Auteur : Manzy ( u/2692844/Manzy )
Titre : The Virus from the Valley
Genre : Mystère/Romance
Résumé : Nos héros peuvent-ils faire face à une Irène Adler moderne quand ils arrivent à peine à comprendre leurs propres sentiments?
Pairing : Sherlock/John
Rating : T
Disclaimer : L'univers appartient à ACD et aux créateurs de la série, et l'histoire à Manzy.
Avertissements : Traduction & fic slash (traitant de relations amoureuses entre garçons).
Un chapitre plus long qui devrait compenser le précédent. Merci à quiche pour sa review non signée!
Chapitre 5 : Acolytes et Casques de chantier
Le trajet en métro jusqu'au Yard fut assez court. Après s'être rapidement rendu au bureau de change puis à la banque (pas moyen de gagner du temps avec une machine à carte, s'était-il dit sarcastiquement), John avait envoyé sur le chemin un SMS annonçant son arrivée imminente à Lestrade, de manière à ce que l'inspecteur principal l'attende à l'entrée pour lui faire passer la sécurité.
« Ça ne concerne pas Moriarty, si ? Est-ce que Sherlock a trouvé quelque chose ? » demanda Lestrade alors que l'ascenseur les amenait au quatrième étage et à ses bureaux principaux. Lestrade était l'un des seuls au Yard à en savoir un peu sur Moriarty et, bien que l'affaire ait été officiellement reprise par les services secrets, John savait qu'il recherchait toujours des informations sur le sujet.
« Non, non, désolé, » dit John. « En fait, nous avons besoin de vérifier les antécédents de quelqu'un. Sherlock est sur une affaire privée. »
Lestrade le fixa. « Docteur, je sais que je dois beaucoup à cet homme, mais franchement, il ne peut pas demander à la police de vérifier des antécédents pour lui aux frais de l'État pour toutes ses affaires privées. »
John cligna des yeux. Ah, c'est vrai. Il était tellement habitué à voir la police sauter quand Sherlock disait de sauter qu'il avait manqué de prendre en considération le fait que cela arrivait habituellement sur des enquêtes officielles menées par la police. Mais leur client, Ormstein, avait évité d'aller voir la police, donc le fait que John demande de l'aide à la police s'approchait dangereusement de l'entorse d'une quelconque loi, il en était certain.
Voyant la confusion sur le visage de John, Lestrade soupira. « Oh ne vous inquiétez pas, je ne vous en veux pas. C'est un peu un soulagement, en fait. D'habitude il vient lui-même et je dois l'écouter brailler avec Anderson pendant que je parcours les rapports. »
John sourit à cela pendant qu'ils sortaient de l'ascenseur. Lestrade continua pendant qu'ils se dirigeaient vers son bureau.
« Je suppose que je vais regretter d'avoir demandé, mais il est sur quoi ? »
« Une affaire de chantage. Enfin, nous pensons que c'est une affaire de chantage. Mais le suspect n'a pas vraiment fait de chantage pour le moment. » John continua, « Donc techniquement, il n'y a pas eu de crime. »
« Et donc techniquement, vous ne brisez aucune loi en m'enlevant l'affaire, » concéda Lestrade avec un sourire. « Et toujours techniquement, je ne brise qu'un peu de protocole de police en vous aidant. »
Ils avaient atteint son bureau. Lestrade s'assit devant son ordinateur et commença à taper. John resta debout et regarda par la fenêtre. Lestrade avait une belle vue sur Westminster de sa fenêtre – les tours de l'abbaye de Westminster étaient clairement visibles, avec une partie du Big Ben lui-même.
« Nom ? » demanda Lestrade.
« Hmm ? Oh, Adler, Irène Adler ? »
« De nationalité britannique ? »
« Non, américaine. »
Lestrade soupira. « Donc Interpol va aussi devoir être impliqué. Cet homme est énervant. »
John sourit. Même sans être présent, Sherlock avait la capacité de faire faire aux gens ce qu'il voulait. Il rit un peu à cette pensée, puis réalisa qu'il était là, à l'autre bout de Londres, à faire ce que Sherlock voulait. Il fut surpris de voir à quel point ça ne l'embêtait pas.
« Geoff, » fit une voix familière derrière John, et il se retourna. Oh bordel – Anderson. « Geoff, j'ai enfin reçu les sachets de preuves pour cette tentative de viol à Covent Garden. Ça ne devrait prendre que quelques heures et après nous – » Anderson s'arrêta quand il vit John à la fenêtre. « Oh, Dr. Watson, salut. Vous venez enfin dénoncer votre colocataire pour possession illégale ? Ou peut-être trafiquer des preuves ? »
Il dit ces mots avec un sourire, presque comme s'il plaisantait – presque comme s'il plaisantait avec John, et que John était censé se joindre à lui pour dire ces choses amusantes sur Sherlock. Le sentiment familier frappa à nouveau sa poitrine et il réprima l'envie d'attraper Anderson et le jeter par la fenêtre. Au lieu de ça, il se força à lui rendre son sourire.
« Non, Anderson, je demande juste à Lestrade un coup de main pour quelque chose. »
« Et tu l'aides, Geoff ? Tu sais que ça a quelque chose à voir avec le tordu et sa pratique privée – qui est illégale et non déclarée, si tu t'en souviens bien ? Je ne vois pas pourquoi nous devrions faire le moindre effort pour ce psychopathe – »
« Ce psychopathe – » interrompit Lestrade, « - est responsable de la résolution de six des huit dernières affaires classées qui sont passées par ce bureau, Anderson. » Lestrade avait l'air usé, comme s'il avait déjà eu cette conversation. « Et il aurait probablement fait les huit s'il n'était pas opposé à ta présence sur les scènes de crimes. »
« C'est moi qui suis le foutu officier de police, pas lui. Je peux y être si je veux. »
John, qui avait regardé tout cet échange en sentant le sentiment dans sa poitrine se transformer en colère pure et simple, finit par parler. « Ce n'est pas un psychopathe. »
Les deux officiers tournèrent la tête vers lui. Anderson parla. « Psychopathe, sociopathe, peu importe le mot qu'il veut utiliser, ça reste un tordu et il n'est pas un agent de la loi. Je ne vois pas pourquoi le moindre d'entre nous devrait gaspiller sa salive pour lui de toute façon. »
« Je vais vous demander de faire attention à votre ton, Anderson, s'il vous plaît. » John remarqua avec amusement qu'Anderson utilisait le prénom de Lestrade mais que Lestrade n'utilisait pas le sien. Apparemment Sherlock n'était pas la seule personne de sa connaissance à avoir de l'antipathie pour le médecin légiste.
« Quoi ? Oh, très bien, Geoff, très bien. » Anderson soupira et se tourna pour partir, s'attardant un moment sur John. « Désolé pour vous, Dr. Watson, avoir à courir dans Londres pour votre fichu coloc. Je ne comprendrai jamais pourquoi vous le laissez vous diriger… »
Le corps de John se tendit. « Excusez-moi ? »
« Eh bien, vous êtes ici à cause de lui, non ? Parce qu'il vous a dit de venir ? Tout ce que j'dis, c'est qu'on dirait qu'il prend l'avantage. »
John essaya de détendre ses mains, qu'il avait, il s'en rendit compte, transformées en poings. Soudain, l'agréable sentiment d'insouciance d'il y a un moment ne fut plus qu'un lointain souvenir. « Quand j'aurai besoin de votre opinion, Anderson, je la demanderai. »
Anderson soupira. « Et voilà, le Dr. Watson en mode chien fidèle. Vraiment, docteur, trouvez un nouvel appart' avant qu'on perde tout espoir pour vous. »
« Assez ! » interrompit Lestrade. « Ça vaut pour tous les deux, » souligna-t-il, jetant un regard à John. « Anderson, si vous avez des preuves sur lesquelles travailler, je pense que vous feriez mieux d'y aller. Docteur, venez par ici, je pense que j'ai ce que vous cherchiez. » Anderson quitta rapidement la pièce, secouant la tête. John prit une profonde inspiration, se secoua, et s'avança vers le bureau de Lestrade.
« Ouaip, nous y voilà. Adler, Irène. 28 ans, de New Brunswick, New Jersey. A vécu à New York, en Californie, dans l'Ohio, le Maryland, maintenant à Londres. Est allées à la fac à Oberlin… a travaillé un temps pour l'opéra de Baltimore… » Lestrade finit de lire. « C'est tout. »
John fit un pas en arrière. « C'est tout ? »
« Eh bien, à moins que vous ayez besoin du compte-rendu de ses dépenses, c'est tout ce que j'ai. Pas de casier, pas de condamnation, pas même une arrestation. Je ne pense pas qu'elle ait eu ne serait-ce qu'une amende pour excès de vitesse. » Il mit ses mains derrière sa tête. « On dirait une gentille fille. On est sûrs que c'est un maître-chanteur ? »
« Pratiquement sûrs… » répondit John, mais il avait la tête ailleurs. Anderson était un con, bien sûr, mais quelque chose dans ses mots – quelque chose dans la façon dont il avait raillé trouvez un nouvel appart' avant qu'on perde tout espoir pour vous rendait John nerveux et étrangement gêné. Qu'est-ce que les gens pensaient de lui au juste ici ?
« Désolé, docteur, » termina Lestrade. « On dirait que vous vous êtes déplacé pour rien. »
« Ouais, pour rien. » John se dirigea vers la porte. « Je vais trouver mon chemin tout seul, ok ? »
« Aucun problème, et, docteur ? » appela Lestrade. John s'arrêta. « Faites-moi savoir s'il s'attire des ennuis, ok ? »
John hocha la tête et partit, portant son malaise avec lui jusqu'à la sortie de l'immeuble.
ooo
John retourna au 221B pour le trouver vide, ce qui était tout aussi bien. Sa dispute avec Anderson l'avait perturbé et il avait besoin d'un peu de temps pour s'en remettre. Accrochant sa veste et se versant un verre d'eau, John s'installa dans son fauteuil préféré, mit le coussin avec l'Union Jack sur ses genoux, et réfléchit.
Je ne comprendrai jamais pourquoi vous le laissez vous diriger…
Malgré lui, John devait admettre que ces mots l'avaient mis hors de lui, non pas parce qu'ils étaient faux mais parce que, pour beaucoup, ils étaient vrais. Il laissait vraiment Sherlock le diriger, et il ne savait pas non plus pourquoi la plupart du temps. Il se disait que c'était par admiration pour les talents de Sherlock, admiration qu'il n'avait jamais cherché à cacher, ou peut-être parce qu'il avait une véritable connexion avec l'homme qui avait refusé de s'enfuir quand John lui en avait donné l'occasion, l'homme qui aurait préféré rester et mourir avec John plutôt que s'enfuir et vivre sans lui. John connaissait très bien le genre de liens qui se forgeaient sur les champs de bataille, et la loyauté qui coulait dans les veines d'un soldat.
Et pourtant, il ne partageait pas de logement avec la moindre connaissance militaire. Il était à peine resté en contact avec eux, en fait. Et il ne courait certainement pas dans tout Londres à leur service. Il réservait ces choses-là uniquement à Sherlock.
John remua dans son fauteuil alors que d'autres souvenirs plus douloureux faisaient surface.
Les gens deviennent tellement sentimentaux quand il s'agit de leurs animaux de compagnie…
Ton petit chien-chien est en danger de mort…
C'était une expérience, Rover…
John Watson n'était l'animal de compagnie de personne. Il n'était pas non plus un acolyte, un petit copain, un sous-fifre ou un complice. De temps en temps il laissait Sherlock s'en sortir avec le terme d'assistant, mais c'était seulement parce que John savait comment Sherlock définissait assistant : la seule personne au monde qui puisse vraiment le comprendre.
Mais si l'esprit de John se rebellait totalement contre les paroles d'Anderson et, bien sûr, les paroles de Moriarty, pourquoi se retrouvait-il à agir de manière répétée comme… comme… eh bien, à agir comme un chien fidèle ?
Ça n'avait aucun sens. Il savait que Sherlock avait assez de charisme pour se pointer à n'importe quel moment, quand ça lui chantait. Il pouvait manipuler des témoins, mettre sens-dessus-dessous la brigade d'investigation, faire sursauter Molly Hooper d'un geste de la main…
Argh, bon sang. La dernière personne à laquelle John voulait être comparé était cette fichue Molly Hooper.
Et il ne pensait pas que Sherlock le manipulait. Au contraire, Sherlock était plus spontané, plus transparent avec John qu'avec qui que ce soit d'autre.
Donc il n'y avait qu'une explication – John faisait ces choses parce qu'il le voulait. Et pas seulement les choses dangereuses, celles qui le rendaient alerte et éclaircissaient sa vision – les petites choses aussi. Faire un tour au Yard quand Sherlock était occupé ailleurs. Aller faire les courses, même quand ce n'était pas son tour, parce que Sherlock était en train de faire quelque chose. Revenir à Baker Street depuis l'autre côté de Londres au pépiement d'un texto.
Mais pourquoi John le voulait – pourquoi Sherlock lui faisait le vouloir, sans rien faire pour cela – eh bien, ça il n'arrivait pas à le comprendre. Une réponse sembla lui venir vaguement à l'esprit, mais il ne put la saisir et l'identifier.
John baissa les yeux et se rendit compte qu'il avait serré le coussin avec l'Union Jack contre sa poitrine pendant la plus grande partie de sa rêverie. Il en sortit brusquement et relâcha ses bras, laissant le coussin sur ses genoux, et but une gorgée d'eau. Sherlock pouvait bien avoir tout déduit de John à partir de sa coupe de cheveux et de son portable, mais John ferait mieux, pensa-t-il, de ne pas essayer de déduire quoi que ce soit à propos de Sherlock. La télécommande était à quelques centimètres, et après la journée qu'il avait eue, quelques heures de mauvaise télé semblaient être l'idéal…
ooo
John ne se rendit pas compte qu'il s'était endormi avant qu'on le réveille. Quelqu'un frappait, avec assez d'insistance, sur la porte d'entrée du 221B. D'un air endormi, John jeta un œil à la télé – les informations du dimanche soir, il était donc plus de six heures. Qui venait le déranger à l'heure du souper ?
Il grogna et se redressa. « Mme Hudson ? »
Aucune réponse, mise à part plus de coups. John se leva, laissant tomber le coussin à terre, et se traîna en bas des escaliers. Comptez sur Mme Hudson pour toujours être là quand on n'avait pas besoin d'elle et jamais quand on en avait besoin.
« Ça va, ça va, je viens, » cria John à la porte. Il ouvrit vivement la porte en grand et se retrouva face à un grand et robuste ouvrier du bâtiment.
« B'soir, l'ami, » fit l'ouvrier du bâtiment de sous son casque orange vif, « on nous a rapporté des fuites de gaz dans l'coin. Ça vous dérange si je monte une seconde, pour tester l'air dans l'appart' ? »
John fixa l'homme, assimilant sa longue barbe, ses yeux perçants, ses larges épaules. « Pardon, quoi ? »
« D'acco'd'ac, alors j'y vais, » dit l'ouvrier, poussant John pour entrer dans le couloir.
« At-attendez, » dit John, commençant à se réveiller, « vous ne devriez pas voir ça avec ma propriétaire ? Franchement, mon nom n'est même pas sur le bail, je pense vraiment – » Il suivit l'ouvrier en haut des escaliers, remarquant avec consternation la boue que l'autre homme laissait avec ses larges bottes de travail.
« Ça prendra qu'une minute, ça prendra qu'une minute, juste quelques vérifications et le tour est joué. »
« Non, écoutez, vraiment, l'appartement n'est pas en état de – » Soudain John se figea. Sherlock était sorti, Mme Hudson était sortie, Moriarty était en fuite, et il venait de laisser un total inconnu, un total inconnu bien plus baraqué que lui, entrer dans son appartement sans vraiment protester.
Oh John Watson, tu es un idiot.
« Maintenant écoutez-moi bien, » dit John avec une voix tout à fait différente. L'ouvrier se retourna et le fixa. « Je ne sais pas qui vous êtes ou ce que vous voulez, mais je vous demande de quitter mon appartement tout de suite, ou il y aura des conséquences. »
« Comment ça, des conséquences ? » Le ton de l'ouvrier était difficile à déchiffrer.
John prit une inspiration. « J'ai un révolver dans mon salon. Plus important, il se trouve que je vis avec l'un des hommes les plus dangereux de Londres. Un brillant détective et un combattant de première classe. Ceinture noire de, euh, baritsu ou un truc comme ça. Enfin, ce n'est pas la question. » John fixa les yeux gris de l'ouvrier d'un regard noir, déterminé à ne pas perdre du terrain. « Si vous ne partez pas maintenant, si vous faites quoi que ce soit pour me blesser ou pour endommager l'appartement, ou quoi que ce soit contre mon gré, vous aurez affaire non seulement à moi, mais aussi à Sherlock Holmes. »
L'ouvrier en bâtiment hocha la tête. « Bah, si c'est dit comme ça… » Il leva la main et enleva son casque.
John faillit tomber à la renverse. « S-h-Sherlock ? C'est toi ? »
Et effectivement, sans le casque, John fut accueilli par la vision familière d'une tête pleine de boucles noires. Ça, plus le pétillement dans les yeux gris, qui n'étaient plus perçants, de l'autre homme, rendit la véritable identité de l'ouvrier en bâtiment terriblement claire.
Sherlock se fendit d'un sourire. « Bonsoir, John. Rappelle-moi de prendre en note la façon dont tu accueilles les invités inattendus. »
« Attends, qu'est-ce que ça veut dire ? Pourquoi diable es-tu habillé comme… comme… comme ce fichu Bob le Bricoleur ? »
Sherlock fit tomber sa combinaison orange d'ouvrier du bâtiment pour révéler en-dessous une chemise de flanelle et – John put à peine le croire – une salopette. « L'art du déguisement, John. Tu connais mes méthodes. J'ai passé toute la journée sur un site de construction en face de l'adresse londonienne d'Irène Adler. »
John cligna des yeux. « C'est là que tu étais ? »
Sherlock déboutonna sa chemise et John se rendit compte qu'il portait du rembourrage sur ses bras et son torse pour avoir l'air plus musclé qu'il ne l'était. « Bien sûr. Je t'ai dit que j'irais voir son appartement. Tu ne pensais pas que j'allais me contenter de sonner à la porte, si ? »
« La pensée m'avait traversé l'esprit. »
« Oui John, mais seul un idiot ouvre la porte à un total inconnu. »
John manqua un battement, puis leva les yeux au ciel. « Oh va te faire voir, Sherlock. » Malgré lui, il sourit. « Alors est-ce que tu as appris quelque chose, ouvrier du bâtiment Bob ? »
« Je me suis fait appeler Andy toute la journée mais oui, j'en ai appris un peu. » Sherlock continua à enlever son déguisement, ramassant un chiffon et s'essuyant le visage. Quand il le retira, la barbe, la fausse barbe, partit avec. John secoua la tête. Du maquillage d'acteur. « J'ai appris qu'Irène Adler est une femme très séduisante, et que tous ceux qui vivent à cinq pâtés de maison à la ronde le savent. J'ai appris qu'on la voit souvent rentrer chez elle à des heures étranges, chaque fois au bras d'un homme différent, et vu la manière dont les autres parlaient, ce n'est pas à leurs bras qu'elle s'intéresse au final. »
John leva un sourcil de respect. Il n'avait jamais pensé à rassembler des données sur un suspect de cette manière, mais maintenant qu'il écoutait le compte-rendu de Sherlock, il voyait que toutes ces informations étaient celles auxquelles aurait accès une bande d'ouvriers grivois, surtout à propos d'une séduisante étrangère.
« Aussi, » continua Sherlock, « il semble qu'elle est une chanteuse accomplie – ils peuvent l'entendre lorsqu'elle laisse sa fenêtre ouverte et que les marteau-piqueurs ne sont pas en marche. On dit sur le site qu'elle essaie de devenir professionnelle, de chanter dans des clubs londoniens pour se faire un nom. Ridicule, bien sûr – pas de chanter mais d'essayer de se faire un nom. Si Adler voulait la notoriété, être l'ancienne amante de William Ormstein lui suffirait. Donc elle ne chante pas pour l'argent, mais pour le plaisir, sûrement pour différents types de plaisirs étant donné sa réputation sur le site. Et j'ai une assez bonne idée de l'endroit où elle chantera demain soir. » Sherlock mit sa main dans sa poche et en sortit une publicité pour un club dans le Soho. « Scène libre, tous les lundis, pas loin de l'adresse d'Adler. La clientèle correspond largement à la description des hommes que l'on a vu venir chez elle, et les horaires expliqueraient qu'elle aille et vienne à des heures étranges. Irène Adler sera à ce club demain soir. C'est là que nous frapperons. »
« Excellent ! » souffla John.
« Élémentaire, » dit Sherlock, légèrement dédaigneux mais une jolie roseur naissant sur ses joues malgré tout. « J'ai presque peur de demander, mais as-tu appris quelque chose au Yard ? »
John se secoua et se souvint de ce qu'il avait fait pendant la journée. « Non, désolé. Lestrade a vérifié ses antécédents et a fait des recherches dans les dossiers de la police. Elle est clean, ou en tout cas, si elle n'est pas clean elle n'a pas encore été prise. »
« C'est sans aucun doute la deuxième option. Je suis certain que cette femme se place à un tout autre niveau que celui des criminels ordinaires. » Il regarda John. « Assure-toi de ne rien avoir de prévu demain soir. J'aurai besoin de ton assistance dans cette affaire. »
John ferma les yeux – encore ce mot, assistant – mais laissa passer. Si c'était ce que voulait dire être l'assistant de Sherlock, vivre des aventures folles dans tout Londres, déguisé pour l'amour de Dieu, alors tous les autres pouvaient penser ce qu'ils voulaient.
« Tu le sais, Sherlock. »
Les deux hommes se regardèrent pendant un moment. Soudain, John fut atteint d'un fou rire communicatif. Sherlock, perplexe mais amical, commença à sourire en retour.
« Quoi ? » demanda Sherlock.
« Rien, rien, juste… 'Et le tour est joué' (1) ? » Il croisa le regard de Sherlock, le regard hilare alors qu'il prenait enfin la mesure du ridicule du déguisement de Sherlock et de sa réaction.
Sherlock lui rendit son sourire. « 'Maintenant écoutez-moi bien' ? »
« 'D'acco'd'ac' ? »
« 'Baritsu' ? » Les deux hommes riaient ouvertement à présent, John avec les mains sur les genoux pour se retenir à cause de ses fous rires. « Qu'est-ce que c'était censé être ? »
« Oh nom de Dieu, Sherlock, je suis incapable de retenir ces choses. Qu'est-ce que c'était, déjà ? »
« Jiu jitsu, John, j'ai une ceinture noire en jiu jitsu. Non mais vraiment. Baritsu. Qui ferait une erreur pareille ? »
« Tu l'as vraiment appelé baritsu une fois. »
« Jamais. »
« Si. »
« Il vaut mieux ne pas se disputer avec moi, John. Je sais de source sûre que je suis l'un des hommes les plus dangereux de Londres. »
« Va te faire voir, Sherlock. »
John Watson n'était l'acolyte de personne. Pour ce soir, cependant, il était tout à fait satisfait d'être le comique de quelqu'un, du moment que ce quelqu'un était son extraordinaire colocataire. Et s'il riait un peu plus fort qu'il ne l'aurait dû aux mauvaises blagues de Sherlock, c'était selon lui de la faute de sa très longue journée, de l'énergie que lui procurait le fait d'avoir une nouvelle affaire, et de l'absurdité qu'il y avait à voir Sherlock en casque et salopette.
(1) L'expression originale est beaucoup plus décalée et drôle : « Bob's yer uncle », littéralement « Bob est ton oncle », qui veut dire à peu près ça mais dont je n'ai pas trouvé de traduction aussi amusante en français.
