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LE PATRONUS

En très peu de temps, la Défense contre les forces du Mal était devenue le cours préféré de la plupart des élèves. Pourtant Draco et sa bande de Serpentard trouvaient matière à critiquer le professeur Lupin.

— Regardez dans quel état sont ses vêtements, disait Draco à voix basse mais suffisamment fort pour se faire entendre lorsque Lupin passait devant lui. Il s'habille comme notre vieil elfe de maison.

Mais personne d'autre ne s'intéressait à l'état d'usure des robes du professeur Lupin, pas même Megan, qui nourrissait des soupçons à l'égard du sorcier. En effet, les cours suivants se révélèrent tout plus intéressants que le premier. Après les épouvantards, ils étudièrent les Chaporouges, d'horribles petites créatures semblables à des gobelins qui s'embusquaient dans tous les lieux où le sang avait coulé, les cachots des châteaux ou les champs de bataille désertés, attendant l'occasion d'assommer quiconque s'y perdait. Des Chaporouges, ils passèrent aux Kappas, de monstrueux habitants des eaux qui ressemblaient à des singes couverts d'écailles avec des mains palmées avides d'étrangler les imprudents qui s'aventuraient dans leurs mares.

Les autres cours avaient du mal à se montrer aussi passionnants, notamment le cours de potion : depuis que l'histoire de l'épouvantard qui avait pris l'aspect de Snape, affublé des vêtements de la grand-mère de Neville, s'était répandue dans toute l'école, le professeur de potions se montrait particulièrement hargneux, s'acharnait plus que jamais sur Neville et ses yeux lançaient des éclairs menaçants chaque fois que l'on prononçait le nom du professeur Lupin en sa présence.

Le cours de divination avait officiellement tourné à la farce, et Megan s'efforçait d'interpréter avec aussi peu de sérieux que possible les symboles divers et variés auxquels elle était confrontée, sous le regard navré du professeur Trelawney à qui Megan n'accordait aucun crédit.

Quant au cours de Soins aux créatures magiques, il était devenu très ennuyeux après l'incident survenu le premier jour. Hagrid semblait avoir perdu confiance en lui. Les élèves passaient désormais tous les cours à s'occuper de Veracrasses qui comptaient parmi les créatures les plus assommantes qu'on puisse imaginer.

— Qui donc peut bien s'intéresser à des animaux pareils ? dit Ron après avoir passé encore une heure à enfoncer de la laitue hachée dans le gosier gluant de quelques Veracrasses.

Entre les cours, Megan continuait à éviter Kevan avec soin, mais elle remarqua rapidement que les jumeaux Weasley et Lee Jordan ne fréquentaient plus non plus leur ami. Après avoir observé cette étrange attitude pendant deux jours, Megan choisit d'aller voir Fred et George le lundi qui suivit.

Peu avant le dîner, Megan trouva les jumeaux assis dans la salle commune, entourés d'un groupe de filles de quatrième année qui s'intéressaient en gloussant aux dernières inventions loufoques du duo. Elles n'accordèrent aucune attention à Megan jusqu'à ce que celle-ci écarte une des filles sans ménagement pour entrer dans le champ de vision des frères.

- Il faut que je vous parle, lança-t-elle.

Les filles tournèrent la tête vers elle en la considérant comme une tâche de boue sur leur chaussure, mais Megan les ignorait. Sans poser de question, Fred et George se levèrent et suivirent Megan jusque dans leur propre dortoir.

- Il s'est passé quelque chose ? s'enquit aussitôt Fred. Où est Ron ?

- Rien à voir avec Ronald, répondit Megan sans détour, je veux savoir ce qui se passe avec Kevan.

Les jumeaux semblèrent rassurés, puis mal à l'aise. Ils fixèrent tous deux des point situés autour de Megan, sans oser la regarder dans les yeux.

- Je connais des sorts et des potions qui vous feront cracher la vérité, leur fit remarquer Megan d'un ton menaçant.

Fred et George étaient à peu près sûrs que leur amie n'oserait pas faire une telle chose, mais une marge de doute les poussa à parler.

- Il nous a dit quelque chose, samedi dernier, marmonna George. Quand on a voulu savoir pourquoi tu l'évitais.

- Ah. Et ?

- Il nous a dit pourquoi tu l'évites, avoua Fred.

- Vous êtes en froid avec lui à cause de ça ? hoqueta Megan.

- Mais tu as treize ans ! s'exclama George. Comment tu peux leur plaire ? Je sais que tu es –

- « Leur » ? releva Megan en fronçant les sourcils.

Fred lança à son jumeau un regard de reproche. George avait dit quelque chose qu'il aurait dû garder pour lui.

- Explique, insista Megan d'un ton autoritaire.

- Il y a un autre élève à qui tu plais bien, grommela George d'un air sombre. Tu es une fille super, Meggie, on est les premiers à le penser ! Mais ils ont quinze ans, et puis –

- C'est Lee, n'est-ce pas ? demanda Megan, l'interrompant de nouveau.

Elle se souvenait que les jumeaux s'étaient montrés désagréables avec leur meilleur ami pendant quelques jours, l'an passé. De plus, le jeune homme s'était toujours montré très attaché à Megan.

Les jumeaux hochèrent la tête avec des mines sombres. Megan ne pensait pas que Kevan parlerait aux jumeaux, elle était agacée qu'il n'ait pas su se taire. Quant à Lee, elle n'était pas surprise et comptait ranger cette information dans un coin de sa tête, sans s'en servir pour le moment.

- Très bien, dit-elle.

- Très bien ? répéta Fred d'un air ahuri.

- Très bien, acquiesça Megan.

Elle quitta le dortoir sans rien ajouter et traversa la salle commune. Si Kevan avait parlé aux jumeaux, c'est qu'il devait espérer qu'ils seraient ravis et pousseraient même Megan vers lui. Mais il s'était trompé, et maintenant deux de ses meilleurs amis refusaient de lui adresser la parole.

Megan descendit deux étages et marcha le long des couloirs en passant la tête dans toutes les salles qu'elle croisait. Elle trouva finalement ce qu'elle cherchait : la Dame Grise était assise sur le rebord d'une fenêtre, plongeant son regard triste à travers le carreau.

- Vous pourriez faire savoir à Kevan Garrow que je veux le voir tout de suite dans une des salles de classe du cinquième étage ? lança Megan d'un ton assuré.

Le fantôme de Serdaigle tourna lentement les yeux vers la jeune fille, resta immobile un instant, puis se redressa et traversa le mur du couloir. Megan, le cœur battant, alla s'asseoir sur une des tables de la pièce voisine, et attendit. Il s'écoula de longues minutes au cours desquelles Megan se demanda si les fantômes étaient autorisés à entrer dans les salles communes, si les pingouins avaient des genoux et comment elle pénétrerait dans le château si elle était Sirius Black, puis il y eut des bruits de pas. Kevan parut soulagé lorsqu'il vit Megan.

- Un prêtre dans un tableau est venu me dire que tu me cherchais, dit-il, un peu inquiet.

- C'est vrai, dit-elle en descendant de sa table. Les jumeaux t'en veulent.

- Oui, je sais, acquiesça Kevan en évitant son regard.

- C'était pas leurs affaires, ok ? Arrête de leur parler de moi, ça vaut mieux pour toi et moi.

Elle se hissa sur la pointe des pieds pour poser ses lèvres sur celles du jeune homme, s'accorda quelques secondes de douceur, puis quitta la salle avant que Kevan ait eu le temps de réaliser, et remonta dans la salle commune de Gryffondor. Elle n'avait encore jamais embrassé quelqu'un auparavant – après tout, elle n'avait que treize ans.

Le lendemain matin, alors qu'elle se rendait en cours de Soin aux créatures magiques en compagnie de Hermione, Kevan et Danny sortirent de la Grande Salle au moment où les filles passaient devant. Si Megan garda l'air entièrement naturel, le jeune homme lui eut un moment d'hésitation et esquissa un geste vers Megan avant de se raviser. Les deux filles poursuivirent leur route comme si de rien n'était et rejoignirent Ron et Potter dans le parc pour une énième séance de remplissage des Veracrasses.

Ce n'est qu'en fin d'après-midi, entre le cours de potion et d'astronomie, que Megan se retrouva seule. Elle se rendait à la volière dans l'intention de poster une annonce pour son Nimbus 2000 lorsque deux mains attrapèrent sa taille.

- Tu ne vas pas continuer à m'éviter, affirma la voix de Kevan près de son oreille.

- Je ne t'évitais pas, rétorqua Megan en se retournant. Tu tombais mal.

- Parce que tes amis étaient là ?

- Par exemple.

Kevan fronça les sourcils, peu satisfait de cette réponse.

- Tu ne veux pas qu'ils sachent ?

Megan haussa les épaules et, pour éviter de répondre, embrassa à nouveau le jeune homme. Celui-ci sembla aussitôt oublier sa propre question. Lorsque Megan recula légèrement, elle avait l'impression de ne pas être vraiment elle-même, comme si avoir cette relation cachée avec Kevan la faisait grandir.

- Où est-ce que tu allais ? demanda le jeune homme en clignant des yeux, comme pour reprendre ses esprits.

- Tu n'aurais pas envie d'acheter un balai par hasard ?

- Je ne joue pas au Quidditch.

- Je peux t'apprendre.

- Pourquoi tu veux vendre un balai ?

Megan pencha la tête sur le côté pour observer le garçon. Elle n'aimait pas qu'on s'intéresse à elle ainsi. Pourtant elle ne voyait pas quel mal il y aurait à discuter avec lui de divers aspects de son quotidien, tant qu'ils évitaient les sujets épineux qui en faisaient partie.

- Maintenant que j'ai un Eclair de feu, je n'ai plus besoin de mon Nimbus 2000, expliqua-t-elle.

- Parce que tu avais un Nimbus 2000 ? hoqueta Kevan. Qu'est-ce que tes parents font dans la vie ? Vous roulez sur l'or !

Et voilà qu'il la questionnait déjà sur un sujet épineux.

- Si tu ne veux pas acheter mon balai, alors je vais aller poster mon annonce, annonça-t-elle comme si elle n'avait pas entendu ses dernières phrases.

Elle reprit son chemin vers la volière et Kevan lui emboîta le pas.

- Toi, où est-ce que tu allais ? l'interrogea-t-elle aussitôt, de peur qu'il n'insiste sur sa question.

- Je te cherchai.

Megan lui jeta un regard en biais. Elle ne supporterait pas qu'il la poursuive ainsi toute l'année, si elle l'appréciait autant, c'était justement parce qu'il était quelqu'un de normal.

- Le professeur Dumbledore m'a demandé de te dire qu'il voulait que tu ailles le voir dans son bureau dès que possible, précisa Kevan.

Megan écarquilla les yeux sans se retourner vers le garçon. Il l'espionnait !

- Je vais y aller maintenant, alors, décréta-t-elle en contenant sa colère. Tu peux envoyer ça à la Gazette du Sorcier par hibou ? ajouta-t-elle en lui fourrant sa lettre dans les mains. Merci, salut !

Elle descendit en direction du deuxième étage, plantant là son ami, pris de court. Elle n'en revenait pas que le directeur ait osé. En arrivant dans le couloir, elle ne jeta pas un œil au portrait d'Artemisia Lufkin qui l'avait plus ou moins aidée à entrer dans le bureau de Dumbledore lorsqu'il s'y était rendu pour la première fois l'an dernier.

- Et bonjour ? lança la représentation de l'ancienne ministre de la magie.

- Sorbet citron, lança Megan à l'adresse de la repoussante gargouille.

Mais la statue ne bougea pas. Bouillonnante, Megan tira sa baguette.

- Sorbet citron ! répéta-t-elle sans que rien ne se passe.

- C'est que ça doit pas être le bon mot de passe, commenta le portrait, vexé.

- Crapaud à la menthe. Bulles baveuses. Suçacides. Gommes de limace.

Megan s'apprêtait à lancer un sort explosif à la gargouille lorsque celle-ci fit un pas sur le côté, le mur derrière elle se sépara en deux et la jeune fille se rua dans l'escalier de pierre en colimaçon qui se mit en mouvement. Trop impatiente pour laisser le mécanisme l'emmener en haut, elle monta les marches deux à deux, poussa la lourde porte en chaîne soigneusement polie et déboucha dans la large pièce circulaire qu'elle connaissait bien pour y avoir passé plusieurs heures l'année passée.

Des chandelles et des lampes étaient allumées pour soutenir l'éclairage faiblissant du soleil derrière les fenêtres, et Megan vit les regards de tous les portraits se river sur elle.

- Je sais que vous êtes là, lança Megan en regardant tout autour d'elle.

Le bureau n'avait pas changé depuis sa dernière venue. La pièce était remplie de plusieurs tables à pieds fins supportant divers instruments d'argent, bourdonnant et émettant occasionnellement des volutes de fumée, le Choixpeau magique trônait derrière l'imposant bureau aux pieds en forme de serres recouvert de papiers, et à ses côtés, dans une vitrine, était exposée l'épée de Gryffondor que Potter avait sortie du Choixpeau l'an dernier. La vision de l'arme blanche rappela à Megan de mauvais souvenirs et elle détourna le regard. Ses yeux se posèrent alors sur le directeur.

- Meganna, dit posément le vieil homme.

- Vous m'espionnez, asséna-t-elle avec humeur.

- Un directeur se doit de savoir ce qui se passe entre les murs de son établissement, acquiesça Dumbledore. Le jeune monsieur Garrow est un très bon élève et sa compagnie te sera très certainement bénéfique.

- Laissez Kevan en dehors de vos manipulations, grinça Megan.

- Je crois que tu as à nouveau beaucoup de choses à me dire, pourquoi ne pas t'asseoir ? l'invita Dumbledore en prenant place derrière son bureau.

Mais la jeune fille demeura debout, sa poitrine se soulevant au rythme de sa respiration furieuse. Elle croisa les bras pour mettre de la distance entre elle et le directeur.

- Vous avez dit aux Weasley qui étaient mes parents, mais pas qu'ils s'étaient détournés de Voldemort, asséna-t-elle. Vous avez influencé le Choixpeau pour qu'il m'envoie à Gryffondor. Vous n'êtes qu'un manipulateur.

- Nous avons déjà eu une discussion quant à ton orientation dans la maison Gryffondor. Quant aux Weasley, ne crois-tu pas qu'il valait mieux que je leur dise qui tu étais ? S'ils avaient découvert par eux-mêmes que tu étais la fille de Sylvius et Meredith, ils se seraient éloignés de toi, tandis qu'en sachant que tu n'étais pas sur la même voie que tes parents, ils t'ont acceptée.

- La même voie que mes parents ? Ils s'étaient détournés de Voldemort !

- Après l'avoir fidèlement servi pendant de longues années, Meganna.

Elle fixa longtemps le directeur, respirant profondément pour calmer sa colère, maîtriser sa magie, comme il le lui avait appris. Pourtant elle avait envie de la laisser exploser, de tuer ce vieil homme, qui croyait tout savoir mieux que les autres, qui croyait qu'il pouvait faire les choix à place des autres. Mais même s'il mourrait, son amitié pour les Weasley et son appartenance à la maison Gryffondor ne changeraient pas.

- Je t'ai demandé de venir me voir ce soir pour la même raison que l'an dernier, reprit Dumbledore d'un ton calme. Je pense que nos séances t'ont été bénéfiques et je souhaiterais que nous reprenions.

- A une condition, asséna Megan qui devait admettre que développer encore un peu plus ses pouvoirs l'attirait. Laissez Kevan tranquille. Je ne veux pas qu'il sache que je viens ici, ni rien.

- Ne lui fais-tu pas confiance ?

- Je ne vous demande pas votre avis, seulement de le laisser en dehors de tout ça. Il n'a rien besoin de savoir.

- Je ne comptais pas informer monsieur Garrow de quoi que ce soit, lui fit savoir Dumbledore. Quant à toi, ta tâche reste la même : protéger Harry Potter.

- Je lui ai sauvé la vie, l'an dernier, non ? se rappela Megan d'un ton amer.

- Pour ne pas prendre le parti de Voldemort, en effet, acquiesça Dumbledore. Je suis vraiment heureux que tu aies agi ainsi, et je souhaite que tu poursuives ces efforts.

Megan agita vaguement la tête, signe d'adhésion implicite à cette requête qu'elle n'appréciait guère. On aurait pu croire qu'après avoir défait deux fois de suite Voldemort ces dernières années, elle n'aurait plus à protéger Potter contre qui que ce soit, mais la menace que représentait Sirius Black l'amenait à considérer qu'elle pourrait avoir de nouveau à honorer sa promesse.

- Est-ce que vous pensez que Sirius Black va venir à Poudlard ? demanda-t-elle.

- C'est un sujet que nous pourrons aborder un autre soir, Meganna, répondit le directeur. Aujourd'hui, je voudrais que nous parlions du premier sort que je souhaiterais t'enseigner cette année. Il s'agit du sortilège du Patronus.

Megan écarquilla les yeux.

- Pour se protéger des Détraqueurs ? répondit-elle, mal à l'aise. Pourquoi je devrais avoir affaire à eux ?

Elle n'était pas quelqu'un qui s'effrayait facilement, mais l'idée même de devoir à nouveau affronter son pire souvenir lui glaçait le sang.

- Comme tu l'as remarqué, ils sont placés tout autour de l'école. Je souhaiterais être certain que tu sais leur faire face.

- Je ne pourrais pas leur faire face, affirma Megan, la gorge serrée. Je sais ce qu'il faut pour réussir un Patronus : des pensées heureuses, des souvenirs heureux. Je ne vois pas comment je pourrais en produire un.

- Tu as des souvenirs heureux, Meganna.

- Non.

La mort de ses parents. La vie chez les Boyd. Sa répartition à Gryffondor. L'attitude de Draco. La découverte de la vérité sur son passé. S'il fallait des souvenirs douloureux et tristes pour produire un Patronus, personne ne pourrait les réussir mieux qu'elle.

- Bien sûr que si. Tu oublies juste leur existence.

- Je suis supposée penser à quoi ?

- Tu es partie en vacances avec les Weasley, n'est-ce pas ?

Megan repensa à l'Egypte. Elle avait vécu de très beaux moments, mais chacun d'entre eux était teinté de chagrin : elle aurait pu vivre de beaux moments avec ses parents plutôt qu'avec ceux d'autres élèves, elle aurait pu partager ses vacances avec Draco plutôt qu'avec la famille qu'il méprisait le plus au monde.

- Ce sera pas suffisant, annonça-t-elle en sortant de sa rêverie.

Dumbledore consacra un long moment à tenter d'orienter Megan vers d'heureux souvenirs sans succès. Lorsque la jeune fille quitta le bureau du directeur pour aller dîner, elle avait pour tâche de trouver un souvenir auquel s'accrocher lorsqu'elle tenterait de produire un Patronus la semaine suivante, et c'était la première fois qu'un devoir à faire lui paraissait impossible.

La jeune fille connut cependant d'agréables moments au cours de la semaine : elle s'entraîna à lancer le sortilège dont Lupin avait fait usage sur Peeves avec Fred et George, elle fut la seule élève de troisième année à être autorisée à participer au concours de duel clandestin organisé par des cinquièmes années le vendredi soir après les cours, impressionnant tous les autres candidats, notamment Kevan, et prit part à des festivités dans la salle commune le dimanche à l'occasion du quatorzième anniversaire d'Hermione.

Le mardi qui suivit, Megan se rendit dans le bureau de Dumbledore avec une certaine appréhension. Elle n'aimait pas être confrontée à l'échec et craignait que ce ne soit le cas lors de cette séance avec le directeur.

- A quel souvenir comptes-tu penser, Meganna ? lui demanda le vieil homme.

Il avait poussé les petites tables pour faire de la place dans la pièce. Les anciens directeurs et anciennes directrices dans leurs tableaux fixaient tous la jeune fille qui tripotait nerveusement sa baguette.

- Le jour où Draco et moi avons reçu notre lettre pour Poudlard, répondit-elle en regardant le directeur dans les yeux.

Elle voulait lui faire comprendre clairement que ses plus beaux souvenirs étaient ceux des années passées en compagnie des Malfoy et non pas les moments passés avec Hermione et les Weasley. Elle refusait de lui faire ce plaisir.

Dumbledore hocha la tête sans traduire la moindre émotion.

- Tu connais la formule, dit-il seulement. Montres-moi, maintenant.

Megan se redressa, pointa sa baguette dans le vide et se concentra sur son souvenir. Dès que le hibou avait déposé la lettre chez les Boyd, Megan s'était empressée de courir annoncer la nouvelle à Draco, qui avait reçu la sienne le même jour. Dobby avait préparé un grand repas et Lucius et Narcissa avaient raconté aux deux enfants quelques souvenirs de leur scolarité au château. Megan se rappelait la joie et ce sentiment qu'elle avait eu d'être à sa place.

- Spero Patronum ! s'exclama-t-elle d'un ton déterminé.

Une lumière blanche timide apparut au bout de sa baguette.

- Spero Patronum !

Cette fois une brume argentée jaillit de sa baguette, lui rappelant l'effet du Charme du Bouclier. Elle baissa sa baguette, frustrée.

- C'était très bien, Meganna, affirma Dumbledore d'un ton sincère.

- Vous plaisantez ? Les patronus réussis prennent la forme d'un animal, je l'ai lu.

- Il s'agit là de patronus corporels, qui sont beaucoup plus difficiles à produire, expliqua le directeur.

- Et beaucoup plus efficaces, lui fit remarquer la jeune fille, frustrée de ne pas avoir pu accomplir le sortilège dans son ensemble.

- Avec ce genre de patronus, tu peux déjà tenir un Détraqueur à distance. Et tu as encore tout le loisir de t'entraîner. Tu feras peut-être mieux la semaine prochaine ?

Megan ne répondit pas, mais elle savait au fond d'elle que produire un patronus au chaud dans l'école n'était pas moitié aussi difficile que de réitérer l'exercice en face d'un Détraqueur qui s'efforcerait de lui faire revivre ses pires moments et lui ôterait toute notion de joie. Dumbledore était un doux rêveur un peu trop optimiste à son goût.