Chapitre suivant, rien que pour vous !

A quand un peu d'action ? u_u

Patieeeence...

Rating : T

Genre : Fantasy/Aventure

Disclamer : "The Legend of Zelda" est la propriété exclusive de ©Nintendo et de son créateur Shigeru Miyamoto, ainsi que les noms des personnages récurrents de la saga, les races et les lieux qui peuvent y apparaître.
Seul le personnage de Vann O'Connory est une création personnelle.

Cette fiction constitue un opus inédit de la saga, il s'agit donc d'une histoire inventée n'ayant aucun rapport avec l'un des jeux vidéos.


CHAPITRE 6 : Les Flammes de la Trahison


- Veuillez vous redresser.

La voix du souverain d'Hyrule retentit dans la salle du trône, ferme et douce à la fois, demandant aux trois guerriers de faire cesser les convenances pour s'adonner au but de leur visite. Dirigeant son regard vers la droite, puis vers la gauche, Link attendit que ses instructeurs aient agi les premiers, désireux de ne pas trop se faire remarquer dès la première entrevue. Si tout se passait bien, cette journée lui permettrait de devenir un soldat à part entière, comme beaucoup d'autres avant lui et sûrement un tas d'autres après. C'était un véritable honneur de se trouver ainsi face à la famille royale. Un instant, ses yeux croisèrent ceux de son mentor… qui ne lui adressa pas un sourire réconfortant comme cela aurait du être le cas habituellement. Bien que surpris, le jeune homme mit cela sur le compte de cette cérémonie officielle, qui interdisait peut-être ce genre de familiarités. Il n'eut pas vraiment le temps de se poser des questions que déjà son attention se reportait sur une paire d'yeux encore plus curieuse que la sienne.

La Princesse le dévisageait avec un certain intérêt, souriant aimablement avant de hocher la tête. S'empourprant, Link détourna vivement ses iris pour se concentrer sur un autre point de la pièce : fixer une personne royale, il ne devait sans doute pas avoir le droit de le faire ouvertement. Pour quelle raison le faisait-elle en ce qui le concernait ? Sans doute se demandait-elle s'il avait l'étoffe d'un véritable guerrier. Cela ne pouvait être que pour ça ! Tâchant de se tenir le plus droit possible, il écouta avec une attention presque absente ce qui se disait. Ses supérieurs hiérarchiques semblaient présenter leurs hommages et s'introduire, cédant place à une discussion plutôt formelle qu'il n'était pas forcé d'entendre sans doute. Seule Impa sembla se rendre compte de son manque d'attention puisqu'elle s'efforça de le secouer discrètement par le bras. Quand ce petit allait-il apprendre à se tenir correctement ? La Sheikah suspectait son compagnon de chambre d'être responsable de son attitude ! Il allait entendre parler d'elle à leur retour celui-là ! Néanmoins, elle ne put pas réellement s'attarder à sa colère puisque le général semblait avoir décidé de présenter son élève. Il était temps ! Ce petit ne tenait plus en place à force d'attendre !

- Ainsi, voici le jeune homme dont vous vantez les mérites ? Interrogea Daphnes en haussant un sourcil. Comment te nommes-tu, mon garçon ?

Etait-ce bien à lui que l'on s'adressait ? Le concerné par la demande ne tarda pas à ouvrir la bouche sans savoir quoi dire au premier abord, impressionné par ce regard posé sur lui, jusqu'à ce qu'il se souvienne de son prénom :

- Mon nom est Link, votre majesté.

Un instant, il avait cru ne pas pouvoir s'en rappeler !

- Je suis heureux de faire ta connaissance, jeune Link. Voici quelques années que le général Ganondorf et Impa me content tes prouesses, avoua le Roi. J'admets apprécier leurs récits, mais, il me tardait de te rencontrer en personne. Paraît-il que l'on te destine à devenir un grand bretteur.

Intrigué, Link n'osa pourtant pas chercher un avis positif vers ses aînés, se contentant de demeurer droit comme un i alors que les éloges allaient bon train. Il n'était qu'un simple écuyer, et pourtant, on parlait de lui comme d'un guerrier. Il n'avait toutefois pas rempli de faits héroïques et ce n'étaient pas les patrouilles dans les plaines près de la Citadelle qui auraient pu faire de lui ce guerrier que l'on dépeignait. Ne sachant quoi répondre, il hocha simplement la tête en guise de remerciement face aux compliments. Il sentit bientôt son intimidation retomber lorsqu'une main puissante se posa sur son épaule, la silhouette immense de Ganondorf se dessinant à ses côtés pour prendre la parole.

- C'est un garçon très prometteur, il fera un excellent soldat, bien qu'il lui reste encore bien des choses à apprendre, dit le géant avec sûreté.

Mais Link n'entendait plus rien.

Le contact avec le colosse venait de le projeter dans une autre réalité, alors qu'il se trouvait pourtant bien en leur compagnie, ses yeux s'étaient perdus dans le vague, une douleur sourde assaillant sa main gauche où une lueur se mettait à jaillir dangereusement. Il ne se rendit compte de rien. Il ressentait ce mal sans en connaître la cause : est-ce que cette marque était définitivement maudite au point de se réveiller au plus mauvais moment ? La Princesse Zelda semblait s'être rendue compte du trouble qui l'habitait : la voilà qui le fixait plus intensément que jamais ! Alarmé, Link voulut éviter son attention en déviant la sienne sur le dialogue qui avait lieu et qui le concernait. En vain. Cette sensation de n'être plus présent, de flotter dans un espace différent, ressemblait à celle qu'il avait déjà ressentie durant les cauchemars qui avaient agité ses nuits durant son enfance. Ce même symbole de la Triforce jaillissant d'un torrent de lumière, ce rire démoniaque qui s'élevait dans le ciel du royaume, ce regard brûlant… Près de lui, Ganondorf sembla ressentir une gêne, retirant enfin sa main subitement pour le regarder en fronçant les sourcils.

Le brouillard se dissipa et le jeune homme secoua la tête pour en chasser les dernières bribes. Il chercha machinalement le secours d'Impa qui lui avait attrapé le bras sans ménagement pour le maintenir dans le monde réel une bonne fois pour toutes. Il avait un mauvais pressentiment. Cette impression venait de lui tomber dessus comme la foudre et son attention se riva tout autour de lui frénétiquement.

- Y a-t-il quelque-chose qui ne va pas ? S'enquit le souverain d'Hyrule en notant l'hésitation qui s'était faite ressentir auprès de ses trois invités. S'il vous est nécessaire de prendre du repos…

- Je disais donc, interrompit Ganondorf sans se soucier de ce qui était dit, qu'il s'agit d'un garçon très prometteur…

Link ne vit pas arriver le coup, sa vue ne s'était pas suffisamment éclaircie pour cela. Le poing de son mentor venait de s'abattre dans son estomac sans crier gare, le projetant au sol sur le côté dans un cri étouffé. Le tintement d'une épée tirée de son fourreau jaillit brusquement. Tout se passa si vite. Zelda poussa un hurlement d'effroi à la vue de la lame sinistre transperçant son père de part en part, tandis qu'Impa se retrouvait percée à l'épaule par le carreau d'une arbalète. Elle n'avait rien vu venir, rien senti. Daphnes demeura immobile quelques instants, son corps basculant en avant, inerte, ses yeux sortant presque de leurs orbites de terreur, alors qu'un liquide écarlate s'écoulait le long de l'arme qui venait de faire cesser le cours de sa vie.

- … Mais, il manque encore d'expérience, acheva Ganondorf en retirant l'épée d'un mouvement sec vers l'arrière.

Le cadavre heurta le sol dans un bruit sourd, sous le regard de chacun des protagonistes présents pour assister à la scène. Les gardes dans la salle ne bougeaient pas, n'intervenaient pas. Effondrée, la Princesse d'Hyrule se saisit de la main de son père dont le souffle de vie n'était déjà plus qu'un souvenir.

- Link ! Occupe-toi de cette fille !

L'écuyer étendu à terre le souffle coupé, écarquilla les yeux en entendant l'ordre qui lui était donné. Observant son hésitation, Ganondorf se tourna vers lui en souriant, lui désignant la jeune femme d'un mouvement vif :

- As-tu entendu ce que je viens de dire ? Empare-toi d'elle !

- Comment osez-vous… ? S'écria Zelda en se dressant sur ses jambes d'un bond.

Des larmes coulaient sur ses joues blanches alors que sa robe voletait brusquement vers une position qui n'était plus celle de la princesse fragile qui s'était prise à les accueillir.

Empoignant l'épée de son père, elle chargea, poussant un cri de guerre qui retentit dans la salle… pour se figer subitement lorsqu'une épée bien plus massive s'en vint empêcher son acte. Ganondorf était amusé par la situation, la fixant avec un sourire sardonique avant de la repousser sans ménagement, l'envoyant à terre brutalement pour s'avancer vers elle.

- Ne me fais pas perdre mon temps, siffla-t-il, menaçant.

- Ganondorf !

La voix d'Impa poussa le Gerudo à se retourner afin de parer deux poignards qui volaient dans sa direction. Blessée, la Sheikah n'avait pu viser correctement : la personne qui avait touché son épaule devait savoir où frapper pour l'empêcher de faire usage de son bras comme elle aurait du savoir le faire.

- Ne te débats pas ainsi, ma chère Impa, tu es la prochaine ! S'exclama le colosse en lui renvoyant ses armes avec tant de force qu'elle ne put les éviter avant qu'elles ne viennent se jucher dans les failles de son armure. N'espère pas faire appel à tes amis. Vois-tu, je crains fort qu'ils n'aient été massacrés… sans que tu ne t'en sois aperçue. Je te révèlerai les détails une fois que j'aurais fait mienne cette petite garce…

Malgré ses dires, il ne s'attendait pas à ce qu'il trouva sur son chemin, barrant sa progression vers sa cible. Une nouvelle épée venait d'être tirée de son fourreau et il la reconnaissait sans peine, autant que la personne qui la maniait pour l'empêcher d'atteindre son but.

- Link… Ôte-toi de là… Souffla Ganondorf en avançant tout de même.

Link ne bougeait pas, brandissant sa lame de sa main gauche, se tenant en protection devant la Princesse Zelda. Il avait encore du mal à retrouver son souffle, mais ne flancherait pas. Tout s'abattait très vite sur lui et il ne cachait que trop mal son expression désemparée par ce qui venait de se produire. Etait-ce encore l'un de ces cauchemars ?

- Pourquoi ? Articula-t-il. Pourquoi avez-vous fait ça ? Qu'est-ce qui vous prend ? Vous n'êtes pas vous-même !

- Ne m'oblige pas à te tuer… Menaça le géant en stoppant son avancée à quelques pas de son élève. Ôte-toi de mon chemin.

Le jeune homme planta ses prunelles bleues dans les siennes, incrédule. Le tuer ? Ganondorf, cet homme qui l'avait recueilli, élevé, entraîné, qu'il avait aimé comme un père, voulait le tuer ? Il ne plaisantait pas. N'importe quel idiot aurait pu le constater en observant les flammes qui semblaient danser autour de l'assassin comme un avertissement.

D'abord paralysé par la soudaineté de ce changement, Link finit par adopter une expression qui ne plut pas à son adversaire. Il était déterminé à ne pas bouger de là où il se trouvait. Assassiner la famille royale n'était pas une cause juste, Hyrule ne vivait pas sous le joug de tyrans ! La jeune femme qui se tenait derrière lui pleurait la mort d'un être cher qui venait de lui être arraché…

- Seigneur Ganondorf… Finit-il par dire lentement. Je ne vous suivrai pas cette fois.

Le verdict était tombé, le Gerudo ne chercha pas à discuter et leva son épée aussi haut que la force de ses puissants bras pouvait le lui permettre. Il frapperait ce gamin qui osait interférer dans ses plans sans se retenir : il lui avait laissé sa chance de s'en aller, il avait décidé lui-même de son sort. Les premiers échanges furent rapides, ne laissant pas le temps à Link d'anticiper sur les coups qui lui seraient portés. Jamais encore son mentor n'avait mis autant de force dans un combat ! Et celui-ci n'était pas un simple entraînement. Non, il s'agissait d'un véritable affrontement et il sentait déjà ses bras trembler à chaque attaque ! Parant et chargeant, le garçon tenait pourtant bon, accordant toute sa volonté dans ce duel, même si ce ne serait pas suffisant pour venir à bout de cette force de la nature. A chaque échange, Link avait l'impression que cette fameuse force redoublait d'intensité ! Repoussé en arrière, il dut vaciller un instant afin de retrouver son équilibre, esquivant de justesse la lame ennemie qui avait eu pour but d'entamer sa chair. Il n'était pas protégé par une armure et le moindre coup pouvait s'avérer fatal pour lui. Il serra les dents : le tranchant venait de creuser une entaille légère sur sa joue, l'obligeant à faire un bond en arrière. Ganondorf choisit ce moment pour s'élancer vers Zelda, dressant son arme au-dessus d'elle. Fort heureusement, une combattante mit fin à cet assaut.

Folle de rage, Impa venait de plaquer le plat de sa propre épée contre le tranchant menaçant de l'adversaire, tenant en respect ce dernier en maintenant le tout à bout de bras.

- Emmène la princesse loin d'ici, Link ! Je m'occupe de ce monstre ! Hurla la Sheikah en foudroyant le jeune bretteur du regard.

- Impa ! S'écria-t-il.

- Pas le temps ! Dépêche-toi ! Tu as autre chose à faire en ce monde ! Tu veux devenir un soldat du royaume ? Alors protège-la au prix de ta vie ! Va !

Fermant les yeux et serrant les dents, Link pressa sa poigne sur son arme avant de courir dans la direction de la jeune fille, attrapant la main de cette dernière au vol avant de poursuivre son chemin vers la sortie. Il ne se retourna pas, ses jambes le poussèrent à l'assaut des quelques gardes qui se trouvaient-là, essayant de lui barrer la route. Ecartant leurs lames comme il le put, le voilà qui s'engageait dans les escaliers, notant que quelque-chose de nouveau était sur le point de se produire.

- Link ! La Citadelle ! S'exclama Zelda en pointant sa main vers la ville d'en bas.

L'écuyer sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine à la vue de ce qui était en train de se passer. La Citadelle d'Hyrule était en feu ! Comment cela était-il possible ? Quel sinistre plan avait été à l'œuvre durant tout ce temps ? Un rugissement dans leur dos ne leur laissa pas l'opportunité de se poser plus de questions : déjà Ganondorf se montrait sur le pas de la porte de la salle du trône, braillant des ordres aux soldats qui s'en déversaient :

- Attrapez-les !

- Vite ! Ordonna Link en se précipitant par la porte du couloir qu'ils avaient empruntée pour parvenir jusque là.

Serait-il seulement capable de trouver la sortie de ce labyrinthe ? Sa main avait cessé de le brûler, mais une lueur intense s'en échappait, passant au travers de son gant, attirant l'attention de sa compagne une fois de plus, cette dernière serrant un peu plus ses doigts à chaque ennemi rencontré et évité de justesse. Si elle ne lui venait pas en aide, ce garçon ne s'en sortirait pas sans dommages ! Leurs pas résonnaient seuls sur le tapis rouge qui ornait le sol du corridor qu'ils traversaient à toutes jambes. Qui savait dans combien de temps les gardes les rattraperaient ? Link cherchait désespérément un endroit où se réfugier, une porte qui aurait pu leur permettre de s'échapper et de rejoindre la cité sans délais. Là-bas, ils auraient tôt fait de s'en sortir plus facilement. Ici, il ne connaissait pas le terrain, il ne pouvait que se contenter de courir en entendant les hurlements des gens qui étaient à leurs trousses !

- Link, par les toits !

La suggestion de Zelda le sortit de ses pensées chaotiques, l'obligeant à stopper sa course pour contempler une fenêtre et s'en approcher. Les arches qui reliaient chaque tour se déployaient de ce côté… En y mettant toute son agilité, il saurait s'y déplacer et les soldats auraient plus de mal à les suivre dans leurs armures lourdes. Néanmoins, qu'en était-il de la princesse ? Perplexe, il lui lança un coup d'œil, auquel elle répondit en hochant simplement la tête, signifiant qu'elle saurait y arriver. Il ne devait pourtant pas mettre sa vie en danger… Rester là où ils étaient et tourner à l'aveuglette dans le dédale de couloirs ne les aiderait pas plus… Ils n'avaient pas le choix. Lorsque les gardes parvinrent à leur hauteur, ce fut pour constater qu'ils venaient de disparaître de leur champ de vision. Où étaient donc ces morveux ? La question passa de bouche en bouche durant quelques secondes jusqu'à ce que les fugitifs ne soient repérés.

Se déplacer sur ces arches à peine plus large qu'un mètre n'était pas aisé, mais Link semblait se débrouiller de son mieux, ralentissant l'allure quelques fois afin de faciliter le trajet à Zelda, qui était déterminée à le suivre sans discuter de sa malheureuse condition. Et après ? Où iraient-ils ? Sauter risquait d'être fort dangereux à cette hauteur, il leur faudrait construire leur trajet sur les toits qui étaient liés les uns aux autres. La princesse ne put s'empêcher de constater que son sauveur commençait à épuiser. Les poumons du jeune homme étaient en feu : il avait beau être endurant, cette course effrénée et les émotions qui le submergeaient le malmenaient. Ils n'eurent pas à se demander où aller lorsqu'ils parvinrent au bout de l'arche.

Ganondorf bondit devant eux, stoppant leur avancée d'un mouvement ample de son épée. Link brandit une fois de plus son arme devant lui, protégeant celle qu'il était censé sauver, montrant à son ennemi qu'il ne la laisserait pas tomber entre ses mains. L'ennemi en question ne l'entendait pas de cette oreille. La lame noire et rouge émit un nouveau souffle qui prit le garçon au dépourvu, fracassant sa force contre la sienne pour le déstabiliser ! La main du colosse s'abattit sur le visage du bretteur de plein fouet, le projetant dans le vide ! Zelda tendit sa main pour le rattraper, n'y parvenant cependant pas, appelant le blessé avant que sa voix ne se perde dans le néant qui s'abattit sur ce dernier. L'épée du jeune homme heurta le toit d'en dessous la première, suivie par son manieur ! Poussant un cri de douleur, Link se sentit bientôt rouler sur les tuiles sans arriver à se retenir à la moindre petite prise, puis bascula de nouveau dans le néant pour s'en venir tomber entre les branches d'un arbre du jardin. Les bras de bois émirent quelques craquements tandis que le corps balloté en tous sens terminait laborieusement sa chute dans l'herbe calcinée.

Un rire tonitruant se fit alors entendre du haut des tours. Ce rire… Cette impression de flotter… Ce ciel orangé nimbé de flammes… Il en avait déjà été témoin… Luttant pour ne pas perdre connaissance, il chercha son épée à tâtons, l'herbe grésillant sous ses doigts. Comment avait-il survécu à une chute pareille ? Sonné, il tenta de se remettre debout. Il testait la validité de ses membres, bien que les contusions ne soient déjà emparées de son corps pour l'alourdir considérablement. Ses articulations avaient souffert et le manifestaient très vite. Il n'avait rien de cassé, chose qui le préoccupa : à cette hauteur, après tout ça… était-ce possible ? Sa conscience vacillait au moins autant que ses jambes lorsqu'il tentait de se redresser. Enfin trouva-t-il son épée, s'en aidant dans cette tâche qui consistait à quitter cet endroit. Non… Une seconde… Clignant des paupières pour éclaircir sa vision, Link se rendit bientôt compte que Zelda ne se trouvait pas en sa compagnie. Non ! Paniqué, il leva la tête, n'apercevant plus personne sur le haut de l'arche. Il avait échoué… Non ! Il devait retourner la chercher !

- Il est là ! Hé ! Ne bouge plus !

- Rends-toi bien gentiment, gamin !

Link fit volte-face en apercevant les soldats qui sortaient du château pour se diriger vers lui rapidement, armes levées.

« Cours, Link ! Ne retourne pas en arrière ! Fuis ! »

Alors que cette voix retentissait dans sa tête comme un flash, le jeune homme hésita un instant avant de lui obéir, prenant ses jambes à son coup dans la direction de la sortie des jardins. Une vingtaine de gardes le poursuivait et il se surprenait à boiter après la chute dont il venait d'être victime. Il avait déjà eu à agir de la sorte lorsque les moblins s'étaient attaqués à eux parfois, lorsqu'ils se trouvaient dans les plaines, mais cette fois, il n'avait pas la force de brandir ses capacités face à des hyliens… Et pourtant, il allait bien falloir qu'il les écarte de sa route s'il ne voulait pas en être la cible ! L'instinct de survie était le plus fort. Il ne réfléchissait plus assez clairement pour se poser des questions. Lorsque le tranchant de son épée frappa le premier homme à sa portée pour lui cisailler le torse et que le sang se mit à couler, il crut avoir perdu la raison.

- Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Qu'est-ce que vous fichez, les gars ?

Un sourire nerveux aux lèvres, Vann n'était pas en meilleure position. Le dos plaqué contre les enclos de la cour d'entraînement, le voilà qui fixait les plus âgés de la caserne sans comprendre. Lorsque la rébellion avait sonné ce matin-là, tous les jeunes étaient sortis de leurs chambres en posant une multitude de questions. Les consentants avaient rejoint les rangs des mutins, les autres, ceux qui n'étaient pas d'accord avec ce qui était en train de se produire, avaient été massacrés sans sommation. Le dernier en date sur le point de voir son existence écourtée se tenait désormais là, épée brandie en signe de défense. La nouvelle était tombée : le Roi d'Hyrule avait été assassiné par le Seigneur Ganondorf ! Le brun n'y avait pas cru en entendant une énormité pareille : ses anciens camarades venaient de lui prouver que les faits étaient réels sans lui avoir donné la raison des actes qui avaient été commis. C'était sans compter que le jeune homme était un garçon habile, qui avait pour habitude de compter sur la force de ses poings pour s'en sortir lorsque ses armes n'étaient pas à portée. Deux raclées et quelques poursuites plus tard, voilà où en était la situation : il se retrouvait acculé par les autres, dans l'impossibilité de s'enfuir à moins de ramper sous les box des chevaux en attendant de se faire massacrer un peu plus tard. La vie était injuste avec lui ! Et le pire ? Il n'avait rien avalé avant ça ! Bondissant rapidement, il disparut bientôt à l'intérieur d'un box avant de se faire empaler… pour se voir accueilli par un hennissement furieux !

- Ah non ! Ne me dévore pas tout cru, je suis autant dans la mélasse que toi ! S'écria Vann en agitant les bras devant lui pour calmer la fureur d'Epona. Sans vouloir t'offenser étant donné que tu vis au milieu de ton crottin…

La phrase n'eut pas pour effet de la calmer, mais de la pousser sûrement à méditer sur une improbable vengeance à l'égard de cet espèce d'insolent. L'agitation du dehors la rendit cependant trop nerveuse pour qu'elle ait dans l'idée de se défouler sur le malheureux écuyer qui recherchait un abri sûr.

- Ecoute, ma grande, j'ai une idée, mais il va falloir te montrer coopérative, d'accord ? Si on s'y prend bien, on peut s'en sortir tous les deux ! S'exclama Vann alors que les premiers coups étaient donnés sur la porte. Je suis presque sûr que Link s'est fourré dans de sérieux ennuis, alors on va aller le chercher avant de partir ! Ca te va ?

Attendant un petit instant, il finit par se hausser sur le dos du cheval, qui ne rechigna pas cette fois. Vann se trouvait complètement fou de discuter avec un animal… C'était ça ou finir trucidé par une dizaine de lames énervées, alors le calcul était vite fait !

- Allez ! C'est parti !

Le premier coup de talons fut le bon : la jument ne trouva rien de mieux que de se cabrer en avant, balançant ses sabots noirs droit sur la porte qu'elle défonça sans effort, écrasant les pauvres hommes qui ne devaient pas s'y attendre au passage. De sa vie, Vann n'était jamais monté sur le dos d'un équidé, aussi se cramponna-t-il de toutes ses forces autour du cou de sa nouvelle compagne d'aventure, la sentant partir au galop dans la cour en poussant un cri de panique. Face au vacarme, Epona était enragée, courant à toute vitesse vers des barrières qu'elle sauta comme s'il se fut agi de broutilles ! Son cavalier, en revanche, n'en menait pas large alors qu'il se retrouvait, il ne savait comment, en dehors de la caserne ! C'était fou comme la situation avait changé en l'espace de quelques minutes ! Il venait de se voir sauver la mise par un canasson ! Il ne pouvait même pas lui crier de ralentir étant donné que c'eut été la contrarier davantage… Un peu plus et il aurait hurlé qu'on vienne l'aider à trouver les freins. La jument ne se serait jamais arrêtée, lui laissant tout juste le temps d'admirer l'horrible paysage qui se dessinait sous leurs yeux de fugitifs. La Citadelle venait de se teinter de la couleur des flammes, des hurlements se faisant entendre autour d'eux et des soldats se mettant à agir comme si un seul esprit les possédait. Le jeune homme aurait bien pu s'y attarder comme un ahuri s'il n'avait été remué par sa monture. Il aurait juré qu'elle savait où aller. Il n'avait pas le courage de lui donner des ordres, mais elle n'empruntait visiblement pas les rues au hasard… L'instinct était-il de mise ? Où allait-elle comme ça ? Il ne lui posa pas la question au risque de s'auto-déclamer « fou à lier » et préféra intérioriser tout ça.

Alors qu'il tâchait de se redresser enfin pour avoir une meilleure vue, Vann aperçut enfin ce qu'il cherchait.

Link se démenait pour rester en vie, agitant son épée dans tous les sens, tentant de conserver de la précision pour y parvenir sans leur laisser de faille à exploiter. Une hache s'abattit bientôt sur sa lame, faisant tressaillir ses bras fatigués alors que deux autres gardes passaient à la charge pour le désarmer. Serrant les dents alors qu'un cri s'échappait de ses lèvres, il repoussa la plus grosse arme avant de rouler à terre pour se relever rapidement et poursuivre sa course. Il se trouvait à peine sur la Grand-Place de la Citadelle, parmi d'autres gens que l'on faisait prisonniers, ou achevait sans ménagement. La fumée le faisait tousser et brouillait sa vue. Il ne parviendrait pas à se sauver…

Ses jambes finirent par céder à l'instant où une main se refermait sur son poignet pour le soulever avec force à l'arrière du dos d'un cheval. L'avait-on finalement attrapé ? Qu'allait-on faire de lui ?

- Si c'est ça l'initiation pour devenir soldat, je veux bien tout arrêter maintenant !

Redressant la tête, le jeune hylien ouvrit de grands yeux en reconnaissait la voix qui venait de s'adresser à lui sur ce ton amical de toujours.

- Vann ? Comment as-tu su que j'étais là ? Interrogea-t-il avec surprise.

- Moi je n'en savais rien, c'est Epona qui m'a conduit jusqu'à toi ! Répondit le brun. On n'a pas le temps de bavarder, quittons cet endroit avant de nous faire tuer !

Poussant un soupir de soulagement, Link se cramponna à son compagnon, ordonnant à la jument de les emmener loin de la Citadelle.