Me voici de retour ! Encore des gens ? XD
Je le répète (parce que ça ne paraît pas si évident vu mon rythme de publication - cela dit, je poste plus souvent qu'Antoine-Daniell XD) mais je n'ai aucunement l'intention d'abandonner cette fic et j'ai une idée assez claire d'où je vais et de la structure générale en cinq tomes. Bref, pour ma défense, je suis à fond sur un autre projet de roman perso.
Pour ceux qui ont vu la première saison de Westworld : dans ce chapitre, le souvenir cœur de Tom, celui qui explique une bonne partie de sa personnalité.
Sur ce, RAR :
IceQueen En effet, ils sont encore un peu jeunes pour y penser, surtout Tom. Mais pour Diana, mieux vaut prévenir que guérir. Elle ne sait pas où ils en sont (et ne veut pas le savoir) mais bah... ils doivent être informés.
Hermy Qui a tué les Jedusor ? Mwahaha, la réponse va vous surprendre. Mais je ne dirais rien ! Il y aura d'autres points communs avec le tome 3, mais aussi de grosses divergences. Quant à Dumbledore... Nul n'est assuré de survivre dans mes histoires. Sauf Hector Grimm, mais lui, c'est différent XD.
Tiph Le chapitre qui vient n'est pas des plus joyeux non plus. Mais bon, il y a des passages plus légers entre les moments sombres. Quant à Grimm... J'ai envie de le résumé par un "because I'm Batman" XD D'ailleurs il a décidé qu'il serait aussi prof principal dans mon roman. Wesh, il peut être dans deux histoires d'univers séparés "because I'm Grimm". C'est triste pour Tom, oui : il n'aura jamais l'occasion de rencontrer sa famille paternelle. Quant à la mère de Tom, n'espère pas trop de guimauve :/
Rose-Eliade Merci pour ta review ! Contente que l'histoire te plaise et Elisa aussi (Ywena m'aide bcp à la mettre en scène)
Sur ce, la suite !
Chapitre 5 : Amy Benson et le Siffleur de Cauchemars
Dos à dos, Tom et Eutropia dormaient chacun d'un côté du lit. C'était très gênant de dormir dans le même lit, après cette longue et embarrassante discussion avec Diana. D'habitude, ils ne pensaient pas trop à ces choses d'adultes. Ils voulaient être en contact, voilà tout. Du moins, Tom n'y pensait pas. Eutropia en revanche… ça commençait à la travailler. Etait-ce étonnant ? Elle avait vécu jusqu'à dix-sept ans dans son existence précédente.
Jusqu'à dix-sept ans.
Pour la première fois, Tom réalisa qu'un décalage pouvait exister entre eux. Eutropia avait plus vécu que lui et sans doute, plus expérimenté.
— Je peux te poser une question ?
— Hum…
— Est-ce que dans ta vie d'avant, tu as euh…
Comment formuler la chose ?
— Eté avec des garçons ?
Pour parler pudiquement.
— Je euh… hésita Eutropia.
Tom retint son souffle, le cœur battant à tout rompre même s'il se trouvait idiot de poser une telle question.
— J'ai juste embrassé, dit-elle enfin.
— Ah…
Elisa avait beau critiqué la possessivité d'Eutropia à l'égard de Tom, Tom ne valait guère mieux. Même s'il rechignait à se l'avouer, il était bien content d'être le premier vrai copain d'Eutropia – même si d'accord, ils ne s'étaient embrassé que euh… que une fois ! C'était leur seul et unique baiser échangé au sommet de la tour d'astronomie, un jour de juin battu par une pluie glaciale. Et après ça, il prétendait encore être le copain d'Eutropia ? C'était ridicule ! Elle allait vraiment le prendre pour un gamin.
— Tom… ça ne te dérange pas que j'ai été plus vieille avant ?
— Hein ? Non, non. Je ne m'en rends même pas compte.
Imbécile. Traite-la de gamine immature tant que tu y es ! Tom ne savait vraiment plus ou se mettre, ni quoi dire sans aggraver son cas. Cette question cependant, qui le taraudait.
— Et toi ? Ça te dérange pas que je sois plus jeune ?
— Bof. On n'a que trois mois d'écart. Ça passe.
Bon. Ça devait sans doute répondre à la question.
Un silence pesant retomba. Et dans ce silence, Tom avait l'impression d'entendre une petite voix « Tu n'embrasse même pas ta copine. Elle va vraiment de prendre pour un gamin ! » Tom aurait voulu hurler à cette petite voie de se taire, mais cette petite voix était bien à l'abris à l'intérieur de son crâne. « Allez, embrasse-la, qu'est-ce que tu attends ? Ce n'est pas si compliqué que ça. Embrasse-la ou elle va s'intéresser à des garçons plus matures que toi. Déjà qu'elle passe beaucoup de temps à jouer avec Armaël ». Pour se rassurer, Tom répliqua mentalement à la petite voix qu'Eutropia jouait surtout à se battre avec Armaël et qu'ils avaient plein de bleues à cause de ça. « Oui, mais tu joues aussi à la bagarre avec elle quand vous n'êtes que tous les deux et tu aimes bien ça ».
Non. Il se faisait des idées. Eutropia n'était aucunement intéressée par Armaël. Il l'aurait senti sinon.
« Peut-être pas maintenant… mais si tu continues de te comporter comme un enfant avec elle, tôt ou tard, elle se détournera de toi. Alors embrasse-la, tout de suite ! »
Le cœur battant à tout rompre, Tom se retourna. Il contempla le dos d'Eutropia. Il lui suffisait de se rapprocher, de la prendre dans ses bras. Ils s'endormaient souvent dans les bras l'un de l'autre. Alors qu'est-ce qui le retenait ce soir-là ? Etait-il si faible qu'il n'osait même pas embrasser sa copine ? Pourquoi n'arrivait-il pas à se comporter comme un homme ?
Trop effrayé à l'idée de se rapprocher d'Eutropia, incapable de l'embrasser, Tom s'endormit sur ses mauvaises ruminations.
OoOoOoO
Ce fut d'une humeur massacrante que Tom se réveilla le lendemain matin. Peut-être était-ce en partie dû au fait que l'auror le plus détestable de la création venait de le réveiller, glissant une nouvelles fois des sous-entendus pas du tout élégant lié au fait que Tom et Eutropia dormaient dans le même lit et que Diana ne s'inquiétait guère de l'honneur de sa fille.
— Et bien moi au moins, j'ai un honneur à perdre.
Eutropia avait beaucoup de fierté et une notion assez chevaleresque de l'honneur. Elle n'était pas non plus du matin. Pas sûr, donc, qu'elle ait vraiment compris ce que Taranis Jones voulait dire.
— Peu importe, coupa l'auror. Je suis là pour le jeune Jedusor. Il doit venir avec moi au Ministère pour les besoins de l'enquête.
Diana insista pour l'accompagner, ce que Jones refusa fermement. Les civils n'avaient pas à se mêler à l'affaire. Bien sûr, Tom étant mineur, son tuteur légal aurait pu l'accompagner, mais Diana n'était pas son tuteur légal. Au regard de la loi, elle n'était personne vis-à-vis de Tom.
Eutropia aussi, tenta de venir, arguant que c'était elle qui avait prévenu Henry Potter. Jones sembla hésiter quelques secondes avant de déclarer :
— Je prendrais votre déposition un autre jour. Et oui, ce jour-là, vous pourrez venir, Mme Grayson.
Ce que Jones ignorait, c'était que Diana s'était déjà préparée à une nouvelle visite de cet auror aux manières exécrables. Ainsi, Ruby avait ordre d'aller chercher Henry Potter dès que Taranis Jones pointerait le bout de son nez aquilin au domaine des Grayson. Et Henry Potter arriva donc, au grand désarroi de Jones (désarroi qui se manifesta par un froncement de sourcil appuyé). Certes, Henry Potter n'était pas le responsable légal de Tom, mais il n'était pas non plus un civil. Jones ne trouva aucun motif valable pour empêcher sa venue (Tom ne doutait pas que l'auror avait beaucoup chercher).
Ainsi, ce mardi 29 août 1939, Tom découvrit le Ministère de la Magie. C'était très grand et très beau. Mais plus que les beaux marbres et les magnifiques statuts, ce qui impressionna Tom, ce fut ces hordes de sorciers travailleurs, ces myriades de notes de services pliées en forme d'avion qui volaient au dessus de leur tête et tout ce brouhaha studieux d'une véritable ruche d'abeille.
On le conduisit aux bureaux des aurors, qui était une énorme salle remplie d'une multitude de bureaux. Aux bureaux, des aurors. Beaucoup, et en particulier les plus âgés, portés sur leurs visages les stigmates d'une vie de combat. C'était à la fois fascinant et effrayant. Mais ce qui inquiéta encore plus Tom, ce fut l'attention qui se porta sur lui. Sur lui, ou bien sur Henry Potter, cette légende vivante des aurors ? Sans doute les deux. N'empêche, Tom n'était pas du tout à l'aise et rêvait d'un trou de souris où disparaître.
En plus, il n'avait ni Eutropia, ni Nugget avec lui. Le réaliser lui donna un profond sentiment de solitude.
Taranis Jones le conduisit dans une petite salle dépourvue de meubles en dehors d'une table et de chaises. Une jeune femme s'y trouvait déjà, avec une pile de documents, ainsi qu'une plume et un encrier pour prendre des notes. Tom reconnut Shannaz Schackelbolt, l'apprentie auror qui l'avait interrogé après la mort de Mulciber. Plus aimable que son chef, elle accueillit Tom avec un sourire et parut ravie, sinon impressionnée, de la présence de Henry Potter (ce qui bien sûr, n'était pas au goût de Jones).
L'entretien qui suivit fut certes un peu stressant mais surtout très ennuyeux. Tom avait déjà préparé les questions et les réponses la veille, grâce à la prévoyance du vieux Potter qui avait cerné avec une redoutable sagacité ce que lui demanderait Jones.
Où trouvait-il au moment des meurtres ? Que savait-il des Jedusor? Comment se sentait-il vis à vis des dernières nouvelles ?
La vérité, c'était que Tom peinait à assimiler tout ce qui venait de se produire. Qu'il avait perdu son père, qu'il avait perdu ses-grands-parents qu'il n'avait jamais connus et qui n'auraient sans doute pas voulu de lui. La vérité, c'était qu'il était furieux contre Voldemort qui prenait encore une fois des vies pour son jeu sadique. Mais ça, il ne pouvait pas le dire.
— Quand as-tu découvert que tu étais Fourchelang ?
Tom avait alors six ans. C'était lors d'une excursion verte, dans la forêt de Heartwood. Denis Bishop et ses amis brutes avaient trouvé une petite couleuvre et s'étaient amusés à lui jeter des cailloux. Ah, ah, très drôle de torturer un pauvre serpent sans défense. Tom avait entendu les cris de douleurs du serpent. Il avait aussi senti toute sa peur de mourir. Et il avait essayé de le sauver. Il s'était battu à quatre contre un (l'anecdote avait beaucoup impressionné Eutropia et rien que pour ça, Tom était très content d'avoir agi ainsi) pour sauver la petite couleuvre. Ce jour-là, il avait découvert d'autres pouvoirs dans la bagarre. Il pouvait bouger des objets par la pensée, lorsqu'il était vraiment en colère ou qu'il se sentait en danger. Avec des bleus partout et des vêtements déchirés, Tom avait réussi à faire fuir Dennis Bishop et sa bande. Mais la couleuvre était morte. Elle avait agonisé dans les mains de Tom et il n'avait rien pu faire pour la sauver. Il avait assisté, impuissant, à son dernier souffle et à l'étreinte de la mort qui s'emparait d'elle.
Comme il était idiot, Tom avait tué le lapin de Dennis Bishop pour se venger. Ça, il le regrettait. Et d'ailleurs, il ne le mentionna pas aux aurors.
— Donc, résuma Jones, tu as utilisé tes pouvoirs sur des moldus pour sauver un nuisible.
Henry Potter l'avait prévenu. Jones détestait les serpents. Tom s'y attendait. Mais quand même, ça restait désagréable à entendre. Heureusement qu'il portait sur lui le talisman du vieux Potter. Sans cela, l'apprentie Schackelbolt aurait à coups sûrs sentit toute la colère qui bouillonnait en lui.
— Ton avis sur les Gaunt ?
— Je n'avais pas entendu leur nom avant de le voir dans le journal à l'évasion de Morphin Gaunt. Pour le reste, c'est à vous de me le dire, non ? Pourquoi un frère et une sœur, tous deux Fourchelang, se sont affrontés à quelques kilomètres seulement d'un homme portant mon nom et ceux, à la veille de ma naissance officielle ?
Respirer profondément. Rester calme. Même si à l'intérieur, Tom éprouvait un besoin viscéral de hurler toute sa colère.
— Ici, c'est moi qui pose les questions, répliqua Jones. Que penses-tu des Gaunt ?
— Vous avez ma réponse.
Quelque part, Tom jubilait. Avec toute cette rage qu'il portait en lui, Tom avait l'impression de se retrouver, ou plus exactement de retrouver la force d'affronter la vie. Là, il n'avait pas besoin d'Eutropia pour le protéger. Même si Henry Potter se trouvait à ses côtés, même s'ils avaient répété l'interrogatoire la veille, c'était Tom qui répondait tout seul.
— Pourquoi souris-tu ? Demanda Jones en le tançant d'un regard sévère.
— Parce que vous cherchez à m'impressionner avec vos airs d'adultes autoritaires, mais vous n'arrivez pas à la cheville de Hexson.
Technique d'Eutropia : en cas de colère, déchargée sur Hexson. De toute façon, tout était de la faute de Hexson. Oui, même Voldemort. Non, ce n'était pas de la mauvaise foi de sa part. Il y eut un bref silence, des regards échangés entre adultes si discrets que Tom se demanda s'il n'avait pas rêvé. Puis les questions reprirent et Tom oublia Hexson. Jones le relâcha pour la pause de midi, en insistant bien sur le fait qu'ils étaient loin d'en avoir fini. Ô joie !
Henry Potter l'emmena manger dans une petite cafeteria tout proche et bondée de monde. Sur le chemin, il fut alpagué par une dizaine de sorciers, pour la plupart âgés et souriants. Dans la queue, alors qu'ils baignaient dans des odeurs de grillades et de plats en sauce, trois autres sorciers vinrent échanger quelques mots avec l'auror émérite.
— Alors, Tom, que souhaites-tu manger ? Si tu veux un conseil, leur poulet Tika-Massala est absolument délicieux.
Henry Potter lui annonçait donc avec un grand sourire qu'un congénère de Nugget serait parfait pour le repas, alors même que Tom commençait à ressentir le vide de son absence.
— Je ne mange pas de viande, grogna Tom.
— Oh... du poisson alors ?
Pour un auror, Henry Potter était vraiment trop enjoué en évoquant les morts cruelles d'êtres vivants. Et Tom sacrément de mauvaise humeur.
— Non plus. Si cela ne vous dérange pas, je vais juste prendre des pommes de terre avec de la salade.
— Non, non, bien-sûr. Fait comme tu veux.
Potter marque une légère pause avant d'ajouter :
— Depuis combien de temps es-tu végétarien ?
— Depuis le début des vacances, répondit Tom avec méfiance.
— Ah... Depuis ta rencontre avec ton petit poussin donc.
Tom opina, un peu tendu.
— Tom, je sais qu'à ton âge on peut trouver les animaux mignons, mais…
— Ce n'est pas parce qu'ils sont mignons, Monsieur, c'est parce qu'ils sont en vie, claqua Tom, et que je n'aime pas que l'on tue pour le plaisir.
Potter prit un air tout étonné, fronça des sourcils, remit ses lunettes rondes en place du bout de l'index. Tom réalisa qu'il s'était vraiment montré agressif. Il avait même haussé le ton et des sorciers proches s'étaient retournés pour lui lancer des regards réprobateurs. Les joues de l'enfant s'échauffèrent d'embarras.
— Je… suis désolé, bredouilla-t-il contrit. Je ne voulais pas me montrer méchant. J'ai conscience que vous faites beaucoup pour m'aider, et tout ce que vous avez en retour, c'est ma colère.
— Allons, allons, il n'y a rien de grave, dédramatisa Potter.
Il avait retrouvé son sourire bienveillant.
— Ce n'est pas méchant d'avoir des convictions. C'est qui l'est, c'est de chercher à les imposer à autrui. Et rassure-toi, je ne te ferai pas l'affront de te parler du lion et de la gazelle pour te convaincre de manger de la viande.
Il se pencha, le regard pétillant et l'air conspirateur :
— Non, je vais juste te parler de la couleuvre et de la souris.
Henry Potter n'était pas que réputé pour ses talents d'aurors son humour douteux avait marqué plus d'un sorcier. Heureusement, en matière d'humour douteux, nul n'arrivait à la cheville de Pépé Grayson. Tom commençait donc à avoir l'habitude de ce genre d'énergumène (Armaël deviendrait sans doute comme eux dans quelques décennies). Puis il remarqua quelque chose d'étrange.
— Le lion, le serpent, le blaireau et l'aigle sont tous carnivores. Pourquoi il n'y a pas d'herbivore parmi les emblèmes des maisons ?
— Sans doute parce que l'on préfère s'identifier à un prédateur qu'à une proie, avança le vieil auror songeur.
Le repas se déroula plutôt bien (les pommes de terre étaient délicieuses, grillées à point, avec ce qu'il fallait d'huile, de sel et d'ail). Contrairement à ce que Tom avait craint, Potter ne chercha pas à le faire changer d'avis sur le végétarisme. Il l'interrogea plutôt sur les raisons qui l'y avaient pousser.
Tom n'aimait pas que l'on tue pour le plaisir : ça, c'était bon pour Voldemort. Peut-être qu'à une autre époque, ou dans d'autres lieux, manger de la viande était nécessaire, mais pas au XXème siècle, dans une Angleterre sorcière. Depuis un sacré bout de temps déjà, des potionistes et des médicomages avaient mis au point des potions de substitutions à la viande à base d'algues. Ces potions n'étaient pas systématiquement nécessaires, en particulier dans le cas des adultes. Par principe de précaution et à l'insistance de Diana, Tom en consommait cependant : il était en pleine croissance. Et puis les Nott étaient végétariens de naissance et se portaient très bien !
Donc non, Tom ne mangerait pas un bon steak, juste parce que c'était bon, juste pour se faire plaisir. Evidemment, le fait qu'il n'avait jamais mangé beaucoup de viande (denrée rare à l'orphelinat) et qu'il n'aimait pas beaucoup ça, l'y aidait.
L'après-midi fut plus pénible encore que la matinée. Jones l'interrogea sans ménagement, préleva son sang sans donner plus d'explications – pour évaluer ses liens de parentés potentiel avec les Jedusor et les Gaunt d'après le vieux Potter. Tout ça, c'était éprouvant, aussi bien physiquement que moralement et Tom rentra d'une humeur massacrante à Goldric's Hollow.
Cela faisait des mois qu'il n'avait pas été séparé aussi longtemps d'Eutropia. Elle lui manquait. Pourtant lorsqu'il la retrouva, elle était joyeusement train de batailler. Et attention, elle ne bataillait pas avec n'importe qui : c'était avec Armaël. Ca, c'est parce que tu ne te comportes pas comme un homme avec elle, mais comme un enfant faible et pleurnichard, chantonna une petite voix cruelle dans sa tête.
— Je croyais que vous deviez rester au Manoir Nott, lâcha Tom alors que ses amis l'encerclaient, avides de nouvelles.
— Oui, mais il y a eu du changement : comme Zacharias devait s'absenter pour je ne sais quelle affaire tordue, les adultes ont décidé que l'on passerait la fin des vacances à Godric's Hollow. C'est pas chouette ? S'exclama Armaël avec son enthousiasme habituel.
Oh ! Merveilleux ! Fantastique !
— Il y a un problème ? S'inquiéta Callidora.
— Non, aucun problème. Pourquoi y aurait-il un problème alors que je viens de passer la journée en compagnie du plus détestable des aurors qui m'a interrogé sur la mort atroce d'une famille portant le même nom que moi ? Pourquoi y aurait-il un problème alors qu'on soupçonne un monstre sanguinaire et fratricide tel que Morfin Gaunt d'en vouloir à ma vie et d'être mon oncle ? Mais non, il n'y a pas de problème ! Continuez donc de vous amuser !
Et Tom tourna des talons, laissant ses amis interdits devant la dureté soudaine de ses paroles.
OoOoOoO
D'une humeur eutropienne. C'était ainsi qu'Armaël avait qualifié Tom. Bien sûr, ça n'avait pas du tout plus à Eutropia d'être prise pour référence en matière de mauvaise humeur à tendance explosive. Elle avait manifesté son mécontentement en jetant son verre d'eau à la figure du Gryffondor, en quittant la table et en claquant la porte très fort (ce qui fit tomber un peu de chaux des murs anciens). Et comme la comparaison avait profondément agacé Tom, autant que le départ fracassant d'Eutropia, il sortit à son tour et claqua la porte. Enfin, claquer la porte était un grand mot. Comparer à Eutropia, il l'avait juste fermée avec un peu d'empressement – pour sa défense, il n'avait pas son habitude.
Tom partit donc chercher asile dans le jardin, voulut se réfugier dans le Figuier de la Colère mais bien sûr, Eutropia s'y trouvait déjà à ruminer toute sa colère. Il poursuivit donc son chemin jusqu'à trouver son salut dans les branchages fournis d'un noisetier.
Tom était furieux contre tout le monde, mais surtout contre lui-même. Armaël n'avait pas tord et ça l'énervait d'autant plus. Il était d'une humeur infecte ces derniers jours. Il s'offusquait pour un rien, parlait avec dureté assez amis, même à la pauvre Callidora qui n'avait rien fait et il s'en voulait terriblement pour cela. Impossible pourtant de contrôler ce monstre de colère qui s'agitait en lui. Il éclatait à la moindre contrariété et lançait toutes sortes de paroles horribles à ses amis, mais personne ne lui en tenait rigueur : il était normal qu'il soit perturbé après tout, avec tout ce qui lui arrivait. Et ça, ça le mettait encore plus hors de lui.
— Tchip, tchip ?
Tom releva la tête. Nugget arrivait en se dandinant sur ses deux petites pattes. Tom descendit de l'arbre pour rejoindre le poulet – désormais il aurait été abusif de dire que Nugget était un poussin.
— Nugget, tu sais que je n'aime te voir tout seul, grommela Tom. C'est dangereux. Imagine qu'un chat veuille te croquer ?
Bon, en toute honnêteté Tom doutait qu'un chat attaque Nugget. Il était presque aussi gros qu'une jeune poule, avec un bec acéré et des réflexes affutés. Ça ne l'empêchait pas de s'inquiéter pour son poulet.
Nugget se blottit contre Tom. Il était tout doux et tout chaud, avec un contact si apaisant que la colère de Tom fondit pour se transformer en tristesse. Ça serait difficile, de le laisser demain – car oui, demain c'était déjà la rentrée. Tom avait beau savoir que Nugget serait bien mieux à Godric's Hollow, ça lui faisait quand même un pincement au cœur.
Tom releva la tête : Eutropia approchait. Sa colère aussi s'était apaisée, pour laisser la place à l'inquiétude.
— Ca va ?
— Hum… ça peut aller.
Eutropia s'assit à côté de lui, dans un bruissement d'étoffes et d'herbes plissés. Ils restèrent un temps silencieux, épaules contre épaules. Tom sentait la chaleur du corps d'Eutropia à travers leur vêtement. Son cœur s'emballa. Son souffle devint plus court. Embrasse-la, murmura la petite voix, sois un homme et embrasse-la. Oui mais voilà : Tom n'osait pas se lancer. Il restait tétanisé, comme le ridicule gamin qu'il était.
— Pfff, je sais pas quoi te dire, lâcha enfin Eutropia. D'habitude, c'est toi qui viens me calmer, pas l'inverse. Je suis vraiment nulle pour ça.
— Comment me considères-tu ?
Eutropia cilla plusieurs fois, un peu perdue devant la question subite de Tom.
— Pas comme ma chose, contrairement à ce que Bishop semble penser.
— Non, c'est pas ça que je veux dire. Est-ce que…
Comment le dire ? Comment le formuler ? Difficile, quand tout est embrouiller dans la tête.
— Est-ce que tu me considères comme un homme ou comme un gamin ?
Bon. La question sonnait beaucoup mieux dans sa tête.
— Je comprends pas. T'as douze ans, Tom. Bien sûr que tu es un gamin.
— Et Armaël ? Tu le vois comment ?
— Comme un gamin, pareil. Mais où veux-tu en venir ?
— Que tu sors avec un gamin.
— Oui, d'accord, et alors ? Moi aussi, je suis une gamine. Je ne vois pas où et le problème.
— Le problème, c'est que tu es avec un gamin qui est pas capable de t'embrasser alors que toi tu veux plus.
Le feu embrasa les joues d'Eutropia… et celle de Tom aussi.
— Je ne vois pas ce que tu es allé inventer, marmonna Eutropia.
— Je l'ai senti. Parfois tu veux plus que juste des câlins de gamin.
— Ah…
S'en suivit un silence plein d'embarras. Nugget descendit des genoux de Tom pour aller fouiller aux racines du noisetier, à la recherche de vers succulents. C'était encore plus gênant en son absence, parce que Tom n'avait vraiment rien d'autre à penser qu'à la présence toute proche d'Eutropia.
— Je… Je suppose que je peux rien te cacher… Pfff, ça c'est encore de la faute de Bishop ! Accusa Eutropia en essayant de reprendre contenance.
En cas de doute, si l'on ne peut accuser Hexson, accuser Elisa Bishop.
— Elle aurait pas fait sa campagne idiote sur les filtres d'amour et le consentement, on n'en serait pas là !
Là, c'était Tom qui était perdu et ne voyait pas le lien.
— C'est juste que je me suis dit que bah… étant donné que j'avais été plus vieille avant, bah… Enfin, je crois que le mieux c'est qu'on avance à ta vitesse. Ce n'est pas grave si on ne fait que se tenir la main pour le moment. Je veux dire… de toute façon, on est que des enfants et ça fait que trois mois qu'on est ensemble. Il n'y a rien qui presse.
Elle glissa sa main dans celle de Tom et déposa un tendre baiser sur sa joue. Tom se sentit tout bizarre et très heureux, comme si des milliers de papillons s'envolaient dans son ventre. Au-revoir la mauvaise humeur : il avait retrouvé le sourire.
— De toute façon, je pourraid jamais sortir avec Armaël, ajouta Eutropia d'un ton léger. J'aurais tout le temps envie de le frapper et après Bishop me casserait les pieds pour violence conjugale. Alors qu'en ami, ça va, j'ai le droit.
Tom n'était pas certain d'être rassuré par cette dernière phrase qui se voulait être une plaisanterie. Qui frappait ses amis pour le plaisir ? Un regard aux jambes couvertes de bleues d'Eutropia répondit à sa question : les Barbares comme Héliodore et Armaël.
— Mes amis sont violents, conclut Tom.
Pour preuve dans l'après-midi, Héliodore, Armaël, Philophore et Eutropia repartirent à se battre avec des bouts de bois. Comme s'ils n'avaient pas déjà assez de bleus ! Ils tentèrent d'inclure Callidora et Tom à leur jeu de brutes, mais Tom préférait vraiment passer le temps qu'il lui restait à Godric's Hollow avec Nugget. C'était sans compter l'arrivée d'un maudit auror nommé Taranis Jones.
Armaël se chargea de la diversion (selon une idée de Philophore) : il noya le sinistre auror d'un flot de questions sur sa profession. Même si Jones lui répondit avec toute la sécheresse d'un adulte s'adressant à un enfant agaçant qu'il n'était pas là pour servir de conseiller d'orientation, Armaël parvint à gagner suffisamment de temps pour permettre à Henry Potter de les rejoindre – ce dont il ne manquerait pas de se vanter par la suite.
Vlan. La porte se referma avec violence. Voilà, Tom se retrouvait dans le petit bureau de Girish, avec pour seul compagnie le vieux Potter, Taranis Jones et de son apprentie, Shannaz Shackelbolt.
— Félicitation, mon garçon, railla Taranis Jones. Tu vas bientôt être riche : tu étais bien le fils du Tom Jedusor moldu et de Méropée Gaunt. Pas que les Gaunt ait une grande fortune à transmettre, mais les Jedusor ont un compte en banque bien garnie et aucun autre héritier connu à ce jour.
La nouvelle sonna bizarrement aux oreilles de Tom, même s'il s'y attendait. Quant à l'argent… il décida qu'il était souillé par le sang et les manigances de Voldemort.
— J'aurais préféré qu'ils restent en vie et moi pauvre, répondit Tom.
— Le sort se préoccupe rarement de nos préférences, commenta le vieux Potter d'une voix songeuse que Taranis Jones ignora avec superbe.
— Peu importe. Le fait est qu'ils sont morts et que modulo les délais administratifs, tu hériteras de leurs biens et de leurs fortunes. Tu devrais t'en estimer heureux, pour une fois qu'une mort te rapporte quelque chose.
Tom se tendit, ce qui n'échappa pas à Taranis Jones. Une lueur dangereuse traversa ses yeux noirs.
— Tu vois où je veux en venir, n'est-ce pas ? Billy Stubbs qui s'est ouvert la gorge. Dennis Bishop qui s'est défenestré. Eric Whalley qui s'est noyé. Et enfin, la petite Amy Benson qui s'est « suicidée » (il prononça ce mot avec ironie) par pendaison. Quatre morts, selon exactement le même procédé que les Jedusor. Etrange coïncidence, n'est-ce pas ?
La gorge nouée et le souffle court, Tom ne répondit rien. Il fixait la table, l'esprit vide. Sonné. Jones avait enquêté à son sujet, il avait fouillé son passé pour en tirait les horreurs les plus noires.
— Alors… J'attends, claqua Jones d'une voix dure. Quelle est ton explication pour ces coïncidences ? Pour ces morts qui s'amassent autour de toi à un rythme qui n'a rien de naturel.
Former les mots était difficile. Les souvenirs des corps sans vie des enfants dansaient devant ses yeux. La longue agonie d'Amy résonnait encore à ses oreilles. Cela avait duré des semaines entières. Voldemort ne pouvait pas prendre possession sans l'accord de son hôte. Les trois premiers garçons avaient été suffisamment naïfs pour le lui donner – ils n'étaient que des enfants après tout, et Voldemort un fin manipulateur. Mais Amy, c'était différent. Elle était déjà plus grande au moment où Voldemort l'avait contactée et peut-être plus futée. Surtout, elle était devenue l'ami de Tom et elle avait compris qu'une ombre planait sur lui. Lorsque Voldemort l'avait contactée, elle avait compris que ce serait son tour.
Elle avait dit non.
Ce n'était pas suffisant. Voldemort ne pouvait peut-être pas prendre possession d'elle, mais il pouvait toujours s'emparer de ses rêves pour les transformer en les plus horribles cauchemars. Au début Amy avait tenté de cacher cela à Tom. Mais Tom était un legilimens naturel : il avait bien vite senti la terreur qui la poursuivait jusque dans l'éveil. Il avait tenté de l'aider. Il avait tout tenté. Tout ce qui était dans le pouvoir d'un enfant de onze ans qui se trouvait au milieu des moldus. Il avait parcouru des librairies, des bibliothèques. Il s'était même aventuré sur le Chemin de Traverse, chez Fleury&Bott. Sans doute serait-il allé sur l'Allée des Embrumes s'il en avait connue l'existence.
Il avait rapporté de la sauge, de la menthe, de l'améthyste, de l'obsidienne. Il avait brulé de l'encens. Il avait tenté des incantations. Il avait tracé des cercles au sel. Il avait utilisé des croix, des mains de Fatma, des étoiles de David et tout autre symbole religieux qu'il avait pu trouver.
Chaque nuit, Tom quittait sa chambre pour rejoindre celle d'Amy Benson. Il s'efforçait de la protéger de mieux qu'il pouvait, d'utiliser sa magie de l'esprit pour l'apaiser, pour alléger sa souffrance pour lui apporter un peu de réconfort alors que Voldemort lui faisait subir les pires tortures dans ces cauchemars. Ça aussi, Tom le ressentait : toute la douleur qui labourait les entrailles de Amy.
Tom avait supplié Voldemort de le tuer lui à la place, et Voldemort avait ri. Tom avait menacé de se tuer, lui, et Voldemort avait ri.
Et Amy souffrait. Et Amy criait. Chaque nuit, sa voix devenue stridente perçait les ténèbres de l'orphelinat.
Ils avaient même tenté de fuir, de se réfugier dans une église. Ce fut une nuit de répit. Mais au petit matin, les adultes les trouvèrent et les renvoyèrent à l'orphelinat. Le cauchemar recommença.
Amy s'affaiblissait. Tom aussi. Quant à Voldemort, il réclama que Tom tua Amy. Il voulait la fusion des âmes. En échange, Voldemort promettait que plus jamais Tom n'aurait à souffrir de la mort d'un de ses proches.
Plus le temps passait, plus la voix d'Amy se brisait à crier, plus la volonté de Tom faiblissait.
Un jour, il quitta l'orphelinat. Pas longtemps, juste quelques heures pour se rendre dans un parc aux belles aubépines en fleur. Quelques instants de répit au milieu du parfum sucrée de ses pétales à la blancheur immaculée.
Puis il était rentré. Il avait découvert le corps d'Amy pendu au bout d'une corde.
— Je n'ai pas voulu leur mort, souffla Tom d'une voix étranglée.
— Ca, c'est typiquement le genre de phrase de quelqu'un qui a quelque chose à se reprocher. Je n'ai pas voulu leur mort, c'est différent de je n'ai rien à voir avec leur mort. Donc tu as un lien. Et moi, je veux savoir quel est ce lien.
Tom ne dit rien. Il garda obstinément le silence, le regard rivé sur ses mains et la gorge nouée. Jones le malmena de questions, le vieux Potter se montra plus doux alors que Shackelbolt se contentait de l'observait d'un regard perçant. C'était une bonne chose, ce pendentif, qui protégeait son esprit. Sans ça, la jeune apprentie Auror aurait eu connaissance de Voldemort. Et elle aussi, elle serait morte. Encore une mort, à cause de lui.
— Pour la dernière fois mon garçon, quel est le lien entre tous ses morts ? Insista Jones d'un ton dur. Je sais que tu le connais. Ton silence parle pour toi, inutile de le nier ! Ton entêtement est non seulement puéril, mais il est aussi dangereux. Arrête de te comporter comme un idiot et dis-moi ce qui se passe !
Jones, s'était différent. Il y avait cette tentation horrible que Tom s'efforçait d'étouffer. Cette petite voix qui lui soufflait à l'oreille « parle de Voldemort à ce détestable Auror et il ne t'embêtera plus jamais ». Non ! Jones agissait certes avec rudesse et mépris, mais il ne méritait pas de mourir !
— Très bien. Shannaz, va me chercher son amie, Eutropia Grayson. Peut-être qu'elle m'en dira plus.
— Laissez-là tranquille ! S'exclama Tom. Elle n'a rien à voir là-dedans !
— Votre ton, jeune homme ! Et Rasseyez-vous ! Je veux bien croire que l'éducation à l'orphelinat moldue était plus que rudimentaire, mais cela n'excuse pas votre manque de respect !
Tom réalisa qu'il s'était levé sous le coup de la colère. Il se rassit, honteux de lui-même et perdu. Il lança un regard d'appel à l'aide au vieux Potter, certain de n'y trouver que du mépris et de la déception. L'auror émérite n'avait eu de cesse de tenter de l'aider et de le protéger et en retour, Tom n'avait fait que lui cacher des informations importantes. Comme la mort des enfants, à l'orphelinat, selon le même procédé que les Jedusor.
Le Vieux Potter, pourtant, lui répondit d'un sourire bienveillant qui déchira le cœur de Tom. Il ne méritait pas tant de bonté.
OoOoOoO
Les Grayson entrèrent dans le salon la tête haute. Girish et Diana encadraient leur fille. Girish irradiait de la force tranquille des Grayson, qui semblait incarner le vieil adage de Poudlard « nul ne titille un dragon qui dort ». Quant à Diana, elle avait cette férocité glaciale d'une Selwyn passée à Poufsouffle : nul ne touchait à sa fille unique, fut-il auror dans le cadre officiel d'une enquête.
Dans ces moments-là, Eutropia mesurait sa chance d'avoir de tels parents. Ils avaient des défauts, certes. Son père était souvent absent. Il semblait plus marié à son travail qu'à sa femme par moment. Sa mère était… eh bien, elle était une Selwyn. Exigeante, inquiète du qu'en-dira-t-on et peu patiente. Mais Eutropia n'avait jamais douté de l'amour qu'ils lui portaient, ni du fait qu'elle pourrait toujours se réfugier auprès d'eux pour trouver de la sécurité. C'était d'ailleurs ce qu'elle faisait : elle s'accrochait à sa mère, comme une enfant effrayée par la présence du méchant auror.
— Cette fois-ci, vous ne pouvez pas nous chasser, lâcha Diana en s'asseyant.
— En effet, je ne le peux pas, admit Jones avec le plus grand calme. Je ne le veux pas non plus. Je crois que vous serez très intéressés par ce que j'ai à vous apprendre.
Et Jones raconta tout avec une minutie cruelle. Que Tom était bien le fils de Meropée Gaunt et du Tom Jedusor de Little Hangleton. Que des enfants étaient morts à son orphelinat, exactement de la même manière que les Jedusor. Les doutes qu'il nourrissait enfin, sur les circonstances exactes de la mort de Mulciber qui, hasard, s'était produite en juin à l'instar des autres morts de l'orphelinat.
Les Grayson écoutèrent avec un grand calme, sans ciller. Le regard sûr. Sauf Eutropia qui prenait des teintes de plus en plus grises devant les révélations de l'auror et jetait des coups d'œil inquiets à ses parents. Quant à Tom, très pâle, il fixait la table sans pouvoir détacher son attention des rainures du bois.
— J'en déduis que je ne vous apprends pas grand-chose, termina Jones. Vous ne semblez pas choqués par mes révélations.
— En effet, nous savions déjà, affirma Girish.
— Quoi ? s'étrangla Eutropia estomaquée.
— Oui, confirma Diana. J'ai dû me rendre plusieurs fois à l'orphelinat Wool. Au début pour des raisons administratif. Ensuite, lorsque j'ai entendu votre version plus complète de ce qui s'est passé avec Mulciber, je me suis rappelée que Mrs Cole avait réagis bizarrement lors de notre première rencontre. Vraiment bizarrement, même pour une moldue. Il m'a suffi de l'interroger, comme vous l'avez-vous-même fait.
— Pourquoi ne pas me l'avoir dit plus tôt ? claqua Jones d'un ton sec.
Ses yeux semblaient lancer des éclairs. Diana, très calme, se para de son plus beau sourire.
— Je vous l'aurez dit, si vous m'aviez des questions, plutôt que de critiquer ma manière d'élever ma fille ou de harceler des enfants innocents.
— Vous auriez dû en parler à un auror !
— Ils l'ont fait, déclara Henry Potter.
Ses yeux d'un profond bleu outremer pétillaient derrière ses lunettes rondes alors qu'il fixait Jones d'un air serein.
— Tu vois, Taranis. Il est toujours désagréable de découvrir que l'on nous cache des informations. Si tu m'avais parlé des inscriptions de Morfin Gaunt, peut-être aurait-je fais le lien avec les Jedusor de Little Hangleton. Peut-être que j'aurais pu les sauver. Mais non, après tout ce temps, tu es toujours aussi buté.
— Je ne suis plus ton apprenti depuis longtemps, Henry ! tonna Taranis Jones. Je me passerai de tes conseils de vieux fous.
Il s'était levé sous le coup de l'émotion. C'était bizarrement agréable de le voir perdre le contrôle de lui-même.
— Tu n'es peut-être plus mon apprenti, mais tu es toujours trop fier pour écouter mes conseils, répliqua Henry Potter avec une froideur qu'Eutropia ne lui connaissait pas.
Son visage conservait sa sérénité habituelle alors qu'il soutenait sans ciller, le regard furieux de Taranis Jones.
— Et comme d'habitude, tu laisses ton jugement être perturbé par ta haine des serpents et des Fourchelangs, ajouta le vieux Henry. C'est à se demander comment tu as pu accepter d'avoir une apprentie Fourchelang.
Peu troublée, Shannaz Schackelbolt se contenta de lever un sourcil. Comme à son habitude, elle restait une présence silencieuse mais extrêmement attentive qui ne ratait pas une miette de tout ce qui se passait. Quant à Taranis Jones, il tremblait de rage contenue avec grande difficulté. Plusieurs fois, il ouvrit la bouche mais se ravisa. Toute son attention se cristallisait sur Tom et le vieux Henry, si bien qu'il n'entendit pas siffler Shannaz Schackelbolt à voix très basse, si basse qu'Eutropia se demanda si elle n'avait pas rêvé :
— $Siffleur des Cauchemars ?$
Et, toujours avec la même discrétion, Girish répondit :
— $Oui$.
Eutropia s'efforça de ne pas tourner la tête vers eux, tout comme elle s'efforçait de rester calme, quand bien même son cœur battait à tout rompre dans la poitrine et ses tripes se tordaient douloureusement. Quant à Tom, très pâle et très raide, il fixait la table, comme étranger à lui-même.
— Je vois, murmura Taranis.
Son regard ne cessait de faire des aller-retours entre Tom et le vieux Henry. Il se ressaisit, reprit sa contenance et sa suffisance.
— J'ai bien appris de toi malgré tout, lâcha-t-il.
Puis d'un ton qui s'était étrangement adouci, il s'adressa à Tom.
— Nous ne sommes peut-être pas parti sur les meilleures bases, mais je ne suis pas ton ennemi, mon garçon. Si tu as des doutes, des informations à me communiquer ou si tu te sens en danger, tu pourras me joindre avec cette carte. Il suffit de la tapoter avec une baguette tout en prononçant mon nom.
Joignant le geste à la parole, il donna ce qui ressemblait à une carte de visite à Tom. Eutropia aussi y eu droit : c'était belle et bien une carte de visite, avec une photographie animée de l'auror, son nom et sa fonction.
Sans autre forme d'explication, Jones se tourna vers Shannaz Schackelbolt et déclara qu'il était temps de partir. Un grand soulagement gagna Eutropia lorsque ce maudit auror fut enfin loin – même s'il restait de nombreux points délicats à gérer.
— Était-ce bien prudent ? s'inquiéta Diana. Même si j'étais ravie de me jouer un peu de lui, le mettre en colère…
— Était la bonne chose à faire, termina Henry Potter. Je connais bien Taranis. Je sais que malgré les apparences, je l'ai convaincu de l'innocence totale des enfants. Et puis cela a évité certaines questions embarrassantes auxquelles Eutropia aurait détesté avoir à répondre et qui ont sans doute un lien avec ce que Shannaz et Girish se sont sifflés en cachette.
Diana lança un regard médusé à son mari. Girish y répondit de son sourire le plus innocence, typique d'un Gryffondor pris en faute.
— Tu es bien observateur Henry, commenta-t-il. Et bien informé sur les secrets des fourchelangs.
— Des choses qui arrive avec mon métier et mon expérience, concéda le vieil auror.
Il se leva.
— Diana, je crois que nous ferions mieux de les laisser entre fourchelangs.
Et ils sortirent tous les deux.
Le cœur d'Eutropia tambourinait contre sa poitrine avec tant de force que ça en devenait douloureux. Le souffle oppressé, elle regarda tour à tour Tom (le teint crayeux, il ne réagissait plus au monde extérieur) et son père (elle ne l'avait jamais vu aussi grave et sérieux).
— Tom, dit Girish d'une voix douce. Ce n'est pas de ta faute.
Tom resta immobile, telle une statut de marbre.
— Je suppose que tu as déjà fais des cauchemars avec un homme au visage hideux, avec des yeux rouges, un nez réduit à deux fentes et une peau pâle comme la mort.
Pâle comme la mort, Tom l'était également. Il tourna la tête avec lenteur et raideur vers Girish, tel un automate aux articulations grippées.
— $Nous l'appelons le « Siffleur de Cauchemars » parmi les fourchelang$, lui apprit Girish. $Tu es loin d'être sa première victime, Tom$.
Tom écarquilla les yeux. Ses pupilles étaient dilatées dans des proportions terrifiantes.
— $Le Siffleur de Cauchemars… mais je croyais que c'était un conte$, souffla Eutropia.
Même s'ils parlaient en fourchelang, elle n'osait pas élever la voix.
— $Si seulement c'était un conte$, soupira Girish. $Non, le Siffleur de Cauchemar est bien réel. Ta grand-mère a même déjà eu à faire à lui.$
— $Mamie Cobra a déjà rencontré Tu-Sais-Qui ?$ s'étrangla Eutropia.
Girish opina d'un air grave et à la fois fier.
— $Oui. Et du peu que j'en sais, le Siffleur a eu une mauvaise surprise en la prenant pour une enfant sans défense. Tom, Eutropia… Il y a une chose que je veux que vous compreniez bien. La menace du Siffleur de Cauchemars est un secret que les Fourchelangs se transmettent de génération en génération. Aux enfants, on leur raconte un conte pour les mettre en garde. Mais dès leur majorité atteinte, on leur apprend la vérité pour qu'à leur tour, ils puissent veiller sur leurs propres enfants.$
Girish soupira. Ses épaules s'affaissèrent un peu. C'était la première fois qu'Eutropia le voyait affiché un signe de faiblesse et ça l'effraya encore plus.
— $Le Siffleur est un monstre de perversion. Il aime s'attaquer aux enfants isolés et s'efforce de les maintenir dans leur isolement. S'ils parlent, des personnes auxquelles ils tiennent risquent de souffrir. Ils ignorent trop souvent que des sorciers adultes savent le tenir à distance. Mais même les Fourchelangs adultes n'aiment pas parler de lui. Le conte… c'est une sorte de compromis. Si un parent parle trop ouvertement du Siffleur à son enfant, il est presque sûr que le Siffleur le tuera, d'une manière ou d'une autre. Le conte permet de juste l'évoquer et si le Siffleur se manifeste à l'enfant, celui-ci pourra prévenir son parent.$
Girish marqua une pause. Il détourna le regard. Lorsqu'il recommença à parler, sa voix était tendue, sa gorge serrée.
— $Comme je l'ai dis, ma mère a déjà eu à faire à lui quand elle était elle-même enfant. Elle a réussi à lui jouer un mauvais tour, mais elle était à peu près certaine qu'il reviendrait se venger sur ses enfants ou ses petits-enfants. Et il a fallu que ça tombe sur toi, Eutropia. Je suis désolé$.
— $Non$, articula Tom. $C'est ma faute$.
— $Tu n'as rien à te reprocher$, protesta Eutropia avec une soudaine véhémence. $Tu as entendu mon père ? Tu-Sais-Qui s'en prend aux enfants Fourchelangs en général, et aux plus isolés en particulier. Tu étais une cible facile, voilà tout$.
Le sang pulsait à ses tempes. Les pensées, elles, restaient embrouillées. Pourquoi n'avait-elle pas fait le lien avec les histoires du Siffleur de Cauchemars que lui racontait son père ? Peut-être parce qu'elle l'avait vu en tant que Voldemort et ça, ça avait occulté toutes les histoires effrayantes qu'elle avait pu entendre.
— $Non. C'est pas tout. Tu sais bien que c'est pas tout.$
Cette fois-ci, Eutropia n'osa pas protester. Jusqu'à quel point son père connaissait Voldemort ? Que pouvait-elle risquer de révéler ? Que devait-elle taire ? Connaissait-il seulement son nom ?
— $Je sais que vous ne voulez pas me dire tout ce que vous savez à son sujet$, dit Girish. $Tout comme j'éprouve moi-même des réticences à vous en parler. Personne n'aime parler du Siffleur de Cauchemars$.
Il soupira à nouveau, se ressaisit un peu et ajouta :
— $Lorsque j'ai appris la mort de Mulciber, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à lui. Une mort en juin… C'est vraiment typique du Siffleur de Cauchemars. Et puis je vous ai vu tous les deux, complotant avec le plus de discrétion possible. Ca, ça a vraiment éveillé mes soupçons. C'est pour cela que j'ai demandé à Diana de se renseigner sur toi lors d'une visite à l'orphelinat, Tom. Et ce que j'y ai appris a confirmé ce que je craignais le plus.$
Girish se tut. Ses mains se serrait sur la table, à s'en blanchir les jointures. La nuque raide, il gardait le regard délibérément devant lui.
— Je me disais que j'avais du temps avant de vous en parler. Que de toute façon, il ne tue qu'en juin. Qu'il serait préférable que j'en discute avec ma mère avant, que ça pouvait bien attendre Noël. Je craignais qu'en abordant le sujet avec vous, je n'attise sa colère. Mais les choses semblent se précipiter. Et à présent, je ne sais pas ce que je peux vous dire, si ce n'est que je suis au courant, comme la majorité des fourchelangs adultes$.
Eutropia opina avec gravité. L'inquiétude de son père lui serrait la gorge. Eprouvant un profond besoin de le rassurer un peu, elle déclara :
— $Pour le moment, je préfère ne pas trop en dire. Tom et moi, nous ne sommes pas seuls, face au Siffleur. Et puis surtout, je suis bien la dernière personne qu'il cherchera à tuer. Je ne peux pas te dire pourquoi, Papa, seulement c'est comme ça. Il ne menace pas ma vie à moi. Et pas trop celle de Tom.$
OoOoOoO
Le reste de la soirée se déroula dans une ambiance pesante de menaces. Diana s'entretint longuement avec Girish et Henry, la porte du bureau close et insonorisée. Alors que les enfants faisaient leur dernier bagage, même Armaël n'avait plus le cœur à plaisanter. Philophore s'attardait chez les Grayson, retardant ce moment fatidique où il devrait traverser la rue pour rentrer chez lui et retrouver cette mère avec qui il ne s'entendait pas vraiment. Comme nuls ne trouvaient le sommeil, ils s'assirent par terre dans la chambre d'Eutropia et essayèrent de discuter de choses et d'autres pour se changer les idées. En vain.
— Je n'arrive pas à croire que tu nous aies caché tout ça Tom, marmonna Armaël en évitant son regard.
Immobile, assis en tailleur avec Nugget dans le creux de ses jambes, Tom garda le silence. Il n'avait pas desserré les lèvres depuis l'entretien avec Jones.
— Et ça aurait servi à quoi ? répliqua Eutropia. A rien, mis à part vous mettre en danger. Tom a gardé le silence pour vous protégez.
— Peut-être, mais nous aurions pu aider ! claqua Armaël.
— Comment ? En crevant à la place de Mulciber ? J'en sais beaucoup plus que toi, et crois-moi, tu n'es pas de taille.
Sa voix baissa d'un ton.
— Aucun de nous l'est.
Jamais Eutropia ne s'était sentie aussi minuscule et impuissante. Impuissante à lutter contre Voldemort. Impuissante à aider Tom. Si au moins Sirseï avait été là, elle aurait pu l'éclairer de sa sagesse et la rassurer de son assurance. Mais ce soir-là, elle ne pouvait compter que sur elle-même.
Son regard croisa celui de Calidora. Elle aussi savait. Mais elle n'était qu'une enfant de onze ans qui allait tout juste faire son entrée à Poudlard.
— Dans ce cas, raconte-nous ce que nous ignorons, insista Armaël alors que l'agacement le gagnait.
— Tu veux crever, c'est ça ? S'énerva Eutropia. Tu peux pas comprendre qu'on cherche à te protéger ?
— Je suis Gryffondor !
— Oui, et alors ? Tu crois que ça t'immunise contre la mort ? Là, on ne parle pas de défis débiles comme tomber dans le lac pour chatouiller le calamar ! On parle de vrais dangers et de vrais morts ! Il y a deux mois, on a vu Mulciber crever sous nos yeux. Y a quatre gosses qui sont morts. Et puis aussi des adultes à Little Hangleton. On en est déjà à neuf morts. Tu veux ajouter ton nom à la liste ?
— Ça, s'est vraiment Serpentard, rétorqua Armaël dont les joues s'échauffer de dangereuses rougeurs. Vous pensez qu'on est trop con pour avoir conscience du danger. Eh bah tu sais quoi ? Si tu ne vois pas qu'il y a du danger, tu n'es pas courageux, t'es juste inconscient.
Les deux enfants se fixaient avec intensité, comme deux chats prêts à se battre à grands renforts de cris et de coup.
— Et puis, tu crois quoi ? poursuivit Armaël. Que je ne sais pas ce qu'est la mort ? Je viens d'un orphelinat moldu, je te rappelle, pas d'une jolie ferme où tu as des fruits toutes l'années et tout plein de médicaments s'il y a besoin. Il y a plein de maladies qui tuent, chez les moldus. La coqueluche, la rougeole, la tuberculose, la grippe aussi ça peut. Et puis tu as les blessures qui peuvent s'infecter, la gangrène qui peut s'y mettre. Et puis tu as les histoires des autres enfants, des histoires qui te font être content d'avoir toujours grandi à l'orphelinat plutôt que d'avoir une famille aussi horrible que la leur qui vont te violer et te prostituer pour payer leur alcool. Tu crois quoi ? Que je ne m'étais jamais battu avant Poudlard pour défendre d'autres gens ? Que je n'ai jamais eu peur pour ma vie, que je n'ai jamais failli crever à cause d'un méchant microbe ? Pardon, si je n'ai pas grandi dans un milieu privilégié comme toi, si je sais ce qu'est la mort et que ouais, quand je dis que je suis prêt à être mis dans la confidence, je suis sérieux pour de vrai et non un stupide enfant inconscient qui veut juste titiller le danger pour le jeu !
La tirade laissa Armaël à bout de souffle. Il s'était un peu détendu. Les mots avaient chassé un peu de toutes cette pression qu'il contenait en lui. Un peu. Il fixait toujours Eutropia avec défi. Quant à Eutropia, elle resta d'abord interdite, avant de secouer la tête et de battre en retraite.
— Je suis désolée. C'est pas ce que je voulais dire. C'est juste que j'ai peur, tu comprends. Je veux pas que tu meurs. Qu'aucun de vous ne meurt. Mais si je me plante, si j'évalue mal quelque chose, des gens peuvent mourir. Des gens vont souffrir. Tom a failli mourir. Bishop a failli mourir et même elle, ça m'embêterait !
Eutropia lutta contre une soudaine envie de pleurer. Tout ça, c'était beaucoup de pression. Et puis, il y avait la mort des Jedusor qui la tourmentait encore. Peut-être qu'elle avait précipité leur mort en mettant Calidora et Sirseï dans la confidence. Peut-être que c'était de sa faute, parce qu'elle n'avait pas tenu ce précieux secret auquel les Fourchelang tenaient temps. Et puis il y avait Tom, qui n'avait pas dit un mot depuis l'entretiens avec ce maudit auror. Il y avait de quoi avoir les nerfs en pelote !
— Eutropia, intervint Héliodore avec douceur. Peut-être que c'est aussi un peu à nous de décider ? Tu es peut-être très forte, mais tu ne peux pas tout supporter toute seule. Ensemble, nous sommes plus forts.
— Et puis, j'ai l'impression que nous sommes déjà un peu en danger, non ? termina Philophore. Le secret, ça ne protège pas tant que ça. Ca peut même faire pire. Ca peut nous séparer. Vous vous isolez de plus en plus de nous, Tom et toi. Mais je crois que ça n'aide personne. Ca ne fait que nous agacé d'être tenu à l'écart, et vous, ça vous fragilise encore plus par manque de soutien.
Eutropia opina, avec le sentiment que les trois Gryffondors avaient déjà discuté entre eux d'une manière à lui faire cracher le morceau. Etait-ce étonnant ? Entre Héliodore le légilimens naturel, Philophore le sagace observateur et Armaël l'ami fidèle et déterminée, comment aurait-il pu en être autrement ?
Les yeux humides, elle réalisait à quel point elle avait de la chance d'avoir de tels amis. Sans eux, elle n'était rien. Vraiment rien. Juste une demi-Sang-Pure caractérielle qui essayait tant bien que mal de se trouver une place. Et ses amis risquaient de mourir. Et il n'y avait pas grand-chose qu'elle pouvait faire pour les protéger. Jouer avec Voldemort, éviter qu'il ne se lasse, respecter ses règles. Se montrer plus fine, prier pour avoir de l'aide extérieure et qu'un miracle se produise.
Elle prit donc une grande inspiration.
— Calidora, est-ce que tu peux utiliser ton jeu de tarot. Savoir si le moins pire, c'est que je parle, ou que je garde le silence.
Non pas qu'Eutropia croit au pouvoir divinatoire du tarot, mais ça aidait à se décider en cas de dilemme, un peu comme tirer à pile ou face. Ça permette aussi de se défausser un peu de la responsabilité d'un choix écrasant.
Calidora opina avec beaucoup de gravité. Elle sortie son jeu quelle conservait toujours sur elle, dans une petite escarcelle à sa ceinture, et commença à battre les cartes avec beaucoup de solennité. Elle était au centre de toute les attentions, mais s'efforçait de se concentrer uniquement sur son jeu, son visage étroit fermé par l'effort. Alors qu'elle mélangeait les cartes, l'une d'entre elles s'échappa. La tour frappée par la foudre. Malgré elle, Eutropia grimaça. De ce qu'elle en savait, ce n'était pas un bon présage. Calidora elle, marqua une pause, fronça des sourcils avant de remettre la carte dans le paquet et de recommencer à mélanger. Enfin, elle tira deux cartes qu'elle posa devant elle. Elle inspira un grand coup, ramena une mèche de cheveux noir corbeau derrière l'oreille et retourna les cartes. Le dix de calices et le sept de calices. Les deux cartes semblaient positives. Le sept de calice représentait une jeune femme souriant rêveusement face à sept coupes avec des petites fées argentés qui lui tournait autour. Quant au dix de calice, on y voyait un couple souriant assis sous un arbre avec une fillette qui cueillait des fleurs et une loutre qui batifolait dans l'eau. Mais Eutropia ni connaissait pas grand-chose. Les sourcils toujours froncés, Calidora se mordilla la lèvre inférieure et une troisième carte. Les amoureux. C'était positif, ça, non ? Alors pourquoi le front de Calidora restait plissé ?
— Il y a un truc bizarre, marmonna-t-elle.
— Je crois que tu n'as pas fais ton truc habituelle pour avoir des cartes inversées, tenta Heliodore.
Calidora écarquilla les yeux, soudain frappée par une illumination. Un nouveau sourire naquit sur ses lèvres.
— Je crois que j'ai compris. Tom, toi, tu en penses quoi ?
Tom ne réagit qu'après un temps de latence. Son regard un peu vide se fixa mollement sur les cartes. Le cœur d'Eutropia se serra alors que son sang s'échauffait. Tout ça, c'était de la faute de ce maudit auror qui l'avait malmené de questions et remué ses souvenirs les plus douloureux avec cruauté. Ce n'était pas juste ! Les aurors, c'étaient censés protéger les innocents, pas brutaliser un enfant qui avait le malheur d'être fourchelang !
— La tour est sortie, dit Tom à voix très basse. Ce n'est pas bon signe.
— Oublie la Tour pour le moment. Regarde les cartes qui sont devant moi. Qu'est-ce que ça t'évoque ?
Tom marqua un temps avant de désigner d'un doigt hésitant les Amoureux.
— Ca, c'est Eutropia et moi.
Calidora opina avec un petit sourire.
— Oui. Je crois que ça représente vous deux, face à la nécessité de faire un choix. Je l'ai tirée, parce que j'avais du mal à interpréter les deux premières cartes. L'une correspond à se taire, l'autre à parler. Qui vois-tu ?
Tom étudia les cartes, les sourcils aussi froncés que Calidora. Eutropia ne put s'empêcher d'éprouver une pointe de jalousie : il y avait entre ces deux-là une complicité qui lui était inaccessible. Mais c'était bénéfique pour Tom. Peu à peu, les traits de son visage se détendait, les couleurs revenaient.
— Le dix de calice est une carte positive. C'est la bonne entente familiale, le bonheur, l'harmonie. Le sept de calice, ce sont les innombrables choix, les illusions aussi. Je… Quelle est la carte du secret ? Le sept de calice, c'est illusion. Mais le dix de calice est…
Tom marqua un temps d'arrêt.
— Ecoute la magie, lui souffla Calidora. Ferme les yeux, passe tes mains sur les cartes et écoute la magie.
Tom s'exécuta. Ses mains fines et pâles caressèrent la surface fatiguée des cartes. Ses épaules se soulevèrent à intervalles réguliers sous l'effet de la respiration.
— Soit neutre, ajouta Calidora. Efface tes craintes et tes doutes pour que seule la magie guide ta main.
Tom s'immobilisa au-dessus du dix de calice, souleva un peu sa main. La carte se mit en mouvement d'elle-même et se retourna. Tom rouvrit ses yeux, étonné de ce qui venait de se produire.
— Le dix de calice doit être lu à l'envers. La discord, la mésentente qui vient troubler la famille.
Calidora opina avec un sourire éclatant.
— Oui ! Toi et Eutropia, vous devez faire un choix. Vous taire, ça risque peu à peu de créer des dissensions avec ceux qui vous entourent. Mais qui sait ce que ça va apporter de parler ? L'avenir est très incertain, va dépendre des multitudes des choix qu'il y aura à faire, des illusions à percer.
— Et la Tour ?
— La Tour, ce sont des changements brutaux et irrémédiable, souvent douloureux. C'est sûr que parler, ce n'est pas facile. Mais ne rien dire, c'est se laisser tomber lentement dans la discorde et l'isolement.
— Donc tu penses qu'il faut parler, résuma Eutropia. Sirseï aussi le pensait.
Elle interrogea Tom du regard. C'était un coup de poker. Se jeter dans l'incertain en priant très fort pour que ça ne soit pas pire que ce qui était certain. Et Tom opina.
— J'aime bien le chiffre sept, murmura-t-il. Et je suis fatigué de me taire.
Alors Eutropia leur raconta tout. Absolument tout. A la fin, un lourd silence régnait dans la chambre, que nul ne semblait oser briser. Hormis Armaël.
— Eh beh… Je ne sais pas ce qui me perturbe le plus. Imaginer Tom en mage noir, ou savoir que tu es plus vieille que moi et donc en théorie plus mature. Je dis bien en théorie, hein. Parce qu'en pratique…
Eutropia lui répondit d'un geste obscène.
— Voilà. C'est bien ce que je dis. T'as douze ans d'âge mentale, insista Armaël.
Il souriait. Ce sourire faisait vraiment du bien à voir. Tellement de bien qu'Eutropia ne put s'empêcher de rire. Le rire se communiqua à tout le groupe, avec cette vertu magique de faire s'envoler les tensions.
Alors qu'elle riait, Eutropia conçut l'intime conviction d'avoir pris la bonne décision.
Bon... Vous voulez la vérité ? J'ai les chapitres 6 et 7 de terminés. La suite quand j'aurais eu la motivation de corriger le chapitre 6. Le titre : Une rentrée détraquée. Possible qu'on y voit quelques détraqueurs, du feu et un Grimm en mode badass.
Et pi de toute façon, Grimm il défonce le Roi de la Nuit. Because Grimm.
