Bonjour !
Hop, nouveau chapitre !
merci mille fois pour toutes vos reviews !
King of medicine 6
Jour 71 (suite) :
Réjouissez-vous car il est venu se mêler à nous pauvres mortels, Chris Redfield notre sauveur, Amen. Blagues à part on s'est regardés comme deux ahuris pendant au moins vingt secondes. Voilà une gueule qui m'avait pas manqué.
-... Jake ? A enfin bredouillé Redfield encore sous le choc.
Eh oui, c'est moi. Je pouvais comprendre qu'il soit aussi surpris. De mon coté c'était moins inattendu mais j'avais intérêt à réfléchir vite, parce que ça sentait les embrouilles. Je pensais aux messages que j'avais supprimé : j'allais devoir la jouer fine pour que ça me retombe pas sur le coin de la gueule. Une chance que Nivans soit pas là.
J'avais, disons, dix minutes pour le faire dégager avant le retour de mon coloc. Là, à chaud, je vois deux solutions : Nous discutons d'homme à homme, ou alors je lui met un coup de pied dans les couilles. J'ai bien une préférence, mais...
Redfield a soudain fait un truc un peu marrant : il s'est reculé et a regardé le numéro sur la porte, comme s'il avait pu se planter d'adresse et atterrir chez moi par hasard, ce con. Je crois qu'il n'a pas le sens des probabilités.
J'ai eu envie de me foutre de sa gueule, de lancer une vanne, mais si je faisais ça ça risquait de briser la glace et on pourrait établir un dialogue sur des bases saines et équilibrées, tout le contraire de ce que je voulais. Alors je me suis appuyé au coté de la porte, j'ai croisé les bras et j'ai fait de ma voix de badass saoulé :
- Tu veux quoi ?
Le pauvre Redfield était tellement perturbé qu'il n'est pas entré dans mon jeu.
- Je venais voir Piers, euh... mon lieutenant, m'a-t-il répondu avec politesse. Celui qui était avec moi dans la base sous-marine, tu te souviens ? Il a été blessé je ne sais pas si tu étais au courant... Il n'habite pas là ?
- Si. Et moi aussi.
Confusion totale. J'avais de plus en plus envie de me foutre de lui mais la colère rééquilibrait. Pendant que Redfield buguait sur ma révélation, je me suis demandé s'il était au courant que son lieutenant chéri était gay, et si oui, ce qu'il devait penser du fait qu'on habite ensemble.
- Il est là ? M'a-t-il alors demandé avec moins de sympathie. Je voudrais lui parler.
- Nan.
- Non quoi ? Il est pas là ?
J'ai pas répondu. Je me la joue intimidation.
- Ou est-ce qu'il est ? Je peux l'attendre ?
- Nan.
Il a essayer d'entrer, je lui ai barré le passage. Il osait pas trop me bousculer, il a préféré gueuler :
- Piers ! Piers c'est moi, Chris, il faut que je te parle !
- Il veut pas te voir okay ? Dégage maintenant !
- Je bougerai pas d'ici tant que je lui aurait pas parlé.
C'est marrant, le « il veut pas te voir » l'avait pas ému ni surpris plus que ça.
- Laisse moi entrer, Jake.
- Même pas en rêve.
Cette fois il a eu l'air un peu étonné. Comme s'il se rendait compte seulement maintenant qu'on se détestait. Quel con. Ça allait au-delà de Nivans cette histoire. Hors de question que je laisse l'assassin de mon père entrer chez moi. Même si j'ai jamais connu mon père et que d'après le monde entier c'était un enfoiré toutes catégories.
On a haussé un peu le ton, ce qui a fini par faire sortir le voisin de palier de chez lui. Le voisin c'est un trentenaire tout maigre, un genre de hipster dégueulasse qui ramène tout le temps des filles différentes chez lui, ce qui a le don de me faire rager. Piers et lui s'entendaient pas, je crois. Quand Piers avait un souci, il commandait une pizza et demandait de l'aide au livreur plutôt que de sonner chez son voisin. Je pense qu'il avait un peu peur que ce mec qui incarnait les standards de réussite de notre société le désapprouve. Perso, je lui ai jamais parlé mais je sais qu'il m'aime pas parce que quand il fait trop froid ou que j'ai la flemme de descendre je fume sur le palier. Je crois que c'est le genre de mec qui répète a toutes les soirées chic que la guerre c'est mal et que les militaires sont tous des cons, mais qui le dirait jamais en face. Alors, on est tous d'accord que la guerre c'est mal et je suis le premier à penser que les militaires sont tous des cons, mais regarde Nivans avec son chagrin et sa gueule défoncée ! Ferme ta gueule, si tu peux même pas le regarder dans les yeux.
Enfin bon, restons calme. Il y avait déjà Redfield à gérer.
- Un problème ? A fait mon con de voisin.
J'allais lui dire gentiment d'aller se faire cuire une tisane bio, mais Redfield s'est littéralement jeté sur lui. Le voisin a sursauté comme une mauviette.
- Je suis Chris Redfield, capitaine au BSAA. Je dois voir Piers Nivans, c'est mon ancien lieutenant, il habite ici. Il a été gravement blessé au combat sous mon commandement, et je n'ai pas de nouvelles de lui depuis des mois. Il m'a laissé un message alarmant. Il faut que je le trouve à tout prix!
C'est quoi cette histoire de message alarmant ? Piers avait contacté Redfield sans me le dire ? Difficile de savoir si c'était la vérité, Redfield avait l'air complètement barge. Il devait être sincèrement inquiet pour Piers.
- Vous voulez que j'appelle la police ? M'a demandé mon voisin.
J'allais lui répliquer que je pensais être capable de gérer la situation comme un grand et qu'il pouvait retourner à son ptit goûter sans huile de palme, Mais Redfield m'a devancé, un peu confus :
- La police ? Pourquoi ?
Merde, ça craint, Redfield est aussi stupide que je le croyais. Ça a été ma première réflexion. Après, j'ai compris : c'est pas à moi que mon cher voisin venait de proposer d'appeler la police pour se débarrasser de l'intrus. C'était à Redfield. Et maintenant, le voisin me regardait d'un œil mesquin et triomphant.
- Ça fait plusieurs semaines qu'on en parle dans l'immeuble, m'a balancé mon voisin galvanisé par la masse de muscles qu'il avait de son coté. Pour tout dire on vous soupçonne de séquestration et d'abus de faiblesse.
- QUOI ?
- Il est arrivé ici, continuait ce gros con en se tournant vers Redfield, personne ne le connaît. Il s'est installé, il sort presque jamais, il travaille pas... je ne pense pas qu'il paye de loyer. De toute façon la copropriété interdit qu'on sous-loue les logements. Monsieur Nivans est couvert de blessures horribles, quand je le croise dans l'escalier c'est de pire en pire chaque jour. Je ne sais pas ce qui se passe chez eux mais pour tout dire ça m'inquiète. Toute la copro pense comme moi.
Redfield m'a fait un regard du genre incrédule et horrifié. Il est taré, mon voisin.
- Mais mêle toi de tes fesses, hipster de merde ! Nivans a une sale gueule parce qu'il est malade. Et toi c'est quoi ton excuse pour ta sale gueule ? Parce que je peux t'en donner une.
Le voisin a ouvert la bouche d'un air choqué, puis haussé les épaules avec dédain. Ça avait pas calmé Redfield, par contre, que cette histoire d'abus de faiblesse avait vraiment fait flipper. Malgré son angoisse, il a essayé de prendre un air menaçant :
- Je veux le voir immédiatement.
Bon. J'arriverai jamais à m'en débarrasser maintenant qu'il croyait que je séquestrait son pote.
- C'est bon, il va bien ton lieutenant chéri. Et non, je le séquestre pas, il est dehors en ce moment même.
- Ou ça dehors ?
- Qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Il a sa vie. Il est parti faire des courses, t'es content ?
Il avait pas du tout l'air content :
- Dans son état ? S'est il inquiété.
J'ai ricané avec mépris. Qu'est-ce que tu sais de l'état de Nivans, patate, t'es sorti de sa vie depuis des mois. T'étais même pas là quand il a quitté l'hôpital.
- Je peux l'attendre à l'intérieur ? m'a-t-il demandé un peu plus calmement.
Sans attendre de réponse il a dit à mon voisin qui avait déjà dégainé son smartphone :
- Pas la peine d'appeler la police. Je le connais et il est pas méchant. Je vais m'occuper de tout.
Et voilà. Le Sauveur en action. La manipulation bas de gamme, ça risquait pas de marcher sur moi, mais fallait bien avouer que j'allais avoir du mal à trouver une excuse pour pas le faire entrer après ça et les soupçons. Puis c'était le meilleur moyen de me débarrasser du voisin, alors je l'ai laissé entrer et j'ai claqué la porte. Mes prochaines clopes, je sais sur le paillasson de qui je vais les écraser.
Redfield a fait trois pas dans notre salon et il a fait une putain de gueule, comme si ses pires craintes c'étaient confirmées :
- Vous vivez là-dedans ?
Ben oui. Il est ou le problème ? Bon, c'est sûr que c'est pas très bien rangé, et encore, on dirait que c'est le bordel à première vue, mais en fait pas du tout. Par exemple : la pile de fringues par terre à gauche du canapé, c'est le linge propre, on peut taper dedans. Le linge au fond, par-dessus les sacs vides, c'est le sale. Les fringues partout ailleurs dans la pièce, c'est l'entre-deux, trop crades pour être mis sur la pile propre mais encore portable entre un et cinq jours. Si ça c'est pas de l'organisation.
Les papiers et les enveloppes du télétravail qui traînent de tous les cotés, ça aussi c'est organisé. Ya les enveloppes étiquetées, celle qui le sont pas, les échantillons collés, les non-collés, et les « complets » dans la caisse près de la télé. Y en a pas mal par terre parce que les complets on les lance, et des fois ya des fails. Faut bien qu'on rigole un peu, il est tellement chiant ce boulot.
Les emballages de médocs qu'on retrouve partout, on y peut rien non plus. Si on a un besoin urgent de lire les notices. On sais jamais. Hé, Redfield, si tu trouves cet appart crade et bordélique, attend de voir le visage de ton lieutenant.
Redfield a esquivé prudemment le salon et est allé dans la cuisine, qui est tout aussi savamment bien organisée. Je me suis mis devant la télé sans m'occuper de lui, j'allais pas lui préparer un cocktail non plus.
Il lisait le mot que Piers m'avait laissé sur la table. Le « je t'ai fait du café » et tout. Il m'a regardé, perplexe.
- Dis-moi, Jake... Piers et toi... j'aimerais savoir la nature de votre relation.
Il savait que Piers était gay, c'était sûr, sinon il aurait pas demandé ça de ce ton gêné.
- ça te regarde pas.
Il n'a pas insisté. Il s'est assis sur une chaise et on a attendu sans se dire un mot.
Un quart d'heure gênant plus tard, Nivans est enfin rentré. Purée, c'est vrai qu'il a une sale gueule, j'y suis tellement habitué que je remarque même plus, mais il avait l'air d'être passé sous une tondeuse a gazon. Puis il était tout pale et on aurait dit qu'il était défoncé. Pourtant il avait été à l'hôpital faire son aphérèse hier. Hier seulement ! Avant il tenait plus longtemps que ça. Enfin faut dire qu'il s'était pris une cuite, aussi, ça influence.
Comme il voit pas de l'oeil droit, il a pas remarqué Chris qui était un peu en retrait dans la cuisine. Il m'a fait un vague sourire en s'adossant au mur, et il a suspendu son sac de courses à la poignée de la porte pour attraper ce qu'il y avait dedans :
- J'ai racheté de la bolo, m'a-t-il fait d'une voix fatiguée mais un peu enjouée. Si tu me fais des spaghettis comme la dernière fois je te laisse choisir ce qu'on regarde à la...
Boum. La bolo s'est éclatée par terre quand Piers a aperçu Redfield. Pas de spaghettis ce soir. Par contre j'y suis pour rien pour une fois alors y a pas moyen : je choisis quand même ce qu'on regarde à la télé.
- Chris... a murmuré Nivans.
Son visage et sa voix exprimaient le désarroi le plus profond, ce que je pouvais comprendre, mais surtout une tristesse pas possible, intense, qui elle, par contre, me dépassait complètement.
Redfield s'est précipité sur lui et avant que Nivans ait le temps de se reprendre, il lui a mis une main sur l'épaule, une autre sur son cou muté, c'est limite s'il allait pas lui rouler une galoche mais au lieu de ça il a fait :
- Bon sang, c'est bon de te voir !
Il s'est mis à le tripoter de partout. Ça m'énervait, j'aurais voulu qu'il soit dégoûté par son apparence comme la plupart des gens. Évidemment que ce serait pas le cas, mais j'espérais quand même.
Ce qui était à la fois surprenant et rassurant, c'est que Piers avait vraiment pas l'air heureux. Quand il a repris ses esprits, il s'est contorsionné pour échapper à son capitaine :
- Vous auriez pu me prévenir que vous veniez, a-t-il fait d'une voix sans énergie.
- J'ai pas arrêté de t'appeler depuis des semaines ! Tu n'as jamais répondu, j'étais mort d'inquiétude à ton sujet !
- Mon téléphone marche pas.
- Oh.
Piers parlait de son portable, et Redfield parlait du fixe. Ils savaient pas, ça me laissait un sursis avant qu'ils comprennent et me virent à grands coups de pied au cul.
Nivans a contourné la flaque de bolo et des bouts de verre au sol (on était pas à ça près), et après m'avoir fait un regard un peu perplexe il a dit à Redfield :
- Asseyez-vous. Euh... vous voulez boire quelque chose ?
Il faisait de son mieux pour avoir l'air neutre et poli, et le moins chaleureux possible.
- Avec plaisir, a répondu Redfield tout aussi mal à l'aise.
Il s'est assis sur la table basse, le plus loin de moi qu'il pouvait. Piers est parti dans la cuisine remplir des verres. Le truc, c'est que pour apporter trois verres de jus de pomme, il devait faire trois aller-retour. Et nous, avec nos deux bras on le regardait faire comme des crétins.
- Tu veux de l'aide ? S'est risqué à demander le capitaine du BSAA.
Nivans a glapi un truc inaudible qui voulait sûrement dire non de façon pas très avenante. Je me demande ce qui lui prend, les rares fois ou le nom de Chris lui échappe c'est toujours avec une dévotion béate, et là limite il lui fait la gueule.
Il a fini par ramener le dernier verre, le sien. Il marchait pas droit, et Redfield osait rien dire mais il stressait trop que son lieutenant se mette à tout renverser sans faire exprès. Ce qui n'est pas arrivé. Piers s'est assis au bord du canapé, à la fois le plus loin possible de Redfield et de moi. On faisait un beau triangle, comme ça. Ça avait été rendu possible parce que la semaine dernière, j'avais poussé le canapé en biais pour pouvoir voir la télé de profil quand je faisais des pompes avec les pieds en hauteur sur le rebord du canapé. J'avais voulu tourner le canapé complètement mais je l'avais pas fait parce qu'à l'autre bord, Nivans dormait roulé en boule comme un petit hérisson plein de maladies et j'avais pas eu le cœur de le virer.
On a bu nos jus de pomme en nous faisant des regards en biais comme dans les westerns, guettant qui serait le premier à prendre le risque de dire un truc. C'est Redfield qui s'est jeté à l'eau :
- Alors vous vivez ensemble ? A-t-il demandé avec un sourire poli. Je m'attendais à tout sauf à ça.
- Pourquoi vous êtes venu ici ? A répliqué Nivans sèchement, presque en lui coupant la parole. Je pensais avoir été clair la dernière fois.
A moi, il ne m'avait jamais parlé sur ce ton. Même en Edonie. Les traits de Redfield se sont adoucis, il a pris une voix apaisante :
- Écoute... est-ce qu'on pourrait parler un moment ? Juste tous les deux ?
Ce numéro de charme ringard. Incroyable que Piers soit pas tombé dedans. Ça a même semblé le mettre encore plus en colère. Il l'a regardé droit dans les yeux pour la première fois depuis son arrivée :
- Sûrement pas ! C'est à vous de m'écouter : si vous voulez me parler de la météo ou de votre carrière, y a pas de problème, allez-y. Mais je veux pas entendre un seul mot de votre bouche qui ait un caractère privé.
Bim dans ta gueule. Ça t'apprendra à essayer de m'évincer. Quand Piers avait commencé à s'énerver, j'ai cru qu'il allait dire qu'il avait rien à me cacher et que tout ce que Redfield voudrait lui dire il pouvait le faire devant moi, ce genre de niaiseries, mais non. Il se servait juste de moi pour l'empêcher d'aborder certains sujets. Ravi d'être utile.
Redfield a pris un air tout triste qui aurait pu faire fondre un iceberg. Et cette fois-ci ça a marché, Nivans est devenu tout gentil. Il lui a demandé tout doucement s'il était en permission, à quoi Redfield a répondu qu'il était démobilisé jusqu'à nouvel ordre. Ils se sont lancé dans une conversation banale, dans le style « rattraper le bon vieux temps ». L'un comme l'autre restait très prudent et nerveux, ils faisaient bien gaffe à ce qu'ils disaient. C'était marrant de voir comme ils s'appliquaient à ne rien dire d'important. La complicité qu'ils avaient quand je les avais vus se battre, leur manière de se comprendre avec quelques gestes, une nuance dans la position, aujourd'hui c'était tout l'inverse.
Nivans lui a demandé s'il avait des projets pour sa démob, et la réponse de Redfield m'a glacé le sang :
- En fait... j'avais l'intention de te demander si je pouvais rester ici quelques jours. Je ne savais pas que tu vivais avec Jake - j'aurais vraiment jamais cru ! alors je comprendrais que ça vous dérange, mais j'aimerais quand même rester un peu, au moins m'installer dans un hôtel de la ville, juste un moment.
Piers est redevenu méfiant :
- Pourquoi vous voulez faire ça ?
- J'en ai envie, c'est tout, a dit Redfield en soupirant.
S'en est suivi un long silence de réflexion. C'était sûr, il voulait rester pour s'assurer que je le séquestrait pas. Et plus largement, voir s'il s'en sortait bien dans la vie. A mon avis, c'est gentil mais c'est trop tard. Au moment ou j'allais rompre le silence pour dire à Redfield qu'on avait pas besoin de lui, Nivans a fait :
- Faites ce que vous voulez. Vous aurez qu'à dormir sur le canapé, là, Jake dormira dans la chambre avec moi. Où allez ailleurs. A vous de voir.
Quoi ? Attends... Et mon avis, tout le monde s'en fout ? J'ai vraiment pas du tout envie de tomber sur Redfield en train de ronfler à poil sur mon canap quand je me lève la nuit pour aller pisser ! Bordel ! On était tranquilles, Piers et moi, pourquoi on irait s'emmerder avec ce gros con ?
Par-dessus tout, j'étais super véxé que Piers ait dit qu'on partagerait la même chambre comme si c'était pas déjà le cas. Je sais que c'est bête, mais ça me blesse qu'il ne m'assume pas jusqu'au bout. Du coup, vengeance. Il l'aura bien mérité :
- Ouuh, toi et moi dans la chambre... il va s'en passer des choses...
Nivans m'a fait un regard noir comme si je venais de lui pourrir son plan cul, alors que Redfield détournait chastement les yeux. L'humour, les mecs.
- N'importe quoi, a fait Piers froidement.
Il a frotté son œil, et comme plus personne disait rien, il s'est levé :
- Écoutez... Démerdez vous. Je suis fatigué, je vais faire une sieste.
Noooooon ! Me laisse pas seul avec lui ! Trop tard. Il s'est barré en emportant ses médocs. On allait plus le revoir de la journée. Faut dire que, je me répète mais il avait vraiment pas l'air en forme, la cuite de la veille l'avait pas épargné. Redfield et moi nous sommes retrouvés là comme deux débiles. On s'est regardés. Puis Redfield a désigné la bolo par terre et il m'a fait :
- Tu nettoies pas ?
Oh putain, je vais pas avoir la foi pour habiter avec ce mec.
- Je vais faire un jogging.
Il a rien dit, autrement sa bolo au verre pilé, je lui aurais plongé la tête dedans. Par contre, le temps que je me change et que je trouve mes écouteurs, Il s'était déjà permis d'investir le frigo. Je l'entendais parler tout seul a propos de chips et de cochonneries pas saines. Alors que j'allais sortir il m'a interpellé :
- Attends, Jake ! Si tu sors tu pourrais me ramener de quoi faire un repas équilibré pour ce soir ? Il me faudrait, je sais pas, peut-être une volaille ou un poisson. Et puis quelques légumes, des herbes, un citron, des tomates, une salade, des radis...
Je lui ai dit comme Piers : Démerde-toi. Je vais pas à la ferme de Gally. Et puis on a pas de budget bouffe pour meuf. On a pas besoin de régime nous, d'ailleurs j'aimerais bien voir la gueule de ta salade elle doit être bien stéroïdée. De toute façon, j'aime pas les légumes. Il m'a répondu d'un soupir et d'un vague : okay, je vais me débrouiller, va courir.
Merde. Devant Chris Redfield, j'ai toujours un peu l'impression d'être un gamin. Faut avouer qu'il en impose, sauveur du monde et tout. Il a aussi tué mon père, ça m'impressionne pas, mais quand même.
Je l'ai ignoré et je me suis barré. Je crois que j'ai jamais couru aussi longtemps. Il me fallait un plan d'attaque, hors de question qu'on habite ensemble. Et puis quoi encore ? Mais comment je pouvais faire ? Il n'existe aucun problème qu'un coup de tournevis dans le crane ne puisse régler. J'ai entendu ça dans une série télé, héhé. Ça fait rêver mais non, je pouvais quand même pas faire ça. Je suis peut-être un pourri mais j'ai jamais tué personne pour des raisons personelles. Oui, je considère pas le fric comme personnel, c'est une nécessité.
Sinon, il est peut-être temps pour moi de mettre les voiles, de me trouver un chez moi... Je peux encore tuer Nivans et empocher mes quinze mille. J'avais plus de nouvelles de ce coté là depuis un moment, tiens. Il y a quelques semaines, j'avais pris une photo de Nivans pendant qu'il dormait et je leur avais envoyé par MMS en leur disant qu'il était mort et qu'ils pouvaient me faire le virement. Depuis, silence radio. Je sais pas s'ils ont gobé. Avec sa face mutée dans le clair de lune, Piers avait vraiment l'air d'un cadavre semi-décomposé. J'ai toujours la photo sur mon téléphone, quand je la regarde ça me fout les jetons. Je devrais la supprimer, surtout que Piers est pas au courant et il pourrait mal le prendre, mais j'y arrive pas. Quand je veux le faire ça me file un mauvais pressentiment.
Quand je suis revenu, ça sentait bon jusqu'en bas de l'immeuble. J'ai pas reconnu le salon, tout était rangé, astiqué et rutilant. Quelle fée du logis ce Redfield.
Nivans, par contre, s'était enfermé à clé dans la chambre. Première fois que ça arrivait.
- Ouvre ! Ai-je tapé contre la porte, ouvre Nivans, c'est moi !
Depuis la cuisine, Redfield (que j'avais royalement ignoré) observait. Est-ce que lui aussi avait essayé d'entrer ? Si c'était le cas, il devait crever de jalousie parce que Piers m'a ouvert direct en me disant pardon, puis il a refermé derrière moi dès que je suis passé.
- Qu'est-ce qui te prend ? Il t'as fait chier ?
- Non.
Il avait ramené le carton des papiers et et celui des échantillons dans la chambre, mais il en avait même pas collé dix. Il s'est assis sur le lit.
- Tu crois que j'ai été trop dur ? M'a-t-il demandé. Ou pas assez ?
- Trop dur pour quoi ?
Son regard s'est perdu au loin.
- je voudrais qu'il pense que je l'aime pas.
Bonjour le mélo. Le pire c'est qu'il m'avait dit ça d'un ton sérieux, militaire, qui collait pas du tout. Je me suis dit qu'il était temps que j'en sache plus :
- Tu l'aimes ?
Il a soupiré :
- Ouais. C'est même pire que ça. Et il le sait. Ça fait des mois et des mois que j'essaie de passer à autre chose mais j'y arrive pas. Depuis le jour ou je l'ai rencontré j'essaie de passer à autre chose, il est pas pour moi. Mais c'est dur. Et là il vient s'installer chez moi alors qu'il est parfaitement au courant... je lui avait dit que je voulais plus le revoir.
Bon, la théorie du rateau remonte en bourse.
- Tu veux que je le dégage ? Ai-je aimablement proposé en espérant très fort qu'il dise oui.
Il m'a fait un genre de sourire, puis il m'a dit d'une voix minuscule, vaincue :
- Non.
La question subsidiaire c'était : est-ce que moi, il faut que je dégage, pour te laisser du champ pour le repêcher ? Mais jamais je demanderai ça. Imaginez, il dit oui. Ou il hésite avant de me répondre. J'ai pas assez confiance en mon karma pour prendre des risques pareils.
Redfield a frappé à la porte :
- Le dîner est prêt.
Piers m'a fait un regard désespéré. J'ai eu envie de lui dire : viens, on reste là. On se barricade et on laisse Redfield manger tout seul le repas qu'il a mis des heures à préparer avec amour. Un peu cruel, mais tellement mérité.
Mais ça sentait tellement trop bon que je suis sorti le premier. C'est sournois de nous appâter avec de la bouffe.
Pendant le repas ils se sont échangé encore des platitudes. J'aurais été incapable de trancher si oui ou non Piers était trop dur, mais ce qui était sûr c'est qu'il était complètement a coté de la plaque, et super nerveux. C'était évident qu'il y avait un truc qui clochait dans ses émotions. Quant à moi, j'avais pris mon assiette et j'étais allé manger devant la télé, en mettant bien des miettes et de la saucec partout sur le canapé ou Redfield dormira, c'est mon cadeau de bienvenue.
A peine le dîner fini, Piers est retourné dans la chambe et je l'ai suivi pour pas rester seul avec l'autre. Privé de télé pour la soirée (il allait falloir qu'on trouve une solution pour ça, ça pouvait pas durer), je me suis retrouvé sans rien d'autre à faire qu'avancer le télétravail. Piers et moi avions ramené la totalité des cartons dans la chambre. Piers disait qu'il voulait faire ça pour que Redfield ait de la place dans le salon, mais c'était une fausse excuse. Il y avait bien plus de place dans le salon que dans cette petite chambre ou on était déjà deux. Je pense qu'il avait voulu tout ramener à cause du regard plein de pitié qu'avait eu Redfield en voyant comment son sniper d'élite gagnait sa vie aujourd'hui.
J'avais mis de la musique sur mon téléphone et on bossait à la chaîne dans le lit. Les cartons de partout, ça faisait comme si on s'était amusés a construire des remparts, la vie est pleine de surprises.
- Pourquoi tu lui fais la gueule ? Ai-je demandé.
Vu qu'on avait la soirée devant nous sans télé, autant qu'on discute.
- Je lui fait pas la gueule !
- Ah bon ? Comment t'appelles ça alors ?
Il a posé une enveloppe étiquetée sur mes genoux en réfléchissant :
- Chris... il a fait un truc qui m'a pas plu.
Tiens tiens tiens, je le savais.
- Il a fait quoi?
- J'ai pas envie d'en parler.
- Oh allez ! J'ai bien le droit de savoir !
Il n'a pas répondu.
- C'était dans la base sous-marine, pas vrai ?
J'ai eu droit à un coup d'œil méfiant, puis :
- Ouais. Arrête maintenant, je t'ai dit que je voulais pas en parler.
On a continué à bosser sans rien dire trente secondes puis :
- Ça a un rapport avec le virus ?
- Ta gueule.
Je l'ai poussé pour déconner, et il s'est fracassé contre les cartons, qui se sont cassés la gueule par onde de choc, répandant tout leur contenu par terre dans un grand bruit. Redfield devait penser qu'on faisait des folies de nos corps. Jusqu'à ce que Nivans dise "aïe putain", et là je me suis dit merde, les gens vont encore crier à la relation abusive.
J'ai pas insisté pour en savoir plus sur ce qui s'était passé dans cette foutue base, mais j'abandonnais pas, je voulais vraiment savoir. Et ce serait facile. Si Piers voulait rien me dire, j'avais qu'à demander à Redfield, puisque maintenant je l'avais sous la main. Je pouvais être agressif et insistant sans problème avec lui, et s'il osait me mentir je le bastonnerai. Je saurais tout.
A suivre !
il s'est pas passé grand chose dans ce chapitre, et c'était principalement que du dialogue... désolée ! la fin est un peu quelconque, aussi, j'avais prévu de l'arrêter plus loin mais j'ai coupé la par manque de temps. J'ai un peu peur d'avoir (encore) fait un Chris nul que tout le monde aura envie d'insulter (cela dit, même les reviews qui insultent Chris elles me font toujours plaisir :D)! Ne vous laissez pas biaiser par le POV. (oui je sais, ça craint de donner des conseils de lecture pour au cas ou je suis pas fichue d'écrire clairement T.T)
Je vous souhaite de bonnes vacances, pour les petits chanceux qui en ont ! Et pour les autres... courage !
