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Disclaimer : si Kuroshitsuji m'appartenait, je ne serais pas en train d'écrire des fanfictions, si ?

Le majordome au musée

Ciel se souvenait encore des jours qui avaient suivi l'embauche de ses trois domestiques très spéciaux. Entre autres bizarreries, il avait entendu par hasard Maylene déclarer que si quelqu'un entrait dans le manoir avec de mauvaises intentions, elle lui montrerait tout de suite ce qu'elle avait sous sa jupe et il s'en souviendrait éternellement. D'abord horrifié, Ciel avait ensuite compris que sa femme de chambre n'avait pas l'esprit mal tourné (quoique…). Elle parlait simplement des deux pistolets qu'elle cachait en permanence dans ses jarretières.

Le jeune Phantomhive se sentait donc rassuré à l'idée de se déplacer en ville flanqué de ses trois gardes du corps improvisés. Sebastian pouvait s'occuper de sa filature, même si cela ne l'enchantait pas. En outre, on racontait que la Reine, ou plutôt sa remplaçante, assisterait probablement à l'inauguration de l'exposition, et Ciel avait envie de voir son visage au moins une fois.

En effet, après une longue attente devant les portes encore closes du musée, la reine se présenta, suivie par son nouveau majordome. Elle avait apparemment grandi de quinze ou vingt centimètres depuis l'incendie de Londres et Ciel trouvait très drôle que personne à part lui ne s'en rende compte. Après les discours d'usage, les portes s'ouvrirent et la foule commença à affluer.

Ciel détestait les bains de foule. La promiscuité lui faisait horreur, d'autant plus que les gens qui l'entouraient étaient presque tous des inconnus à qui il ne pouvait absolument pas faire confiance. Inconsciemment, il ralentit en avançant dans le hall d'entrée où trônait comme d'habitude un tableau d'Arnold Böcklin qu'il évita soigneusement de regarder. « Branche Est », murmura-t-il à l'adresse de ses domestiques.

C'est alors qu'un cri strident le fit sursauter. « Ciel ! » Et avant qu'il ait eu le temps de se retourner, deux bras fluets l'étreignirent comme pour l'étouffer tandis que deux couettes blondes lui obstruèrent la vue.

« Elizabeth ! » marmonna Ciel tout en essayant de se défaire de sa petite fiancée sous les regards amusés de ses domestiques. « Qu'est-ce que tu fais ici ? »

« Oh ! Mon père trouve qu'une Lady doit savoir parler d'art, c'est pour cela que Paula m'a amenée ici ! Je suis si contente que tu y sois aussi ! On visite ensemble ? »

Ciel lança un coup d'œil furieux vers ses domestiques et constata que Finny n'était plus là. « Où est Finnian ? » s'enquit-il brusquement.

Les deux autres échangèrent un regard surpris. « OooOOoooh, il était là il y a quelques secondes », répondit Maylene.

Fantastique, pensa Ciel. Ils ont laissé s'échapper quelqu'un qui a huit ans dans sa tête et qui peut tuer un passant en le bousculant. Tout compte fait, j'aurais mieux fait de les laisser à la maison et d'emmener Sebastian avec moi.

« Tant pis », décida-t-il. « S'il ne nous retrouve pas, il nous rejoindra devant la porte d'entrée. L'exposition qui précède la vente aux enchères se trouve dans la branche Est, non ? »

Les domestiques acquiescèrent en échangeant un regard vaguement inquiet. Si Finny se mettait à disparaître sans crier gare, on était en droit de se demander pourquoi. De mauvaise grâce, Ciel donna le bras à Lizzie, qui avait déjà commencé à commenter tout ce qu'elle voyait avec excitation. Ciel la connaissait assez pour savoir ce qu'elle pensait. Oh, comme c'est joli, comme c'est mignon, j'adore les tableaux avec du rose dedans, pourquoi mon Cielinou ne sourit-il pas ?

Elle m'aime, réalisa-t-il soudain avec un pincement au cœur. On a été séparés pendant un an, et j'ai tellement souffert pendant cette année que ça m'a définitivement coupé d'elle. Elle n'arrivera jamais à imaginer toute la souffrance que j'ai pu endurer. Et elle essaie TOUJOURS de me rendre heureux sans se rendre compte que ça ne marchera jamais. Et je tiens suffisamment à elle pour toujours vouloir la préserver, pour lui éviter cette souffrance que moi j'ai connu. Mais je mourrai tôt ou tard à cause de ce pacte. Et elle versera toutes les larmes de son corps le jour de mon enterrement. Et je ne serai pas là pour la consoler.

« Tu veux commencer par quelle galerie ? » s'enquit Ciel le plus calmement possible.

« Oh ! Celle-ci, elle n'est pas loin de la sortie. Comme ça, ton jardinier nous retrouvera plus facilement. »

Qu'est-ce que je disais ? Même quand il s'agit d'une chose aussi insignifiante que de choisir une salle, elle essaie de me faciliter la vie !


Finny n'avait pas prévu de quitter le groupe. Simplement, il avait aperçu une femme de dos, et la robe lavande et les cheveux argentés avaient réveillé tellement de souvenirs en lui qu'il n'avait pas pu s'empêcher de prendre la mauvaise direction. D'accord, il y avait peu de chances pour qu'Angela se trouve à Londres en ce moment. Mais il préférait en avoir le cœur net. Ça ne prendrait que quelques instants, et ensuite il rejoindrait le groupe.

Le problème était que la foule si dense lui obstruait la vue. Tout comme Ciel, Finny n'aimait pas beaucoup les foules : il avait toujours peur de blesser quelqu'un. Cependant, c'était la première fois qu'il prenait un bain de foule depuis l'incendie de Londres, et il réalisait avec surprise qu'il avait beaucoup moins peur qu'avant. C'est simple, pensa-t-il, j'ai l'impression de ne plus être la même personne. Ça date de Pluton… Oh, si c'est bien Mademoiselle Angela, je me demande si j'arriverai à lui dire que j'ai tué son chien. Elle est si fragile, ça pourrait lui briser le coeur !

Il fallait le faire. J'aurais pu laisser Bard et May lui tirer dessus à deux, mais il fallait que je partage ça avec eux, qu'on soit trois à souffrir. Et je l'aimais bien, moi, ce chien. Il était stupide mais gentil. Allons. Peut-être qu'elle m'a oublié, après tout. Elle m'a dit 'je suis sûre que nous nous reverrons' en m'embrassant sur la joue. Je le sens encore, ce baiser. Et ensuite, elle m'a oublié.

Ça vaut peut-être mieux, après tout. Elle doit avoir cinq ou dix ans de plus que moi et je l'aurais brisée comme une poupée en lui rendant son baiser. Il faut qu'elle m'ait oublié. Tiens, ce ne serait pas elle, là-bas ? Non, impossible. Après tout, je m'étais trompé.

Finnian fit demi-tour sans savoir qu'il ne s'était pas trompé, qu'il venait réellement de croiser la femme qui avait été son premier amour. Celle-ci n'avait pas la grâce aérienne d'Angela, elle semblait plus âgée, plus ordinaire. Il se disait que cela ne pouvait pas être elle. Il n'avait plus qu'à rejoindre le groupe et à se faire engueuler par Ciel, qui leur avait bien dit de ne pas faire de bêtises.

Le problème était que la foule était devenue plus dense, et aussi plus houleuse. Les gens semblaient s'énerver et Finny sentait qu'il perdait son calme peu à peu. D'ailleurs, qu'était-il venu faire ici ? Visiter un musée ? Quelle foutaise, qui avait besoin de visiter un musée ?

Il faillit bousculer un enfant qui lui arrivait à peine au coude et se força à se calmer. Ce n'était pas le moment de perdre le contrôle. Il devait absolument sortir d'ici et respirer de l'air frais avant de blesser quelqu'un. Vite. Et surtout, sans paniquer.

Par moment, sa force surhumaine n'était rien d'autre qu'un cadeau empoisonné…


De l'étage supérieur, Angela contemplait la panique qui régnait dans la salle. Un balcon intérieur lui offrait une vue dégagée sur les dizaines d'humains qui pestaient et maugréaient entre les vitrines d'objets rares. Elle s'étonnait de ne rien ressentir devant ce spectacle. A une époque, ses sens d'ange lui faisaient percevoir les émotions d'autrui aussi nettement que les humains voient les couleurs les plus vives ou entendent les sons les plus perçants. Aujourd'hui, elle se sentait devenue comme sourde et aveugle.

« Que penses-tu du spectacle ? »

L'ancien ange sursauta et réalisa que Sebastian Michaelis se tenait debout à côté d'elle et regardait lui aussi les gens se disputer. Elle s'efforça de ne pas céder à la panique. Sebastian l'avait déjà pratiquement tuée une fois, d'accord, et il n'éprouverait aucun scrupule à recommencer. En outre, elle n'avait plus ni ses ailes, ni les capacités surhumaines d'un ange, ni même le sabre d'Ash pour se défendre. Son dos et ses bras lui faisaient toujours mal après que Hyde l'ait attaquée, et quand bien même ils n'auraient pas été douloureux, ce corps d'humaine normale était bien trop lourd et trop lent pour lui permettre de tenir tête à un démon. Mais elle tenait à ne montrer aucun signe de faiblesse. Il fallait que cette abomination voie que même déchu, un ange ne se laisse pas impressionner.

« C'est tellement humain, ce genre de réactions », dit-elle simplement. « Regarde-les : ils ont sous les yeux certaines des plus belles choses que des êtres de leur espèce peuvent créer et ils ne pensent qu'à houspiller ceux qui sont près d'eux. »

Sebastian resta silencieux. Angela risqua un coup d'œil de côté et vit que son sourire s'était élargi, dévoilant des dents de prédateurs. On aurait dit un chat qui s'apprête à jouer avec une petite souris avant de la dévorer.

« En effet », dit-il enfin. « Ce que je vois près de moi, c'est une humaine prête à sortir ses griffes alors qu'elle pourrait simplement regarder les jolies choses qui sont près d'elle. »

Angela serra les dents. Elle cacha instinctivement ses mains gercées par l'eau froide dans ses manches tout en s'efforçant de ne pas regarder celles de Sebastian, qu'elle devinait parfaites et immaculées sous ses gants. « Pourquoi es-tu venu ici ? » s'enquit-elle brusquement.

« Tu n'en as aucune idée ? »

« Si, évidemment… », murmura-t-elle. « Je m'étonne que tu ne sois pas descendu pour le voir de plus près. »

« Je l'ai déjà vu, tu sais. »

« En 738 ? »

« Non, bien plus tard. Cela t'intéresse-t-il de le savoir ? Ou aurais-tu comme projet de lui faire manger dans ta main, lui aussi ? »

Angela repensa à Pluton et frissonna. Ce pauvre chien lui manquait. Contrairement aux humains, il n'avait jamais connu ni la haine, ni la rancune, ni la cupidité. C'était un être pur. Et elle avait tellement aimé jouer les dominatrices avec lui ! « Finissons-en », décida-t-elle. « Cette conversation ne mène à rien. Au revoir. »

Elle fit mine de s'en aller, mais avant qu'elle n'ait pu faire un pas, il l'avait attrapée à bras le corps et plaquée contre un mur. Elle se força à garder les yeux ouverts pour bien lui montrer (ou lui faire croire) qu'elle n'avait pas peur. Il se tenait si près d'elle qu'elle ne distinguait pas son visage. « Qui a dit que les conversations devaient mener à quelque chose ? » murmura-t-il à son oreille tout en jouant avec ses cheveux.

« Moi, je le dis », murmura-t-elle avec rage, furieuse de se sentir impuissante, à la merci de ce démon haï.

« Tu m'as déjà traité d'abomination, Angela », ajouta-t-il en faisant glisser les doigts le long de sa joue. « Mais t'es-tu au moins regardée ? J'avais déjà croisé des anges avant toi. Beaucoup se sont mis en travers de mon chemin, ce qui est dans l'ordre des choses. Mais aucun n'a jamais eu l'audace de faire ce que tu as fait. »

« Un ange reste un ange, même avec les ailes brisées », rétorqua-t-elle avec rage. « Ce n'est pas un démon qui va me donner des leçons de morale ! »

Sebastian appuya ses doigts contre le cou de l'ange déchu et sentit son pouls qui battait à une vitesse folle. Il pouvait la tuer. Il n'avait qu'à lui lacérer les veines et à jeter ensuite son cadavre dans la Tamise. Personne ne le saurait jamais. Mais il devait obéir à son maître. « C'est toi, qui a décidé de te souiller », dit-il d'un ton parfaitement égal. « Tu n'imagines pas ce que j'ai ressenti quand j'ai vu que tu me faisais de la concurrence déloyale. »

« Ressenti ? Quel drôle de langage pour un démon, Sebastian. Serais-tu par hasard en train de t'humaniser ? »

Angela avait dit cela au hasard mais la remarque fit mouche. Sebastian eut un mouvement de recul. S'humaniser, lui ? Lui qui avait lancé la peste noire sur l'Europe ? Non, impossible…

« Une dernière chose, Angela », murmura-t-il à son oreille. « Quel effet cela fait-il, d'être enchaînée à la terre ? »

L'ange déchu ne put s'empêcher de fermer les yeux et serra les dents, certaine qu'elle allait être déchiquetée d'un instant à l'autre. Rien ne se passa. Quand elle osa enfin rouvrir les yeux, Sebastian avait disparu.


Sebastian ne se sentait pas humain. En fait, il ne s'était jamais posé de questions sur sa nature profonde. Il y avait eu la longue période pendant laquelle il avait dévoré toutes les âmes qu'il pouvait réduire au désespoir, et ensuite il y avait eu ce pacte qui avait fait de lui un serviteur dévoué et sans états d'âme. Il n'avait qu'à servir fidèlement son maître et en échange, il finirait par avoir une âme délicieusement souillée. Un contrat de travail parfaitement honorable, en somme.

Et puis, il avait croisé cet ange si anormal. Les anges en général étaient des créatures sans surprises, tellement attachées à leurs idéaux de pureté qu'elles en devenaient tout à fait prévisibles. Ils étaient privilégiés à bien des points de vue et d'une puissance souvent redoutable, mais on n'avait à attendre aucun coup bas de leur part car ils estimaient que les coups bas constituaient l'arme du diable. Les anges se trouvaient dans le camp opposé au sien et tenaient à le rester. Ils voulaient rester purs.

Ensuite, cette Angela s'était mise en travers de son chemin et avait essayé de le priver de son prochain repas. Il y avait quelque chose de profondément monstrueux chez cet ange qui se roulait dans la souillure dans le but absurde de purifier toute l'humanité. Vols, meurtres, mutilations, manipulations, violences physiques et viol émotionnel… Sebastian avait déjà croisé des démons qui avaient causé moins de mal aux humains que cet ange, à ceci près que les démons ne s'imaginaient pas qu'ils faisaient cela avec de bonnes intentions. Pour ne citer qu'un seul exemple, quand lui-même, Grell et Spears l'avaient prise au piège dans la chapelle de la secte, elle n'avait pas hésité à faire s'écrouler le bâtiment sur eux tous. Un ange digne de ce nom aurait préféré se sacrifier plutôt que de risquer la mort de dizaines d'innocents.

Et lui-même, Sebastian Michaelis, avait fait remarquer à ces spectateurs que rien ne les empêchait de sauver leurs peaux. Il leur avait suggéré de se sauver alors que deux dieux de la mort, dont un extrêmement sérieux, se trouvaient déjà sur place et avaient de bien meilleures raisons que lui de vouloir éviter que tout le monde meure d'un coup. Même si Sebastian avait du mal à se l'avouer, il avait bel et bien eu un comportement presque humain à ce moment précis. Angela avait-elle donc raison à son sujet ?

Il ne voulait pas y penser. Il devait d'abord mener son contrat à terme. Et cela comprenait ce qui s'était passé le matin même. Le jeune maître lui avait recommandé de s'occuper de Jekyll, alors il l'avait tout simplement enfermé chez lui. Et comme la situation lui semblait devenir un peu critique, il avait décidé d'amener Ciel au Docteur Jekyll pour savoir quels ordres il lui fallait ensuite exécuter. Et pour cela, il devait retrouver le jeune maître.

Justement, celui-ci se trouvait dans une des salles d'exposition, au bras d'Elizabeth. Celle-ci lui demandait de lui expliquer le sens profond d'une peinture, et Ciel, qui ne comprenait absolument rien à l'art, répondait ce qui lui passait par la tête. Malheureusement, un authentique amateur d'art se trouvait avec eux dans la salle et le petit groupe sursauta en entendant sa voix tonitruante.

« Mais que voilà une pièce incomparable ! Quelle grâce, quelles divines proportions ! Je crois voir la duchesse Landford à la réception du nouvel an, vêtue de sa robe de satin mordoré et de… »

Ciel tressaillit. Il n'avait aucune envie d'avoir affaire au vicomte Druitt maintenant, d'autant plus que la robe rose que portait Elizabeth ressemblait fort à celle qu'il avait dû endosser un jour. Il ne souhaitait pas du tout que ce malade mental fasse le rapprochement et le traite de rouge-gorge devant sa naïve fiancée. « J'en ai pour un instant », murmura-t-il avant de s'engouffrer dans la première pièce venue. Sebastian l'intercepta presque aussitôt et l'entraîna dehors en un clin d'œil.

« Sebastian », grogna l'héritier des Phantomhive. « Tu as du nouveau ? »

« J'ai retrouvé Mr Hyde », annonça Sebastian en inclinant la tête avec déférence. « Il se trouve en ce moment même enfermé avec le Docteur Jekyll. »

« Tu ne pouvais pas les enfermer séparément ? »

« Je crains que ces deux individus ne soient perpétuellement enfermés ensemble, Monsieur. »

Ciel bondit. « Non, mais tu te fiches de moi ? »

Sebastian décida de montrer directement à Ciel ce qu'il avait découvert. Il vérifia que personne ne regardait dans leur direction, souleva son maître dans ses bras et bondit par la fenêtre. Quelques instants plus tard, il se posait près de la fenêtre du docteur Jekyll.

A suivre…

Note de l'auteure : je sais que j'ai mis du temps pour faire ce chapitre-là. Désolée, cette semaine mon ordinateur a été à peu près aussi capricieux que Grell, Lizzie, Undertaker et Soma réunis. Au fait, il y a un clin d'œil dans ce chapitre. Un grand bravo au premier qui le trouvera…