Bonjour à tous! J'espère que vous allez tous bien. Voici le nouveau chapitre, j'espère qu'il va vous plaire! Merci pour toutes les reviews! Bonne lecture :) Bisous :)


Chapitre 6

Mardi

Je m'accordais de rester dans mon lit le matin, envoyant un SMS à Jo en lui disant que je ne me sentais pas bien, misant sur mes règles douloureuses : ce qui était vrai, ceci dit. La principale raison était tout de même ma chute de moral. Tout était parti de dimanche, et quand on a déjà une tendance à broyer du noir comme moi, un rien peu nous flanquer au plus bas. Elle me répondit qu'elle passerait me voir en fin de journée, et je retins cela pour organiser ma journée. Rien faire de la matinée, aller au cimetière cet après-midi, et revenir à temps pour que Jo ne s'inquiète pas. Je me rendormis jusqu'à 10H, et m'enveloppai dans ma couette pour aller me faire un thé devant la télévision au salon. Je zappai, zappai, et zappai encore jusqu'à en avoir marre, pour finir sous une douche bouillante provoquant l'aspect d'un véritable sauna à ma salle-de-bain. Je mis seulement une brassière et un jean, puis relevai mes cheveux en un chignon décoiffé. Pas de maquillage, de toute façon, à quoi bon? Mes parents ne le verraient pas, et je finirais en mode panda avant la fin de la journée. Je me reblottis dans ma couette quand on toqua à la porte : ce n'était pas notre "code" avec Jo. Je me dirigeais, méfiante, vers la porte.

- Qui est-ce?

- Chou, c'est moi.

Sous le choc, je regardais ma tenue, puis ma couette sur le canapé, la tasse de mon thé sur la table basse, les volets encore fermés... Malheur. Il s'impatienta.

- Je m'en tape si t'es toute nue, ouvre ou j'enfonce la porte!

Je débloquais le loquet avant qu'il casse tout et soupirai en ouvrant.

- Ah, merci!

Il entra, sans me demander la permission, et me dévisagea un instant.

- Mon dieu, est-ce que tu manges parfois?

Il était fixé sur mon ventre.

- Oui, je mange, merci.

- Ferme la porte, je ne compte pas repartir d'ici maintenant.

- Est-ce que je t'ai proposé d'entrer déjà?

- Oui, tu as ouvert. Bah dis donc, dit-il en regardant autour de lui, tu es d'humeur massacrante aujourd'hui. Est-ce que c'est à cause de tes trucs de fille?!

- JO TE L'A DIT?

- Oui, elle ne voulait rien me dire, et j'ai tellement été chiant qu'elle a fini par craquer. Je la menaçais de la prendre en photo au réveil la prochaine fois qu'elle viendrait dormir à l'appart.

Je secouai la tête et partis vers le canapé en grommelant. Jo allait passer un sale quart d'heure quand elle me rendrait visite ce soir. Owen ferma la porte et me rejoignis.

- Je peux m'asseoir?

- Bon sang, qu'est-ce-que tu veux?!

- M'asseoir!

Je levai les yeux au ciel et désignai le fauteuil avec mon menton.

- Je suis sûr que tu as menti commença Owen.

- A propos de quoi?

- Tu n'es pas venu en cours à cause d'autre chose.

- Et toi? Tu sèches les cours?

- Non, je n'ai rien le mardi après-midi. Ma présence t'horripile à ce point?

En levant les yeux vers lui, je vis qu'il était touché par ma colère.

- Non. Désolée. Je t'avoue que j'avais besoin d'une journée seule déploré-je.

Il acquiesça.

- Je pense que ce n'est pas la solution.

- Je n'ai pas envie de parler...

- Très bien, je me tais.

Il se leva et je cru qu'il allait partir, mais il se dirigea vers la cuisine, et sortit un sachet de son sac.

- Qu'est-ce que tu fais? Demandé-je.

Il se tourna vers moi, et me fis signe qu'il ne pouvait pas parler, et qu'il avait jeté la clé. Je croisai les bras, et le regardai farfouiller dans mes placards à la recherche de... mais qu'est-ce qu'il trafique bon dieu! Je me levai, rapportant ma tasse au passage, et me postai à côté de lui.

- Qu'est-ce que tu cherches? C'est quoi ce sketch?!

Il attrapa le sachet, et l'ouvris sous mes yeux. Des moelleux au chocolat... rien que l'odeur me mit l'eau à la bouche. Je le regardai, et il posa le sachet, puis dessina une assiette avec ses doigts. J'ouvris le placard à sa droite et il applaudit en voyant l'objet recherché, ce qui me fit rire.

- T'es bête... dis-je en secouant la tête.

Il attrapa dans le tiroir deux cuillères à café, et servit un moelleux pour chacun. Il voulait tellement bien faire...

- Mes parents me manquent. Aujourd'hui, c'est leur anniversaire de mariage.

Sa main se stoppa alors qu'il allait attraper l'assiette pour l'emmener dans le salon. Je ne le vis pas venir, mais en trois secondes il fit une enjambée pour me serrer dans ses bras. Une main autour de ma taille, une à l'arrière de mon crâne, pour me maintenir au plus proche de lui. Je fondis en larmes, honteuse de faire ça dans ses bras.

- Chut, calme toi... dit-il.

- Il y aura toujours des journées plus dures que les autres, à cause des dates, des souvenirs forts, des lieux qui m'y font repenser.

- Tu n'as pas à traverser ça seule Amelia, pourquoi ne l'as-tu pas dit à Jo?

- Parce que Jo aurait accouru ici, et que je ne voulais pas craquer comme maintenant.

- Maintenant, je te demande de m'envoyer un message dès que tu auras envie de baisser les bras.

- Je n'ai pas ton numéro.

Il rit doucement en me berçant de droite à gauche.

- Je n'ai pas envie de ta pitié Owen.

- Ce n'est pas de la pitié! J'ai le droit de ressentir de la peine pour toi, non? Je te trouve déjà très forte, je pense juste que tu dois t'appuyer sur les gens qui t'entourent, et je te demande de me compter parmi ceux-là.

- Pourquoi?

- Parce que je veux être ton ami.

- Pourquoi?

- Parce que.

Il s'écarta et passa ses doigts sous mes yeux mouillés.

- Ça suffit, cet après-midi je reste avec toi, et on se met un film comique, ou on se fait une bataille de mousse, ok?

- Non, répondis-je en secouant la tête, j'ai quelque chose de prévu déjà.

- Vraiment? C'est un prétexte pour m'évincer?

- Je t'assure, ça va.

- Non ça ne va pas Amelia! Tu ne peux pas t'effondrer comme tu viens de le faire, et me dire "ça va"!

- Qu'est-ce que ça peut te faire de toute façon.

Il m'agrippa les épaules.

- Ça suffit! Si tu as besoin de te défouler, tape, je te tiendrai l'oreiller toute la journée si tu veux, mais arrête de douter de ma présence ici!

- Je vais aller au cimetière.

- C'est dingue, c'est quand on est cash avec toi que tu te livres.

Je haussai les épaules et partis vers le salon, il me suivit, l'assiette à la main, et me tendit une cuillère.

- Est-ce que tu veux que je t'accompagne? Je resterai à l'entrée si tu préfères.

- Franchement Owen, tu serais bien mieux chez toi, ou à voir des potes que m'accompagner sur la tombe de mes parents.

- Je m'en fous d'où est-ce que je serai mieux. Si tu as envie que je sois là, je le serai.

- Tu ne trouves pas que tu en fais trop? Rétorquai-je en secouant la tête.

- Pourquoi tu dis ça?

- On se connait depuis une semaine!

- Et alors? Le temps ne fait pas tout. Je me sens proche de toi.

- Parce que tu me vois comme une fille fragile.

- C'est faux, il n'y a que depuis hier que tu te montres fragile. C'est ton caractère que j'ai adoré en premier.

- Merci pour le moelleux.

- Je t'en prie.

On mangeait en silence, la télé en bruit de fond.

- Rien de tel que du chocolat pour guérir un peu les blessures ajoute-t-il.

- Tu parles en connaissance de cause on dirait.

- Peut-être.

- Qu'est ce qui s'est passé?

- Oh, trois fois rien.

- Donc moi je dois m'ouvrir à toi, mais toi pas.

- Ce n'est rien comparé à ce que tu as vécu.

- Si tu as souffert, c'est quand même important. On n'a jamais mal par hasard.

- Ma première rupture a tourné au cauchemar, c'est tout.

- C'est tout ce que tu veux me dire.

- Que dire de plus en même temps.

Je failli lui rétorquer "plein de choses", mais je m'abstins. Jour après jour, j'avais un nouvel indice sur ses peines passées... pas si passées que ça je suppose. Je levai les volets, et pris ma couette pour aller la remettre sur mon lit. Le salon paraissait du coup bien plus approprié à une visite de dernière minute.

- Tu t'habilles on y va?

- Donc tu viens?

- Sauf si tu t'y opposes, je ne peux pas te forcer à m'emmener là-bas, c'est quand même un endroit trop personnel pour que je m'impose comme je le fais d'habitude.

J'hésitai un instant, mais pourquoi dire non à une épaule si confortable.

- Je vais mettre un pull, je reviens.

Il acquiesça, et on fut rapidement en bas, près de sa moto.

- C'est... hésita-t-il, c'est quel cimetière?

- Celui de Green-Wood.

Il passa la main dans ses cheveux, visiblement gêné.

- Tu n'es franchement pas obligé, je t'assure.

- Ne t'inquiète pas pour moi.

Il me tendit mon casque, mis le sien, et on démarra rapidement.

Après avoir acheté un bouquet de tulipes roses, comme les aimait ma mère, j'entrai dans le cimetière, suivie de près par Owen, silencieux. Connaissant malheureusement le chemin par cœur, je ne fis pas attention d'où je marchais, et c'est une fois à l'allée attendue, je vis mon grand frère à quelques mètres.

- Il y a mon frère.

- Ah. Tu veux que je vous laisse?

- Non, c'est bon.

En m'approchant, il m'enlaça fermement.

- Ma chérie, dit-il en reniflant, ça doit leur faire plaisir ta visite.

Je haussai les épaules en m'écartant, ne croyant pas comme lui qu'ils me voyaient de là-haut. Poliment, je lui présentai Owen, qui lui tendit la main.

- Bonjour monsieur, je suis un ami d'Amelia.

- Oui, je me doute, il n'y a qu'un ami qui pourrait l'accompagner dans un endroit comme celui-là...

- C'est toi qui as décoré autant?! Demandé-je à mon frère.

- Je pensais enlever les chrysanthèmes que j'ai apportés le week-end dernier, mais ils n'ont pas fané... Sinon le reste, non...

- Papa préférait les choses simples, dis-je sèchement.

Je pris les deux bouquets d'œillets qui étaient déposés en diagonale, et les dispatchers sur les tombes voisines. Owen me regarda faire, sans bruit, alors que mon frère posait un regard compatissant sur moi.

- Je vais vous laisser. Viens me voir bientôt Amy, s'il te plait dit mon frère.

Il attrapa mes mains alors que je soupirai en acquiesçant.

- Tu es ma seule famille maintenant.

- J'ai beaucoup de travail en ce moment, j'essaierai de me libérer.

- On pourra aller au bois cueillir des mûres, comme quand tu étais petite.

Je baissai les yeux, me remémorant les dimanches après-midi à passer dans le bois avec ma mère et mon frère, le panier à la main pour récupérer le maximum de mûres et faire des confitures.

- Je ne comptais jamais sur Amelia pour mettre les mûres dans le panier et faire des confitures, elle en mettait une et en mangeait trois derrière, dit-il à Owen en riant. Maman lui disait "Amelia, tu as mangé des mûres!", elle niait mais elle en avait partout autour de la bouche...!

Je fermai les yeux, commençant à sentir mes larmes monter, et je crispai la mâchoire pour m'éviter de crier, mais il reprit.

- Et la fois où en voulant en attraper une, tu avais vu un serpent... Amelia était restée là, à courir sur place en montrant le serpent du doigt qui traversait le chemin. Je l'avais attrapé et...

- Ça suffit les souvenirs! Crié-je.

Je rouvris les yeux, me sentant furieuse, le cœur battant si vite que j'en eus le tournis. Je murmurai un "Stop" et sans que je comprenne, Owen m'attira dans ses bras. Je savais que la main tremblante posée sur mon avant-bras était celle de mon frère, puis il finit par me lâcher et partir.

- Calme toi Amelia, ça va aller... arrête de pleurer compatit Owen.

J'essuyai mes larmes d'un revers de main et m'écartai de lui. Je m'accroupis devant la tombe, déposai les fleurs et embrassai le froid du marbre une fois, comme je le faisais d'habitude. Je posai ma main dessus et fermai les yeux jusqu'à ce que je me calme.

- Owen?

- Oui?

- Tu voudrais bien... me laisser juste cinq minutes? S'il te plait.

- Bien sûr.

Il posa sa main sur mon épaule, la pressant légèrement, et poursuivit son chemin dans l'allée pour disparaître sur le chemin perpendiculaire. Je m'assis sur le bord de la pierre, et posai mon ventre tout en long pour m'allonger à moitié et sentir le froid sur ma joue. Il n'y avait que comme ça que j'arrivais à me sentir en contact avec eux. Je fermai les yeux.

Une présence. Une main sur mon genou.

- Amelia…

- Hm?

- Ça fait 35 minutes que je t'ai laissé comme ça, je n'ai pas pu tenir plus longtemps.

- Excuse moi, je t'avais dit que ce serait pas amusant de m'accompagner, je... on rentre si tu veux, je reviendrai toute seule!

- Ne crois pas que c'est parce que je m'ennuie... ça me fait juste mal de te voir si mal.

Je ne me redressai pas, et lui proposai de s'asseoir à côté de moi, ce qu'il fit, délicatement.

- Allongée, comme ça, c'est mon seul moyen de me sentir connectée à eux.

Il ne répondit pas et continua de me fixer avant de porter son regard sur les différents mots laissés. Je vis son visage se contracter.

- Qu'est ce qu'il y a? le questionné-je.

- Un accident de voiture...

J'acquiesçai, muette.

-Tu étais dans la voiture?

Je me mordis la lèvre, fort, pour retenir un gémissement et secouai la tête négativement.

- J'aurais tout donné pour y être.

Il tendit le bras pour poser une main sur ma joue.

- Ne dis pas ça, tu dois vivre, pour eux.

- J'ai tellement mal. C'est comme si je devais vivre avec un cœur perforé de partout.

Fronçant les sourcils, je repris aussitôt.

- Excuse moi, je ne sais pas pourquoi je dis tout ça. On va y aller.

- Non, parle si ça te fait du bien.

Je gardai le silence.

- Tu es forte, je suis sûre que tu auras une belle vie malgré tout.

- Peut-être oui, il y a des moments où je suis heureuse, où je me dis "ah, je souris, je ris pour de vrai". Mais derrière, je me dis que pour les moments les plus importants de ma vie, ils ne seront pas là. Si je me marie, qui va m'amener à l'église? Si j'ai un enfant, qui est-ce qui va s'inquiéter pour moi, et qui viendra vite à la maternité? Même, quand j'aurai mon diplôme, qui sera fier de moi? Et bordel, qui sera là pour mes peines de cœur, pour attendre jusqu'à 2H du matin parce que je ne suis pas rentrée?!

Son pouce se promenait sous mon œil.

- Je ne sais pas quoi te dire, je ne peux pas imaginer un quart de ce que tu dois ressentir, j'ai une famille unie, et complète alors j'ai peur de dire des mots de travers. Mais je suis persuadé que tu peux trouver le bonheur, tu le mérites plus que n'importe qui, et même si je ne connaissais pas tes parents ils seraient forcément fiers de toi.

- Merci.

Je me redressai.

- On y va?

- Comme tu veux chou.

Je souris tout en soupirant en entendant son surnom.

- Laisse moi t'appeler comme ça, ça te va bien...

- Parce que je ressemble à une boule de pâte?

Il secoua la tête en riant. Comme toujours avant de partir, j'enlevai mon médaillon autour du cou, le plaquai contre ma paume d'un côté et posai ma main à plat pour qu'il touche le marbre. J'avais l'impression qu'il s'imprégnait de l'énergie présente ici, du soutien de mes parents, et que cela m'accompagnerait jusqu'au prochain coup de blues. J'embrassai la pierre tombale et me redressai, prête à partir. Owen se redressa à son tour, et on finit par quitter l'endroit, retrouvant sa moto.