Pov Mizuhashi Genta
J'ouvre les yeux, désorienté et tourne la tête pour tomber nez à nez avec l'adorable visage endormi de Ueda-san. Je referme les yeux… et les rouvre brusquement. Son visage endormi ?! Que fait-il dans mon lit ?! D'accord, d'accord Genta, on se calme… Il y a forcément une explication rationnelle au fait qu'une partie de ton fantasme soit devenue réalité…
Je n'ai pourtant pas souvenir d'avoir trop bu au cours de la soirée… Je me souviens avoir interpelé Garnier-san pour lui annoncer que j'hébergerais Ueda-san dans ma chambre, ça oui. Mais lui offrir l'hospitalité n'a jamais induit « l'héberger dans mon lit », alors…
Ah !
Flashback
- Vous êtes ici chez vous, Ueda-san, dis-je au chanteur.
- C'est très gentil, fait-il d'une voix douce. Mais ça m'ennuie un peu de vous priver de la solitude de votre chambre à cause de mes problèmes avec…
- Il n'y a aucun problème, je vous assure, le coupé-je pour qu'il ne culpabilise pas.
Il me dédie un sourire adorable et je me sens fondre. Quel homme charmant.
- Merci, Mizuhashi-san. Dans ce cas, je vais m'installer, dit-il.
Pendant quelques minutes, le silence retombe dans la pièce et, malgré moi, je suis chacun de ses mouvements du regard. Je ne suis ni un pervers ni un profiteur, simplement un connaisseur, qui sait reconnaître une œuvre d'art quand il en voit une. Mon regard est donc strictement artistique. Même si en l'occurrence, le regard en question s'est quelque peu égaré sur le postérieur de ladite œuvre d'art.
- Heu… est ce que je peux abuser et prendre une douche ?
- Vous n'abusez pas. Je vous l'ai dis, vous êtes ici chez vous. Ne vous sentez donc pas obligé de me demander chaque chose. Agissez comme vous l'entendez.
- Tout de même…
- Ne protestez pas, vous allez me vexer, dis-je en souriant.
Celui qu'il me renvoit est si éclatant, qu'il m'éblouit presque et il s'en faut de très peu pour que je ne protège mes yeux de ma main.
- Merci, fait-il de nouveau.
- Attention, Ueda-san, je vais vous mettre à l'amande pour chaque remerciement superflu, le menacé-je gentiment.
Il rit. J'aime son rire. D'un point de vue également artistique bien sûr.
Il rentre donc dans la salle de bain et verrouille la porte. Je me prend à avoir l'esprit qui vagabonde. A quoi ressemble-t-il sous la douche ? Est-il tout fin ou plutôt musclé ? Sa taille semble si fine si je me fie à ses vêtements… Pourrais-je l'entourer d'un seul bras ou me faudrait-il les deux ? Je ferme les yeux et il me semble pouvoir visualiser le tracé des gouttes d'eau qui ruissellent sur sa peau…
Non, stop Genta. Ce n'est pas dans un but inavouable que tu lui as proposé de partager ta chambre. Il parait si farouche, qu'il s'enfuirait certainement s'il savait quelles pensées coupables me traversent l'esprit alors qu'il se détend tranquillement.
Pour penser à autre chose, je me change pour la nuit, gardant simplement mon boxer, à cause de la chaleur, étouffante malgré la climatisation, puis prend un des livres que je laisse toujours dans cette pièce. J'ouvre le volume et commence à lire, mais je ne suis pas concentré. Le bruit de l'eau coulant dans la pièce attenante me hante.
Je me sens réagir à cette simple évocation. Depuis combien de temps n'ai-je pas eu celui d'avoir une relation, même sans lendemain ? Plusieurs années me semble-t-il. Rien d'étonnant, donc, à ce que je fantasme soudain sur l'œuvre d'art nommée Ueda Tatsuya.
Le verrou de la salle de bain se fait de nouveau entendre et je me dépêche de reprendre ma lecture afin qu'il ne puisse pas deviner à quelle rêverie coupable je me suis laissé aller.
- Cette salle de bain est immense ! s'exclame-t-il ingénument en en sortant.
- C'est vr…
Je m'interrompt, stupéfait, car la réponse à mes interrogations précédentes me saute aux yeux étant donné sa tenue semblable à la mienne. En effet, il est musclé. Et même bien plus que je ne le pensais. Surtout ses bras. Ses abdominaux, également, sont parfaitement dessinés et ses cuisses fines galbées à souhait. Quant à sa taille, je pense pouvoir affirmer sans trop me tromper, qu'effectivement, un seul de mes bras suffirait pour l'enlacer.
Mais en l'occurrence, l'enlacer ne me suffirait probablement pas, car je meurs d'envie de suivre, avec ma bouche, le tracé de la goutte d'eau qui roule indécemment sur sa peau, glissant de plus en plus bas sur son torse, jusqu'à l'élastique de son sous-vêtement.
- Mizuhashi-san ?
Sa voix douce me rappelle à la réalité. Mais qu'étais-je en train de dire juste avant ?
- Oui… Ueda-san ?
- Vous n'avez pas terminé votre phrase.
- C'est… Je ne sais plus.
Il rit de nouveau. Son plus agréable à mes oreilles que le doux clapotis d'une source de montagne.
- Il fait très chaud, vous devriez aller prendre une douche vous aussi, me dit-il. Ca vous rafraîchirait.
Une douche… Kami-sama, s'il savait…
- Ne vous en faites pas, Ueda-san, tout va bien.
- Heu… je dors où ? Ah !
Il embrasse du regard la pièce où ne se trouvent que mon lit et le sofa en cuir avec ses deux canapés placés face à un grand écran de télévision accroché au mur… et se dirige vers le canapé.
- Que pensez-vous faire ? lui demandé-je alors.
Il semble décontenancé par ma question.
- Dormir. Il est déjà tard et si le tournage commence demain…
- Justement, puisque le tournage commence demain, il faut que vous dormiez correctement.
Il me regarde sans comprendre.
- Oui et ? Je ne vous suis pas.
- Et vous ne dormirez pas correctement sur ce canapé.
- Il a pourtant l'air confortable.
- Il ne l'est pas.
- Mais alors où est ce que…
Il s'interrompt. Je crois qu'il vient de comprendre où je veux en venir.
- Mais je ne peux pas voyons…
- Bien sûr que si.
- Mais…
- Ueda-san, je vous interdis de dormir sur ce canapé. Installez-vous dans ce lit.
- C'est un ordre ?
- Disons… un conseil extrêmement appuyé.
Il me fixe et son rire résonne encore dans la pièce.
- D'accord, d'accord, capitule-t-il.
Il s'installe donc dans mon lit, du côté droit (comment a-t-il su de quel côté je ne dormais pas ?).
- Bonne nuit, Mizuhashi-san… murmure-t-il.
Il sombre presque instantanément dans le sommeil. Ses altercations avec Nishikido-san, conjuguées au décalage horaire, ont eu raison de sa résistance.
Je m'allonge près de lui mais, incapable de dormir pour le moment, observe son beau visage détendu. Je me sens tout drôle. J'ai envie de le protéger, d'empêcher que quelque mal que ce soit lui soit fait… et en même temps, je suis probablement le plus grand mal qui puisse lui être fait. C'est paradoxal, surtout qu'il se trouve dans mon lit et que le désir qu'il a su m'inspirer à son insu me taraude toujours.
Il faut que je m'arrache à sa contemplation, sinon il va finir par le sentir même dans son sommeil et se réveiller. Il ne faut pas qu'il se réveille. Il a besoin de dormir. Je ferme les yeux mais le sommeil me fuit. Il ne me reste qu'une solution, qui me videra aussi la tête. Deux mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf, deux mille neuf cent quatre-vingt dix-huit…
Fin du flashback
C'est vrai, tout s'est passé comme ça. Et je ne me comprend pas plus ce matin qu'hier soir. C'est vrai, tout s'est passé comme ça. Et je ne me comprend pas plus ce matin qu'hier soir. Il doit être tôt, car le soleil se lève à peine. L'heure parfaite pour min footing matinal. Sans faire de bruit, je prend mes affaires dans la valise que je n'ai pas défaite, me change et sors. Il FAUT que je me vide la tête.
Pov Nishikido Ryo
Je grimace. Qui est le con qui a allumé le soleil ?! J'essaye de bouger mais impossible. Qu'est ce qui se passe ? Merde je suis obligé d'ouvrir les yeux pour piger.
Je les écarquille en constatant que 1) je suis pas tout seul dans mon pieu 2) il fait une chaleur à crever et 3) putain, qu'est ce que la gaijin fout dans mes bras ?! C'est quoi ce bordel ?!
J'ai un sursaut, qui la réveille pas. Attend attend. Stop, temps mort, on rembobine... Réfléchis, Ryo, réfléchis... Comment on en est arrivés là ? La "faveur", le coréen casse-couilles, les potes qui veulent pas m'héberger, la plage, les promesses que j'ai du lui faire pour pouvoir pioncer en paix... Je me souviens même pas de quoi il était question tellement j'étais dans le coltard. Enfin elle non plus surement parce qu'elle était pas dans un meilleur état. Un décalage horaire, ça casse n'importe qui. Mon bras est engourdi. Pas étonnant, elle est allongée dessus. Je décide de la réveiller pour le récupérer et la secoue. Pas trop fort.
- Hé la belle au bois dormant, que je l'appelle.
Elle ouvre les yeux, un peu surprise. Il y a un blanc et elle fait un bond d'au moins deux mètres en manquant se tauler du lit tellement elle s'est éloigner. C'est bien la première fois qu'une nana réagit comme ça en me voyant dans son pieu. Ce serait presque vexant.
- Tu m'explique ce que je faisais dans tes bras exactement ? qu'elle me demande.
- Si je le savais, je te le dirais, mais j'en ai aucune idée figure-toi, je répond en frottant mon bras. T'étais comme ça quand je me suis réveillé.
Elle me lance un regard un peu suspicieux, avant de se laisser retomber sur son oreiller et de s'étirer de tout son long ce qui relève son débardeur sur son ventre.
- Ah je meurs de chaud maintenant...
- Oi tu fais quoi là ? T'as cru que j'étais en bois ou quoi ?
Elle est totalement innocente ou inconsciente pour pas savoir que faire ce genre de truc dans le même lit qu'un mec expose à des problèmes ?
Elle me fixe sans piger. Visiblement, elle a pas du tout réalisé que ça pouvait me faire quelque chose. Soudain...
- Ah !
Putain l'illumination quoi. Elle se rend soudain compte de la situation et se recouvre brusquement du drap. Limite si elle s'enroule même dedans façon rouleau de printemps.
- Ah bah quand même, je grogne.
Pfff faut tout lui dire à cette nana...
Non pas que le spectacle était pas agréable, ne. Ah la la... Je referme les yeux. Sommeil... Saloperie de soleil...
D'un coup, on frappe à la porte.
- Garnier-san, il est huit heures. Il faut aller réveiller tout le monde, fait la voix de son boss.
Merde, est ce que ça craint pas un peu pour elle s'il me trouve dans le pieu de sa 3) secrétaire ?
Elle bondit du lit, et lui parle à travers la porte.
- Je n'avais pas vu l'heure, je m'habille et j'arrive immédiatement !
- Je vous attend devant la porte de l'aile des invités.
J'entends ses pas s'éloigner.
- Je vais attendre que vous soyez de l'autre coté pour sortir de ta chambre, je lui dis.
Comme ça il te fera pas de réflexion.
Je sais même pas pourquoi, mais je me sens coupable comme si j'étais l'amant que le mari risque de trouver dans la chambre de sa femme... alors que j'ai rien à me reprocher. Je crois que ça me ferait chier si elle perdait son job à cause de moi. Même si on s'entend pas des masses.
- Merci... C'est gentil. (elle a l'air touchée) Ma terrasse donne sur la plage, tu devrais pouvoir regagner ta chambre sans être vu.
Elle va dans la salle de bain changer de vêtements, donc elle m'entend surement pas, mais je dis quand même :
- Ok. Salut. Merci pour l'hébergement.
- Et oublie pas ce que tu m'as promis hier soir.
Merde elle a pas oublié... Si je lui dis que moi si, elle va pas aimer.
- Heu ouais ouais... je fais vaguement.
De la salle de bain (dont elle a laissé la porte ouverte. Encore une fois, ou elle a pas peur ou elle est inconsciente. Un mec moins clean que moi aurait sauté sur l'occaze) elle me fait :
- Je ne te lâcherais pas avec ça ne ? Tu lui dois des excuses.
De quoi elle parle ? Aucun souvenir. A qui je... ah... Princesse.
- Hum, je fais juste.
Présenter des excuses au travesti, c'est m'avouer vaincu et je supporte pas ça.
- Tiens, rends-toi utile cinq secondes et aide moi à attacher ça.
Elle se pointe comme ça devant moi et me présente son dos barré par un haut de maillot de bain. Très joli dos d'ailleurs.
- C'est facile à défaire mais pas trop à mettre toute seule.
Je grogne. Un jour, faudra que quelqu'un lui foute la trouille. Qu'elle soit moins confiante que ça. Il pourrait lui arriver des bricoles là si j'étais pas moi.
- Et sinon... Pour Ueda-san, tu as promis. Ta parole a bien un peu de valeur n'est ce pas ? (je grogne de nouveau) Alors tu te débrouilleras comme tu veux mais tu le feras. Rien ne t'oblige à le faire en public aussi.
- Ouais ouais. J'ai pigé...
- C'est bien, qu'elle me dit avec un sourire dans la voix. Je compte sur toi. Fermeture onegai ?
Je referme sa robe mais je pense de mon devoir d'ainé de la prévenir.
- Tu devrais pas être si confiante, Chloé. Imagine si c'était pas moi ou alors un mec avec de mauvaises intentions. Il t'arriverait des bricoles, tu sais.
- Je pense être capable de me défendre, ne t'en fait pas pour moi. Et puis franchement. Je ne vois pas qui pourrait me vouloir du mal tu sais ? Il n'y a que des garçons gentils ici.
Elle a l'air de vraiment le penser. Ce qui confirme ce que je disais.
- Je sais bien que t'es balèze. Mais tu reste une nana. Et ya vingt-cinq mecs ici. Vingt-six si on compte ton boss.
Elle rigole.
- Quelle idée. C'est pas avec Mizuhashi-san que je risque quoique ce soit. C'est un parfait gentleman.
Et puis, qu'est ce que tu veux que quiconque tente ? C'est bardé de caméras, je suis totalement en sécurité.
- Hum...
Je suis pas convaincu. Un mec qui veut vraiment se faire une nana recule pas devant grand chose et y'a des endroits ici qui seront pas surveillés par des caméras. Je lui jette un regard. Elle est trop bien foutue et je suis quasi sur qu'il y a un paquet de collègues qui ont pas baisé depuis un bail. Elle est plus en danger qu'elle croit.
- Fais gaffe quand même. Je suis pas sur que tout le monde sache tenir sa qu... heu enfin que tout le monde soit aussi "gentil" que tu crois. Et t'es trop bo... jolie pour ton propre bien.
Vache c'est dur de tenir son langage. Je suis habitué à parler comme je pense moi.
Elle rougit.
- Je... ferais un peu plus attention alors (elle a l'air gênée. Qu'est ce que j'ai encore dis ?) Euh je dois y aller, ne traine pas trop ici, ok ?
Elle prend littéralement la fuite. Ca aussi c'est la première fois que ça m'arrive. Je pigerais jamais rien aux réactions des nanas.
Pov Mizuhashi Genta
Je regarde la mer. Le son des vagues m'apaise. J'entend un bruit de pas et me retourne en souriant.
- Bonjour, Garnier-san. Vous avez bien dormi ?
- Euh... Oui... Mais peu... Le... "décalage horaire" m'a un peu perturbée, je n'ai pas trop l'habitude malheureusement.
- Je ne vous en veux pas ne vous en faites pas. A partir de maintenant, sur cette ile, vous n'êtes plus ma secrétaire mais la guest de l'émission alors amusez-vous et profitez.
- Mizuhashi-san... Et si... Je n'étais pas à la hauteur ? me dit-elle d'un ton inquiet. Je n'ai pas envie de vous décevoir mais... Et si j'étais inutile et que je n'arrivais pas à maintenir mon autorité face aux garçons ?
- De ce que j'ai constaté, vous en êtes parfaitement capable. Ayez confiance en vous comme quand vous teniez tête à Nishikido-san.
Elle acquiesce.
- Nous allons donc réveiller les garçons ? Les caméras tournent déjà ?
- Elles commenceront à tourner à notre entrée dans le bâtiment. Il suffit de frapper à leur porte.
- Oh. Où se trouve Ueda-san ? me demande-t-elle, étonnée. Vous ne l'avez pas réveillé ?
- Je suis sorti très tôt pour courir. Il dormait encore, expliqué-je.
Je ne vais pas lui dire que je n'ai pas encore eu le courage de le tirer du sommeil car il dormait comme un ange...
Elle a l'air ennuyée.
- Je vois... Malheureusement, j'ai peur qu'on ne puisse pas lui faire de traitement de faveur. Vous allez devoir le réveiller pour ne pas attiser d'éventuelles jalousies, je m'occupe des autres en attendant.
Elle rentre dans la bâtiment et je l'entend clamer "ohayo gozaimasu !". Je souris et retourne a ma chambre. Tout est calme à l'intérieur. Mon colocataire dort toujours. Je sais que je le dois mais le réveiller me fait mal au cour. Je résiste difficilement à l'envie de passer la main dans ses cheveux ou sur sa joue. Je ne peux pas me permettre de faire une différence entre lui et les autres candidats. Je ne peux pas. Je pose finalement la main sur son épaule.
- Ueda-san, l'appellé-je.
Il remue un peu, entrouvre les yeux et me dédie un sourire endormi absolument adorable.
- Bonjour, dis-je. Désolé de vous réveiller mais il est huit heures passées et les caméras ont commencé à tourner.
J'essaye de rendre ma voix aussi neutre que possible, mais j'ignore si j'y parviens. J'espère car je ne veux pas qu'il sache que sa simple présence me bouleverse.
- Oh... Je suis désolé, je ne dors jamais si tard d'habitude.
- Vous avez des excuses entre le décalage horaire et vos rixes avec Nishikido-san.
A ce nom, il semble se réveiller tout à fait mais perd son sourire. Je sais ce qu'il pense, ce qui le tracasse. Et j'ai réfléchi à une solution pendant toute la durée de mon footing. Je m'assois près de lui et cherche comment formuler ma proposition. Pendant que je réfléchis, je lui pose une question. Dont la réponse parait évidente, mais je veux qu'il le dise lui-même.
- Ueda-san... Vous n'avez pas la moindre envie de retourner dans sa chambre, n'est ce pas ?
Il secoue la tête et me fixe comme s'il espérait que je détienne une solution miraculeuse qui puisse empêcher ça.
Je déglutis. S'il me fixe comme ça, je ne vais pas réussir à lui expliquer.
- Est ce que... vous voulez rester ici ? Dans ma chambre je veux dire...
Son regard s'est chargé de reconnaissance et je m'en sens embarrassé car je fais actuellement taire à coups de poing la voix intérieure qui me souffle que je profite de la situation.
- Je... Je peux ? Vraiment ?
Je hoche la tête, peu fier de moi, car ce qui, en apparence, ressemble à une bonne action n'est en réalité qu'un acte égoïste : je veux le garder près de moi.
- Merci, Mizuhashi-san. Merci infiniment.
- Je vous en prie... Par contre, cet arrangement nécessite la plus grande discrétion. Aucun de vos collègues ou de vos amis ne doit savoir.
- Je vous en prie... Par contre cet arrangement va nécessiter la plus grande discrétion. Aucun de vos collègues ou de vos amis ne doit savoir.
- Je vous le promet.
Un sourire radieux éclaire ses traits et je me surprends une fois de plus à réprimer un geste de tendresse envers lui.
- Habillez-vous vite maintenant, lui dis-je. Tout le monde doit déjà se trouver sur la plage pour le petit-déjeuner.
- Hai !
- A tout à l'heure dans ce cas.
Sur ces mots, je m'arrache à sa présence et porte la main à ma poitrine. Pourquoi mon cour bat-il si vite ?
Pov Nishikido Ryo
Je me suis refringué et j'ai compté dix minutes après son départ, pour me faufiler hors de la chambre. La thèse de l'amant caché dans le placard se vérifie.
J'ai plus qu'à faire genre que j'ai pioncé plus loin sur la plage. Je mets les mains dans mes poches et sifflote en rejoignant les autres. J'ai une dalle de tous les diables.
- Tiens tiens tiens, regardez qui voilà, fait Jin en me regardant avec un sourire en coin.
- T'as pu dormir finalement, Ryo ? ajoute Pi de la même façon.
Je leur réponds même pas, à la brochette de traîtres. Ils me payeront le sale coup qu'il m'a fait. Je vais juste me prendre à bouffer et m'assoir plus loin. Je jette un coup d'œil à Chloé pour voir ce qu'elle fout, mais elle bouffe sans tourner la tête vers moi. Donc je suppose qu'on est censés faire comme si on pouvait toujours pas se blairer. La vache la bouffe ici est trop bonne, je pourrais facilement m'habituer. J'allais entamer une deuxième assiette (OSEF des calories), quand je vois arriver Princesse, quinze plombes après tout le monde. Où est ce qu'il a pieuté lui ? Non pas que ça m'intéresse, mais bon…
- Hé, hime, t'as trouvé une chambre où dormir ?! que je lui lance.
Il me répond pas. Nan mais sérieux, il m'ignore quoi. Alors que pour le coup, je lui ai même pas balancé de saloperie. Et là je croise le regard de Chloé, qui a l'air de me dire « commence pas ». Hé, j'ai rien fais du tout là ! Je lui ai juste posé une question, au travesti ! C'est injuste là !
Elle me fait les gros yeux et articule silencieusement « ex-cuse-toi ».
Ouais, ouais, y'a pas le feu… T'as dis que j'étais pas obligé de le faire en public et du public, là, y'a que ça… Je lui fais une grimace et articule pareil « plus tard ». Elle secoue la tête et se détourne pour continuer son petit dej.
- Dis donc Dokkun, m'interpelle alors Yoko, t'as l'air de vachement moins la détester qu'hier, la petite gaijin. Il s'est passé un truc ?
- Même s'il s'était passé quelque chose, je vous dirais que dalle, bande de faux frères, que je réponds. Vous m'avez laissé tomber comme une vieille merde cette nuit, alors que j'étais dans la panade.
- T'avais besoin d'une petite leçon étant donné ton comportement, fait alors Pi. Alors les gars et moi on s'est mis d'accord pour te dire non, quoi que tu demande comme service.
- Ah bah merci du cadeau. Avec vous comme amis, on a pas besoin d'ennemis.
- Mais nan, mais nan, me fait Tacchon en me tapotant le dos.
- Cela dit, t'as pioncé où au final ? demande Jin.
- Si on te demande, tu diras que tu sais pas, Bakanishi, je grogne.
- Oh allez, fais pas la gueule, ajoute Yoko en s'asseyant à ma table, imité des trois autres curieux.
- Ouais, on est inquiets nous…
- Inquiets ?! Tu te fous de ma gueule ?! Vous étiez inquiets cette nuit quand vous m'avez envoyé chier ?!
Je me suis levé en gueulant, ce qui a fait finir toutes les converses autour de nous, mais j'en ai rien à foutre. Là, je suis vénère. Si y'a bien un truc que je supporte pas, c'est qu'on se paye ma tête et là, ils le font pas qu'un peu. Je me barre en marchant à grands pas.
J'ai juste le temps d'entendre Chloé dire à tout le monde qu'elle va me chercher et Tomo me crier de me calmer. Mais nan, ils soulent tous. Il me faut une clope. Faut que j'aille en chercher une. Au moins une.
- Nishikido-san ?
Je m'arrête pas. Je dirais même que j'accélère, mais avec ses petites jambes, elle arrive quand même à me rattraper.
- Ryo ? Attends…
- Quoi ?! que je fais.
Je lui en veux pas à elle. C'est la traîtrise de mes soit-disant amis qui me met hors de moi.
- Tu ne veux pas laisser courir ? Tu ne vas pas faire la tête à tes amis en plus si ? Ils t'ont donné une leçon mais... il faut dire que tu l'as vraiment mérité. Hier tu as été franchement... indigeste. Alors c'est tes potes, si eux peuvent pas te le faire comprendre, qui peut ? Hein ? Alors, agis en mec, et assume. Ils t'ont fait une bonne blague, une bonne vengeance. Maintenant, à toi de voir si tu veux bouder dans ton coin, ou oublier et profiter de ta journée.
- Ce qu'ils ont fait, c'est dégueulasse ! Ca se fait pas entre potes, merde !
- Ca va, hein, tu as trouvé où dormir, et tu as plutôt bien dormi finalement non ? Alors il n'y a pas eu de mal. Mets-toi à leur place. Ils t'adorent, y a pas à en douter, mais parfois, quand tu te comportes comme un gamin, ils en ont ras le bol. Surtout que je pense que eux, ils n'ont rien contre Ueda-san.
- Pourquoi tu le défends autant d'ailleurs ?! Tu l'aime ou quoi ?!
- He ? Qui ça ? Ueda-san ? qu'elle répète, étonnée. Bah oui, je l'aime bien oui (elle sourit) 'est l'un des deux chanteurs dont j'aime le plus la voix à la Johnny's. Et toi, pourquoi tu l'aimes pas ?
- Je parlais pas de l'aimer dans ce sens-là... que je grogne. Et je l'aime pas, parce que sa tronche me revient pas, voilà.
- Tu serais pas un peu jaloux oui ? (elle rigole et ajoute avant que j'ai pu répliquer) Il est mignon je trouve, comme garçon. Et il est gentil lui. Allez, arrête de grognoner pour un oui pour un non, et viens. Ce serait dommage que tu te fasses disqualifier parce que tu as loupé l'épreuve, Nishikido-san.
- He ? Y'a une épreuve ce matin ? que je fais, halluciné.
C'est rapide quand même, ça fait pas vingt-quatre heures qu'on est là.
- Il y a des chances oui, ou sinon, c'est cet après-midi. Allez, bouge toi un peu.
Elle me tire encore par le bras et je la suis. Je grogne encore un peu, mais la perspective de devoir quitter ce paradis tropical par abandon me fait lui emboîter le pas. Elle a l'air contente d'elle vu qu'elle sourit. Mais j'ai pas envie de lui gâcher ça. Allez savoir pourquoi.
Bref, on rejoint la plage où tout le monde est resté et ils me fixent tous. J'ai envie de les envoyer chier, mais je m'abstiens. Pour elle parce qu'elle a pris la peine de venir me chercher alors que mes « potes » sont restés le cul sur leur chaise.
D'un coup, le boss de Chloé (qui a laissé tomber le costard pour un combo t-shirt/chemise ouverte, bermuda de bain, tongs. Quasi comme moi quoi) se lève et prend la parole :
- Maintenant que tout le monde est rassasié, j'ai une annonce à faire.
Ah ah… Alors elle avait raison ?
- La première épreuve sera dévoilée en fin de matinée. D'ici là, vous êtes libres de vous occuper comme vous voulez.
Dans le genre annonce qui sert à rien… Bon, ben je vais en profiter pour parfaire mon bronzage alors.
Je me dirige vers un des transats que j'ai repéré, pas loin de la mer en cas de coup de chaud (pratique pour piquer une tête et revenir se dorer au soleil). Je suis déjà allongé, prêt à faire un somme, quand quelque chose attire ma vue. Un spectacle très agréable ma foi. Chloé en train de se démener avec sa robe, certainement pour se mettre en maillot. Mais je doute qu'elle y arrive, la pauvre, vu qu'elle m'a déjà demandé de lui fermer ce matin. Pris de pitié (de façon pas tout à fait désintéressée, j'avoue), je me relève et m'approche.
- Besoin d'un coup de main ?
- Heu oui, je veux bien que tu défasses le haut, qu'elle me répond, coincée dans le tissu, avant de marmonner : Et fais attention à pas défaire mon maillot ave, ne.
- Tsss, pour qui tu me prends ? Tu parle à Nishikido Ryo. Ore-sama est pas si maladroit.
Même si techniquement, j'aurais rien contre lui enlever « par erreur », son maillot. Mais bref, je défais le zip en trois secondes et le descend sur la moitié de son dos.
- Ca ira là ?
- Monsieur a la technique je vois, qu'elle me provoque, un peu moqueuse. Merci, c'est parfait.
Elle défait le reste de la robe et la laisse tomber la robe à ses pieds.
- A l'eau!
Comme je perds rien de la scène, je la siffle malgré moi. La vache, canon la Chloé !
Je sais pas si elle a pas aimé ou quoi, mais en réponse elle me balance sa robe sur la tronche, ce qui me bouche la vue et je l'entend sauter dans la flotte. Merde, j'ai loupé ça. En plus il est blanc son maillot. Héééééé… mais ouaiiiiiis… il est blanc son maillot ! Je me marre en me demandant si elle a pensé au « petit » problème qui l'attend une fois qu'elle sera trempée. Avec un sourire en coin, j'attends qu'elle réalise.
Bon… cela dit, elle a pas tellement l'air motivée à réaliser. Elle patauge avec un plaisir visible, prolonge le truc, plonge et replonge dans la flotte transparente qui a pas l'air mauvaise, disparait en dessous et y reste en apnée… Mais c'est pas grave. Prend ton temps, éclate-toi bien, ma jolie. Moi je vais attendre que t'ai fini pour me marrer un coup. Et planquer sa robe tiens, bonne idée. Je creuse un trou dans le sable fin avec mes mains, y met la boule de tissu et la recouvre. Je m'assois ensuite dessus et attend en la regardant toujours.
Après avoir nagé un long moment, elle se lève, ruisselante (miam…), ramène ses cheveux en arrière (cheveux qui lui tombent presque jusqu'au cul une fois mouillés quand même)… et là, elle a l'air de remarquer que son haut est devenu transparent. De là, elle devine sûrement qu'il l'est totalement. Je me marre franchement pendant qu'elle se rassoit dans l'eau en quatrième vitesse, près du bord.
- Nishikido-san, vous pouvez m'emmenez une serviette? qu'elle me fait.
- Quelle serviette ? je lui demande, explosé de rire. Y'en a pas là. Vous y avez pas pensé en quittant votre chambre ?
- Bon, ben ma robe alors, tant pis.
- Ah bah merde, elle a disparu, c'est con, je continue, de plus en plus mort de rire.
- Je te l'ai lancée tout à l'heure, tu l'as mise où ? qu'elle me dit encore en passant tu « vous » au « tu ». J'y tiens, ne.
- Je vois pas de quoi tu parle, je dis en faisant comme elle niveau tutoiement.
- Je te préviens, tu vas le regretter si tu m'obliges à sortir de l'eau.
Elle me menace, mais avec ses joues rouges de gêne, ça décrédibilise totalement le truc. Et je suis sûr qu'elle a capté que je la fais chier pour le fun.
- Ouuuuh je meurs de trouille.
La provocation fonctionne… mais elle a plus de ressource que j'aurais pensé, parce qu'elle fout ses cheveux devant ses seins pour les planquer et fonce vers moi qui la matais. Oh oh, ça sent le roussi ! Sauve qui peut ! Provoquer une petite nana pour qu'elle sorte de la flotte ok, mais rester assis quand la petite nana en question est balèze en arts martiaux, nan. Fou, mais pas suicidaire, je prend la fuite de toute ma vitesse. Enfin nan, c'est pas une fuite, c'est un repli stratégique. Un mec fuit pas devant une nana. Surtout si ce mec est ore-sama.
- Reviens ici ! Où est ce que tu as mis ma robe ?!
Elle trace, la vache ! En vingt secondes, elle m'a rattrapé et me chope par le bras.
- Tu as deux secondes !
- Aaaaaaah tu me broie le bras, baka !
J'ai pas le temps de dire autre chose, parce que je me sens me casser la gueule en arrière et atterris sur le sable. Elle m'a fauché les jambes. Et viens de s'assoir sur mon torse. Putain de merde…
- Maintenant tu me dis où tu as mis mes vêtements, qu'elle m'ordonne les joues rouges.
Alors là, chérie, c'était une super mauvaise idée de faire ça. Je me contorsionne pour la faire tomber et retourne la situation en l'immobilisant sous moi, les bras bloqués par mes mains de chaque côté de sa tête. Je la regarde bien en face avec intensité. Elle est super bandante comme ça, putain… Je vais craquer… Je craque et profite qu'elle est sans défense pour une fois, pour l'embrasser.
Je l'ai prise par surprise, du coup elle a pas eu le temps de riposter, sinon je suis sûr, vu comment j'avais volé dans l'aéroport, qu'elle pourrait me balancer. Voir même me faire mal. Mais là, elle bouge pas. Mais vraiment pas du tout. Et je me sens pas capable de m'arrêter maintenant que j'ai commencé, alors je force un peu le passage et approfondis le baiser, sans la lâcher (des fois qu'elle finisse par réagir).
Ses doigts serrent un peu les miens et elle arrête d'être passive pour répondre à mon baiser. Et pas si maladroitement que je pensais. Elle a du avoir plusieurs copains déjà.
Après quelques secondes, je délaisse ses lèvres et la fixe.
- Tu me laisse partir ? S'il te plait, qu'elle murmure.
- C'est vraiment ce que tu veux ?
- C'est déjà allé trop loin.
Elle a détourné les yeux en répondant, mais je la force doucement à me regarder à nouveau.
- En quoi ?
Elle dégage ses mains sans brusquerie et tente de se redresser.
- Je ne serais jamais qu'une parmi tant d'autres, n'est ce pas ? qu'elle me demande.
Ah putain, mais c'est quoi leur problème, aux nanas ? Pourquoi il leur en faut toujours plus ? Pourquoi elles peuvent jamais se satisfaire de ce qu'elles ont ?
Je la relâche et me relève.
- Je vais te récupérer ta robe.
Elle se relève aussi, me tourne le dos et dit juste :
- Tu n'auras qu'à me la rapporter plus tard, je rentre me changer et... je suis pas une fille avec qui tu peux tirer ton coup et ensuite la jeter. Je n'ai jamais eu de coup d'un soir, ce n'est pas pour commencer maintenant. Même si c'est toi...
Et là-dessus, elle me plante là et se tire sans se retourner. Ah putain les gonzesses, c'est trop compliqué ! Essayer de piger comment elles fonctionnent, c'est un coup à virer pédé ! Quoique… nan quand même pas.
Je la regarde se tirer et vais quand même récupérer sa robe. Peut-être qu'il faudra que je m'excuse. Pas pour le baiser mais…
Pov Ueda Tatsuya
Evidemment, il a encore fallu que Nishikidiot fasse du bordel. Et à partir du moment où j'ai été dans son entourage immédiat, il a fallu qu'il m'interpelle. Je voudrais bien qu'il me fiche la paix une fois pour toute, mais je ne dois pas trop compter dessus. Un abruti reste un abruti en général. Garnier-san aura beau dire et faire tout ce qu'elle veut, elle ne parviendra pas à le réformer.
Du regard, je suis Mizuhashi-san qui s'est levé. C'est vraiment un homme gentil. La façon dont il m'a accueilli dans sa chambre et avec laquelle il a pris soin de moi qui suis un inconnu pour lui, est vraiment adorable et je lui en suis reconnaissant. Je croise son regard alors qu'il se rassoit après son annonce et lui souris. Il me rend mon sourire, puis s'éloigne en passant près de moi. Si près qu'il me frôle. Ca me rappelle ce que j'ai ressenti en le voyant à coté de moi à mon réveil : chaleur, douceur, tendresse... Je me suis mieux senti en quelques secondes ce matin que depuis des mois. Que depuis des années même.
Puisqu'on a quartier libre, je vais en profiter pour retourner me reposer un peu. Je n'ai pas assez dormi. Je suppose que beaucoup vont en profiter pour aller à la plage, mais pour ma part, ne sachant pas nager, je préfère rattraper mon sommeil en retard.
Après une heure de sieste, je décide d'explorer un peu les environs de la maison. Alors que je contourne le bâtiment, je vois arriver Garnier-san. Je m'apprêté à l'interpeller pour lui dire bonjour, mais je m'aperçois qu'elle marche vite et la tête basse. Est ce qu'elle aussi a eu des problème avec le Nishikidiot ? Je décide d'en avoir le cœur net et la rejoins. Au cas où je puisse l'aider à mon tour. Je lui dois bien ça.
- Garnier-san ? fais-je. Vous avez l'air bouleversée, qu'est ce qui se passe ?
Elle s'arrête net en me reconnaissant.
- Ah... Ueda-san...
Elle jette un œil à sa tenue, un maillot de bain blanc que l'eau a rendu pratiquement transparent et semble très embarrassée. Elle a une sorte de petit mouvement de recul, comme pour se cacher.
- Gomen... Je dois me changer, laissez moi quelques minutes, dit-elle.
Elle détourne le regard, comme si elle n'était pas capable de soutenir le mien. Alors qu'elle y arrivait parfaitement hier. Ce qui me conforte dans l'idée qu'il s'est passé un truc. Et je jurerais que Nishikido n'y est pas pour rien.
- C'est Nishikido, n'est ce pas ? Il a été méchant avec vous ? lui demandé-je en retirant la chemise que j'ai enfilée par dessus mon t-shirt, pour la poser sur ses épaules parce qu'elle a vraiment l'air gênée par sa tenue.
- Merci... fait-elle en rabattant les pans sur elle pour se cacher au maximum, avant de baisser les yeux et de déclarer : Je suis une idiote finie... Et on ne peut pas dire que je n'avais pas été prévenue... Même par Lui...
Il ne m'en faut pas plus pour comprendre que j'avais raison.
- Vous êtes très loin d'être une idiote. Mais qu'est ce qu'il vous a dis ?
- Il... n'a rien dit... Il a juste... voulu jouer avec moi. Et je l'ai laissé faire... Je suis... une véritable abrutie quoi que vous en disiez...Juste parce que je suis une fille il a cru que j'allais lui céder comme toutes ses autres coups d'un soir... Mais, moi, je ne suis pas comme ça... Je ne veux pas être son objet, un prix de plus. Un nouveau trophée sur son étagère de conquêtes. Une nana qu'il pourra se vanter d'avoir serrée si vite... D'avoir fait succomber à peine lendemain de l'arrivée. Il n'a pas fini de ne décevoir... J'ai été trop gentille avec lui...
Elle me raconte alors les événements de la nuit et ceux qui viennent de se produire, puis conclut :
- Mais c'est juste un séducteur... Il en a profité et a cru que tout était acquis... Mais moi je veux pas lui servir juste pour qu'il prenne du bon temps... J'ai un minimum de dignité et de respect pour moi même.
Je reste un moment sans rien dire. Mais quel enfoiré ! Mais c'est bien dans son style, de croire que toutes les filles le trouvent irrésistible et sont prêtes à lui tomber dans les bras. Il a un tel égo ! Je n'ai jamais vu ça !
Je ne suis pas très tactile, mais elle semble dans une telle détresse, que je passe un bras autour de ses épaules et la serre contre moi. Comme un grand frère.
- Ne faites plus attention à lui, ça vaudra mieux.
- Je me sens tellement coupable... J'ai déjà cédé pour le baiser...
Elle a l'air de vraiment s'en vouloir. Alors que la victime c'est elle.
Elle se blottit contre moi. Je suis un peu gêné, mais mon étreinte, pour légère qu'elle soit, a l'air de la réconforter, alors je passe outre.
- Tu es la victime, pas la coupable, dis-je en la tutoyant soudain car elle pourrait être ma petite sœur. Le seul à blâmer c'est cet égoïste qui croit que tout lui est du simplement parce qu'il a une belle gueule et qu'il chante bien. Si on était tous comme lui à l'agence, ce serait invivable. Tu veux que je lui casse la figure ? ajouté-je mi riant, mi sérieux.
- Je ne suis victime que de mon manque de méfiance... Je me suis laissée emporter et il a pu faire ce qu'il voulait sans que je réagisse... (elle soupire) Je crois qu'il a vu que physiquement, il me plaisait... Du coup, il a cru que c'était gagné, que j'allais lui tomber tout cuit dans le bec... Et (elle sourit légèrement) j'hésite pour ta proposition... Non, je blague, ne. Surtout que je suis là pour empêcher vos bagarres.
Elle reste songeuse un instant, puis ajoute :
- C'est vrai qu'il est beau... Mais par contre, sa personnalité... c'est vraiment une catastrophe...
- Ah ça... Ce n'est certainement pas moi qui vais te dire le contraire... Mais tu sais quoi ? Fais comme moi à partir de maintenant et ignore-le.
- Oui mais le soucis c'est que Mizuhashi-san veut qu'on interagisse ensemble... Je n'aurais pas le choix. Mais... J'essayerai plutôt de ne pas baisser ma garde.
- Hum. Et en cas de problème... appelle-moi, ne.
- C'est promis. Je vais aller m'habiller histoire de ne tenter personne. Tu veux qu'on se promène ensemble après ?
- Avec plaisir, réponds-je en souriant. J'allais partir en exploration quand je t'ai vue passer. Je t'attends ici.
Elle file et revient quelques minutes plus tard, habillée d'un petit short en jean, de tennis, d'un léger T-shirt d'où dépasse le nœud d'un maillot de bain noir et ma chemise par dessus, ce qui lui donne un look très sympa.
- Je peux te l'emprunter ? me demande-t-elle en la désignant. Ou tu préfères la reprendre ? Attention, c'est un coup à plus la revoir.
- Tu peux la garder, rigolé-je, content qu'elle ait retrouvé le sourire. J'en ai des tas d'autres et elle te va bien.
- Merci ! dit-elle d'un air ravi. Elle est toute légère et ça m'évitera des coups de soleil.
On se met à marcher tous les deux puis, après quelques minutes de silence, me décide à lui poser une question :
- Ne... Comment est Mizuhashi-san en dehors de l'émission ?
- Mizuhashi-san? Oh, c'est vraiment un homme bien (elle sourit) dans le boulot il a parfois son petit caractère, il ne faut pas lui dire non, et quand il a décidé de quelque chose, on peut être sûr que ça se fera. Mais dans le domaine personnel, même si j'ai peu eu l'occasion de le côtoyer en dehors du domaine professionnel, j'ai pu remarquer qu'il était très attentionné, vraiment.
- J'en étais sûr... murmuré-je.
- Il est charmant, n'est ce pas ? fait-elle dans un petit sourire. Il apparait souvent inaccessible pour se protéger des gens mal intentionnés, mais derrière cette façade, c'est un homme très doux. Il me gronde tout le temps si je fais trop d'heures sup la nuit, comme un grand frère.
Je rigole.
- Il m'a menacé de me mettre à l'amande si je m'excusais encore.
- C'est tout lui ça, rit-elle.
- Il est... pas marié ?
Je ne sais même pas pourquoi je demande ça. Ca me concerne pas après tout.
- Non. Pour tout te dire, je ne lui ai même jamais vu de petite amie. Il est possible qu'il ne s'y intéresse pas, il fait toujours passer son travail avant lui.
- Oh... Je vois. C'est dommage que quelqu'un d'aussi gentil soit seul...
- Hum... Je me demande comment il le vit. Il ne semble pas malheureux mais... la solitude doit finir par lui peser j'imagine... Moi je suis restée célibataire tout le temps après mon arrivée au Japon, et avoir une personne pour qui je compte et sur qui je peux me reposer parfois me manque un peu...
- Hum. Je comprends très bien. La solitude me pèse aussi... beaucoup. Pour être franc, je peux compter mes relations sentimentales sur les doigts d'une seule main. La dernière commence vraiment à dater et s'est mal terminée. Très mal même.
- Mon pauvre... C'est vraiment malheureux... Tu as l'air d'être vraiment un garçon adorable, c'est vraiment une honte. C'est incroyable que les gens soient incapable de saisir la chance qu'ils ont d'être avec une personne comme toi (elle soupire) De mon coté, ce n'est guère beaucoup mieux : les miennes de relations tiennent sur mes deux mains, et ma dernière était il y a plus de deux ans maintenant.
Je baisse la tête. J'ai honte mais je ne veux pas qu'elle se fasse de fausses idées sur moi.
- Non je... Il... s'est suicidé... à cause de moi... balbutié-je, le fardeau de la culpabilité refaisant surface. Parce que je ne pouvais pas passer beaucoup de temps avec lui... Il ne l'a plus supporté et s'est tué... Depuis le drame, il ne se passe pas un jour sans que je me reproche sa mort... J'aurais surement pu faire quelque chose pour l'empêcher mais je n'ai rien fais... Je ne fais que faire souffrir les gens autour de moi... Je ne vaux pas mieux que Nishikido...
Elle s'immobilise et m'attire contre elle avant de me serrer fort dans ses bras. Je n'essaye pas de la repousser, je me sens trop mal.
- Idiot... me dit-elle. Comment peux-tu te reprocher une telle chose ? Un suicide n'est pas un acte que tu aurais pu empêcher si facilement, et souvent... les motifs sont bien plus profonds que de simples problèmes de couple (elle fait une pause et me caresse les cheveux) Tu as du énormément souffrir de sa disparition...
Je voudrais les retenir, mais les larmes débordent malgré moi. Je n'en avais jamais parlé à personne et maintenant les mots se précipitent hors de ma bouche.
- On... était ensemble dep... depuis plus de qu... quatre ans... Je p... pensais que c'é... tait le bon... On ne se d... disputait ja... jamais. M... Mais.. un j... jour...
Comment raconter l'insoutenable ? Comment expliquer l'horreur ?
Elle m'écoute extérioriser enfin cette souffrance que j'ai caché à tous pendant un an et demi, en me murmurant par moment des mots réconfortants. Ce sont eux qui me donnent la force de dire le pire.
- Un j... jour, je suis rentré et je... l'ai tr... trouvé pen... pendu... Il... s'était p... pendu à la pou... poutre du sa... salon...
Mes jambes ne me portent plus et elle est trop frêle pour soutenir tout mon poids, alors elle nous fait assoir par terre. Maintenant que je peux enfin parler, je n'arrive même plus à m'arrêter de pleurer. Elle me garde dans ses bras, mon visage sur son épaule et soulève doucement quelques mèches tombées sur mes yeux.
- Comment as-tu réussi à supporter ce poids tout seul ? souffle-t-elle, compatissante. Je serais devenue folle à ta place... De douleur et de chagrin. Comment as-tu supporté ça sans jamais te confier ?
Je la regarde, larmoyant encore et renifle. Comment lui expliquer ?
- Personne ne s... sait. Pour moi. Ni Ka... me, ni Mar... Maru, ni Jun... no. Aucun ne sait m... même que je s... suis gay... Alors ils n'au... auraient pas c... compris...
Elle a les larmes aux yeux par ma faute. Je suppose que voir quelqu'un pleurer autant est difficile à supporter...
- Mais voyons... Ue... Tatsuya... (elle prononce timidement mon prénom) tes amis n'auraient jamais jugé ton orientation sexuelle, j'en suis persuadée. Je n'imagine pas les atrocités que tu as du endurer... Mais... Ils sont là pour toi.
- Je ne s... suis pas s... sur qu'ils... aurait a... accepté...
- Je suis sure qu'ils t'auraient pris tel que tu est. Kamenashi-san a l'air de quelqu'un sur qui on peut compter.
Elle me prend par la main, m'emmène s'assoir avec elle dans un hamac tendu entre deux palmiers, plutôt dissimulés dans la végétation, et au calme.
Installé dans le hamac, avec le bruit des vagues, le vent tiède qui me caresse le visage et la présence apaisante de Chloé près de moi, mes pleurs finissent par s'espacer, s'estomper et disparaitre, me laissant simplement hoquetant.
- Je... n'en avais... jamais parlé à... personne... avant aujourd'hui. Désolé de... t'avoir ennuyée... avec mes histoires.
- Idiot. Tu ne m'as pas ennuyée. Je suis là pour t'écouter maintenant, et à chaque fois que tu auras besoin de parler tu pourras venir me trouver. Et ce à n'importe quelle heure de la journée, d'accord? Promet-le moi
- Il n'y a pas de raison... Toi aussi tu dois te détendre... Ecouter des trucs déprimants ne fait pas partie de tes prérogatives de guest.
- Je suis moi avant d'être une guest. Et ce moi, et bien, déjà, est particulièrement têtu, et en plus, a décidé que ça s'était bien plus important que de faire bronzette au soleil, me dit-elle en souriant.
- Alors d'accord, dis-je en pensant bien fort que je ne le ferais pas.
Je n'aime pas ennuyer les gens et en général, je ne parle pas de moi, ça fait égocentrique. J'ai déjà totalement craqué alors que je m'étais juré que ça n'arriverait jamais...
Elle me tapote le dos.
- Tu promets? Si tu vas pas bien, tu viens me trouver, d'accord ? Je ne dis pas ça en l'air moi.
- J'en suis sûr. Je ne te connais pas bien, mais je pense que tu es quelqu'un de confiance.
Je n'ai pas promis, j'espère qu'elle ne va pas s'en rendre compte.
Elle n'ajoute rien et s'adosse sur la surface en tissu, regardant la mer et les vagues qui vont et viennent.
Je la regarde un moment, puis demande :
- A cause de quoi ta dernière relation est si ancienne ? C'est le boulot qui te prend trop de temps ?
- Je suppose que ça joue et puis... elle avait duré deux ans. C'était ma plus longue relation. J'y croyais mais... comme toujours j'étais la seule. Ce n'était pas vraiment sérieux pour mon petit ami. Comme les autres avant aussi... Alors depuis, je n'ai plus cherché, j'en ai eu marre d'avoir mal, de faire des efforts seule, pour ne jamais rien avoir en retour. Je crois... que j'ai abandonné l'idée de tomber amoureuse et d'être sincèrement aimée en retour. Ce n'est que du conte de fée tout ça. Dans la vie réelle, ça n'existe pas. Et... les garçons s'en fichent des sentiments. Je dirais même que ça leur fait peur...
Je laisse passer quelques secondes, puis lui livre mon opinion :
- Tu ne devrais pas généraliser à cause de quelques mauvaises expériences, tu sais. Tu es encore très jeune, alors il y a forcément quelque part un homme fait pour toi. Et puis... je ne crois pas qu'homme et sentiments soient incompatibles. Sinon c'est vraiment à désespérer. (je rigole un peu) C'est dommage qu'on ne soit pas du même bord, parce qu'on aspire aux mêmes choses.
Elle rit aussi.
- Je n'ai pas les bonnes choses aux bons endroits je crois. Mais... honnêtement, je pense que les garçons sont vraiment à désespérer, sans vouloir te vexer toi.
- Tu généralise encore, lui fais-je remarquer. Mais bon, j'avoue qu'entre tes ex et Nishikidiot, tu n'es pas aidée non plus pour revoir ta copie sur la gent masculine.
- Hum... Jusqu'à quel âge ils sont immatures, les garçons? Parce que là, ceux d'ici ont presque trente ans quand même tous... (elle fait semblant de réfléchir) Je devrais peut être chercher dans ceux qui ont la quarantaine à ce rythme là...
- Hum... Je crois que le plus jeune de tous ceux qui sont là, c'est Okura-kun. Mais il a quand même vingt-sept ans il me semble. C'est déjà trop vieux pour toi mentalement ?
Elle sourit.
- C'est une moins grand différence d'âge que le garçon le plus âgé avec lequel je suis sortie.
- Quel âge il avait ?
- A peu près six ans de plus que moi. Donc comme j'ai vingt-trois ans et demi, il aurait vingt-neuf aujourd'hui. Et c'était un vrai gamin.
- Du même style que Nishikido ?
- Non rien à voir... Nishikido... je crois que j'ai jamais rencontré quelqu'un comme lui... enfin, sauf si j'oublie le mec coureur de jupons qui m'a plaqué au bout de deux mois, me faisant tomber en dépression. Enfiiiiin...
- Heureusement qu'il n'en existe qu'un seul comme lui... Imagine s'il avait des clones... Le cauchemar, rigolé-je.
- Hum, m'en parle pas... J'en ai déjà assez...
- En tout cas, je suis content d'avoir une amie ici. Merci, Chloé.
- Mais de rien, moi aussi je suis heureuse de t'avoir, me dit-elle en souriant. Je me sens moins en terrain hostile avec ta présence.
- Si j'aimais les femmes, tu me plairais sûrement beaucoup, dis-je naturellement en souriant.
- Baka, tu vas me faire rougir à me complimenter comme ça.
- Gomen gomen. Alors on la fait cette exploration ?
- Hai ! acquiesce-t-elle, très enthousiaste. Et après on va nager ensemble ? L'eau était tellement agréable.
Je baisse les yeux.
- Je ne sais pas nager...
- Eh ?! s'exclame-t-elle en écarquillant les yeux.
Je comprends sa surprise et je ne suis pas fier de l'avouer, mais je sens qu'avec elle, je n'ai pas à avoir peur de dire la vérité sur n'importe quel sujet.
- Mais... on est sur une île et... les épreuves ? Tu as prévu de faire quoi si ça se passe dans l'eau ? (elle semble réfléchir, puis s'exclame) Bon, et bien je vais t'apprendre !
A mon tour, je la dévisage, stupéfait.
- He ? Mais comment ? Je suis trop vieux pour apprendre et l'eau me fait peur...
- Ce serait trop dangereux de te laisser participer si tu as peur... J'ai appris à nager à une de mes sœurs, je suis sûre que je peux t'apprendre rapidement les bases. Tu me fais confiance?
- Oui mais...
- Il n'y a pas de mais. Si ça met ta vie en danger, je devrais t'empêcher de participer à des épreuves, ce qui te disqualifierait. Je ne connais pas la teneur des challenges, mais sur le lot, ça impliquera du nautique, dans cet environnement, c'est obligé. D'ici là, tu devras pouvoir te débrouiller et faire quelques dizaines de mètres sans paniquer.
J'hésite. Je ne dis pas que j'ai peur juste comme ça, c'est vraiment une phobie. Je ne sais plus d'où ça vient, mais...
- Peut-être que je devrais déclarer forfait...
- Pas avant d'essayer ! me dit-elle, catégorique, avant de sourire doucement. Tu ne voudrais pas quitter l'aventure si vite, si ? Si tu veux... si tu te sens plus en confiance avec un homme, je pourrais en toucher deux mots à Mizuhashi-san, qu'est ce que tu en dis ? Il m'a déjà dit qu'il adorait nager à chaque fois qu'il venait ici, donc, il pourrait te monter ?
- Ce n'est pas ça... J'ai confiance en toi, mais... j'ai vraiment très peur...
- Alors nous deux ensemble ? On veillera sur toi, et comme ça, il ne t'arrivera rien. Et si ça peut te rassurer, j'ai une formation de premiers secours. Vu la bande de casse-cou ici, il valait mieux.
Elle sourit et soudain, un gargouillement se fait entendre.
- Oh ! Gomen… J'ai un peu faim je crois…
- Alors rentrons. J'ai un creux aussi.
