VI

Il n'est pas lui

Note de l'auteur : Hier c'était mon anniversaire. 28 ans déjà. J'ai eu des cadeaux Star Trek géniaux! Et voilà donc le chapitre 6, où Jim est frustré, où Spock fait de l'humour, où ils vont finir par casser le turbolift à force de le prendre pour une salle de réunion (quand ce n'est pas pour autre chose) et où Sherlock est irrécupérable. Bonne lecture et merci pour vos commentaires!


Je me réveillai au son du chronomètre, dans un cocon de chaleur et embrassai une épaule à portée de mes lèvres, alors que Spock faisait taire la sonnerie. Il était inutile de se presser. Mon compagnon mettait toujours l'alarme très en avance. Il aimait prendre son temps et moi aussi. Je m'étirai, en rejetant le drap sur mes hanches. Une main douce vint caresser mon ventre, suivie d'une bouche chaude.

« Qu'est-ce que tu fais ? » Demandai-je, en ébouriffant ses cheveux.

« Je t'aide à te réveiller. »

Un éclat de rire me secoua, autant à cause de sa réponse, que des chatouillis sur mes côtes.

« Mais tu n'as pas vraiment besoin de moi, à ce que je vois. » Dit-il, en passant sa paume sur la bosse déjà visible sous la literie.

Je soupirai de bien-être, alors qu'il tirait sur le tissu, dévoilant mon corps nu. Il se glissa entre mes jambes, en baisant le pli d'un genou, une cuisse, puis mon aine, tournant autour du pot. J'agrippai ses mèches noires, alors qu'il pointait une langue couleur amande, pour lécher mon membre sur toute sa longueur, avant de l'emprisonner de ses lèvres charnues. Un gémissement de plaisir m'échappa, mais il fut couvert par le son de mon communicateur qui choisit ce moment pour se manifester. Spock me relâcha et se rallongea à côté de moi en soupirant. Je tendis un bras pour attraper le maudit appareil, partagé entre l'envie de le fracasser contre un mur et la curiosité de savoir ce qu'on pouvait bien me vouloir à cette heure-ci.

« Kirk, j'écoute. » Dis-je, d'une voix plus sèche que je ne l'aurais voulu.

« Ici Sulu, Capitaine. J'ai pensé que vous aimeriez savoir que nos senseurs nous ont rapporté une explosion, dans le centre de Londinium. Des charges de type dynamite, plutôt primaires. Dégâts matériels importants et onze victimes au total. »

Je me redressai brusquement, mon désir complètement retombé à présent.

« J'arrive tout de suite. Merci, monsieur Sulu. Kirk, terminé. » Répondis-je, avant de raccrocher. « Moriarty ? »

« C'est fort probable, Jim. »

« Il faut qu'on redescende. En espérant que Holmes et Watson ne fassent pas partie des disparus. Je vais prendre une douche rapidement. Tu viens ? »

« Bien sûr. »

Le pont nous accueillit dans un calme relatif.

« Capitaine sur la passerelle. » Annonça le pilote, avant de se diriger vers moi.

« Au rapport, monsieur Sulu. »

« Une douzième victime supplémentaire, Capitaine. Un immeuble entier détruit. » M'apprit-il.

« Un édifice important ? »

« Pas que nous sachions. »

« Cela ne semble pas très logique. » Intervint Spock. « Quel est le message, si la cible n'est pas significative ? »

« Nous en saurons sûrement plus une fois sur place. » Conclus-je. « Faites venir McCoy en salle de téléportation. » Ordonnai-je.

« Jim. » M'arrêta mon compagnon, alors que je m'avançais déjà vers la sortie. « Je sais ce que tu as en tête. Nous n'avons pas le droit. »

« Si Bones peut aider les blessés, on ne va pas les laisser mourir. Je lui dirai d'être discret et de ne pas sortir son tricordeur médical. Un hypospray peut facilement passer pour une seringue hypodermique. » Argumentai-je, en pénétrant dans le turbolift.

Il me suivit.

« Je n'approuve pas. Ce n'est pas prudent. Même si je suis d'accord avec toi sur le principe, tu le sais. »

J'enfonçai le bouton d'arrêt et me tournai vers lui.

« Nous n'allons pas reparler de ma culpabilité. J'ai bien entendu ton point de vue. Il n'empêche que ces événements se produisent à cause d'une pollution culturelle qui vient de la Terre. J'ai compris ce que tu voulais dire quand tu parlais de destin, mais je suis juste incapable de me détourner de ces gens. »

Il me prit dans ses bras, avant de poser un baiser aérien sur mes lèvres.

« Je sais. Tu ne serais pas toi, sinon. » Dit-il simplement. « Je te suivrai, quoi que tu décides, du moment que tu ne te mets pas en danger si l'on peut l'éviter. »

« Je t'aime. Tu le sais ? »

« Oui. »

« Vraiment. Comme jamais personne auparavant. D'une manière qui me fait presque peur parfois. »

J'appuyai mon front contre le sien.

« J'ai dû accepter, difficilement, le fait que je ne contrôle rien quand il s'agit de toi, T'hy'la. Et, avec le temps, j'ai fini par comprendre que je n'en ai pas honte. L'amour que je te porte ne peut pas être bâillonné. » M'avoua-t-il, avant de remettre la cabine en marche. « Allons aider ces gens autant que nous le pouvons. »

Après nous être changés, nous attendîmes Bones en salle de téléportation. Il ne se fit pas attendre très longtemps. Il avait également endossé un nouveau costume, qu'il avait agrémenté d'une ancienne sacoche médicale en cuir noir, pour parfaire son personnage.

« Sulu m'a fait un topo sur la situation. J'imagine que c'est pour apporter mon aide aux blessés que je suis là. J'ai pris le minimum vital, rien de très compromettant. » Nous dit-il, en arrivant.

« C'est parfait. Une fois sur place, je te laisserai te rendre à l'hôpital, pendant que nous tenterons de mettre la main sur Holmes et Watson. » L'informai-je.

Il acquiesça, avant de monter sur un plot. Nous l'imitâmes, puis j'ordonnai à l'Enseigne de garde de nous envoyer sur la planète.

Nous nous matérialisâmes dans une ruelle quelque peu sordide. Immédiatement, nous nous engouffrâmes dans la foule. J'avais demandé qu'on nous téléporte près du lieu de l'explosion. Nous tournâmes à droite, en suivant le flot des passants, jusqu'à tomber sur un spectacle de désolation et de panique. Un immeuble entier était éventré, calciné. Des débris jonchaient la route à plusieurs mètres à la ronde. L'édifice en lui-même n'était, certes, pas important. En revanche, l'adresse d'en face ne m'était que trop familière. Le détective et le médecin nous attendaient devant la porte du 221B, se doutant certainement de notre venue. Ils étaient donc vivants. McCoy nous abandonna, pour monter dans un fiacre frappé d'une croix rouge. Nous continuâmes notre route pour rejoindre les deux hommes. John sembla soulagé de nous voir, au contraire de Sherlock qui affichait une mine contrariée. Il nous sauta à la gorge dès qu'il nous aperçut.

« Je vous ai écouté, et voilà le résultat ! »

« Le tuer n'aurait rien changé et vous le savez très bien. De plus, encore aurait-il fallu que vous le trouviez avant. Vous l'avez dit vous-même, cet homme est un écho, un fantôme. »

« J'ai cessé mes recherches hier, pour vous accorder du temps, parce que j'avais décidé d'attendre de vous revoir aujourd'hui. »

« Il n'y avait rien à faire pour éviter cela, monsieur Holmes. » Intervint Spock. « Nous n'avions aucun moyen de prévoir ce qu'il avait planifié. Maintenant, si vous le voulez bien, allons à l'intérieur pour discuter loin des oreilles indiscrètes. » Les invita-t-il, en se dirigeant vers la porte.

Je lui emboîtai le pas, suivi de Watson. Sherlock passa devant nous et bouscula Spock un peu brutalement, pour l'écarter de son but et entrer en premier. Mon compagnon n'en fut pas grandement perturbé, mais je ne supportais pas qu'on le touche.

« Hey ! » L'apostrophai-je. « C'est quoi votre problème ? Il peut être trop franc, même blessant parfois, mais le Sherlock Holmes que je connais ne passe pas physiquement sa frustration sur les autres ! »

« Si j'ai bien compris, je ne suis pas cet homme ! Alors pourquoi me reprocher de ne pas agir comme lui ? » Me lança-t-il, avant de pénétrer dans l'immeuble.

Je m'élançai à sa suite, pour lui dire ma manière de penser, mais Spock me retint.

« Calme-toi, T'hy'la. Il a raison, dans un sens. Il n'est pas lui. Peut-être que ce comportement cache les prémisses de sa rébellion contre ce système. Prendre conscience qu'il joue plus ou moins un rôle, depuis toutes ces années, celui d'un homme qui a déjà existé qui plus est, a dû remettre en question beaucoup de choses. Laisse-le être lui-même, si c'est ce qu'il désire. » Me dit-il, en pensée.

Je n'avais pas vu les choses sous cet angle. Peut-être avait-il raison. Je croisai le regard perplexe de Watson. Il était vrai que de l'extérieur, notre comportement devait sembler étrange. Nous nous reprîmes et suivîmes le détective dans l'escalier étroit.

Une fois tous les quatre installés dans le salon, le thé servi par madame Hudson et les esprits échauffés quelque peu calmés, nous pûmes enfin recroiser leurs données avec les nôtres. Il s'avéra assez rapidement, que les différences entre leur monde et les romans étaient nombreuses, finalement. Et ce même si les affaires sur lesquelles ils avaient travaillé étaient sensiblement identiques. Leur Moriarty, lui, ne suivait pas les rails. Ce qui allait compliquer nos recherches. Je préférai ne pas en faire part à nos hôtes. Tant que Sherlock croirait que nous avions toutes les clés en mains, il ne tenterait rien de malheureux. Leur confrontation ne se passerait certainement pas comme dans les livres. D'ailleurs, avaient-ils même l'équivalent de la Suisse(1) sur cette planète ? Probablement pas. Mais, le faux suicide d'Holmes, lui, restait peut-être d'actualité et j'aimerais autant l'éviter. Quelque chose me disait que le Watson de cette planète ne s'en remettrait pas, contrairement à son défunt homonyme. À la manière dont il observait son colocataire, je devinai qu'il avait réfléchi à mes paroles de la veille. Contrairement à son ami. Ce dernier paraissait tout de même mal à l'aise, il évitait son regard, ainsi que son contact. Son attitude me fit rire sous cape.

« Il est aussi irrécupérable que toi, quand je t'ai connu. » Pensai-je, en m'adressant à mon compagnon.

« Ton affirmation est illogique, vu que je ne l'étais pas tant que ça, apparemment. » Répliqua-t-il, avec un sourire en coin.

« C'est de l'humour vulcain ? » Raillai-je.

Pour seule réponse, il leva un de ses gracieux sourcils. Je rigolai doucement, en me reconcentrant sur nos hôtes. Ils nous regardaient, dubitatifs.

« C'est la deuxième fois que vous faites…ça. » Affirma Watson, hésitant.

« N'y prêtez pas attention. » Dis-je, en écartant le sujet d'un geste de la main. « Nous devrions… »

« C'est comme si vous aviez une conversation silencieuse. Seriez-vous télépathes ? » Relança Sherlock.

Je soupirai de dépit. Encore une chose qu'ils n'auraient pas dû savoir.

« Seulement nous deux. Ce n'est pas le cas des autres personnes qui sont avec nous, sur le vaisseau. » Simplifiai-je, pour clôturer la conversation.

« C'est fascinant. » Commenta le détective. « Comment faites-vous ? »

« Si nous en revenions à Moriarty. » Suggérai-je. « Quelles sont vos pistes, pour le trouver ? »

Il me sourit mystérieusement, acceptant d'abandonner ses questions pour le moment, avant de se lever pour aller chercher une pile de documents.


(1) La confrontation finale entre Sherlock Holmes et James Moriarty a lieu en Suisse, au sommet des chutes du Reichenbach, où Moriarty trouve la mort et où Sherlock simule de mourir avec lui pour échapper aux hommes de Moriarty.