Chapitre 5 : Limacius Erecto !

Les vacances de Noël se déroulèrent dans la tiédeur agréable du Terrier. Je profitai de la douceur des après-midi blottie au coin du feu, un livre dans les mains, écoutant d'une oreille distraite ma grand-mère Molly me conter ses trépidantes aventures de jeunesse. J'échangeai presque quotidiennement avec Jake qui passait ses vacances chez lui, au Pays de Galle.

Deux semaines plus tard, je faisais ma rentrée à Poudlard. Malgré mon amour pour le Terrier, j'étais plus qu'impatiente de retourner au château pour retrouver mes amies et mon amoureux.

-Wouah ! Marie, comment tu as bronzé ! M'exclamai-je en apercevant mon amie sur le quai 9 ¾ alors que le vent sec de janvier me fouettait le visage.

Elle était partie fêter Noël à Hawaii avec sa famille, et son visage d'ordinaire si pâle avait pris un joli teint hâlé.

J'allais la remercier pour son joli bracelet en forme de rose qui n'avait pas quitté mon poignet depuis le matin de Noël, quand une paire de mains me couvrit les yeux et qu'une voix chuchota dans mon oreille :

-Devine qui c'est ?

Je me retournai tandis qu'un large sourire éclairait mon visage.

-Jake ! M'écriai-je.

Il me prit dans ses bras et se pencha pour m'embrasser, mais déjà le sifflet annonçant le départ du train retentit, et nous nous précipitâmes à son bord.

La routine reprit son cours : petit-déjeuner en compagnie de Louise, Marie, et Jake, cours, devoirs, dîner, puis détente entre amis dans la salle commune de Gryffondor. La neige avait commencé à tomber vers mi-janvier, laissant cours à des batailles de boules de neiges effrontées lors des interclasses. L'hiver d'ordinaire si froid et déprimant avait pris un ton jovial cette année. Seule ombre au tableau : Albus et Scorpius Malefoy passaient de plus en plus de temps en notre compagnie, promenant avec eux Amber Fillas, la petite-amie de ce dernier, qui continuait à l'admirer comme s'il était la huitième merveille du monde. Souvent, le samedi soir, ils venaient même, à ma grande fureur, dans la salle commune de Gryffondor pour passer du temps avec nous. Marie, Louise et Jake adoraient jouer à des jeux stupides jusqu'à tard dans la nuit, ce qui ne m'aurait pas déplut si Malefoy et son toutou n'y avait pas participé.

Le dernier samedi de janvier, les trois Serpentard avaient prévu de venir passer la soirée dans la salle commune de Gryffondor. Louise et moi bavardions au coin de la cheminée lorsqu'ils y entrèrent par le portrait de la Grosse Dame, devancés par Marie qui les avait fait entrer.

-Qu'est ce que c'est vieillot, ici, je ne m'y habitue jamais, lança Malefoy d'un air dédaigneux, faisant ricaner Amber qui le suivait à la trace.

-Tu peux tout aussi bien retourner dans ton cachot, Malefoy, répliquai-je froidement.

-Comment ça va, Rosie ? Me demanda Albus pour couper court à toute potentielle dispute.

Mon cousin s'était assis sur un fauteuil à côté du miens, le plus éloigné possible de Louise qui évitait visiblement son regard. Je les dévisageai tour à tour avec incompréhension : ils avaient continué à s'éviter depuis le bal de Noël, et je ne parvenais pas à tirer des explications à mon amie.

-Bon, commençai-je, qu'est ce que vous avez, vous deux ? Vous sembliez si proches et là vous ne vous parlez plus du tout !

Ils s'échangèrent un regard et les joues de Louise rosirent. Mais mon attention fut détournée par les gloussements d'Amber que Malefoy bécottait, d'une manière qui me donna la nausée.

-Franchement, Malefoy, si c'est pour galocher ta copine toute la soirée, autant rester dans votre dortoir, lançai-je sèchement à leur égard.

-Jalouse, Weasley ? Riposta mon ennemi sans pour autant détacher les yeux des lèvres de sa copine.

Je m'apprêtais à éclater de rire sarcastiquement, mais l'irruption de Jake dans la salle commune m'interrompit. J'ouvris des yeux étonnés : il portait une cape rouge à l'effigie de Gryffondor, avait les cheveux en bataille et tenait son balais à la main.

-Jake ? Qu'est ce que tu fabriques en tenue de Quidditch ? L'interrogeai-je en fronçant les sourcils.

Louise, Albus et Marie semblaient aussi étonnés que moi. Scorpius et Amber, eux, étaient bien trop occupés à se bécoter pour avoir remarqué la présence de Jake.

Un large sourire avait pointé sur le visage de ce dernier.

-James Malbin, l'un des poursuiveurs de l'équipe, s'est vu interdire de jouer par ses parents qui souhaitent qu'il se concentre sur son examen de BUSE, commença t-il. Il ne peut pas participer au prochain match contre Serdaigle, et l'équipe cherchait donc un remplaçant. Et devinez qui a été choisi ?

-Toi ! Wouah ,c'est génial ! M'exclamai-je en l'embrassant sur la joue. Il faut fêter ça !

Marie et Albus descendirent chiper des bièraubeurres dans les cuisines du château, et nous célébrâmes toute la soirée, en discutant de tout et de rien et en jouant à des jeux plus stupides les uns que les autres. Je remarquai avec satisfaction que Scorpius était bougon depuis qu'il avait appris que Jake était entré dans l'équipe de quidditch de Gryffondor je devinais qu'il aurait lui aussi adoré faire partie de l'équipe de sa maison, mais que son niveau était trop faible. Bien fait pour lui !

. . .

Bientôt, Février arriva, et avec lui le match de Quidditch Gryffondor/Serdaigle. Sur le papier, ma maison était favorite, mais sans James Malbin, personne ne savait véritablement à quoi s'attendre.

Pourtant, le match commença et rapidement, l'équipe de Gryffondor prit le dessus. Jake se révéla être particulièrement doué, voire plus que son prédécesseur. Il marqua quatre fois de suite et fut l'auteur de moultes passes décisives, faisant bénéficier à son Gryffondor d'une avance considérable sur l'équipe adverse. Au bout d'une petite demi-heure, le sifflet retentit : Sara Ourbin, préfète et attrapeuse de Gryffondor, venait de refermer ses doigts sur le vif d'or, terminant la partie en faisant gagner notre équipe. La tribune de supporters explosa en un tonnnere d'applaudissement. Marie, Louise et moi-même sautâmes sur nos pieds pour acclamer notre équipe.

La fête se poursuivit jusque tard dans la nuit dans la salle commune. Mes cousins James et Fred avaient ramené des bouteilles de bièraubeurres en douce des cuisines, et il fallut attendre quatre heures du matin pour que Sara Ourbin décide enfin de remplir ses devoirs de préfète et proclame l'extinction des feux.

L'hiver laissa place au printemps et la température de l'air s'adoucit. Il ne restait plus que deux mois avant les grandes vacances, et ma mère m'avait proposé d'inviter Jake et Louise au Terrier pendant l'été, ce qu'ils avaient accepté à ma grande joie.

En ce samedi matin de mai, j'étudiais seule à la bibliothèque. Les quelques rayons du soleil qui passaient à travers les fenêtres me chauffaient agréablement la peau, et j'étais plongée dans un vieux grimoire de sortilèges, tous plus étonnants les uns que les autres. Un peu avant dix heures, mon estomac se mit à gargouiller, et je décidai donc de descendre manger un morceau dans le hall.

Je sortis de la bibliothèque et empruntai le couloir menant à la Grande Salle, perdue dans mes pensées, lorsque l'écho d'un gloussement retint mon attention. Je me dirigeai curieusement vers l'endroit d'où provenaient les petits rires, et restait stupéfaite lorsque je compris qui en étaient les auteurs : dans un petit enfoncement sombre au détour d'un couloir presque imperceptible, s'embrassaient malicieusement...

-Albus ? Louise ?! M'exclamai-je. Qu'est ce que... Qu'est ce que vous faites ?!

Mon cousin et mon ami s'étaient furtivement décollés l'un de l'autre, et le rouge leur était monté aux joues.

-Vous... vous êtes ensemble ?! M'écriai-je. Mais pourquoi ne pas me l'avoir dit ?!

-Rose, commença Louise, on voulait te le dire mais...

-Mais quoi ? Ripostai-je. Vous ne me faites pas assez confiance, c'est ça ?

-Ne dis pas de bêtises, Rosie... implora Albus.

-Je n'arrive pas à croire que vous m'avez caché ça ! Fumai-je, tournant sur mes talons et me dirigeant, presque trottinante, vers la Grande Salle en ignorant leurs appels.

J'étais outrée : mes deux meilleurs amis m'avaient caché leur union ?! Aussi futile que cela puisse paraître, je me sentais trahie.

Je déboulai en trombe dans la Grande Salle, ruminant ma colère. Quelle ne fut pas alors ma fureur lorsque, en passant devant la table de Serpentard, une voix acide que je ne connaissais que trop bien lança à mon égard :

-Ben alors Weasley, tu t'es levée du pieds gauche ou quoi ? A voir ton allure, on dirait qu'un pétard a explosé dans tes cheveux.

Malefoy. Je fis volte face, dégainant sans réfléchir ma baguette. J'avais bien l'intention de rejeter ma rage sur ce petit prétentieux. Il le méritait tellement, à toujours me provoquer ! Je pointai ma baguette sur son visage pâle et criai le premier sortilège qui me vint à l'esprit :

-Limacius Erecto !

Un jet vert jaillit de ma baguette et frappa Malefoy de plein fouet, qui en tomba à la renverse. Puis, tandis qu'il se relevait, il eut un haut-le-coeur et se mit alors à vomir des limaces qui tombèrent dans son assiette, provoquant des cris dégoûtés des personnes aux alentours.

-Scorp' ?! S'étrangla la voix d'Albus derrière moi, qui venait d'entrer dans la Grande Salle, suivit par Louise à qui je lançai un regard peiné.

Le plaisir que me provoqua la vue de Malefoy vomissant des limaces répugnantes ne fut que de courte durée : la voix stridente de Mme Mcgonagall résonna dans la grandeur de la salle.

-WEASLEY! Malefoy! S'insurgea t-elle. Dans mon bureau, tout de suite ! Mister Potter et Miss Number, allez me chercher Mme Pomfresh et dites lui de nous rejoindre.

Je la suivis sans un mot, aux côtés de Malefoy qui avait emporté un saladier dans lequel il vomissait ses limaces dégoûtantes. Une fois dans son bureau, après avoir prononcé le mot de passe « Dumbledore » à la gargouille qui en gardait l'entrée, McGonagall tappa du poing sur le marbre, fumante de rage.

-Je commence à en avoir assez de vos comportements respectifs ! S'insurgea t-elle.

-Mais Professeure, s'indigna Malefoy avant qu'une limace orange ne sorte de sa bouche, c'est elle qui m'a -nouvelle limace- lancé un sort !

-C'est LUI qui m'a provoquée ! Ripostai-je en haussant la voix, alors qu'une grosse larve verte tombait dans le saladier de Malefoy.

-Assez ! Tonitrua la voix de McGonagall. Je ne vous comprends pas : vous êtes tous deux exemplaires en matière de résultats scolaires ou de comportement vis à vis des autres. Il serait temps d'agir en jeunes gens responsables et de faire l'impasse sur vos rivalités !

A cet instant, Mme Pomfresh fit irruption dans le bureau et me lança un regard étrange dans lequel je décelai une once d'amusement.

-Par Merlin, un sortilège crache-limace lancé par la baguette d'une Weasley sur un Malefoy... Vous êtes bien la fille de votre père, Miss Weasley. Quoique qu'un peu plus douée, murmura t-elle en réprimant un petit rire.

Je fronçai les sourcils, et échangeai un bref regard d'incompréhension avec Malefoy avant de détourner les yeux. Après tout, ce n'était pas étonnant : la rivalité entre Ron Weasley et Drago Malefoy était bien connue.

Madame Pomfresh dégaina sa baguette et entama une incantation qui fit cesser les vomissements de limaces de Malefoy. McGonagall la remercia d'un signe de la tête et l'infirmière sortit du bureau. Alors, la directrice de Poudlard posa à nouveau son regard fumant sur nous.

-A partir d'aujourd'hui, je ne veux plus aucun accrochage entre vous deux, c'est compris ? Je saurais prendre des sanctions adéquates le cas échéant. Maintenant, filez.

Nous nous levâmes sans un mot et sortîmes du bureau. Mais, à ma grande suprise, Malefoy resta planté là et se tourna vers moi.

-Bon, Weasley, j'ai l'intention d'être nommé préfet l'an prochain et je suppose que toi aussi, commença t-il d'une voix étonnamment calme. Donc je pense qu'il est préférable pour nous deux qu'on écoute McGonagall et qu'on adopte un comportement mature.

J'étais désemparée par son attitude : d'ordinaire si téméraire et explosif, il semblait à cet instant sage et réfléchi.

-Euh, ok, bredouillai-je, quelque peu désarçonnée. Pour une fois, je suis d'accord avec toi. Plus de duels.

-Bien.

Il hocha la tête et partit. J'écarquillai les yeux, presque sûre d'avoir rêvé. Que me valait ce comportement si raisonné ? Je haussai les épaules : après tout, il avait raison si nous voulions être nommés préfets de nos maisons respectives, il fallait mieux éviter les disputes inutiles.

Je me dirigeai donc vers la Grande Salle, afin de prendre enfin mon petit-déjeuner. J'étais bien résolue à terminer l'année scolaire sans encombre, et ainsi, j'allai retrouver mes amis et faire la paix avec Albus et Louise.