais sa condition de femme enceinte l'épuisait bien plus vite qu'elle ne l'aurait dû, si elle était en état normal. Et son équipe était loin d'être assez prudente afin de réaliser cette tâche. Si le général savait que son collègue le pistait, il risquait d'avoir de sérieux problèmes. Encore que les enquêtes subreptices de cette sorte étaient choses courantes dans l'armée.

Il fallait absolument qu'il acquière ses faveurs et, surtout, sa collaboration. S'il arrivait à faire cela, il était sûr de pouvoir accomplir son but avec efficacité. Tout serait beaucoup plus simple. Mais comme rien ne l'est jamais dans ce monde imparfait, il devait redoubler d'acharnement et mettre en exergue ses agissements aux yeux de tous.

Riza jetait régulièrement des regards furtifs en direction de son supérieur. Elle le discernait absorbé dans une profonde réflexion, comme il l'était souvent depuis quelques jours. Ce n'était pas une chose anormale si l'on prenait en considération toutes les affaires qui animaient Central en ce moment. Roy était fortement occupé et elle aurait voulu l'aider à résoudre ses problèmes. Aussi, afin d'achever les impératifs un par un, elle le rappela posément à l'ordre :

« Général, vous devriez commencer par terminer de signer vos dossiers. Vous aurez le temps de réfléchir après. »

Mustang lui lança un coup d'oeil et considéra ses paroles. Son équipe, également présente, approuva ses dires.

« Ouais, devriez pas vous inquiéter comme ça. On est avec vous. » rajouta Breda.

Touché, mais bien trop fier pour l'avouer, Roy agréa et se remit d'office au travail. Ses subalternes avaient raison, plus vite il aurait terminé cette besogne, plus vite il pourrait songer au meilleur moyen d'aborder Raymond et de le rallier à sa cause.


Les frères Elric avaient recherché intensément leur assaillant pendant deux jours. Ils n'avaient aucune piste, mais avaient grandement accéléré le rythme de leur poursuite. Cela n'avait pas été vain, cette fois-ci, car ils étaient sûrs d'être sur le bon chemin. Quelqu'un leur avait indiqué le probable endroit où pourrait se réfugier le groupe des alchimistes.

Ils couraient vers la sortie Sud de la ville et pénétrèrent dans l'agglomération. Ils cessèrent alors de courir, afin de ne pas se faire remarquer, mais se hâtèrent tout de même. Les localités aux alentours aboutissaient à une vacuité d'habitations étonnante, où ne régnait qu'un vaste désert terreux peu ornementé de verdure. Même si elle n'était pas très élevée, la chaleur allait en s'accroissant au fur et à mesure de leur traversée. La saison était décidément bien moins froide en ces lieux... Contrairement aux montagnes de Briggs où l'hiver drastique était interminable, tout autant que le reste de l'année. Le contraste était saisissant.

Ed et Al aperçurent les contours d'une tour lointaine. D'après leurs indications, l'emplacement qu'ils recherchaient était là-bas. Ils décidèrent de reprendre de la vitesse ; nul ne risquait de les repérer dans ce désert pour le moment, ils étaient bien trop éloignés. C'était ce qu'ils pensaient.

Ils avaient tort. Au point culminant de la tour, placé à proximité de la plus haute fenêtre, Aiden les regardait venir à travers sa longue vue. Il esquissa un sourire machiavélique.


« Général Raymond. Je vous cherchais. »

Roy fit respectueusement le salut militaire. Il avait acculé son adversaire, intimement convaincu de l'idée d'en faire son allié.

« Eh bien, général Mustang, répondit celui-ci en reproduisant le même geste de politesse. Vous avez de la chance de m'avoir trouvé, je dois quitter Central ce soir. »

« Oui, j'étais au courant, c'est pourquoi je vous ai cherché avant votre départ... Vous habituez-vous à la vie en ce quartier ? »

Tout en discutant, les deux hommes marchaient côte à côte dans le couloir, sans direction particulière.

« A vrai dire... West City me semble plus facile à gérer, en dépit des confrontations avec Creta. Je m'y sens à l'aise. Central possède tout de même ses affinités, je dois avouer que cela m'attire... Mais diriger ce quartier est une grande responsabilité, qui n'est pas des plus faciles. Vous ne croyez pas, général Mustang ? »

L'alchimiste modéra ses paroles avec attention.

« Non, pas vraiment. De toute évidence, il est probable que certaines choses changent, bientôt... »

Raymond s'arrêta. Les deux généraux se fixèrent longuement, mutiques.

« Vous savez sans doute ce que cela signifie... prononça-t-il au bout d'un moment, rompant le silence. N'est-ce pas ? Je pensais vous avoir déjà prévenu. »

Son expression était indéchiffrable. Roy répondit tranquillement :

« Bien évidemment. Je serais très honoré si vous m'accordiez votre aide. »

Les dés étaient jetés. Roy avait du mal à conserver son calme, car il bouillait littéralement de l'intérieur. Mais, étant un homme stoïque et habitué à contrôler ses émotions, il paraissait tout à fait serein. L'intensité de son regard était impressionnante.

De son côté, Lewis semblait peser le pour et le contre de sa proposition. En réalité, il y avait songé bien avant cela et ce n'était pas une surprise pour lui si Roy énonçait cette demande. Finalement, il se remit à marcher et le général le suivit.

« Je n'exprime jamais de paroles en l'air, vous pouvez tout à fait compter sur moi. Je donnerai mon assentiment si vous faites réellement avancer les choses. Si vous en avez l'audace. »

Mustang ne dit rien. Il se contenta d'écouter. Raymond s'arrêta à nouveau en plongeant ses yeux brillants dans les siens.

« Car, vous savez parfaitement ce qui arrivera si vous instaurez la démocratie, héros d'Ishval. Je ne serai en aucun cas responsable de vos actions. »


La tension montait dans le coeur d'Edward. Son petit frère et lui étaient postés devant la porte d'entrée de la tour. Celle-ci était immense, entièrement constituée d'une pierre grisâtre et lisse. Personne ne surveillait le passage. Il n'était apparemment pas verrouillé.

Les frères Elric entrèrent.

Aussitôt, un bruit immonde et insupportable agressa leur sens auditif, immobilisant tous leurs gestes. L'éclair bleu s'était de nouveau manifesté. Ils firent des efforts colossaux pour se précipiter vers la sortie.

Trop tard. Un coup derrière la nuque, et tous deux s'évanouirent.