Bonjour,

Voici le 6ème chapitre et Dean accueille un chien !

Pour avoir adopté mon chien à la SPA, la description des lieux est inspirée de l'endroit où je suis allée chercher Nox (mon chien). Mais les gens étaient plus sympas ...

Merci de continuer à me lire et à m'écrire.

Bonne journée et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Hallowed be thy name de Iron Maiden

Chapitre 6 : Le chien

« Plus on apprend à connaître l'homme, plus on apprend à estimer le chien »

Alphonse Toussenel

Dire que Dean n'était pas enthousiaste à l'idée de se rendre au refuge pour adopter un chien était un doux euphémisme. Le jeune homme n'avait rien contre les animaux en général même s'il devait reconnaître qu'il avait un peu peur des lapins (ce qu'il n'admettrait jamais à haute voix, il avait trop de fierté pour ça). Il ne leur voulait pas de mal et était toujours proprement scandalisé quand il entendait à la télévision qu'une personne quelque part avait tué son chien ou maltraité son chat. Il était tout à fait pour des sanctions sévères contre ces personnes.

Mais il n'avait pas envie d'avoir un animal chez lui. Il n'avait pas envie d'en être responsable. Il ne voulait pas à avoir à se soucier de son bien être, de sa santé et de sa vie en général. Il était totalement incapable de s'occuper de lui même. Il ne voyait pas comment il pourrait gérer la vie d'un être qui serait inévitablement totalement dépendant de lui.

Il aimait les animaux. Mais il les aimait chez les autres. Pas chez lui. Jamais chez lui. Il avait, du surcroît, un problème avec la saleté qu'ils semblaient constamment laisser derrière eux. Avec leur poils qu'on retrouvait partout ensuite. Avec leur odeur. Dean était convaincu qu'il finirait par perdre la tête avec un chien au quotidien chez lui.

Il était enfin terrifié à l'idée de faire quelque chose de travers. Terrifié à l'idée de ne pas être à la hauteur. Il finirait très certainement par oublier de nourrir la pauvre bête. Ou de lui donner de l'eau. Et il le retrouverait mort au milieu de son salon avant qu'il puisse le rendre.

Dean ne voulait pas avoir à acheter un panier pour lui, des jouets ou des gamelles. Il ne voulait pas avoir à changer ses habitudes parce qu'il n'était plus seul.

Mais pire que tout cela encore, Dean était absolument et totalement terrifié à l'idée de finir par aimer ce chien. D'être incapable de le rendre et de finir par s'attacher à lui. Il s'en savait capable. Il n'était pas sans cœur. Et il pourrait tout à fait aimer cet animal et se retrouver dans l'incapacité de le rendre. Il ne voulait pas développer de l'affection pour quoi que ce soit ou qui que ce soit. Parce qu'il ne pouvait toujours pas jurer qu'il serait toujours de ce monde à la fin de cette année. Et il serait égoïste de laisser un chien s'attacher à lui pour l'abandonner ensuite. Dean était peut être égoïste mais il n'était pas cruel à ce point.

Toutefois, le jeune homme n'avait pas pour autant l'intention de reculer. Il avait donné son accord à Castiel et il allait s'y tenir. Il allait toutefois devoir faire en sorte ensuite de rester le plus détaché possible avec cet animal. S'en tenir aux quelques semaines demandées par Castiel et le rendre ensuite en prétextant qu'ils ne s'entendaient pas. Ce serait préférable pour ce chien. Il pourrait trouver une famille qui voudrait réellement de lui. Et ne pas avoir à vivre avec un homme qui était incapable de prendre soin de lui.

Dean était déterminé à réussir cette mission et comme à chaque fois qu'il avait un objectif en tête, il ne laisserait rien ni personne le convaincre du contraire.

Il était presque midi quand il se réveilla finalement dimanche. Il ne s'était pas couché particulièrement tard la veille, s'effondrant sur son lit dès qu'il s'était séparé de Castiel mais il avait accumulé beaucoup de retard. Il avait bien besoin d'un peu de rab.

Fatigué et à peine conscient de son environnement, Dean agit en auto pilote jusqu'à être à peu près réveillé. Il avala plusieurs cafés, pris une douche rapide puis s'habilla sans même prêter attention à ce qu'il choisissait. Sa garde robe ne lui offrait de toute façon pas un grand choix. Il n'avait que des jeans de la même couleur - leur seule différence étant le nombre de trous qu'ils avaient – des tee shirt et des vestes à capuches. Il avait encore quelques surchemises mais il ne les portait plus vraiment. Elles avaient été reléguées au fond de son placard depuis son emménagement à New York.

Il n'avait pas non plus le choix de ses sous vêtements puisqu'il n'avait que des boxers noirs ou gris foncés. Il pouvait donc s'habiller les yeux fermés tout en étant sûr de ne pas faire de faute de goût.

Quand il rejoignit la cuisine, il était un peu plus conscient de son environnement. Il se sentait capable de se préparer quelque chose à manger. Malgré l'heure tardive, il opta pour des œufs et du bacon. Sam lui avait souvent dit que son régime alimentaire finirait probablement par le tuer. Il était presque sûr que ses artères finiraient bouchées par toute la graisse ingérée mais il s'en contrefichait. Il avait la chance de pouvoir manger sans grossir. Il comptait bien en profiter tout en ignorant que c'était très certainement du à la drogue qu'il consommait.

Une fois son assiette vidée, Dean se servit un bol de céréales puis alluma une cigarette en sirotant son énième tasse de café.

Il se surprit à repenser à la soirée de la veille. Castiel l'avait totalement surpris en acceptant son défi. Il l'avait également surpris en allant jusqu'au bout malgré sa peur et sa panique évidente. Il devait reconnaître que son compagnon avait su se montrer courageux. Sa réaction ensuite n'avait pas été très surprenante. Il était évident que Castiel subissait le contre coup de ce qu'ils avaient fait. Il lui faudrait probablement plusieurs semaines pour ne pas se sentir coupable à chaque fois qu'il accomplissait quelque chose que beaucoup d'autres auraient considéré comme dangereux, stupide ou anormal. Dean allait lui apprendre à ne plus se soucier du regard des gens. Il en avait fait sa mission pour l'année à venir.

Il ne savait pas vraiment d'où lui venait cette motivation mais il n'avait pas pour autant l'intention de la nier. Il voulait voir son compagnon se libérer enfin complètement. Pour cela, il était totalement prêt à sacrifier la majorité de ses soirées. Peut être cela finirait il par l'aider à trouver un sens à sa propre existence.

« Aide les autres et tu t'aideras toi même » disait le proverbe. Dean espérait sincèrement que c'était vrai. Et que cela se vérifierait durant cette année avec Castiel.

Une fois sa cigarette finie et ses céréales avalés avec son café, le jeune homme jeta sa vaisselle sale dans l'évier sans prendre la peine de la laver et récupéra ce dont il avait besoin pour la journée. Il envoya ensuite un message à Castiel pour lui dire qu'il était prêt. Son compagnon lui répondit aussitôt qu'il serait là d'ici trente minutes.

Dean les passa en fumant trop de cigarettes et en buvant un dernier café. Quand son téléphone vibra dans sa main lui indiquant l'arrivée de Castiel, il sortit de son appartement déterminé. Il était temps pour lui d'adopter un chien.

Il descendit les escaliers deux par deux, saluant d'un signe de la tête son voisin dont il ignorait le nom. L'homme ne semblait pas l'apprécier. C'est sans doute du au fait qu'il rentrait à toutes heures, qu'il écoutait la musique trop fort et qu'il recevait parfois chez lui des amis – dealers – plus ou moins louches. Il était également certain que cet homme avait senti les odeurs de Marijuana qui s'échappaient de son balcon en été. Les gens de l'immeuble avaient peur de lui. Peur de ses fréquentations. Peur également parce qu'il était tatoué et percé et que cela ne collait pas à l'image du jeune homme responsable et raisonnable qu'ils auraient voulu comme voisin.

Dean s'en fichait comme à chaque fois qu'il était jugé et critiqué. Il n'avait pas l'intention de changer. Et puisque personne ne faisait un effort pour se montrer poli avec lui dans l'immeuble, il n'en ferait pas non plus en retour.

Une fois à l'extérieur, Dean remonta sa capuche sur sa tête. Il aurait pu jurer sentir le regard de quelqu'un dans son dos, probablement depuis une des fenêtres de l'immeuble. Il n'y prêta pas vraiment d'attention et chercha à la place Castiel du regard. Il ne put s'empêcher de sourire quand il vit son compagnon non loin de lui. Il était debout à côté d'une voiture qu'il avait très certainement louée pour l'occasion. Dean l'étudia avec une grimace. Il était un fin connaisseur en matière de voitures. En grande partie parce qu'il avait appris à apprécier les véhicules de collection avec Bobby. Il avait développé une aversion certaine pour toutes les voitures modernes. Et plus encore pour celles qu'on qualifiait d'écologiquement responsables. Comme celle que Castiel avait louée. Une Ford Prius grise et sans aucun charme. Elle consommait probablement peu d'essence et pouvait être garée partout sans se soucier de l'espace disponible. Mais elle était commune et inintéressante. Dean préférait de loin sa voiture. L'Impala était ancienne, bruyante et consommait une quantité d'essence astronomique. Elle était également très polluante. Mais Dean ne se sentait pas coupable quand il prenait le volant. Il trouvait cela ironique et hypocrite que les États exigent de leurs habitants de se montrer responsables en terme d'écologie quand les multinationales qu'ils protégeaient précieusement polluaient mille fois plus que chaque individu. S'ils voulaient que les choses changent, ils n'avaient qu'à s'attaquer aux plus gros pollueurs. Dean ne se sentait pas responsable du réchauffement climatique. Ou de la fonte de la banquise. Ils pouvaient tous aller se faire voir.

Mais Castiel semblait avoir mordu à l'hameçon. Ou il se fichait peut être tout simplement de la voiture dans laquelle il se trouvait du moment qu'elle était capable de le mener d'un point A à un point B. Dean n'avait pas le choix. Puisqu'il refusait catégoriquement de faire entrer son futur chien – l'idée continuait de le faire frissonner – dans sa précieuse voiture, il allait devoir accepter de grimper dans celle que Castiel avait louée. Il n'était pas tout à fait que sûr que sa fierté n'en serait pas atteinte.

Dean s'approcha de la voiture en reportant son attention sur Castiel. Quand il fut à sa hauteur, il lui adressa un large sourire.

- Jolie voiture, lança t-il en tapotant le toit du véhicule.

Castiel sembla surpris une seconde mais finit par hocher la tête.

- Oh merci … elle n'est pas à moi.

De toute évidence, son compagnon avait du mal à comprendre l'ironie. Dean choisit de ne pas préciser qu'il ne pensait pas ce qu'il venait de dire. Il ouvrit la portière passager à la place et s'installa sur le siège. Il grimaça à nouveau en observant l'intérieur du véhicule. Il était standard et moderne. Le jeune homme détestait ça.

- J'ai pensé qu'il serait préférable de faire un tour à l'animalerie avant d'aller chercher le chien. Tu vas avoir besoin de beaucoup de choses avant de pouvoir le ramener chez toi.

Dean hocha la tête. Il savait que son compagnon avait raison. Mais il était agacé à l'idée de dépenser de l'argent pour un animal qu'il ne voulait pas avoir. De surcroît, il détestait ce genre de magasins. Ils attiraient des familles enthousiastes et bruyantes. Des gens qui ne manqueraient pas de le regarder en se demandant ce qu'il pouvait bien faire là. En pensant probablement qu'il était du genre à ne pas savoir s'occuper d'un animal. Ce qui n'était pas totalement faux bien sûr. Mais il savait d'ors et déjà qu'il allait détester l'endroit. Comme il détestait les supermarchés, les chaînes et les magasins de vêtements immenses où les gens se pressaient pour faire de « bonnes affaires ».

Dean n'aimait pas la foule. Il n'aimait pas les gens. Et il aurait nettement préféré passer sa journée sur son canapé à regarder la télévision et à manger tout ce qui lui passait sous la main. Bien sûr, Castiel avait d'autres idées en tête. Et Dean n'avait pas d'autre choix que de le suivre.

Ils roulèrent en silence jusqu'au magasin et quand Castiel se gara non loin de l'entrée, Dean poussa un long soupire.

- Quoi ? Demanda aussitôt son compagnon.

Dean haussa les épaules.

- Je déteste l'idée qu'on puisse me voir dans cette voiture. Si je croise quelqu'un que je connais, j'en entendrais parler jusqu'à la fin de mes jours.

- Je croyais que tu aimais ma voiture, répliqua Castiel, visiblement perdu.

Dean allait devoir sérieusement lui apprendre à saisir le second degré et à déceler l'ironie. Parce qu'à force de tout prendre au pied de la lettre, Castiel risquait rapidement d'être perdu avec lui.

- C'était ironique Cas. Tu connais ce mot non ? Si ce n'est pas le cas, je t'invite à le regarder dans un dictionnaire. Sans quoi, tu risques d'avoir quelques problèmes avec moi.

Dean ne l'avait pas dit avec méchanceté. C'était juste une plaisanterie de plus. C'était son mode opératoire. Il se moquait toujours gentiment des gens autour de lui. Il avait appris qu'être le comique de service lui évitait qu'on se soucie trop de lui. Qu'on lui pose des questions sur son état d'esprit. Il riait de tout et cela amusait en général son entourage.

- Oh d'accord. Je pensais juste … c'était la moins chère.

Castiel semblait gêné à présent et ce n'était pas ce que Dean cherchait. Il lui adressa donc un sourire pour le détendre un peu.

- Je plaisantais, rassure toi. C'est quelque chose que je fais souvent. Tu vas devoir t'y habituer. On y va ?

Castiel hocha la tête et Dean sortit alors du véhicule. Le parking était plein et le jeune homme grimaça une énième fois. Il allait devoir composer avec la foule des gens venus faire leurs courses. Il détestait se retrouver parmi eux. Mais une nouvelle fois, il ne comptait pas reculer. Il les laisserait le regarder et le juger. Et il leur sourirait à tous pour leur prouver qu'il se fichait de tout ça. Comme toujours.

Castiel le suivit à l'intérieur du magasin. Presque aussitôt, de la musique parvint aux oreilles de Dean. C'était une chanson pop qu'il détestait. Il savait que les gérants optaient pour quelque chose de calme et de récent pour que les gens puissent se sentir à l'aise. Il supposait qu'imposer un style plus agressif les ferait sans doute fuir. Quand il était au salon, il choisissait toujours la musique qui était diffusée. Heureusement pour lui, la clientèle ne semblait pas gênée. Sans doute parce qu'ils avaient des goûts similaires.

Dean regarda rapidement autour de lui pour localiser le bon rayon puis se dirigea dans cette direction.

Il s'arrêta devant les gamelles et les observa longuement. Il en choisit finalement deux au hasard et les tendit à Castiel. Il attrapa ensuite un sac de croquettes sans se soucier de la race, de la taille ou de l'âge de l'animal auquel elles étaient destinées. Il ajouta une sorte de balle en caoutchouc à ses achats, un os qui occuperait l'animal quand il ne serait pas là puis une laisse et un collier. Castiel semblait avoir choisi de ne pas commenter ce qu'il prenait. Il était étrangement silencieux et Dean n'aimait pas particulièrement cela.

Il avait l'habitude qu'on lui parle. Au salon, il y avait toujours quelqu'un pour s'adresser à lui. Et il avait grandi avec un frère qui ne parvenait jamais à se taire. Il avait appris à redouter le silence des autres. Il avait toujours l'impression qu'il cachait quelque chose. Qu'il annonçait une mauvaise nouvelle.

Ce ne fut toutefois que lorsqu'il attrapa un panier et un coussin – taille moyenne parce qu'il n'avait pas l'intention de prendre un grand chien mais refusait également d'en avoir un petit – que Castiel prit finalement la parole.

- Tu as déjà réfléchi au nom que tu lui donneras ?

Dean se tourna vers lui et le dévisagea une seconde.

- Est ce que le refuge ne se charge pas de ce genre de choses ?

Il ne savait pas du tout comment ces endroits fonctionnaient. Mais il supposait qu'ils devaient donner un nom aux animaux qu'ils récupéraient. Et à vrai dire, il n'avait pas vraiment envie de le faire lui même. Ce serait donner trop d'importance à un chien qu'il finirait par rendre. C'était un pas de plus vers un attachement qu'il redoutait plus que tout.

- Et bien, ils le font parfois. Mais il est de coutume de donner un nom à son animal.

Dean haussa alors les épaules en prenant la direction de la caisse du magasin. Il ne pensait pas avoir oublié quoi que ce soit. Il ne voulait pas faire de dépenses excessives non plus. Il ne gagnait pas trop mal sa vie sans rouler sur l'or. Et il refusait de faire des frais pour cet animal.

- Je suppose que je l'appellerais le chien, déclara t-il en s'arrêtant au bout de la longue queue aux caisses.

Il vit Castiel grimacer puis secouer la tête du coin de l'œil.

- Dean, tu ne peux pas appeler ton chien, le chien. Ce n'est pas un nom.

- Chien tout court alors si la particule le met mal à l'aise, rétorqua t-il en observant une famille s'extasier devant des jouets pour chat.

Il était déjà fatigué par toute cette histoire et il n'avait pas encore récupéré son futur chien. La journée s'annonçait longue.

- Dean, tu dois lui trouver un nom. Le chien ou chien tout court, ce n'est pas … normal.

- Mais je ne suis pas normal, commenta Dean en souriant.

Une petite fille le regardait fixement à présent. Elle semblait fasciné par les tatouages dans son cou. Et par le piercing à sa lèvre. Il savait combien les enfants pouvaient être curieux. Souvent, certains lui posaient des questions. Il leur répondait toujours gentiment. Dean n'aimait pas les gens mais il appréciait les enfants. Ils étaient généralement honnêtes et francs. Leurs questions n'étaient pas méchantes. Il adressa donc un sourire à la petite fille avant de tirer la langue dans sa direction. Presque aussitôt, elle rit avant de se tourner à nouveau vers sa mère.

- Il existe des tas de noms plus appropriés, déclara alors Castiel.

Dean soupira avant de lui faire face.

- Je refuse de lui donner un nom qui pourrait également être donné à un humain. C'est juste … ce n'est pas naturel.

Sam s'était souvent moqué de lui à ce sujet. Il était mal à l'aise quand il entendait quelqu'un prononcer un nom humain pour s'adresser à son animal. Il n'aimait pas non plus les gens qui considéraient leur chien ou leur chat comme un membre de leur famille. Chacun devait garder sa place. C'était le meilleur moyen de mettre de la distance et de ne surtout pas s'attacher. Ce qu'il refusait de faire.

- Dean, souffla Castiel, visiblement agacé.

- Ok, ok, je verrais quand je serais face à lui. L'inspiration me viendra peut être en voyant sa tête.

Castiel sembla satisfait par sa réponse. Dean pouvait bien lui accorder ça. Il refusait de cacher son manque d'enthousiasme mais il ne voulait pas non plus énerver son compagnon. Ils allaient passer une partie de l'après midi ensemble et il aurait été stupide de se disputer.

Quand il fut à leur tour de payer, Dean ignora le sourire de la caissière et les questions qu'elle lui posa concernant ses achats. Ce fut Castiel qui se chargea de lui expliquer qu'ils étaient sur le point d'adopter un chien.

- Oh, c'est adorable. Vous formez un joli couple, commenta la caissière qui semblait penser qu'ils allaient adopter l'animal ensemble.

Dean se retint de rire et de nier qu'ils formaient un couple. Castiel en fit de même et ils laissèrent la caissière se faire des illusions. La somme qu'elle leur annonça était astronomique et totalement déraisonnable pour le peu d'articles qu'ils avaient mais une nouvelle fois, Dean se retint de dire quoi que ce soit. Il donna sa carte à la caissière, signa le reçu puis prit la direction de la sortie. Castiel le suivit en silence jusqu'à ce qu'ils chargent tout ce qu'ils avaient dans le coffre de son affreuse voiture.

- Ok, c'est parti je suppose, lança Dean en reprenant place côté passager.

Castiel ne répondit pas immédiatement mais se tourna vers le jeune homme dès qu'il eut remis le contact et prit place derrière le volant.

- Tu pourrais peut être faire comme si tu n'allais pas à l'échafaud pendant juste une seconde. Parce qu'avec la tête que tu fais en ce moment, je doute qu'on te laisse la garde d'un animal.

Dean fronça les sourcils avant d'hausser les épaules. Il était plutôt doué pour jouer un jeu et faire croire aux gens qui l'entouraient qu'il n'était pas réellement celui qu'il était. Il faisait ça avec Sammy à chaque fois qu'ils se voyaient. Il avait appris à cacher ce qu'il ressentait et à masquer ses émotions. Il était presque sûr de réussir à charmer la personne qui les accueillerait au refuge.

- C'est pas de ma faute si je déteste déjà ce chien avant même de l'avoir rencontré, répliqua t-il en regardant le parking par la fenêtre.

Il aperçut la petite fille qui lui avait souri remonter une allée en tenant la main de sa mère. Dean prit alors quelques secondes pour repenser à sa propre mère. Il ne le faisait pas souvent. Il n'aimait pas ce que cela réveillait chez lui. Mary lui manquait atrocement. Il savait que sa vie aurait pu être différente si sa mère avait vécue plus longtemps. Il n'en serait probablement pas là où il en était actuellement.

- Tu ne peux pas détester cet animal avant de l'avoir vu. Et je te conseille vivement de réfléchir à un nom convenable pendant le trajet.

Dean ne dit rien et laissa Castiel quitter le parking en silence. Il se demanda l'image que Castiel avait de lui depuis leur rencontre. Il n'avait pas vraiment été agréable avec lui même s'il estimait ne pas avoir non plus été foncièrement désagréable. Il avait été lui même. Certains ne l'appréciaient pas pour cette raison. Il refusait toutefois de mentir avec les gens qu'il croisait. Il faisait l'effort pour Sam parce qu'il ne voulait pas l'inquiéter. Les autres pouvaient tous aller se faire voir. Et si Castiel souhaitait le voir comme un monstre sans cœur alors il le laisserait. Ca n'avait pas une grande importance.

Ils roulèrent durant un long moment sans rien pour rompre le silence. Castiel n'avait même pas allumé la radio. Dean avait envie de le faire à sa place, juste pour voir s'il pouvait obtenir une réaction de sa part. Mais il se retint. Il se contenta de regarder le paysage défiler sous ses yeux et d'imaginer quel genre de chien il finirait par récupérer.

Ce ne fut que lorsque son compagnon ralentit pour entrer dans un parking qu'il tourna le visage vers lui à nouveau.

- On est arrivé, commenta inutilement Castiel.

Dean hocha alors la tête puis se força à sourire largement. Il savait que cela était efficace sur bien du monde. Il avait hérité des traits de sa mère. Et il savait qu'il était séduisant. Il réussissait à charmer quiconque lui plaisait. Il l'utilisait aussi pour obtenir ce qu'il voulait. Il n'avait aucun doute sur sa capacité à obtenir l'aval des gens du refuge. Il savait toutefois que Castiel n'était pas aussi confiant que lui.

- Que le show commence, lança t-il alors.

Il ouvrit sa portière puis sortit de la voiture. Il attendit que Castiel en ait fait de même avant de prendre la direction de l'entrée du refuge. L'endroit était déprimant et gris. Il n'y avait personne d'autre qu'eux et Dean se demanda une seconde si la façade sombre de l'endroit ne les faisait pas fuir. Il soupira alors que Castiel lui ouvrait la porte.

- La galanterie n'est donc pas morte, plaisanta t-il aussitôt.

Castiel ne dit rien et Dean soupira à nouveau. Il avait de toute évidence réussi à énerver son compagnon.

Ils n'avaient pas fait deux pas à l'intérieur du bâtiment que déjà une jeune femme avançait dans leur direction. Elle avait un sourire sur les lèvres mais elle semblait méfiante. Dean la laissa approcher en la regardant dans les yeux. Il se surprit à craindre, pour la première fois de sa vie sans doute, que son apparence ne joue en sa défaveur.

- Je peux vous aider Messieurs ?

Dean hocha la tête en lui souriant.

- Je suis venu ici pour adopter un chien.

La jeune femme sembla surprise pendant une seconde. Elle l'observa ensuite des pieds à la tête longuement avant d'hocher la tête. Elle leur fit signe de les suivre et Dean s'exécuta sans hésiter. Elle les conduisait à l'extérieur du bâtiment dans une grande cour. Sur tout un côté, le jeune homme vit de grandes cages abritant des chiens. Ils étaient par deux dans leurs enclos et regardaient tous dans leur direction. Dean ne put s'empêcher d'avoir de la peine pour eux. Ils semblaient nourris et bien traités dans cet endroit. Mais ils étaient également enfermés une partie de la journée. Quelques uns se mirent à aboyer quand ils approchèrent. Dean ne laissa pas leur tristesse évidente l'atteindre. Il était venu ici avec une mission en tête.

- Vous vivez en appartement ou en maison ? Demanda la jeune femme en s'arrêtant au milieu de la rangé des cages.

Derrière elle un énorme berger allemand remuait la queue en les regardant avec fascination. Dean fit un effort pour ne pas trop le regarder. Il ne voulait surtout pas se laisser attendrir. Avec lui dans la cage, un caniche était couché dans un panier et ne leur prêtait pas la moindre attention.

- Appartement, répondit finalement Dean en reportant son attention sur la jeune femme.

Cette dernière hocha alors la tête puis sembla réfléchir pendant une seconde.

- Nous avons plusieurs chiens qui pourront parfaitement s'adapter à la vie en appartement. Bien sûr, je ne vous recommande pas un trop gros animal. Il leur faut de préférence un jardin pour se dépenser. Vous aviez une idée de race en tête ?

Dean secoua la tête. A vrai dire, il se fichait pas mal du genre de chien qu'il allait récupérer. Il n'avait pas pris le temps d'y réfléchir. La jeune femme ne sembla pas déçue de l'entendre. Elle lui tourna le dos puis avança à nouveau le long des cages. Elle s'arrêta devant l'une d'elle et croisa ses bras sur sa poitrine.

- Ces deux là seraient parfaits, expliqua t-elle.

Dean regarda les deux chiens à l'intérieur de la cage et fronça les sourcils. Le premier était un autre caniche qui semblait totalement apeuré dans un coin. L'autre était probablement un bâtard. Dean n'aurait même pas su dire de quel croisement de races il était. Il étudia les deux animaux pendant une seconde avant qu'un mouvement dans une cage adjacente n'attire son attention. Il se tourna vers l'animal en question. Il était de taille moyenne, visiblement jeune et très maigre. Il avait le regard d'un cocker mais la stature d'un épagneul. Il sautait quasiment sur place, excité par la présence d'humains à côté de lui. Dean sentit aussitôt son cœur s'accélérer. Il n'aurait pas su dire ce qui était différent chez ce chien mais il lui trouvait quelque chose de spécial. Il s'en approcha lentement et s'accroupit pour être à sa hauteur.

A l'intérieur de la cage, le chien continuait de sauter sur place en aboyant. Il avait une large cicatrice sur le côté du museau. Son poil était terne et il avait une pâte arrière qui semblait tournée dans un sens étrange. De toute évidence, cet animal avait vécu l'enfer. Il pointa son doigt dans sa direction et se tourna vers la jeune femme dans son dos.

- Je veux celui là, déclara t-il d'une voix forte.

Son interlocutrice sembla surprise par son choix. Il supposait que peu de gens s'attardaient devant lui en raison de son aspect. Il n'était pas particulièrement beau et visiblement, il n'était pas pur race. Mais Dean s'en contrefichait totalement. Il avait la sensation que quelque chose le liait déjà à ce chien. C'était peut être en raison de sa cicatrice. Cet animal n'avait pas eu une vie facile et cela lui faisait clairement un point commun avec son futur propriétaire. De surcroît, personne ne voudrait de lui. Dean rendait un fier service au refuge en le choisissant.

- Monsieur, ce chien est … il a besoin de soins médicaux constants en raison d'une très mauvaise fracture de sa patte arrière et de son bassin. Il n'est pas …

- Je me fiche des soins constants. Je le veux lui, la coupa Dean d'une voix forte.

La jeune femme semblait avoir besoin de quelques secondes pour réfléchir. Dean les lui laissa et reporta son attention sur l'animal devant lui. Il colla sa main contre le grillage et sentit presque aussitôt la truffe du chien se coller contre ses doigts. Il était presque sûr que Castiel le regardait fixement, probablement surpris par son comportement. Mais il n'y prêta pas attention. Il était uniquement concentré sur l'animal qui paraissait impatient de ne plus avoir de barrière entre lui et l'humain qui avait collé sa main contre sa cage.

- Ce sont des soins très coûteux Monsieur. Pour être totalement honnête, nous doutons sincèrement de sa capacité de récupération. Il pourrait ne jamais pouvoir courir normalement à nouveau. Il est également possible qu'il développe de l'arthrose et qu'il finisse par être paralysé du train arrière.

Dean était agacé par le comportement de la jeune femme. Il ne comprenait pas pourquoi elle tentait de le dissuader d'adopter ce chien.

- Qu'est-ce qui se passera pour lui si vous ne trouvez personne pour le prendre ? Demanda alors Castiel.

Il n'avait pas parlé jusque là et Dean fut surpris de l'entendre prendre la parole maintenant. Mais puisque cela lui évitait de le faire, il en fut soulagé. Il n'avait pas envie de s'adresser à la jeune femme et de risquer de lui dire quelque chose de désagréable.

- Nous serons obligés d'envisager l'euthanasie. Parfois, il est plus charitable de mettre un terme aux souffrances d'un animal que de l'obliger à les endurer.

Dean ferma les yeux une seconde pour tenter de garder un semblant de calme. Il pouvait sentir la rage monter en lui. Il était révolté à l'idée qu'on puisse envisager une seule seconde de tuer un animal simplement parce qu'il demandait plus de soins qu'un autre. Parce qu'il n'était pas suffisamment beau pour qu'une famille veuille de lui.

- C'est hors de question, déclara t-il en se relevant.

Il fit ensuite volte face pour dévisager la jeune femme. Derrière lui, le chien couinait à présent, visiblement déçu de ne plus être au centre de l'attention.

- Monsieur, c'est …

- Hors de question, la coupa à nouveau Dean. Je vais prendre cet animal et je vais m'occuper de lui. Point final. Si vous refusez de me le laisser, je vais demander à parler à vos supérieurs. Ou peut être même que j'irais parler de vos méthodes à la presse. Est ce que je suis clair ?

La jeune femme hocha la tête, visiblement effrayée. Dean sourit alors puis jeta un coup d'œil à Castiel. Il semblait fier de lui. Le jeune homme savait exactement ce qu'il devait penser de lui à cet instant précis. Mais Dean ne faisait pas ça par charité ou par pure gentillesse. Il le faisait uniquement parce qu'il ne rentrait pas lui même dans les cases, qu'il était en marge de la société et que, s'il avait été à la place de ce chien, on aurait probablement voulu l'abattre lui aussi.

- Très bien, je vais chercher les papiers. En attendant, la procédure veut que je vous laisse quelques minutes avec lui pour faire connaissance. Vous pouvez aller m'attendre là bas. Je vous amène le chien rapidement.

Dean regarda la direction dans laquelle le doigt de la jeune femme était pointé. Il n'y avait pas prêté attention jusque là mais il y avait une sorte de petit jardin entièrement clôturé. De toute évidence, il était réservé aux gens qui voulaient se retrouver un peu seul avec leur futur chien. Dean partit aussitôt dans cette direction sans ajouter un mot. Une seconde plus tard, il entendit Castiel se mettre en route à son tour.

Dean n'était pas prêt à discuter de son attitude avec son compagnon. Il savait que Castiel devait être surpris de le voir aussi déterminé quand il avait affirmé qu'il ne voulait pas de cet animal. Mais il y avait quelque chose chez ce chien qui lui faisait penser à lui. Et il s'était senti lié à lui aussitôt. Il était presque sûr à présent qu'il serait incapable de le rendre une fois la période d'essai passée. Mais il n'avait pas pour autant l'intention de le dire à Castiel.

Ils passèrent le portail puis attendirent en silence quelques minutes. La jeune femme revint alors avec le chien. Elle détacha sa laisse une fois à l'intérieur puis ressortit pour aller chercher les papiers d'adoption. Dean s'accroupit aussitôt pour être à la hauteur de l'animal. Ce dernier s'élança dans sa direction et vint renifler ses mains.

- Salut toi, souffla Dean en souriant.

Une nouvelle fois, il pouvait sentir les yeux de Castiel sur lui. Il resta toutefois concentré sur le chien qui continuait de le renifler en remuant la queue. Dean finit par poser une main sur sa tête, ses doigts effleurant sa cicatrice.

- Tu m'as tout l'air d'un gentil chien hein ? Lança le jeune homme après quelques secondes.

L'animal continuait de remuer la queue. Il tourna ensuite la tête vers Castiel et avança doucement dans sa direction. Il marchait lentement en raison de l'angle de sa patte arrière. Il avait une démarche étrange. Mais Dean le trouvait parfait. Parfait parce qu'il n'était pas parfait justement. Tout comme lui.

- Salut le chien, murmura Castiel en s'accroupissant à son tour.

Dean sourit en regardant son compagnon caresser l'animal devant lui. Il y avait quelque chose de presque symbolique dans sa rencontre avec ce chien. Presque comme si le destin cherchait à lui faire passer un message. Castiel et lui étaient blessés tous les deux. Chacun par quelque chose de différent. Mais ils ne faisaient pas partis des gens normaux. C'était ce qui les avait conduits dans ce refuge. Et ils étaient probablement tombés sur le seul animal aussi amoché qu'eux. Dean devait reconnaître qu'il était ravi.

- Je croyais qu'on ne devait pas l'appeler le chien, fit il remarquer à Castiel.

Ce dernier rit une seconde. Il n'était plus en colère à présent.

- Je croyais que tu ne voulais pas d'un chien, répliqua t-il.

Dean haussa les épaules alors que l'animal s'approchait à nouveau de lui. Il posa ses deux pattes avant sur ses genoux le faisant basculer en arrière et tomber sur les fesses. Mais il s'en fichait. Il était heureux de voir ce chien aussi joyeux.

- Je ne pensais pas en trouver un comme lui. On dirait moi, lança t-il en caressant son chien.

« Son chien ». Il était surpris de penser à lui de cette façon. Mais il était évident à présent que cet animal lui était destiné. Personne d'autre que lui n'en aurait voulu dans son état.

- Sans les tatouages et les piercings mais il y a effectivement une certaine ressemblance, répliqua Castiel, visiblement amusé.

Dean ne dit rien pendant quelques secondes et se contenta de caresser le chien qui remuait entre ses jambes. Il avait d'autres cicatrices sur le corps et le jeune homme pouvait sentir ses côtes sous ses doigts. Il allait avoir besoin de le nourrir rapidement et de lui faire prendre un peu de poids. Il devait également le conduire chez le vétérinaire pour faire évaluer les dégâts et savoir exactement de quels soins il aurait besoin. Il y avait des tas de choses à prévoir. Mais le jeune homme se sentait étrangement prêt à assumer ses nouvelles responsabilités.

- Tu sais … je savais qu'un cœur tendre se cachait quelque part sous cet extérieur de gros dur, commenta Castiel en le regardant jouer avec son chien.

Dean haussa à nouveau les épaules. Il n'avait pas menti avant de venir. Il ne voulait réellement pas d'un animal chez lui. Il n'avait toutefois pas pu s'en empêcher.

- Je ne pouvais pas les laisser l'abattre simplement parce qu'il est différent. Je veux dire … je le suis moi aussi et … je n'ai pas dit que j'allais le garder hein. Je pourrais lui trouver une famille un peu plus ouverte d'esprit que les idiots qui travaillent ici.

- Si tu le dis Dean, commenta alors Castiel.

Le jeune homme n'envisageait effectivement pas de repousser ce chien maintenant qu'il l'avait adopté. Il aurait été cruel de lui faire espérer quelque chose pour le lui retirer ensuite. Dean n'était pas le maître parfait. Il n'était pas la famille d'accueil idéale. Mais ce n'était pas ce dont ce chien avait besoin. Il méritait quelqu'un qui l'acceptait tel qu'il était. Quelqu'un qui se fichait des apparences et savait voir au delà d'un extérieur un peu repoussant. Quelqu'un comme Dean.

- Et ça ne veut pas dire non plus que ton idée était bonne. Je veux bien l'emmener avec moi mais je ne peux pas garantir que je saurais m'en occuper.

- Si tu le dis Dean, répéta Castiel.

Il était visiblement inutile de tenter de le convaincre qu'il n'était pas déjà totalement attaché à cet animal. Il était évident qu'ils étaient faits pour s'entendre. Évident sans doute aussi que Dean avait déjà énormément d'affection pour lui. Castiel l'avait deviné et Dean se rendait ridicule en tentant de le nier.

- Ok tu sais quoi ? Cet attitude de Monsieur je sais tout ne te va pas du tout, déclara t-il en détachant ses yeux de son chien pour regarder son compagnon.

Castiel souriait, visiblement amusé par la situation. Dean tenta de rester de marbre pendant quelques secondes mais finit par sourire à son tour. La joie de son compagnon était communicative. Et il était heureux. Pour la première fois depuis longtemps, il était réellement heureux. Il le devait en grande partie à l'animal qui continuait de remuer entre ses jambes. Et un peu aussi à l'homme qui le regardait avec quelque chose ressemblant fortement à de l'affection. Une alarme se déclencha aussitôt dans la tête de Dean et il détourna les yeux.

- Il est de toute façon fort probable que je finisse par oublier de le nourrir et qu'il choisisse de me dévorer vivant. Et dans ce cas, tu t'en voudras de m'avoir forcé à le prendre. Tout sera de ta faute.

- Je n'ai pas l'impression de t'avoir forcé à quoi que ce soit. C'est toi qui a choisi ce chien et insisté pour le prendre.

- Peut être mais c'était ton idée de venir ici. Ne crois pas que je l'ai oublié.

Castiel marmonna quelque chose mais Dean ne comprit pas ce qu'il disait. Il choisit donc de se taire à son tour pour se concentrer à nouveau sur son chien. Il s'était un peu éloigné de lui pour renifler l'herbe au pied d'un arbre. Dean l'observa longuement avant de se redresser. Il avait les fesses mouillées et de la terre partout sur son jean.

- Tu as une idée de nom pour lui ? Finit par demander Castiel.

Dean secoua la tête. Il n'avait toujours pas pris le temps d'y réfléchir. Il était toutefois déterminé à le faire à présent. Il refusait d'appeler son chien « le chien ». Castiel avait raison. Ce n'était pas convenable. Mais il avait l'esprit totalement vide et l'inspiration refusait de venir.

- Pas encore non, admit il finalement.

Castiel ne sembla pas déçu de l'entendre. Il avait lui aussi les yeux rivés sur le chien qui continuait de renifler le pied de l'arbre avec frénésie.

- Généralement les gens choisissent un nom en rapport avec le comportement de l'animal ou juste qui leur rappelle leur enfance … un livre ou un film qu'ils ont aimé.

Dean hocha alors la tête. Il aimait l'idée de donner à son chien un nom qui avait de l'importance pour lui. Quelque chose qui ne serait pas juste choisi pour faire joli. Il fouilla dans sa mémoire durant quelques secondes avant d'avoir enfin une idée.

- Kansas, déclara t-il brusquement.

Castiel se tourna vers lui, visiblement surpris.

- Quoi ?

- Kansas, ce sera son nom.

Il supposait que ça n'avait rien de très original. Mais cela sonnait bien. Le Kansas était son état d'origine. Et celui dont il avait les meilleurs souvenirs. Ses seuls bons souvenirs même. C'était là que sa mère avait vécu et était morte. C'était là bas qu'il avait grandi avec son frère. Il avait fui le Kansas quand il avait compris qu'il devait mettre de la distance entre lui et son père. Mais il y repensait souvent avec une certaine nostalgie.

- Kansas … j'aime assez, concéda finalement Castiel.

Dean était soulagé de recevoir son approbation. Même si de la part de quelqu'un qui avait prénommé son chat Azazel, ça n'avait probablement pas une grande valeur.

- Tu ne trouves pas ça ridicule ? Demanda t-il alors que le chien s'approchait de lui à nouveau.

Il s'accroupit donc pour le caresser sur le sommet de son crâne. L'animal lui lécha alors le visage, lui arrachant un petit rire.

- Je ne trouve pas ça ridicule, assura finalement Castiel dans son dos.

Dean était prêt à parier qu'il ne parlait pas uniquement du nom choisi. Qu'il entendait par là que rien dans l'attitude du jeune homme ne lui semblait ridicule. Qu'il ne se moquerait pas de lui parce qu'il était déjà attaché à un animal qu'il connaissait depuis cinq minutes. Parce qu'il avait juré ne pas en vouloir et avait changé d'avis en quelques secondes. Castiel semblait l'accepter tel qu'il était. Et Dean devait reconnaître qu'il appréciait cela. Il n'avait jamais réellement su s'intégrer. N'avait pas non plus cherché à le faire. Il était différent des autres et il l'avait accepté. Mais il était agréable de temps en temps de trouver quelqu'un qui se fichait de son extravagance. De son attitude et de son apparence. Dean était presque sûr que la présence et l'acceptation de Castiel pourraient être bénéfiques pour lui. Mais il refusait d'avoir trop d'espoir sur ce point. Parce qu'il savait combien il était difficile de se relever quand on s'apercevait qu'on avait eu tort d'espérer.