Bonjour à tous,
Cinquième chapitre. Ainsi que je l'avais annoncé, il est beaucoup plus explicite que les précédents. Pour le prochain, je pense mettre plus de temps avant de le publier, comptez au moins quatre jours au minimum. J'ai une petite baisse d'énergie en ce moment, donc du coup, j'écris un peu plus lentement, ce qui fait que je n'ai plus la belle avance du début. Je vais rattraper ça pendant ces quatre jours à venir, ne vous en faîtes pas :).
Sur-ce, bonne lecture à tous !
CHAPITRE CINQUIÈME : LE VER À SOIE
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Partie I : Light
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L avait, sur les conseils de Naomi Misora, appris la capoeira au cours de l'année 2002, après avoir résolu l'affaire Beyond Birthday. Connaître un art martial ne pouvait, d'après la jeune femme, ne lui être que bénéfique. Aussi répliqua t-il sans la moindre difficulté à l'assaut de Light avec un bon coup de pied, les envoyant tous les deux sur le canapé qui bascula. La table basse, les friandises et la plante en pot avaient subi le même sort. La surprise de Light, mêlée de colère et de fascination, était tout à fait mémorable.
Tu commence sérieusement à me taper sur le système, le môme
- Je voulais que tu sois Kira.
Si Light avait été Kira, l'affaire aurait été résolue d'une seule traite. Le poing du gosse rencontra son visage pour la seconde fois, mais il accusa remarquablement le coup, autorisant un irrésistible besoin de se battre coloniser son corps. S'il n'était pas capable de gagner contre Kira, au moins pourrait-il satisfaire son désir de victoire avec Light. De malheureux coups de poings, tout aussi rageurs qu'ils fussent, ne faisaient pas le poids contre deux ans d'entraînements intensifs à la capoeira ajouté à quatre ans d'aïkido. Sans quoi, bien sûr, le môme l'aurait battu à plat de couture.
L avait la chair de poule. Ses veines étaient devenues un réseau de fils électriques, nourrissant chaque muscle de son corps en adrénaline. Light se défendait comme un enfant, frappant là où il pouvait, avec pour seul but la douleur de son adversaire. Il expulsait à chaque coup une agressivité refoulée depuis plusieurs semaines, et L, ripostant avec tout autant de passion, épurait son esprit de l'abattement dans lequel il avait été plongé suite à sa défaîte. Ça faisait du bien, de taper sur Light, le suspect numéro un. Tous deux s'en donnaient à cœur-joie, attaquant régulièrement le visage de l'autre, cherchant par là à atteindre le cerveau, la psyché, origine de leurs génies. Ils se saisirent mutuellement par un pan de leurs t-shirt, faisant apparaître la peau de leurs ventre, luisante de sueur.
Je m'en vais t'exploser la gueule, tiens, depuis le temps que ça me démange
Rien que pour l'ennuyer, le téléphone sonna. Égalité.
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Le 3 août, ils reprirent le combat là où ils l'avaient laissé. L gagna, sans surprise. Le reste de la journée se passa dans un abominable silence tendu, jusqu'à ce que vienne le soir, où il manquèrent à nouveau de se taper dessus. Chaque discussion était extrêmement difficile à tenir : ils éprouvaient l'un comme l'autre une telle envie de se battre qu'un simple « bonjour » pouvait à tout moment déclencher un round.
La présence de Misa Amane avait tendance à irriter Light encore plus que de coutume, et L, pour alimenter le feu de la colère du jeune homme, n'hésitait pas à accepter la jeune femme dans la salle où ils travaillaient. Elle l'insupportait également, sûrement davantage qu'elle n'insupportait Light, cependant il était capable d'écouter ses futilités à condition que le gamin soit dans les parages. Il était amusant d'observer la crispation de ses traits, le raidissement de ses mouvements, la violence contenue dans son corps purgée à travers la recherche de Kira. Violence d'autant plus vive que L, de son côté, se contentait du strict minimum en terme d'efforts. Le détective se divertissait en le poussant à bout, chose aisée à accomplir puisque Light, contrairement à Yagami, était assez impulsif.
La nuit, en revanche, n'était guère propice à la provocation. Une fois la porte des appartements de L close, sans qu'il y ait d'explication, la tension retombait un peu. Comme un vieux couple, tous deux avaient pris des habitudes communes. Entravés par la chaîne, ils se lavaient ensembles dans la baignoire encastrée, chacun d'un côté. L ne les désenchaînaient que pour les toilettes et le changement de vêtements.
Ils y passaient facilement deux heures, étant tous deux extrêmement à cheval sur l'hygiène, avec un faible pour les bains chauds. Light lisait, essentiellement du Kant et du Levinas, dans la langue originale de l'auteur sans éprouver la moindre difficulté. L mangeait. À ce moment-là de la journée, il demandait à Watari des macarons ainsi qu'un café viennois en guise d'accompagnement.
- Tu peux en prendre un, si tu le souhaites, avait-il dit un jour à Light.
Mais ce dernier avait poliment décliné l'invitation, affirmant qu'il ne mangeait jamais entre les repas, et certainement pas pendant le bain. Tant mieux dans un sens : L n'aimait pas vraiment qu'on touche de trop près à ses sucreries. Light était peut-être la seule exception à la règle, dû à son intelligence. L l'estimait suffisamment pour le laisser approcher ses affaires, de même que son père, Soichiro Yagami, à qui il avait un jour proposé une brochette de pâtisseries.
Au lit, les différents n'avaient pas le temps d'être abordés. Light, rompu, plongeait instantanément dans un sommeil profond. Il arrivait que L fasse de même, mais rarement. Il profitait de ce moment de calme pour essayer de méditer, ce qui marchait une fois sur deux étant donné que Light donnait fréquemment des coups de tête dans son genou. Genou sur lequel avait fini par apparaître un superbe bleu, en plus des autres issus de leurs petits désaccords physiques.
Exaspérer Light d'une manière ou d'une autre les menaient irrémédiablement vers un affrontement avec les poings. L se montrait particulièrement habile à la tâche, la bouche toujours prête à s'ouvrir pour une pique, un reproche quelconque. Et une fois qu'ils s'étaient battus, ce qui pouvait durer 2 heures non-stop, ils se laissaient retomber sur la surface la plus proche, fauteuil, canapé, chaise, sol le plus souvent, et reprenaient leurs souffles pendant une dizaine de minutes. En sueur, haletants, ils échangeaient un bref coup d'oeil, puis souriaient. Light, en général, éclatait de rire, tandis que L mordait son pouce. Les bleus et les courbatures n'étaient que des détails comparés au plaisir lascif qu'ils tiraient de leurs combats. Par la suite, ils étaient de bonne humeur, travaillant de concert, jusqu'à ce que la pression refasse son apparition et les amène à s'affronter de nouveau.
Partie II : Lawliet/Light
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Quillish Wammy surveillait les appartements de L depuis son poste, dans un bureau complétement isolé des autres. On était le vendredi 14 août 2004. Il régnait une chaleur torride à l'extérieur, et un soleil de plomb écrasait Tokyo. Par bonheur, le bâtiment était équipée de la climatisation, aussi les policiers pouvaient-il travailler sans éprouver les désagréments de la température. Matsuda était absent, travaillant en tant que manager de Misa Amane. L'ordinateur indiquait 18 heures. Chez L, le détective et Light étaient une nouvelle fois en train de régler leurs comptes en se tapant dessus.
Le vieil homme, tasse d'Earl Grey à la main, laissa échapper un soupir. Lawliet n'était pas un garçon facile à vivre. Du temps où il dirigeait la Wammy's House, entre 1963, date de sa fondation, et 1997, date de la sortie de Lawliet, il entendait régulièrement parler du gamin comme étant « insolent », « mal élevé », « tyrannique ». Il répondait aux professeurs en classe, réfutant tout ce qu'ils pouvaient dire en affirmant qu'ils ne leur enseignaient que des « préjugés ». Il voulait des sucreries tout le temps, à n'importe quelle heure, refusant de faire des contrôles ou de répondre à des questions s'il n'obtenait pas ce qu'il désirait. Prodigieusement intelligent mais mordant, totalement inaccessible, Lawliet passait la plupart de son temps à manger tout en lisant. Il allait des grands auteurs jusqu'aux écrivains modernes rédigeant des romans policiers dont il finissait toujours par trouver le coupable avant que le livre ne soit terminé. Quand les professeurs en eurent assez, Quillish décida de prendre lui-même le gosse en charge.
Il avait trouvé Lawliet en décembre 1984, quelques jours avant Noël. Le môme avait tout juste huit ans. Il vivait jusqu'à lors avec sa mère, mais cette dernière avait quitté l'appartement un beau jour avec son nouveau compagnon, un dénommé Conrad, issu des beaux quartiers chics de Miami, aux USA. Elle n'était jamais revenue.
- Elle faisait comme si je n'étais pas là, avait avoué Lawliet d'un ton monocorde à Quillish, le jour où ils s'étaient rencontrés. Je n'existais pas pour elle, donc c'était logique qu'elle ne revienne pas.
Logique, précisément. La logique était une chose si triste.
Le garçon avait volé une somme conséquente dans le porte-monnaie de sa mère(elle avait pour habitude de se trimballer avec de gros billets sur elle) et avait pu subvenir à ses besoins deux semaines après son départ. À présent que les courriers administratifs se multipliaient et qu'il n'y comprenait rien, il cherchait un endroit où vivre sans être dérangé par ce genre de futilités.
Quillish était un ami de la mère de Lawliet, prénommée Chisei, mais jamais elle ne l'avait averti de la naissance de son fils. C'était une femme qui ne parlait pas beaucoup d'elle. Elle était belle, très maligne, et avait eu de nombreux amants, dont trois qu'elle avait épousé. Lawliet devait être le fils de l'un d'eux.
- Tu as des souvenirs de ton papa ? Lui avait demandé Quillish.
- Non. Je changeais de papa souvent, alors vous savez, mon père biologique...
Il avait lancé son bras en arrière, signifiant par là que l'identité de cet homme lui était considérablement indifférente.
Quillish, à l'occasion d'un voyage au Japon, s'était rendu à Chiba, où habitait Chisei. Il avait sonné à la porte de l'appartement qu'elle occupait. C'était Lawliet qui lui avait ouvert, avant de lui dire que sa mère était partie depuis un certain temps. Méfiant, le môme ne voulait pas aller dans n'importe quel orphelinat et n'accepta de se rendre à la Wammy's House que lorsque Quillish lui affirma qu'on y formait les meilleurs.
Lawliet n'écoutait que Quillish, refusant tout ordre provenant de quelqu'un d'autre. C'était la raison pour laquelle le vieil homme avait décidé de le suivre une fois majeur et sorti de l'orphelinat. La carrière du gamin impliquant de nombreux risques, Quillish s'était à son tour dissimulé sous une lettre et un alias. Pragmatique, il ne s'était jamais plaint. Excepté peut-être aujourd'hui, où il aurait aimé que L se concentre davantage sur son enquête que sur ses combats avec Light Yagami. Vis-à-vis de ce gosse, Quillish partageait les soupçons de L : trop de perfection tue la perfection, il y avait définitivement quelque chose de louche chez Yagami. Et il y avait aussi un problème avec L. Enfin, deux problèmes.
Le premier concernant sa santé : il était devenu effectivement habituel que Lawliet fasse passer ses enquêtes avant sa propre personne, mais jamais auparavant il ne s'était négligé à point, refusant catégoriquement de dormir, de s'entraîner et de manger autre chose que des sucreries tant que Kira n'aurait pas été mené devant un tribunal. Il avait manqué de s'évanouir à deux reprises un après-midi, et ce n'était que parce que Light Yagami l'avait copieusement engueulé qu'il était allé se reposer. Tout aussi suspect qu'il fût, le gamin parvenait à se faire obéir de L, du moins jusqu'à un certain point. Ça, c'était l'autre complication.
Quand, pouce sur les lèvres, Lawliet posait les yeux sur Light, Quillish voyait se peindre sur son visage quelque chose ayant tendance à l'effrayer, un mélange d'admiration, de tendresse et d'exaspération. Bien sûr, c'était la première fois que le détective travaillait en collaboration avec une personne d'aussi brillante que lui, et il était tout à fait compréhensible qu'il en soit troublé. Cependant, depuis que ses théories éronnées l'avaient sévèrement déprimé, il semblait à Quillish que Lawliet préférait davantage agacer et se battre avec Light que travailler. Que son protégé ait besoin de faire une pause, cela, le vieil homme le comprenait, l'admettait. C'était même ce qu'il prônait. En revanche, qu'il passe la journée à jouer en tapant sur les nerfs de Light puis se battant avec lui était une pilule un poil plus dure à avaler. De plus, la fin de leurs affrontements physiques lui semblait toujours ambigüe. Leurs souffles entrecoupés, leurs joues rouges, la sueur sur leurs visages et ce bref sourire qu'ils échangeaient donnaient l'impression d'un couple tout juste de faire l'amour.
Quillish s'interrompit dans ses réflexions lorsqu'il vit Light projeter Lawliet sur le magnifique tapis blanc du salon, un tapis à longues mèches d'une extrême douceur ayant coûté un certain prix.
Ces deux-là vont me ruiner
Le vieil homme, qui avait personnellement participé à l'aménagement des locaux et des appartements, en particulier celui de Lawliet, dont il connaissait les goûts, constata alors l'état des lieux, notant les meubles repoussés, les vases brisés, la table basse renversée, et son contenu, à savoir des chocolats, des dragées et des caramels, répandu sur le tapis.
Mon dieu, si quelqu'un marche dessus, il y aura des taches
Le côté britannique de Watari se manifestait automatiquement une fois le mobilier en danger.
Partie III : Ryûzaki/L/Lawliet
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Le dos du détective rencontra la surface moelleuse du tapis, Light fut entraîné au dessus de lui par la chaîne. Ryûzaki, parce qu'il se trimballait pieds nus continuellement, appréciait tout ce qui était doux sous la peau, tout comme il adorait tout ce qui était doux sous la langue, à savoir les confiseries. Il l'avait dit à Light un soir, alors que celui-ci ne parvenait pas à trouver le sommeil.
Ils continuèrent de se battre au sol, s'assommant de coups de poings, de gifles, se défigurant à coup de griffures. Loin de vouloir s'arrêter, tous deux se délectaient de l'adrénaline ruisselant à l'intérieur de leurs veines, l'utilisant comme un moteur pour travailler avec plus d'efficacité. Ils étaient dans une impasse sévère depuis plusieurs jours, accumulant ainsi mécontentement, insatisfaction et fatigue. Light dormait très mal, se réveillant la nuit à de nombreuses reprises. La présence de son père l'apaisait, mais hélas pas suffisamment pour qu'il retrouve tout son flegme. Ce n'était qu'avec Ryûzaki qu'il parvenait à oublier totalement son anxiété. Quand il le frappait, il ne pensait pas. Lui qui auparavant abhorrait ce genre de comportement en avait désormais fait son quotidien, un quotidien devenu indispensable pour retrouver un semblant de quiétude. Il savait que Ryûzaki ressentait les choses de la même façon, raison pour laquelle il ne lui demandait jamais de cesser son manège provocateur. Sous ses airs de garçon indigné, il y tenait tout autant que le détective.
Ils roulèrent sur le tapis, s'étranglant mutuellement, et avec le sourire qui plus est. D'un coup de hanche, Ryûzaki bascula au dessus de Light, ses yeux noirs et profonds étincelant d'un plaisir sauvage. Le jeune homme sentait le poids langoureux de son corps à califourchon sur ses hanches, jambes écartées de part et d'autres de ces dernières. Il leva les yeux.
Mais quand il croisa ceux de L, il vit du mépris, de la haine, et plus que tout de la détermination. Un éclair d'affolement le traversa.
- Ryûzaki ? Appela t-il, son souffle se bloquant dans sa gorge.
L ne réagit pas. Il resserra son emprise sur le cou de Light alors que celui-ci plaquait ses mains sur ses bras mince pour le repousser, en vain.
- L !
Le jeune homme émit un hoquet désespéré.
Il...il vas me tuer
La poigne de L s'était faite puissante, bien plus qu'elle ne l'avait été lors de leurs combats précédents. Light essaya d'appeler à l'aide, mais n'y parvint évidemment pas, ne réussissant qu'à dépenser le peu d'économies d'air qui lui restaient. Ce n'était plus le jeu. Ça n'avait plus rien à voir avec le jeu. L allait l'étrangler dans son salon, sans raison aucune. À défaut d'oxygène, un rire hystérique envahit la gorge de Light. Il commençait à ne plus parvenir à penser. Il sombrait, avec la très désagréable impression de ne rien comprendre du tout.
Il comprit encore moins lorsque L lâcha finalement son cou pour saisir ses joues entre ses mains fines et l'embrasser violemment à pleine bouche, lui insufflant de l'air, un air merveilleux que Light ne se priva pas d'inspirer à grandes goulées avides. Sa tête tournait. Les mains de L étaient d'une douceur absolue contre sa peau, et du bout de ses doigts s'échappait une effluve de sucre et de fraise. Light, davantage par réflexe que par besoin de proximité, posa ses mains sur les hanches de L, tandis que celui-ci abandonnait ses joues et étendait les bras de chaque côté de son visage, se penchant encore plus, jusqu'à ce que leurs torses s'effleurent.
Light ne prit réellement conscience de ce qui se passait que lorsque la porte s'ouvrit à volée et que son père s'écria :
- Light !
La réaction de L fut tout à fait prodigieuse. En moins d'un quart de seconde, il était debout, faisant face à la horde de policiers qui venaient de débarquer chez lui. Light, toujours au sol, se redressa difficilement sur ses coudes, toussa, puis massa sa gorge dont l'intérieur le brûlait atrocement.
- Qu'est-ce qui s'est passé, bon dieu ? Demanda brutalement Soichiro Yagami en se précipitant vers son fils. Light, ça va ?
- Ouais...ouais, ça va, bredouilla t-il, reprenant son souffle avec difficulté.
Il toussa à nouveau, digérant lentement le fait que Ryûzaki avait essayé de l'étrangler, tout d'abord, puis qu'ensuite il l'avait embrassé, le tout sans raison aucune. Ryûzaki s'était recroquevillé dans un fauteuil tout près(la chaîne était assez longue pour le lui permettre), ne regardant personne, mordant son pouce comme il réfléchissait. Aizawa s'approcha de lui :
- Ryûzaki, Watari nous as dit que les choses étaient en train de dégénérer ici, dit-il d'un ton qui ne permettait pas d'objection. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Dans son affolement, le vieil homme avait dû omettre d'expliquer aux policiers la situation, leur ordonnant juste de se ruer vers les appartements du détective.
- Je me suis emporté, répondit simplement Ryûzaki. Veuillez m'excuser, ça n'arrivera plus.
- Emporté ? Répéta Yagami senior, visiblement scandalisé. Emporté ? Et c'est une raison suffisante pour essayer d'étrangler mon fils, d'après toi ?
- Non, bien sûr que non. Je vous le répète, j'en suis désolé. Ça n'arrivera plus.
- Permets-moi d'en douter, répliqua séchement Yagami senior. Light et toi êtes constamment enchaînés l'un à l'autre. Qu'il t'agace, je peux l'admettre, que vous vous battiez, cela passe encore, mais que l'un tente tuer l'autre, pour l'amour du ciel ! Tu es devenu fou, Ryûzaki ?
- Light est notre principal suspect, cracha alors le détective. S'il avait été Kira, ce genre de méthode aurait pu le faire avouer.
- Tu te moques de moi ? Grinça le père de Light tout en relevant son fils.
Light s'interposa avant que n'éclate un match de catch entre son père et le détective. Dés que l'on s'attaquait à ses enfants, de manière globale à sa famille, Soichiro Yagami pouvait tout à fait en venir aux mains, envoyant valser sa morale et sa légendaire discipline. Light tenait par ailleurs de lui cette impulsivité surprenante, la preuve concrète se trouvant dans ses règlements de compte avec Ryûzaki.
- Papa, c'est bon, ça va aller. Je vais bien.
Il avait une marque rouge sur le cou, ainsi qu'une terrible envie de s'asseoir quelque part. Ses jambes tremblaient un peu. Son père ne parut guère convaincu, et l'aida à prendre place sur le canapé le plus proche.
- Tu es très pâle, Light, lui dit-il. Tu ne voudrais pas boire quelque chose ?
- Je peux aller te chercher un verre d'eau, si tu veux, déclara Aizawa.
Light secoua la tête.
- Non, merci.
Il jeta un bref coup d'œil à Ryûzaki, qui n'avait pas bougé.
- Vous pouvez nous laisser seuls ? Demanda t-il.
La mâchoire de son père se crispa quelque peu.
- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, Light. Après ce qui vient de se passer...
- Papa, ne t'inquiètes pas, le coupa Light. Je sais me défendre tout seul, et si jamais ça devait se reproduire, Watari veille au grain et vous avertira, je lui fais confiance. Pour le moment, j'ai besoin de mettre ça au clair avec Ryûzaki. C'est une affaire entre lui et moi.
Les deux policiers s'entre-regardèrent, hésitants, le père de Light en particulier. Il se tourna à nouveau vers son fils.
- S'il t'arrive quoi que ce soit...
- Je m'en tiendrais pour responsable, papa, acheva Light, pas toi. Tu n'y es pour rien.
Soichiro Yagami capitula. Il se leva, se dirigea vers la porte, suivi de Aizawa, jeta un regard à son fils, puis à Ryûzaki, et quitta l'appartement. Light entendit leurs pas se faire de plus en plus lointains. Quand il fut assuré qu'ils s'étaient suffisamment éloignés, il demanda à Ryûzaki :
- Tu peux m'expliquer ?
- Non.
- Pourquoi ?
Ryûzaki posa sur lui un regard ennuyé.
- Parce qu'il n'y a rien à expliquer, Light-kun, lâcha t-il.
- Tu te fous de moi ? Fit Light avec un petit rire nerveux. Ce baiser, c'était quand même pas juste sur un coup de tête ?
- Si, j'en ai bien peur, déclara Ryûzaki, piochant un bonbon dans un bol à côté de lui. Je suis très fatigué en ce moment, j'imagine que c'est une cause potentielle.
- N'essaie même pas, lui conseilla froidement Light. Je sais pertinemment que même si tu devais enchaîner les nuits blanches pendant un mois, jamais tu ne ferais ce genre de choses. Pas en temps normal, en tout cas.
- Ce « genre de choses » a l'air de t'avoir beaucoup perturbé, Light-kun, constata Ryûzaki.
Je vais le tuer
- Bordel, mais bien sûr, que je suis perturbé ! Tu t'attendais à ce que je trouve ça normal ?
- Je voulais voir si tu étais Kira.
- Écoute, je peux accepter que tu me mette derrière des barreaux, que tu demande à mon père de me duper, que tu m'enchaîne à toi, et que tu me fasse louper la quasi-totalité de mon année scolaire pour faire baisser tes soupçons, énonça calmement Light. La tentative de meurtre et l'agression sexuelle, en revanche, ça commence à faire beaucoup.
Ryûzaki leva vers lui un visage effaré.
- Je ne t'ai pas...
- Si.
- Non.
- Oh si, lui confirma Light, et avec Watari pour témoin. À ta place, je me tiendrais à carreau, surtout si j'étais un détective mondialement connu avec une excellente réputation et travaillant en collaboration avec des policiers.
Son vis-à-vis eut l'air médusé. Intérieurement, Light sentit gonfler en lui à la fois la fierté et l'irritation.
- Watari ne témoignerait jamais contre moi. Et je ne t'ai pas agressé sexuellement, tu étais d'accord.
- Tiens donc ?
- Tu as répondu, affirma Ryûzaki.
- J'avais besoin d'air, évidemment que j'ai répondu ! S'exclama Light. N'importe qui aurais réagi de la sorte !
- Tu exagères, Light-kun, répliqua Ryûzaki.
Light ouvrait tout juste la bouche lorsque sur l'ordinateur de Ryûzaki s'afficha un message d'Aizawa, leur demandant de les rejoindre le plus rapidement possible. Kira avait de nouveau frappé en tuant une dizaine de criminels. Ryûzaki sauta à bas de son fauteuil, mains dans les poches de jean, tirant Light derrière lui.
- J'exige toujours des explications, insista le jeune homme alors qu'ils étaient dans le couloir, attendant pour l'ascenseur.
- Je t'ai dit qu'il n'y en avait pas, Light-kun.
Ils entrèrent dans la cabine d'ascenseur, silencieux. Toutefois, avant qu'ils n'atteignent l'étage désiré, Ryûzaki, se tournant vers Light, asséna froidement :
- Ne me mens jamais.
- Quoi ? Fit Light, incrédule.
- Si tu me mens, je n'aurais pas d'autre choix que celui de te tuer.
Le sang de Light se glaça, à la mesure de l'incohérence de la sanction.
- Pourquoi ? Ryûzaki, tout le monde ment, tous les jours. Demander à un être humain de ne pas mentir, ça n'a pas de sens, et tu le sais très bien.
- Je ne veut pas que tous les hommes cessent de mentir, je ne te le demande qu'à toi, répliqua le détective.
- Je ne suis pas Kira, bon sang, si c'est ce qui t'inquiètes ! Tu es borné comme un gosse, c'est insupportable.
- Mon travail n'est pas d'être « supportable », Light-kun, lui fit séchement remarquer Ryûzaki. Tu t'es forgé une image particulièrement naïve de mon métier si tu pensais le contraire. Enfin, je présume qu'étant donné ton âge, on ne peut pas t'en vouloir.
- Eh bien dans ce cas, j'ai dû atteindre le sommet de la naïveté, puisque j'avais imaginé le légendaire L avec un tant soit plus de contenance.
L le gratifia d'un regard noir, à la plus grande joie de Light, qui sut alors avoir touché un point sensible sur lequel il jura désormais de ne pas faire l'impasse au cas où le détective l'ennuierait de nouveau.
- Je te trouve très désagréable, Light-kun, grinça t-il.
- Bienvenue dans mon quotidien.
- Je ne suis pas désagréable.
- Tu es comme un môme, Ryûzaki : tu ne te rends absolument pas compte d'à quel point tu peux être agaçant.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent en grand avant que Ryûzaki ne puisse ajouter quoi que ce fût, et la salle où avaient été érigés de nombreux ordinateurs leur fit face.
- Ah, vous voilà ! Dit Aizawa. Venez voir, on a l'identité des dernières victimes.
Voilà, fini ! Je suis revenue des millions de fois sur la scène du baiser, j'ai même hésité à la mettre, en préférant écrire un moment intense de contemplation, mais finalement, je l'ai gardée, et je crois que j'ai bien fait, même si ça ne colle pas vraiment avec le caractère de L. J'ai aussi bien rigolé sur la partie "dispute". Et je pense faire plus d'observations du point de vue de Watari : je l'adore, je crois que c'est son côté un peu british qui m'éclate.
Le "ver à soie" est une métaphore des sentiments de L, qui se tissent tout doucement.
Negen
