L'équipe d'exploration fut téléportée directement sur la passerelle du vaisseau des mercenaires. Le lieutenant Smith avait emmené deux autres officiers de sécurité avec lui et ils avaient tous le phaseur à la main. Data scannait les environs avec son tricordeur et Crusher tenait son kit médical, prête à intervenir.

- Je ne détecte aucun signe de vie dans cette pièce, dit l'androïde après un moment.

Ils avancèrent lentement, inspectant chaque recoin.

- La signature énergétique que nous avons détecté dans l'espace est très présente dans tout le vaisseau, ajouta Data en continuant de scanner.

Ils ouvrirent la porte de la cabine du fond. C'était une petite cabine. Au sol, un matelas était posé et par terre, au côté du matelas, il y avait un bol à demis rempli d'une purée. Une couverture pour bébé traînait sur le matelas.

- C'est ici qu'ils le gardaient, murmura Picard.

- Capitaine, suggéra Data, nous devrions retourner au centre de contrôle, il y a peut-être des enregistrements qui pourraient nous apprendre ce qui s'est passé.

Ils retournèrent vers la passerelle et mais ne trouvèrent rien d'intéressant. Il y avait quelques journaux de bord fait par une certaine Tys qui parlait d'un contrat lucratif avec un Ferengi, mais ça s'arrêtait là. Cette Tys ne semblait pas aimer tenir un journal de bord et les mercenaires ne suivaient généralement ni règles ni protocoles.

- Capitaine, dit Data. Ce vaisseau est équipé d'un système de camouflage.

- Il avait l'intention de m'attendre en restant invisible, comprit Picard. Pouvez-vous déterminer la provenance de ce système ?

- C'est rafistolé, comme le vaisseau, mais même s'il y a quelques éléments romulanais, c'est assez difficile à dire. Je crois que ce système a tout bonnement été inventé pour ce vaisseau.

- Mais qui a fait ça ?

- Il y a dans les bases de données des informations sur un ingénieur très talentueux qui a quitté Starfleet pour travailler à son compte. J'ai déjà entendu parler de ses designs originaux et fait d'éléments disparates qu'il vent généralement au plus offrant. J'ai bien l'impression qu'il s'agit d'une de ses créations.

- Croyez-vous qu'il y ait quelque chose de nouveau dans ce vaisseau qui ait pu attirer l'attention d'une force extérieure inconnue ?

- J'ignore comment, capitaine.

Il s'installa à une console et fit un inventaire rapide des systèmes du vaisseau.

- Les scanners de ce vaisseau peuvent scanner le subespace, c'est incroyable.

- Et nous ne le pouvons pas ?

- Non, capitaine, nous pouvons détecter quand un vaisseau se déplace en subespace, mais pas le subespace tout court, c'est une nouveauté.

- Et si nous scannions les alentours avec ces scanners, peut-être que ça nous donnerait de l'information supplémentaire sur ce qui est arrivé, suggéra Smith.

- Bonne idée, lieutenant. Allez-y, lieutenant-commandeur. Scannage approfondit.

L'androïde changea de console et activa les scanners. Au même moment, l'étrange objet en forme de fleur réapparut devant la Chose.

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Sur la passerelle, Riker observait le nouvel arrivant. Il s'en voulut de ne pas avoir plus insisté pour empêcher le capitaine d'y aller.

- Passerelle à salle de téléportation. Ramenez l'équipe d'exploration, ordonna-t-il.

- Ici la salle de téléportation. Nous n'arrivons pas à verrouiller leurs signaux.

- Scannez ce vaisseau !

- Nos scanners ne traversent pas la coque, mais il y a cette étrange signature énergique partout autour du vaisseau.

- Appelez ce vaisseau.

- Pas de réponse.

- Riker à Picard, répondez.

- Ici Picard. Numéro un, je crois que c'est nous qui les avons faits venir.

- Comment ?

- Ce vaisseau peut scanner le subespace. En activant les scanners, ça les a amenés ici.

- Capitaine, nous ne pouvons pas vous téléporter, croyez-vous que…

- Commandeur Riker, dit soudain l'OPS alarmé, il y a une déformation de toutes les forces gravitationnelles dans le secteur et une augmentation de…

- Bouclier, s'écria Riker!

Il y eut un flash de lumière et l'étrange vaisseau avait disparu.

- Riker à Picard ?

Pas de réponse.

- Riker à équipe d'exploration.

Toujours pas de réponse.

- Commandeur, reprit l'OPS, il n'y a plus de signes de vie à bord du vaisseau des mercenaires.

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Après sa conversation avec le capitaine, il avait fallu un moment à Léa pour reprendre ses esprits. Quand elle s'était remise à penser correctement, elle décida que si elle ne pouvait aller sur le vaisseau de Bok, elle pouvait au moins aller sur la passerelle et suivre l'opération. Elle marchait donc vers l'ascenseur quand elle fut interceptée par la conseillère Troi.

- Docteur Roberge, puis-je vous parler?

Depuis le début de cette histoire, Troi avait essayé de lui parler plusieurs fois, mais Léa l'avait évitée. Elle savait que c'était son travail, mais tant que son fils était en danger, elle ne voulait pas être consolée. Elle aurait besoin d'une aide psychologique si quelque chose arrivait à Matt et elle ne voulait surtout pas y penser.

- Ce n'est pas le bon moment, dit-elle en continuant sa marche.

- Je crois que c'est plus que le bon moment, insista Troi en se plaçant devant elle.

Léa arrêta sa marche, visiblement irritée.

- Que voulez-vous, conseillère ?

- Je veux savoir pourquoi vous refusez de prendre du repos.

- Parce que mon fils est en danger, il me semble que c'est évident !

- Venez par ici, insista la conseillère. Le mess est tout près, nous pourrons discuter.

- Je n'ai pas de temps pour ça, dit-elle brusquement.

- Vous ne me laissez donc pas le choix. Lieutenant Roberge, vous êtes relevées de vos fonctions jusqu'à nouvel ordre.

En étant relevée de ses fonctions, Léa perdait aussi le droit d'aller sur la passerelle. Elle s'insurgea.

- Et sous quelle autorité ?

- En tant que conseillère du vaisseau, j'ai autorité pour relever de ses fonctions tout officier que je juge psychologiquement incapable de faire son travail.

- Mais c'est tout à fait faux, s'objecta Léa !

- Venez, insista Troi, nous allons en discuter.

Léa soupira.

- Si c'est ce qu'il faut pour vous convaincre.

Le mess était vide en ce moment de la journée, ça donnait un peu plus d'intimité aux deux visiteuses et pour ce qui allait suivre, c'était important. Léa et Deanna allèrent s'asseoir à une table près de la baie vitrée d'où on voyait les étoiles. Le mess se situait du côté du vaisseau opposé au vaisseau des mercenaires, ce qui était parfait pour pouvoir parler à Léa sans que son attention ne soit détournée.

- Si nous pouvons faire vite, je dois aller sur la passerelle, insista Léa.

- Avez-vous été demandée sur la passerelle ?

- Non, mais je veux suivre l'opération.

- Êtes-vous indispensable à cette opération ?

- Sans doute pas, répondit-elle après une courte réflexion. Il faut bien que je fasse quelque chose.

- Et pourquoi ?

- C'est de mon enfant qu'il s'agit.

- Tout le monde en est conscient, mais vous ne l'aiderez pas si vous continuez à vous maltraiter ainsi.

- Je ne me maltraite pas.

- À quand remonte votre dernière nuit de sommeil ?

Elle ne répondit pas. Depuis l'enlèvement, elle vivait sur l'adrénaline sans compter les heures.

- Avez-vous au moins pris une vraie pause depuis le début de tout ça ?

Elle resta silencieuse, embarrassée par le regard inquisiteur de la conseillère et consciente que son silence était éloquent.

- Maintenant, Léa, vous devez réfléchir à tout ça et me dire pourquoi vous vous punissez.

- Je me sens impuissante et je veux faire quelque chose. Je ne me punis pas.

- Vous pouvez vous mentir à vous-même, mais pas à une Bétazoide. Je ressens votre culpabilité et c'est très intense.

Léa voulut répliquer, mais elle réalisa tout à coup que la conseillère avait raison, il y avait ce sentiment qu'elle avait tenté d'enterrer en elle depuis le début et le simple fait d'y penser provoquait un grand malaise. Elle se concentra sur ce sentiment, cherchant son origine.

- J'étais contente d'être envoyée en mission, avoua-t-elle enfin.

La conseillère ne dit rien, elle l'encouragea d'un signe de tête.

- J'étais contente de m'éloigner, de prendre une pause. Je suis une mère affreuse, dit-elle en pleurnichant.

- Et pourquoi ? Est-ce votre fils qui vous faisait fuir ?

- Non, bien sûr. C'est cette vie de mère de famille : c'est du vingt-quatre heures sur vingt-quatre et on a plus de temps pour le reste. Je m'ennuyais de la période de ma vie où je pouvais lire toutes mes revues scientifiques, sortir entre amis, avoir d'autres passe-temps, dormir des nuits complètes. Je n'étais pas prête à devenir mère, ce n'était pas prévu. Je voulais d'abord me concentrer sur ma carrière. Je me sentais dépassée par tout ça.

-Et là, il a été kidnappé.

Elle se remit à pleurer.

- J'aurais dû être là ! C'est de ma faute.

- Et vous croyez que ça aurait été différent ? Votre mari est un officier de sécurité, entraîné pour ce genre de situation et il n'a pas pu les arrêter, qu'auriez-vous pu faire de plus ?

Elle tenta d'essuyer avec ses mains les larmes qui coulaient sur ces joues.

- Regardez-moi, je ne peux plus m'empêcher de pleurer. Ce n'est pas moi ça. Normalement, j'arrive à me contrôler.

- C'est la fatigue. Il faut vraiment que vous preniez du repos.

- Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? Suis-je toujours relevée de mes fonctions ?

- Vous êtes temporairement relevées de vos fonctions, du moins pour les huit prochaines heures.

- Je vais aller dormir, abdiqua-t-elle.