Chapitre 05 - Nouvelle version
Date
: 13 mars 2007


"Mains… Cercle… Tremblement de terre… Puissance… Source… Transplanés avant…"

Je flotte, entre conscience et inconscience. Ce n'est pas désagréable.
Non. C'est même plutôt reposant en fait.

Mon esprit refuse pour le moment de revenir à la réalité, à la si insolite réalité, et je ne lutte pas, je ne lutte plus, je te laisse, toi, ma petite voix, décider pour moi. Je t'ai traîné à bout de bras jusqu'ici, maintenant c'est à ton tour de me porter.

"Blessés… Décharge d'énergie… Apprendre… Peur… Voix… Elle dort…"

Je flotte, entre conscience et inconscience. J'ai chaud, j'ai soif. Ce n'est plus si plaisant que ça. Mon corps brûle, j'ai mal.

Essayer de me rappeler ? Non. Rien. Une lumière éclatante. J'ai mal. Dis-moi petite voix, pourquoi me pousses-tu vers l'avant ? Je suis si bien ici. Loin de tout. Loin de moi. Loin d'eux. Eux ? Non, je ne sais pas, je ne sais plus. Pourquoi pleures-tu petite voix ?

"Chute de pierre… Prophétie… Temps perdus… Guerriers… Sont choqués…"

Les picotements s'intensifient, devenant douloureux alors qu'ils n'étaient, avant, que simplement désagréables. Sous mes paupières closes, mon esprit dérive, raccroché à la réalité par la seule douleur. Des souvenirs apparaissent et disparaissent, formant un kaléidoscope infernal.

Arrête petite voix, ne pleure pas, je ne le supporte pas.
Revenir ? Mais pourquoi ? Je suis bien ici.

"Ne sont que des enfants… Potions… Etoiles…Cercle… Cinq…"

Mon corps est secoué à nouveau, comme par une gifle brutale. D'un seul coup, tout revient. Le son et l'image. Mes sens reprennent du service et ça fait mal, très mal.

xoxoxoxox

"Professeur ! Elle est réveillée !"

Chut ! Pas si fort ! Vous me faites mal !

Un bruit de flacons qu'on remue, un froissement de tissu, une odeur de fleurs fraîches, le matelas qui s'affaisse et une main chaude dans la mienne. Je m'y accroche. Cette main m'apaise, me calme et m'enchante, la douleur se terre dans un coin obscur pour lui échapper. Dùghall ?

Va t-en douleur ! Tu ne peux rien contre Lui !

"Brianna ? Mon enfant ?"

C'est moi. Enfin, je crois… Qu'en penses-tu petite voix ?

J'ouvre les yeux lentement, c'est difficile, je ne me rappelle plus comment on fait. Dumbeldore me contemple et dans ses yeux, ses admirables prunelles bleues, je vois de l'inquiétude. Pourtant, rapidement, si brusquement que je croirais avoir rêvé, elle laisse sa place à la tendresse et au soulagement.

Je tente de lui parler, je veux lui parler, lui demander ce qui c'est passé, mais rien ne sort à part un pitoyable gémissement. Je me noie dans ses yeux, toujours accrochée à sa vénérable main, si semblable à une autre main, espérant y lire la vérité. Je sens, je sais qu'il s'est passé quelque chose. Si moi je souffre, qu'en est-il des autres ? De mes frères et de mes sœurs ?

"Olorun ?"

Ma question est sortie dans un souffle douloureux, j'ai la gorge sèche, comme si j'avais avalé des tonnes de poussières. Son regard pétille enfin et, de sa main libre, il me montre le lit à droite du mien. Car je suis dans un lit, à l'infirmerie, dans l'antre de Pom-Pom la Terrible.

Avec toutes les difficultés du monde, je tourne la tête. J'ai l'impression qu'elle est montée sur de vieux crans rouillés et je prends en plein cœur les yeux bleus de mon frère. Il me sourit et je lui montre les dents, ma seule idée du sourire à cet instant. Son sourire s'élargit et ses yeux brillent d'un feu sauvage.

Je l'abandonne, mon cœur et mon regard partent à la recherche des autres. Je les vois enfin, eux aussi me sourient et le soulagement marque leurs traits fatigués. Ils sont tous là, mes quatre alter-ego, mes jumeaux spirituels. Mon cœur bondit dans ma poitrine, j'ai eu si peur pour eux. Plus que pour moi.

"Albus, elle doit encore dormir…"

L'infirmière s'approche de nous, les mains sur les hanches, le regard décidé sous son petit calot blanc. Je tente un maigre sourire pour la soudoyer, mais elle doit connaître la technique parce qu'elle me tend brusquement le flacon posé sur la table de chevet. A l'intérieur, luit un liquide ambré.

Pas tout de suite. Je dois savoir !

"Les… Les autres ?"

Ma voix est rauque et je me mets à tousser. L'infirmière me frotte délicatement le dos, la tendresse de ses gestes démentant la rudesse antérieure de sa voix.

"Ils vont bien, je les ais fait s'installer dans l'aile que nous vous avons réservé… Tu les verras demain. En attendant, tu dois dormir…" me répond doucement le grand sorcier

Rassurée par ces maigres renseignements et surtout si fatiguée, je bois la potion sous les yeux scrutateurs de Pomfresh. Elle a un drôle de goût, pas mauvais, mais pas savoureux non plus et une consistance de sirop poisseux. Je reconnais la saveur de certains ingrédients, dont pourtant je suis sure de ne jamais avoir même entendu parler.

J'ai à peine le temps de sourire maladroitement à Olorun, que mes yeux papillonnent. Un grand calme m'envahit, c'est doux, c'est chaud, et bientôt, je dors à poings fermés.

Je n'entends plus leurs voix qui chuchotent à nouveau.

xoxoxoxox

Un rayon de soleil frappe mes joues pâles, réchauffant ma peau et mon âme. J'ai dormi d'un sommeil sans rêve, j'en avais bien besoin. Toutes ces images, ces sensations, je ne suis pas sur que je les aurais supportées une nouvelle fois.

Ma petite voix et moi tenons un conciliabule silencieux, tranquillement installées dans un coin sombre et frais de ma tête. Elle m'explique tout ce qui s'est passé depuis que nos mains se sont touchées et je dois avouer que j'ai un peu de mal à la croire. Mais je sais qu'elle ne me ment pas. Après tout, c'est elle qui a pris le contrôle et, soulagée, elle me le rend. Ce n'est pas le travail d'une conscience !

Pendant que je récupérais, assommée par les différentes potions que l'on m'a fait ingurgiter de force, elle restait aux aguets, surveillant tout et tout le monde, sans relâche.

"Miss MacKenzie ?"

Pomfresh c'est approché de moi, sachant que je ne dormais plus, m'auscultant encore et encore. J'ouvre les yeux, qui clignent un peu sous l'assaut du soleil. Ses lèvres minces se retroussent. Mince ! Elle me sourit !

"Bien, je pense qu'il est temps de rejoindre vos camarades…"

Je lève vers elle un regard plein de joie et m'apprête à bondir du lit quand elle me repousse fermement, mais doucement, sur le matelas. Dans ses yeux brille une lueur dangereuse. Je sens que je vais avoir droit à des remontrances et je ne suis franchement pas d'humeur.

"Vous allez d'abord vous habiller, puis vous les rejoindrez dans la grande salle pour le repas…"

Alors qu'elle parle de nourriture, mon estomac se rebelle, me rappelant que je n'ai rien avalé à part des potions depuis le dîner de la rentrée. Quand étais-ce ? Combien de temps suis-je restée ici ?

"C'est une bonne maladie." ajoute t-elle d'un ton docte, mais en souriant enfin véritablement, me tenant par les coudes pour que je puisse me lever. Mes jambes sont encore faibles, le sol est froid sous mes pieds nus. Tremblant imperceptiblement, je baisse les yeux vers elle. Je ne suis pas bien grande, comparé à Freya, mais un peu plus grande qu'elle, ce qui, bêtement, me console.

Pomfresh a levé sa baguette et, d'un mouvement souple du poignet, me rhabille. Je devrais m'en offusquer, après tout, je n'ai plus cinq ans, mais je suis trop fatiguée pour que ma mauvaise humeur habituelle (congénitale ajoute in-peto ma conscience) refasse surface. Pour le moment en tout cas !

"Merci…"

J'ai murmuré, ma gorge me fait encore mal mais elle semble comprendre tout ce que contient ce merci et hoche la tête, me contemplant en silence, les mains croisées sur son estomac rebondi, que je devine sous la toile blanche et rêche de son uniforme.

Prenant mon courage à deux mains, je tangue lentement vers la porte. Alors que j'allais quitter l'infirmerie, pressée de rejoindre mes camarades et de remplir mon estomac qui semble vouloir s'auto-digérer, une voix m'interrompt. Je ne me retourne pas, hochant simplement la tête, et passe la porte d'un pas un peu plus ferme.

Sa voix résonne encore à mes oreilles, tandis que je parcours les couloirs.
Un conseil. Un avertissement.

Vous avez eu de la chance, beaucoup de chance… La prochaine fois, il n'en sera peut-être pas ainsi…Soyez prudente…

xoxoxoxox

Au bout de longues et pénibles minutes de marche, sans savoir comment je trouve si facilement mon chemin et sans chercher à comprendre ( Chaque chose en son temps. ), j'arrive enfin devant les portes de la Grande Salle. Elles sont entrouvertes et le vacarme vient se fracasser sur mes oreilles encore sensibles comme la houle sur des rochers. Vacillant encore un peu sur mes jambes, je les pousse toutefois avec une vigueur renouvelée. Je vais les revoir, pouvoir les toucher et m'assurer que tout va bien. Leur parler. Leur sourire.

Je ne suis plus seule. Plus jamais.

Aussitôt, comme si on avait coupé le son, le bruit s'éteint et tous les visages se tournent vers moi. J'essaye de faire bonne figure mais mon estomac se serre. J'envisage sérieusement de faire demi-tour et d'aller me cacher quelque part -ma petite voix hochant furieusement la tête depuis le coin où elle s'est retranchée- quand je suis submergée.

"Bree !"

Les Enfants de Lumière se sont précipités sur moi, aussi avides que je le suis, et m'entourent de leur affection. Izanami prend délicatement mon bras et, écartant la foule souriante d'un froncement de sourcil, me conduit à notre table. La salle est toujours silencieuse, les élèves comme statufiés. Je sens dans mon dos la présence d'Olorun. Ils m'entourent, formant autour de moi un cercle protecteur. Ma conscience ricane, d'après elle, avec un accueil comme celui-ci, on croirait presque que je suis une star. Je m'apprête à protester avec ma véhémence coutumière, je ne suis pas en sucre non plus, mais leurs sourires joyeux et tendres m'en empêchent. Pourquoi gâcher la joie de nos retrouvailles ?

La jeune asiatique me fait asseoir à ses côtés et, d'un seul coup, le bruit reprend, rassurant. Sans un mot, toujours souriants, mes condisciples au blason blanc me font passer les plats. Une longue gorgée de jus de citrouille -quel goût étrange la première fois- me rend ma voix.

J'examine chacun des jeunes assis à ma table, avec une attention infinie. Ils ont l'air de tous avoir bien pris la chose. Quand même, quand je pense à ce qui aurait pu leur arriver par ma faute, notre faute, j'en frissonne de terreur rétrospective. Freya, assise à ma gauche, pose une main réconfortante sur mon bras, m'adjurant en silence de ne pas m'en faire.

Je n'ai jamais vraiment apprécié les contacts humains, à vrai dire, je les fuyais, mais, avec eux, c'est différent. Oh oui, si différent ! Depuis que nous savons qui nous sommes, nous passons notre temps à nous toucher. Parfois simple effleurement, parfois caresse, parfois pression plus rude, c'est comme si nous n'étions qu'un seul et même corps et que nous toucher les uns les autres nous apportais plus de force.

Sans vraiment regarder ce qu'il y a dans mon assiette, j'engloutis tout ce qui passe à la portée de ma fourchette vengeresse. Je poignarde une part de tarte aux framboises sous le regard effaré du mince Galahad, celui, franchement amusé, du géant Olorun et celui, réprobateur des deux jolies filles. Peu m'importe, j'ai faim et, dans ces cas là, tout le monde vous dira qu'il vaut mieux éviter de me contrarier…

Les conversations ont repris peu à peu à notre table, j'apprends ainsi qu'une aile à été spécialement, et magiquement bien sur, rajoutée au château pour pouvoir nous accueillir. Il semblerait qu'elle soit construite sur le même modèle que la Tour des Gryffondors, mais que la décoration ait été laissée à notre charge.

De petites disputes parviennent à mes oreilles, aussi bien au sujet de la disposition des lits que de la couleur des murs ou encore du mot de passe à changer. Je souris, tout ceci est tellement futile mais si nécessaire à notre équilibre. Quand votre monde, le monde que vous croyiez connaître, s'écroule, même les choses les plus anodines servent d'ancrage à la réalité.

xoxoxoxox

"Bree… Tu dors ?"

Un chuchotement me tire de ma rêverie éveillée. Ils m'ont montré le chemin de notre salle commune dés la fin du repas, devinant que j'avais besoin de calme et de repos. A ma grande surprise, Hermione m'y attendait, en mission pour Pomfresh. Après s'être assurée que j'avais bien pris ma potion, elle est partie sur un murmure. Demain. Oui, demain nous parlerons. Nous en avons tous besoin. Douloureusement besoin.

Etrangement, nos chambres sont mixtes, quoique je ne sois pas sure que la direction soit au courant, et je la partage avec mes quatre camarades d'infortune. Les autres se sont éparpillés dans les chambres ou dans le petit salon aménagé devant la haute cheminée. Je les entends rire ou chahuter gentiment, j'entends leurs murmures et le bruit de leurs cœurs, je sens leur fatigue et leur peur de l'inconnu, je perçois leurs soupirs et leurs pleurs…

Je m'allonge, soupirant de plaisir au contact de l'oreiller frais et rebondi sous ma tête, et ferme les yeux lentement, savourant ce passage de la lumière vive à l'obscurité bienfaisante. Je voudrais fermer les rideaux, mais le courage me manque. Je suis fatiguée et j'ai mal partout. Pourtant, je sais que si je ne le fais pas, le bruit, certes tenu, de mes frères m'empêchera de m'évader vers le monde des songes. J'ouvre les yeux et, pendant un long moment, contemple sans les voir les rideaux de mon lit à baldaquin.

Ils sont fermés, complètement clos. Je cligne des yeux plusieurs fois, incrédule, puis hausse les épaules. Croyant que je dormais, ils ont du les fermer pour moi. Oui, ça doit être ça. Ca ne peut être que ça, non ?

"Pas vraiment…" répondis-je d'une voix enrouée par le sommeil qui ne veux pas venir.

Grumpf !

Un autre murmure, que je n'entends pas, puis une douce clarté illumine notre chambrée, perçant mes rideaux à l'endroit où ils se rejoignent. Pourquoi ont-ils allumés ?

Me redressant, je les ouvre d'un coup sec et découvre quatre visages tournés vers moi.

"As-tu remarqué ?" me questionne Galahad, depuis son lit à côté de la porte. Ses fins cheveux blonds luisent doucement, formant un halo doré autour de son visage juvénile, et bien que son sourire lui-même suffirait à illuminer la pièce, ses yeux sont graves.

Ma grimace doit constituer en elle-même une réponse car je l'entends soupirer. Du regard, je l'interroge, ayant compris qu'il ne servait à rien de le brusquer. Je me tais, attendant patiemment sa réponse -alors qu'intérieurement je bous- car je sais que si je le presse, il se refermera comme une huître à qui on veux voler sa perle.

"Nos pouvoirs…" finit-il par dire, comme si ça expliquait tout.

Hein ?

Je le fixe un instant en silence, une réplique cinglante au bout des lèvres. Olorun me prend de vitesse et, s'asseyant sur mon lit sans y avoir été invité -récoltant une grimace au passage, entreprends de m'expliquer ce qui aurais du me sauter aux yeux depuis ma sortie de l'infirmerie.

Le chemin que je trouve avec une facilité déconcertante alors qu'il faut des années aux élèves pour ne pas se perdre dans Poudlard, mes plats préférés qui apparaissent sur la table sans aucune intervention des elfes de maison, un pyjama identique au mien qui m'attendait bien sagement sur le lit, mes rideaux qui se ferment sans que personne ne les touche et surtout nos conversations muettes.

Pour celui qui ne sait pas voir, ce ne sont que des petites choses, que l'on appelait coïncidences dans notre vie d'avant. Pour celui qui veut et peut voir, c'est une toute autre histoire…

"Tu veux dire que…"
"Oui. Essaye, tu verras…"

Les yeux grands ouverts, je fixe le verre d'eau à côté du lit de Izanami, qui me fixe en retour. Son beau visage est impassible, pas un muscle ne bouge, mais ses grands yeux noisette me transpercent, m'examinant avec une attention toute maternelle.

Et soudain, le verre d'eau est dans ma main. Je lâche un glapissement sonore, puis le verre m'échappe et se fracasse sans bruit sur le tapis qui orne le plancher millénaire de notre chambre. Hébétée, je contemple les tâches humides qui fleurissent sur les broderies et les voient disparaître sous mes yeux. Le verre est de retour à sa place légitime. Aucun mouvement n'a été fait, aucune parole n'a été échangée.

Vive comme un serpent qui attaque, je me tourne vers Olorun, tranquillement assis en tailleur devant moi, ses cuisses musclées offertes à la vue. Il sourit.

Oh. Merde.

Je commence à comprendre et les implications me font froid dans le dos.

Nous sommes les Héritiers d'Avalon.
Nous sommes la Magie Ancestrale du Monde.
Nous sommes les Enfants de Lumière.
Nous sommes les Guerriers du Temps Perdu…