Me revoilà comme promis. Décidément, je suis gâtée coté rewiew : j'en ai de plus en plus à chaque chapitre (pas de beaucoup mais quand même...). Alors un grand merci à vous toutes.
Comme d'habitude, un merci particulier aux anonymes : Yohana, Lysylys ( désolée pour mes fautes en Italien, mais je n'ai jamais appris cette langue !) et je crois que c'est tout. Désolé si j'ai oublié quelqu'un. Sur ce je vous laisse à votre lecture...
Chapitre 6 :
Juin et sa chaleur accablante s'étaient définitivement installés sur New York et ses 340 hectares de verdure qui en constituaient à la fois le cœur et le poumon, Central Park, dont seuls les épais sous-bois conservaient encore quelque fraîcheur.
Harry continuait d'y faire son jogging matinal quotidien, à l'heure où d'autres s'y promenaient à pied, à vélo, en rollers ou même en calèche. De retour à l'Atelier, il prenait sa douche, engloutissait un bol de céréales et se mettait au travail en musique, mais en coiffant désormais ses oreilles d'un casque sans fil, par pitié pour son noctambule de colocataire.
Ils avaient mis au point des règles de vie aussi simples qu'efficaces, qui leur permettaient de jouir, dans un même espace cloisonné, d'une totale liberté, sans avoir à sacrifier aucunement leur intimité. La cuisine commune était devenue leur rendez-vous impromptu. C'était à chaque fois le hasard, plutôt que leurs habitudes respectives, qui les mettait en présence.
Harry continuait d'y croiser les mêmes deux ou trois jeunes hommes, dont le brun à la longue tresse fan de LL Cool J. Tous étaient invariablement et très curieusement munis d'un bagage style mallette ou vanity-case, et semblaient toujours faire grand mystère de la raison – pourtant évidente – de leur présence à l'Atelier. Harry n'avait posé aucune question. C'est Draco lui-même qui avait pris les devants, la veille, en lui expliquant qu'il travaillait sur une série de nus pour la prochaine exposition – individuelle, cette fois – que leur avait commandée la fondation de L'Ordre du Phoenix. Les jeunes hommes étaient donc « officiellement » des modèles venus poser à l'Atelier. Pourquoi pas ?
- Alors, et ce régime Hagrid ? demanda Harry au portier en arrivant à la hauteur de l'immeuble, le pas traînant et le souffle court, après un nouveau périple d'une dizaine de kilomètres dans les allées ombreuses du parc.
- Déjà dix kilos, répondit l'ancien boxeur en lui tendant sa bouteille d'eau. J'ai ressortit mon puncheur bag, mes gants et ma corde à sauter. Encore deux mois, et je serai un autre homme.
Hagrid en avait assez de faire le « pied de grue », selon sa propre expression, à longueur de journée, et souhaitait retrouver un travail actif. Pour cela, il avait décidé de se remettre en condition physique. Il regretterait les habitants de l'immeuble, mais, comme il disait, « on a qu'une vie, et elle est courte ».
- Oh, à propos, dit-il, le traiteur pour Monsieur Malfoy est passé ce matin à la première heure et il m'a laissé une facture.
- Donnez, dit Harry, je vais la glisser sous sa porte.
Hagrid sortit une feuille de papier pliée en quatre d'une de ses grandes poches.
- Dites lui que si il a besoin d'un DJ pour animer sa soirée, mon cousin n'a pas son pareil pour ça. Rap, techno, dance… tout ce qu'il voudra. Il lui fera un prix d'ami.
- Je transmettrai, promit Harry, qui doutait que Draco eût l'intention de faire appel à un DJ ce soir-là pour ce qui était, lui avait-il dit, « une petite soirée intime réunissant une cinquantaine de personnes, des amis pour la plupart. »
Harry traversa le hall, remit dans ses oreilles les écouteurs de son baladeur numérique et s'engouffra dans l'ascenseur en accordant son pas au rythme de « Bo Godzilla » du rappeur Daddy Puff :
« Uh-uh, yeah,
Uh-huh, yeah, uuh
Uh-huh, yeah, uuh… »
oooooooooooo
A une centaine de kilomètres de là, debout sur le perron de leur maison de style colonial des faubourgs de Philadelphie, James et Lily Potter regardaient, incrédules, leur fille Ginny embarquer en fauteuil roulant à bord d'une camionnette Bedford tout droit sortie d'un film hippie des années 70, sur laquelle étaient peints en lettres bleues sur fond blanc les mots « World Peace » - Paix dans le Monde.
- Maman, papa, je serai de retour demain dans l'après-midi, leur lança Ginny, en route pour un « sit-in » pacifique sur les pelouses de la Maison Blanche.
Trois de ses camarades aux cheveux longs, qui paraissaient également échappés du même genre de film, l'aidaient, hilares, à embarquer avec son fauteuil par la double porte arrière du « van ». Le petit groupe se définissait comme « techno-anarcho-post-capitaliste » ; ses membres aimaient aussi se qualifier de travellers, de « voyageurs », dans l'esprit nomade. James et Lily ne comprenaient rien à toute cette culture dite « alternative » ; ils n'avaient qu'une seule préoccupation : le bien-être de leur fille, qui paraissait curieusement s'épanouir dans ce milieu qu'eux-mêmes avaient renoncé à qualifier.
- Fais attention à toi, d'accord ? lui lança seulement Lily en serrant la main de son mari comme pour conjurer le mauvais sort.
Ils avaient rêvé d'un fils médecin et d'une fille institutrice. Ils avaient un artiste squatteur – ou ex squatteur – homosexuel à New York, et une fille rebelle et contestataire.
- On a dû manquer quelque chose, murmura James Potter d'un air dépité en enlaçant affectueusement sa femme par la taille. Mais, au moins, ils sont en bonne santé et (il croisa les doigts) ils n'ont pas de problèmes avec la justice de ce pays. Enfin, pas encore…
oooooooooo
- Je suis mort de jalousie, s'écria Ron Weasley en désignant l'espace de l'Atelier d'un geste théâtral.
Le violoniste, feignant l'indignation horrifiée, ajouta à l'adresse de Draco :
- Tu es un faux frère, un prince déguisé en mendiant. Oser dormir dans mon couloir, et « recevoir » ensuite tes amis dans ton palais new yorkais… quelle humiliation pour nous autres !
Draco prit son ami dans ses bras sous les regards amusés d'une partie des invités.
- Arrête ton cinéma, tu veux ? lui dit-il en riant.
Puis, se tournant vers celle qui l'accompagnait :
- Pansy, c'est ça ? dit-il, se rappelant la réceptionniste qui s'était pris les pieds dans son futon, ou plutôt dans ses côtes, un matin.
- Oui, dit la fille, ravie qu'il se souvienne de son prénom.
- Allez-vous servir un verre, tous les deux, je vous rejoins.
- Qu'est ce que j'entends ? demanda Ron, les yeux écarquillés. Du… rap ?
- Oui. Un petit clin d'œil à mon colocataire, qui adore ça, expliqua Draco.
-Excellent, commenta Pansy en remuant des hanches au rythme de la musique.
Draco avait finalement suivi la suggestion d'Hagrid en demandant au cousin du portier, un certain DJ Black, de venir animer musicalement la soirée. Le disc-jockey – jean « baggy » extra large, tee shirt de basket à col V et boucle d'oreille en argent – sortait tout juste de trois mois de prison pour violation de conditionnelle, et dédicaçait pratiquement chacun des tubes qu'il passait aux rappeurs du moment qui avaient des démélés avec la justice.
Harry riait à chacune des dédicaces du DJ, persuadé que les invités présents devaient croire à une « performance », une manifestation d'art éphémère qui prévoit une réaction du public, sans se douter que ladite « performance » était ailleurs et encore à venir, où ils ne l'attendaient certainement pas. Nul, en effet, ne semblait s'être étonné qu'il y eût toutes ces bâches épaisses étendues et scotchées ensemble sur le sol de l'Atelier, pensant sans doute qu'elles étaient là pour protéger le plancher. Après tout, c'était un atelier d'artistes, et il n'y avait aucune raison de trouver cela bizarre.
Harry avait discrètement installé à chaque angle de l'atelier de Draco, une caméra fixe, qui filmait en continu les invités sans qu'ils s'en doutent. La surprise était prévue pour plus tard. Draco avait trouvé son idée un peu « extrême » mais il s'y était plié en démménageant notamment tous les objets un peu fragiles qu'il possédait, à commencer par ses toiles, rangées dans un réduit qui servait de buanderie.
Harry remarqua qu'Hermione venait d'arriver avec son ami Blaise Zabini, l'agent immobilier de Greenwich Village, dont le regard de prédateur se posait sur tout ce que l'Atelier comptait de représentantes de sexe féminin. La galeriste l'observait du coin de l'œil – un œil évidement jaloux – tandis qu'il s'attardait sur les formes séduisantes de Pansy. Harry lui remarqua Duo Maxwell, le joli brun a la longue tresse et au vanity-case qui semblait bien seul près du buffet. Draco l'avait salué quelques minutes auparavant, le plus banalement du monde, sans trahir une seconde – pour quelle raison ? le peintre n'étant pas du genre à se cacher – le fait qu'ils avaient de toute évidence passé au moins une nuit ensemble.
Le peintre comptait bien plus d'amis proches à New York qu'Harry ne l'avait imaginé. Il y avait là des artistes, des musiciens, des écrivains, mais également un médecin urgentiste, un groupe de dockers ou encore un portier en la personne de Hagrid, que, le voyant pour la première fois sans son uniforme, vêtu d'un polo noir, Harry avait trouvé beaucoup plus jeune.
- Et maintenant, « Keep Ya Head up » du plus grand rappeur de Los Angeles, le regretté Tupac Shakur, annonça son cousin DJ en lançant le « single » sur sa platine, volume légèrement remonté.
Harry, battant la mesure avec le pied, avala une gorgée de punch, ravi que Draco lui ait fait la surprise d'associer sa musique préférée à ce qui était pourtant sa soirée.
- Comment ça va ? demanda une voix derrière lui.
C'était justement Draco.
- Bien, bien.
- Toujours décidé ? lui demanda-t-il d'un air préoccupé.
- Vous pensez que c'est une mauvaise idée ?
- Je n'ai pas dit ça.
- Ce sera l'œuvre maitresse de ma prochaine expo.
- Je ne sais franchement pas ce que mes amis vont en penser. Parce que je vous rappelle que je n'ai que des amis ici.
- Vous voulez me culpabiliser, c'est ça ? dit Harry.
- Non. Juste tester votre motivation.
- Elle est intacte.
- Alors… ce sera quand vous voudrez, lui dit-il en s'éloignant pour rejoindre ses amis dockers, qui l'appelaient à grands cris. Mais… vingt secondes, maximum. On est bien d'accord ?
- C'est peu.
- Vous diffuserez la séquence au ralentit. Et n'oubliez pas que vous avez quatre caméras, et que vous multiplierez ces vingt secondes par quatre.
Harry leva la tête et regarda la dizaine de têtes de sprinklers du dispositif anti-incendie logéees dans le faux plafond de l'atelier du peintre. En plus de ceux de l'atelier, un détecteur de fumée isolé mais relié au même dispositif se trouvait dans la buanderie.
Harry posa son verre, tourna discrètement les talons et s'éclipsa en direction du réduit.
Une fois là, il s'enferma à l'intérieur et vérifia l'image des quatre moniteurs vidéo reliés chacun à une caméra d'angle de l'atelier. Sur l'un deux, il vit Draco qui bavardait avec ses amis dockers. Il croisait les bras, la tête légèrement rentrée dans les épaules, appréhendant manifestement le moment fatidique.
Prenant une grande inspiration, Harry sortit son briquet, l'alluma, et monta sur un tabouret.
Puis, les yeux rivés sur les moniteurs, il approcha la flamme du détecteur de fumée.
A suivre….
Niark, niark, niark… Fin un peu plus sadique que d'habitude mais pas trop quand même. J'espère que ça vous a plu. Ademain pour leprochain chapitre.
En attendant, vous savez ce qu'il vous reste à faire : faites pêter ma boite aux lettres ! lol
