SUR FOND DE BELLE AU BOIS DORMANT
Deux heures plus tard, les yeux pleins d'étoiles, je retournai à la chambre de Marguerite qui m'attendait impatiemment…Plus qu'impatiemment à vrai dire car lorsque j'ouvris la porte, je la découvris assise au milieu d'un tas de bonbons, de bougies parfumées et de bâtons d'encens, les ongles rongés jusqu'au sang et les membres agités de tics.
-Alors ? s'écria-t-elle en se relevant d'un bond.
Mais j'étais trop occupée à fredonner la chanson de la belle au bois dormant pour ne fut-ce qu'entendre sa question.
-Allez Vio' grouille-toi de me faire un compte rendu, bordel ! C'était vach'ment frustrant d'attendre ici sans voir ce qui se passait entre vous deux tu sais !
Devant mon absence totale de réaction si ce n'est le petit pas de danse que j'esquissais distraitement, ma sœur perdit patience. Elle m'attrapa les poignets et me força à m'asseoir sur son lit tout en me fixant dans le blanc des yeux de façons très très effrayante. Il ne manquait plus qu'un spot lumineux braqué sur moi pour recréer l'ambiance d'un interrogatoire de police moldu.
-Tu vas parler oui ?
Je sortis tout doucement de ma rêverie et murmurai d'une voix absente :
-Ça s'est bien passé.
-Ça je le vois bien, hurla presque ma sœur de plus en plus énervée. Bon, explique depuis le début, comment t'as réussi à le convaincre de rester avec toi alors que les autres étaient pas là ?
-Je sais plus, il a dit que c'était dommage de gaspiller autant de bièraubeurre et qu'on avait qu'à boire un verre avant de repartir se coucher.
-Et t'as répondu quoi ?
-Euhglouiok…
-Et vous vous êtes assis dans la classe ? Au même bureau ? Il s'est mis en face ou à côté ?...
Vu la fébrilité de ma sœur, je me dis qu'il valait mieux lui repasser la soirée en détail. Descendre pour quelques minutes de mon petit nuage en guimauve valait mieux que de subir ses questions incessantes.
-On s'est assis l'un en face de l'autre sur le même bureau. Au début, j'avais énormément de mal à lui parler…
-J'avais remarqué vu le « euhglouiok ».
-Oui bon ça va, tu croyais quoi ? Que j'allais lui coller deux baisers sensuels sur les joues, une main sur sa nuque, l'autre lui effleurant l'entrejambe, tout en fourrant son nez dans mes seins ?
-D'abord, c'est pas comme ça que je me tiens avec les mecs…
-Bien sûr que si.
-Pas avec tous ! Et tu admettras que ça reste toujours vach'ment plus convaincant qu'un « euhglouiok ».
-Peut-être, n'empêche que par après, j'ai réussi à parler normalement, enfin je veux dire, à parler comme toi (c'est-à-dire en plaçant des « vach'ment » et des « bordel» à tout bout de champs) et j'ai même aidé à faire la conversation.
-La bièraubeurre, je suppose, fit ma sœur qui apparemment m'en voulait de lui avoir montré le côté vulgaire de sa technique de drague.
-Pas seulement ! Je me suis forcée à faire comme si j'étais toi. C'était un peu dur au début, mais j'y suis très vite parvenue. Mon déguisement et sa façon de m'appeler Coquelicot ou Hortense ont aidé aussi je suppose.
-Hortense ? Il me l'avait encore jamais faite celle-là, bordel…
-Ah ben, j'ai eu droit à un traitement de faveur... Mais ne t'inquiète pas je suis sûre qu'il n'a rien remarqué de spécial. A vrai dire, il ne m'écoutait pas vraiment.
-Bref, coupa ma sœur qui apparemment n'appréciait guère que Sirius lui ait porté si peu d'intérêt pendant la soirée, t'as réussi à remplir tous les objectifs de la soirée, non ? C'est génial ça ma poule !!
-Encore mieux !
-Comment ça encore mieux ?
-Je ne t'ai pas encore tout raconté, ça c'est ce que j'ai fait au début…
-Quoi, t'as été plus loin et tu lui as effleuré l'entrejambe ?
-Rien à voir ! Je n'ai pas non plus provoqué de rapprochement entre son nez et mon décolleté si tu veux tout savoir.
-Qu'est-ce que t'as fait d'autre alors ?
-Je suis devenue moi-même !
Devant l'air effaré de ma sœur, je décidai de lui raconter en détails comment petit à petit j'avais oublié de placer les vach'ment et les bordels et comment Sirius et moi avions passé tout le restant de la soirée à parler librement de sujets qui nous tenaient à cœur, exactement comme dans nos lettres.
-Vio', comment t'as pu faire ça ?
-J'en sais rien, c'est venu tout seul…Je crois que Sirius a le don de me mettre à l'aise…On est faits l'un pour l'autre, soupirai-je en m'allongeant sur le lit, mon cerveau et mon coeur reprenant à l'unisson la chanson de la belle au bois dormant.
-C'est pas ce que je voulais dire, s'écria ma sœur, me faisant retomber de mon petit nuage douillet. C'était pas toi qui était à cette soirée, c'était moi !! Tu comprends ce que ça veut dire ?
Je me relevai en sursaut, le visage défait, tandis que le refrain de la belle au bois dormant s'arrêtait en une énorme fausse note.
-Oh !
-Oui oh ! T'as de la chance que vous n'ayez fait que parler. Demain, je n'aurai qu'à faire comme si la bièraubeurre m'avait fait tourner la tête, ce qu'elle a apparemment définitivement fait avec toi, et que je ne pensais aucune des conneries que j'ai dites. Encore heureux que je ne t'ai pas laissée toute une journée dans mon corps, tu aurais fini par le rendre amoureux de moi !
-Oh Marguerite ! Me lamentai-je la tête dans les mains.
-Ne me remercie pas et sois contente que je n'en profite pas pour mettre Sirius dans mon lit ! Et arrête de faire une tête pareille, bordel !
-C'est que…Ça risque d'être un peu plus compliqué que ça…
-Comment ça ?
-J'ai…enfin…TU as embrassé Sirius Black.
…
Un silence de mort régna dans la pièce.
-Embrassé ? Comment ça embrassé ? Où ça embrassé ? Oh Vio, je t'en prie bordel, dis-moi qu'il t'a juste fait la bise pour te souhaiter une bonne nuit…
-Pas exactement…À vrai dire, ça n'avait même rien à voir… C'était…c'était…Un magnifique et long baiser d'amour, finis-je par dire en regrimpant aussi sec sur mon tendre nuage en compagnie de la belle au bois dormant.
-Et merde, gémit ma sœur en se frappant le front de sa main.
Elle dût répéter la scène une bonne dizaine de fois avant que je reprenne à nouveau contact avec la réalité, la très très dure réalité.
-A ta place, je rajouterais encore au moins trois mille "et merde" après ceux-là, lui fis-je remarquer d'un air penaud.
-Quoi encore ??
-Il a demandé si on pouvait se revoir…Enfin tu vois, genre régulièrement et…
-Je vois très bien oui, il t'a demandé de sortir avec lui. Et ?
-J'ai…enfin TU as dit oui.
Je ne pense pas que ma sœur rajouta exactement les trois mille « et merde » que je lui avais pronostiqués mais elle s'en approcha dangereusement.
-Bon on reste calme, finit-elle par dire. Faut absolument que j'aille voir Sirius et que je mette les choses au clair. Tu peux pas continuer à le voir en te faisant passer pour moi et t'auras jamais assez de cran pour tout lui avouer dès maintenant. J'espère que tu comprends à quel point l'idée de plaquer un Sirius Black fou amoureux de moi me débecte, ma grande ?
-Je sais…fis-je en me roulant en boule dans ma couverture.
-Bon va te coucher, j'arrange tout ça et dès demain vous pourrez reprendre calmement vos petites conversations épistomachins…
-Tu sais que t'es vach'ment géniale comme sœur, bordel? Dis-je en quittant son dortoir après lui avoir collé un bisou bruyant sur la joue.
-Je le sais et crois-moi, là t'en abuses, t'en abuses vach'ment, bordel !
Je retournai à mon dortoir en flânant, les pieds à 5 cm du sol. Bon, c'est vrai que j'avais fait une petite gaffe ce soir, j'avais été un peu trop hardie mais bon, Marguerite allait tout arranger et au moins, j'avais été fixée : ma personnalité, la vraie, la n°384, plaisait à Sirius Black…Bon ,en fait, pour être franche et sans vouloir me vanter, elle lui plaisait même vach'ment beaucoup…En plus, pour la première fois de ma vie (si on exclut la conversation à propos de la gomme avec le joli p'tit cul), j'étais enfin parvenue à adresser la parole à un garçon et pas n'importe lequel je vous prie, c'était LE garçon. Mieux encore, j'étais parvenue à briser devant lui cette saloperie de petite coquille insipide dans laquelle j'avais végété pendant si longtemps et à lui dévoiler, tel un papillon, qui j'étais vraiment. Oula, peut-être vaudrait-il mieux que je chasse rapidement la belle au bois dormant de ma tête avant de me transformer en créature poétique et guimauvesque.
Bref, il ne me restait plus qu'à faire pareil sans avoir à ressembler à ma blondasse de sœur. Bon c'est sûr, il faudrait peut-être encore un peu de travail avant que je me repointe devant Sirius Black et l'embrasse fougueusement mais j'avais fait preuve de tellement d'audace ce soir-là, que je me sentais prête à tout… Nous n'avions plus qu'à échanger encore quelques lettres et enfin, je serai prête à lui accorder le rendez-vous qu'il réclame tant. Et là, à condition qu'il m'accepte également en version brune, plus rien ne pourrait m'empêcher de vivre mon rêve à 300 à l'heure.
Devant ma commode, je défis d'un coup de baguette tous les arrangements esthétiques qu'avait pratiqués ma sœur sur ma pauvre personne et, après maintes hésitations, décidai de laisser mes culs de bouteille dans le tiroir (mettons toutes les chances de notre côté…). Puis en virevoltant et en chantonnant (je vous laisse deviner quel refrain), je me glissai dans mon lit avec un grand sourire niais et me mis à faire différents rêves concernant différentes choses, certaines nommables, d'autres non et toutes en compagnie d'un certain Sirius Black.
…
Pendant les 5 jours qui suivirent le matin où Marguerite m'annonça que Sirius avait définitivement tiré un trait sur elle, la belle au bois dormant et son refrain stupide ne cessèrent de me hanter. Mais au matin du 6ème jour, je dus me rendre à l'évidence et réaterrir brutalement.
Cela faisait 7 jours que j'avais déposé ma dernière lettre dans le casier n°822 et cela faisait 7 jours que le casier n°384 restait désespérément vide. Sirius avait cessé de m'écrire…
A SUIVRE
Voilà, désolée si ce chapitre est trop court par rapport à la période d'attente mais j'ai fait mieux que pour le dernier non ?
En tout cas, merci à tous pour vos reviews, c'est vraiment grâce à elles (et aussi par amour de l'écriture évidemment) que j'ai envie de me dépêcher pour poster les différents chapitres.A bientôt !
