Rayman restait là, ébahi par la scène devant lui. Le soleil se levait, inondant le ciel d'une lumière d'or étincelante. Le spectacle était tellement beau que tout semblait s'effacer devant tant de beauté, même les oiseaux restaient au sol, comme s'ils avaient peur de gâcher le spectacle du ciel. Mais plus surprenant encore, et ce qui étonnait le plus Rayman, c'était le sol, une grande plaine, immense, infinie, semblant rejoindre le ciel à l'horizon. Etrangement, ce sol semblait en mouvement, il semblait être, vivant. Il reflétait la lumière du jour, intensifiant sa clarté comme un miroir gigantesque, et dont le soleil paraissait émerger. Le visage de Rayman s'illumina de joie, il savait ce que c'était, c'était l'océan. Il le voyait enfin, cette étendue d'eau baignant dans l'or du soleil. Le vent soufflait à nouveau portant avec lui son odeur de sel, de sable et de mondes lointains. Une nouvelle journée commençait, avec une nouvelle vie, sans problèmes, c'est ce qu'il pensait, c'est ce qu'il croyait.
Rayman scrutait l'horizon de l'océan, fasciné par cette étendue bleue, et ce qu'elle pouvait bien cacher. Il perçut alors deux silhouettes noires au fin fond du paysage. Il s'approcha du bord de sa falaise et, une main sur le front, tenta de mieux discerner ces deux objets insolites. Ils semblaient se déplacer sur l'eau, et à grande vitesse. Il y avait à leur sommet, d'étranges nuages blancs, immobiles, trônant au-dessus d'eux. Ils avançaient sur la surface de l'océan, sans s'arrêter, Rayman vit alors, deux, puis trois, puis tout un autre groupe de ces engins les rejoindre, seulement, ils n'arrivèrent pas par la voie des eaux, mais par les airs! Rayman se demanda s'il était bien éveillé pour voir une chose pareille. Non, il ne rêvait pas, les étranges vaisseaux se posèrent lourdement sur l'eau, et maintenant qu'ils étaient proches, Rayman distingua mieux leur formes, c'était de grands navires, des trois mâts, des frégates. Son père lui parlait souvent d'histoires de marins, de navires et de créatures marines, avant de venir à Kito, il était marin sur une goélette, un grand voilier à deux mâts. Il possédait aussi un tatouage sur le bras venant de cette époque, il représentait deux sabres croisées sur un grand oiseau, comme celui que Rayman avait dans sa chambre.
L'un des navires était plus grand que les autres, et arborait fièrement un drapeau noir, semblant tacheté de blanc par endroits. Rayman examina de plus près les vaisseaux, toutes voiles déployées, voguant à grande vitesse vers la plage. Plus ils avançaient, plus ils devenaient énormes. Lorsqu'ils furent à proximité de la côte, Rayman eut une vision effrayante, d'abord le symbole du drapeau noir était le même que le tatouage de son père, puis les navires s'immobilisèrent, il en sortit une nuée entière de petits vaisseaux volants, que Rayman prit d'abord pour un nuage d'insectes, ils étaient comme les plus grands, mais en modèles réduits, ils n'avaient qu'un seul mât, et leurs moteurs leurs donnaient une vitesse impressionnante. Ils arrivèrent rapidement sur la plage, marquant l'atmosphère du vacarme de leurs moteurs, et déplaçant de grands nuages de sable en atterrissant à terre. Rayman se cacha derrière un arbre, et observa. Après le bruit incessant des navettes, un silence angoissant régnait sur la plage. Soudain, l'une d'entre elle résonna d'un sinistre grincement mécanique venant de ses entrailles. Une trappe s'ouvrit sur le pont, laissant apparaître une créature aux allures étranges, voire même désopilante. Elle était grasse, avait la peau verte, et de petits yeux globuleux, c'était apparemment un homme vu la façon dont il était vêtu, il avait aussi deux petites nageoires de chaque côté de sa tête. Il émettait de longs cris essoufflés, en tentant frénétiquement de s'extirper de son trou. Il y parvint finalement, et une fois sortit, Rayman pu mieux l'examiner, vert, gras, et habillé comme un vieux marin. Il se précipita vers le rebord du pont et se pencha sur la coque de la navette, il y retira deux gros crochets avec le même effort qu'il avait du faire pour sortir de son trou. Une partie de la coque tomba sur le sol et forma une passerelle, il y eut alors un vacarme de sons mécaniques s'enchaînant au rythme d'un pas lourd, provenant des ténèbres de la cale. Un bras articulé en sortit, comme une machine, il prit appui sur le sol, et le reste de l'appareil sortit de l'ombre, c'était en fait un robot géant commandé par un homme assis dessus, deux jambes mécaniques, entourées d'un câble électrique, apparemment chargé à haute tension, vu les sons électriques et les étincelles qui en provenaient. L'homme assis sur l'engin bougeait sans cesse de grandes manettes pour diriger l'appareil, il sortit deux longues perches qui attirèrent l'électricité du câble par de violente décharges. Rayman regardait la machine avancer, fasciné par la puissance qu'elle dégageait. Mais à quoi pouvait bien servir cet engin?
La créature verte du pont, sortit une espèce de trompe, et souffla à l'intérieur, un son grave et insupportable se fit entendre à travers la plage et la forêt, Rayman se bouchant les oreilles, était sûr que ce grondement résonnait sur la colline de Kito, et les créatures de la forêt? Il ne voulait pas y penser, et pourtant il ne pouvait s'empêcher d'avoir l'impression que l'une d'entre elle l'épiait encore, caché derrière les feuillages. Il en vit alors une jaillir sur la plage, il se mit une main sur les lèvres pour s'empêcher de crier, et se jeta instinctivement en arrière pour atterrir dans les buissons. Un frisson à la foi glacial et brûlant lui parcourut l'échine, Il tremblait de peur, il en avait des sueurs froides, il restait là, paralysé, craignant que la créature ne sente sa présence et ne se jette sur lui pour le dévorer. Il n'avait jamais eut aussi peur de toute sa vie et se demandait bien pourquoi, il semblait que la présence de ces monstres le rende complètement terrifié. Il mit un long moment pour se calmer, son cœur refusait de ralentir et se contractait frénétiquement chaque fois qu'une nouvelle créature sortait vivement de la forêt, La nausée le reprit soudain et il craignit de ne pas pouvoir se retenir cette fois, il était encore plus pâle qu'il ne l'était déjà. Ces monstres semblaient encore plus terrifiant en plein jour que la nuit. Mais Rayman remarqua quelque chose d'étrange, les créatures se mirent en un groupe serré devant le robot bipède qui les mena une par une, avec l'aide les perches électriques, dans la soute de la navette, elles montèrent docilement, trop docilement, celles qui grognaient se voyaient infliger une décharge électrique, Rayman en vit une boitiller, ses congénères ne cessaient de l'ennuyer, celle-ci avait du se faire prendre au piège du ravin. Apparemment, les créatures appartenaient bien à ces hommes mais ce qui intrigua le plus Rayman, c'était le symbole du navire, le même que celui de son père…
Griffin se tenait devant sa fenêtre, contemplant le lever du soleil, mais il semblait vouloir discerner quelque chose dans le lointain, comme un signe. Durant la matinée il avait préparé ses affaires, comme s'il s'apprêtait à partir. Il restait là devant la fenêtre de son usine à regarder vers la forêt, là où le soleil se levait. Il se demandait si Rayman fuyait toujours, et ce qu'il pouvait bien faire à ce moment, mais il ignorait qu'il observait en ce moment le signal qu'il attendait.
Lorsque toutes les créatures furent à l'intérieur de la navette Rayman se sentit mieux, mais il n'était pas au bout de ses surprises, le pilote du robot cria une phrase incompréhensible, et touts les vaisseaux s'ouvrirent les uns après les autres, des dizaines d'hommes plus terrifiants les uns que les autres sortirent, la majorité d'entre eux semblaient fait d'acier, comme des robots, d'autres ressemblaient à des hommes normaux, d'autres encore avaient des allures de monstres ou de lézards. Ils étaient habillés comme des marins, comme des pirates, pire encore, ils étaient lourdement armés, et semblaient tous excités à l'idée de pouvoir se défouler. Rayman commençait sérieusement à s'inquiéter sur l'identité de ses hommes, et pensa un instant à Kito, une fraction de seconde et pourtant cela s'amplifia en lui comme un sombre pressentiment, les hommes étaient de plus en plus nombreux et formaient de petits groupes, comme une armée prête à l'attaque. Le pilote du robot hurla encore, mais cette fois si, Rayman distingua les mots attaque, forêt et colline… Il se releva vivement et compris qu'il devait retourner à Kito. Il n'y avait qu'une voie pour y aller, la forêt, mais lorsque Rayman se retrouva à nouveau devant cette masse noire, il sentit ses ténèbres l'envahir. Il n'avait pas le choix, il devait absolument rejoindre Kito. Alors il respira profondément et replongeât dans les ténèbres, à travers les arbres tortueux, formant des ombres sinueuses dans la lumière du jour. Il courut ainsi un bon moment, il se demanda même comment il faisait pour tenir encore debout, malgré la fatigue. La forêt était finalement plus petite qu'il le pensait, lorsqu'il parvint à la lisière des arbres et aperçu Kito, son cœur se mis à battre plus rapidement encore qu'il ne le faisait déjà, il lui semblât s'être absenté pendant des jours, mais une pensée gênante lui vint, comment pourrait-il faire croire à un village, qu'une armée entière d'étranges hommes armés allait passer à l'attaque? Peu importe, l'important était qu'il revoit sa mère. Il parcourut les terrains arides des champs desséchés et arriva vers sa maison, le cœur battant-il scrutât les environs, mais elle n'était pas là. Rayman se risqua vers la porte de chez lui, mais elle était fermée. Il lui fallait trouver sa mère car se serait la seul qui pourrait le croire. Il soupira profondément et se résilia à partir dans son village. Lorsqu'il parvint vers le fossé de la rivière, il trouva les lieux étrangement calmes, il y avait une atmosphère presque lugubre, Rayman n'y prêta pas attention et se concentra sur des voix s'approchant de lui. Il se cacha derrière des buissons bordant le chemin et attendit. Il reconnut les voix, il s'agissait de deux amies de sa mère, lorsqu'elles passèrent vers lui, il écouta attentivement leur conversation.
-«La pauvre, elle reste enfermée chez elle, depuis l'autre soir…»
-«De toute façon, il fallait bien que cela arrive un jour…ce garçon n'est pas normal, tout le monde le dit.»
Elles continuèrent leur chemin jusque dans les champs où elles s'éloignèrent encore. Sa mère serait donc chez lui? Pourtant la porte était fermée, il devait absolument la trouver avant que, FSHIIIIIIIIII!!! Un sifflement suraigu provint alors du ciel déchirant la morosité des lieux, Rayman réfléchis et décida finalement de se lever, peu importe si quelqu'un le voyait, il devait savoir ce qu'était ce bruit. Lorsqu'il regarda le ciel, il vit une chose incroyable, une traînée rouge sang parcourait un chemin sinueux à travers l'azur bleuté. Le projectile retomba lentement formant un arc rouge dans le ciel. Il émettait toujours un sifflement aigu et se rapprochait dangereusement de Kito. Kito…attaque, forêt, colline, Kito, Kito! Les hommes de la plage avaient l'intention d'attaquer, CRASH!!! La boule de feu s'écrasa sur l'une des maisons qui s'effondra lourdement, projetant un nuage de fumée noirâtre. D'autres colonnes rouges s'élevèrent à leur tour de la forêt, répandant leurs sifflements comme des cris stridents. Les villageois de Kito se regroupèrent autour de la maison détruite cherchant des survivants, mais les autres projectiles se crachèrent sur le village. Cette fois si tout le monde sortit, la foule hurlait de terreur et des vapeurs rouges s'élevaient de Kito. Tout le monde courait et criait, se réfugiant en bas de la colline, mais Rayman ne vit pas sa mère, il courut en direction de la foule, tant pis s'il se faisait remarquer, il monta jusque dans les rues, se bousculant aux villageois qui ne prêtaient même pas attention à lui.
«Bon sang mais où est-elle?!» Pensa Rayman, regardant dans les moindres recoins des ruines en flammes.
Il entendit alors un hurlement venant de la forêt, il se retourna et aperçu toute une armée chargeant vers son village, les hommes de fer avaient parcouru le trajet menant jusqu'à Kito, et les villageois pris au piège entre les flammes et les soldats enragés n'avaient d'autres choix que de se défendre. Les hommes armés traversèrent les champs en hurlant comme une violente vague venant s'écraser contre les rochers. Leurs cris résonnèrent dans la plaine et s'amplifièrent chaque seconde, témoignant de la sauvagerie sanguinaire qui émanait d'eux. Le choc fut d'une violence irréelle, les villageois furent durement touchés, mais étrangement les agresseurs ne tuèrent pas, ils se contentaient d'attacher les villageois entre eux par de lourdes chaînes, mais ils combattaient avec une telle barbarie que Rayman restait terrorisé devant ce spectacle effrayant et pensait qu'il vivait ses derniers instants, mais il sembla que le destin en avait décidé autrement. La foule hurlait, les pillards séparaient violemment les villageois, les femmes et enfants d'un côté, les hommes de l'autre et les blessés étaient entassés dans un groupe avec les vieillards.
Kito était en flamme, des flammes rouges, lorsque soudain Rayman entendit des cris affolés sortirent de l'enfer rougeoyant.
-«Ray! Ray!»
Rayman se retourna et vit sa mère sortir péniblement des décombres, une jambe en sang, l'autre ne suffirait pour l'aider à se dégager des débris incandescents.
-« MAMAN!!!» Cria Rayman
Mais un grincement attira son intention, les maisons s'effondraient les unes après les autres, chargeant encore plus l'atmosphère terrorisante d'impressionnantes explosions et d'éboulements de pierres brûlantes. Sa mère n'eut pas le temps de sortir à temps, les poutres en feu s'écrasèrent brutalement sur le sol. Rayman hurla à nouveau, se déchirant la voix à travers le vacarme de l'effondrement.
-«Reste pas là petit, c'est dangereux! «S'exclama Griffin, en l'attrapant au vol, lui évitant ainsi une volée de projectiles en flammes.
-«NAAAAAAAAAAANNN!!!!» Hurla à nouveau Rayman se débattant pour se libérer des mains de Griffin.
-«Lâchez-moi!Je dois l'aider!» Cria-t-il
Mais une autre ruine tomba, emmenant avec elle le dernier espoir de voir sa mère sortir des flammes. Rayman finit par se libérer et couru vers les décombres, mais une violente explosion le repoussa et une nouvelle vague de débris fusât dans les airs. Rayman se retrouva projeté à terre.
Ses yeux remplis de cendres et ses oreilles bouchées par la détonation n'avaient aucune importance, plus rien n'avait d'importance, maintenant il pouvait mourir, il s'en fichait, sa seule raison de vivre venait de s'éteindre comme une petite flamme soufflée par le vent. Tout s'arrêtait alors, il ne voulait plus voir ni entendre. Comment avait-il pu tomber aussi bas? Pourquoi tout avait changé aussi vite? Il faisait noir autour de lui, l'obscurité l'envahissait un peu plus chaque seconde, il avait l'impression de tomber dans un ravin sans fond, mais il n'y prêtait pas attention, il voulait simplement se laisser mourir dans la poussière. Baisser les bras? Non. Il ne voulait pas abandonner comme ça, il allait vivre, il allait survivre, il devait se battre pour elle. Son souvenir lui donnerait la volonté de se continuer sa route quoi qu'il arrive. Il devait se relever, respirer à nouveau, peu importe ce qu'il fera, il ne devra jamais retomber dans les ténèbres.
